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HISTOIRE
D E
L'ASTRONOMIE ANCIENNE,
DEPUIS SON ORIGINE
JUSQU'A L' É T A B L I S S E M E N T
DE L'ECOLE D'ALEXANDRIE,
Par ai. B a i l l y , Garde des Tableaux du Roi , de
t Académie Royale des Sciences , êC de riiifdtut de Bologne.
-=!>.?==
Ma^ni animi res fait rerum Naturx latebras dimovere , nec ccritenruni exteriori
ejus confpeclu , introfpicere , & in Deorum fecrera defcendere. Seneca , Qu£ji.
nat. lib. f^I y c. .r.
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d
A PARIS.
Chez les Frères D E B U R E , Quai des Auguftins , près la rue Pavée.
M. D C C. L X X V.
ArEC APPROBATION ET PRIVILÈGE DU ROI,
/
H I s T O I
D E
L'ASTRONOMIE ANCIENNE,
JkXL^^Jti^jL.
^^^i
DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
D E l'objet de l'Ajlronomie , de la nature de fes pro erres
& de fort utilité.
i-i'HISTOIRE de rAftronomie efl: une partie encntielle
de l'hiftoire de refpric humain. Cette fcience née dans les
champs &: parmi les Bergers ,. a paffe des hommes les plus
iîmples aux efprits les plus fublimes. Impofante par la grandeur
de fon objet, curieufe par fes moyens de recherche, étonnante
par le nombre & l'efpece^e fes ciécouvertes , elle eft peut-être
la mefure de rintelligénce de l'homme, & la preuve de ce qu'il
peut faire avec du tems &; du génie. Ce n'eft point qu'il ait
trouvé ici la perfection qui lui eft par-tout refufée ; mais dans
aucun genre l'efprit humain n'a déployé plus de rejGTources , ni
II DISCOURS
montré plus de fagacité. Il cft intéreflant de fe tranfporter aux
tems où cette fcience a commencé, de voir comment les décou-
vertes fe font enchaînées , commentles erreurs fc font mêlées aux
vérités , en ont retardé la connoiflancc &; les progrès ; &: après
avoir fuivi tous les tems , parcouru tous les climats , de con-
templer enfin l'édifice fondé fur les travaux de tous les fiécles
&; de tous les peuples.
L'Aftronomie dans le fcns le plus général du mot , cft la
fcience des aftrcs. Ce mot eft formé de deux mots grecs, dont
l'un fignifie Aftre, & l'autre Loi, Règle ou Mcfure. Cette éry-
mologie pourroit faire croire que l'Aftronomie n'a pour objet
que la mefure du mouvement des aftres , & la connoilTance des
loix , des règles que fuit ce mouvement ; mais cette fcience
embrafTe réellement tout ce qui tient à la nature des corps.
céleftes.
Ohjet del'Af- L'objet de cette fcience eft donc de faire le dénombrement
des aftres , de diftinguer ceux qui font fixes de ceux qui font
errans ; de marquer dans le ciel la place dont les uns ne s'écar-
tent point, 6c de tracer la route des autres, en marquant les
limites &; les moindres irrégularités de leur cours; de connoître
les phénomènes qui réfultcnt de la combinaifon de ces difFé-
rens mouvemens ; quant aux aftres mêmes , d'obferver leurs
apparences, leur figure, leur grandeur relative ou réelle, &
jufqu'à leur denfité , c'eft-à-dire , la quantité de matière qu'ils
contiennent fous un volume donné. Ces connoiflances font le
fruit d'une obfervation afTidue &: conftante. Il faut que les
hommes veillent fans relâche pour faifir les circonftances de ces
mouvemens inaltérables, 6c pour connoître la nature qui ne fe
repofe jamais. C'eft ainfi que fe forment ces dépôts précieux
pour l'efprit humain, où les fiécles, qui ne laiflcnt aucune trace
après eux , femblent fixés par les obfervations aftronomiques.
tronomie
PRÉLIMINAIRE. ni
Le tems s'écoule &: fa perte eft à l'avantage de la fcience qui
croît avec l'âge du monde.
Mais quand rAftronomie a ainfi obfervé les phénomènes
céleftcs , elle n'a rempli que fon premier objet; le fécond, 6c
le plus philofophique, eft de chercher l'explication de ces phé-
nomènes , de réunir les diiîerentes caufes qui dépendent d'une
cauie plus générale. Se de parvenir ainfi à la loi fimplc qui elt
la caufe univerfelle : la fcience n'aura atteint fon but que lorf-
qu'elle aura tout connu 6c tout expliqué. Elle a fait, ôc elle fait
encore des progrès rapides ; mais fa deftinée eft de s'approcher
fans cefle de ce terme , & de n'y jamais atteindre.
Cette recherche des caufes eft réfervée à l'Aftronome phi-
lofophe. Les Obfervateurs recueillent , les faits s'accumulent
comme les matériaux d'un édifice , Se attendent l'homme de
génie, qui feul peut être l'Architecte du monde. C'eft lui qui
combine , qui lie les faits ; il en faifit les rapports. Une expli-
cation généralifée dans fa tête , devient la clef d'un grand
nombre de phénomènes ; il fuit la nature dans la chaîne qui
unit fes myfteres ; il marche en dévoilant fes fecrets , & il
atteint le mécanilme de l'univers. C'eft ainfi qu'ont marché
Kypparoue, Pcolemée , Copernic, Ticho , Kepler , Dominique
Calïïni & le grand Nevtcti , de qui les noms , à jamais mémo-
rables , mériteront le refpect 5c la reconnolfl'ance de tous les
Il refte encore un grand nombre de queftions importantes
à décider; ce fera l'œuvre du tems &. la moifton de la poftérité.
Mais dans cet ouvrage , qui doit être le dépôt, en même tems
que l'hiftoire des connoiCTances, on ne verra point fans admira-
tion l'efpace qu'a parcouru l'efprit humain. Le premier Berger ,
qui élevant fes regards vers la voûte célefte,défira de connoître
le nombre 6c le mouvement des aftres, fut le premier inventeur
ai;
IV DISCOURS
de l'Aftronomie. Mais quelle diftance de ce coup d'oeil , qui
effleura, pour ainfi dire, la furface du Ciel, à celui dontNevton
pénétra la nature ! Quelle diftance de ces hommes grofHers qui,
voyant le folcil dilparoître àrhorifon,penfoicnt qu'il s'éteignoic
le foir pour le rallumer le matin , à l'homme immortel qui
déduifit tous les phénomènes d'une feule loi , d'un principe
unique ; qui montra qu'une force répandue dans chaque par-
ticule de matière , jointe à la première irapulfîon donnée par
l'Etre fuprême , régloit &; confervoit le mouvement dans l'u-
nivers j qui fit balancer les globes les uns vers les autres , en.
accompliflant la route qui leur eft prefcrite; qui les fuivit dans
leurs irrégularités, & qui retrouva toujours la loi 6c le principe
qu'il avoit annoncés! Cette diftance eft immenfe, les intervalles
qui la partagent ne font pas également remplis. La barbarie ,.
qui de tems en tcms reprend Terapire de la terre, a fait petdre
plufieurs fois les traces de l'induftrie humaine ; ces traces n'ont
été reconnues qu'avec peine par des générations éloignées.
Tantôt une obfervation pénible & conftante a rempli l'intervalle
de plufieurs fiecles : elle jetoit les fondemens fur lefquels nous
batiflons aujourd'hui ; tantôt quelques hommes célèbres ,. réu-
nilTiant les travaux de leurs prédéceireurs , combinant les faits
pour en tirer les réfulrats , ont propofé des fyftêmes , nés pour
périr un jour, fuivant la deftinée des fyftêmes; tantôt des efprits
plus folides &: plus heureux ont apperçu quelques-unes de ces
vérités primitives , qui répandent la lumière fur le refte des
fiecles , &: dont les conféquences fervent de guides pour de
nouvelles recherches. L'état adluel de l'Aftronomie eft le fpec-
tacle le plus fatisfaifant pour le Philofophe curieux des effets
ôc des caufes , & prouve ce que peuvent les efforts joints aux,
efforts, & l'application conftante d'un grand nombre d'hommes
à fuivre le même objet, à travers les générations qui le renaît-
PRÉLIMINAIRE. v
vellent , les fléaux qui affligent rcfpece humaine ; enfin , à
travers l'ignorance même qui renaît au bouc de certaines pé-
riodes, & vient tout cnlcvelir.
On peut diftinguer dans l'Aflironomie trois parties , qui fc
réunifTant à l'objet commun de la connoiflance des aftrcs , ont
cependant un objet particulier , une marche & des progrès
ditFërens. L'obfervation, ou le dénombrement des phénomènes;
les réliiltats fondés fur les obicrvations , ou la découverte de la
chaîne qui lie les phénomènes ; la théorie ou l'cxolication des
phénomènes par les loix connues du mouvement.
L'obfervation confiltc dans la détermination de la place Dd'Obfervaiion.
qu'occupe un aftre dans le ciel , au moment qu'on l'obferve.
Dans le cas où cet aftre eft fixe , la détermination eft faite
pour toujours , 5c n'a befoin d'être renouvelée que lorfquc les
moyens d'obferver fe perfectionnent , ou bien fi l'on découvre
qu'un aftre qu'on avoitcru fixe ne l'eft pas. Dans le cas où l'aitre
a du mouvement, l'obfervation apprend feulement que dans un
certain inftant , cet aftre occupoit une telle place dans le ciel ;
mais elle n'enfeigne rien de la place qu'il doit occuper le len-
demain ; d'où naît la nécelfité de répéter les obfervations, La
conftance & le travail fufîîfent pour que les obfervations s'ac-
cumulent , ÔL pour former ces dépôts , qui font le fondement
Aqs travaux de la poftérité , quand ils lui font tranfmis. La
guerre a tant de fois ravagé la terre que les anciens dépôts
n'exiftent plus. Ces richefles littéraires n'ont point tenté des
conquérans grolTiers, ôc les bibliothèques anciennes ont péri ,.
anéanties quelquefois par la fuperftition , plus fouvent diilipées
par l'ignorance dont le caractère eft de tout laiftcr perdre, parce
qu'elle eft fans intérêt, comme fans lumières. Aufll ces dépôts,
d'obfervations ont - ils été plus d'une fois anéantis & recom-
inencés. Les annales des peuples font mention d'obfervations
VI DISCOURS
fuivies pendant de longues années , dont il ne relie qu'un très-
petit nombre. Nous en regrettons plus que nous n'en pofledons.
Des Réfultats. Les réfultats font les connoiflances, ou les vérités qu'on peut
tirer d'une ou de plufieurs obfervations. C'cft, par exemple , à
l'éf^ard des aftrcs qui ont du mouvement , la connoiflance de
la forme , de la grandeur , de la pofition de leur orbite dans le
ciel , la connoilTance de leur révolution , de leur vîtefle , des
variations ^de cette vîtefTc qui n'cft jamais uniforme , &; des
irrégularités de ces variations qui font fouvent très-compli-
quées. Ces changemens, que l'on appelle généralement phéno-
mènes reviennent les mêmes au bout d'une certaine période : tous
dépendent les uns des autres, puifqu'ils arrivent fucceffivement,
&; en vertu d'une même caufe ; ils font liés par une efpece de
chaîne , qui n'eft autre chofe que la fuite complettc des effets
de cette caufe. La fuite 6c la liaifon de ces effets eft difficile à
découvrir. Ici le travail ne fuffit plus. Le fuccès dépend de
l'cfprit d'invention &. de la connoilTance exa£te de tous les faits.
Selon que les hommes livrés à cette recherche ont été plus ou
moins doués de cette faculté , plus ou moins inftruits àcs faits,
leurs fuccès ont été plus ou moins heureux; ils ont inventé des
fictions ou découvert des vérités. Ainfi Ptolemée ou fes pré-
décefTeurs ont compliqué l'explication du mouvement des pla-
nètes, de cercles multipliés roulans les uns dans les autres; ainlî
Kepler fubftitua une cllipfe à ces cercles , ôc cet homme vra.iment
doué de l'efprit d'invention , ramena par une idée lumineufe
l'Aftronomie à la vraie forme des orbites céleftes.
Cette branche de l'Aftronomie n'a donc quelquefois qu'une
marche incertaine ; car tantôt les lumières manquent aux faits ,
& tantôt les faits aux lumières. Les uns bc les autres ont fouvent
manqué à la fois. Quand l'efprit humain a embrafTé une mau-
vaife hypothcfe , c'eft uniquement parce qu'il n' avoit pas alors
PRÉLIMINAIRE. vu
aCTcz d'étendue pour en apperccvoir plufieurs, parce qu'il n'avoic
pas allez de juftelle pour en voir les défauts , ou parce qu'il
manquoic de connoiflanccs pour en bien juger. De nouveaux
faits font venus, qui ne cadrant pas avec la première hypothcfe,
en ont fait imaginer une féconde ; & l'homme en tout genre
a toujours ainfi parcouru le cercle des fuppofitions , & le cercle
encore plus grand des erreurs , avant de parvenir à la vérité ,
dont le caraclcre , en Aftronomic comme en Phyfique , eft de
confirmer , d'expliquer les phénomènes pafl'és , 2c d'être con-
firmée à fon tour par les phénomènes futurs.
Ce n'cft pas tout. Les faits mêmes , ou les obfervations fur
lefquelles tout eft fondé, ne font pas fufceptibles d'une exactitude
rigoureufe , qui ne fe trouve que dans la Géométrie. Alais la
Géométrie, confidérée comme fciencede l'étendue Se du mou-
vement , eft dépouillée de toutes les autres circonftances phy-
liques;elle eft purement intellectuelle, & l'ouvrage de l'efprit
qui a établi cette exaclitude fur les abftraclions : exa6litude qui
n'a plus lieu , rigoureufemcnt parlant , dès qu'en appliquant la
Géométrie à la Phvfique , on la fait iortir de l'imagination de
l'homme, pour la rapprocher de la nature.
En Phyfique, toute connollfance abfolument exacte eft re-
fufée à l'homme. Il ne peut atteindre qu'à une certaine pré-
cifion , relative au développement de fon induftrie , &; aux
moyens mécaniques qui font en fa puillance.
Il eft donc des erreurs ou plutôt des incertitudes inévitables
êc dans les obfervations &; dans les réfultats. Dans les obfer-
-^ations , parce que l'homme a d'abord obfervé avec fes yeux
leuls , qui font fes premiers inftrumens ; enfuite il s'eft aidé de
quelques inftrumens groiliers ; inftrumens qui fe font perfec-
tionnés , & fe perfectionneront jufqu'à un certain terme que
l'induftrie humaine ne peut pafTer. Aiiifi les obfervations font
vni DISCOURS
devenues , & deviendront plus précifes. Maïs en même tems
chaque réfultat fondé fur ces obfcrvaticns ell: aftcdlé de leur
inexadbitude , les déterminations principales Se fondamentales de
l'Aftronomie ont donc befoin d'être renouvelées , ôc la nature
des progrès de ce genre de connoiflanccs a cela de fîngulier que
la fciencc ne chemine qu'en détruifant. Les mefures actuelles
font fondées furies débris des mcfurcs plus anciennes, 6c celles-là
en devenant anciennes à leur tour, auront la deftinée de celles-ci.
Mais qu'on n'en infère rien contre la Icicnce , car c'cft une con-
noiffancc réelle, ôc peut-être la feule que nous pofledions, que
celle des limites entre lefquelles l'exadtitude ou la vérité eft ren-
fermée. Le travail des générations fucceiîives efl: de reflcrrer ces
limites. D'ailleurs l'incertitude attachée néccffairement à quelque
obfervarion que ce foit, n'influe pas toute entière fur les déter-
minations , elle peut fe partager. Quand on veut déterminer ,
par exemple , la durée d'une période quelconque , la détermi-
nation eft atTujettie à l'erreur de l'obfervation faite au commen-
cement, & à l'erreur de l'obfervation faire à la fin de la période.
Mais fi entre ces deux obfervations il s'cft écoulé cent ou mille
de ces périodes , l'erreur partagée infiura peu fur la connoif-
fance de la durée de la période. On verra dans la fuite de cet
ouvraee les Aftronômes des différens fiecles fc fuccéder les uns
aux autres dans les mêmes travaux , pour y ajouter fans cefle
de nouveaux degrés de perfection. Notre induftrie a trouvé le
moyen de diminuer les erreurs qu'elle ne peut éviter, & d'ap-
procher de cette exactitude rigourcufe dont nous avons l'idée >
mais à laquelle nous ne pouvons atteindre.
De la Théorie. L^ Théorie cft l'explication des phénomènes céleftes par les
loix du mouvement. Quelques Philofophes anciens ont eu des
opinions fur la formation du monde , fur les élémens dont il
eft compofé ; ils ajoutoient au nombre de ces élémens , ou en
retranchoienr
PRÉLIMINAIRE. iï
trânchoient prefqu'à volonté ; en cela ils n'étoïent que Phy-
ficiens &: mauvais Phyfîciens. Les élëmens du monde font bien
plus impénétrables que les caufes des mouvemens célcftes ; ce
font les derniers retranchemens de la nature , & là peut être eft
la caufe univerfelle. Ils avançoient d'autant plus aifëmcnt leurs
affertions , que quand la vérité eft inaccefliblc , l'erreur eft plus
difficile à démontrer. L'explication du monde fe bornoit donc
à quelques idées phyfiqucs fur fa formation. Un filence profond
a régné dans l'antiquité fur les caufes qui lancent ou retiennent
les corps céleftcs dans leurs orbites.
L'obfervation en Aftronomie , les réfultats même ne nous
montrent que des effets dont il eft naturel que les hommes
ayent été tentés de pénétrer la caufe. C'eft une idée fublime
d'avoir tenté de ramener les loix du mouvement général de
l'univers , aux loix du mouvement des corps tcrreftres. Cette
entreprife appartient exclufivement à nos fvecles modernes ; elle
eft due à Defcartes. Ses tourbillons font une mauvaife expli-
cation de la pefanteur ôc du fyftême du monde , mais fes tour-
billons font mécaniques. Il a découvert que le même mëcanifme
devoit faire mouvoir les corps dans les efpaces céleftes , & àla
furface de la terre ; s'il n'a pas faifi ce mécanifme , on ne doit
pas oublier que cette penfee neuve 6c grande , eft le fruit de fon
génie. Ce que Defcartes s'étoit propofé , Nevton l'exécuta.
Nous ne dérobons rien à la gloire de ce grand homme , en
rendant juftice à Defcartes.
Tel eft l'objet Se la nature des progrès de l'Aftronomie. On
verra dans cet ouvrage combien il a fallu de tems 6c de travaux
pour reconnoître que les mouvemens des aftres , fi compliqués
en apparence, font très-fimples en effet , ôc dépendent d'une
caufe plus fimple encore.
Si les fondateurs de l'Aftronomie , fi les hommes de génie ,
b
X . Discouns
•qui en ont -d'abord ëteridu les connoiffances , qui ont fenti le
dérefpoir de ne pouvoir expliquer, ni même connoîcre tous
les phénomènes ;' fi , difons-nous, ces hommes à qui nous avons
tant d'obligations , revenoicnt au monde , quelle feroit leur
furprife de voir comment leur poftérité a débrouillé ce chaos ,
& s'eft , pour ainfi dire , affujetti le fyftême de l'univers ! Que
d'hommes rares ont contribué à ces progrès , 6c font inconnus
aujourd'hui. Mais les premiers inventeurs ne font pas les plus
célèbres ; l'ignorance jouit , &: n'apprécie point. Les inventions
utiles, ainfi que les femencesdes végétaux, croifTent bi. mûriilcnt
fans bruit ; les fruits en font cueillis lans peine , Se le vulgaire
jouit des unes &: des autres fans s'informer comment , ni d'où
elles viennent , ôc fans imaginer ce qu elles ont coûté.
Nous avons placé les inventions de l'Aftronomie au rang des
inventions utiles , 6:. les Philofophes ne demanderont pas fi en
effet cette Icience eil utile. Mais trop de gens font peut - être
encore perfuadés que les fciences, &; celle-ci particulièrement,
ne font qu'un objet de curiofité , pour ne pas détailler les
avantages que retire la fociété de la pratique 6c de l'étude de
l'Aftronomie. Elle a d'abord la même utilité que les fciences
en général; elle éclaire le fiecle, & perfectionne l'efprit humain.
La maffe des lumières nationales eft compofée de toutes les
connoifTances particulières. Chaque découverte , chaque idée
nouvelle èc vraie fe place naturellement à ce dépôt ; toutes
enfemble excitent un mouvement infenfible , auquel tous les
efprits participent ; en peu de tems les lumières fe diftribuent
6c fe partagent à la nation. Ainfî les principes que l'évaporation
enlevé à chaque terrein particulier, tranfportés èc mêlés par les
vents , donnent à l'air d'une Province , ou d'un Royaume , un
cara£tere &:des propriétés générales qu'il tient dclacombinaifon
de ces principes.
PRÈ LIMINAIRE. XI
Le ffoût des fciences & des lettres , en adouciflant les mqpurs ,
rend les hommes meilleurs & plus heureux. Elles écartent , en
général , l'intrigue &c l'ambition ; elles portent à la vertu par
l'amour de la vérité. L'homme vrai eft le feul honnête homme
qui exifte fur la terre. Peut - on fonder les profondeurs de la
nature , travailler à dévoiler fcs fecrets , difcuter les faits , les
phénomènes , n'admettre pour vrai que ce qui l'cft réellement ,
& ne pas fuivre èc profefler la vérité dans la conduite de fa vie.
L'amour du vrai qui conduit à ces recherches , doit s'étendre a
la morale, & devenir principe, comme le travail devient ha-
bitude. Voilà ce qu'on pourroit développer, fi la pratique de la
Philofophie èc l'étude des fciences avoient befoin d'apologie.
Mais il s'agit ici de l'étude particulière de l'Aftronomie.
Cette fcience en fe pcrfe(£tionnant a ^ueri des préjugés , & Utilité de VAf~
irr A r^i n_ tronomu contrcld
dilîipédes craintes, nés peut - être de Ion cntance même. \^ elt fuperfiiùon,
un fervice elTentiel qu'elle a rendu à l'humanité. L'homme naît
timide, il craint fur - tout les dangers qu'il ne connoît pas , les
dangers contre lefquels il n'a pas mefuré fa prudence 6c fes
forces. Avant de s'être familiarifé avec la nature, il a commencé
par la craindre, & tout devoit lui caufer de l'effroi. Il fut bientôt
accoutumé à l'ordre invariable du ciel, à la fucceifion confiante
de fes phénomènes; mais les phénomènes plus rares lui parurent
un bouleverfemcnt de l'ordre naturel. La première éclipfe totale
de foleil donna l'idée de l'anéantiffcment de l'univers. L'éclipfe
de Lune fit craindre la perte de cet aftre ; on imagina qu'un
dragon vouloir la dévorer. Les come^tes remarquables , effrayantes
par leur queue &; par leur chevelure , annonçoient la mort des
Princes ^ la deftrudion des Empires , la pefte , la famine , Uc
L'Aftronomie en dévoilant les caufes de ces phéiiomèuçs , a
raffuré les efprits. Le Peuple même aujourd'hui n'eft pas effraie
iles éclipfes. La terreur de l'apparition des comètes a fubfflé
è ij
XII DISCOURS
plus longtems. Les penfies diverfes du célèbre Bayle , font un
monument de la fuperftition. Elles font foi qu'en i <Î8 o , dans
le tcms où Newton calculoit l'orbite des comètes , oii Halley
étoit prêt d'annoncer leur retour, l'Europe prcfqu'entiere étoit
encore dans une ignorance profonde fur la nature de ces aftres.
On les regardoit comme les avant - coureurs des vengeances
divines, & les allarmcs étoient afTez fortes, afTez générales pour
que Bayle les combattît avec toutes les reflburces de l'érudition,
& toutes les armes de la dialedlique. Mais l'Aftronomie , quï
enfeigne que les comètes ont un retour certain , & une marche
invariable , a plus fait contre le préjugé, que le favant ouvrage
de Bayle.
Contre l'Ajiro- L'Aftroîogie judiciaire eft une maladie non moins déplorable
de l'cfprit humain. Elle efl: née fans doute de l'abus de l'Aftro-
nomie. Tous les hommes , impatiens de toucher à l'avenir ,
voudroient au moins connoître celui qui ks attend; le fage feul
fait que cette connoifTance feroit funefte. Malheureux du paffé,
mécontent du préfent, l'homme ne vit que par l'efpérance. L'in-
certitude de fa deftinée le foutient dans une courfe qu'il s'efforce
de précipiter. Si l'avenir s'ouvroit devant lui , tourmenté par les
maux futurs , rendus préfens , peu fenfible à des biens ufés
avant la jouiffance , fon exiftence ne feroit plus qu'un fardeau^.
La fageffe divine nous a épargné ces maux que l'Aftrologie a
voulu répandre fur la terre. Ils régnent encore dans certaines
contrées où la lumière des fcienccs n'a point pénétré. En Europe
même , il n'y a pas longtems que les Peuples avoient leurs
Devins, & les Princes leurs Aftrologues. Catherine de Medicis
livrée à cette erreur , avoir fait bâtir la colonne de l'Hôtel de
SoifTons , pour y confulter les aftres ; car les méchans fur -tout
défirent de connoître l'avenir ,6c les reproches de leur confcience
ibnt une certaine Aftrologie contre laquelle ils ont befoin d'êtrç
PRÉLIMINAIRE. xiii
raflurés. La mort de Henri IV fut prédite de toutes parts , foit
avant , foit après ce malheureux événement. Dirons - nous que
le célèbre Jean-Dominique Calîini {a) fut donné à rAfcronomie
par le goût même de l'Aftrologie. Il fut bientôt détrompé , ^
Tes travaux , en répandant la lumière , ont détrompé fon {îecle. ^
La connoiffance approfondie du mouvement des corps célcftes ,
a ouvert tous les yeux. La diftance connue des aftres a montré
qu'ils étoient trop éloignés pour vcrfer leurs influences fur notre
globe. De plus , ces corps , qui , par le mouvement diurne de
la terre, femblent tourner tous les jours autour de nous, doivent
agir tous les jours de la même manière. Ils feroient donc in-
fuffifans pour expliquer ou pour annoncer la diverfité des ca-
ractères, des pafîions & des dcftinées. On a vu que leurs afpcéls,
leurs rencontres, déterminés de toute éternité par des mouvcmens
invariables , n'annonçoient rien à l'homme ; que leurs fphercs
féparées de la nôtre par des intervalles immcnfes , interdifoicnt
toute communication , toute émanation ; fi ce n cft celle de la
lumière, qui eft fans doute la même pour tous les aftres , ôc qui
d'ailleurs tombe également pour tous les hommes.
Un des premiers lèrvices que l'Aftronomie ait rendus à la Utilité de tAf-
fociété , c'cft de régler les travaux de l'agriculture. Les labours , '^■'"°'^"^p°^''^ ^-
' & o ' gnc'uunre 6' pour
les moiflons , tous les travaux de la campagne doivent fe faire ''« Calendrier,
dans certaines faifons , & dépendent par conféquent du mou-
vement du Soleil. Il y a dans chaque climat des intervalles né-
ceflaires entre ces difFérentes opérations de la culture ; ces in-
tervalles une fois connus par expérience, ont indiqué les faifons
propres <à ces opérations. Mais comment connoître exactement,
& même d'avance, comme cela eft fouvent néceftaire, le retour
des faifons. Il a fallu chercher dans le ciel , toujours invariable,
{a) Fb^ff Son ÉJoge par M. de Fontenclle , année lyn*
XIV DISCOURS
des fi^^nes qui étant liés à certaines faifons, en annonçaient le
retour. Ces fignes furent, par exemple, une étoile aifée à dif-
tino-uer des autres par Ton éclat , qui , dégagée des rayons du
Soleil , commençoit à fe faire voir le matin ; c'eft ce qu'on appelle
le lever héliaque d'une étoile. Ainfi chez les Egyptiens, le lever
héliaque de Sirius annonçoit le prochain débordement du Nil ,
5c les labours fuivoient immédiatement la retraite de ce fleuve.
Voilà comment l'Aftronomie fut néceflfaire à l'agriculture. Ces
connoiflances n'étoient que de funples remarques , mais elles
fuffifoient aux befoins de la fociété naiflfante. Bien des Peuples
puillans &: poUccs , n'ont eu longtems d'autre calendrier que la
fuite de ces remarques.
L'ufage ordinaire de la vie civile exigeoit la mefure du tems.
Nous n'avons l'idée de la fuccellion des inilans que par le mou-
vement. Les divifions du tems ne peuvent ccre marquées que
par les efpaces parcourus. Mais pour que la mefure ioit exacte ,
il faut que le mouvement foit confiant & uniforme. Il n'en eft
point de tel fur la terre; le cours des fleuves ne l'eftpas. L'homme
a bien dans lui-même un principe de niouvementjfesfenfations
6c fes idées fe fuccedent , mais avec tant d'inégaUté , qu'il ne pour-
roit mefurcr avec juftefl"c le plus petit intervalle de tems. L'ame
qui foufFre, &: l'ame qui youit, ne comptent pas de même; &; le
tems qui fe traîne en vieillard dans les jours de la douleur, a la
courfe rapide d'un jeune homme pendant les courts inftans d'une
jouifl^ance agréable & vive. Le feul mouvement confiant &:
uniforme efl: celui des corps céleftes. Ces corps marchent d'un
pas égal &; tranquille dans l'efpace de l'univers , avec unecont-
tance qui a été refufée à l'homme, avec une durée peut-être
fans limites , qui n'eft pas dans fa nature. Si les aflres n'avoient
point de mouvement , fi ce mouvement n avoit pas été obfervé
dans l'état de fociété , nous n'aurions donc aucune idée ni de
PRÉLIMINAIRE. xv
l'âge , ni de la durée. AulTi ces connoiirances feroient-elles peu
néceflaires à l'homme dans récacfolitaire &rauvagc. C'cftle fruit
de fon induftric , mais la preuve de fa dépendance. L'homme
focial a befoin de la nature entière. Il emprunta de rAftronomie
1.1 mefure du tems. L'intervalle d'un lever du Soleil à l'autre, eft
une mefure qui fut appelée jour , bc que la nature indiquoic
elle-même. Mais la fociété a befoin de mefurer de plus longs
efpaces ; on fît donc ufagc des mouvemens du Soleil èc de la
Lune. En efî-et , le retour des mêmes phafcs de la Lune, ou des
mêmes faifons, donnoient des intervalles fenliblcmcnt éeaux.
Tous les Peuples s'y réunirent : les uns comptèrent par Lunes ,
ou par mois , les autres par les révolutions du Soleil , ou par
années ; d'autres comptèrent par mois £c par années. Mais tout
cela exigeoit la connoifTance exa(5be de ces mouvemens; & pour
ceux qui employoient les deux révolutions enfemble , il falloir
encore l'art de les concilier. C'eil alors que naquit le calendrier ,
longtems imparfait , fouvent réformé , notamment par Jules
Céfar , & par Grégoire XIII , mais toujours fî difficile qu'il fut
le chef d'œuvre des mains les plus habiles &: des plus célèbres
Aftronômes.
Quand les années bi les fiecles fe font accumulés, l'art de les UtL'ué de l'jf-
A ,1 I o i> 1 ' ' tronomie dans la
connoitre , de les nombrer , ce cl y rapporter les evenemens que Chronologie,
l'hiftoire a confervés, s'appelle Chronologie. Mais c'eft feulement
depuis certaines époques que cet arc a des fondemens folides.
Au delà, dans des tems plus reculés, tout eft ohfcurité & nuit
profonde. La tradition , qui avant l'invention de l'écriture étoit
dépofitaire de l'hiftoire des Peuples , a tout confondu ôc tout
défiguré. On ne trouve dans les annales anciennes que peu de
faits fixés par des dates précifes , &: encore ces dates font-elles
quelquefois différentes dans les auteurs qui fe contreJifent. Si
l'on ajoute à ces incertitudes celle de la longueur des années >
XVI DISCOURS
dont chaque Peuple s'eft fervi , tantôt d'un jour, tantôt d'un ou
de plufieurs mois, on retrouvera dans la Chronologie le chaos
décrit par Ovide, r«d^à indigejlaque moles. M. de Fontenelle , ( a )
compare l'hiftoire des premiers tems à un palais ruiné , dont
les débris font confufément femés dans un vaftc terrain. «* Si
>3 l'on étoit fur qu'il n'en manquât aucun , ce feroit un pro-
" digieux travail de les raflcmblcr tous. ; mais fi quelques-uns
M de ces débris étoient perdus , le travail de fe faire une idée
« jufte de la ftrufture de ce Palais , feroit plus grand , & il
» feroit poifible que l'on fît de cet édifice difFérens plans qui
» n'auroient rien de commun entr'eux. Il ajoute , en parlant
des faits connus qui nous relient : » ce qu'il y a de pis , & ce
'> qui n'arriveroit pas à des débris matériels , ceux de l'hiftoire
'» ancienne fe contredifent fouvent , 6c il faut , ou trouver le
» fecret de les concilier, ou fe réfoudre à faire un choix qu'on
5> peut toujours foupçonner d'être un peu arbitraire, m
Il n'eft dans cette nuit obfcure d'autre flambeau que l'Af-
tronomic. La certitude renaît où fe rencontrent les obfervations
aftronomiques. Les faits qui y font liés font des points fixes , ou
comme des afiles où fc rcpofe le voyageur égaré dans les té-
nèbres de l'antiquité. Mais les obfervations font rares. C'cft ici
que la fuperfbition vient au fecours de la raifon qui cherche à
établir des calculs. Il eft aifez fmgulier que cette nuit de l'i-
gnorance ne foit éclairée que par quelques traits de lumière que
l'ignorance y a femés fans s'en douter. Ces traits font les phé-
nomènes des éclipfes que les terreurs des Peuples ont confacrés.
Si les écrits d'un hiftorien font perdus, & qu'il ne nous en foit
parvenu que quelques lambeaux , avec des faits fans date, mais
accompagnés du récit d'une éclipfe , l'Aftronomie auffi - tôt
{a) Éloge de M. Biajicliini.
calcule i
P RÊ LI M TNAIR £. kvii
calcule ; appuyée fur la connoifTance des mouvemens du Soleil
5c de la Lune , elle remonte dans l'antiquité , en parcourant ,
d'année en année, toutes les éclipfes, jufqu à ce qu'elle en trouve
une qui, dans le lieu déligné , tombe au jour marqué. Alors la
date de l'événement eft fixée. C'eft pour épargner les calculs &
les recherches aux hiftoricns que deux jfavans Bénédiclins (a)
ont compofé le livre de l'art de vérifier les dates, c'eft- à -dire,
de les vérifier par l'AftronomiejOuparl'obrervation des éclipfes,
que les anciens n'ont gueres négligé de rapporter. Souvent la
vérité l'exigcoit ; les prodiges entroient dans le récit des évé-
nemens , ou comme circonllance , ou comme caufc. Mais de
quelque façon que ce fat, ils excitoient de l'intérêt dans l'efprir
des lecteurs. Chez les Chinois, où la fuperftition fut liée à l'ad-
miniftration , toute la Chronologie eft ainfi fondée fur des ob-
fervations d'éclipfes. C'eft ce qui dépofe de l'cxiftence de cet
Empire pendant plus de quatre mille fept cens ans.
Un avantage plus grand , plus intérefTant pour nous , eft
Celui qui réfulte de l'Aftronomie pour la Géographie, &L pour la
navigation.
Ce n'eft pas un objet de pure curiofité que la connoiflance Vùnu de/'Jf
de la pofition des différens pays fur la furfacede la terre. Cette ';:°r'"'\rf ("
connoilTance eft devenue indilpenfable , depuis que des commu- Navigation.
nications ont été ouvertes entre les Peuples , par la politique
qui réunit les uns pour les oppofer aux autres ; par le commerce
qui lie entr'elles les contrées les plus éloignées :" enfin par la
Philofophie dont le but eft d'unir tous les hommes. Il faut con-
noître le pays où l'on voyage ; ce pays aujourd'hui eft la terre
entière. Jadis on ne négocioit, on n'étoit en guerre qu'avec les
voifins, La Géographie de fon pays &C de {es frontières eft
( a ) Dom Ckmeacet , Dom Dorand.
xvni DISCOURS
toujours facile à approfondir. Si l'on raconte des expéditions
très - anciennes , telles que celles de Bacclius , de Séfoftris èc
d'Alexandre, 6cc. la plupart, & certainement les deux premières
étoient moins des guerres , que des efpeces de chafTcs , où l'on-
poufîoit Se l'on écartoit les hommes devant foi , comme des
animaux fauvages à travers les deferts. Il ne falloit pas beaucoup
de Géographie pour aller ainfi , de peuplade en peuplade , re-
connoître &; afFujcttir l'humanité julqu'aux bornes du continent.
C'cft ainfi que Cortez, Pifarrc , ont dompté une partie de l'A-
mérique , fans connoître la carte du pays. Aujourd'hui que la
politique eft devenue une fcience , 6c le réfultat des intérêts de
toutes les nations; deux puiflances féparées par l'Europe entière,,
s'allient ou fe liguent , la guerre s'allume d'une extrémité à
l'autre , des flottes font le tour de cette partie du monde. La
Géographie de l'Europe eft devenue néceflaire à tous les Peu-
ples qui l'habitent. Le commerce a rendu également néceilaire
la Géographie des trois autres parties du monde.
Cette fcience n'avoit été d'abord fondée que fur le récit
toujours incertain & fouventinfîdclle des voyageurs. D'un autre
eôté , la navigation écoic bornée à fuivre les côtes : quand elle
fe hafardoit en pleine mer , c'étoit à l'aide de l'Aftronomie 6C
des étoiles circonpolaires,dontla connoillance eft très-ancienne.
La bouflble fournit le moyeii de ie livrer tout -à -fait à l'inf-
conftance des flots.
Lorfqu'on çut retrouvé le chemin des Indes par le Cap de
Bonne-Efpérance,6c que le nouveau monde fut découvert, l'ac-
croiflement de puifîance qui en réfulta pour certains Peuples ,
éveilla de toutes parts l'ambition. La découverte des climats
nouveaux étoit. lé titre de la propriété. On fut jaloux même du
chemin qui y conduifoit , on l'interdit aux autres nations. De
là l'émulation de découvrir ou de nouvelles terres , ou de nou-
PRÉLIMINAIRE. xrx
Telles routes à ces contrées commerçantes , d'où l'on rapportok
tant de fuperfluités devenues néceiïaires. On fencit la néceflké
de connoître le globe entier. L'Aftronomie enfeignoit que l'on
compte au même inftant différentes heures dans les différens
pays ; que les heures que l'on compte dans chaque pays font
relatives aux degrés de l'équateur, auxquels ces pays répondent ;
de manière qu'en y faiflint des obfervations d'un même phé-
nomène , CCS obfervations indiqueront la pofition relative de
ces pays. Il n'y a qu'à multiplier les obfervations , fie le globe
fera connu. Chaque phénomène eft un fignal;s'il étoit poffible
que tous les hommes y fuffent attentifs , s'ils étoient pourvus
des inftrumens néceflaires , deux ou trois phénomènes fuffiroienc
pour décrire la terre , & drefler la carre de fa furface. Mais
comme cette attention univerfelle eft impolTible, il faut que les
Peuples s'inftruifent fucccllivement;que les arts 6c l'Aftronomie
s'y établiffent , ou plutôt que le tcms & le hafard y conduifent
des obfervateurs , qui apprennent à ces Peuples le point qu'ils
occupent dans l'univers. La fondation des obfervatoircs , ôc les
voyages des Aftronomcs perfectionnent la connoiffince du
globe : c'eft fur le dépôt de leurs obfervations que fera dreffee un
jour la véritable mappe - monde.
A l'égard de la navigation , fes plus grands dangers font à
l'approche des terres, le plus fouvent environnées de bas-fonds
ou d'écueils. La navigation a donc befoin que la Géographie
foit perfectionnée , puifqu'il faut que le gifement des cotes, ^
la fituation des Ides au milieu de la mer , foient exactement
connus ; ôc en cela la navigation dépend de l'Aftronomie ,
puifque la Géographie en dépend elle-même.
Mais quand les Marins auroient les cartes les plus fùres, il ne
fuffit pas de trouver la pofition du port ou ils font voile, il faut
encore qu'ils fâchent à chaque inftant , à quelle diftance ils en
XX DISCOURS
font , fans quoi ils ne peuvent diriger avec fureté leur route, ni la
fuivre la nuit fans rifquer de fe brifer contre les écueils, près des
côtes dont ils fe croiroient éloignés. Cet art de connoîrre la route,
d'aflîgner à chaque inftant le point du globe où on fe trouve ,
cft dû aux obfervations aftronomiques. Elles donnent l'heure
vraie , la latitude ou la diftance où l'on eft de l'équateur. Par
la connoifflince du mouvement de la Lune , &: par les obfer-
vations de cette planète , on apprend le degré du parallèle où
l'on fe trouve. Tout ceci fera expliqué plus au long, quand nous
en ferons au détail de ces méthodes. Elles exigent quelques
calculs pénibles ; mais les Officiers de la Marine , quelquefois
même les Pilotes y font exercés. Il y a dans chaque port â.cs
ProfelFcurs d'Hydrographie, c'eft-à-dire , de la fcience de toutes
les méthodes dont on fait ufage fur mer , & fpécialement des
méthodes aftronomiques. Cet art eft difficile, mais important;
la vie des hommes, le fuccès des entreprifes en dépend. Combien
de vaiffeaux fe font brifés ! Combien de citoyens ont péri par
l'incapacité de ceux qui les conduiioicnt ! Comment la pré-
vention peut -elle aveugler au point de ne pas voir les dangers
qu'entraîne l'ignorance, quand on a ofé choifir ce genre de vie ,
auquel la nature ne nous avoir point deftinéslElle nous a munis,
défendus contre les dangers dont elle nous a entourés; elle n'a
rien fait contre ceux que nous allons chercher. Il a fallu que
l'homme tirât tout de fon induftrie.
Auffi le gouvernement chez la plupart des nations , a - t - il
porté la plus grande attention à la fcience du pilotage & de la
navigation. La Marine étant devenue aujourd'hui la force pré-
pondérante, l'Aftronomie eft de la plus grande utilité aux puif-
fance livrées à la navigation 6c au commerce. De là les foins de
Louis XIV &: de Louis XV pour faire fleurir cette fcience; les
prix fameux de la longitude que l'Angleterre a propofés ; les
PRÉLIMINAIRE. xxt
voyages entrepris avec tant de dépenfe pour l'obfervation du
palTage de Venus, fie pour l'épreuve des montres marines.
Tels font les avantages que la fociété retire de l'Artronomio.
Il en efl: un autre moins fcnfiblc à tous les hommes , mais inef-
timable aux yeux du Philofophe : c'cft la connoilKince de la
nature , du vrai fyftême du monde, 6c des loix confiantes par
lefquelles le mouvement fc confervc Se fe perpétue. L'Aftro-
nomie a montré à l'homme des efpaces fi énormes , qu'ils f emblent
approcher de cet infini, où les penfées aiment à fe plonger & à
fe perdre. En aggrandillant l'univers , elle a aggrandi l'idée de
l'intelligence fuprémc; elle a donné de l'étendue à l'elprit humain,
qui , comme Alexandre , fe trouvant trop ferré dans le globe
qu'il habite , aime à s'égarer de fphere en fphere, & à mcfurer
du moins par l'imagination cette étendue immenfe , dans laquelle
l'homme occupe un fi petit efpace ! Quelle idée avoit-il du monde
avant les connoiflancesde l'Aftronomie perfectionnée? Il croioit
que la terre en ctoit le centre, fie la partie la plus confidcrable :
les étoiles n'étoient que des points brillons , attachés à la voûte
célefte , pour éclairer fcs pas dans la nuit ; le Soleil fie la Lune
des flambeaux. Mais quelle idée avoit-il de ces globes mcfarés
par fes yeux feuls ? Il en jugeoit par leur grandeur apparente,
fie il les plaçoit à la diftance de quelques lieues. L'Aftronomie
a fucceffivement reculé ces bornes. Elle a fait voir que le Soleil
cft douze cens mille fois plus gros que la terre : elle a placé cet
aftre à trente -quatre millions de lieues; Saturne, la plus éloignée
des planètes , à trois cens vingr millions. Elle a dit: la didance
des étoiles fe refufe à mes mefurcs , fie tout ce que je puis ré-
pondre à la curiofité humaine , c'cft que l'orbite de la terre ,
dont le circuit a deux cens dix millions de lieues , cet efpace fi
grand , vu des étoiles les plus proches , ne peut paroître que
comme un point! Que l'imagination juge de la diftance de ces
xxii DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
étoiles, ê<; de celles qui étant plus petites femblcnt plus éloignées.
Que la raifon penfe , comme il eft naturel de le penfer , que ces
étoiles font autant de Soleils, qui, ainfî que le nôtre, ont des
planètes qui circulent autour d'eux, une infinité de comètes qui
nagent dans l'efpace , & qui rempliflant ce vide , établifTent
une efpece de communication & de chaîne entre ces fyftêmcs
fi éloignés. Qu'elle ajoute à ce fpectacle magnifique la connoif-
fancc de la fimplicité des loix prefcrites à cet univers fi im-
pofant Se fi vafte; ôc elle aura l'idée de l'étendue, de la puifiTance
de la nature. Se de la grandeur de l'Etre fuprême. {a)
( «2 ) AufTi Derham , dans fon Ouvrage intitulé : Théologie Àftronomique , établit-il
les découvertes dç l'Aftcouoniis comme autant de preuves de l'esiltcnce de Dieu.
HISTOIRE
DE L'ASTRONOMIE ANCIENNE.
.^i^^i.iiLjU
LIVRE PREMIER.
-TTT^Îi^TTr
Des Inventeurs de l'Ajironomie & de /on Antiquité.
§. PREMIER.
Xu A plupart des fciences font nées des befoins de l'homme ,
l'Afti-onomie n'eft duc qu'à fa curiofité. Le partage des terres
a produit la géométrie ; les richefTes & le commerce ont rendu
l'arithmétique néceflaire; le tranfport des fardeaux, l'archi-
reclure ont demandé la mécanique; les bleffures & les maladies
ont exigé la connoillance des fimples , celle de la ftruélure du
corps humain , &, l'on a vu naître la. botanique , l'anatomie ôc
la médecine. Partout l'homme a appelé fan induftrie au fecours
de fa foiblefTe ; partout le befoin l'a tiçé de fa parefle naturelle.
Ici le fpectacle fcul du ciel a frappé fes regards , il n'a point été
prefle par l'aiguillon de la nécelfité. Saili d'admiration , il eft
tombé dans une profonde rêverie , il a fuivi^, tranquillement 6c
fans effort, le cours des idées qui fe font préfentées à fon efprit.
Tandis qu'autour de lui toutfe meut avec bruit fur la terre ,
le mouvement accompagné du illencc lui a imprimé du refpedl: j
k
1 HISTOIRE
l'uniformité des mouvemens qui fans ceffe renailTcnt les mêmes»
lui a donné l'idée d'un ordre immuable &; écerncl ; les mou-
vemens particuliers des corps célcftes qui s'accompliiTent en
même tems fans fe nuire , & qui ne font point détruits , quoi-
qu'oppofés au mouvement général, lui annonçoient une fàgeiïe
profonde, qui a tout réglé par des loix toujours exécutées; il a
fenri la préfence de l'être fuprême , £c il a voulu connoître pour
admirer davantage. Auiii quand les autres fciences ont pris
naiffance au milieu du tumulte des villes , celle-ci eft née au
fein des ca-mpagnes. C'eft la Icience du repos, de la folitude 6c
de la jouiilance de ioi-même. Des hommes troublés, agités par
les pallions, ne i'auroient pas devinée , ou l'auroient dédaignée
comme inutile. Il lui falloit des hommes fimples , dont l'ame
libre , fans defirs , fans deflcin pour l'avenir , n'ayant point
befoin de fe concentrer en elle-même, pût fe répandre au
dehors ; & ces hommes fimples, en veillant fur leurs troupeaux ,
ont fondé celle de toutes les fciences que l'efprit humain devoir
un jour étendre davantage,
§. I I.
On peur dire que dès que le ciel a eu des témoins, il a eu des
adrriiràtéiirs. Si Ton "accordoit le titre d'inventeurs à ceux des
hommes qui les premiers ont été frappés de ce fpectacle, ils au-
roient tous le même droit , èc l'Aftronomieferoit aufli ancienne
que l'homme lui-même. Le véritable inventeur de la fcienceeft
celui qui, en découvrant la première vérité , a pofé la bafe de
nos connoiiFances aftronomiques. Cet inventeur eft; - il unique?
La fcience, également antique chez différens peuples , à-t-elle
plufîeurs, inventeurs ? La queftioji fèroît décidée fi l'on pouvoir
s'en rapporter aux traditions; chaque nation riommefcs premiers
guides : Uranus &C Atlas chez les Atlantes ; Fohi à la Chine 5
DE L' ASTRONOMIE. 3
Thaur ou Mercure ca Egypte; Zoroaftre 6c Belus dans la Perfe
5c dans la Babylonie. Ceci peut fuffire à ceux qui ne cherchent
que des noms , èc qui, dans ces récits de la tradition nationale ,
veulent bien en croire la vanité fur fa parole.
Mais la fcicnce cultivée chez les Indiens , les Chinois , les
Chaldéens 6c les Egvpticns , peut n'être pas primitivement leur
ouvrage. Les connoilTances ont été fouvent communiquées, le
Iccptre des fciences a dii palTer d'un peuple à un autre. Sans avoir
approfondi l'hiftoire des fciences , on voit que leur lumière née
dans l'Orient, comme celle du foleil, s'avance ainfi que cetaftre
vers l'Occident, &C dans une révolution très -lente, femble,
comme lui, devoir faire le tour du monde. Il eft fans doute des
connoiflances premières 6c fimpks , qui ont pu s'offrir d'elles-
mêmes, 6c qu'on doit s'attendre à retrouver partout. Mais celles
qui font le fruit de la méditation, d'une obfervation longue,
& des moyens combinés des arts appliqués à la fcience , ne
peuvent être établies que chez des nations anciennement po-
licées , lefquelles ayant exifté longtems fur la terre , ont eu le
tems néceffaire au développement de l'induftrie humaine. Parmi
les peuples anciens. Chinois, Chaldéens, Indiens 6c Egyptiens,
l'examen de ceux qui ne doivent rien qu'à eux-mêmes , ou de
la nation unique qui feroit la fource de la lumière , appartient
à une critique délicate. Il faut rafTembler des traditions obfcures,
les éclairer l'une par l'autre , S<. pefer les probabilités ; en re-
montant aux premières traces de l'Aftronomie, il faut fixer la
date des faits , 6c comparer ces faits avec le degré de la civi-
lifation , avec le génie du peuple , avant de prononcer qu'il a
pu s'élever au mérite de l'invention.
C'eft ainiî qu'on détruit les prétentions fauffes &C les droits
ufurpés. Différentes caufes ont contribué à les introduire. L'or-
gueil des peuples, l'ignorance même des premiers commencti-
A y
t^ HISTOIRE
mens, a placé dans ces tcms toujours obfcurs, l'origine inconnue
des connoilTanccs acquiles. D'ailleurs dès qu'un honnnc aura
voyagé, il fe fera donné pour l'inventeur des connoiflances qu'il
avoit recueillies ; l'étranger devenu l'inflituteur d'un peuple ,
fe fera fait palier pour l'auteur des vérités qu'il enfeignoit ; &C
quand ces menfonges de la vanité ne feroient pas fi communs ,
le peuple lui-même s'y fcroit trompé. Il ne remonte point à la
fource de la lumière: il n'examine point fi celle qu'on lui préfente
eft empruntée ; celui qui parlç en eft la fource, voilà l'inventeur.
C'eft ainfi que les philofophcs grecs ont été célèbres par les
connoiflances qu'ils avoient puifécs dans l'Egypte, dans l'Inde,
èc que quelques-uns d'cntr'eux paflToient dans certains cantons
de la Grèce , pour les autçuis de vérités déjà établies Se fami-
lières dans un autre.- . /
Mais les Grecs iont , pour alnlî dire , des enfans dans la
carrière de l'Aftronomie. Nous avons nommé les peuples qui
peuvent prétendre à la rivalité, &: fe difpurer l'honneur de foa
origine. Nous ne décidons point qu'Uranus , Atlas, Fohi,
Thaut, Zoroaftre,Belus , foient les premiers aftronomes, mais
nous pouvons dire que ce font les plus anciens , dont les noms
nous foient parvenus, Se à notre égard les véritables inftituteurs
de la fcience.
§. III.
Nous ne favons que peu de chofe fur ces hommes célèbres,
leurs allions & leurs ouvrages font enveloppés de l'obfcurité
des premiers tems. La rcconnoiflance a confacré leurs noms
dans le fouvenir des hommes. Mais comme tout eft mêlé de
fables dans la tradition, des critiques habiles ont attaqué l'exif-
tencemêmede quelques-uns de ces inventeurs. Uranus 6c Atlas,
par exemple, n'ont, dit-on , jamais exifté : ces perfonnages ,
DE L' ASTRONOMIE. 5
trind que le plus grand nombre de ceux donc il cft ciueftion dans
la mythologie grecque , ne iont que des emblèmes.
Les Grecs qui les premiers dans l'occident ont écrit l'hiftoire,
n'ont commencé que tort tard à écrire en profe. On doit donc
s'attendre à trouver l'ancienne hiftoire chargée de figures. Les
embcllilîemens dont elle ell ornée , lui ont fait donner le nom
de fable; mais s'enfuit-il que les récits des premiers poètes ne
contiennent que des fictions? Le poëme d'Homerc en cil: rempli:
doute -t- on de la réalité de la guerre de Troye ? La vérité de
l'hiftoire n'y eft-t-elle pas difcinguée des fictions poétiques ?
Peut - on croire que dans des tems encore grollîcrs , où les
hommes ne connoiiroient que les chofes fenfiblcs , on ait eu
l'idée d'entretenir le peuple de la Grèce d'êtres imaginaires 5c
de perfonnages métaphyfiques ? Telle eft la conféquencc des
divers fyftêmes de Pluche , de \J'arburton , & de quelques mo-
dernes, dont les ouvrages font remplis d'ailleurs de recherches
profondes 5c de vues ingénieufes. IVLais devons -nous au bouc
de trois à quatre mille ans contredire les peuples les plus anciens,
vouloir être plus éclairés qu'eux fur ce qu'ils dévoient connoître;
& quand on n'a que leurs propres écrits à citer, elîaycr de dé-
montrer qu'ils ne s'entendoient pas eux-mêmes? L'origine des
peuples , le tems où l'hiftoire n'étoit que la tradition, font une
efpece de nuit. L'imagination y voit tout, l'efpric rend tout
vraifemblable , mais la raifon fe défie des produits de l'un &: de
l'autre. Les explications de M"^ Pluche font même fi générales,
que par cette leule raifon elles en deviendroient fufpcctes. On
eft étonné de le voir marcher fi librement dans les ténèbres des
antiquités égyptiennes. Un ancien prêtre d'Héliopolis, revenu
exprès fur la terre , ne nous guideroit pas plus facilement dans
ce labyrinthe. On croit voir un homme qui du haut d'une
montagne dçiline pendant la nuit le payfage dont il eft environné^
C HISTOIRE
&; qui y pLicc au hiifard des plaines , des champs cultivés, des
ruifleaux , des arbres & des maifons , parce qu'il fait que ces
difFérens objets fe rencontrent dans un payfage.
Les noms propres font en partie la fource de l'équivoque : ils
ont tous été primitivement fignificatits , d'où eft née l'idée de
les croire allégoriques. Les contes de vieilles mêlés aux récits
des perfonnages les plus graves , paflant de bouche en bouche ,
de générations en générations, exagérés encore par le goût du
merveilleux , ont achevé de défigurer les fiiits : s'enfuit- il que
tout foit menfonge dans ces récits ? On doit refpe£ter la tra-
dition fans l'adopter toute entière : elle grolîît en roulant à
travers les fiecles , elle fe charge & s'enveloppe de fables , mais
toute enveloppe a un noyau qui lui fcrt d'attache , & ce noyau
c'eft la vérité hiftorique.
§. I V.
Nous croirons donc qu'Uranus, Atlas &; Saturne fes enfans,
font des perfonnages réels, parce que leur exifbence n'a rien que
de vraifemblable, &: qu'elle eft attellée par une foule d'écrivains.
L'âge de ces princes, ou de ces chefs de famille, qui furent en
même tems les premiers aftroncimes connus, pourra nous donner
quelque notion de l'antiquité de l'Aftronomie. Si l'on s'en rap-
portoit à Suidas , on pourroit établir qu'Atlas a vécu vers 1600
ans avant J. Q.{a) Mais il eft clair que Suidas s'eft trompé.
La chronologie fuivie des rois d'Egypte , oîi il n'eft nullement
queftion d'Atlas , ni d'Uranus , certaines connoiflances aftro-
nomiques , qui doivent être bien poftérieures à l'invention de
la fcience , remontent au-delà de cette époque, & doivent placer
ces deux hommes dans des tems plus reculés.
(<j) Infra. Éclaire. Liv. I, §. 9.
DE L' ASTRONOMIE. 7
En examinant les difFërcntcs fouchcs du genre humain , on
voit que les Atlantes font la principale 6c la plus ancienne; on
voit du moins clairement cjue ces peuples font antérieurs aux
Egyptiens. La théogonie des Atlantes, rapportée par Diodore
de Sicile, cft la même que celle des Egyptiens, des Phéniciens
&; des Grecs; les mêmes noms , les mêmes faits s'y retrouvent,
£c il y a apparence que ces dilîerens pays ont été habités ou
civilifés par un peuple qui a étendu très -loin fcs conquêtes &
fcs lumières. Cette théogonie le fera peut-être introduite en
Egypte, en Ethiopie, en Phénicic, dans le tems de cette grande
irruption, dont il eft parlé dans le Timée de Platon, d'un peuple
innombrable qui fortit de l'itle Atlantide, fe jeta fur une grande
partie de l'Europe, de l'Afic, de l'Afrique, & envahit la terre
entière , fuivant la manière dont on s'exprimoit alors. Remar-
quons que Diodore {a) de Sicile dit cxprefTément que les dcf-
ccndans d'Atlas furent les chefs de bien des peuples , 6c que
plufieurs Grecs iont defccndre leurs anciens héros des Atlantides.
§. V.
Personne n'ignore que les Grecs ont tiré letu-s arts, leurs
fciences, leurs dieux mêmes de l'Egypte &: de la Phénicic. Mais
la mémoire de cette irruption que Platon a confervée , cette
méthode de confacrer l'origine des héros , en la faifant remonter
aux Atlantides , les mêmes générations , les mêmes noms dans
les familles des dieux & des héros , chez les Atlantes &z chez
les Egyptiens , l'abfencc de ces noms d(^nt la chronologie des
rois d'Egypte , fournirent des inductions très - fortes , que
quellequefoit l'antiquité des Egyptiens, les Atlantes font encore
d'une date plus reculée.
{a) Hift. Univ, T. I. Liv. UI, pag. 454 de la Tr-iduclion de M. TcrrafToa.
s HISTOIRE.
C'cft donc dans les tems obfcurs qui ont précédé les tems
hiftoriqucs de l'Egypte , dans les tems où régnèrent les dieux ,
ou plutôt les Atlantes , que nous devons chercher l'époque
d'Atlas. Si on n'a pu parvenir julqu'ici à fixer cette époque ,
c'cft qu'on a été efl-rayé des fables & des contradictions que
préfente d'abord l'ancienne chronologie égyptienne. Manethon,
par exemple , comptoit i i 3 règnes fucceffifs qui avoient duré
3555 ans, depuis le commencement du règne des hommes en
Egypte, jufqu'à la i 5^ année avant l'empire d'Alexandre (û).
Ce calcul remonte donc à l'an 35)01. Dicearque comptoit
2936^ ans depuis le règne de Selonchofis qui fuccéda à Orus ,
fils d'Ofirisjôc arrière petit-fils d'Uranus, jufqu'à l'établiflement
des jeux olympiques en 77 6 , ce qui remonte à l'an 3 7 i 1. Le
témoignage de ces deux hiftoriens placcroit le règne d'Atlas ,
fils d'Uranus , & frère de Saturne , aïeul d'Orus, plus de 3 S 00
ans avant l'Ere chrétienne. Mais on voit en même tems que
d'autres auteurs, tels que Diogene-Laerce, Hérodote, Diodore
de Sicile, Pomponius-Mela, l'auteur de l'ancienne chronique
égyptienne, parlant à -peu -près des mêmes intervalles, leur
donnent les uns 48 8 6^3 ans, les autres 23000 ans, Sec. Il étoit
naturel d'en conclure d'abord que toute cette chronologie étoit
un tiflu de fauflcté. Mais l'Aftronomie nous fournit un fil pour
nous guider dans ce labyrinthe , Se des fuppofitions vrailcm-
blables pour concilier les contradictions apparentes. Notre ex-
plication eft fondée fur un principe fort hmple , &C fourni par
l'hiftoire même, c'eft'la diverfité des révolutions par lelquelles
les hommes , les mêmes peuples , ont a différentes époques
tnefuré le tems : employant tantôt la révolution diurne du foleil
en vingt-quatre heures, tantôt celle de la lune en un mois.
(a) 5 ji ans avant J. C.
tantôt
DE L' A S T R O N O M I E. 5
tantôt la durée d'une faifon,ou l'intervalle d'un folfticeà l'autre
& donnant à ces différentes révolutions le même nom d'année,
parce que ce mot fignitioit primitivement révolution. ( * ) Les
hiftoriens , ou mal inllruits, ou peu foigneux de nous inftruire,
adoptant différentes manières de compter fans les fpécifier, ont
jeté la confulion dans la chronologie , & les modernes ont
accufé tous les anciens peuples de vanité & de menlonge. Le
principe que nous avons établi, réduit les chronologies desfept
hiftoriens cités ci-defîus, à ne différer que de 6 5 ans, oc à
donner par un milieu pour l'âge d'Uranus , environ l'an 3890
iivant l'ère chrétienne, {a)
§. VI.
Pendant que nous fommes arrêtés à établir ce point da
chronologie, il nous fera peut-être permis de faire remarquer
des fynchronifmesaffez finguliers. Chez tous les anciens peuples,
du moins chez tous ceux qui ont été jaloux de confcrver les
traditions , on retrouve l'intervalle de la création au déluge
exprimé d'une manière affez exacte 6c affez uniforme, la durée
du monde jufqu'à notre ère s'y trouve également à -peu -près la
même. Nous avons cru devoir en préfcnter ici le tableau , en
réfervant les détails juftificatifs pour les éclairciffemens qui
fuivront cette hiftoire. Nous fuppofons que les tems dont les
peuples n'ont confervé qu'une mémoire confufe , les tcms ap'
pelés fabuleux , font ceux qui ont précédé le déluge. La durée
du monde , au moment du déluge, étoit de 1656 ans, félon
le texte hébreu de l'écriture, &: de 2142 ou 125^ ans,fuivant
( *) Annus (îgnifîefi évidemment cycle, ont le même rapport entre eux que Circus
révolution , cercle , c^n Annulus , fon dimi- & CimUus.
nutif, vi;ut dire fetit cercle. Ces deux mots i^) Infrk , Éclaire. Liv. I. $. i8, 15.
B
to HISTOIRE
celui des feptaiite. Ce dernier calcul cft confirmé , au moyeir
de fuppofitions fort fimplcs , i °. par les antiquités babylonienes
qui donnent ù cet intervalle une durée de 2232 années lu-
naires (a); 2°. par le règne du loleil de 30000 ans en Egypte,
qui fc réduit à 2 24 j ans ; 3°. enfin, par les tems fabuleux de
l'hiftoire de la Chine, &c parle premier des quatre âges Indiens
qui peuvent peut - être fe réduire les uns à 2306, 6c l'autre à
a 3 <3 5 ans {è).
Quant à la durée du monde jufqu'à notre ère, on trouve, par
les mêmes fuppofitions, que l'ancienne chronique égyptienne
donne <î 1 2 8 ans; Diogenes Laerce ^138, Diodore de Sicile,
6081 : la chronologie babyloniene , <î i 5 8 ; la chronologie
indienne, 6 2 04, fuivant un calcul établi fur les nombres d'années
donnés par M"" le Gentil , & 6174, fuivant d'autres nombres
d'années tirés des livres arabes , les traditions chinoifes pour-
roient donner également (î i 00 , ou même <j i 5 7 ans (c}.
Ce tableau eft fmgulier & frappant: on y voit le fouvenir des
deux époques mémorables de la création &c du déluge, exprimé
finon clairement, du moins d'une manière qui annonce d'abord
une époque univcrfelle , un commencement commun ; enfuite
une féconde époque qui forme une efpece de lacune dans la
tradition, &: qui indique des tems très- anciens, féparés de ceux
qui les ont fuivis par quelque grande révolution. Les antiquités
de tous ces peuples. Egyptiens , Chaldéens , Indiens & Chinois
ne femblent donc que la mémoire des tems écoulés dans cet
intervalle; mémoire que chaque peuplade tranfplantéc a con-
fcrvéc par la tradition , !k. qu'elle a toujours placée à la tête de
fon hiftoire.
( a ) En fuppofant des années lunaires <3e (i) Éclaire. Liv. 1. i. 11,11,13,
3J4 jours en nombre rond. ( c } liid. §. 14,16, 17.
DE L ASTRONOMIE- i i
§. VII.
L'âge d'Uranus, d'Atlas remontant au moins à l'an 3890
avant l'ère chrétienne , donne par conféquent cette antiquité
à l'Aftronomic & à l'invention de la fphcre attribuée à Atlas.
Mais les preuves que nous en avons données ne font que con-
jeclurales. Nous cillons rapporter d'autres preuves, qui ne portent
pas iur des tems fi reculés , mais qui lont plus démonftratives.
Ces preuves font les obfcrvations &: les faits pofitifs confignés
dans l'hiftoire. Nous en trouverons peu chez les Egyptiens, leurs
obfcrvations font perdues. On en trouve feulement une dans le
calendrier de Ptolcméc, {a) qui doit avoir été taite^ en Egypte :
c'eft celle du lever héliaque de Sirius. Ptolemée le marque à
fept jours difFérens, favoir,le 4^ , 6*", 2 2^, 15'', ^.y*^, 3i°&
3 z" jour après le folfticc d'été. Il eft évident que ces différens
levers appartiennent à difl-erens fiecles. Le lever de Sirius étoit
très -important pour l'Egypte, parce qu'il annonçoit le débor-
dement de Nil. Il eft donc naturel de fuppofer que ces obfcr-
vations appartiennent aux Egyptiens; & la plus ancienne, celle
qui détermine ce lever le 4^ jour après le folfticc, fera une dats
de leur Aftronomie. On trouve par le calcul que pour le climat
de la haute Egypte , ce lever répond environ à l'an 1550 avant
J. C. Mancthon {è) donne lieu de croire que leur période fo-
thique, leur grande année de 14^0 ans, remontoit jufqu'à
l'an 2781. Nous expliquerons ailleurs qu'elle étpit cette période.
Il fuffira de dire ici qu'elle fuppofe la connoiflance de la révo-
lution du foleil de 3 6 5 jours un quart, maison ne mefure point lî
exactement cette révolution en commençant l'Aftronomie , 6Ç
il faut néceflaircment fuppofer qu'elle étoit cultivée depuis plu-
( <J ) Petau , Uranologion , pag. 58. (i) Infra , Éclair. X-iv. V. %. lo,
Bij
IX HISTOIRE
iieurs iîcclcs, Se établie en Egypte plus de 3000 ans avant J. C,
§. VIII.
Les obfervations des Chaldéens, confervécs par" Ptoleméc
dans fon Almagcfte , (a) ne remontent c^u'à l'an 711 avant
J. C. Mais Callifthenes envoya à Ariftote des obfervations
fuivies à Babylone pendant i 903 années avant l'arrivée d'A-
lexandre , Icrquelles par conféqucnt remontent jufqu'à Tatl
1234. Cette longue fuite d'obfervations, qui n'a pour garant
que Porphyre, cité par Simplicius , a paru fufpetle à quelques
iavans par des raifons qui feront rapportées Se combattues
ailleurs. (6) Mais nous ajouterons tant de probabilités au té-
moignage de Simplicius, qu'il ne reliera plus de doute lur ce
fait , qui par lui-même n'a rien contre la vraifemblance. De
plus on conclut des extraits qui nous reftent de Berofe, que les
Chaldéens ont commencé à compter par àes années folaires
vers Tan 247 3. (c) Nous ne parlons point des 473000 années
dont ils fe vantoient , nous montrerons à quoi elles doivent fe
réduire. Il y a eu fans doute de l'injuftice de les taxer d'orgueil
à cet égard; tout dépend de la manière de compter le tems qui
a changé bien des fois fur la terre ; il a plu même à certains
peuples d'appeller année les plus petits intervalles qui fervent à
le mefurer. Ainfi le même mot a lignifié des chofes très-diiFé-
rentes. On ne blâme le plus fouvent les anciens ou les étrangers,
^ue parce qu'on ne les entend pas.
Les Chaldéens paroilTent donc plus nouveaux dans la carriers
agronomique que les Egyptiens. Mais puifqu'ils connoifToient
le mouvement du foleil 2-473 ans avant notre ère, l'Aftro-
( a ) Lib. IV, c. 6. ( c J jn/rà , Éclaircillemens , Livre YI >.
(^) /«//-àj Éçlakt, Liv. lY. $. j». J. /.
DE L' ASTRONOMIE. 13
nomie y doit avoir une date pins ancienne. On trouve même
chez les Phrygiens, leurs voilîns, un temple dédié à Hercule,
qui paroît avoir été fondé vers l'an 1700 (a). Or Hercule a été
dans l'antiquité l'emblème dufolcil. Les circonftances fabuleufes
dont on a chanj;é la vie de ce héros, renferment d'une manière
allégorique la connoilT^Tncc du mouvement du ioleil. Ainfl
dans cette partie de l'Aile , l'Ailronomie peut bien y dater de
3000 ans.
§. IX,
Les anciens Perfes , qui, félon nous, font les ancêtres des
Chaldéens , avoient une forme d'intercalation qui fuppofe une
période de 1 440 ans. Nous démontrons que cette période doit
avoir été établie 6c avoir commencé vers l'an 3109 (é). On
lit dans leurs livres qu'il y avoit anciennement quatre étoiles
qui indiquoient les quatre points cardinaux , èc l'on trouve
efFc6livement que 3000 ans avant J. C. les étoiles nommées
l'œil du Taureau, ôc le cœur du Scorpion , étoient précifément
dans les deux équinoxes , tandis que le cœur du Lion & le
Poiflon auftral étoient très -près des deux folfticesfc). Le hafard
ne produit point de pareils rapports. Nous fommes fondés k
croire que la remarque appartient réellement au tems que nous
avons marqué , &C confirme ce que nous apprend la période de
l'intercalation , que l'Aftronomie étoit établie dans la Perfe
l'an 3109.
Les Indiens ont la même antiquité. Ils difent que le monde
a eu quatre âges. Le premier a duré i 7 z 8 o o o années, le fécond
119(^000, le troifîeme 8(^4000, Se le quatrième, qui eft
. ^ Ç Hérodote , Liv. II. {b) Ir.fra , Éclaiicif. Liv. IV. §. t,
^ ^ i. Éclaire, Liy. I. §. i>^ {c) Éclaire, liv, IX. J, la.
j^ HISTOIRE
lié eu aiemc tcnis li leur époque aPa-ouoiïiiqnCjdm-ok en i 7 (< i ,
depuis 48 <j3 ans. Le petit nombre d'années de ce dernier âge»
en comparaifon de la durée prodigieufe des trois premiers,
prouve évidemment que ceux-ci font fabuleux, ou plutôt ren-
ferment des années d'une efpece très - différente des nôtres.
Mais en même tems on voit clairement que les années du dernier
^<Te font des années folaires, &: qu'il eft fondé fur une véritable
époque hiftorique qui remonte à l'an 3 i o i . Comme c'eft de
cette époque qu'ils partent pour calculer les mouvemens du
foleil , de la lune & des étoiles en longitude , il s'enfuit que
ç eft aufli la. date de leur Aftronomie.
Nous trouvons encore dans Ptolemée une obfervation des
Pléiades , qui nous paroît devoir appartenir aux Indiens. On
fait par le livre de Job qae cette couftcUation a été très - an-
ciennement connue dans l'Alie , (<î) ,& qu'il y avoit des peuples
qui fe fcrvoicnt de fon lever héliaque pour régler le commence-
ment de leur année (/^). Ptolemée marque le lever des Pléiades
le foir , fcpt jours avant i'équinoxe d'automne, (c) Il falloir que
cette conftellation précédât I'équinoxe du printems d'environ
10 degrés , èc l'obfervation de ce lever n'a pu être faite que
vers 3000 ans avant J. C.
§. X.
Les Chinois ont confervé la mémoire d'une éclipfe de foleil
arrivée fous l'empereur Tchoug-kang, dans le tems de I'é-
quinoxe d'automne , l'an 2155 avant J. C. Le père Gaubil ,
favant millionnaire à la Cliine, a compofé une diflertation pour,
en prouver la réalité, (i^) Ils rapportent encore dans leurs annales.
( fl) ÉclaircilTemcns , Livre IX. §. 7 (c) Uranol. pag. 99.
& 8. ( <f) Soucict, Recueil d'obferv. faites au?
(i) CenCoiin. dédie natali , c. 11, Indes &; à la Chine, T. II, pag. 140,
DE L' A S T R O N O M I E. t ^
que vers 1500 ans avant J. C. on vit à la Chine cinq planètes
réunies dans une même conftcllation , & le même jour qu'on
obfcrva la nouvelle lune. On a douté li cette conjonclion étoit
réellement arrivée. Dominique Cafîini l'a cru fauflc [a] ^ mais
on a reconnu que Dominique Calîini s'étoit trompé. Les calculs
de M' Kirch , célèbre aftronôme de Berlin , ont mis la chofe
hors de doute, 8c ont placé cette conjonction l'an 2449.
On trouve que fous le règne d'Hoang-ti, c'eft-à-dirc, l'an
2^97 avant notre ère, un miniftre de ce prince, nommé
Yu-chi, découvrit l'étoile polaire, £c compofa une certaine
machine en forme de fphere , qui reprélentoit les orbes cé-
leftes(/5}. On trouve encore que Fohi, qui eft le premier em-
pereur , 6c dont le règne commence une tradition certaine &
non interrompue, étoit un prince confommé dans l'Aflironomie.
L'hiftoire dit qu'il donna la figure des corps célefles , qu'il eue
la connoiffance de leur mouvement , & qu'il en drefla des
tables (c). Fohi vivoit, félon cette hiftoire , 2952 ans avant
J. C. Nous ne croyons point que ces faits puifTent être faux. Le
peuple chinois a toujours été très- jaloux de fes annales , les
événemens de l'hiffcoire lont liés à un cycle de 60 ans ^ dont
l'époque remonte au tems d'Hoang-ti, c'eft-à-dire, affez près
du règne de Fohi. La certitude de cette chronologie eft atteftée,
dans un grand nombre de points, par l'Aftronomie qui a reconnu
vraies £c exactes les obfervations qui y font rapportées ; & les
faits vérifiés dépofentpour ceux qui n'ont pu l'être. Nous croyons
bien que ces tables aflronomiques étoient plus qu'imparfaites ,
que la repréfentation de la fphere étoit très-groifierc , mais cela
prouve au moins que 3000 ans avant notre ère, les Chinois
( a) Mémoires de l'Académie des Scien- {b ) Martin. Hift. delà Chinc^T. I. p. 3 !
ces, TomeVIil, page 54°. (c) Ibid. pag. 28.
i(S HISTOIRE
avoient quelqu'idée des mouvemens céleftes, que la fphere étoit
inventée chez eux, 6c que par conféquenc l'Aftronomie y étoit
déjà cultivée.
Les Tartarcs confirment l'antiquité du tcms de Fohi, ou du
moins remontent jufqu'à cette époque. Ils comptent par des
cycles de ^o,de i8o &:de loooo ans , dont le nombre em-
braffe une fuite pvodigieufe d'années. Ce nombre, réduit par nos
fuppofitions ordinaires, ne remonte qu'à l'an 1914 avant J. C.
à z 8 ans près de l'époque (a) de Fohi. Il eft naturel que voifins
des Chinois, ils aient à -peu -près la même époque; mais ils
n'avoient poinc des cycles de 6 o ans , fans avoir quelqu'Aftro-.
iiomie.
§. XI.
ï L y a donc , pour ainfi dire , une efpece de niveau entre
CCS peuples, Egyptiens, Chaldéens ou Perfcs, Indiens, Chinois,
Scythes ou Tartares, ils ne s'élèvent? pas plus les uns que les autres
dans l'antiquité, & cette époque remarquable de 3000 ans eft
à-peu-près la même pour tous. Elle eft la date des connoiftanccs
qui font parvenues jufqu'à nous. Mais il faut bien obferver que
c'eft l'époque de la renaiftance de l'Aftronomie , èc non pas de
fon origine.
Lorfque Fohi chez les Chinois encore barbares, 3000 ans
avant notre ère, avoit la connoiffance de la fij^ure àc du mou-
vement des corps céleftes : lorfque Uranus , plus ancien que
Fohi, civilifa les Atlantes : leur enfeigna à mefurer l'année par
le cours du foleil, &C les mois par celui de la lune: leur montra
le partage des faifons: lorfque Atlas conftruifit une fphere {6);
Fohi , Uranus , Atlas , n'étoicnt point les inventeurs de ces
{ a ) Éclaitciircmeas , Liv. III , §. 14, C ^ ) W'"'^ ' tclairc. Liv. I , §. î & 4- ,
connoiftancci
DE L' ASTRONOMIE. 17
connoiflanccs. Si parmi des peuples errans ôc fauvages , un
homme s'élève par le génie, s'il conçoit les avantages de la fo-
ciétë, il rafTcmblcra ces peuples dans des villes; mais cet homme
ne peut atteindre toutes les inventions utiles qui ne le déve-
loppent que fucceflîvemcnt. Cet homme lur-tout n'inventera
point rAftronomierou, Ci la première idée de cette fcicnce naît
dans fa tête , il ne mel'urera point l'année par le cours du ioleil,
les mois par les révolutions de la lune. Ce ne peut être que l'ou-
vrage de plufieurs ficelés. Et avant que l'on fonge à ces inftiru-
tions, combien de liccles ne faut-il pas pour que dans l'état de
lociété de nouveaux befoins fe faflent Icntir, pour que le beloin
commande à l'induftrie, pour quel'induftries'étende, queles arts
de première néceflité s'établiflentj&l qu'après avoir fatistait tous
les befoins , cette induftrie , libre de prendre un nouvel elTor,
puilTe s'appliquer à des chofes de pure curiofité! Si l'état de fo-
ciéré a toujours exigé quelque mefurc du tems , la première
chronologie ne fut que le calcul des jours , &C enfuite des nou-
velles lunes accumulées. Ces calculs des jours &C des lunes ,
l'attention même ad rerour des phafcs , pour acquérir quelque
notion des tems écoulés , ne font point encore l'Aftronomie,
Mais la connoiflance du mouvement du foleil, qui n'a pu être
acquife que par une étude réfléchie & de longues obfervations ,
l'invention de la fphere , qui eft le réfultat de plufieurs inven-
tions, appartiennent à une fcicnce déjà fondée, 6c depuis long-
tems cultivée. Nous avons vu que chez tous les peuples , les
tems anciens , marqués par des fables èc par des nombres pro-
digieux d'années, peuvent fe réduire à l'intervalle qui fépare deux
époques mémorables, celle de la création & celle du déluge (a).
On eft endroit d'en conclure que des hommes, ifTus de la même
(a) Suprà §. 6.
,8 HISTOIRE
fouche, partis d'un centre commun placé dansTAfic, ont em-
porté avec eux la mémoire de ces premiers tems , celle du
nombre des différentes révolutions par lefquclles une Aftro-
iiomie perfe£lionnée régloit la chronologie, 6c qu'cnfuite établis
dans différentes contrées de la terre , ils ont tous commencé
leur hiftoire par celle de leurs ancêtres communs.
§. X I I.
Les inftituteurs des connoiffances aftronomiqucs , chez
les différcns peuples , ont donc des ancêtres communs qui pa-
roiffent être les vrais auteurs de ces connoiflances. Si vers
3000 ans avant notre ère on trouve par - tout des veftiges
de l'Aftronomie , c'eft l'époque du tems oii fon règne a re-
commencé. Nous avons les plus fortes raifons de croire qu'elle
a été cultivée très - longtems auparavant , enfuite oubliée &C
perdue fur la terre.
Quand on confidere avec attention l'état de l'Aftronomie
dans la Chaldée, dans l'Inde & à la Chine, on y trouve plutôt
LES DÉBRIS QUE LES ÉlÉmens d'une SCIENCE ; ccfontdcs métho-
des afféz exactes pour le calcul des éclipfes qui ne font que des
pratiques aveugles , fans nulle idée des principes de ces mé-
thodes , ni des caufes des phénomènes ; certains élémens affea
bien connus , tandis que d'autres aulîi effentiels , aulTi fimples ,
font , ou inconnus , ou groffiereme'nt déterminés ; une foule d'ob-
fervations qui reftent, pendant des fiecles, fans ufage & fans
réfultats. Comment concevoir que des peuples, inventeurs de
l'Aftronomie , n'ayent pas iu la perfectionner dans la durée
d'une longue exiftence. S'il eft des peuples auffi incapables de
marcher que d'entrer dans la carrière des fciences , celui qui y
cfl entré une fois par le mouvement qu'il s'eft imprimé à lui-
même , perdra - 1 - il ce mouvement , &: peut - il s'arrêter à j amais ?
DE L' A S T R O N O M I E. 19
L'invention & les progrès des fciences font de la même nature.
Ces progrès ne font que l'invention renouvelée , une fuite de
vues femblables , & peut - être d'efforts à - peu - près égaux.
Pourquoi donc les Indiens, mais fur- tout les Chinois 6c les
Chaldéens ont-ils fait faire fi peu de pasàl'Aftronomie, pendant
un fl grand nombre de fiecles ? C'efl: que ces peuples ont été
fans génie , c'eft qu'ils ont eu la même indolence pour les dé-
couvertes que pour les conquêtes, c'eft qu'ils n'ont point inventé
la fcience. Elle eft l'ouvrage d'un peuple antérieur , qui avoir
fait fans doute en ce genre des progrès, dont nous ignorons la
plus grande partie. Ce peuple a été détruit par une grande ré-
volution. Quelques-unes de fes découvertes, de fes méthodes,
des périodes qu'il avoit inventées , fe font confervées dans la
mémoire des individus dilpcrfés. Mais elles fe lont conlervées
par des notions vagues 6c confufes , par une connoiflance des
ufages , plutôt que des principes. On a porté ces reftes d'une
fcience démembrée à la Cliine , aux Indes , dans la Chal-
dée ; on les a livrés à l'ignorance qui n'en a pas fu profiter.
On a dit qu'il falloit obferver les aftres , & des Chinois & des
Chaldéens les ont obfervés pendant des milliers d'années! Leur
confbince , leur affiduité a été encouragée par l'aftrologie qui
leur fut en même tems communiquée , & qui convient bien
mieux à l'ignorance. Mais ils ont pratiqué des méthodes qu'ils
n'entendoient pas. Ils ont fuivi les obfervations fans prefquç
chercher l'ufage qu'on en pouvoit faire.
%. X l l L
Cette conjecture fe changera en certitude , fi l'on confidere
qu'il nous rcfte des connoiffances aftronomiques très -exactes ,
qui ne peuvent avoir appartenu qu'aux tems les plus anciens, Sc
qui fuppofent une Aftronomie perfectionnée. La première de
20 HISTOIRE
ces connoiflances eft le Sare chaldéeii de 2 1 5 mois lunaires ,
qui ramené les conjondions dvi foleil èc de la lune , à la même
diftance du nœud & de l'apogée (*) de cette planète, 6c prcfque
au même point du ciel. La féconde eft.la période de 600 ans,
période luni-folaire, que Dominique Caflini a trouvé li cxacle,
&: dont Jofeph attribue la découverte aux Patriarches. On peut
y ajouter la divifion du zodiaque, qui eft fi ancienne qu'elle doit
avoir précédé le déluge.
Si l'on nous demande comment ces connoiflances fe Ibnc
eonfervées &: ont été tranfmifes à la poftérité, nous répondrons
que les colonnes chargées de caractères hiérogliphiqucs , font
les dépots qui ont furvécu au déluge. Ces monumens des
antiques habitans de la terre , étoient fans doute très-nombreux
dans l'Alie. C'cft dans cette partie du monde , la plus ancien-
nement peuplée , que durent fe trouver les originaux. Les co-
lonnes d'Egypte, où Thoth grava les principes des fciences, ne
font que des copies qui font devenues des originaux, quand les
véritables ont été oubliés.
Abydene , Alexandre Polyhiftor racontent d'après Berofe ,
que leXifutkrus des orientaux, qui eft évidemment le même que
Noé, duquel ils ont altéré l'hiftoire, enterra dans la ville du So-
leil , appelée aufll Si/paris , tout ce qui étoit écrit : c'eft-à-
dire , les faits de l'hiftoire &; les principes desYciences. Ces mé-
moires furent enfuite retrouvés lorfque le déluge eut cefTé. Les
premiers hommes n'écrivoient que fur la pierre, &i cette cfpece
de manufcrits a dû réfifter aux eaux du déluge.
(*) Les nœuJç de l'orbire d'une planète où elle eft le plus éloignée de Fa terre:
font les points où cette orbite ccupe l'éclip- le périgée eft le point d'elle en eft b plus
tiijue 5 l'apogée eft le point de cette orbite, près.
DE L' A S T R O N O AI I E. 21
Ç. X I V.
C E n'crt: pas trop de fuppofcr 1500 ans pour rétablincmcne
des deux périodes, dont nous venons de parler. Il a fallu voir
s'écouler au moins deux périodes de 600 ans. Avant les obfcr-
vacions allîdues,il faut des connoiiTances aftronomiques établies
& cultivées. Il eft nécefl'aire d'avoir réfléchi fur le fpeclacle du
ciel , longtems fuivi les phénomèncsdu mouvement diurne ,
diftingué les planetres , 6c: reconnu le mouvement qui leur eft
propre. Quoique ces remarques femblent fe fuivre allez natu-
rellement dans l'ordre des idées , la nature des progrès de
l'efprit humain féparc ces remarques par de longs intervalles.
Nos laboureurs , nos bergers font aujourd'hui ce qu'ont été
les premiers hommes ; que de rems ne faudroir - il pas
pour qu'il fe formât parmi eux un aftronôme qui tentât
des obfervations, &c des afbronomes qui fuccédaffent à celui-ci.
Il eft vrai qu'il leur manque un aiguillon , celui de la néceiïîté.
Le calendrier les difpenfe de l'Aftronomie; ils favcnt les travaux
propres à chaque faifon , & prefqu'à chaque jour de l'année.
Quand il n'y avoit pas d'autre almanach, d'autre règle que l'ob-
fervation du cours du foleil, il falloir reconnoître les étoiles qui
fe dégagent de fes rayons, ou qui veut s'y plonger; phénomènes
qui dépendent du mouvement du foleil. Mais combien n'a-t-il
pas fallu de f ecles pour foupçonncr feulement que cet aftre fe
mouvoit d'occident en orient ? Quand ce mouvement a été dé-
couvert, combien de fiecles pour le mefurer? Que de difficultés,
quand on penfe que cespremiers hommes n'étoient aidés d'aucua
inftrumenc ; ou bien ce font de nouveaux fieclcs qu'il faut ad-
mettre pour l'invention de ces inftrumens , èc pour leur appli-
cation à l'ufage de la fcience! Quand on penfe que ces peuples
étoient nomades . les familles ifolées, qu'il y avoit peu de com-
Il HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE.
mercc pour les befoins , Se par conféquenc pour les idées ; que
les dépôts, les regiftres étoient des pierres , livres aiïez durables
fans doute , mais qui ne fe tranfportoient pas dans les courfes
d'une vie errante £c paftorale ! Il falloir que chaque homme
fe fulfît à lui - même , que de longues années fuppléaflent
au retardement des progrès fufpendus à chaque génération , 5c
que le génie luttant contre toutes ces difficultés , fît à chaque
pas autant d'efl'orts qu'il en fait de nos jours pour les plus fublimcs
découvertes. Nous fommes donc bien fondés à penlerque l'Aftro-
nomie a été cultivée plus de i 500 ans avant le déluge , &, qu'elle
a aujourd'hui plus de 7000 ans d'exiftence. Nous nous fommes
attachés à difcuter cette antiquité , parce que la queftion en eft
intércflante. C'cft le premier objet de curiofité de celui qui lit
l'hiftoire de l'Aftronomie , & cette difcuffion fait partie de
l'hiftoire même. La fcicnce femble devenir plus refpecStable ,
quand on la voit cultivée 3000 ans avant notre ère, chez les
cinq plus anciens peuples de la terre; quand on en fuit les traces
au-delà du déluge, Se qu'on la trouve prefque dans le berceau
du monde.
Voilà le long efpace que nous avons à parcourir pour def^
cendre au tems où nous vivons , pour atteindre au degré de
perfection où nous avons porté l'Aftronomie. Mais avant d'entrer
dans cette carrière , nous croyons utile de chercher le fil des
idées des inventeurs , quels qu'ils foient , de montrer comment
elles ont pu s'enchaîner , & de mettre fous les yeux du le(fleur
le tableau de la marche & du développement de l'efprit humain
«dans les premières découvertes aftronomiques.
HISTOIRE
DE r ASTRONOMIE ANCIENNE.
LIVRE SECOND.
Du développement des premières découvertes Ajironomiques.
§. PREMIER.
•a"
il L n'y a perfonne qui n'ait été frappé de la beauté du fpec-
tacle de la nuit. La vue, encore fatiguée delà lumière du jour,
erre fur la voûte célefte , 6c s'y repofe avec complaifance ; un
azur fombre fert à faire briller davantage les diamans qui y font
attachés ; ces étoiles différentes par leur éclat : les unes étince-
lantes , les autres femblables à des points brillans , mais com-
penfant par leur multitude ce qu'elles fcmblent perdre en o-ran-
deur ; cette zone un peu lumineufe qui embrafTe le ciel 6c le
partage; cet aftre de la nuit qui , variant (es apparences , oiFre
tantôt un croiffant, tantôt un globe radieux & plein, dont la lu-
mière douce & argentée éclaire les yeux fans les fatiguer; globe
qui, pour la grandeur 6c pour l'éclat, peut feul être comparé au
folcil , qui s'avance comme lui avec majcfté , 6c fait difparoître la
multitude des aftres,en permettant, feulement aux plus confidé-
24 HISTOIRE
rablcs. Je briller à coté de lui. Tel cfb le fpe(£laclc qne préfcntc
la iiuic , jufqu'à ce que rorlcnt venant à le colorer , le folcil ,
déjà annoncé par l'éclat du jour , fe montre à l'horifon. Tout
les aftres difparoiflent à fon afpecl:, il emplit feul le ciel entier;
il le traverfe en éclairant, en échauffant la terre, &c il defccnd
vers l'horiibn oli il termine fa courfe , en rendant à l'homme le
fpecftaclc de la nuit. Tant de régularité , tant de maç^nificcncc
unie à tant de fimplicité, excite l'admiration des cfprits les plus
froids ôc les moins leniîbles.
§. I I.
€ E phénomène du mouvement duloleil d'oricnten occident,
fut le premier connu. On ne tarda pas à y joindre la connoiffancc
du mouvement général des aftres dans le même fcns. Tous fe
montrent à l'orient , aux points de l'horilon oii la nuit fe levé.
Ils s'accompagnent, marchent d'un mouvement égal , s'élèvent
comme le foleil en traverfant le ciel , Se vont comme lui fe
plonger ious l'horilon. La première idée tut de regarder le ciel
comme un vafte pavillon tendu fur une Tuperticie plate; (*) enfuite
comme une calotte hémifphérique , roulant fur elle - même ,
emportant avec foi tous les aftres qui y font femés, Se le foleil
lui-même aflujetti à ce mouvement. Mais une grande queftion
fut de deviner ce que le foleil devenoit pendant la nuit , Se les
étoiles pendant le jour. Il fallut certainement beaucoup de tems
pour la réfoudre; ôc comme tout eft proportionné aux circonf-
tances Se aux moyens , ce fut un eiFort de génie. La chofe ne
(*) Selon M. Pluclie , les Orientaux tome IV , féconde j>an'ie , entr. 5. Cette
donnoient à la terre le nom de Tebcl , d'où ctymologie eft vraifemblabie & curieufc ;
nous eft venu celui de Table , parce que en mais M. Pluche n'a point dit dans quelles
effet c'ctoit jadis un préju2;é univetfel , que langues ce mot fe trouve ; il fcroit à fou-
la terre étoit une furface plane, terminée haitcr qu'il citât moins vaguement , & qu'il
par un abimc d'eau. SpcilccU de la Nature j fît connoître mieux fcs autorités.
fut
DE L' A S T R O N O M I E. tj
fut même pleinement éclaircie que quand on eut reconnu la
rondeur de la terre, de toutes parts enveloppée par le ciel. On fait
que de grands philofophes penferent &: débitèrent féricufement
que le foleil pafToit la nuit dans la mer, &; que les étoiles s'étei-
gnoient le matin pour fe rallumer le foir. On difoit même qu'au
moment du foleil couchant on cntendoit un certain bruit j comme
lî la mer pécilloit, pendans que le foleil s'éceignoit en defccndant
fous les eaux, {a) C'eft aux Grecs iî célèbres, c'cft à leurs aca-
démies que font dues toutes ces inepties , dont nous ne nous
occuperons point ici, iSc qui feront rapportées ailleurs.
§. III.
On s'apperçut bientôt que la lune avoir un mouvement
particulier. Une nuit elle avoit paru près d'une étoile , la nuit
fuivante elle s'en écoit éloignée. Il n'avoit pas été difficile de
s'aflurer que les étoiles confcrvoient entre elles toujours la même
diftance, & il fallut attribuer ce mouvement à la lune même.
Ainfi la connoiflance d'un mouvement particulier d'occident en
orient , fut ajoutée à celle du mouvement général d'orient en
occident, & ce fut la première découverte en Agronomie.
Les phafes de la lune font un phénomène qui attira en même
tems l'attention des premiers aftronômes; mais qui exerça bien
davantage leur fagacité. On s'attacha d'abord à fuivre &: à
étudier fes apparences, voilà les premières obfervations. Quand
la lune commence à fe montrer , c'eft le foir , au coucher du
foleil. Elle préfente la forme d'un croiflant, ou filet de lumière
aflez délié &c courbé en cercle , dont la convexité regarde le
foleil, tandis que les cornes font tournées vers l'orient. Bientôt
ce croillant s'élargit , Se la lune plus éloignée du foleil , rcfte
(û) Strabon, Géogr. Lib. III. pag. 138.
i^ HISTOIRE
plus tard fur l'horifon. La partie éclairée s'augmentant infenfi-
blement , elle préfente l'apparence d'un demi-difque. Alors elle
occupe le milieu du ciel quand la nuit vient. Au bout de quatorze
jours environ de fa première apparition , on la voit, à roppofite
du foleil, fe lever lorfqu'il fe couche; mais pleine, comme un
difque entièrement éclairé, qui ne peut plus ajouter à fon éclat;
aufli va-t-il bientôt le perdre. Sa lumière s'efface du côté ou elle
s'étoit d'abord montrée, èc diminue graduellement comme elle s'é-
toit augmentée. La lune redevient fuccefrivcmcnt fembhible à un
demi-difque, puis à un croiffant, toujours de plus en plus étroit,
mais dont les cornes font tournées vers l'occident. La convexité
de ce croiffant regarde encore le foleil que la lune précède alors,
ne fe levant plus que peu de tems avant lui. Bientôt elle ne fe
levé plus ; elle eft deux ou trois jours invifible, 6c elle ne reparoîç
que pour reprendre les mêmes apparences.
On combina ces différens phénomènes, èc Ton remarqua que
quand la lune avoit fa plus grande lumière, elle étoit oppofée
au foleil; quand elle étoit près du foleil, fa partie éclairée étoit
toujours tournée du côté de cet aftre. Il étoit naturel d'en con-
clure que fon illumination dépcndoit du foleil, èc que fa lumière
en étoit empruntée. Quant au corps même de la lune , fa
rondeur n'étoit pas équivoque. Il falloit que ce corps fût un
difque plat, ou un corps fphérique qui, vu de loin , a la même
apparence. Mais un difque plat ne s'éclaireroit pas comme fait
la lune; il s'éclaireroit d'abord tout entier, &: feulement d'une
lumière plus foible par des rayons obliques , que par des rayons
perpendiculaires. Tous les corps fphériques ont une de leurs moi-
tiés éclairée, 6c en les regardant de face de de côté, on vit qu'on
rendoit raifon de toutes les phafes de la lune. Il fut donc prouvé
c[ue la lune étoit un corps rond & fphérique.
DE r ASTRONOMIE. ^7
§. I V. *"
Dss obfcrvateurs attentifs Se aflidus ne furent pas longtems
à s'apperccvoir que le fpe^^acle du ciel n'étoit pas toujours le
même. Au bout de fîx mois il eft prefque abfolument changé ;
les étoiles qui fe levoient à une certaine heure , font alors près
de le coucher , èc de nouvelles étoiles paroiiïcnt à l'orient. En
y faifant journellement attention , on vit que toutes les étoiles
fe levoient chaque jour plutôt que la veille, & qu'au bout d'un
mois il y avoir deux heures de différence. Cette anticipation du
lever des étoiles étoit l'efFet de quelque mouvement inconnu.
On imagina d'abord fans doute que le firmament, le ciel étoile ,
outre le mouvement journalier autour de la terre d'orient en
occident, avoit encore un mouvement plus lent 6c dans le même
fens , par lequel les étoiles accéléroient leurs levers & leurs
couchers. Mais que dcvenoient les étoiles invifibles pendant
plufieurs mois , & d'où venoicnt les étoiles qui commençoient
à fe montrer fur l'horifon. Quelques remarques accumulées par
le tems applanirent ces difficultés. On voyoit que parmi les
étoiles , il y en avoit quelques-unes , telles , par exemple , que
celles de la grande ourfe , qui paroifToient tantôt à l'orient ôc à
l'occident , tantôt au nord ôc au midi : d'autres étoiles ne pa-
roifToient jamais au nord. On en inféra que les premières fai-
foient une révolution entière. Mais pourquoi celles-ci auroicnt-
elles eu une marche difFérente, &, pour ainfi dire, un privilège
particulier? On s'appcrçutmême qu'il y avoit une certaine étoile
qui ne changeoit pas fenilblement de place pendant tout le
cours de la nuit. Elle étoit comme le centre du mouvement, &C
les autres fembloient tourner autour d'elle; en conféquencc oa
appela pôle le point qu'elle occupoit dans le ciel , & cette étoile
prit le nom d'étoile polaire. Voilà donc une étoile immobile ,
Dij
f^at HISTOIRE
quelqiî^ unes qui font autour d'elle une révolution entière ,
tandis que la plupart n'en achèvent qu'une partie. Des Ipécu-
lateurs plus profonds ofcrent fuivre ces étoiles au-delà même
de leur apparition , Se fuppléer par l'imagination à la portion
de leurs cours que la vue ne pouvoir atteindre. Le ciel devint
une fphere entière, & comme pour le mouvoir, il falloir deux
points fixes, on fuppofa , à l'exemple du pôle qu'on voyoit dans
le ciel , un autre point fixe diamétralement oppofé , qui étoic
fous la terre dans l'autre partie du ciel; &; la ligne qu'on imagina
joindre ces deux points , autour de laquelle fe faifoit tout le
mouvement diurne , fut appelée l'axe du monde.
On avoit encore remarqué que lorfqu'une nouvelle étoile Ce
montroit, c'étoit toujours le matin:elle précédoit le jour, & il
fembloit qu'elle quittât le foleil pour le devancer. Au contraire ,
quand elle cefloit de fe montrer , quand on la perdoit de vue ,
c'étoit toujours au coucher du foleil, ôc on pouvoir penfer qu'elle
alloit le rejoindre. C'étoit donc la compagnie du foleil qui la
faifoit difparoître , ôi c'étoit leur féparation qui lui permettoit
de fe remontrer. Alors tout fut expliqué. Le foleil 6c les étoiles en
difparoiirant à l'occident, paffbicnt par deflousla terre pour aller
fe remontrer à l'orient. En outre, les étoiles &C le foleil avoient
un mouvement par lequel ils lembloient d'abord fe fuir & s'é-
loigner, enfuite le chercher &: fe rapprocher. On fe demanda Ci
c'étoit au foleil ou aux étoiles qu'il devoit appartenir ? Il étoic
plus fimple de faire mouvoir le foleil qu'une multitude d'étoiles,
auxquelles il falloit fuppofer un mouvement égal. L'analogie
vint encore éclairer fur ce point, &; le mouvement de la lune
fit connoîti-e que celui-ci , qui lui étoit en tout femblable , ap-
partenoit au foleil.
DE U A S T R O N O M I E. 29
§• V.
Celui qui découvrit la fphéricicé du ciel, èc le mou-
vement du foleil , fît faire deux grands pas à l'Aftro-
nomie. Ces connoiflanccs font la bafe de la fphere ; elles dc-
barrafTerent l'Aftronomie d'une infinité d'erreurs 6c d'idées
abfurdes. Relativement aux tems &: aux c^conftances ,
Copernic èc Kepler , en changeant le lyllêmc du monde 6c la
forme des orbites planétaires, n'ont pas rendu un plus grand
fervice à la fcience.
Toutes CCS confidérations fur les étoiles fervirent à conflatcr
que le plus grand nombre étoit fixe dans le ciel, c'eft-à-dire ,
que malgré le mouvement général qui les entraînoit, elles con-
lervoicnt les mêmes diftanccs & les mêmes configurations. Ce-
pendant parmi celles qui , parleur éclat , attirent particulièrement
les regards , 6c qu'on nomme de la première grandeur , on en
diftingua trois qui changeoicnt de diftance à l'égard des autres.
Elles avoient donc un mouvement propre ainfi que la lune ;
chacune avoit fon mouvement dans la même direclion d'oc-
cident en orient; mais toutes trois des vîtefles difii^érentes. Alors
on établit une diftinclion de deux fortes d'étoiles; on nomma les
unes étoiles fixes, parce qu'on les voyoit immobiles , 5c comme
attachées au firmament; le^ autres étoiles errantes, ce lont celles
que nous nommons planètes. Les trois premières connues font
fans doute Mars , Jupiter & Saturne. Une étoile très- brillante
qui paroiiToit quelquefois le foir , fut rangée aulii au nombre
des planètes , parce qu'elle avoit un mouvement à l'égard des
fixes. Mais l'étoile qui paroifloit le matin avant le lever du
foleil , qui lui étoit femblable par l'éclat , 6c qui avoit comme
elle un mouvement propre , dut être regardée d'abord comme
une planète différente. On diftingua l'étoile du foir de l'étoile
30 HISTOIRE
du matin , Hefper de Lucifer; cependant elles étoient fî fem-
blables par l'éclat, il étoit fi vifibleque l'étoile du matin achevoit
la route qu'avoit commencée l'étoile du foir , que le tems &
l'attention qu'on y apporta, firent rcconnoîtrc ces deux étoiles
pour la même planète que nous nommons aujourd'hui Vénus.
Une autre étoile, beaucoup plus petite, qui paroifToit également
le matin 6c le foir, fut encore rangée au nombre des planètes.
Ainfi les anciens furent en poflcffion de la connoifiance de fept
planètes ; le Soleil , Mars , la Lune , Jupiter , Saturne , Venus
& Mercure. Elles n'ont été reconnues que lucceffivement, peut-
être après des ficelés : fur-tout Mercure qui eft prefque toujours
plongé dans les rayons du foleil. Nous en réunifions ici les dé-
couvertes, parce que les unes ont été la fource des autres, quoi-
qu'elles aient été léparées par de grands intervalles de tems.
§. V I.
La fphéricité de la voûte célcfi:e étant connue , il fut afiez
naturel de penfer que la terre étoit ronde bc Iphérique. Il étoit
clair qu'elle étoit fufpendue au milieu de l'efpacc , puifque les
aflres pafioient par dcilous. Le ciel que l'on croyoit folide ,
fembloit une enveloppe faite pour elle , & par conféqucnt ils
dévoient avoir l'un cC l'autre la même forme. D'ailleurs les
anciens toujours préoccupés de la prééminence des formes cir-
culaires &: Iphériqucs (ur toutes les autres, durent les appliquer
aux afl:res qu'ils croyoient formés d'une fubfi:ance divine, ou au
moins deftinés au léjour des dieux & des génies. Ils y furent
encore conduits par l'analogie. La lune en étoit un exemple , &
devenoit une autorité pour ceux qui enfeignoient la fphéricité
de la terre.
On croit communément que cette connoiflancc a pu naître
dans les pays maritimes ou l'on voit diiparoître luccelfivemenc
DE L'ASTRONOMIE. yi
ïes difFérentes parties d'un vaiiîcau qui s'éloigne fur la mer. Mais
la découverte de la rondeur de la terre cft fans doute bien an-
térieure à l'invention des navires , du moins des navires aflez
grands pour être apperçus de trèsdoin. D'ailleurs pour un pareil
effet , & pour des tems groiliers, la conclufion nous paroît bien
fubtile. L'oblervation, dont il s'agit , peut fervir aujourd'hui de
preuve à la rondeur de la terre, fans avoir fervi à la faire con-
noître. Au refte, la marche de l'cfprit humain cft fouvent tor-
tueufc; il laiflc longtems une idée limplc qui eft fur fon chemin,
pour en aller lailir d'autres plus lubtilcs & plus éloignées.
Une autre remarque démontra la rondeur de la terre; ce fut
celle des nouvelles étoiles qui devenoient vifiblcs à ceux qui
changeoient de latitude en allant du nord au midi, ou du rnidi
au nord. Nous foupçonnons que les voyages n'ont fait que
confirmer cette opinion, parce que les hommes attachés à leurs
foyers , à leurs troupeaux , à la culture de leurs champs , ont
exifté longtems avant de s'en écarter. On ne fortoit eueres de
chez foi que pour fc battre ; encore ne fe battoit - on qu'avec '
fcs voilins. Il a fallu que le commerce ouvrît quelques commu-
nications , que la guerre fe portât plus loin , & fur-tout que les
philofophes 6c les obfervateurs voyageaflent, car les marchands
& les gens de guerre s'arrêtent peu à confidérer les étoiles. Les
philofophes remarquèrent qu'en allant vers le midi, des étoiles
qu'ils ne connoiiroient pas s'élevoient fur l'horifon ; retournés
chez eux, ils ne les voyoient plus. La vue de ces étoiles tenoic
donc à une certaine pofition fur le globe. Il n'y avoir que la
convexité & la rondeur de la terre qui pût produire cet effet.
§. VIL
L' Astronomie commençoit à devenir une fcience , elle
pofTcdoit quelques notions juftes du fyftêrae du monde. On y
3 1 HISTOIRE
voie une idée des mouvemens des corps céleftes. Elle n'avoic été
jufques-là qu'un fujct de curiofité ; clic parut bientôt applicable
à des objets utiles , &: Tes progrès devinrent plus rapides , en
raifon de ce que l'intérêt cft plus adlif que la curiofité. Un des
premiers befoins de la fociété naiflante eft la mcfure du tems.
Les hommes ont d'abord compté par des jours, quelques peuples
fauvages de l'Amérique comptent encore par des loleils. Nous
avons des preuves que les Chaldéens ont compté ainfi , &c qu'ils
ont confervé cet ufage même après la conquête d'Alexandre ,
c'eft-à-dire, bien après l'établifTement des années de trois cens
foixante-cinq jours. Les obfervations qu'ils faifoicnt , étoicnt
gravées fur des briques. On peut croire qu'il y en avoit une
pour chaque jour , èc que l'on calculoit le tems écoulé par le
nombre de ces briques. Cette manière de compter ne parut pas
commode dans l'ufage civil, parce que les jours en peu de tems
devenoient trop nombreux. On voulut une révolution plus
longue , Se le mouvement de la lune, à l'égard des étoiles, en
offrit. une d'environ vingt-huit jours, (a) Les phîifes de cette
plaiiéte indiquèrent une fubdivifion en quatre parties qui furent
les fdmaines de fept jours. ("*^) M. Goguet (è) penfe qu'elles
furent la première mefure du tems. Mais il eft évident qu'elles
ne font que des iubdivifions , & d'une invention poftérieure à
l'ufage des révolutions de la lune. Cependant comme le mou-
vement de la lune, à l'égard des étoiles, demandoit des obfer-
-vatîons, on préféra bientôt dans l'ufage civil le retour des phafes;
on fe régla fur le mouvement de cette planète à l'égard du foleil,
ôc l'on eut des mois de trente jours.
( * ) C'cft parce qu'on n'a pas fait attijii- maiucs de fcpt jours ne divilent pas exac-
tion que 1.1 révolution de la lune à l'cgai'd renient un mois de vin^r neuf ou de rren:e
des éroilcs, a été jadis en ufage pour la jours. Mais la divifion eft exacte à l'égard de
mefure du tems, qu'on a liéflté fi l'on de-, la révolution lîdérale de lalune de 18 jours.
voit regarder les femaines comme une fub- (a) Éclaire. Liv. I, §. 11.
divifion du mois lunaire. En cftec. d;s fe- (A) Goguet, T. I, page 117.
u
DE L' ASTRONOMIE. 55
La iicoménic , ou la fête qui fc célébroic chez prefque tous
les peuples au tcms de la nouvelle lune , cft une preuve qu'ils
étoienc atcencits à fliifir fon retour. Ils y ont ajouté des fêtes pat
différens motifs. Ces fêtes n'ont peut-être été établies que pour
que l'obfervation n'en fût pas négligée. Mais quand le mou-
vement du foleil fut connu , on vit qu'il s'écouloit un intervalle
bien plus long entre le moment où une étoile fe dégageoit le
matin des rayons du lolcil , jufqu'au moment où après s'y être
replongée, elle s'en dégageoit de nouveau. (*) On appela cet
intervalle la révolution folaire, &C Ton compta par des années.
Plufîeurs peuples ont confervé longtems l'ufage de com-
mencer leur année au lever ou au coucher de quelqu'étoilc
brillance , comme Sirius ou les Pléiades, (a) Cependant comme
le mouvement du foleil ne fut pas mefuré aulli-rot qu'apperçu ,
on chercha feulement à en approcher. C'eft ce qu'on fie en réu-
nilTanc douze lunaifons qui s'écouloient dans une révolution du
foleil, pour en compolcr une année lunaire. Quoique les mois
eulTent été primitivement de trente jours , cette annéenefutquc
de trois cens cinquante-quatre jours , parce qu'on ne tarda pas
à rectifier, par l'obfervation de la néoménie, ce que la longueur
des mois avoit de trop , ( ** ) ôc on les établit alternativement de
vingt-neuf & de trente jours , pour fatisfaire à la révolution de la
lune qui eft de vingt -neuf jours 6c demi environ. Cette année
fubfifta longtems chez les peuples dont le genre de vie ne per-
mettoit pas d'acquérir des connoiffances plus exactes. Elle fuffit
( * ) Lorlqu'uneétoileparoîtle matin vers nomcncs t)ue nous aurons en vue , lorfcjuc
rorient, un mitant avant le lever du foleil, dans la fuite nous parlerons des levers Se
ou le foir vers l'occident, un inftant après des couchers des évoiles.
fon coucher, on dit qu'elle fe levé ou fe (**) Dans les premiers tems on ne comp-
couche héliacjucment. Ces levers & ces cou- toit le commencement du mois que du jour
chers héliaqucs régloient les travaux de la cii la lune paroilî^it. Cicer. in Verrem,
campagne. Les anciens étoient attentifs à L;/'. II. Quinte-Cur.ce. Lié. yill ,%. g,
ks obfcrver 5 & c'eft cette cfrecc de phé- {a) Ccnforin. i^c die r.atali , en.
E
34 HISTOIRE.
avix befoins de ceux qui , comme les anciens Arabes Se les Tar •
tares , ne vivent que de la chair & du lait des animaux. Les
Arabes nomades &C les Tartares s'en fervent encore aujourd'hui.
En eflet, cette forme d'année eft très-commode pour les peuples
qui vivent ainfi. L'obfervation de la pleine lune, qui eft un figne
vifîble &C facile à iiiifir , les difpenfe de tout foin du calendrier.
§. VIII.
Dans les premiers commencemens de la fociété , tous les
hommes n'avoient été que chaflcurs ou pafteurs. Quand leur
nombre fut augmenté , ils furent forcés d'avoir recours à l'agri-
culture. Les animaux n'auroient pas fuffi à les nourrir. Alors il
fallut connoître & prévoir le retour des faifons. L'agriculture
exigea des obfervations. On avoit remarqué que la végétation
des plantes & des arbres , la maturité des fruits 6c des grains
déoendoient de l'aclion ou de la préfence plus ou moins longue
du foleil fur l'horifon. Vers le tems oii les jours deviennent
égaux aux nuits , la verdure rcparoît; par conféquentla culture
de la terre doit précéder cette époque. Quand les jours font les
plus longs, c'eft le tems des récoltes; elles fefont fucceflivement
jufqu'à ce que les nuits redeviennent égales aux jours. Cette
iaifon eft celle des labours èc des iemailles , jufqu'aux nuits les
plus longues qui amènent le tems de l'inailion Se du repos pour
l'homme Se pour la nature.
Ces intervalles furent diftingués Se nommés faifons. Ce fut
alors fans doute que l'année de trois cens foixante jours s'éta-
blit; & comme on avoit remarqué que, pendant le cours de
l'année Se des faifons , tous les jours de nouvelles étoiles fe dé-
gageoient le matin des rayons du foleil ; on choifit les plus
brillantes comme celles qui feroicnt vues le plus facilement dans
le crépufcule , Se on les regarda comme des fignaux qui aver-
DE L'ASTRONOMIE. 35
tlfloicnt des tems & de la faifon propre à chacun des travawtx
de la campagne. Il ne s'agiffbit plus que de lier les obfcrvations
agronomiques aux obfcrvations du ciel : c'cft ainfi que les pre-
miers agriculteurs furent nëceflairement aftronômes. Quand on
eut déterminé les étoiles propres aux différentes indications ,
chacun veilla de fon coté pour faifir le moment de leur appa-
rition. Ce ne fut que longtems après, lorfque les hommes dans
une fociété plus nombreufe, fc furent partagés les travaux, qu'il
y eut des hommes chargés particulièrement de ce foin , Icfquels
du haut d'une tour, comme en Chaldée, obfervoient les étoiles
qui paroilîoient à l'horifon, èc comme en Egypte, les annon-
çoient au peuple par des fignes hiérogliphiques.
§. I X.
L'année de trois cens foixante jours ne fut fans doute pas
longtems en ufage ; en moins de trente-cinq ans l'ordre des
fiiilons eût été abfolument renverfé, &; l'hiver feroit tombé dans
les mois oia tomboit l'été auparavant. On y aura remédié d'abord
par des mois intercalaires. On aura enfuite cherché à connoître
plus exactement la révolution du foleil. On y fera parvenu par
différens moyens, ou par le retour du lever héliaque de la même
étoile, ou par le tems où la hauteur méridienne du foleil revient
la même ; ce qui eft marqué par le gnomon: ou plutôt, comme
M. Goguet le conjecture avec beaucoup de vrailemblance , par
les points de l'horifon où le foleil fe levé & fe couche. « Il me
»' paroît aifez probable, dit-il, que la longueur de l'année aura
» pu être déterminée originairement par l'obfervation du lever
« èc du coucher du folei! , à certains points de l'horifon fenfible.
» Les premiers hommes pafloient une grande partie de leur
» vie dans les champs. Vers le tems des équinoxcs ils auront
» pu remarquer un arbre , un rocher , un monticule , derrière
'3^ HISTOIRE
»3 lequel ils voyoient pointer le foleil , un tel jour d'un tel moiV
» Le lendemain ils auront vu cet aftre fe coucher ou ic lever
» afTez loin de cet endroit, attendu qu'au tems des équinoxes
« la déclinaifon du foleil change fenfîblement d'un jour à
3> l'autre. Six mois après , ils auront vu le foleil revenir à ce
» même point , &l au bout de douze mois il y fera encore re-
» venu. Cette manière de fixer l'année eft aflez cxacfle, 6c en
« même tems eft fort (impie. . . . Chacun eft en état de faire une
M pareille obfervation; mais j'avoue qu'on n'en trouve aucune
" trace dans l'hiftoire [a). Olaus Rudbcck nous apprend que
les anciens Suédois régloient par ces obfervations la longueur
de leur année (é). D'ailleurs M'' Goguet ne connoifloit pas fans
doute un paflage de Simplicius {c) qui dit exprefTément que ce
font les différens points de l'horifon où le foleil fe couche l'été
& l'hiver , qui ont fait appercevoir fon mouvement. Mais M.
Goguet n'a pas fenti toute la fécondité de cette idée. Elle ex-
plique comment les hommes ont pu partager l'année en auatre
parties égales , fans avoir recours à l'obfervation des folftices &
des équinoxes, par les hauteurs méridiennes du foleil; m.éthode
qui a dû pafler longrems la portée de leurs connoiflanccs. Elle
explique encore très-bien comment quelques Peuples ont eu des
années de trois & de fix mois(^) , dont il auroit été difficile de
fixer autrement le terme &; la durée. On voit même par ce que
dit Cenforin , que les Cariens &c les Acarnanicns comptoient
leur année d'un équinoxe à l'autre; caralternativcmentles jours
croifToient pendant une année, & décroifloient pendant la fui-
vantc.
(a) Goguet , Tom. I , p ni. (t) Simplicius , de calo, Lib. Il, Com. 46.
{i>) Atlandca, Tom. I , c. j. (d) Cenforin. c. i^.
DE L'ASTRONOMIE. ^7
§. X.
En adoptant la révolution du io\cï\ pour la mcfure du tcms ,
lanéceiritë des iubdiviiîons fît confei-vcr les dcnx autres mefurcs,
favoir, les mois Ôc les jours; mais ces fubdivifions n'étoient
point exactes. La véritable longueur de l'année iolaireeft environ
de trois cens foixante-cinq jours un quart. Elle renferme plus de
douze âc moins de treize révolutions de la lune. Quelqu'un ima-
gina de trouver un intervalle de tems qui renfermât un nombre
de révolutions complètes de l'un &C de l'autre de ces aftres. Cet
intervalle de tems écoulé, il arrivoit nécelliiirement que les ré-
volutions recommençoient enfemble , les afpe£ts revenoient les
mêmes, & fuccellivemcnt dans le même ordre. On s'y prit ou
par l'obfervation , &: la voie en étoit fort longue ; ou par la
connoiflTance du mouvement de ces aftres; mais cette manière
étoit Tufceptible d'erreurs. De là naquirent différentes périodes
tantôt défe(£lueufes , tantôt meilleures, fuivant la connoiiïance
plus ou moins exacte de ces mouvemens. Nous parlerons des
tentatives qui furent faites à cet égard , en rendant compte de
l'hiftoire de l'Aftronomie chez les difFérens peuples: mais chez
tous , ce fut l'ouvrage de la patience èc des fiecles.
§. X I.
Des qu'il y eut dans une nation des hommes qui fe dévouèrent
à l'Aftronomie, foit par le motif d'être utiles à leurs concitoyens,
en annonçant l'apparition des étoiles, foitpar une curiofité digne
d'éloges ; alors l'Aftronomie où la pratique s'introduilît , com-
mença à devenir un art , ôc les méditations purent produire
quelques fruits , parce qu'elles furent fondées fur des faits. En
examinant avec plus d'attention le mouvement journalier de tous
Içs aftres , on remarqua q^ue le point de leur plus grande élé~
38 H I S T O I RE
vation partageoic en deux parties égales l'intervalle du lever au
coucher. On découvrit que les points de la plus grande élévation
de chacun de ces aftres , fe trouvoicntdans un cercle perpendicu-
laire à l'horifon, paflant par le zenit & par le pblc du monde. Le
foleil lui-même s'y.trouvoit également au tems de fa plus
grande hauteur ; c'étoit le milieu de fa courfe ôc du jour. On
nomma ce cercle , qui étoit purement fictif, le méridien.
§. XII.
L A plus grande hauteur des étoiles fur l'horilon cft toujours
la même, mais il n'en eil: pas ainfi des planètes , &: lur-tout du
foleil , dont l'élévation plus grande en été , fie plus petite en
hiver , dut être bientôt remarquée. Il s'agillbit d'étudier les va-
riations de CCS hauteurs du ioleil , & d'en connoitre les difFé-
renccs , mais le moyen d'y parvenir manquoit à i'Aftronomie.
Un homme de génie le trouva par la remarque fimple de l'ombre
que le "foleil projette derrière les corps qu'il éclaire. Il obferva
que cette ombre, s'acourciflant à melure que le foleil s'élevoit,
étoit propre à montrer les progrès de la hauteur, & il produifit
une révolution dans la fcience par l'invention du plus fimple. 6C
du premier de tous les infi:rumens , le gnomon. Cet homme
inconnu, qui n'en a pas moins de droit iur notre reconnoilîance,
rendit deux grands fcrvices à I'Aftronomie; le premier par l'in-
vention d'un inftrument qui donna lieu à des obfervations plus
exactes ; le fécond par une méthode qui exigea des obfervations
fuivies 6c qui- en établit l'ufage. Il fit conftruire fans doute une
colonne , un pilier aflcz élevé, pour que l'ombre pût être grande
Se les variations plus fenfibles. Il enfeigna qu'il falloit chaque
jour marquer & mefurer la plus courte des ombres , & que la
fuite de ces obfervations feroit connoître le mouvement du
foleil de l'horifon vers le pôle. Ce mouvement de bas en haut ,
DE L' ASTRONOMIE. 39
& de haut en bas , s'arrêtoic éc cliangcoit deux fois l'année. On
appela CCS changemcns converfwns , tropiques , &: les points ou
le Iblcil s'arrêtoit avant de rebrouîTcr chemin , foljiices. Ils de-
vinrent l'ctadc de bien des iiecles.
§. X I I I.
La première idée qui fc préfenta pour expliquer cette di-
verllté des hauteurs du Iblcil , fut que cet aftre , outre le mou-
vement particulier d'occident en orient , en avoit un qui le
portoit de bas en haut. Se de haut en bas , tantôt l'approchant ,
tantôt l'éloignant du pôle. On avoit reconnu une variation pa-
reille & encore plus fenfible dans les hauteurs de la lune. Ce-
pendant l'admiliion de ces deux mouvemens faifoit quelque
peine aux anciens philofophesqui avoient leurs préjugés, comme
nous avons les nôtres, 6c qui, par hafard, comme cela nous eft
arrivé plus d'une fois, tiroient des conclulions aflez juftcs d'une
fuppoiiricn faullc. Le mouvement journalier d'orient en occident
eft uniforme, & a lieu viflblcmcn^dans des cercles; ils en avoient
conclu que le mouvement dans une ligne circulaire , &c l'uni-
formité étoient les loix fondamentales de la nature. Ce n'eit
pas qu'ils n'eufTent fous les yeux une infinité de mouvemens qui
s'accomplillent en ligne droite, mais ils étoient bien loin de
l'idée fublime de ramener les uns & les autres aux mêmes prin-
cipes.. Les mouvemens céleftcs faifoient une clafle à part. Ils
avoient quelque chofe de d;vin dont la marche circulaire 6c
uniforme étoit un attribut. Cette marche paroiiToit aux anciens
dip^ne de la limplicité de la caule première. Car cous les peuples
ftudieux,& par conféquent éclairés, quelles que fuilent d'ailleurs
leurs idées religieufes & méihaphyliqaes , leurs opinions fur la
caufe productrice, intelligente ouieulcmenc active, ont coujouxs
4i HISTOIRE
été portes a croire que cette caiiie infiniment lage,ouinfinimertt
puifTImte, n'agilToit que par les voies les plus uniformes £c les
moins compliquées , joignant à la magnificence de l'ouvrage la
{Implicite de l'exécution.
Or le mouvement à l'égard des pôles dérangeoit toutes ces
idées. Premièrement, la fuppofition d'un corps qui obéit à deux
mouvemens à la fois, n'étoit pas fimple; èc comment concevoir
que ces deux mouvemens ne fe nuifilîent pas ? Secondement, le
mouvement à l'égard des pôles n'étoit pas circulaire , ou du
moins le foleil s'arrêtoit à une certaine diftance du pôle pour
revenir fur Ces pas. Cette marche n'eft point uniforme. Les an-
ciens , fans connoître les loix du mouvement , entrevoyoient
bien que le mouvement ne pouvoit s'arrêter Se fe changer en un
mouvement contraire fans quelque caule qui l'y forçât. Aulli les
philofophcs grecs, fyftématiques à l'excès, gens toujours avides
de raifonner, & d'expliquer ce qu'ils ne connoiflbient pas exac-
tement , imagincrent-ils que l'air étoit plus épais èc plus con-
denfé autour des pôles, &c que le foleil n'y pouvant pénétrer ,
étoit obligé de rebroufler chemin ? Dans la Chaldée & dans l'E-
gypte on n'étoit pas fi prefl'é de découvrir les caufes , &; il y a
apparence que l'on y étudioit mieux les effets. Enfin , le génie
ou le halard , & peut-être tous les deux enfcmble amenèrent
l'explication qui avoir été longtems defirée. On vit qu'en incli-
nant la route du foleil à l'égard des pôles, on expîiqueroit toutes
les apparences , 6c que le foleil n'auroit qu'un mouvement cir-
culaire &: uniforme. On nomma depuis écliptique le cercle qu'il
décrit ainfi dans fa courfe oblique. Cette fimplification fatisfit
les anciens que genoient les deux mouvemens, à la fois imprimés
au foleil &; à la lune. La découverte en fut célébrée comme
elle dcvoit l'être. En parlant d'Anaximandre à qui les Grecs lî
nouveaux dans cette fcicnce,ofoient attribuer cette découverte,
Pline
DE L'ASTRONOMIE. 41
Pline (a) dit qu'il avoit ouveic la carrière de l'AftrOnomic. En
effet cette connoiffance eft le fondement de toutes les autres ,
& le pr<*iier pas néceflaire dans l'Aftronomie.
Alors plufieurs objets de recherches fe préfenterent^ l'efprit.
On remarqua le cercle diurne que le foleil décrit, dans les deux
failons de l'année, où les jours lont égaux aux nuits. Ce cercle
fut nommé Véquateur , loit par cette égalité des jours 6c des
nuits , Toit par la connoilïance que tous les aftres , étoiles ou
planètes qui s'y trouvent placés, demeurent fur l'horifon pré-
cilément la moitié d'une révolution diurne, c'cft-à-dire , douze
heures ; les points oi.i Téquateur coupe la route du foleil , re-
tinrent le nom à'équinoxes.
L'équateur fut donc le fécond cercle de la Iphere. Les anciens
fc tamiliariloient ainiî à imaginer des cercles ficbif-s dans le
ciel , mais il éroit difficile que les yeux fuivUrent l'imagination
pour en fixer la trace. On y parvint par une invention heureufe,
ce fut celle des grands cercles de cuivre exactement dirigés dans
le plan des cercles céleftes. On Icntit que , lorfque ces cercles
feroient ainfi exactement dirigés & fixement placés , il feroit
aifé de reconnoître les aftres qui fe trouvoient dans l'équateur ,
ou au-deffus, ou au-dcflous, 6c à chaque inftant ceux qui
pafloient par le méridien. Il ne s'agifloit que de diriger le rayon
vifuel dans le fens de la lurface d'un de ces cercles , & de le
prolonger jufqu'à là voûte du ciel. On drella donc perpendicu-
lairement à l'horifon, du midi au nord, un cercle qu'on appela
le méridien , parce qu'il étoit dans le plan du méridien céleftc.
On y appliqua , Se à angles droits, un autre cercle qui tar nommé
l'équateur. Le plus difficile fut d'orienter ce nouvel inftrument,
c'eft-à-dire , de bien placer le cercle de cuivre vertical , dans le
(d> Pline, Lib. IL c. ï.
44 HISTOIRE
clan du méridien célefte. Mais puifque les anciens avoient re-
connu que ce plan étoic celui où les aftres parvcnoicnt à leur plus
grande hauteur , il leur étoic aifé de bornoyer à quelt]ue belle
étoile , fe de fixer l'inftrument au lieu & au moment où elle
cefTeroit de l'élever. Cette méthode n'cft pas bien exa£te ; ce-
pendant telle qu'elle eft , nous croyons qu'elle auroit pu fuffirc à
i'Aftronomie nailTante, 6c produire encore bien des découvertes. '
Mais nous avons lieu de penfer qu'ils ont pu faire ufage d'une
méthode meilleure èc plus sûre , c'cft celle des hauteurs égales
ayant &; après midi. Les anciens ont certainement connu qu'à
diftances égales de part & d'autre du méridien , les hauteurs
d'un même aftrc font égales. Ayant fixé quelque tems avanc
midi la longueur cC la direiflion de l'ombre ; on attend que le
Soleil ait paffe le méridien , & que l'ombre foit revenue à la
même longueur ; alors on tire la ligne de direction de cette
ombre qui forme un angle avec la direction de la première , èc
la ligne qui partage cet angle en deux parties égales, eft dans le
plan du méridien. Il eft d'autant plus vraifemblable que les
anciens ont pu ufer de cette méthode, que fuivant le témoignage
de M. le Gentil (a), de l'Académie des Icienccs, qui a fait un
long féjour dans l'Inde , les Indiens l'ont confervée , &C s'en
fervent encore pour orienter leurs temples &L leurs pyramides.
§. X I V.
Cet inftrumcnt mit dans le cas de faire une infinité d'ob-^
fervations. On marqua fur le méridien le point où le Soleil s'é-
Icve au folftice d'été ; on marqua également celui où il def-
cend au folftice d'hiver ; l'intervalle de ces deux points me-
furoit le mouvement du Soleil à l'égard des pôles. Cet intervalle
(a) Mémoires de l'Académie des Sciences pour 177J,
DE r ASTRONOMIE. 43
ù trouva de huit parties du cercle , divifé en foixante parties
fuivaiit l'ulage de ce tems ; & comme l'ëquateur partage
ëgalemenc cet intervalle , l'obliquité de la route du i'oleil à
l'égard de ce cercle, étoit de quatre parties, ou d'un quinzième
de cercle, ou enfin de vingt-quatre de nos degrés. Cetinftrument
par Ion équatcur divifoit le ciel en deux hëmirphcrcs, 6c il
fervit à reconnoître les étoiles qui étoient boréales ou auftrales,
à l'égard de ce cercle fixe auquel on pouvoir les rapporter. On
avoir déjà donné des noms aux plus belles étoiles. Mais quand
on voulue déterminer les lieux du ciel, 6c les étoiles par lelquelles
-pafloitla route du folcil, on y fut auili embarrafle que pour le
méridien ôc l'équateur. On eut recours au même expédient, ce
fut d'ajouter à l'inftrument un nouveau cercle placé dans le plan
de l'écliptiquc. Mais ce cercle ne pouvoir pas être fixe , parce
que le mouvement diurne fe faifant autour des pôles de l'é-
quateur , l'écliptiquc change à chaque inftant de pofition à
l'égard de l'horifon & du méridien. Il fallut donc faire quelque
changement à l'inftrument. On laiffa toujours le méridien fixe ,
mais on ajouta à l'équateur un nouveau cercle qui faifoit avec
lui le même angle que l'écliptique; par les pôles &: par les points
des équinoxes &. des folftices , on fit pafler deux autres grands
cercles qu'on appela les colurcs des équinoxes & des folftices.
Ces quatre cercles réunis &. enclavés dans le méridien furent
rendus mobiles autour d'un axe dirigé aux deux pôles du monde,
&. voilà le modèle de la fphere armillaire, & des armilles d'A-
lexandrie. Soit que cette fphere , exécutée en grand , ait été
faite à l'imitation d'une fphere plus petite Se portative , telle
que celle d'Atlas &; de Chiron ; foit qu'au contraire cette fphere
portative ait été conftruite d'après celle-ci qui ne fortoit point
des obfervatoires,il cft certain que l'une ou l'autre de ces fpheres
eft de la plus haute antiquité.
Fij
44 HISTOIRE
Voilà, fi l'on en croit l'hiftoire de la Chine, le point ou VAC-
tronomie étoit parvenue zyoo ans avant l'ère chrétienne; &
en Egypte , bien plus de -^ o o o ans avant la même époque , fi
l'on en croit les conjectures & les calculs que nous avons pro-
pofés dans le livre précédent.
§. X V.
A mefure que les inftrumens fe perfectionnent , leurs ufages
s'étendent. Cette nouvelle fphere en ofFroit un grand nombre ;
mais il falloit établir une correfpondance entre la fphere d'airain,
& la fphere célefte, & alligner à quels points de celle-ci répon-
doicnt les différens points de celle-là.
On chercha à fixer d'abord les points équinoxiaux & folfl:i-
ciaux. Voici comment nous imaginons que l'on s'y prit. Dans le
tems des nuits les plus longues, le jour du folfticc d'hiver,
& au moment du coucher du foleil, on conduifit le point du
folftice d'hiver de l'inftrument au point de l'horifon où le
foleil fe couchoit; & l'on reconnut les étoiles qui étoient à cent
quatre -vingt degrés de diftance , èc qui par conféquent répon-
doient au folftice d'été. De plus , comme les étoiles ne font
vifibles à la vue fniiple que quelque tems après le coucher du
foleil , &; qu'il n'étoit pas poOîblc de diriger alors l'infirumcnt
à cet aftre qu'on ne voit plus, on s'aviia d'un autre expédient;
on employa fins doute la lune pour faire une obfcrvation in-
termédiaire. Ayant dirigé .ce point du folftice d'hiver , au lieu
de l'horifon où le foleil fe couchoit , on aura marqué a quel
point de l'écliptique répondoit alors la lune : au!îi-tôt après le
foleil couché , dès que les étoiles auront commencé à paroître ,
ce point ainfi marqué aura été dirigé de nouveau .à la lune; &c
dans le même inftant on aura obfervé à quelles étoiles répon-
doicnt 6c le folftice d'été , èc l'équinoxe du printems qui étoit
DE L'ASTRONOMIE. 45
alors fur l'horifon. On détermina en même tems à quels points
de l'équatcur répondoient les plus belles étoiles , pour iervir de
renlei2;nemens-, quand on voudroit connoître la pofition des
autres étoiles. Se des deux points du folftice d'hiver ôc del'équinoxe
d'automne. Ces points donnèrent un partage naturel de l'année ,
en quatre parties ou laifons. On y joignit les différens termes
de l'année, indiques par le lever ou le coucher des étoiles; ou ,
pour mieux dire , on lia ces différens termes aux points des
équinoxes ou des folftices que l'on regardoit comme fixes. On
difoit ; Sirius le levé quatre jours après' le lolftice d'été , les
Pléiades fe lèvent le jour même de l'équinoxe , 6cc. On mul-
tiplia les obfervations du lever Se du coucher des étoiles , èc
on compoia des calendriers qui fervoient de règle aux travaux
de la campagne,
§. X V L
Quand l'écliprique ou la route du foleil tut connue, on
s'apperçut que la lune 6c les autres planètes fuivoient à-pcu-
près cette route , & ne s'en écartoicnt que de quelques degrés
au delTus ou au dcflous. En coniéquence on forma une zone
de icize degrés , dont l'écliptique occupoit le milieu , & qui
fut nommée le ■{odiaqut. Le mouvement de la lune offrit un
moyen facile de le diviler. Cette divifion a dû être la première,
fuivant M. le Gentil (û), & cela paroît hors de doute, parce
qu'on luit facilem.ent la marche de la lune, &: qu'en marquant
chaque nuit les étoiles auxquelles cette planète répond, le zo-
diaque fe trouve divifé en vingt-iept parties &; un tiers , d'où
les uns ont fait vingt-fept conffellations , les autres vingt-huit.
On ne peut pas luivre de même le iolcil dans fa route à travers
( a ) Mcmoites de l'Académie des Sciences , 1773*
4-tf. HISTOIRE
les ccoilcs. On ne s'apperçoit qu'il a changé de place, que par
les étoiles qui fc dégagent le matin de Tes rayons , ou par celles
qui le foir vont s'y plonger. Ces phénomènes dont on a déduit
les circonftanccs du cours du foleil , ont exigé des combinai-
fons Se des méditations ; l'oeil nu , lans le fecours d'aucun
inftrumcnt , fuffii'oit à l'obrcrvation du mouvement de la lune
6c à la divilion du zodiaque qui nait de ce mouvement. Quand
la révolution du foleil ôc la longueur de l'année furent connues ,
les douze mois offrirent une nouvelle divifion du zodiaque en
douze parties.
Il étoit déjà partagé en quatre par les folftices ^ les équi-
noxcs. Il ne s'agilfoit plus que de divifer, au moyen de l'inftru-
ment, les intervalles en trois parties qui furent appelées yT^/z^j-.
Cette méthode de divifer le zodiaque nous paroît bien. plus
naturelle, & elle eft (iirement plus précife que celle que Sextus
Empiricus 6c Macrobe ont décrite ( a ). Mais au rcftc il eft pof-
fible que leur méthode, par la chute de l'eau , appartienne à une
Aftronomie plus ancienne, qui n'avoit pas des moyens fi exacls.
On delTma une figure qui renfermoit toutes les étoiles com-
prifes dans chacun de ces fignes. Cette figure &, les étoiles ainli
réunies s'appelèrent une conjicllation. Ces figures ne furent
d'abord que des lignes tirées d'une étoile à l'autre {b). Quand on
voulut leur impofcr des noms , ce furent des noms d'animaux ,
d'oîi la zone qui les renferme a tiré fon nom de zodiaque (c). On
peut conclure de cette étymologie que les fignes , qui font dé-
fignés aujourd'hui par des figures d'hommes , ou d'une autre
efpece,font des changemens ou des inventions poftérieures. Les
douze fignes ont dû être tous marqués par des animaux ( d). Ce
(<j) Macrobe, Comment. Somn. Scip. c. 1 1 . (i) Eclaire. Liv. IX. ^ 5.
Sexe. Empir. adv. Math. Lib. V. n. j. (c) Dc l-siii- y petit animal.
Éclairciilemcns , Liv. IX, §. 14. \d) Éclaire. Liv. IX. § 34.
DE L' A S T R O N O M I E. 47
font fans doute les mêmes qui défignent encore dans l'Afie les
années de la période de douze ans ; période qui cic dans toute
cette partie du monde de la plus haute antiquité.
L'idée de dediner des figures pour clalTer les étoiles , fut
étendue au rcfke du ciel. On le peupla d'animaux & de diffé-
rentes figures; Mais nous croyons que l'on n'y a placé des
hommes que lorfque l'aftrologie a prétendu que leur dcllinée
étoit écrite dans le ciel. Il parut naturel de placer l'homme dans
la plupart des régions céleftes qui avoienr tant d'empire fur lui.
D'ailleurs l'aftrologie voulut déligner parles attributs, par l'at-
titude des hommes qu'elle y deilinoit , les inHuenccs que telle
ou telle conftellationpouvoit répandre, &c les inclinations qu'elle
devoit inlpirer aux individus naiffans. Ces figures d'hommes
furent d'abord fans nom (a); c'cfl dans des tems plus modernes
que la vanité des Grecs a fongé à faire dans le ciel l'apothéofe
de fes héros , £c à conlacrer dans ce livre éternel leurs noms 1
■la poftérité.
§. XVII.
La méthode de défigner le tems des équinoxes ôc des folC-
tices, par le lever ou le coucher de quelque belle étoile, conduifîc
à une découverte importante. Les tem.s des folftices 6c des
équinoxes étoient encore obfervés , foit par certains points
connus de l'horifon où le foleil devoit alors fc lever & fe cou-
cher , foit par la longueur de l'ombre à midi. Les anciens
avoient lié ces différentes remarques ; ils avoienr reconnu ,
par exemple , que le lever de quelque belle étoile annonçant
le folflice d'été, le foleil devoit le lever à tel point de l'horifon,
£c. que l'ombre à midi devoit avoir une certaine longueur dé-
(û) ÉciaiiçiJrçmçus , Livre IX. §. i£,i
4S HISTOIRE
terminée. En répétant avec aiïîduité chaque année ces diverfes
obfervations , on s'apperçut après des fieclcs qu'elles ne coin-
cidoicnt plus. Lorfque l'étoile parolfloit, le foleil ne fe levoit
plus au même point , èc l'ombre plus longue n'avoit plus la
mefure prefcrite. Ce dernier caractère appartient (1 vifiblemenc
au folftice que l'on fut forcé d'en conclure que l'étoile avoit
changé de place dans le ciel. Le cercle écliptique de cuivre di-
vifé, &C la fphere que nous avons décrite, fournirent les moyens
de conftater cette découverte. On s'en étoit fcrvi pour fixer
dans le ciel étoile le lieu des points équinoxiaux ôc folfticiaux.
On s'apperçut que les étoiles ne répoiidoient plus aux mêmes
points de ce cercle, ôc qu'elles fembloient s'avancer lentement le
long de l'écliptique. Les. étoiles, que l'on avoit cru fixes, avoienc
donc un mouvement. Mais comme ce mouvement étoit gé-
néral , qu'il étoit le même pour toutes les étoiles, & qu'elles
gar-doient le même ordre 6c les mêmes configurations entre
elles , tant d'uniformité ne pouvoir être l'effet de mouVemens
particuliers ; & ce mouvement général 6c uniforme parut
appartenir à la voûte même où les étoilesi étoicnt attachées.
Les anciens en firent une fphere fous le nom de premier moéi/e ^
laquelle , outre le mouvement journalier qui entraîne tous les
aftres de l'orient vers l'occident , en avoit un autre contraire 6c
très-lent de l'occident vers l'orient, &r les étoiles conferverent
le privilège d'être les feuls aftres fixes (*) fous la voûte du ciel.
§. X V I I L
La connoiiïance des quatre points des équinoxes &c des
(*) Il eft encore d'ufage d'appeler mo^- foleil, cjuoicju'on fâche très-bien aujour-
vement des étoiles en longitude , progrejfion d'hiii c|ue c'eft la tcne qui fc meut. Ces
des fixes, le niouv.;mcnt par lequel les cxprelTions qui n'induifcnt point en enei^r ,
étoiles femblent s'éloigner des points équi- quand on eft prévenu , font plus abrégées
noxiaux, comme ou dit le mouvement du. & plus commode?,
folftices ,
DE L' ASTRONOMIE. 4^
folftices, donna lieu de remarquer que le foleil n'en parcouroit.
pas également les quatre intervalles. L'aftrc qui règle les fai-
fons , le père de la nature de le feigneur du ciel , avoit donc
une marche inégale ! Cette circonftance ne le fit point déchoir
de fa divinité , il n'en garda pas moins l'intelligence qui pré-
fîdoit à fa courfe. Les anciens , plus curieux des faits que des
explications, ne femblcnt pas avoir cherché la caufe de cette
inégalité , ni la manière de la concilier avec l'uniformité des
mouvcmens circulaires , qu'ils regardoient comme un principe
général & conll:ant. Soumis à l'évidence autant qu'attachés
aux idées de leurs ancêtres , ils conferverent le préjugé parce
qu'il étoit antique , & ils admirent la vérité parce qu'elle
étoit démontrée. Cette découverte fut confirmée par une iné-
galité pareille dans le retour des phafes de la lune. On avoit été
de tout tcms attentif à ces phafes , tant pour la mcfure du
tems &: la célébration des fêtes , qu'on y avoit attachées , que dans
la crainte fuperftiticufc des éclipfes , qui avoient depuis long-
tems fixé l'attention des hommes. Nous fommes ici forcés de
remonter pour reprendre le fil des idées.
Les éclipfes , lur - tout les éclipfes de foleil ont d'abord
répandu la terreur. La perte de la lumière fembloit annoncer
l'extinction de la nature, & fi nous fommes en droit de taxer
d'ignorance Se de ftupidité les peuples de la terre que ces
frayeurs tourmentent encore, il y auroit de l'injufticsà ne pas
convenir que les premières éclipfes ont dû faire cette impref-
fion terrible. Il a fallu qu'elles fe foient affez répétées pour
convaincre par le fait qu'elles n'avoient aucunes fuites fu-
neftes , &c pour taire remarquer dans leurs retours un ordre ,
une fucceffion qui les rangeât au nombre des phénomènes na-
turels. Les Chaldéens , qui veilloicnt fans relâche à l'étude du
«iel , ôl dont les aftronômes fe relevoient fucceflîvement comme
G
yo HISTOIRE
des fentinelles , durent laifTer cchaper bien peu d'ècWipCçs. Oti
en chercha d'abord la caufc. Celle des ëclipfcs de folcil fut lans
doute trouvée la première. Dès que ce phénomène avoit une
caufe naturelle , il étoit aifé de comprendre qu'il n'y avoit
qu'un corps opaque qui pt't intercepter ainfi les rayons du
foleil. Comme on avoit reconnu que la lune étoit un corps
opaque , n'ayant d'autre lumière que celle qu'il reçoit du folcil;
comme on avoit vu la lune s'approcher de cet aftre,fe perdre
dans fes rayons peu de tems avant l'éclipfe , &: s'en dégager
peu de tems après, on dut en conclure naturellement que la
lune étoit l'obftacle qui nous déroboit la lumière du folcil, en tout
ou en partie. Maisquel étoit le corps qui ôtoit à la lune même
fa lumière , qui l'écliploit , lorfqu'oppofée au foleil elle étoit
dans fon plus grand éclat ? On reconnoifloit bien l'effet d'une
même cauic , le paflage d'un corps opaque qui lui enlevoit par
degrés fa lumière , & qui la lui rendoit après un intervalle de
tems plus ou moins long. Il y a des peuples qui ont créé des
globes exprès pour leur donner la fonction d'éclipfcr le foleil Se
la lune (a). Une réFiCxion fur un effet qu'on a tous les jours
fous les yeux , en fit trouver la caufc. Tout corps éclairé jette
une ombre derrière lui ; l'ombre de la terre devoit en confé-
quencc être dirigée à l'oppofîte du foleil, &; la lune, qui tourne
autour de la terre, devoit s'éclipfer en fe plongeant dans cette
ombre, qui la privoit de la lumière du folcil. On fut donc en
pofTefîion de la caufe des éclipfes de foleil £c de lune. L'obfer-
vation des éclipfes de lune Se la connoiffance de leurs caufes
confirmèrent une découverte déjà faite. On remarqua que
l'ombre de la terre, vifible fur le difque éclairé de la lune, étoit
ronde; cette obfervation affura qu'on ne s'étoit point trompé,
en pcnfant que la terre étoit fphérique. Mais pourquoi la lune,
( û) Infrà, Livie IV ,§. 17.
DE L'ASTRONOMIE. y»
qui tous les mois paffe encre le folcil & la terre , qui tous les
mois fe trouve éga IcmcriC à roppofite dufolcil. Se dans le voi-
fmage de l'ombre de la terre , ne fait-elle pas chaque mois une
éclipfe de foleil , èc ne loufFre-t-clle pas elle-même une éclipfe?
Cette queftion étoit naturelle , elle dut fe préfenter d'abord ,
èc ce fut une difficulté qui fit peut-être balancer fur l'expli-
cation que l'on venoit d'imaginer. On n'en obtint la lolution
que lorlqu'on eut reconnu la latitude de la lune , ou la dif-
tance à l'ëcliptique.
§. XIX.
Cette planète décrit un cercle incliné à l'ëcliptique. Se elle
s'écarte quelquefois un peu plus de 5 degrés foit au nord , foit
au midi de ce cercle. Puifque fa route eft inclinée , il s'enfuit
qu'elle coupe l'écliptique en deux points. Ces deux points de
l'orbite de la lune furent appelés les nœuds ; & l'on reconnut
que les éclipfes n'avoicnt lieu que lorfque la lune fe trouvoic
dans ces interfections , ou du moins lorfqu'elle n'en étoit pas
éloignée. La route du foleil reçut en conféquence le nom d'é-
cliptrque. C'eft ici que paroit démontrée la néceilité de là-
fphere fixe &i armillaire que nous avons fuppofée plus haut.
Car nous le demandons , comment les anciens auroient - ils
connu que la lune s'écartoit de l'écliptique , s'ils n'avoient pas
eu un cercle de cuivre toujours placé dans le plan de ce cercle
célefte , &; auquel ils pulTent comparer la pofition de la lune
dans le ciel? Comment auroicnt-ils découvert que les éclipies
n'arrivoicnc jamais que près des interfecl;ions de l'orbite de la
lune de de l'écliptique , ou dans ces interfeclions mêmes?
§. X X.
QuAN.D on eut reconnu que les éclipfes étoient des phé'
Gij
5» HISTOIRE
nomènes naturels qui revenoicnt plufieurs fois dans une année,'
on fut cuiieuK de les obferver , & d'en conferver la mémoire ,
pour parvenir à connoître la règle de leurs retours. On apporta
mêrne qi elqu' ittention dans cette efpece d'obfervations. On
marqua k tems de la nuit ou du jour où elles arrivoienr, la
partie, foit boriale ou auftrale, de la lune éclipfée. On cftima
quelquefois le rapport de cette partie éclipfée au difque de la
lune , quand l'éclipfe n'étoit pas totale.
On s'attacha à obferver affidiiment la lune toutes les fois
qu'elle étoit nouvelle ou pleine, afin de ne laifler échapper
aucune éclipfe. C'eft par l'obfervation de ces phafcs qu'on avoit
eu la première connoilTance de la révolution de la lune à l'égard
du foleil.
§. XXL
Les anciens parvinrent à connoître plus exactement cette ré-
volution, en mefurant chaque jour fur leur écliptique la diftance
du foleil à la lune. Ces premières déterminations furent afFedlées
fans doute de grandes erreurs; mais à mcfure que les révolutions
s'accumuloient , les erreurs fe partageoient fur un plus grand
nombre , & la détermination devenoit plus exa(iïe. En conti-
nuant ces obfervations , avec une conftance qui n'a jamais ap-
partenu qu'aux orientaux, ils s'apperçurent que les révolutions
de la lune étoient tantôt plus longues èc tantôt plus courtes ;
que l'intervalle même de la conjonClion à l'oppofition , n'étoit
prefque jamais égal à une demi - révolution.
Ils déterminèrent la période de cette inégalité. Quelle que
fut leur méthode , elle leur donnoit fins doute plus facilement
le tems où cette inégalité étoit la plus grande. Ainfi le tems où
cette inégalité revenoit une féconde fois la pins grande, leur
indiqua la durée de cette période Ilç remarquèrent encore que
DE L'ASTRONOMIE. 53
les éclipfcs n'arrivoicnt pas aux mêmes points de l'écliptique;
il s'cnfuivoit néccOairemcnc que ces points ou les nœuds
avoient changé de place. Ces nœuds avoient donc un mou-
vement , & par conféquent la période du retour de la lune
•à un de ces nœuds n'ëtoit pas la même que celle du retour de
la lune à un même point du zodiaque. Les anciens connu-
rent cette période, qu'ils appelèrent la révolution de la lati-
tude, comme ils avoient connu celle de l'inégalité , par leur
conftance dans l'étude du ciel. Une longue iuite d'oblcrvations
ieur fit trouver de grandes périodes dans {a) lerquclles la lune
faifoit un nombre de révolutions entières, relativement à ioa
inégalité , à Ton nœud & au foleil. Ils allèrent même julqu'à
ramener la lune au même point du zodiaque , ou du moins
jufqu'à déterminer le nombre de fes révolutions complettes -,
&: combien il s'en talloit de degrés qu'elle n'atteignît à la fin de
la période le point du zodiaque d'où elle étoit partie au com-
mencement de la période : ce que ces anciens aftronômes
n'auroient pu faire, s'ils n'avoient eu le cercle écliptique divifé
que nous leur avons fuppolé, & auquel ils pouvoient rapporter
chaque jour le mouvement de la lune. Le grand intervalle de
ces obfervations, &; la longueur de ces périodes, leur donnoienc
avec beaucoup d'exa£litude la durée de chacune de ces révolu-
tions. Il en réfulte que la lune étoit de toutes les planètes celle
dont ils connoifloient mieux le mouvement. Elle a été long-
tems dans nos fiecles modernes cellei dont le mouvement étoic
le moins connu. Sa théorie étoit plus aifée à ébaucher , parce
que fes mouvemens font plus rapides; elle eft plus difficile à
approfondir , parce que les variations &: les inégalités font plus
confidérables ôc plus multipliées.
(d) Ir.frh, Liv. m. £claiiciirera;ns , Llv, IV. §. ^i.
54 HISTOIRE
§. XXI ï.
Entre ces périodes, on en trouva qui ramenoicnt les éclipfes
de lune , de la même grandeur, aux mêmes points du ciel , 6c
aux mêmes jours de l'année. On fc fervit de ces périodes pour
prédire ces éclipfes. Quant aux éclipfes de foleil , on y re-
marqua des bifarrerics qui firent déiclpérer de les alTujettir à
aucune règle conftante. On ne trouva point de période qui les
ramenât aux mêmes jours. C'étoit l'effet de la parallaxe qui
ne fut connue que longtems après. Il y a apparence qu'on aban-
donna l'obfervation de cette efpece d'éclipfes , car dans les
éclipfes obfervées par les Chaldéens , que Ptolemée nous a
tranfmifes , il n'y en a pas une feule de foleil. C'eft une perte
que nous regretterions davantage, fi un plus grand nombre des
unes & des autres nous étoit parvenu. La caulc de cette perte
eft le préjugé que ces phénomènes ne fuivoient aucune rçglc
conftante ; on conclut que l'obfervation en étoit inutile. Ce
qui prouve que dans l'étude du ciel , & de la nature en général ,
nous ne devons rejeter aucune obfervation , ni aucune expé-
rience. Le tems viendra où elles feront utiles , 6c nous aurons
femé pour la poftérité.
§. X X I I L
Quant aux autres planètes , leur apparence moins re-
marquable , leur mouvement moins fenfible , durent y porter
plus tard l'attention des oblervateurs. Les plus brillantes, Ju-
piter , mars , fuPtnt fans doute obfervées les premières. On
fuivit leur cours , èc l'on s'apperçut bientôt qu'il y avoit un
tems de l'année où leur mouvement fe rallentifloit, s'arrêroic
entièrement, èc devenoit enfin rétrograde, jufqu'à ce que fc
rallen'ciUant & s'arrêtant une féconde fois , il redevînt dircd.
DE L' A S T R O N O M I E. 55
On appelle ici direct le mouvement qui le fait crcccidcnt en
orient, dans le même fens que celui du folcil £c de la lune.
Le mouvement rétrograde cft celui qui a lieu en fcns con-
traire. Les anciens voyant que ces apparences hilares ëtoicnc pé-
riodiques &: annuelles, s'occupèrent à les obferver, en attendant
qu'on eut allez de lumières pour les expliquer. Ils marquèrent
donc avec foin l'inftant où chaque année elles étoient ftatio-
naires , 6c les tems où leur mouvement étoit direct &: rétro-
grade. Ces obiervarions, quoique mal circonftanciécs , ont été
utiles par la luite. Les apparitions des planètes parurent aux
anciens également dignes de remarque. Ils entendoient par le
tems des apparitions , celui où ces planètes le dégagent des
rayons du foleil , & font vifibles le matin un peu avant le
jour. C'eft ce qu'on appelle pour les étoiles le lever héliaque.
L'oblervation alîidue du lever des étoiles devoit conduire
naturellement à celle de l'apparition des planètes. Ils remar-
quèrent que ces apparitions n'arrivoient point , ainfî que les
levers des étoiles , aux mêmes tems de l'année , de que le phé-
nomène des ftations Se des rétrogradations n'avoit pas toujours
lieu dans le même ligne ; mais qu'il arrivoit fucceirivcmcnt
dans les difterens lignes du zodiaque. Il ne falloit en eflet que
quelques mois pour s'appercevoir que mars changeoit de place
dans le ciel , &: ne répondoit plus au même ligne du zodiaque.
Jupiter également eft chaque année dans un nouveau figne.
faturne , dont le mouvement eft le plus lent, parcourt le même
cfpace en deux ou trois ans. On reconnut donc deux mouve-
mens , ou deux révolutions dans chacune des planètes , l'une à
l'égard du foleil , l'autre à l'égard du zodiaque. La planète de
Jupiter , par exemple, fait fa révolution, à l'égard du folcil , en
treize mois environ ; c'elt - à - dire , qu'il s'écoule treize mois
d'une apparition à l'autre. La révolution de Jupiter, à l'égard
5é HISTOIRE
du zodiaque , ne s'achève qu'en onze ans ôc dix mois. Ils re-
connurent de même que mars employoic un peu moins de
deux ans , & faturne un peu plus de vingt-neuf ans à par-
cowrir le zodiaque entier.
§. XXIV.
Satukne eft la moins brillante de toutes les planètes.
Elle fe meut le plus lentement , èc paroît par conféquent avoir
le plus grand cercle à parcourir. On la jugea plus éloignée que
toutes les autres. On plaça enfuite Jupiter, mars, le folcil fie la
lune , chacun fuivant le degré de leurs vîtefTcs : toutes ces pla-
nètes décrivant des cercles autour de la terre. Voilà ce qu'on
appelé le fyftême des anciens , plus connu fous le nom de Pto-
lemée. Mais les deux autres planètes , venus èc mercure , vin-
rent jeter de l'embarras & de l'incertitude dans cet arrange-
ment. On les voyoit tantôt précéder le foleil , fie fe montrer
le matin avant qu'il fe levât , ou le fuivre fie briller le foir après
fon coucher. On les voyoit cependant répondre fucceffivemenc
à ditFérens fîgnes , à différens degrés du zodiaque , fic ne re-
venir aux mêmes points qu'au bout d'une année environ. Ces
planètes étoient donc femblables aux trois autres , 6c avoient
comme elles deux mouvcmens , l'un , à l'égard du zodiaque ,
qui s'accomplilîoit précifément dans le tems d'une révolution
du foleil , ou d'une année , l'autre à l'égard du foleil même,
Elles avoient leurs ftations , leurs rétrogradations. Mais il s'a-
giffoit d'affigner à ces -planètes une place dans le fyftême du
monde , &c de favoir fi elles étoient plus près ou plus loin de
nous que le foleil. La règle qu'on avoit luivie pour les trois
autres manquoit ici , parce que ces deux planètes fembioicnt
avoir dans le zodiaque la même vîtcfte que le foleil. La règle
décidoit feulement qu'elles étoient plus éloignées que la lune.
Cette
DE L' A S.T R O N O M I E. -7
Cette queftion fut fi difficile à réfoudre que l'on fe partagea.
Les uns les placèrent au defllis du folcil , les autres au defTous.
Cependant on remarqua que l'éclat de venus , vue tantôt à
droite, tantôt à gauche du foleil , ëcoit lujet à quelques va-
riations. Il y avoir des tems où , quoique vifible , quoiqu'éga-
lement éloignée de cet aftre , Se égalemenr dégagée de Ces
rayons , elle étoit beaucoup moins brillante. L'exemple de
iaturne , dont la lumière eft plus foible &; plus terne , parce
que fa dillancc eil plus grande , fit penler que venus n'étoit
peut-être pas toujours à la même dift:ance de la terre.
On imagina qu'elle pouvoir être tantôt plus loin, tantôt plus
près que le fi^leil. De ces quatre circonftances réunies , où on voyoit
venus 5c mercure à gauche, à droite, au deiî'us ou au delTous du
foleil, dont les deux premières étoient des faits , 6c les deux autres
des conjectures très-vraifcmblables, on ofa conclure que l'orbite
de ces deux planètes enveloppoit le foleil, & qu'elles tournoient
autour de lui. Nous difons qu'on ofa conclure ainfi , parce que
cette allertion étoit très-nouvelle , très-hardie alors. Il n'y eut
qu'un homme de génie qui put la concevoir, 6c qui, après l'avoir
profondément méditée , fe crut affez fondé pour la propofer.
Mais cette idée ne fut point générale j elle fut particulière à un
certain peuple , les anciens Egyptiens. Cette idée vraie dut ce
pendant paroître au moins heureufe ; car elle expliquoit très-
fimplement les ft:ations 6c les rétrogradations. Quand le rayon
vifuel eft tangent au cercle que ces planètes décrivent autour
du foleil, leur mouvement n'eft plus fenfible, 6c elles doivent
paroître ftationaires : cela arrive deux fois dans chaque révo-
lation. Dans la partie fupérieure de leur orbite , elles vont du
même fens que le foleil, 6c paroificnt directes; au lieu que dans
la partie inférieure , elles vont en fens contraire , 6c doivent
paroître rétrogrades.
H
f, HISTOIRE
§. XXV.
Quelques philofophes allèrent plus loin; en rcconnoiilanr
nue CCS deux planètes tournoient raitour du foleil , ils pcnfcrcnc
qu'il dcvoit être aulli le centre du monde. Ils mirent donc en
mouvement autour de lui toutes les planètes , ôc la terre elle-
même. D'autres imaginèrent encore que le mouvement diurne
des étoiles de des planètes n'étoit qu'une apparence, caufëe par
une rotation de la terre autour de fon axe. Mais ces penfëes
-hardies, & purement philofophiques , ne furent point appuyées
par les faits chez les anciens peuples qui nous font connus.
Peut-être iiiontrerons-nous qu'elles font les veftiges d'une anti-
quité plus haute , & d'une fcience perfectionnée. Mais dans
les fiecles poftérieurs , fi quelques traits d'analogie les firent
adopter un moment , fi quelques philofophes les faifirent par
une efpcce d'inftincb pour la vérité, elles étoient trop contraires
aux apparences pour n'être pas bientôt rejetées.
§. XXVI.
Il eft donc naturel de penfer que les mêmes découvertes
ont été faites plufieurs fois , 6c qu'il eft difficile d'en fuivre la
chaîne interrompue èc recommencée. Nous n'aurions pris l'iiif-
toire de l'Aftronomie qu'à l'époque où des monumens con-
fcrvés , une chronologie fuivie établifient d'une manière cer-
taine la marche de l'cfprit humain , Ci nous n'avions penfé que
les premiers pas de la fcience j renfermés dans l'obfcurité des
tems les plus anciens , font une partie intérefTante de cette
hiftoire , de qu'on peut fouvent retrouver le fil des idées phi-
lofophiques , en liant les faits par des probabilités & par des
vraifemblances.
\
DE L'ASTRONOMIE. ,.^
On conçoit que la plupart des premières découvertes ont
été faites chez difFércns peuples , parce que dans la haute
antiquité , les peuples vivoient ifolés , & ne fe communiquant
rien , ont été dans le cas d'inventer tout. Les connoiflanccs
/impies , &C qui naiffent du fpe<fiacle du ciel , appartiennent à
tous les hommes. Tout ce qui réfulte de la combinaifon de
ces connoiflanccs premières &c fimples , n'a pu être le partage
que des peuples qui ont cultivé l'Aftronomie. En réfléchiflant
fur le tableau que nous venons de préfenter,on peut juger qu'un
très-petit nombre de peuples, un fcul peut-être, a eu aflez de
fuite dans les idées &c dans les travaux pour atteindre à l'en-
iemble des connoiflances qu'il renferme. Ce peuple n'exiftc
point parmi les peuples conntîs de l'antiquité. Il n'eft aucun
pays du monde ancien , où l'on rexrouvc cet enfemblc de con-
noiflanccs , qui toutes fe fuppofenç néceflairement. L'ignorance
la plus groiîiere eft toujours mêlée aux idées les plus philofo-
phiques , aux découvertes les plus ingénieufe^ . faudroit fup-
pofer qu'une partie de ces cojonoiflaiîccs a péri , tandis que
l'autre a été confervée : c'eft ce- qitî" n'eft nullement vraifem-
blable. Certaines opinions peut-être, telles que celles du mou-
vement de la terre autour du foleil, èc de la terre autour de fon
axe, peuvent tomber dans l'oubli, parce qu'elles s'élèvent hors de
la portée des vues ordinaires, parce qu'elles paroiflent ifolées &C
fans appui ; mais ce qui conftituc le corps de la fcience , les
idées qui font fuite s'enchaînent ôc fe confervent mutuellement.
Elles ne peuvent fe perdre que par quelque grande ré-
volution qui détruit les hommes , les villes , les connoif-
lanccs , Se ne laifle que des débris. Tout concourt à prouver
que cette révolution a eu lieu fur la terre. Il a exifté une Af
tronomie perfeclionnée à un degré que l'on ne peut pas fixer ,
mais dont quelques traditions font concevoir une grande idée 1
Hij
e HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE.
Depuis les Chaldéens on peut fuivre le fil des progrès de l'Af-
tronomie; au-delà on ne trouve, pour ainfi dire, que des défères,
des fieeles de ténèbres & de barbarie. Mais les traditions que
ces fiecles ont laifTé fubfifter dans la mémoire des hommes ,
font les reftes précieux de cette ancienne Aftronomie détruite
que nous allons recueillir dans le livre fuivant.
y3 ^
e^itVtetxK'^aKm
T
I R E
B E r A S T R O N O M I E A N C ï E î: N E-
LIVRE TROISIEME.
=???C^5^=
De l'Afironomie Antédiluvienne.
§. premier/
I^Ous entendons par l'Afti-onomic antédiluvienne, la plus
ancienne dont nous ayons connoiflancc. Ce n'eft pas que les
faits où l'hiftoire en établiffent l'époque précife , ôc puiflcnt
faire juger d'une manière inconteftable , fi elle doit être placée
au tems des premiers hommes , c'eft-à-dire , des patriarches
qui vivoient fur la terre avant la deftru£tion terrible du genre
humain ; mais inftruits de la date de cet événement mémo-
rable , renfermée par les chronologiftes facrés dans des bornes
dont nous avons choifi la plus reculée , nous devons regarder
les faits d'une antiquité plus haute , les connoiffances qui n'ont
pu être acquifes depuis, & dans la durée d'un monde en quelque
façon fi jeune encore , cofiuiie des faits qui ont précédé le
déluge.
<îi HISTOIRE
§. I I.
Nous avons die que rAftronomie ancienne &C orientale
n'offroit que les débris des découvertes d'un peuple antérieur
aux peuples connus les plus anciens. On pourroit revendiquer
en fa faveur les méthodes fans principes que pratiquent à
l'aveugle aujourd'hui les Indiens, les inventions aftronomiques
des Chaldéens & des Chinois , & prefque généralement toutes
les idées philofophiqucs qui ont illuftré les nations favantes de
l'Afic. Si nous voulions rendre à ce peuple tout ce qui peut lui
appartenir , il faudroit peut - être dépouiller tous les anciens
peuples , &; les réduire prefqu'abfolument au mérite de l'adop-
tion. Le détail des preuves & des probabilités, qui nous portent
à le penfer, feroit d'une trop longue difcuilion. Nous nous
contenterons de les indiquer dans la fuite de cet ouvrage , en
faifant l'hiftoire des nations, à qui l'on a fait honneur de ces
inventions ; & nous nous bornerons ici à rapporter les prin-
cipaux faits qui peuvent donner une idée de cette Aftronomie
fi ancienne Se fi pcrfe£lionnéc.
§. III.
Cette Aftronomie avoir la connoifi^ance des fept planètes ,
puifqu'clle a impofé leurs noms aux jours de la femaine. C'eft
peut-être la preuve la plus fingulierc & de l'antiquité de l'Af-
tronomie , & de l'exiftence de ce peuple antérieur à tous les
autres. Ces planètes, qui préfidoient aux jours de la femaine,
étoient rangées fuivant un ordre qui fubfifte encore parijii nous.
C'efi:. d'abord le folcil , enfuite la lune, mars, mercure, Ju-
piter, venus ôc faturne (*). Il fe retrouve le même chez les
(*) La femaine comnienijoit chvZ les ce premier jour cft arbitr.iirc : mai? ce
Égyptiejis le jour de fatarne , le famedi , c]ui doit étonner, c'eft que l'ordre des pla-
cne?, les Indiens le vendredi, chez nous iictes ijui piclîdent à cesjouts foit invariable
elle commence le dimanche , le choix de 6: par-tout le même.
DE L'ASTRONOMIE, (^3
anciens Egyptiens , chez les Indiens &c chez les Chinois {a). Cet
ordre n'cft point celui de la dift.incc , de la grandeur , ni de
l'éclat des plancres. C'cft un ordre qui paroit arbitraire , ou du
moins qui cil fondé fur des raifons que nous ignorons. On
peut dire qu'il cft impollîblc que le hafard ait conduit féparé-
nent ces trois nations, d'abord à la même idée de donner aux
jours de la femaine le nom des planètes , enfuite à donner ces
• 'Oms fuivant un certain arrangement, unique entre une infinité
d'autres. Le hafard ne produit point de pareilles rcflcmblances.
Quelques favans voudront trouver ici une preuve de la pré
rendue communication entre les Egyptiens 6>. les Chinois: pour
rious qui lommes pcrfuadés que cette communication n'a point
cxifté , nous n'y verrons qu'une démonftration de l'cxiftence de
cet ancien peunlc détruit , dont quelques infbitutions ont pafîe
à Tes lucccfreurs. Ces inftitutions fe retrouvent chez des peuples
placés à de grandes diftances fur le globe , on en doit conclure
qu'ils ont la même origine. Alais cette origine où ils ont éga-
lement puifé l'idée de donner les noms des planètes aux jours
de la femaine; l'Aftronomie, qui a fourni cette idée, font d'une
grande antiquité, puilque ces peuples eux-mêmes font très-
anciens fur la terre.
§. I V.
Les traces de l'Aftronomie Ce retrouvent principalement
dans la melure du tems. Ce fut le premier befoin de la fociété
civile. Se le premier ufage de l'Aftronomie. On compta d'a-
bord par des jours ou par des foleils , enfuite par des mois ou
des lunes, lorfquc la révolution de cette planète fut découverte.
(a) Hérodote, Lia. II. M. le Gentil, Mcrnoiies de l'Acadénuc
Martini. Hift. de la Chine , tome I , p. 54. des Sciences pour 1775,
,'-4 HISTOIRE
Aialî Ton peut iitrc lur que ces deux mcfures du tems ont
été connues avant le déluge , puifqu'elles font d'ufage nécef-
laire , les fondcmcns Se les fubdiviGons de toutes les autres.
On voit même par un pafKige de Suidas qu'il y avoit alors
uy\c année lunaire de trois cens cinquante-quatre jours , huit
heures (a) , & Moïle nous apprend dans la genèfe que l'année
étoit partagée en douze mois de trente jours. En parcourant
l'hiftoire des différentes nations , nous en trouverons plufieurs
qui ont eu ainlî à la fois deux années de forme différente.
L'année lunaire a été en ufage chez prefque tous les peuples ;
il efi: naturel qu'elle ait fon origine chez les premiers hommes
qui ont cultivé l'Aftronomie. Elle étoit fins doute civile 6c
chronologique ; l'année folairc étoit rurale.
§. V.
De l'obfcrvation des mouvemens de la lune, 2c peut-être
de celle des éclipfes , ces anciens aftronomes déduilirent la
période qui a été nommée chaldaïque , parce qu'on en aitri-
buoit l'invention aux Chaldéens : cette période de deux cens
vingt-trois mois lunaires , qui ramené les conjonclions du foleil
& de la lune , à la même diflance de l'apogée , èc du nœud
de cette dernière planète, &: prefqu'au même point du ciel (/5). Si,
comme nous n'en doutons point , cette période a fervi de me-
fure pour le tems , avant le déluge , on n'en ignoroit pas les
avantages. Ceux qui l'ont inventée connoiffoient donc allez
bien alors le mouvement de la lune , même fon mouvement à
l'égard de l'apogée &. du nœud , &. dans cette fuppofition on
ue peut leur refufer toutes les connoillances détaillées dans le
livre précédent : connoifîanccs qui forment une Aftronomie
(a) Infrà, Éclaire. Liv. I. i. li. (i) Infra , Éclaire. Liv. I. §. ij.
déjà
DE L'ASTRONOMIE. (fy
déjà fort avancée pour ces premiers tems. Cependant pour ne
rien ôcer injuftemenc aux Chaldéens , à qui cette période efl:
atn-ibuéc par plufieurs auteurs , nous penfons que les anciens,
dont il eft queftion ici , ne connurent point l'inégalité du mou-
vement de la lune , ni par conféquent ion apogée , de que ,
conduits à la découverte de cette période par robicrvation des
écliples de lune, ils ne lui connurent que la propriété de ra-
mener les mêmes éclipfes , c'eft-à-dire, des éclipfes de la même
grandeur , &L à-peu-près aux mêmes points du ciel.
Il manque à cette période un avantage, c'eft celui d'accorder
les mouvemcns du foleil èc de la lune , & de ramener les nou-
velles 6c les pleines lunes au même jour de l'année folairc de
365 jours. Si la nouvelle lune eft arrivée le premier du mois ,
après 213 mois lunaires , elle arrivera l'onzième jour du même
mois. Dans ces tems anciens oli les néoménies étoient l'époque
des fêtes &: des facrifîces , une période, qui les ramenoit à un
jour fixe de l'année folairc , étoit utile. Il ne fut pas difficile de
s'appercevoir que puifquc les nouvelles lunes rctardoicnt d'en-
viron î I jours, en ajoutant i 2 mois ou une année lunaire
de 3 5 4 jours , elles retarderoient d'une année folaire entière,
&. qu'au bout de i 9 de ces années les nouvelles lunes revien-
droient à très-peu près aux mêmes jours. Ils eurent donc deux
périodes, l'une de 18 ans Se i i jours, qui fervoit pour les
éclipfes , l'autre de i 9 ans pour indiquer les fêtes &c les facri-
fices. Cette dernière période eft celle qui rendit Meton fi
célèbre dans la Grèce. Nous reculons ici fon origine , nous
l'attribuons aux premiers hommes , parce qu'elle ie trouve chez
une infinité dépeuples, Coptes, Chaldéens, Arabes, Indiens,
Chinois & Tartares. L'idée de cette période n'eft point au
nombre de ces idées fimples &. premières qui appartiennent à
tous les hommes ; & un ufage fi général annonce une fourçe
I
66 HISTOIRE
commune, qui ne' peut être que l'Aftronomie antédiluvienne.
§. V I.
i -Ces connoiflances accordées ici aux premiers hommes n'ont
rien*^d'étonnant , quand On confidere celles qui réfultcnt de la
grande année ou de la période aftronomique de fix cens ans ,
que Jofeph attribue aux patriarches , &c qui eft indubitablement
leur ouvraî^e (a). Une période aftronomique, quand il s'agit
d'un aftre feul , eft le tems qu'il employé à parcourir le cercle
qu'il décrit. Quand il s'agit de plufieurs aftres , la période de
leurs mouvemcns combinés eft le tems, qui s'écoule depuis qu'ils
font tous partis du même point, ou de certains afpecfts, jufqu'à
ce qu'ils reviennent au même point, ou aux mêmes arpe£ls.
On voit que cette efpece de période doit comprendre exacte-
ment un nombre de révolutions complettes de chacun de ces
aftres. La grande année de fix cens ans doit être une période
de ce genre. Car les anciens appeloient année une révolution
quelconque, foit d'une ou de plufieurs plg^netes {S). Ils appe-
loient grande année celle qui embraftbit un plus long inter-
valle. Le célèbre Dominique Caifini eft le premier qui , ayant
fait attention au récit de Jofeph , fut frappé de la juftefte de
cette période, & des conclufions qu'on en pouvoir tirer fur la
longueur de l'année au tems des patriarches. Il trouva que
7411 révolutions lunaires de 29M 1'' 44' 3 (c), faifoient
2 I 9 I 4<j jours èc demi , &: ce même nombre de a i 9 i 46 &
demi donnent 600 années folaires de 365^ 5 51' 3 6'' ; durée
qui ne diffère pas de trois minutes de celle qu'on obferve
(<j)/n/rà, Éclaire. Liv. II , §. 5 & Aiiv. les fécondes par " , les tierces par '" , 6v.
(.i) Infra , Liv. IX. §. ly. Édaircifle- ainfi 19' ii'' 44' 3'' iîgnificnt vins^c-neuf
mens , Lib. VIII. jours douze heures cjuavantc-cjuatre niinuies
(c) On marque les minutes par un ', trois fécondes.
DE L' A S T R O N O M I E. è'i
aujourd'hui. C'ccoic beaucoup pour ces cems anciens. On
verra qu'Hipparque ôc Ptolcmée, aftronômes bien poftérieurs ,
ont commis des erreurs plus grandes. Alais ce n'eft pas tout ;
il cft plus qu'incertain fi cette différence de moins de trois
minutes efl: l'effet de l'erreur des obfcrvations. On foupconne
que l'année étoit alors plus longue qu'elle ne l'eft aujour-
d'hui (a), ôc fi cette différence eft due à quelque dimi-
nution dans la durée de la révolution folaire ; il faut avouer
que cette détermination , fî exacle & iî précife de la durée
qu'elle avoit alors , fait intiniment d'honneur à l'Aftronomie
antédiluvienne.
§. VII.
O N deiTianiera comment cette période a été découverte ;
on ne peut y parvenir que de dcu:< manières. Par des obfcrva-
tions iuivies, ou par les connoillances d'une Aftronomie long-
tems cultivée 6c fuffifamment perfectionnée. Les hommes de
ces tems anciens ont commencé certainement par le premiet
de ces moyens. Nous ne pouvons douter que l'on n'eût alors des
divifions du jour quelles qu'elles fuffent. Comme on étoit fort
attentif à l'obfervation des nouvelles 8c des pleines lunes , on
marquoit le jour & le moment du jour où elles arrivoicnt.
En luppoiant de la fuite dans ces oblervations , on remarqua
que ces phénomènes ne rcvenoient au même jour de l'année
qu'au bout d'un certain intervalle de tems , qui étoit de i 9
ans ; enfin , lorfque 600 ans ou deux fois 600 ans furent
écoulés , on put reconnoîtrc que les nouvelles ou les pleines
lunes après fix fiecles revenoient non-feulement au même jour,
mais à la même heure. C'eft-à-dire, que fi la nouvelle lune
( a ) Infra , ÉdairciiTcmcns , Livre II , §, 1 e.
é% HISTOIRE
ëtoit arrivée le premier Janvier à midi , elle ne fe retrouvoit le
premier Janvier à midi , qu'au bout de 600 ans. Cette voie
femble la première qui a dû fe préfenter , & la plus conforme
a la fimplicité de ces premiers tems. Les hommes ont mené
longtcms une vie errante &; paftoralc. C'eft dans leurs courfes ,
dans leurs veilles fouvcnt néceflaircs , que l'Aftronomie a été
fondée par des obfervations peut-être grolTiercs , mais qui furent
la bafe des premières déterminations. Avant l'écriture alpha-
bétique , ils avoient des figncs hiérogliphiques , de quelqu'ef-
pece qu'ils fuflent , pour défigner les faits dont ils vouloient
confcrver la mémoire. Ils s'en fervoient pour écrire leurs ob-
fervations. Leurs regiftres étoient des pierres fur Icfquelles ces
obfervations étoient gravées , & qu'ils laiflbient dans le lieu
même où ils avoient obfervé. Enfuite, après de longues années,
lorfque le hafard , ou le befoin les ramenoit , eux ou leurs def-
cendans, au même lieu, les nouvelles obfervations étoient com-
parées aux anciennes. C'eft ainfi que des peuples nomades
purent arriver à des conclufions aftronomiques , indépendantes
de la connoiflance des méridiens , &; telles qu'elles auroient eu
lieu dans un obfervatoire fixe. Cependant la civilifation s'é-
tablit , on fonda des villes, l'art de fabriquer le fer bL le cuivre
fut découvert, on inventa quelques inftrumens de mufique {a). La
même induftrie fut appliquée aux fciences , & on peut fuppofer
que l'Aftronomie eut auffi des inftrumens, tels que le gnomon, 6c
la fphere compofée de cercles de cuivre, que nous avons décrite
dans le livre précédent. Alors de meilleures obfervations pu-
rent donner des réfultats plus exacts. L'enfemble des faits que
nous avons fous les yeux , &: les plus grandes probabilités nous
forcent d'attribuer au peuple , qui nous occupe maintenant ,
|^«) Ccnefc, «. 4j V. J7, il, n.
DE L'ASTRONOMIE. 6j
une infinité d'idées philofophiques & de découvertes fingu-
liercs. En conféquence nous jugeons qu'il a pu parvenir à con-
noître aflcz bien les révolutions du folcil &: de la lune pour dé-
couvrir même par le calcul la belle période de 600 ans. On peut
donc expliquer la découverte de cette période attribuée aux
plus anciens habitans de la terre , ou par la confiance de leurs
obfervations , ou par une Aftronomie perfectionnée qu'on ne
peut guère leur refufcr.
§. V I I I.
Cette période , cette longueur exacle de l'année de 3 <j 5-' ,
5 , 51 , 36'', exigeoit des intcrcalations. L'année étoit fans
doute de douze mois de trente jours, avec cinq jours ajourés à
la fin du dernier moisjfuivant l'ufage de plufieurs nations , ufage
qui paroît avoir été général dans l'orient. Mais 600 ans de
365 jours ne font que 219000 jours, la période en con-
tient 219146 , il y en a voit donc 146 intercalés d'une
manière quelconque. L'intercalation la plus naturelle , & celle
qui fut certainement pratiquée , eft l'intercalation d'un jour
tous les quatre ans , celle qui fublille encore dans notre année
biiTextile. Elle eft de la plus haute antiquité à la Chine , elle
cft connue des Indiens, on en trouve des traces jufqu'cn Egypte.
Nous ne nous laûTons point de répéter que les mêmes méthodes
pratiquées chez difFérens peuples , doivent avoir une fource
commune ; & comme nous avons ici befoin d'une intercala-
tion , il eft naturel de fuppofer celle que l'on retrouve chez ces
difFérens peuples. En lifant la fuite de cet ouvrage , on fe con-
vaincra que l'Aftronomie de ces premiers tems eft la fource
commune oii les anciens peuples ont puifé , ou plutôt d'oii
étoient forties la plupart de leurs connoifTances. L'intercalation
d'un jour tous les quatre ans, au bout de 600 années auroit
7.0, H I S T O IRE
fait, 4 5 o jouis jccijî me il i\çn iVJioit ijUtj.^ 40,' ily a appaa ace
qu.e fous les i 50 ans on fupprlmojc un jour iaccrcalaire, ou
s'il eil; permis d'ulcr de ce mot une année bilîcxtile , comme
nous faKons aujourd'hui tous les 100 ans. Ces i 50 ans deve-
noienc une elpece de période .dont nous pourrons retrouver
quelques tracer ailleurs.
§. I X.
Nous foupçonnons que la propriété connue du nombre
fexagélîmal, qui a beaucoup xle divileurs, & qui par conféquenc
cft très -commode pour le calcul , fut la fourcc d'une infinité
d'ufages & de périodes. L'univerlalité de ces ufages porte à
croire qu'ils ont une fourcc unique. Les anciens étendirent
cette diviûon à tout , au rayon du cercle, au cercle même qui
eut d'abord 60, eniuitc 360 degrés. On partagea le jour,
&C fucceilivcment toutes les lubdivilions en 60 parties. On
établit en montant la même progreiïion qu'on avoit fuivie en
delcendant ; &: de même qu'un jour pouvoit être conlidéré
comme une période de 60 heures, une heure comme une pé-
riode de 60 minutes, on compofa la période de 60 jours
dont fe font fervis les Tartares 6c les Chinois, &c la période
de 60 ans dont l'ufacrc fut p-énéral dans l'Afie. Le luftre des
Romains pourroit bien avoir la même origine. Ccnforin (a) le
range au nombre des périodes ^.ri^clécs gran(Jes années. Ce feroit
une période de 60 mois, intermédiaire entre celle de 60 jours
de celle de 60 ans. Quand on rétléchit fur l'ufage prefqu'uni-
vçriel du nombre fexagéfimal ; quand on voit la période de 60
ans connue à Babylone , employée de tout tems dans la chro-
nologie , aux Lides , à la Chine ; la période de 3 (j 00 ans éga-
. (a) De die natali , c. 18. Mémoires de l'Académie des Infc. T. XXIII, pag. Si.
DE L'ASTRONOMIE. 71
lement connue à Babylonc , de Ion ulagc aftronomiquc établi
chez les Indiens, la période de fix cens ans célébrée par Jofeph ,
dont nous montrons que l'établiflement a précédé le déluge ,
'&C dont un fouvcnir fans uGge s'étoit également confcrvé dans
la Chaldée ; quand on confidere que ces peuples, &: fur- tout
les Indiens , n'ont rien ou prelque rien inventé , on ne peut
s'empêcher de penfer que toutes ces connoiflances , où la pro-
priété du nombre fexàgéfirnal irriprime un caractère d'unifor-
mité , font l'ouvrage d'un feul& même peuple ; connoiflances
dépofées dans diïFérens monumens durables, & que les hommes
fe font depuis partagées. Ici l'ignorance n'en a gardé que la
mémoire; là une intelligence acllve a fu en retrouver l'utilité.
Mais de ces uiages commims à tous les peuples de l'Afie,
faudroit-il conclure qu'il y a eu dans les tem's les plus recules,
entre tous ces peuples , une communication libre êc facile ;
communication qui feroit contraire aux idées que Ton puife
dans les anciens hiftoriens , aux myfteres dont ces peuples en-
veloppoient leurs connoiflances ,& fùr-tout à la mnniere dont
ils vivoicnt ifolés ; ignorant toute hiftoire.,qviî"n'''éfô;,t pas la
leur, & ne connoiiFant leurs voifnis que par la' guerre. Les
Grecs font peut-être les premiers dont l'avide curiofité ûit par-
couru l'univers pour s'enrichir des idées étrangères. Nous pen-
fons que cette communication libre 6ç très -ancien ne cïl plus
difficile à admettre que le peuple antérieur & éclairé que nous
fuppolons ici. Mais il l'on n'admet pas cette communication, il
faut néceflairement conclure que les périodes femblablcs que
nous retrouvons dans difl^érens pavs', & fur-tout Tufatre uni-
verfel du nombre fexagéfimal , dépofe de l'exiflence de ce peuple
éclairé , antérieur au déluge , & l'inflrituteur de tous les peuples
de l'orient; peuples qui n'ont été que dépofitaires, jufqu'à ce que
le génie de l'Europe vînt reprendre le fil des idées aftronomiques.
71 HISTOIRE
§. X.
On juge bien qu'une Aftronomie qui étoic en pofTefîlon de
la connoillance cxadle du mouvcmcnc du foleil & de la lune,
a dû faire quelque diftnbution des étoiles. Ainfi les premières
coaftellacions ont cette antiquité. On comparoic la lune à ces
points fixes , &: fa révolution fidérale bien connue de 1 7^
8*^ environ, a été même une des mefures du tems(a). On
ne peut douter que la divilion du zodiaque en vingt - fept
ou vingt-huit conftellations n'ait été connue alors ; d'abord
parce qu'elle fe retrouve chez tous les peuples , enfuite
parce que la divifion du zodiaque en douze fignes , qui ne peut
être que poflérieure (^) , nous paroît devoir remonter au delà
du déluge.. Qu'on nous permette ici quelques réflexions fur ces
deux différentes divilions du zodiaque , l'une relative au mou-
vement de la lune , l'autre au mouvement du loleil. On ne
peut pas dire que l'idée de partager le zodiaque, comme l'année
en douze parties, foit une de ces idées fimples &C naturelles,
qui , dans tous les tems 6c dans tous les lieux , ont du fe pré-
fenter d'abord à l'efprit humain- La divifîon du zodiaque en
vingt-fept ou vingt-huit parties cil du même genre , & ce feroic
déjà une conformité très- finguliere que celle de deux peuples
placés à de grandes diftances fur le globe qui auroient égale-
ment l'une de ces diviiions. Combien n'eft-il donc pas plus
extraordinaire de retrouver ces deux divifions enfemble , chez
les Arabes , les Indiens, les Siamois , & fur-tout chez les Egyp-
tiens & les Chinois qui ont exifté longtems fans fe connojtre
aux deux extrémités d'un grand continent, èc qui ne peuvent
avoir rien de commun que leur origine. En plaidant l'invention
- ( û ) Infrà , ÉdairL-ilTcmcns , Liv. I. §. i J. ( i ) Suprà , Liv. II. §. i6.
de
DE L'ASTRONOMIE. 73
de ces deux divillons à cette origine , en la donnant à un feul
peuple antérieur aux plus anciens de ces peuples , ce qu'il y a
de merveilleux , de furnaturel même dans cette conformité ,
difparoît ; l'identité des idées èc des iî\ftitutions s'explique na-
turellement par une fource unique , &: ces peuples , fans s'être
connus ni communiqués , fe reiremblent par ce qu'ils ont em-
prunté à cette fource.
L'ancienneté même de ces deux divifions les donne au
peuple antique qui a précédé tous les autres , & nous conduit
à penfer que ce peuple fut en eflet la première fource de la
lumière. On attribue à Hermès que Manethon place avant
le déluge (a) le partage du zodiaque en deux, quatre, douze
Se trente-fix parties. De ces divifions la première eft celle d'un
équinoxe ou d'un folftice à l'autre : la féconde eft celle qui
a lieu par ces quatre points: la troifieme celle des douze lignes:
enfin , la quatrième oifre des fubdivifions de ces fignes en trois
parties. Mais comme l'âge d'Hermès & le témoignage même
de Manethon peuvent lailTer quelqu'incertitudè , voici fur quoi
nous nous fondons pour donner cette antiquité aux fignes du
zodiaque.
Eudoxe , aftronôme grec , rapporte que les folftices & les
équinoxes étoient fixés au quinzième degré , c'eft-à-dire, au
milieu du bélier , de l'écrevilTe , de la balance Se du capricorne.
On verra que cette détermination , rapportée par Eudoxe , eft
antérieure à Ion tems, & qu'elle remonte au fiecle de Chiron ,
vers 1353 ans avant J. C (è) Mais il n'eft nullement vrai-
femblable que ceux qui ont établi cette divifion , ne l'ayeilt
pas fait commencer aux points des équinoxes & des folftices
qui en font l'origine naturelle. Ces quatre points ont fait
(a) Synccle, page 40. ( 4) Jn/ri, Éclaire. Liv. IX, j. 3é&faiv.
K
74 HISTOIRE
certainement la première divifion du zodiaque à l'égard du
foleil ( a ). Celle des douze fignes ne font que les quatre pre-
mières , divifées chacune en trois. Il eft évident que chacun
des équinoxes & des folftices a dû fe trouver au commencement
d'une conftellacion £i non au milieu. Ainfi cette diviiïon doit
être antérieure au tems, où les équinoxes &: les folftices fe font
trouvés au milieu des conftellations , au moins de 1080 ans
que ces points ont employés pour rétrograder de i 5 degrés.
On pourroit donc croire , en conféquence de cette confidé-
ration , que l'équinoxe du printems concouroit alors avec le
premier degré de la conftellation du taureau , & cela vers
2400 ans avant J. C. Mais fl d'un côté une foule de témoi-
gnages & quelques obfervations prouvent que 3000 ans avant
J. C, les conftellations des pléiades &; du taureau étoient
obfervées, les fignes du zodiaque connus { b ) ^ èc que de
l'autre des traditions donnent lieu de penfer que le foleil dans
le taureau commençoit l'année , il en faudra conclure néceflai-
rement que l'équinoxe avoit été placé plus avant dans l'éclip-
tique, ôc cela de l'efpace d'un figne entier, enforte qu'il répon-
doit primitivement au premier degré des gémeaux, ou du
moins étoit placé dans les dernières étoiles remarquables du
taureau, telles que celles qui font aux extrémités des cornes.
Cette fuppofition eft appuyée par un vers de Virgile qui femble
le dire expreflement.
Candidus auratis aper'u cum cornibus annum
T auras ( c ).
L'équinoxe n'a pu répondre au dernier degré du taureau que
vers 4600 ans avant J. C. , d'où il réfulte que la divifion
{ a) Jn/rà , Éclaire. Liv. II, §. ii. ( c) Virgil, Géorgie, libro primo, -verf.
ib) Jnfrà , Ecl, Li\.IX,§, 7, 8 , 5 & jc, 117.
DE L'ASTRONOMIE. 75
du zodiaque a dû précéder le déluge de plufieursfiecles. Quoique
nous ne donnions tout ceci que comme une conjecture , elle
paroîcra tout-à-faic vraifemblable & admiffible, fi l'on fait at-
tention que les hommes d'avant le déluge n'ont pu connoître
fi exactement les révolutions du foleil ôc de la lune , & la pé-
riode des éclipfes , fans avoir fait bien d'autres travaux aftro-
nomiqucs qui font tout-à-fait perdus pour nous. La divifion
du zodiaque a dû être un de ces travaux , èc la tradition que
le taureau ouvroit l'année, s'étant confervée julqu'à Virgile, ce
poète l'a confacrée dans les vers , fans doute fans fonger que
ces apparences n'avoient plus lieu au tems où il écrivoit.
§. X L
D'ailleurs cette conjecture reçoit un nouveau degré de
probabilité de deux traditions que nous devons indiquer ici.
L'une eft une tradition obfcure des Scithes par laquelle il paroît
que lorfque le ioleil s'avançoit vers la Scithie , lorlqu'il arrivoit
au folftice , il écoit dans le figne du lion (a). L'autre claire
&: décifive fe trouve chez les Chinois qui commencent leur
année au folftice d'hiver. Elle porte que Chueni , un des pre-
miers empereurs de la Chine , fixa le commencement de l'an-
née , lorlque le ioleil fe trouvoit dans un point du zodiaque
qui répond au quinzième degré du verfcau {6). Or, confor-
mément à notre principe inconteftable que les équinoxes Sc
les lolftices ont dû être primitivement placés au commence-
ment des conftellations , il s'enfuit que , lors de la première
divifion du zodiaque , le folftice d'été répondoit au premier
degré du hgne de la vierge , & le folftice d'hiver au premier
(a) Infrày ÉcIaircilTemens , Livre II, ( i) Martini. Kift. de la Chine, tom. I^
§. II. pageji.
Ki;
7^ HISTOIRE
degré des poifTons. Conclufion abfolument analogue à celle que
nous venons de propofer. Quand nous difons que les ëquinoxes
& les folftices ont été placés ainfi, lors de la première divifion du
zodiaque, c'eft pour ne nous pas trop étendre dans l'antiquité;
car les faits précédens établifTent feulement que l'équinoxe du
printems ne pouvoit pas être moins avancé dans l'écliptique
que le dernier degré du taureau , mais ils ne décident point
que cet équinoxe n'ait pu être placé & obfervé plus loin.
§. X I I.
Il n'eft pas poffible que, dans cette application à l'étude
du ciel , les anciens ayent partagé le zodiaque , fans recon-
noître le mouvement par lequel les étoiles s'avancent le long de
l'écliptique. Indépendamment de ce que cette connoiflance eft
répandue dans toute l'Afie t, fe retrouve chez les Chinois , les
Indiens , les Chaldéens 6l les Perfes , & que cet ufage général,
fuivant notre principe , doit remonter à une fource commune ;
nous fommcs fondés à le penfer par une tradition des Indiens
que nous avons recueillie. Ils difent que l'on voit au ciel deux
étoiles diamétralement oppofées , qui parcourent le zodiaque
en 144 ans (a). Ces étoiles oppofées paroifTent être celles
que l'on nomme l'œil du taureau &z le cœur du fcorpion ,
& montrent quelqu'analogie entre cette tradition & celle
des Perfes de quatre étoiles placées primitivement aux quatre
points cardinaux (â). Mais que fignifient ces 144 ans attri-
bués à la durée de leur révolution ? La vie d'un homme fuffit
pour démontrer la faulFeté de cette tradition. Les Indiens con-
noiflent la révolution de ce mouvement des fixes èc l'établiflent
(a) Abraham Zachut dans Riccius, tr^iciatus de motu oci.fphera ,c, IX , p. jx,
(i) Supra ^ Livre 1 , §. j.
DE L' A S T R O N O M ï E. 77
de 2 4c 00 ans. La véritable révolution, déduite de nos obfer-
vations les plus exactes, cft de 25920 ans. Il faut donc croire
que CCS 144 années n'étoient point folaires, & que par ce mot
il faut entendre quelque période plus longue. Or, on trouve
chez les Tartares une période de 1 S o ans qu'ils appellent
Van{a)^ 144 fois 180 ans font précifémcnt 25920 ans.
Nous répéterons toujours que le hafard ne produit point de
pareilles reflemblances. Les Lidiens ont conlcrvc cette tradi-
tion fans doute fort ancienne à leur égard , & fans connoître
l'efpece de période désignée par ces années. Ils ont mêine de-
puis renouvelé , mais avec moins d'exactitude, la connoifiance
du mouvement des fixes ; & la tradition, qui nous a été tranf-
mife par eux, nous indique qu'ils avoicnt fuccédé à un peuple ,
aulîi avancé que nous fur ce point important de l'Aftronomie.
§. X I I L
Nous allons plus loin, & nous penfons qu'il n'efl: pas im-
poffiblc que l'une des opérations les plus célèbres de nos fiecles
modernes , celle de la mefure de la terre , ait été exécutée dans
ces fiecles reculés. Une probabilité très-forte nous conduit à
cette opinion. Ariftote [b] rapporte que de fon tcms les ma-
thématiciens eftimoient le degré de i i i i ftadcs , &; la circon-
férence de la terre de 400000. \^zs favans conviennent au-
jourd'hui que par ces ftades on ne peut entendre ni le ftade
grec, ni le ftade alexandrin. Le moindre de ces ftades donneroic
une mefure prefque double de la véritable ; les mefures \cs
plus grolîieres ne comportent point de pareilles erreurs.
Par une évalution du ftade , qui nous eft particulière , &
que nous croyons exacte, nous trouvons que cette mefure donne
{^a) Infra j Éclaire, Liv, III, j. 14. i^b) Dt cxlo, Lib. II.
jZ HISTOIRE
le degré de ^7066 toifcs ; à 6 toifes près de celui qui
eft déccrminé par nos mcfurcs modernes {^). Précifion bien
finguliere fiins doute , fi elle appartient à ces premiers tems.
Savons-nous jurqu'oii on y avoit porté la perfection de l'Af-
tronomie ? Nous n'en pouvons prendre une idée , que par
des connoiflances détachées ; mais l'enfemble nous échappe,
& c'eft cet enfemble qui conftitue l'état de la fcience.
L'avantage que nous avons , en écrivant l'hiftoire de l'Af-
tronomie , eft de rapprocher tous les faits que nous avons
préfens devant nous , &c de pouvoir mieux pefer les vraifem-
blanccs , lorfque les preuves nous manquent. Cette mefure ,
précifement parce qu'elle eft très-exacte , n'eft point l'ouvrage
des Grecs qui ont précédé Ariftotc. Nous ne voyons dans
r Afie aucune des anciennes nations à qui elle puiiïe appartenir.
Ce qu'ont fait les Chinois & les Chaldéens dans ce genre n'eft
auprès de cette mefure qu'une approximation grolhere. Cette dé-
termination, les progrès des fciences àc des arts qu'elle fuppofe,
ne peuvent être attribués qu'à un peuple inconnu dans l'anti-
quité. Mais comment ce peuple feroit-il refté inconnu , s'il avoit
été contemporain des Indiens & des Chaldéens , lorfque leur
réputation dans la philofophie & les fciences nous eft par-
venue ? H faut donc croire que ce peuple eft antérieur: on peut
même foupconner que cette mefure de la terre fut envoyée de
( * ) Nous établiffcns ce ftade de j i toi- de 5 1 toifcs ( xMef. itin. pag. 84 ). Ces deux
fes I pied 1 pouce -^. Nous croyons cette évaluations donneroient au degré jyijStoi-
évâluation exaa. & Vraie ; mais quand on f«. Çu y^66i toifes; ce qu. diffère tout au
ne I'adm=nro^t pas , notre opinion n'en plus de 400 toi es de notre mefure du degré,
fcroit point ébranlée. Ce Ibde étoit déjà Cette cxaduude eft trcs-graude & fuffirou
connu avant nous : M. de Tlfle l'a foup- po^r fonder toutes les conclufions que nous
çonné { Mêw. AcaJ.desSc. 17^ , P- éo). e" "tons ici ; "la-s nous elp.rons fa.re voit
M. Freret l'âahut de n toifes 2. pieds t dans 1 H.fto.re de 1 Aftronom.e moderne ,
pouces II iioncs ( Mém Ac^d des Inf. que notte valeut du ftade, qui donne une
tome XXlv;pae. 504 ). M. DaravlUe le exactitude encore plus «onnantc , eft pte-
déduit de quelques mefures géographiques terabk à toute autre evaluauou.
DE L' A S T R O N O M 1 E. 79
l'orient à Ariftote par Callifthenes , avec les obfervations de
Babylone , où elle avoit été confervée par la tradition chal-
déenne , 6c que cette nation qui n'en connoilToit pas elle-même
la préci{ion,la tenoit de ce peuple antéiicur qui a éclairé tous
les autres.
§. X I V.
C'est alors, c'cll chez ce peuple que vivoit le fameux
Mercure Trilmegjfte des Grecs, le Thaut ou Thoth des Egyp-
tiens , le Butta des Indiens qui n'efl qu'un feul èc même per-
fonnage placé à la fource commune de ces peuples , & que
ces peuples (e font également approprié. Manethon, qui con-
noifToit parfaitement les antiquités égyptiennes, le place avant
le déluge. Il n'y a point de doute que Mercure & Thoth ne
loient les noms d'un ieul homme. Un uiage des Indiens nous
fait croire qu'il eft le même que Butta. Le quatrième jour de
leurfemainc eft dédié à ce fondateur de leur philofophie, comme
il l'eft chez les Egyptiens à Thoth , fondateur des arts les plu:
anciens : & ce jour eft également marqué, chez l'un & chc;
l'autre peuple, par la planète que nous nommons aujourd'luu
Alercure (a).
L'inventeur du zodiaque 5c de l'année folairc , dont le non-
fut peut-être Hercule , comme nous le dirons dans la fuite d(
cet ouvrage , nous fournit quelques fynchronifmes qui méritent
d'être remarqués. Nous avons dit que la première divifion du
zodiaque , qui place l'équinoxc au premier degré des gémeaux,
a dû être taite vers l'an 4.600 ; quelques conjeclures que
nous avons établies fur la diminution apparente de l'année
folaire , femblent placer la détermination de cette année de
(û) Mémoires de l'Académie d«s Infctip. tom, XXXI, page 117.
8o HISTOIRE
3 (35', 5'% 51', 3 <J » déduice de la période de 600 ans, vers
l'an 4300 ou 4400 (a). D'autres conjecliircs fur le lieu de
l'apo'J-ée du foleil dans cçrtains calculs indiens nous condui-
roient également à l'an 4200 (^}.
Diodore de Sicile nous apprend que l'Hercule oriental , qui
fut le modèle de l'Hercule Grec , précéda ce héros de i o o o o
ans(<:). Ces loooo ans ne peuvent être folaires ; nous ne
connoillons point de traditions confervées pendant un û long
intervalle de tcms ; nous foupconnons que ces années font de
quatre mois. Elles font d'une cfpece finguliere , il eft vrai;
mais elles font atteftées par toute l'antiquité , & notre fuppo-
fition eft légitime. En conféquence les i o o o o ans Ce réduifent à
3333 ans, qui , étant ajoutés à l'année i 3 8 3 (i/) où l'on place
la naiftance d'Alcée, fils d'Alcmene, furnommé Hercule, don-
nent pour époque de l'Hercule oriental l'an 47 i 6 avant notre ère.
On fent que ces époques de la détermination de l'année folaire, de
la première divifion du zodiaque, 6c du tems où vivoit l'Her-
cule oriental, ne peuvent être eftimées qu'à quelques fîecles
près ; &; la différence de deux ou trois fieclcs n'empêche pas
qu'il n'y ait une forte de coïncidence dans ces époques. De
forte qu'on pourroit regarder celle de l'an 4700 &: les fiecles
voifins comme le tems où l'Aftronomie étoit floriffante , où
ces différentes inventions ont été faites ^ & les arts fublidiaires
cultivés,
§. X V.
On ne peut douter que le peuple qui avoit porté l'Aftro-
nomie à ce déféré de perfection , n'eut inventé bien des arts
(a) Bailly , Mém. Acad. Scien. 1773. { c ) Hift. U.niv. Liv. I , feft. l , § . 13.
{t) Infra , Éclaire. Liv. III. J. 16, (i) M freret , Def. de la Chron. 'i- (■].
qui
DE L'ASTRONOMIE. Si
qui ont été perdus pour longtems , Se cnfuite renouvelés fur
la terne; tel eft l'ufage de la bouflble qui cft très-ancien dans
l'Alic (cz), ainfi que celui des clcpfidrcs , & peut-être celui du
pendule dont les Arabes ont eu connoiflancc [b). Ce peuple
avoit certainement des inftrumens aftronomiques qui , comme
nous l'avons démontré dans le livre précédent , étoient nécef-
faires pour certaines découvertes. L'ufage du gnomon, égale-
ment néceflaire, paroît devoir remonter à cette antiquité- Les
anciens obélifques ont été des gnomons. Pline [c) dit que le
premier qui lit confbruire des obélifques s'appelloit Miftrès ou
Mitres , qu'il regnoit dans la ville du foleil , 6c que les obé-
lifques furent appelés ainfi parce qu'ils imitoient la forme des
rayons folaires. Ne pourroit-on pas en conclure que les pre-
miers obélifques ont été élevés en Ade , oii ces monumcns font
très-anciens (^), où il y avoit des villes du foleil comme en
Egypte {e) y èc oii étoit établi le culte de Mitra ou du foleil ?
l^cs Lidiens appellent également Mitraha le génie qu'ils font
préfider à cet aftre (/"). Ces conformités, ainfi que l'ufige d'o-
rienter les bâtimens , commun à tous les anciens peuples, &z
qui n'a pu être fondé que fur la connoiirancc du gnomon ,
rappelle ces peuples & cet ufage , à une fource commune qui
ne peut être placée qu'au tems dont nous parlons. Dans la tra-
duction du Shaftah par M. Holwel , Se dans une traduction
manufcrite trouvée dans les papiers àc M. Commerfon , que
poflede AL de Buffon , on voit que les Indiens reconnoiflbicnt
( a ) Infrà , Livre IV , §. u. Li; P. Pezton place le règne de cette Reine
(i) Voye^ l'Hiftoirc de rAftronomie vers l'an 1139 avant J. C. Ant. rétabl. p.
moderne. 147.
(c) Lib. XXXVI, c. 8. (e) Palmyre étoit appelée Balbeck , ou
X "i ) Diodore parle d'une aiguille pyrami- ville du Soleil , Herbelot , Bib. or. y, 181.
dale drelTée par les ordres de Scmiramis, fur (/") Mémoires de l'Académie des Inf-
le chemin de Babylone , Lib, II, $. 11. cripùons, tom, XXXI, p. 1^8 , 411 , 4}S,
8t HISTOIRE
quinze mondes ou quinze planètes. M. de Buffbn a été frappe
de cette fingularité , comme nous l'avons été nous-mêmes.
L'antiquité n'a jamais connu que fept planètes. Depuis la dé-
couverte du télefcope , notre Aftronomie moderne en compte
feize , une de plus que les Indiens. On n'en peut donc conclure
aucune conformité entre leurs opinions & les nôtres. Quelle
feroit la planète qu'ils auroient rejetée de ce nombre ? D'ail-
leurs la connoiflfance des fatellitcs de Jupiter de de faturne fup-
poferoit celle du télefcope ; &: quelqu'avancée qu'eût été l'Af-
tronomie à cette époque , nous n'olons pas lui attribuer une
découverte qui auroit dilparu de defTus la terre ians laifler au-
cune trace; à moins que l'on ne fuppofe que ces longs tubes,
dont Hipparque a dû faire ufage , 6c que l'on retrouve à la
Chine (û), ne foit un refte de cette ancienne invention; de
que, l'arc de tailler les verres & de les polir s'étant perdu , la
tradition n'ait confcrvé que l'ufage des longs tubes , qui fer-
voient alors dans les obfervations à écarter les rayons la-
téraux (*).
§. X V L
Il eft peut-être encore quelques opinions des anciens qui bien
pefées pourroient faire foupçonner l'ufage ansérieur du télef-
cope. La première eft celle de quelques philofophes qui re-
( * ) M. le Comte de Cailus , dans les Si les télefcopes avoicnt été connus du tems
Mémoires de l'Académie des lafcriptions , de Strabon , comment les autres Ecrivains
foupçonne que l'ufage des lunettes ou des n'en auroient-ils rien dit ; Il faudroic un
télclcopesa pu être connu des anciens. C'eft partage bien clair Se bien pofitif pour éta-
un partage de Stiabon , qui lui a fait naître blir ce fait, malgré le filence abfolu &
ce foupçon. I! s'agit d'expliquer la grandeur général des anciens ; ou bien il faudroit
des aftres à l'horifon. Voici le palfage tel luppofer que Strabon rapportoit une an-
qu'il l'a traduit. Les vapeurs font le même cicnne explication qu'il n'entendoit pas lai-
«ffet que les tubes ; elles augmentent les même
apparences des objets. Strabon. Lib. III , ( a ) Voye^ l'Hiftoire de l'Altronomit
Hift. Acad. Infcrip. tom. XXVII , p. €i. moderne.
DE L" ASTRONOMIE. Sj
gardoient la lune comme un monde femblablc au notre. Cer-
tains peuples alloient même jufqu'à dire qu'on y voyoic dif-
tinclcment des montagnes. Comment a-t-on vu ces montagnes ?
Comment ces peuples ont-ils pu adopter cette idée, fans qu'elle
fût démontrée par le télefcope ? La féconde opinion eft celle
de la lumière blancheatre de la voie la6tée, que les anciens ont
expliquée par la lumière réunie de plufieurs petites étoiles in-
fenliblcs à la vue. La philolophie pour s'élever à cette expli-
cation a du s'appuyer fur quelques faits; l'analogie n'eft d'aucun
fecours, fi le télefcope n'a pas fait appercevoir ces petites étoiles
dans quelques-uns de ces nuages lumineux, femés fur l'azur du
ciel , &: lemblables à la voie lacléc.
Une autre opinion bien plus étonnante eft celle du retour
des comètes. Une comète en reparoiffant à nos yeux, après de
longs intervalles , n'a pas toujours les mêmes cara£tercs. Elle
ne prend fa longue queue qu'en paflant près du foleil. Avant
Se après ce paffage une feule peut paroître comme deux co-
mètes différentes. Suivant fa diftance à la terre , luivant la po-
fition de nôtre globe , elle peut briller dans une première ap-
parition , 6c dans une féconde n'être prefque pas vifiblc à la
vue limple. Combien de comètes ont dû reparoître fans être
reconnues , remarquées , ni même apperçues. L'alternative eft
néceflaire ; ou il a fallu des lîecles infinis d'obfcrvations pour
fonder cette opinion liiiguliere fans le fecours du télefcope, ou
bien , tl l'on veut refferrer ces obfervations dans la durée limitée
des peuples èc des empires , il faut admettre l'ulage de cet inf-
trumentqui, multipliant la lumière, amplifiant les objets , étend
lafpherc de l'organe, 2c donne à l'œil attentif la faculté de tout
voir ôc de ne rien laiffer échapper. Cet uf âge ne pourroit avoir
appartenu qu'aux tems qui nous occupent maintenant , puifquc
la tradition écrite, ou l'hiftoire, n'en conferve aucun fouvenir.
84 HISTOIRE
Mais cette conje£lure , fans appui dans l'antiquité , fcioit trop
hardie : nous nous contentons d'avoir expofé les faits qui peu-
vent la faire naître & non l'autorifer.
Nous devons remarquer que les conjectures, fur lefquelles
nous fondons les connoifTances attribuées ici à la plus ancienne
Aftronomie , ne font point de la même nature. Elles ont cha-
cune un grand degré de probabilité , & comme ces différentes
connoiflanccs rentrent les unes dans les autres , fe luppolcnt
même mutuellement , tous ces degrés de probabilité s'accu-
mulent, fe prêtent de l'évidence & deviennent par leur réunion
la preuve completcc de l'cxiftcnce d'un grand peuple, poflcflcur
de cette fcience approfondie , dont nous recueiilons l'hiftoire
dans les faits épars de l'antiquité fie dans l'obfcurité des tra-
ditions.
§. X V I I.
Une foule d'ufages anciens réclament également un peuple
antérieur & une lource commune. Les fêtes de l'efFufion des
eaux , ou les hydrophories, celle des faturnales , la célébration
des néoménies , le culte des hommes & leurs pèlerinages fur
les montagnes , les terreurs qu'infpiroient les grandes conjonc-
tions des planètes ; ces idées de périodes qui afTujettiflbient
la terre au mouvement des aftres , & qui annonçoient la fin
ou le renouvellement de toutes chofes; les fêtes &c les ufages des
Chinois femblables à ceux des Egyptiens ; ces prétendus géans que
les Indiens 6c les peuples du nord font ainfi que les Grecs com-
battre contre les dieux ; les myfteres dont les prêtres envelop-
poient les principes des fciences èi. la vraie philofophie ; toutes
ces idées , que l'on retrouve depuis le nord de l'Afie , jufqu'au
midi de l'Inde, &c depuis les bords du Gange, jufqu'aux bords
du Nil , femblent démontrer que les peuples effrayés par les
DE L' A S T R O N O M I E. 85
mêmes craintes , imbus des mêmes piéjiigés i^ des mêmes er-
reurs , rortoient de la même tige, &: defcendoient d'un peuple
auteur de ces préjugés &: de ces erreurs. Car l'homme tou-.
jours femblablc à lui-même par ies goûts èc l'es fenfations, diffère
par Tes conceptions &C Tes idées ; il n'a de point commun que
la vérité. Les chemins de l'erreur font infinis ; ils font infini-
ment divcrgcns. Les hommes ne peuvent s'y rencontrer que
quand ils font partis enfemble du même point ; & ce même
point , où naquirent tant de préjugés 6c d'erreurs, eft le peuple
antérieur qui les a répandus lur la terre. La réputation qu'il
s'étoit acquife par la philolophie de par les fciences , conferva
ics erreurs comme les connoiffances, &i les débris des unes £c
des autres furent l'héritage des peuples qui lui fuccédcrcnr.
D'autres inftitutions , d'autres ufages portent encore l'em-
preinte ineffable de ce peuple inventeur. Les mefures longues
que l'on retrouve chez les Grecs &c chez les Romains ont la
plupart la même origine. Elles tiennent à un fyftéme de mefures
combinées , liées à un rapport exaâ; qui dérive d'une me-
fure unique & univerfclle. Ces meiures, qui fe retrouvent en
tout ou en partie chez tous les peuples orientaux , forment
une preuve évidente que le fyftême général eft Touvrao-e d'un
peuple antérieur , enfeveli dans l'oblcurité des premiers tems
duquel tous les autres ont partagé la fucccllion {a). La mufique
nous fournit une nouvelle preuve. « Le fyftême mufical des
« Chinois, pris dans fes termes originaux, commence préci-
" fément oii finit celui des Grecs. Si le fyftême des Grecs &c
« celui des Chinois ne font enfemble qu'un feul èc même
3> fyftême , un tout parfaitement complet ; il eft évident que
( a ) Ce qui concerne les mefures Ion- jointe à notre Hiftoire de l'AIbonomic mo-
gues fera ciaité à part dans une dilTercation dernc.
t6 HISTOIRE
jj ce touc a été le ryftême de quelque peuple plus ancien que
n les Grecs 6c les Chinois , ôc que ce font les démembremens
« de ce fyftême primitif, qui ont formé difFérens fyftêmes
M chez diverfes nations {a) ". Nous avons rencontré avec fa-
tisfadlion ce pafTage, fi conforme à l'idée que nous développons
ici. M. l'Abbé Rouiller y a été conduit par la mufique des
anciens , comme nous par leur Aftronomie. Il fcmblc que la
vérité feule puiffe faire rencontrer ainfî deux hommes qui ne
fe font point communiqués , & qui font arrivés à la même
conclufion par des recherches particulières fur des fciences
différentes.
§. XVIII.
Nous appuirons cette opinion par une dernière conjecture
de la même force. Nous la tirons du véritable fyftême du
monde, qui place le foleil au centre des mouvemens céleftes ;
fyftême renouvelé par Copernic, &c dont ont fait honneur à
Pliilolaiis & à l'école pltliagoricienne. Jamais un pareil fyftême
n'a pu être conçu dans la Grèce, ni dans l'Italie. Croira-t-on
qu'il étoit appuyé par des faits chez les Grecs qui n'ont fait
aucunes obfervations ? Oferoit-on dire que l'efprit humain
puiffe s'élever feul à ce fyftême fans des faits qui l'y condui-
fent, 6c qui donnent de la vraifemblance à une vérité con-
traire au témoignage des fens ? L'homme voit le foleil ,
chaque jour &c chaque année, embraffer la terre par fes deux
mouvemens ; il voit les étoiles, entraînées en apparence parle
ciel , paffer fur (a tête , èc parcourir l'efpace qui fépare l'orient
de l'occident ; il ne tranfportcra point ces mouvemens à la
terre , dont il croit fentir l'immobilité , qu'il n'ait approfondi
(a) M, l'Abbc Rouffier , Mim.Jur lu Muf que des Anciens , pag. i8, 31.
DE L' A S T R O N O M I E. 87
tous les faits , épuité toutes les hypothefes pour expliquer ces
faits, & que, prefTé par la nëcellité de concilier les uns avec
les autres , fatigué des abfurdités qui naiflent du mouvement
du foleil 6c des étoiles , il ne fe fente forcé à les condamner au
repos , à contredire tout ce qu'il voit , & à fe fier davantage
à fa raifon de à fes calculs qu'au témoignage de les yeux. Mais
ce parti eft extrême , c'effc le dernier auquel on a du avoir re-
cours. Si en phyliquc la vérité , conlidérée d'abord comme
hvporhefe , eft fouvcnt la dernière qui fe préfente à l'efpric
humain , c'eft fur-tout dans le cas préfent. Les Egyptiens &
les Chaldécns s'étant contentés d'obfervcr les aftres, fans tenter
d'expliquer les apparences de leurs mouvemens , n'ayant fait
aucune hypothefe , n'ont pas dû feulement foupçonner que le
mouvement de la terre fût poiTible. Les Grecs , à l'époque de
Pithagore, ne faifoient qu'entrer dans la carrière aftronomiquc;
ils ont été encore moins dans le cas de le foupçonner. Ce
fyftême fi philolophique s'eft conlcrvé dans rLide,oi.x nos mif-
fionnaires l'ont trouvé. Il n'cft pas douteux que Pythagore ne
l'eût puifé à cette fource. Mais fi les Indiens l'ont tranfmis à
Pythagore , ce fyftême n'étoit point leur ouvrage , il venoit de
l'héritage du peuple qui a tenu le fceptre des fciences dans
i'Afîe. Ce fyftême , ainfi que les périodes inventées , les mé-
thodes qu'elles exigent ne font point les feuls reftcs de fon génie.,
On lui doit peut-être toutes les idées philofophiques qui ont
éclairé le monde. Ces méthodes favantes , pratiquées par des
ignoranSjCes fyftêmes, ces idées philolophiques, dans des têtes
qui ne font point philofophes , tout indique un peuple anté-
rieur aux Indiens & aux Chaldéens: peuple qui eut des fciences
perfectionnées , une philofophie fublime &; fage , & qui , en
difparoiffant de deflus la terre a laiiïe, aux peuples qui lui ont
fuccédé , quelques vérités ifolées , échappées à la deftruûion ,
88 HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE.
5c que le hafard nous a confervées. Ainfî l'antiquité , Ci célèbre
par plufieurs nations favantes , n'offre depuis les Chaldéens Se
les Indiens , jufqu'à Hipparque , que les débris des connoif-
fances de ce peuple dont le nom même eft inconnu aujourd'hui.
^-^ J. ^ J^^'*
HISTOIRE
HISTOIRE
DE L' ASTRONOMIE ANCIENNE.
LIVRE QUATRIEME.
î^î^
^rr:si,v^i\\-
Des premiers tems après le déluge j ù de V Aflronomic
des Indiens ù des Chinois.
PREMIER.
ji"3LU s s i-T oT après le déluge le genre humain, renouvelé, fc
difperfa , 2c la terre s'écant repeuplée, quatre grandes nations
s'élevèrent, favoir, les Indiens, les Chinois 6c les AiTyriens dans
l'Alie , les Atlantes dans l'Afrique , ou plutôt les Ethiopiens
& les Egyptiens qui leur fuccéderent. Chacune des colonies ,
qui furent l'origine de ces nations , emporta quelque notion
des connoilTances échappées au déluge. Mais les nations les
plus richement partagées dans cette Tucceffion , furent celles
de i'Ade qui refterent dans le pays même où avaient habité
les premiers hommes. Les unes n'avoient que la tradition , les
autres avoient de plus les monumens. Car nous penfons que
les obfervations , les réfulrats , les préceptes aftronomiques ,
tout écoit gravé fur des pierres ^ 6i la tradition qui fublifta après
M
5© HISTOIRE
le déluge , fut tirée des inftruftions écrites fur ceux de ces mo-
numens qui réfifterent à l'inondation générale. Ces faits , ces
préceptes tracés en caraéleres hiérogliphiques , fort abrégés
fans doute , n'étoient accompagnés d'aucune explication ; la
mémoire s'en conferva , mais l'utilité & l'ufage s'en perdirent.
Voilà pourquoi l'on retrouve chez les Indiens tant de préceptes
fans explication , chez les Chaldéens tant de périodes dont on
ignoroit les avantages ; en un mot , comme nous l'avons dit ,
les débris plutôt que les élémcns d'une fciencc.
§. I I.
Il y a apparence que les hommes qui ont précédé le déluge,
à mefurc qu'ils découvroient de nouvelles périodes ou de nou-
yelles révolutions , tenoicnt compte du nombre de ces révo-
lutions écoulées depuis l'époque de leur exiftence ; enforte qu'a-
près un tems quelconque ils pouvoient toujours dire : il s'eft
écoulé tant de jours , tant de lunes , tant de révolutions du
foleJl,tant de périodes des éclipfes , &:c. Ces dilFérens nombres
étoient peut-être écrits fur différens monumens. Chaque peu-
plade, qui s'eil: éloignée de la fource après le déluge , a compté
les anciens tems qui l'ont précédé par différentes révolutions,
fuivant les monumens qu'elle avoit confultés. De là cft née la
diverflté des nombres d'années , quelquefois prodigieux , qui
forment les antiquités de chaque peuple ; &. en même tems
l'accord de ces nombres fi différens , lorlqu'on les ramené à
ces diverfes manières de compter le tems. Ces réducl:ions ont
fondé le tableau que nous avons préfenté dans le premier livre;
tableau d'où il réfulte que tous les peuples anciens femblcnt
s'accorder à donner à ces tems reculés, dont la tradition a furvécu
aux malheurs de la terre , l'intervalle de 22 à 24. fiecles. Les
différences d'un ou de deux iîecles ne font ici aucun effet , parce
DE L'ASTRONOMIE. 9^
qu'il eft plus que vraifcmbliiblc que la numération fuppoféc
de CCS différentes révolutions ne pouvoic commencer , ni finir
précifément à la même époque.
§. I I I.
C E s T à la difperfion des hommes qu'il faut rapporter la
naiflfiince des flibles. Les hiérogliphes mal entendus, les récits
exagérés, &c le goût naturel de l'homme pour le mervedlcux
en font les fources naturelles. On peut rappeler à l'Aftronomie,
comme a fait M. Court de Gebelain , l'origine de pîufieurs de
ces fables. Mais fuivant notre principe , que toute fable eft l'en-
veloppe de la vérité , nous diftinguerons ce qui eft fimple 6c
naturel, de ce qui eft contre la vraifemblance èc l'ordre de la
nature. L'un eft la vérité hiftorique , le refte eft allégorique &
fabuleux ; ce font les ornemens dont l'exagération te le ftile
figuré des orientaux embelliiïbient les récits. Telle eft la fable
d'Hercule , où l'on reconnoît vifiblement l'allégorie. Il eft le
f/mbole du foleil en général , & en particulier du foleil du
printems ; Heb^, qu'on lui donne pour femme , eft le fymbole
de la jeunefle de la nature qu'il ramené tous les ans. Ses i i
travaux font les i i fignes du zodiaque. Il n'y a pas jufqu'au
combat des Amazones , qui , félon M. de Gebelain , ne
falTe allufion au cours du foleil. Son explication eft vraifcm-
blable Se ingénieufe {a). Jufqu'au mois de mars les nuits ont
difputé au foleil , c'eft à-dire , à Hercule , la ceinture célcfte ou
le zodiaque. Le mot ama:^ones eft formé de deux mots , dont
l'un fignifie réunion , & l'autre zones. Ce font les nuits qui
toutes cnfemble i-egnent fur la même zone. Jufqu' alors , plus
( a ) En général rien n'eft plus ingénieux par M. Court de Gebelain. Elles font dc-
que les éthymologies & les fources des firct de poiléder le diûionnaire qu'il pro-
mocs Je nos langues modernes , indiquées inec.
Mij
92 HISTOIRE
longues que les jours, elles ont eu l'empire du ciel : enfin. Hercule
devient le maître, il leur arrache la ceinture. La reine qui livre
cette ceinture s'appelle Ménalippe , c'eft-à-dire, reine aux che-
vaux noirs , emblème de la nuit. La vicloire d'Hercule , ou du
foleil de l'équinoxe du printems, arrive, félon la fable , fur les
bords du Thermodon, dans un lieu appelé Thémifcire; mais le
Thermodon lignifie fleuve de chaleur , parce que la chaleur
commence au mois de mars dans les contrées orientales : & le
mot Thémifcire , qui littéralement fignifie égalité des nuits ,
équinoxe , donne en effet le plus heureufement du monde la
clef de l'énigme. De même les neuf mufes font les neut mois de
l'année , pendant lefquels l'homme travaille à la terre ; les trois
grâces font les trois autres mois , les mois du repos, de l'amour
& du plaifir. Les cinq dacLiles qui accompagnent Hercule, l'ont
les cinq planètes qui accompagnent le foleil. Les 5 o fils de ce
héros font les 5 o femaines de l'année , dans le tems qu'elle
n'avoit que 350 jours, avec cinq jours épagomenes pour com-
pletter l'année lunaire. On peut y ramener encore les 5 o da-
naïdes ; Hercule feul leur fufiit à toutes , parce qu'en effet une
révolution du foleil embrafTe 5 o femaines &; plus. Aux enfers
elles rempliiTent des tonneaux percés, parce que les 50 fe-
maines s'écoulent fans cefîe , Se ne finiffent que pour recom-
mencer. Les fept fils que Saturne a de Rhéa font, dit-on encore,
les fept jours de la lemaine , les fept filles qu'il a d'Aftarté iontles
fept nuits (a). On ne peut fe refufer à quelques-unes de ces ex-
plications, 6c fur-tout à celle de la vie fabuleufe d'Hercule; mais
nous ne penfons pas que les anciens ayent jamais pu porter le goût
des figures jufqu'à rcpréfenter , par l'hiftoire d'un homme ima-
o;inaire , la courfe du foleil Sc les effets de fon influence fur
( <j ) Jablonski , Panthcpn Egyptionim. Foyei aufli M, de Gcbelain,
DE L" A S T R O N O M I E. 93
Ta nature. Nous croyons y reconnoître ce qui doit caracléiifer
l'inventeur de l'année folaire &C des i 2 lignes du zodiaque ,
nommé fans doute Hercule. On ne pouvoit le mieux défigner
que par Tes ouvrages, par les inventions. On ajoutoit à fon nom
6c à Ton éloge les divcrfes influences du foleil qu'il a voit fait
connoître, les circonftanccs qui accompagnent fon cours, les
animaux placés dans le zodiaque. Il n'efl: pas difficile d'ima-
giner comment toutes ces chofes, exprimées d'une manière mé-
taphorique, ont donné lieu aux fables. Les figures ont été prifes
pour des faits ; èc l'Aftronome , devenu dans l'orient le fym-
bole du foleil dont il avoit décrit la couriè,afubi une nouvelle
métamorphofe dans la Grèce, qui appliqua à fes anciens héros
toutes les fables orientales , &: celle-ci en particulier à Hercule
l'argonaute [a). Alors ce ne fut plus ni un aftronome , ni un
fymbole , mais un héros dcftructeur des jnonftres qui défoloient
fa patrie.
§. I V.
Le premier culte, quand les hommes eurent abandonné le
vrai dieu , fut le culte des affcrcs. Il eft de la plus haute anti-
quité chez les Arabes. Les hommes , pcrfuadés que le mou-
vement n'appartient qu'aux êtres vivans , penferent que les
aftres qui fe meuvent eux-mêmes dans l'efpace éthéré, étoient
animés par des intelligences lupérieures. C'eft du nombre des
fept planètes, qui furent les fept premiers dieux , que naquirent
le refpect, la fuperftition de toutes les nations, £c particulière-
ment des nations orientales pour le nombre feptenaire. De là font
encore dérivés les fept anges lupérieurs qu'enfeignoit la théologie
des Chaldéens , des Perfes èi. des Arabes , les fept portes de la
(a) M. Court de G«belain , aJlégoiies oriencaks.
94 HISTOIRE
théologie de Mlchra, pnr où les âmes paflbient pour aller aa
ciel, tk: les fept mondes de purification des Indiens. La tradition
i'uccéda peut-être à l'hiftoire écrite , &; il eft facile d'imaginer
comment l'ignorance , abufant du langage aftronomique , a
dénaturé les idées. On avoir donné aux planètes le nom des
premiers hommes célèbres. On confondit le génie, moteur de
la planète, avec le perfonnage dont elle portoit le nom, 6c ce
furent les premières apothéofes. Comme les planètes ne fortenc
point du zodiaque , on imagina qu'elles dévoient préfîder aux
conftellations qui partagent cette zone. Les Chinois qui ont
2 8 conftellationsles dénommèrent par les fept planètes répétées
quatre toisft?). Les Egyptiens les firent préfider également aux i i
lignes du zodiaque; mais leur nombre ne fuffifant pas, ils ajou-
tèrent aux fept planètes la nature prile en général [b) pour pré-
fider à un S^ figne, & quatre dieux nouveaux pour les fignes des
équinoxcs & des folfticcs ; dieux qui ne furent que les fymboles
des changcmens du foleil dans les quatre faifons de l'année [c].
Hercule ou Jupiter Ammon fut pour l'équinoxe du printems.
Horus pour le folftice d'été. Serapis pour l'équinoxe d'automne.
Harpocrate pour le folftice d'hiver [d). Ce furent les hiéro-
gliphcs qui produifirent ces fymboles & donnèrent naiffancc
à ces nouvelles divinités. On trouve des traces de la marche
que les anciens ont fuivie , car on lait qu'ils peignoient le foleil
au folftice d'hiver fous la forme d'un enfant ; au printems ious
la figure d'un jeune homme adolelcent ; l'été c'étoit un homme
avec la barbe pleine ; l'automne ce n'étoit plus qu'un vieillard.
Le foleil chanf^eoit de forme &: de vifage à chaque figne du
{a) Martin. Hlil. de la Chine , tom. I , {b) Cléinent Aleï.
pag. 94- Jablonski, prokg. pag. tfi.
Mcmoire de l'Acadcraic des Sciences, {c) Ibiacm pag, 84.
tora. VIU , pag. ;j5. (a) Jablonski, Liv. II, c. i, J , 4, J, tf.
DE L' ASTRONOMIE. 95
zodiaque (a). On voit évidemment que ces peintures font la
iburce des dieux des équinoxes 6c des lolftices.
§. V.
Une chofe très-remarquable , c'efl: qu'il fcmble que les lumières
foient venues du nord, contre le préjugé reçu que la terre s'cft
éclairée comme elle s'eft peuplée du midi au nord. Les Scythes
font une des plus anciennes nations ; les Chinois (è) en def-
cendent ; les Atlantes , plus anciens que les Egyptiens , en def-
cendcnt eux-mêmes ; Acmon , chef d'une horde de Scythes,
fondateur d'une ville de fon nom dans la Phrygie , étoic père
d'Uranus qui civilifa les Atlantes (c). Les Getes , établis près
du Danube, félon Al. Damville {d), étoient Scythes d'origine.
Ils avoient un pontife , prétendu immortel , comme le Dalay-
Lama des Tartares. Dans la Sibérie , & en général fous le
parallèle de 50°, on trouve depuis le 80° de longitude, juf-
qu'au 130°, les veftiges de l'habitation d'un peuple civilifé ;
les ruines de plufieurs villes qui paroilTent avoir été floriffantes;
des manufcrits dont le papier étoit de foie, les caractères tracés
avec de l'encre de la Chine , de l'or & de l'argent ; des py-
ramides qui fervoient de tombeaux , & des infcriptions dans
une langue inconnue ; enfin , des figures d'hommes ou d'ani-
maux en or , en argent, en bronze. Les figures humaines étoient
des repréfentations des divinités indiennes (e). AI. Damville
remarque que dans la Sérique , la ville appellée Sera metropclis
{a) Macrobe , Satur. Lib. I. c. i8. {d) Mém. Acad. Infcript. tom. XXV ,
Prodas in Timaro. Lib. I. pag. 45.
Jablonski , Lib. II, c. i. (e ) Gazette de France, ij Septembre
{b) M. de P. Réflex. crit. fur les Chinois 1721.
& les Egyptitns , tom. III, pag. 17. Hift. Gén. des Voy. //i-ii tom. XXV,
(c) Myth. èi les Fab. eïpliquées par pag. 57 & fj-
M. l'Abbé Bannier , tom. II, pag, zi. hii.ia.hz. Inl". tom. XXXII , pag. jcr4.
^6 HISTOIRE
ëtoir la. réfidcnce des princes d'une nation puiflante où les fcien-
ces écoicnt culcivccs,&: dont il cfl: fait mention dans l'hilloire
chinoife , fous le nom d'Hoei-lié [a). La Sérique cft préfentc-
ment une partie de la Tartarie oii fc trouve Selinginskoi. Nous
venons de dire que l'on retrouve dans la Tartarie des idoles
indiennes ; nous avons fait voir que les Indiens ont confervé
une tradition dont ils ignorent eux-mêmes le véritable fens.
Cette tradition, qui renferme la connoifTance exa(fle du mou-
vement des étoiles, & celle d'une période de i 8 o ans qui n'a
jamais été en ufage que chez les Tartares , femble démontrer
que les Indiens, fortis du nord de l'Afie , en ont emporté des
traditions qu'ils confervent lans les entendre.
§. V I.
M. de P. avoir déjà penfé que la religion de l'Indoftan étoit
dérivée de la religion des Lamas. Il dit , en parlant des In-
diens , " La plus eflTayante de toutes leurs pénitences eft celle
" qui les fait aller en pèlerinage à la pagode du grand Lama.
» Ils vont même julqu'en Sibérie ; de forte qu'on rencontre de
» ces Indiens qui font venus à pied , portant de l'eau & des
« provilions depuis Calccut jufqb'à Selinginskoi " [b). Les In-
diens difent eux-mêmes que les brames font venus du nord (c). Ne
peut-on pas croire en efî-ct que ces pèlerinages lont un hom-
mage que la religion des Indiens rend au pays où elle eft née ?
La religion des Lamas s'eft répandue partout dans l'Afie orien-
tale , chez les Mongols , à la Chine , au Thibet , dans les
Indes. Nous apprenons par une relation des pays orientaux ,
(a ) Géographie ancienne//:- II. tom. II, Hiftoire générale des Voyages , T. XXV,
pag. 31"'. ^ _ _ pag. 370. _
(é) Réflexions critiques fur les Chinois (i.) M. le Gentil, Mémoires de l'Académie
& les Egyptiens, tom. II, pag. 316. des Sciences pour 1773.
écrite
DE L'ASTRONOMIE. 97
écrite dans le quatrième ficcIe, qu'une contrée intermédiaire de
la Sérique èc del'Inde étoit habitée par des Bramancs. M. Dam-
ville remarque qu'une rivière , qui y prend fa fource , porte le
nom de Brama (a). Cette contrée eft le Thibet oii règne le
Dalay-Lama. Il y a donc une identité d'origine entre les
Lamas Se les Brames. Outre l'hommage que les Indiens rendent
par leurs pèlerinages au pays oii fe trouve Selinginskoi , on
voit une chaîne continuée depuis les Lamas de cette ville , les
Lamas du Thibet, julqu'aux Brames de l'Inde ; &: Ci l'on fe rap-
pelle que l'Ethiopie portoit anciennement le nom d'Inde (^), que
l'on y trouvoit, comme aux bords du Gange,dcs Gimnolophill:es
qui font une efpece de Brames , on verra que cette chaîne peut
s'étendre jufqu'en Afrique. L'origine des Atlantes eft ici d'ac-
cord avec celle de ces Gimnolbphiftes. Remarquons encore
que le mot mages , qui eft le nom des Lamas Se des Brames
des Perfcs , dérive de la racine mag ^ qui , dans les langues
orientales fignifie fage. Dans Ezechiel {c) , Gog &: Alagog dé-
llgnent les peuples du nord. C'eft encore chez les Arabes &
chez les Perfans le nom des Scythes , des Tartares , & en gé-
néral des peuples leptentrionaux [d). Il femble qu'on en doit
conclure qu'ils ont porté primitivement ce nom , parce qu'ils
étoient les plus lages ou les plus éclairés.
§. V I I.
L'opinion qae les peuples du nord ont pu éclairer les
peuples méridionaux , reçoit un nouveau degré de probabilité
de la fable du Phénix. Cet oifeau , fameux dans l'antiquité ,.
{a) Expofuio torius niundi & gentium. {c) Chap. 38, v. i & S.
Géogr. anc. Tom. II, pag. 35-0; - Mythologie de Bannier, Tom. Il, p. Idf
( i ) M. Damvilk , Gcog. anc. Tom. III , & z i .
pag. 47. {d) Hiftoire de l'Académie des Infciip*
Herbelor, Bibl. orient, art. Hend. p. 447. lions, Tom. XXXI, page 110.
N
9$ HISTOIRE
fur-tout dans l'Egypte , eft unique & fans compagne. Son plu-
mage eft or &C cramoid. Après avoir vécu 500 ans, il vient de
V Arabie en Egypte pour mourir & renaître de fcs cendres dans
la ville du foleil fur l'autel de cette divinité [a). On a donné
différentes explications de cette fable, & la plus vraifemblable
eft celle où le Phénix eft l'emblème d'une révolution folaire ,
qui renaît au moment qu'elle expire. En effet, le Phénix,
unique comme le foleil , brille des couleurs de la lumière. Les
anciens Suédois ont dans leur Edda une fable pareille. Ils
parlent d'un oifeau dont la tête 2c la poitrine iont couleur de
feu, la queue 6c les aîles bleu célefte. Il vit 300 jours, après
lefquels , fuivi de tous les oileaux de paffage , ils s'envole en
Ethiopie , y fait fon nid , s'y brûle avec fon œuf, des cendres
duquel il fort un ver rouge, qui , après avoir recouvré fcs aîles £c
la forme d'oifeau, reprend fon vol avec les mêmes oifeaux vers
le feptentrion (b). La conformité de ces deux récits eft par-
faite ; on voit que l'une des fables eft le fupplément de l'autre,
fur-tout en rapprochant la remarque de M. de Gebelain (c),que
le mot traduit par celui à' Arabie _, fignifie , dans les langues
orientales , couchant , nuit j ténèbres. Il eft vifible que les peuples
du nord &: les Egyptiens ont eu les mêmes idées, ont peint le
même objet , foit en faifant voyager leur oifeau vers le midi ,
foit en le recevant du nord, où de longues ténèbres femblent
placer l'empire de la nuit. Delà il eft poifible de diftinguer la-
quelle des deux fables eft originale. Le Phénix prenant Ion vol
vers le midi , & s'y brûlant pour fe renouveler , eft un em-
blème de l'année &, de la marche du loleil qui n'a pu «tre
inventé que- par les nations fepEeHtFionales. Les peuples du
(a) Hérodote, in Euterpe. Tome fécond, page 14J.
\b) Olaus Rudbcck , de Atlamica , (c) Allégories orientales.
DE L'ASTRONOMIE. 95
midi joaiflcnt tous les jours de la préfence du foleil ; mais ceux
du nord le voyant s'éloigner , fc perdre pendant quelque tcms
fous l'horifon , renaître , pour ainfi dire , en s'y montrant de
nouveau, ont dû imaginer, dans des tems d'ignorance , l'hii-
toire du nid, du bûcher Se du renouveJemenc du Phénix. La
circonftance de vivre 500 jours en eft une nouvelle preuve.
( Hérodote a fans doute mis 500 ans par erreur.) Vers le nord,
fous le parallèle de 71°, le foleil eft 6 5 jours fans reparoître.
Il vit ainfi ^00 jours pour les habitans de ce climat. On cft
donc porté à croire que la fable du Phénix cft venue du nord.
Rudbcck penfe même qu'on y doit rapporter l'origine de tous
les dieux, de toutes les fables des anciens, de, fans le fuivre
dans les détails de fa profonde érudition , nous citerons ici un
fait très-fmgulier qui concerne Janus. Macrobc dit que l'on
peic^noit ce dieu avec le nombre 300 dans la main droite , &;
le nombre 6 5 dans la gauche (a). On voit que ces deux nom-
bres repréfentent néceftaircmcnt les jours de l'année. Mais
l'Aftronomie , ni les ufages anciens ne fourniflcnt rien pour
expliquer ce partage bizare , à moins que l'on ne fuppofe que
Janus étant le dieu du tems &C de Tannée , les 300 jours de la
main droite délîgnoient les jours de lumière , ÔC les 6 5 de la
main gauche ceux de l'abfence du foleil pour les peuples du
nord. Nous cherchons à nous défendre de l'cfprit defyftême;
cependant on ne peut s'empêcher de penfer que Janus eft un
dieu feptentrional , apporté dans le midi par les émigrations
des peuples. Mais alors il ne fera pas plus difficile de croire
que la plupart des dieux &; des fables en font également fortis.
Remarquons que ce partage des jours de l'année a une analogie
trop fînguliere avec les 300 jours de la vie du Phénix, ^our
( ij ) Macro'û;, Sar. Lib. I, c. 5. Olaiis Rudbcck , Torn. II , fag. 435.
loo HISTOIRE
ne pas conclure que cec oifcau & le dieu font du même pays.
§. VII I.
Voila bien des préfomptions , mais ce n'eft pas tout.
L'Aftronomie vient appuyer la tradition par des faits. Pto-
lemée (a) rapporte dans fes calendriers des obfervations du
lever Se du coucher des étoiles faites fous le climat de i 6
heures , c'eft-à-dire , fous le parallèle de 49°. Le nord de l'Eu-
rope étoit au moins barbare , peut-être inhabité, certainement
inconnu. Ces obfervations appartiennent donc à l'Afe feptcn-
trionalc. Enfin , nous finirons par un fait pofitif qui fcmble
ajouter une preuve complette aux probabilités que nous avons
rafTcmblées jufqu'ici. Le livre de Zoroaftre eft la loi de l'Afe
occidentale, le livre favant de la Perfe &; d'une partie de l'Inde.
Nous en avons extrait la plupart des connoifl'ances aftrono-
miques des Perfes qui font dans cet ouvrage. On y lit que le
plus long jour d'été eft double du plus court jour d'hiver (/^j. Ceci
détermine le climat où le livre de Zoroaftre a été compofé ,
oii cet ancien philolophe a recueilli les connoifTances qu'il nous
a tranfmifes. Il n'y a queTe climat de i 6 heures, c'cft-à-dire,
où le plus long jour eft de ï 6 heures , &c le plus court de 8 ,
qui puifte fatisfaire à cette condition. Ce climat répond à la
latitude de 49° qui eft celle de Sclinginskoi. On trouve vers
ce parallèle une ville fous le nom de Locman (c), qui pour-
roit être la patrie du célèbre fabulifte des Perfes ; le même fans
doute que l'Efope des Grecs ; ce qui ramené aux climats fcp-
tentrionaux l'origine de l'apologue Se de la morale , comme
celle de la philofophie Se de l'Aftronomic. D'où réfulte ce pa-
(c2) De apparcntiis in Uranologion, p. 71. (c) Voyc^ la Carte de M. Damvilic ,
{b) Zend-Avefta, traduit par M. An- Hiftoire de l'Académie des Infcripticns ,
jQueùl, Toni. II , pag. 400. Toni. XXXI, pag. 110.
DE L' A S T R O N O LI I E. i o i
fadoxe fîngulier que ce n'eft pas dans l'Egypte , dans la Pcrfe ,
dans la Chaldéc , dans les Indes , à la Chine , mais fous ce
parallèle &; vers le nord que Ton doit chercher l'origine de ces
anciennes connoiffances.
§. I X.
Si nous nous tranfportons à la Chine , nous y retrouverons
quelques traces de cette origine. Les Chinois ont un temple
dédié aux étoiles du nord. C'eft même un des plus confidé-
rables de Pékin : on le nomme palais (Je la grande lumière. Par
les étoiles du nord nous penlons qu'il faut entendre celles de la
grande ourle. Les Chinois regardent cette conftellation comme
une divinité, à laquelle ils attribuent le pouvoir de rendre la
vie longue & heureufe. Les empereurs , les reines &: les princes
font leurs offrandes dans ce temple ; il eft même en dedans
du palais impérial. On n'y voit point de ftatues , ni d'images;
mais feulement un cartouche , ou un carré de toile , entouré
d'une bordure fomptueufe , avec cette infcription , a l'cfprit &
au dieu Petou ( a ). Les Petous font , dit on ,1e nom qu'on donne
aux étoiles du nord [b]. Mais ce temple ne fcroit-il pas plutôt
dédié à l'aurore boréale ? Il iemble que le nom de palais de la
grande lumieie doit faire naître cette conjcclure. Par quelle
raifon auroient-ils fait une divinité des étoiles du nord plutôt
que des autres ? Elles n'ont rien de plus remarquable , au lieu
que le phénomène de l'aurore boréale, ces couronnes, ces rayons
Se ces jets de lumière, femblent avoir quelque chofc de divin.
Les Chinois ignorans en auront fait le trône de la divinité ,
comme les Grecs , fuivant la conjecbure ingénieufe de M. de
Jflairan , ont placé lur le mont Olympe la demeure des dieux ,
(a) P« fignifie no:d,fo« ou ftfOi étoiles. ( i ) Relation de Magalhaens, pag. 546,
lOi HISTOIRE
parce que cette montagne paroifToit ceinte de la lumière bo-
l'éalc. Comme îa grande oiirfe eft fouvent plongée dans cette
lumière , ils auront donné au phénomène le même nom de Pc-
tous qu'ils donnoient à la conftcllation. Dans leurs planifphercs
ils ont placé, dit-on, du côté du nord, ce qui a plus de
rapport à la cour Se à la pcrfonne de l'empereur, l'impératrice,
l'héritier préfomptif de la couronne , ficc. ; ce qui pourroit être
regardé comme une apothéofe. Mais fi l'on nous permet de
pouller la conjecture plus loin , nous dirons qu'à la Chine les
aurores boréales fontfoibles , rares, & telles à-peu-près qu'elles
paroifient dans les parties méridionales de l'Europe. En 3 z ans
de réjour le père Parennin avouoit n'avoir vu aucun phéno-
mène qui méritât ce nom (a). Le fpc£lacle du nord n'a donc
rien de frappant pour les Chinois ; ôc nous voyons dans cette
efpccc de religion, dans ce culte rendu à la lumière boréale , &C
aux étoiles du nord , un indice afiez fort des fuperftitions d'un
peuple antérieur, èc de l'habitation primitive des Chinois dans
un climat plus feptentrional , où le phénomène de l'aurore bo-
réale plus étendu 6c plus fréquent dut faire une impreffion
plus vive.
§. X.
On pourroit dire que la phyfîque fe joint à l'hiftoire &C k
TAflronomie pour dépofer de cette origine. Un philofophe,
qui a interrogé toute la nature pour faire l'hiftoire de la
formation de notre globe , de fon exiftencc & de fa durée,
a trouvé que la terre , jadis brûlante &. liquide , en prenant
une forme confiante & déterminée , s'étoit refroidie d'abord
par les pôles. Les contrées voiiîncs furent les premières habi-
(û) M. de Mairan, Trai:c de l'aurore borcak , page 4<^4.
DE L'ASTRONOMIE. 103
tables. La chaleur intérieure, eu fe recirant vers le centre , avoir
encore aflez d'activité pour rendre les zones glaciales tem-
pérées , &C la zone torridc inhabitable (û). Voilà ce que le
génie nous apprend (*); & quoiqu'en plaçant l'origine des
i'cienccs au nord de l'Afie , nous n'ayons pas eu l'intention
de la tranfporter au pôle même , il y a peut-être plulieurs
fables, £c même des faits aftronomiqucs qui en recevroicnt une
explication naturelle. Telle cft la fable de Proferpine qui pafle
tour-à-tour fix mois fur la terre , 6c fix mois dans le royaume
des ombres; la fable d'Hercule &c des Amazones, oii l'on voie
que la nuit avoit fur les zones céleftes un empire qui lui eft
arraché par Hercule, fymbole du foleil du printems. Cette fable
recevroit une explication fimple Se vraifemblable, en admettant
qu'on a voulu peindre les phénomènes qui ont lieu vers le pôle,
où la nuit règne pendant fix mois , où le foleil remporte en
effet fur elle une viiloire complette , puifqu'au jour de l'é-
quinoxe, au moment où il monte lur l'horilon , il ne s'y montre
que pour y régner à fon tour pendant fix mois. Le préjugé des
mouvemens circulaires , qui dans l'antiquité avoit des racines
fi anciennes & fi profondes , feroit né fous le pôle où les
mouvemens céleftes fe bornent prefque aux phénomènes du
mouvement diurne qui s'accomplit dans des cercles. Ce feroit
peut-être auffi l'origine des années de 6 mois , qui alors ne
feroient compofées que d'un jour ou d'une nuit du pôle. Les
habitans du Kamchatka ont encore ces années de 6 mois {6). En
defcendant à des latitudes moins boréales , vers le 79° où la
( * ) Ces idées d'un peuple antérieur & les conjcélures tirées des fables, & fes pro-
de fon habitation primitive vers le nord , près vues fur le réfroidifVcmcnt de la terre.
ont paru neuves a M. de BufFon , qui a bien ( d ) M. de Buffon , Hiftoire naturelle des
voulu lire l'ouvrage entier. lia vu avec fa- minéraux, Tom. II.
tisfaélion une analogie marquée entre les (_ b ) Voyas^e de M. l'Abbé Chappe ea
faits fournis pai l'Hiiloire & l'Aftronomie , Sibérie j Toni, III , page i j.
I04 HISTOIRE
nuit n'cft plus que de 4 mois , on trouveroit peut-être roriginc
de ces années fingulicrcs , & de la révolution folaire partagée
en trois Tairons. Dans nos climats l'Aftronomie n'offre aucun
moyen de faire ce partage de l'année , il devient naturel fous
Je parallèle de 79° où le foleil , invifible pendant 4 mois , s'é-
levant fur l'horilon vers le pôle dans un pareil intervalle , &c
employant le même tems à redefcendre , divife l'année en trois
faifons. La fable de Janus &C du Phénix nous conduit à des
climats plus méridionaux, où l'abfence du foleil n'efl: plus que
de (î 5 jours. Les fêtes d'Oiîris 5c d'Adonis abfents , morts , pleures
pendant 40 jours , comparées aux ulages analogues des peuples
du nord qui pleuroient le foleil pendant 40 jours , êc qui ,
lorfque cet aftre fe remontroit fur l'horifon , avoicnt une fête
de réjouiffance pareille à celle d'Ofîris & d'Adonis retrouvés ,
femblent placer vers le 6 8° de latitude , l'origine du culte d'A-
donis apporté dans la Syrie par le Scythe Dcucalion (a). Ces
£ibîes ain(i réunies paroiffent indiquer difîérentes habitations
des hommes ; on croit voir le genre humain fuivre le foleil dc
marcher vers l'équateur. Alors l'invention de l'Aftronomie
feroit due à une caufe finguliere. Les hommes en fuivant le
foleil , en cherchant à abréger des nuits il longues &: fi triftes,
auroient découvert la rondeur de la terre , les phénomènes de
la fphere inclinée , l'obliquité du zodiaque fur l'équateur ôc
les révolutions des planètes dont auparavant ils ne pouvoicnc
pas avoir l'idée. Dans cette marche purement hypothétique ,
l'Aftronomie n'auroit été fondée , ou n'eût pris des accroiffe-
mens que lorfque les hommes , s'avançant vers le- -midi entre
le 60 &; le 50° de latitude, découvrant un ciel nouveau, au-
roient joui tous les jours de la vue du (olcil , connu le zodiaque
(il) L:fru , Éclalrcillcp.icnSj Liv. III. §. 4.
entier,
0
DE L' ASTRONOMIE. 105
entier , & partagé cette zone en quatre parties. Ce climat
parole ccrc en elFct l'habitation de ce peuple antérieur &: favant ,
£v; le théâtre de l'Aftronomie perfectionnée dont il ne refte
plus que des veftiges. On cxpliqueroit par cette hypothefe ,
pourquoi les Chaldécns , les Indiens & les Chinois, premiers
pollclfeurs de ces précieux relies , ont été des dénofitaires fans
génie. Un climat tempéré donnoit .à la conftitution humauie
cet heureux mélange de force ôc d'activité , néceffaire au pro-
grès des connoilfances. Lorfque la fcience a été tranfplantéc
dans les pays chauds , elle cft reliée ftationnaire. Les hommes
forcés de s'étendre par une population nombreufe , peut-être
attirés par la douceur de l'air , ont trouvé dans ces climats
l'indolence Se la molleire : ils ont perdu le génie avec le reiïbrt
de leurs organes ; fiers du mérite de leurs ancêtres , jaloux des
débris de leurs richelles, en m.cmc tems qu'ils étoicnt endormis
& fixés par la parelTejils ont tout confervé fans rien connoître
& fans rien produire. Mais le tems manque à cette progreffion;
le monde n'cft pas aflez vieux pour cette marche du genre
humain qui, parti du pôle, toujours chalfé par le réfroidiflemcnt
de la terre, iroit attendre la deftruclion de l'efpece à l'équateur :
tout ceci n'eft qu'une fiction dont nous avons examiné aftro-
nomiquement les conféqucnces ; il eft tems de revenir à la
vérité. Les faits de l'hiftoire indiquent une autre marche au
genre humain; mais ce que nous croyons avoir établi iur des
préfomptions & des probabilités très-fortes , c'eft l'exiftence
de ce peuple très-puiffant , très-éclairé , qui a été la fouche
de tous les peuples de l'Afie , ou du moins la fource de leurs
lumières ; c'eft fon habitation au nord de l'Afie , fous le pa-
rallèle de 5 o ou Go°.
O
io6 HISTOIRE
§. X I.
Lorsque les grands empires fe fondèrent, il n'étoit pas
néceffaire que la terre fût déjà fort peuplée. Les premiers rois
de chaque nation n'étoient fans doute que les chefs de quelques
familles, établies dans un pays nouveau. li eft remarquable que,
fuivant la chronologie des différens peuples , ces empires ont
été fondés fur la terre prefqu'en même tems. La chronologie
des Indiens , ou le règne de leurs rois , commence par nos
calculs l'an 3553 (û) avant J. C. Celle des Chinois paroît
devoir remonter au moins à l'an 3357, ou même à l'an
385i(/^),&ce qui eft très-fmgulier, c'eft que la chronologie
des Perfes , afTez fuivie ôc alTez détaillée , remonte à l'an
3 507 (c), tandis que celle des Egyptiens, fournie par Hé-
rodote , & réformée fuivant les différentes révolutions em-
ployées à la mefure du tems , donne pour l'époque de Menés ,
premier roi d'Egypte , l'an 3 545 (d). Nous nous étendrons da-
vantage dans les éclairciflemens qui fuivront cette hiftoire.
Mais après la deftruclion de ce peuple , fondateur de toutes
les connoiflances , au milieu de la barbarie qui fuccéde aux
grandes révolutions , il eft intéreftant de voir le genre humain,
foible ôc difperfé , travailler dans toute l'Afie à réparer (es
pertes : les progrès de la civilifation , l'état de fociété fe rcnon-
veler ; 6c les empires puiflans & fameux fortir à la fois de
l'obfcurité pour fe partager la terre.
§. X I L
Qu AN D on confîdere l'état de l'Aftronomie chez les Indiens
(.a) Infrà, Éclaire. Liv. III. J. 8. (O Infrà , Éclaire. Liv. IV. §. i.
{i>) Ibidem , §, ii, i j, {à) ÉcUiicifleraens , Liv. I , §. 1 8.
DE L'ASTRONOMIE. 107
2c les Chinois , on y voit une ignorance profonde des caufes.
Ici la pratique des obfervations fans réfultats ; là des réful-
tats fans obfervations , des méthodes dont les plus favans font
ulage fans les comprendre , fcmblables à des étrangers qui ont
retenu quelques phrafes d'une langue qu'ils n'entendent pas.
L'ufage des méthodes, joint à l'ignorance des principes , prouve
que ces méthodes ne font point l'ouvrage du peuple qui les
pratique. Il ne faut pas croire même que ces principes ayent
pu s'oublier. Ce peuple peut perdre le fouvenir de certains faits
hiiloriques , de certaines connoillances particulières ôc ifolées ,
mais une fcience forme un corps d'idées qui mutuellement fe
confervent 6c fe défendent. Il s'enfuit donc que ces connoif-
fances font chez les Indiens de tcms immémorial. Nous venons
d'être inftruits tout récemment des calculs aftronomiques des
Brames par un excellent mémoire de M. le Gentil , de l'aca-
démie des fciences (a). On y verra des méthodes curieulcs, des
recherches intérelTantes. M. le Gentil a fait un aflez long léjour
dans l'Inde ; il n'a épargné ni foin , ni travail pour s'emparer
de leurs connoilfances , de fe mettre en état de les comparer
aux nôtres. Il a eu la patience de fe faire le difciple d'un Brame,
qui , en inltruifant cet aftronôme très-digne du corps dont il
cil: mcmbi-e , lui faifoit l'honneur de lui trouver aflez de dif-
pohtion.
§. XIII.
Nous penfons que les Indiens forment un corps de peuple
depuis l'an 3553 avant J. C. C'eft la date réduire du règne
de leurs rois ; mais félon leurs calculs leur antiquité eft hors
de toute vrailemblance. Ils difent que le monde doit durer
(a) Mémoires de l'Acadcmie des Sciences pour 177J.
Oij
loS HISTOIRE
43 2 oooo ans , divifés en quatre âges. Le premier , l'âge d'in-
nocence a duré 1728000 ans ; le fécond , 1196000; le troi-
licmc, 8 64000 ; enfin, le quatrième, l'âge d'infortune, celui
où ils font prëfentemcnt, qu'ils appellent caliyougan^ doit durer
432000 ans. Remarquons que les Perfes partagent auiîî la
durée du monde en quatre âges. Il eft évident que ces âges
des Indiens ou des Perfes. font l'origine des quatre fiecles des
poètes. Ces fables font abfurdes , mais ce qui eft remarquable ,
c'eft qu'en 1762, tems auquel M. le Gentil étoit dans l'Inde,
ils comptoient la 48 63' année du quatrième âge. Jamais la
vérité n'a été mêlée au menfonge,ou du moins à la fable, avec
un cara£l;cre plus propre à la faire diftinguer. Le petit nombre
des années du dernier âge prouve qu'il renferme une véritable
époque chronologique , qui remonte à l'an 3 i o i avant J. C.
Il ne leur en auroit pas plus coûté de donner à ce dernier âge,
comme aux premiers , plufieurs milliers de fiecles , s'ils n'avoient
pas quelques monumens hiilroriques, quelques traditions fui vies,
ou plutôt quelqu'obfervation qui leur fert d'époque , & qui
établit fa durée d'une manière précife. C'eft en effet l'époque
de leurs calculs aftronomiques;la date de leur empire, de leurs
premiers rois remonte à l'an 3553. Cependant malgré cette
antiquité de leur Aftronomie , les procédés, dont ils fe fervent
actuellement pour le calcul des éclipfes , ont un nom qui dans
leur langue fignifie nouveaux. A Bénarès dans le Bengale , ils
en ont d'autres que l'on qualifie à'anciens ; il auroit été bien
curieux de les avoir & de les comparer. M. le Gentil n'a pu
fe les procurer. Quelle fera donc la date de ces anciens pro-
cédés , fi , comme il nous paroît qu'on n'en peut douter , les
nouveaux remontent à l'antiquité de leur époque aftronomique,
c'eft-à-dire ,3101 ans avant J. C.
DE L'ASTRONOMIE. 105?
§. XIV.
Leur, zodiaque a deux divifions difFérenres , l'une en z 8 ,
l'autre en i 1 conftcllations , ou i i fignes, prefquc leniblables
aux nôtres. Nous en donnerons ailleurs les détails (a). Mais
ce que nous devons dire , c'eft qu'ils ont deux zodiaques , l'un
fixe & l'autre mobile ; ce qui démontre qu'ils n'ont pas connu
d'abord le mouvement des fixes. En conféquence , nous ferions
aflez portés à croire que la remarque renouvelée leur en ap-
partient. Nous avons cru pouvoir déterminer, par quelques
conjectures , que cette découverte a été faite vers l'an 1250
avant {è) J. C. Ils font ce mouvement de 54'' par an, & la
révolution entière de 24000 ans. M. le Gentil a remarqué
que ce nombre divife exactement le nombre des années de
chacun des quatre iiges indiens , de forte que ces peuples ont
eu apparemment l'intention de chercher , pour compofer leur
chronologie des nombres qui continllent un nombre complet
de révolutions des fixes. Nous ne croyons pas cependant que
ces nombres foient imaginaires ; il y a apparence qu'ils ont
réduitlcs années en jours, &même en plus petits intervallcs(c},&
qu'ils y ont ajouté fans fcrupule le nombre de ces petits inter-
valles nécelTaires pour remplir les vues que nous leur fuppofons.
Nous montrerons {d) qu'il n'en réfulte pas une grande erreur
fur leur chronologie , & que notre conjecture eft appuyée fur
beaucoup de probabilités.
Cette connoiirance du mouvement des fixes en longitude ,
dont nous parlerons plus au long au tems où la découverte en
fut renouvelée par Hipparque , fuppofe l'obfervation du lieu
( a ) Infra , Éclaire. Liv. IX, ( c ) Infra , Éclaire. Liv. I. §. 1 3 & 1 7.
(i) Ibidem^ §. il. {d) Ibidem , 5.17.
HZ HISTOIRE
des étoiles. Mais iis n'onc plus aucune connoilTimce de ces ob-
fervacions. Un profond oubli les a enfeveliesjainfi que celles qui
ont fondé la détermination de leur année; détermination dont
l'exacbirude eft à-peu-près la même que celle qui réfulte de la
période de 600 ans. L'année des Indiens eft , félon M. le
Gentil, de 3 (^5^, 1 5'', 3 ^ » i 5"- Ces heures font indiennes.
Le jour qui le compte d'un lever du foleil à l'autre en contient
60 ; chaque heure 60'; chaque minute 60 . Leur année eft
donc fidéralc & de 365', 6 , 11 ,30, fuivant notre manière
de compter. En retranchant 21 ,35,.!. caufe du mouvement
des étoiles en longitude de ^4 , leur année tropique (*), ou
la révolution du iolcil à l'égard du même point de l'écliptique,
fera de 365-', 5'', 50', 54' , qui ne difl-ere que de 41", de
celle qui étoit en ufage avant le déluge. Les Indiens d'ailleurs
partagent le jour en huit intervalles , comme ont fait depuis les
Romains. Ces intervalles qui font pour eux de fept heures &c
demie , font fans doute pour l'ulage civil ; au lieu que la di-
vifîon en 6 o heures eft un ulage aftronomique. Or , cette ma-
nière de compter, propre & particulière à la fcience , prouve
qu'elle a été cultivée 6c perfectionnée. Et comme les Indiens
pratiquent fans inventer , ni perfectionner rien, il s'enfuit qu'ils
ont reçu cette manière de compter , avec les méthodes dont ils
font ufage, d'un peuple plus ancien qui en étoit l'inventeur.
La généralité même de cet ulage eft une preuve de fon antiquité.
Le jour eft également divilé en 60 heures chez les Siamois,
( *) L'année donc nous faifons ufage, au même point Je l'ccliptiquc. Mais comme
l'année civile elt !e tems du retour du foleil le (oleil lorù]u'il revient au lieu oïl étoit '
au même y.nwt de l'éclipcique, au même fol- l'éroile , la trouve un p:;uplu<; avan:cc, il faut
ftice , aumême équinoxe. On l'appelle l'an- que le (oleil parcoure ce petit efpace pour
niztnrpijTrr.- L';t".rté^^érare~èÛ le tcvns iA-injoinèrcr,- 'et- V armée (t<+cralc eft plti?'
du retour du foleil a la même é.oile , qui longue que l'année tropiqae du rems
fcroit le même que le tems de l'année tro- que le loleil emploie A parcourir cet ef-
pique , fi les étoiles répondoicnt toujours pace.
DE L' A S T R O N O M I E. m
les Tartares , les Perfcs , les Chaldéens, les Egyptiens, enfin
chez tous les peuples connus de l'ancien monde.
§. X V.
Les Indiens règlent leur chronologie par des périodes
de 60 ans. Cette période, ainii que la diviGcn du jour nous
paroît , comme nous l'avons dit (û) , fondée uniquement
fur la propriété du nombre lexagéfimal {b). Les Lidiens ne
connoiirent point la période antédiluvienne de 600 ans;
mais , comme le remarque M. le Gentil , ils s'en fervent
fans la connoitre ; ils employent dans leurs calculs aftrono-
miques une période de 3600 ans, qui eft Iuni-1'olaire , com-
pofée de fix périodes de 600 ans, &: feulement un peu moins
exacle , parce que l'erreur y eft fix fois plus grande. Nous
croyons celle-ci d'une invention plus moderne que les autres:
& le fruit de la remarque que le moyen mouvement du folcil,
après un intervalle de 3600 ans, avoit befoin d'une cor-
rection (c).
§. X V L
Les Brames connoifTent le gnomon , & s'en fervent à plu-
sieurs ulages. C'eft au moyen de cet inftrument qu'ils orientent
leurs pagodes. Ils décrivent un cercle au pied de l'inftrument ,
& ayant marqué deux points d'ombre , pris dans ce cercle
avant & après midi , ils partagent l'intervalle de ces deux
points , & tirent la méridienne. Ainfi ils n'i[;norent pas l'é-
galité de la longueur des ombres à égales diftances du méridien.
Ils font cette opération avec juftelle. M. le Gentil a trouvé
( a ) Supra , Livre III , §. j. Mém. de l'Ac. desinfc. T. XXIII , p. Si.
(i) Cenforin, ch. i8. (e) Infra , Éda/rc. Liv. III, j. ii.
ii2 HISTOIRE
que les faces de leurs pagodes regardoient fort cxadlenient les
quatre points cardinaux. L'ufage d'orienter les batimens, com-
mun aux Indiens , aux Chinois , aux Chaldéens àc aux Egyptiens ,
eft im rcfte bien marqué de l'ancienne Aftronomie , &: une
pratique établie par quelque fuperftition , mais qui chez ces
peuples divers a une origine commune.
Le gnomon leur fert encore à diftinguer la latitude des dif-
férentes villes , par la proportion de la longueur de l'ombre à
la hauteur du gnomon , le jour de l'équinoxe. En efFet , cette
obfervacion leur donne la hauteur de l'équateur fur l'horifon.
Enfuite, par la connoiffhnce qu'ils ont de l'obliquité de l'éclip-
tique , ils calculent des tables de la longueur des jours, relative
à la diftance du foleil à l'équateur , & pour un lieu déterminé.
Ces tables fuppofent une obliquité de Técliptiquc. M. le Gentil
nous apprend que pour retrouver par le calcul les nombres de
leurs tables , il faut employer une obliquité un peu plus grande
que 25°. Ainfi voilà un élém.ent pour ceux qui admettent la
diminution de l'obliquité de l'écliptique , &: il eft d'autant plus
iîngulier que ce n'ell pas le feul indice que l'on trouve dans
les' tems anciens d'une obliquité iî grande (a).
Les I 2 mois font réglés fur le cours du foleil , & font
précifément le tems que le foleil relie dans chacun des i 2
fjgnes du zodiaque. Ces mois font inégaux , d'oii il réiulte
que les Brames connoifTent l'inégalité du foleil. Cette forme
de mois , où il entre des fradtions de jours , eft purement
aftronomiqtfe ; ils en ont fans doute une autre plus com-
mode dans l'ufage civile. Nous croyons qu'ils doivent fuivrc
l'ufage ancien & général de l'orient , de faire i 2 mois de 3 o
jours , avec cinq jours ajoutés à la fin. de l'année. On peut
(a) Infru^ Éclairciflemens , Liv. III. §. 14.
même
DE L" ASTRONOMIE. 113
même tîonclurc qu'ils ont un jour intcrcaLiire tous les quatre
ans, puifque des millionnaires {a) ont trouvé que la forme de
leur année reffembloit à l'anné*^ julienne.
§. XVII.
C E qui fiiit le plus d'honneur à l'Aftronomie des Indiens ,
ce font les méthodes pour les éclipfes. Ils calculent avec une
grande célérité, avec aflez de précifion.Les brames femblentdes
machines montées pour calculer des éclipfes. Leurs règles font
en vers qu'ils récitent en opérant. Ils fe fervent de cauri^^eCpecc
de coquilles , qui fert de monnoie dans l'Inde. Cette manière
de calculer a l'avantage d'être prompte &c expéditive ; mais
aulîî on ne peut pas revenir fur fes pas ; on efface à mefure
qu'on avance , &: fi l'on s'cft trompé , il faut recommencer.
Leurs procédés paroiffcnt d'une {implicite finguliere. La
théorie de la lune, la plus compliquée de nos théories mo-
dernes , n'a point chez eux de cilcul cmbarralîant , ni pénible.
Ils ont huit périodes des mouverne.is de la lune , & au moyen
de quatre divilions Se de quatre multiplications faciles , ils
trouvent quatre quantités qui étant additionnées , donnent la
longitude vraie de la lune , à laquelle cependant ils appliquent
encore deux petites corrections. Ils trouvent les diamètres du
foleil 6c de la lune par une opération fort (impie , que nous
rapporterons ici comme une exemple curieux de ces renfles fin-
gulieres. Ils prennent le mouvement diurne vrai de la lune , le
divifent par 1 5 ; le refte de la divifîon , multiplié par 60^ 8c
divifé par i 5 donne le diamètre actuel de la lune. Ils calculent
le diamètre du foleil , en multipliant fon mouvement diurne
vrai par 5 , 6c le divifant par 9 , le quotient eft le diamètre
(a) Jnfrà, ÉclairciiTemeos j Livre III, §. 17.
ï 1 4 HISTOIRE
du foieil. Nous avons trouvé dans les papiers de feO*M. de
Liflc , qui font au dépôt de la marine , deux efpeces différentes
de règles ou de tables indiennes , envoyées en Europe par les
miflionnaircs. Ces règles font toutes différentes de celles que
AI. le Gentil a rapportées des Indes. Les nombres employés ,
par exemple , pour calculer les diamètres du foieil èc de la lune
ne font pas les mêmes. Nous avons foupçonné que ces règles
pourroient bien être les anciennes qui font à Bénarès , 6c
que M. le Gentil- {a) n'a pu fe procurer. Il a promis de les exa-
miner. Son intention efl: de pénétrer dans les myfteresdeces cal-
culsindiens, ôc d'en ramener les principes à ceux de notre Aftro-
nomie européenne , comme a fait Dominique Calfini pour l'A(-
tronomie des Siamois. On ne peut s'empêcher de penler que
ces tables ou ces règles des brames appartiennent à une théorie
favantc. Les principes en font cachés aujourd'hui fous une
routine aveugle , que beaucoup d'art a jadis rendu fimple Se
liire. M. le Gentil n'a pas trouvé plus de 2 i à 24 minutes de
diflérence entre leur calcul Se l'obfervation de deux éclipfes
de lune. Il eft remarquable même que dans ces deux éclipfes ,
les brames ont donné plus exactement le tems de la durée que
les tables de Maïcr , les plus exades que nous ayons.
§. X V I I I.
C E qui doit étonner , c'efl: que ces tables des brames ont
peut-être j à 6000 ans d'antiquité. AulFi M. le Gentil croit
que les Indiens eux-mêmes fe font appercus qu'elles avoient
befoin d'être corrigées. Lorfqu'en partant de leur époque , ils
ont calculé la longitude moyenne du foieil &C de la lune ; ils
en ôtent une quantité confiante. M. le Gentil conjefture que
s'étant appercus à la longue que leurs calculs ne cadroient plus
(a) Mcraoires de l'Acadcmie des Sciences , ar.née 1775.
DE L' ASTRONOMIE. iiç
Avec roblcrvatioii , ils n'onc trouvé d'autre moyen d'y re-
médier , que de retrancher cette quantité , pour rendre leurs
tables plus conformes à l'état du ciel , dans les tcms des oppo-
fitions (Se des conjon(9:ions de la lune. Comme ils n'obrcrvcnc
cette planète que dans ces deux points , peu leur importe que
leurs tables foient en défaut , ou non , hors le tems des fl-
zigies [a). Nous penfons que cette corrcclion a pu être faite
l'an 7 S de notre ère , du tcms de Salivaganam , l'un de leurs
princes , fous le règne duquel les Brames difcnt qu'il y eut une
cfpece de réforme de leur Aflronomie.
Quoique ceux qui fe mêlent d'Aftronomie , c'eft-à-dire les
Brames , puiflent avoir une notion aflez jufte de la nouvelle de
de la pleine lune, le peuple plongé dans la plus profonde igno-
rance explique les phafes à la manière. Il prétend que la lune
eft remplie d'ambroifîe,&; que les dieux v viennent prendre leurs
repas , c'cfl ce qui fait diminuer fa lumière. La régularité du
retour des phales annonce que la provifion cft loigneufement
renouvelée , &; que les dieux ont un appétit fort réglé (^).
Les Brames placent la t°rre au centre de l'univers. Ils ima-
ginent fcpt mondes; ce font les planètes , entre iefquelles la terre
pofée fur une montagne d'or occupe le lieu princip'al. Il ne
paroît pas qu'ils connoiflent le mouvement diurne de la terre.
Ils pcnlent que les étoiles fe meuvent. Ils difent que ce font
des poifTons , parce qu'elles fe meuvent dans l'échcr , comme
le6 poiflons dans les eaux. Cette idée , qui lans doute n'eft
qu'une figure , eft plus jufte 6c plus philofophique que celle des
anciens Grecs qui s'imaginoicnt que les étoiles étoicnt atta-
chées comme des doux à la calotte fphérique ôc folide du
(a) M. le Gentil, Mémoires de l'Académie (i) Recueil d'Obfervations du P. Soucier j
des Sciences j 1773. T. I.p. J*'
1 1 6 HISTOIRE
ciel. Les millionnaires Danois afTurcnt que les Brames font par-
tagés , &; que les uns fouticnnent que la terre fe meut , tandis
que les autres penfcnt que c'eft le folcil {a). Voilà des traces
bien marquées de l'Aftronomic antérieure , dont nous avons
parlé. Un peuple, qui pofe la terre fur une montagne d'or, ne
Ja met point en mouvement autour du foleil , &: ne s'élève
point de lui-même au vrai fyftêmc du monde. Audi nous pou-
vons croire que ce n'cft qu'une opinion particulière , fondée
lur la tradition , & regardée fans doute par le grand nombre
comme une erreur. Pour oppofer l'ineptie de leurs raifonne-
mens fur les caufes à la beauté & à la fimplicité de leurs mé-
thodes , ajoutons qu'ils comptent neuf planètes , favoir , les fcpc
que nous connoillons, Scdcux dragons invifibles qui font la caufe
des éclip(cs. Comme ces phénomènes arrivent dans diflérens
points de l'écliptique , il a fallu que ces dragons fulfent errans ,
Se ils en ont fait des planètes. Il cft aifé de fentir qu'un peuple
qui , à des méthodes favantes, joint des caufes abfurdes des
phénomènes, a reçu d'ailleurs ces'méthodes , & n'a de part
qu'à l'invention des abfurdités.
Quant à l'ordre des planètes , tout ce que nous en favons ,
c'eft qu'ils placent la lune plus loin que le foleil. Cette incon-
féquence ell: extraordinaire de unique dans l'hiftoire de l'Af-
tronomie. Peut-être eft-ce parce que la lumière de cette pla-
nète n'échauffe point , qu'ils la jugent plus éloignée que le
foleil qui les brûle. Ce n'cft feulement pas le peuple qui eft
dans cette opinion , ce iont les Brames mêmes. Un Brame de
Tanjaor, fe trouvant en prifon avec un de nos millionnaires,
eut de longues conférences av&c lui. Il fouffroit aflez patiem-
ment que le millionnaire réfutât l'idolâtrie , qu'il dît tout ce
( a ) In contimiaiione XLFJ & LXVII , Rclat. Miffion, Dani(K
DE L' A S T R O N O M I E. 117
qu'il vouloic contre les idoles 6c les dieux ; mais quand il vie
que le millionnaire prétendoit que le foleil étoic plus éloigné de
nous que la lune , il fc fâcha tout de bon , &; ne voulue plus
lui parler. Les opinions religieufes font communément celles
auxquelles où tient le plus , mais fans doute que ce minîftre
des dieux étoit aftrologue , 5c que l'aftrologie lui étoit plus
utile que leur culte {a).
§. XIX.
Les Brames abufcnt de leurs connoifTances aftronomiques
en faveur de l'affcrologie. Ne communiquant point leur favoir ,
n'enviant celui de perlonnc , ils ont gardé leurs fables , leurs
fuperftitions 6c toute la rouille de l'antiquité. Chaque jour de
Lt lemaine, de chaque heure du jour &: de la nuit, eft propre
à faire certaines chofes déterminées dans un livre, ou efpece
d'almanach qu'ils nomment Panjangam {è). Il paroît qu'ils fe
font- adonnés aulh à l'aftrologie naturelle , & qu'ils ont fait des
prédictions relatives à l'agriculture. Il étoit ordonné jadis chez
eux par une loi de porter tous les ans au roi les prédiiftions
qui concernoient les fruits delà terre, les animaux, les hommes
en général Se la patrie. Celui qui fe trompoit trois fois étoir
condamné au filence ; les autres jouifîoient d'une grande con-
fidération (c). Les Brames lont d'ailleurs fort attentifs aux
aftres, quife trouvent au méridien, dans l'inftant de la nailîance
d'un enfant. Mais ils ont foin de cacher les fecrets d'un arc
qui les enrichit ou du moins les fait vivre. Malgré toutes ces
abfurdités , qui font- une contradiction fmguliere avec leurs
méthodes favantes , leur orgueil n'en cfb pas moins cxceiîif.
( û ) Souciet , Recueil d Cbfcrvations (/■) Abraham Roger , Ihcâr. de l'IdoL
faites aui Indes & à la Chine, tome I, page 84.
page S. ( c) Diodore de Sicile , Liv. II , j. ij.
iiS HISTOIRE
Ils nous mépriieiic nous autres Européens , dit M. le Gentil ,
ôc nous regardent à-peu-près comme des fauvages qui n'ont
point ou prefque point de connoiirances. Fiers de leur cafte ,
de leur antiquité ôc de leur Tavoir , ils ont peine à fe figurer
que nous cultivions les fcienccs , que nous ayions des univcr-
iités 5 des académies, comme ils en ont dans plufieurs villes,
fur-tout à Bénarès dans le Bengale , la plus célèbre académie
de tout rindoftan. L'orgueil des Indiens eft la fuite nécef-
fairc de leur ancienne fupériorité. Héritiers des connoiflances
du peuple antérieur qui fut la fource de la lumière , ils ont
joui long-tems du privilège d'être les feuls éclairés. Leurs
fages attiroient des contrées les plus éloignées ceux qui afpi-
roient à le devenir. La vanité s'accoutume aifément à donner
fans recevoir. Mais à la fin les autres peuples s'éclairent , &c
ceux qui étoient féparés jadis par leur lupériorité , ne le font
plus que par leur orgueil.
§. X X.
Nous paflons à une nation non moins fage , non moins
antique , mais plus longtems inconnue à notre Europe. Nous
parlons des Chinois , du peuple le plus ancien de la terre , fi
l'on s'en rapporte uniquement aux monumens authentiques; le
plus jaloux de fon antiquité Se le plus foigneux d'en conferver
le fouvenir. S'il y a un peuple dont la chronologie & l'hiftoirc
méritent quelque croyance , c'eft celui chez qui le foin de
conferver les faits hiftoriques , a été une affaire d'état , fou-
mife à un tribunal où tout eft pefé , épuré avec l'équité &i le
refpecl qui font dûs à la poftérité. C'eft le feul exemple qu'il
y ait fur la terre d'une pareille inftitution,
DE L'ASTRONOMIE. 119
§. XXI.
Si l'empire chinois nous a paru par quelques conjetlures
remonter jufques vers l'an 3 3 5 7 , ou même 3851 {a) avant
J. C. , le règne de Fohi ^ le premier empereur de la Chine en
2 9 5 z , cft la date d'une tradition certaine & non interrompue.
Il fut le premier, dit-on , qui drelTii des tables aftronomiques,
qui donna la figure des corps célcftes , &: la connoiffance de -
leur mouvement {/}]. On ne peut dire ce qu'étoient ces tables ,
ni cette connoifTance des mouvcmens céleftes. Mais on avoic
donc déjà fur l'Aftronomie des idées fuivies èc rangées fuivant
un certain ordre. Ce qui annonceroit une fcience depuis long-
tems cultivée , & un peuple beaucoup plus ancien que l'époque
de Fùhi , i\ par les faits que nous avons établis , & dont la
Chine fournit une nouvelle preuve, nous n'avions pas droit de
regarder cette Agronomie déjà fondée, comme les refces d'une
Aftronomic plus ancienne.
Il paroît que les folftices étoicnt connus alors à la Chine ,
puifque l'empereur Fohi faifoit chaque année des faa-ifices d'a-
nimaux à ces deux termes du mouvement du foleik Son fuc-
cefleur y ajouta deux fêtes aux tcms des équinoxes (c). Les
Chinois ont confervé un ouvrage du règne de cet empereur ,
c'eftl'Y-King, le premier des cinq King. Là fe trouve l'expli-
cation des fameux Koua , ou caractères de Fohi. Ce font des
lignes entières , ou rompues, qui forment 6 4 combinaifons [d . Les
Chinois font perfuadés que les principes de la morale , des
fciences de de l'aftrologie y font cachés ; ils fe fatiguent pour
les V retrouver. Dans tous les tems , le premier foin de tout
#
( a) Infra , i.c'ia\ic.Liv. III,§. 13. (a) Martin, tome I , page 11.
( i ) Martin, tom. I , pag. i8. Hift. Gén. des Voy. irt-12. , :om. XXII,
(i) Hift. des Yoy./n-ii,T. XXIII p. 6, page 103.
lio HISTOIRE
Chinois, qui a inventé une théorie aftronomique, a été de
prouver qu'elle étoit renfermée dans les Koua de Fohi. Con-
fucius n'y a pas manqué pour fa morale , qu'il a étayée du
refpedt que la nation porte <à cet empereur. Mais il n'eft point
fur que ces caractères ayent jamais fignifié quelque chofe , ôc
il ell très-pollible que ce ne foit qu'un clFai, fait au hafard, pour
ranger ces deux fortes de lignes , félon toutes les combinaifons
^ qu'elles peuvent admettre.
§. X X I I.
Sous le règne d'Hoang-ti , 2(397 ^^'^^ avant J. C. Yu-chi
remarqua l'étoile polaire 6c les conftellations qui l'environ-
nent (û). Le pôle de la terre dans fa révolution rencontre fuc-
çeirivemcnt différentes étoiles. Celle qu'aujourd'hui nous nom-
mons polaire écoit alors fort loin du pgle. Ce fait de l'hiftoirc
çhinoifc cft pleinement confirmé par l'Aftronomie. L'an 2850
avant J. C. il y avoitprécifément au pôle une étoile de la féconde
grandeur, très-propre à fe faire remarquer; c'elt celle qui eft
dçfignée dans nos catalogues fous le nom de du « dragon. En
1697 elle.n'étoit éloignée du pôle que de 2° ; on devoit donc
la regarder comme immobile,
Yu-chi compofa une machine en forme de fphere dont on a
perdu la figure. Elles repréfentoit les orbes célcftes. Cette fphere
fut perfectionnée, 300 ans après, au tcms d'Yao. On en conf-
fruifit une compofée de pluficurs cercles, les uns fixes, les autres
jTiobiles, abfolumcnt iemblablc à celle que nous avons décrite dans
le deuxième livre, Les Chinois eurent donc cet inftrumcnt Z400,
pu même 2700 ans avant J. C. Ils n'avoiçnt pas fait les mêmes
progrès dans les autres arts. Les caractères de l'écriture étoient
(<î) Martin, tome I , page 38,
peu
DE L' ASTRONOMIE. m
peu connus, ou du moins n'étoient pas perfecftionnés (a). Il eft
naturel que les dilFérens arts de les icienccs marchent d'un pas
à-pcu-près égal chez une nation éclairée. On eft étonné qu'un
peuple qui , à cette époque avoit des connoitrances afbrono-
miques Ci avancées , eût i\ peu perfectionné l'art d'écrire fcs
idées. C'eft une preuve évidence que ces connoilTances luiécoient
étrangères , èc qu'elles venoient du peuple inventeur qui l'avoit
précédé. Yu-chi fît auilî plulieurs expériences pour prévoir les
changemens du tems &: de l'air. Ainfi voilà une date très-an-
cienne de raftrolo2:ie naturelle. D'ailleurs , en lifant l'hiftoire
delà Chine, on trouve que cette aftrologie , &c l'aftrologie
judiciaire font auili anciennes que l'hiftoire même. Dans le
Tschun-tHcou , de même qne dans le Chi-king , on voit
qu'on avoit attention aux apparitions des étoiles èc des pla-
nètes à certaines heures , à certains lieux du ciel , & fur- tout
au pafTage par le méridien. Il eft inutile de rapporter ce qu'on
en concluoit pour le gouvernement de l'état & des familles.
Cela ne tient point à l'Aftronomie.
§. XXIII.
C'est alors que fut établi le cycle de 60 ans, dont ces
peuples fe fervent encore. On lui donna pour époque la pre-
mière année du règne de Hoang-ti; & depuis ce tems jufqu'au-
jourd'hui tous les faits hiftoriques ont été liés aux années de
ce cycle (è). Cette période de 60 ans eft évidemment la même
que celle des Indiens. Chacune des années de ce cycle a un
nom compofé de deux mots. L'un appartient à une fuite de
dix mots comme Kia , Y , Ping , Sec. ; l'autre à une féconde
fuite de douze mots comme Tfu , Theou , Yn , &c.' qui font
( a) Infr'^ , Éclaire, Liy. III , ^. 17. ( à ) Infrl , Éclaire. Liv. III ,%.x6,
Q
izi HISTOIRE
des noms d'animaux. Le premier de l'une fe combine avec le
premier de l'autre, le fécond avec le fécond, Sec. La première
fuite eft finie au dixième de la féconde , de forte que le pre-
mier de la période de i o , fe recombine avec l'onzième de la
période de 12, & les deux premiers ne fe retrouvent en-
femble que la 6 i année. On ne dit point la première , la fé-
conde année du cycle, mais l'année Hia-Tsu, Y-Theou, 6:c,
Cette période dé i i années, renfermée dans celle de 60,
eft très -répandue dans l'A fie ; nous la retrouverons chez les
Chaldéens. On prétend qu'elle a une origine aftrologique, mais
ce n'eft pas autre chofe que la période qui ramené Jupiter vu
de la terre au même point du ciel (a). Les Chinois ont auflî
la période de i 9 ans , qui, ainfi que celle de 60 , èc peut-
être celle de I z , font le Iruit des connoilîances antérieures à
tous les peuples dont nous faifons l'hiftoire.
§. XXIV.
HoANG-Ti eft l'auteur de plufieurs inftrumens pour ob-
ferver les aftres , £c entr'autres d'un inftrument qui , fans
confidérer le ciel, fervoit à connoître les quatre points cardi-
naux. Cet inftrument ne peut être que la bouflole qui par
conféquent chez les Chinois a plus de 4400 ans d'antiquité.
C'eft ce prince qui établit aufii le tribunal des mathématiques
£c celui de l'hiftoire ; deux inftitutions qui feront à jamais
honneur à ce peuple célèbre (^).
On retrouve encore des traces de la bouflole , 1400 ans
après fous le règne de Chingu. Ce prince reçut des ambaffa-
deurs de la Cochinchine (*), 6c lorfqu'ils prirent con2;é , il
(li) I.frj , Éclii c. Liv. III , §. lo. {"" ) On croi: c]ue le P. Mai-.i.^ , mal
(b ) Kucucil d'Obrervations du P. Sou- inftnaic , le troni[)e, en dilaiu t]je ces Ain-
ciec, lov^ l\X , pag. .^4. bailadcuxs étokac ceux de la QockiachioB)
DE L' A S T R O N O M I E. 113
leur fit pi-éfcnt d'une machine trcs - ingénicufement compofée ,
qui par un mouvement continuel fe tournoit toujours vers le
midi. Elle s'appeloit Chinan ; nom que les Chinois donnent
encore à la boulTolc [a].
Nous remarquerons que la connoifTance de la bouflole a
peut-être été plus répandue dans l'antiquité &; dans l'Afie ,
qu'on ne l'a cru jufqu'ici. Voilà deux faits de l'hiftoire chinoife
qui dépofent de cette connoiilance. M. Vheler , dans Ton
voyage du levant, a entendu dire à Conftantinople que parmi
les manufcrits arabes , ou perfans , qui y étoient alors dans la
bibliothèque du Térail , on avoir vu un ancien Hvre d'Aftro-
nomie qui luppoloit l'ufage de l'aiguille aimantée. Cette con-
noilTance enfouie en Perfe , ou en Arabie, feroit donc encore
au nombre de celles dont les anciens auroient hérité fans en
connoître prefque î'ufage.
L'empereur Chueni l'an 1513 compofa des éphéméridcs
du mouvement des cinq planètes. Il eft remarquable que ,
/uivant le perc Martini, 11 fut élevé à l'empire pour Ion profond
lavoir dans l'Aftronomic. C'effc ce prince qui appcrçut les cinq
planètes en conjonclion ; phénomène que le calcul place l'an
2449 [b). Il voulut que l'année commençât le premier jour
du mois ou la conjonclion du foleil & de la lune arriveroit le
plus proche du i 5° du verfeau. Cet ufage , qui a quelquefois
varié, fubfiîte encore, 6c c'eft pourquoi cet empereur eft nommé
par les Chinois le père du calendrier (c). Les Chinois com-
mencent leur année au folftice d'hiver ; & il y î^ une confé-
quence très - importante à tirer de cette inftitution de l'em-
Ih venoient fans doute d'un pays plus qu'un an à s'en retourner chez eux,
éloigné. Cela eft d'autan: plus vraifembla- (û) Martini, tome I, page ijy.
ble que le P. Martini ajoute, qu'avec le ( i) Infra , Éclaire. Liv, III , §. 18.
fecours Ai ce; inltrument , ils ne furent {c) Martini , tottie I , page jz.
Q-^]
114 HISTOIRE
pereur Chucni , c'eft que le folftice fe trouvoit alors, on plutôt
s'écoit trouvé antérieurement à Chueni, au i 5° du verfeau ; ôc
conformément à la tradition , on l'y croyoit encore. Mais de
ce qu'il avoit été obfervé jadis au 15° du verfeau , il s'enfuit
que lors de la première divifion du zodiaque le folftice d'h'ver
répondoit au 1° des poifTons. C'eft ce que nous avens déjà
remarqué.
§. XXV.
L'empereur. Yao , qui régna ver^i3 57 , p'-of^gca fpé-
cialement l'Aftronomie. ï! ordonna aux mathématiciens d'ob-
ferver le cours de la lune &: des autres aft'-es , pour apprendre
au peuple ce qui regarde les fa.fons. On apprend par un paf-
fage du Chou-king, livre compofé du tems même d'Yao ,
que les Chinois avoienc alors une année de j, 6 6 jours. Ainfi
not c année julienne a chez eux cette date. Le même livre fait
mention d'une lune intercalaire pour ramener leur année lu-
naire au mouvement du foleil (a). Au refte la connoifTance
qu'ils avoient que la quatrième année folaire doit être de } 6 6
jours ne paroît pas avoir été appliquée au calendrier. Leur
année eft de 354 jours, 6c l'année embolifmique de 384.
§. X X V L
Sous le règne de Chou-kang, 1169 ans avant J. C, arriva
une éclipfe fameufe , parce qu'elle eft la plus ancienne dont
les hommes ayent confervé le fou venir, & qu'elle fert à prouver
l'authenticité de la chronologie chinoile. Cette éclipfe qui
n'avoit pas été annoncée , ou qui ne l'avoit pas été précifé-
ment pour le tems oii elle fut obfervée , coûta la vie à plufieurs
{a) Infra , ÉdaitciiTçjnenJ , LiTre III , §. 15 & 3 1 ,
DE L' A S T R O N O M I E. i z j
agronomes. Ces loix pénales étoient très - anciennes. Le P.
Gaubil {a) penfe qu'on avoit dès- lors des règles fures pour
prédire les écliplcs , puilqu'on punilfoit de more ceux qui en
avoient marqué le moment t op tvt ou trop tard. Nous croyons
que ces peines inhigées aux .Tft-cnrmcs, ne prouvent que l'i-
gno:ance de la nation &; r!m|-o:tance qu'elle attachoic à une
fcience qui, comme Ailronom'e, régloit l'agriculture, fie comme
aftiologie avoit une grande influence tant fur le gouvernement
que furie peuple. On lélicitoit les princes, loifque les éclipfes
avoient été plus petites qu'on ne les avoit annoncées ; c'é-
tait leur préfager un règne heureux que de déclarer qu'il n'y
auroit point d'éclipre totale de foleil. Les expofer au danger
des éclipfes, fans les prévenir, devenoit un crime de leze-ma-
jcfté. D'ailleurs le P. Gaubil convient lui même (^) que les
anciens aftronomes chinois étoient établis, non- feulement
pour obferver les aftres , mais pour régler le tems des têres ôc
des cérémonies de la religion. Il y avoit des cérémonies mar-
quées particulièrement pour les jours d'éclipfe de foleil. Ne
point prévenir de ces éclipfes , expofer l'état au danger de
manquer la célébration de ces cérémonies , devoit paroître un
crime aux yeux de ce peuple luperftitieux & jaloux de l'ordre Se
de la règle. Mais les aftronomes chinois, au;îi ignorans que
ces peines font barbares , étoient bien hardis d'acheter du
crédit ôc des honneurs par le rifque continuel de leur vie.
§. X X V I L
Les Chinois ont fort anciennement l'ufage des clepfidres
6c d.i gnomon. Les ufages des gnomons font détaillés dans un
(a) Recueil d'Oofcrvations du P. Sou- {i) Mamifc. d; M. de J'iUe , n°, ijo,
ciet , tome UI , page i %. I , 7 j.
iz6 HISTOIRE
ouvrage écrit 106 ans avant J. C. , où l'on recueillit les an-
ciennes connoifTanccs, après la guerre qu'un empereur barbare
fie à la lumière èc aux livres des fciences. On y voit la con-
noiflance des latitudes par le moyen du gnomon , celle des
longitudes même , la méthode de tracer la ligne méridienne
par les ombres égales avant &; après midi , ainfî que par l'é-
toile polaire (û). Il falloit bien qu'ils eullcnt ces méthodes ,
puifque la plupart de leurs bâtimens font exa£t:ement orientés,
comme les pagodes des Indiens &: les pvramides d'Egypte.
Nous avons peu de connoifTance des planifpheres oC du
zodiaque chinois. Ce zodiaque a les deux diviiîons qui fe
retrouvent partout, en 2 8 &; en i z conftellacions. Nous fa-
vons qu'il y avoit chez eux des catalogues alFez étendus , Se
d'environ 2500 étoiles; mais ils ne nous font point par-
venus. M. Freret (é) en cite deux , dont l'un remontoit à l'an
2000 , & l'autre à l'an 1550 avant J. C.
§. XXVIII.
Depuis l'éclipfe qui arriva fous le règne de Chou-kang ,
l'an 2155, jufqu'à l'an 77 <j avant J. C. , l'hiftoire ne fait
mention d'aucune éclipfe, ce qui eft fingulier. Depuis cette
époque , jufqu'à l'arrivée des Jéfuites , il y en a une longue
fuite qui ont été moins obfervées que vues à la Chine. Aufîi
ne font-elles propres qu'à régler la chronologie. On le con-
tente de marquer le jour où elles font arrivées. Ces obfer-
vations kiivies né remontent gucrcs qu'à l'époque des obferva-
tions chaldéennes que Ptolemée nous a confervées ; avec cette
difierence que les Chaldéens plus exacts marquoient à-peu-près
l'heure de i'obfervation. Mais ce qui eft remarquable , c'eft
(u-) Z,;//-à , Écrire, Liv. III, §. JJ. {i) Mtm. Acad Infc. T. XVIII, p. 171.
DE L' A S T R O N O M I E. 127
que dans la Chaldée les éclipfes de foleil étoient négligées , au
point que la mémoire d'aucune ne s'cil confervée. A la Chine,
au contraire , on a tenu très-peu de compte des éclipfes de
lune , celles qui y font oblervées font en petit nombre ; c'eft
que les éclipfes de foleil y étoient plus liées à la fuperftition.
Il efc certain qu'ciks ont dû paroitrc plus cfÎTayantes. L'homme
fent même par inftin£b combien le lolcil ell nécell'aire. La
langueur apparente de cet aftre , la diminution & quelquefois
la perce totale de fa lumière, ont dû infpirer d'abord une plus
grande terreur que la difparition de la lune , dont on conçoit
qu'on pourroit fe pafTcr.
§. XXIX.
L'Astronomie qui avoit été en honneur à la Chine,
depuis Fohi jufques vers la 480*^ année avant J. C. , c'eft à-
dire pendant ijoo ans, lans qu'elle eût fait cependant de
grands progrès , fut tout-à fait négligée , & fe perdit enfin.
L'empire fut divife. Il fe forma une infinité de petits érars ,
dont les princes, occupés à fe faire la guerre , à envahir mu-
tuellement leurs poirelrons , s'inquiétoicnt peu de la culciire
des lettres &. des fcienccs. Depuis Confucius , qui mou; ut V:u\
479 , Se qui rapporte les denieres éclipfes qu'il avoit vues lui-
même, jufques vers l'an \o^ avant J. C. , il y eut dans les
obfervations une interruption totale. Il n'y avoit plus de cal-
culs , ni d'aftronomes pour veiller fur ce qui fe palToit dans le
ciel. Le tribunal des mathématiques étoit détruit. L'empereur
Tiln - chi - boang , qui réunit tous ces petits états di viles , ôc
reconftruifit le grand empire delà Chine , croyant que l'ëpéefuffi-
loir pour conf erver ce qui étoit acquis par répée,nt bri 1er l'an 1 4 <j
tous les livres hiftoriques, aftronomiques &: particulièrement les
livres appelles Y-King. On ne conferva que ceux qui traitoicnt
128 HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE.
de l'agriculture, de la médecine & de l'aftrologie j trois fciences
qu'il regardoit apparemment comme également néceflaires aux
hommes. Quelques particuliers confcrverent des exemplaires
des livres hifboriques. C'eft par ces exemplaires qu'on a re-
trouvé en grande partie l'hiftoire des Chinois & leur chrono-
logie. Mais s'il y avoit des méthodes & des obicrvations aftro-
nomiques , elles étoient dépofées dans les regiftres du tribunal
des mathématiques ; elles dilparurent avec lui. Lieou-Pang qui
commença à régner l'an io6 avant J. C, rétablit le tribunal ôc
favorifa l'Aftronomie. Il fit rechercher &; mettre en ordre les
livres qui avoient été cachés 6c confervés. Nous reprendrons
TAftronomie chinoifc à cette époque , quand nous jeterons un
nouveau coup d'œil fur l'Afie, dans des tems plus modernes,
Eo]
HISTOIRE
HISTOIRE
DE L' ASTRONOMIE ANCIENNE-
, \!t.i.£^-iiji^
LIVRE CINQUIEME.
De l'Ajlronomie des anciens Perfes ô des Chaldéens.
PREMIER.
v>N donne le nom d'AfTyriens , de Chaldéens &: de Pcrfcs, à
tous les peuples qui habitoient l'Afie , depuis le fleuve Indus
jufques vers la Méditerranée. On ne compte ordinairement dans
cette partie de l'Afie que deux grands empires; ceux de Ninive
ôc de Babylone. Mais il femble qu'on peut en ajouter un troi-
sième , celui des Perfes dont le fiege fut établi à Perfepolis ,
qui même doit être plus ancien , il l'on s'en rapporte à une
chronologie affez bien liée, & fuivie pendant un long intervalle
de 4049 ans (^z), qui commence l'an 3507 avant J. C.
Diemfchid , un des premiers rois de Perfe, bâtit ou cmbeUit
beaucoup Perfepolis. Il y a une tradition orientale que fept ou-
C^) Zend-Avella, traduit par M, An<jaetil, Tom, II, pag. 41J
R
,3» HISTOIRE
rrages merveilleux , renfermés dans le palais ac Diemschicî ,
furent détruits par Alexandre; on fait que ce conquérant brûla
le palais des rois de Perfe à Perfepolis.
Lorfque cette grande ville fut achevée , Diemschid y fit
fon entrée, &: y établit le fiege de Ton empire. Ce jour remar-
quable, oii le foleil entroit en même tems dans le bélier, fut
choifi pour époque , 6c devint le commencement de l'année qui
étoit purement folairc. Ce jour fut nommé Neuru-^, nouveau
jour ; c'eft encore la plus grande fête des Pcrfes {a).
Cette année étoit de 365 jours. On n'ignoroit pas que la
révolution folaire étoit plus longue d'un quart de jour. Alais
Diemschid régla qu'on n'y auroit point d'égard pendant i i o
ans , au bout defquels on intercaleroit un mois , d'abord à la
fin du premier mois, qui de cette manière étoit double. Au bout
de I 10 autres années , c'étoit à la fin du fécond mois, &: ainfi
de fuite;' de forte que le mois intercalaire tomboit après i 440
ans révolus à la fin du douzième mois. Ces 1440 ans s'appeloient
la période de l'intercalation [b). Nous montrerons que le calcul
place l'inftitution de cette période l'an 3 109 (c). L'i^ftrono-
jnie des Perfes fe bornoit à-peu-près alors à la connoiflance
de l'année folaire , & à celle de quelques étoiles. Nous avons dit
que 5000 ans avant J. C. ils avoient remarqué que les points
cardinaux étoient défignés par quatre belles étoiles (a'). Leur
zodiaque avoit comme celui des Indiens les deux divifions. Ce
qu'il y a de fingulier, c'eft qu'ils penfoient que les étoiles étoient
plus près de nous que la lune {e). Les Chaldéens n'ont point
adopté cette erreur, ils plaçoient les étoiles au deflus de toutes
les planètes. Il n'en faut peut-être pas davantage pour prouver
(u) Herbelot, Bibl. orient, p. 395. ( c ) /n/rJ , Éclaircilkmens , Liv. iV.§i,
(b) Hide de tclig. vet. Perf. ch. 17 , {d) Infra , Éclaire. Liv. IX, §. 10.
pag. ioj, \e) Infra j Édaiic, Liv. lY , §. 3>
DE L' ASTRONOMIE. iji
que les Perfes font les plus anciens ; car de deux peuples', dont
l'un a fuccéd.é à l'autre , celui qui a l'opinion la plus faine , fur
quelque matière que ce ioit , cil le plus moderne.
§. I I.
Babylone fut fondée par Nemrod. Les Arabes difent qu'elle
fut ruinée âc enluice rétablie par Hermès, qui naquit plufieurs
ficelés après le déluge, à Calovaz, ville de la Chaldée. On croit
communément que Mercure, Hermès ou Thaut, étoitEgyptien,
parce que les premières traditions qui le concernent, nous font
venues d'Egvpte. On compte même trois Hermès. N»us croyons
que le dernier feul eft Egyptien. Peut-être pourrons-nous fixer
l'âge de ces trois Hermès , autant que les ténèbres de l'anti-
quité peuvent le permettre. Le premier vécut avant le déluge,
fuivant le témoignage de Manethon. Or , nous trouvons une
obfervation de l'étoile, appelée l'œil du taureau, qui place cette
étoile dans le z 6° des poifFons. Le mouvement des fixes en
longitude nous apprend que cette obfervation , attribuée à
Hermès , n'a pu être faite que vers l'an } } 6 z avant J. C. On
trouve encore d'autres obfervations , également attribuées a
Hermès, qui ont été faites 1985 ans avant Ptolemée, ou
I 846 ans avant notre ère (a). Voilà donc les trois Hermès.
Le premier , qui vécut avant le déluge , grava les principes
des (cienccs en caractères hiérogliphiqucs , qu'on appeloit
alors la langue facrée , fur des colomnes , ou fteles _, qui.
ont exifté longtems dans la Syrie. Le fécond vécut 3562
ans avant J. C. C'eft fans doute celui qui fut l'inventeur àz%
lettres ou caractères alphabétiques. Car on nous apprend que
fon fils Agathodemon traduifit en langue vulgaire ces prin-
( fl ) Infra , ÉdaircUïémins , Livre lY , î . 4.
Rij
if 5* HISTOIRE
cipes dés fciences infcrits fur \qs Jieles , en cara^tcrcs facrés &
faccrdotaux. S'il y a eu réellement un troifieme Hermès, ce fera
l'auteur des obfervacions faites i 846 ans avant notre ère,
§, I I I.
On commença à compter par des années folaircs à Baby-
lone l'an 2473 [a] avant J. C. Cette date eft celle du règne
d'Evechous, le premier roi de Babylone qui porta le nom de
Chaldéen. Les Chaldéens étoient étrangers ; ce fut l'époque
de leur arrivée dans la Babylonie. Evechous y apporta la con-
noiflance de l'année folaire. Il amena fans doute avec lui
Zoroaftre, qui chez ces peuples pafTfe pour l'inventeur de l'Af-
tronomie. Une foule de traditions concourent à placer ce
légiflateur, célèbre dans l'orient, vers l'an 2459 [h). On ne
doit pas le confondre avec le fécond Zoroaftre, qui fut le ref-
taurateur de la religion des Mages , ôc qui parut 589 ans
avant J. C.
Belus palfe aufîî pour l'inventeur de l'Aftronomie dans la
Chaldée.-Là fubfîfte encore , dit Pline (c) , en parlant de Ba-
bylone , le temple de Jupiter Belus , inventeur de la fcience des
aflres. Mais cette tradition ne paroît ni fi bien établie , ni lî
générale que celle qui en fait honneur à Zoroaftre. Cette
dernière feule s'eft confervée chez les Perfans modernes. Le P.
Pezron place Belus l'an 2346 (*). Ce temple de Belus fervit
en effet d'obfervatoire. C'eft là que furent faites ces obferva-
tions chaldéennes fî longtems fuivies. Qui fait même fi l'idée
que Belus fut l'inventeur de l'Aftronomie, ne feroit pas venue
(*) Synceleplace Belus ii8y ans avant beaucoup ds la date que nous affignons
J. C. M. le Préfident dt Broffe ( Mémoires ici.
de t Académie des Infcriptions , T. XXVn, (a) Infra , Éclaire. Liv. IV. §. j.
P^g-, 7* , 77 ) , le place dans le vingt- {h) Ibidem ,^. y.
iioilieme liéclc , ce «jui ne s'éloigne pas (cj Pline, Lib.V, c. i«.
DE L' A S T R O N O M I E. 133
de ce que Ton rcmple écoit un oblervatoirc ? On pcuc avoir
confondu tout cela ; 6c du dieu qui donnoit afilc à la fcience ,
qui icmWoit la protéger, on aura fait un inventeur élevé jadis
au ranî^ des dieux.
Malgré l'incertitude des anciennes chronologies , les conjec-
tures que nous avons formées nous conduifcnt à des faits aflez
bien fuivis , &: qui paroilFent liés les uns aux autres. Evechous ,
qui inftitua l'année folaire , régna l'an 147 ^ avant notre crc ;
Zoroaftre , regardé comme l'inventeur de l'Aftronomie chez
les Chaldéens , fut Ton contemporain, &: parut vers 2459 ;
Belus cxifta en 1 346 , 6c dans (on temple qui fervit d'obfer-
vatoire , les obfervations chaldécnnes commencèrent vers l'an
2234.
§. I V.
Voila toutes les dates qu'on peut fixer ou conjedlurer
dans l'hiftoire des Chaldéens. Nous ne trouvons point chez ce
peuple une chronologie fuivie comme chez les Chinois. Les
anciens auteurs ne nous offrent que quelques-unes de leurs
opinions recueillies fans choix, 6c conlervées (ans date; de forte
que nous avons les connoiirances réunies de plufieuis fiecles ,
fans pouvoir difcerner celles qui étoient plus nouvelles & per-
fectionnées , fans pouvoir juger fi les idées abfurdes qui y font
mêlées , font un effet de l'inconféquence de l'efprit humain ,
ou fi elles étoient la fuite des premiers eiTais dont on avoic
gardé la mémoire.
Mais les Chaldéens, déjà intérciïans par leur antiquité, le
font encore davantage , parce qu'à notre égard ils font les
reftaurateurs de l'Aftronomie. Le fil n'efl plus interrompu.
Nous retrouvons les pas de cette fcience depuis eux jufqu'à
nous. C'eft des mains des Chaldéens que les Grecs d'Alexandrie
134 HISTOIRE
l'ont iccue : ils l'ont tranfmifc aux Arabes , d'où elle a pafle es
Europe.
§. V.
Les Chaldécns étoicnt originairement un collège de prêtres,
inftitués par Bclus , dit-on , lur le modèle de ceux d'Egypte.
La nation entière en a tiré Ion nom. Il eft aiïez rare que des
prêtres, ou des philofoplies , ayent donné leur nom à un pays.
C'efl: le fruit du favoir & de la réputation de quelques parti-
culiers, qui a rejailli fur toute la nation.
Ces prêtres , inftitués fur le modèle de ceux d'Egypte, pour-
roient faire croire que les Chaldéens ont tiré de l' Egypte leurs
r>rcmicres connoiflances , que les Egyptiens font plus ancien-
nement éclairés. Mais l'Aftronomic de ces peuples eft alfez
difi-ercnre pour faire évanouir ce foupçon. Ils n'ont point la
même fphcre , c'eft-àdire , que les conftellations du ciel chez
les Egyptiens Se chez les Chaldéens , différemment deffinées ,
ne portent point le même nom. Cette connoiffance fonda-
mentale de l'Aftronomie décide etitierement la queftion. Il eft
llmple qu'étant aflez voifins pour être fouvent en guerre ,
quelques connoiffances ayent pu paffcr d'un peuple chez l'autre:
mais les occafions en ont été rares. Les anciens ne paroiffent
pas avoir connu les avantages du commerce des lumières.
Ignorans èc vains , ils croyoient n'avoir befoin de perfonne ; jaloux
de leur fupériorité,ils étoient myftérieux cc peu communicatifs.
Les prêtres ne contribuèrent pas peu à cette réferve &: à ces
myftcres. Dans l'antiquité les claies du peuple étoient ifolées ,
comme les peuples eux-mêmes l'étoieat alors fur la terre. Ce
fut un ufige prefque général que celui de l'hérédité des pro-
feiTions dans les mêmes familles (a). Les unes étoient def-
(f) Infra , Éclairciflemens , Liv. IV. §. j.
DE L' ASTRONOMIE. 135
tinées à la guerre , d'aurres à l'agricultuce , quelques clafles
étoienc réfervées pour les arts. Les prêtres s'attribuèrent par-
tout exciufivement l'étude des fciences, & la langue facrce qui
en renfermoic les principes. Soigneux de conferver la confi-
dération attachée au favoir , ils inventèrent les myftercs &: des
préparations effrayantes pour écarter ceux qui defiroicntd'y être
admis. Au reftc , cet obiervatoire fixe & durable, ces corps ,
CCS collèges toujours Tubfiftans de prêtres favans &C philofophcs,
furent tres-utilcs aux progrès des fciences. Chacun d'eux tranf-
mettoit le même efprit à fes fuccefleurs. Les hommes chan-
geoient,la confiance & le zèle étoient les mêmes. Ces hommes
qui defTervoient les temples , qui étoient aftronômes , culti-
voicnt en même tems la divination èc la magie. Ne nous plai-
gnons point de ce mélange d'erreurs èc de vérités dont la re-
ligion étoit le lien : la religion a rendu l'Aflronomic plus ref-
peclable , en la rendant facrée. Celle-ci étoit moins une pra-
tique qu'un culte. II n'y a point de doute que ce ne foit une
des caufes auxquelles on doit attribuer cette longue fuite d'ob-
fervations , qui n'auroit pas embraffé tant de fiecles , fî la re • ,
ligion n'en eût pas fait un devoir , & fî la divination &c la
magie, ces branches de l'art de tromper les hommes , n'eufl'ent
fondé la confiance fur des motifs d'intérêt & d'utilité.
§. V L
Dans ce long efpace, où les aftres furent obfcrvés avec
tant d'afîîduité , on ne cite que peu d'aflronômes dont la cé-
lébrité foit pafîee jufqu'à nous. Le corps entier abforboit toute
la réputation; les membres étoient peu connus , èc le myftere,
dont les fciences étoient enveloppées , renfermoit la gloire des
inventions particulières dans l'intérieur des temples. Pline nous
parle d'Oftanès que l'on regarde comme le fuccelleur de Zo-
i3(î HISTOIRE
roaftre , mais du dernier qui porta ce nom. Car cet Oftanès
accompagna Xercès lors de fon invallon dans la Grèce ; il y
répandit la connoidlmce de la magie, dont, liiivant l'cxpreffion
de Pline, // infecloit le monde en le parcourant. Berofe (a), qu'il
ne f<iut pas confondre avec Berofe l'hiftorien , fut le plus cé-
lèbre de leurs aftronômes; mais il fut fans doute le plus ancien.
Nous le croyons antérieur à la guerre de Troye.
Ce Berofe eft connu par une explication abfurde des phafes
de la lune 8c de Ces éclipfes. Selon lui, cette planète, femblable à
une balle à jouer, avoir une moitié lumineufe,& l'autre d'un
bleu célefte qui fe confondoit avec la couleur du ciel. Cette
explication ne peut appartenir qu'à l'enfance de l'Aftronomie.
Nous croyons appercevoir qu'il y eut chez les Chaldéens, quinze
ou fcize fîeclcs avant J. C. , une réforme dans l'Allrronomie,
où l'on introduilit l'ufage de nouvelles obfervations , peut-
être plus exacles , & des opinions plus faines : loit que cette
réforme ait été due à une perfeftion acquile par les travaux
de la nation , ou à quelque lumière étrangère. C'eft pourquoi
nous penfons que dans les opinions chaldéennes on doit re-
léguer, au delà de cette époque, tout ce qui eft mêlé d'abfur-
dités", & incompatible avec les autres connoiffances de ce
peuple favant. On dit que Berole eut une fille appelée Démo ^
qui fut la Sibylle babylonienne, &: la même que la Sibylle de
Cumes. Elle (uivit fon père dans (es voyages , êc vint à Cumes
eii elle prophétifa {b). Cette tradition, qui n'a rien d'invrai-
femblable, placeroit à - peu - près Berofe à l'époque que nous
venons de lui afligner;car fans en croire tout-à-fait Ovide [c) qui
la fait vivre jufqu'au tems d'Enée , en lui donnant alors 700
(d) I".fra , Éclaire. Liv. IV. §.38. (.c) Ovide , Métamoiphorc j Lib. XIV,
(À)Saumaitc, Pliiiian. Excrc. pag. 456. vcrf. 144.
' ans 5
DE L'ASTRONOMIE. 137
ans, tous les auteurs s'accordent à faire la Sibylle fort attciendei
Il paroît coudant du moins qu'elle exiftoit avant la guerre de
Troyo. Ainfi c'eft dans rAlIe qu'on doit chercher l'origine des
Sibylles. Elles ont pris le nom de la conftellation de la vierge, ap-
pelée en Perlan de en Ava.he,Sumi>ul &c Sumbula, d'où les Phé-
niciens & les Chaldéens ont î:iit S ibulla{a). On ne s'étonnera point
que les orientaux ayent donné aux vierges , qui fe mêloient de
prédire l'avenir, le nom d'une conftellation , puifqu'aujourd'hui
les Perlans appellent les aftrologucs Munegiim ^ ce qui lignifie
globe céleftc parlant. ( è )
§. VII.
s EN E QUE nous apprend que Berofe fut l'interprète de
Bclus. Cet ancien roi avoit donc laifle des ouvrages ? Peut-être
eii-cc d'après eux que Berofe annonçoit à la terre plufîeurs
fléaux. Il pcnfoit qu'elle fcroit foumife à un déluge , & à un
embralement univerlel. Le tems en étoit marqué par les aftres;
l'incendie général devoir arriver, quand toutes les planètes fe
réuniroient en conjonction, au même point dans le ligne de l'é-
creviflc ; 6c le déluge, quand les mêmes aftres fc trouveroient
aulîi en conjonction dans le capricorne. Cette prédiction de
Berofe a été renouvelée bien des fois depuis lui. Stofler, aftro-
logue allemand du 15^ fieclc , prédit que la conjonction de
Jupiter, faturne &c mars, dans le fignc des poifTons , en i 5 14
cauferoit un déluge univerfel;&: cette prédiction jeta la terreur
dans toute l'Europe. Il y en avoit eu une pareille pour l'année
1186. Les orientaux , qui ont cultivé l'Aftronomie , ont eu
les mêmes idées , & ont attaché les mêmes craintes aux con-
jonctions des planètes. Reftemblance remarquable des hommes
(û) Hidcde Rclig. vecPerf. c. 51, p. jjS, (è) Chardin, tomelll.c.j.
S
13 8 HISTOIRE
dé* tous les climats, qui tombent dans les mêmes erreurs aux
extrémités du monde. C'eft fans doute le fouvenir des révolu-
tions que la terre a éprouvées. Les conjondlions de plufieurs
ou de toutes les planètes font rares. Ces phénomènes, qui ne Ce
laiflent voir que par des générations très-éloignées, qui fe pré-
parent pendant des fîecles, font efFrayans pour les efprits foibles
de tous les pays. La génération préfente ne les connoît point.
L'expérience feule peut rafTurer l'homme, jeté fur la terre par
la nature , & inquiet de tout ce qu'elle opère autour de lui.
Ce qui cft très - remarquable , c'eft que cette fuperftition de
Berofe, qui exiftoit peut-être chez les Chaldéeens looo ou
I 500 ans avant J. C. , fe retrouve encore en Europe i 500
ans après lui. Le cercle des erreurs renaît en finiffant , comme
celui des orbites céleftes.
§. V I I L
Les Chaldécns connoifToient les fcpt planètes Se leurs ré-
volutions. Il paroît que leur zodiaque n'étoit divifé qu'en i 2
conftellations, auxquelles prélidoient les i 2 dieux fupérieurs.
Du moins on ne fait pas mention qu'ils ayent connu cette di-
vifion fi ancienne en 2 S parties. Le refte du ciel étoit partagé
en 24 conftellations. On nous a confervé une fphere, fous le
nom de fphere perfienne, qui peut bien avoir appartenu auflî
aux Chaldéens , & qui eft l'origine de la notre {a). On dit
qu'ils faifoient la terre creufe & femblable à un bateau. Cette
opinion femble extraordinaire dans un pays où l'Aftronomie
étoit Cl anciennement cultivée. Les hiftoires font pleines de
ces chofes incohérentes , parce qu'elles nous font rendues
par des ignorans. On a pris à la lettre quelqu'expreflion figurée
(a) in/rà , ÉdairciiTemcns , Liv. IV, §. 14, & Liv, IX, J, 17 , i8 , 15.
DE L- ASTRONOMIE. 135
du ftyle oriental. Les Chaldéens fe fervoient peut - être de
l'image d'un bateau, foutenu fur l'eau, pour donner une idée
de la manière dont ils imaginoicn*-. que la terre étoit portée
fur l'ether. Cela eft d'autant plus vraifemblable que les anciens
donnoient au lolcil iSc à la lune un vaifTeau pour faire leur
cours. Ils lavoicnt bien cependant que ni la lune , ni le foleil
n'avoient la figure d'un bateau. Ccft ainfi que les opinions les
plus philofophiques deviennent des iottilcs dans la bouche de
l'ignorance. C'eft une opinion très-ancienne que celle d'un fluide
immenle qui rempliiroit tout l'univers. On conjecture que c'efl:
de ce fluide, nommé Ethcr , qu'cft né le nom de l'océan. Ce mot
flgnifioit primitivement le principe aqueux de l'univers. Les
anciens philofophes diloient que cet éther immenfe embrafloit
tous les êtres dans Ion fcin humide (a) , & l'océan n'étoit
autre chofc que l'éther terreftre. Les la vans ayant reconnu que
les aftres nagcoient dans le fluide célefte , le vulgaire les fit
voyager dans des bateaux. Il ne faut donc pas fe prefler de
condamner des opinions qui , priles à la lettre , paroifl^ent ab-
furdes, & qui, prifes figurément , pouvoient être afl^ez philo-
fophiques. Les Chaldéens enfeignoient que la lumière de la lune
cft empruntée, Se qu'elle s'écliplc en entrant dans l'ombre de la
terre. L'opinion de Berolc, que nous avons rapportée, ne peut
fubfifter avec celle-ci chez un même peuple, qu'en la fuppofant
beaucoup plus ancienne.
§. I X.
Les Chaldéens , étant en poflclîion de la période de 2 2 5
mois lunaires , ou de (î 5 8 5' |- , pouvoient prédire les éclipfes
de lune; mais ils n'avoient qu'une théorie imparfaite des éclipfes
(û) M. l'Abbé le Batteux, Mém. de l'Acad.dcs Infc, T, XXVII, pag. 137.
14.0 HISTOIRE
de foleil , & ils n'ofoient les annoncer, parce que cette période
qui ramené les éclipfes de lune , ne ramené pas longtems les
mêmes éclipfes de foleil (a). Les Chaldéens triplèrent cette pé-
riode pour éviter la fracflion de jour , 6c en formèrent une nou-
velle de 669 mois ou de 19756' entiers. Ils connurent très-
bien l'avantage qu'elle a de ramener le foleil de la lune à la
même diftance du nœud 6c de l'apogée. Nous croyons que
cette remarque de l'apogée appartient aux Chaldéens. Ce fut
un nouvel avantage qu'ils découvrirent dans la période des
éclipfes depuis longtems connue. Ils s'appercurent que le mou-
vement de la lune dans fon orbite n'étoit pas toujours égal ,
que la plus grande inégalité qui en réfulte n'arrivoit pas tou-
jours aux mêmes points de cette orbite : mais que ces points
fcmbloient s'avancer fuivant l'ordre des fignes du zodiaque ;
enforte que la période de cette inégalité étoit plus longue que
la révolution de la lune à l'égard de l'écliptique ou des étoiles.
Ils firent ces remarques , 6c déterminèrent avec exactitude les
révolutions moyennes de la lune , tant à l'égard de fon nœud
& de fon inégalité, qu'à l'égard du folcJ &L des étoiles (è). Mais
s'ils ont déterminé la quantité de cette inégalité , c'ell ce que
nous n'ofcrions dire , &; ce qui ne nous paroît nullement vrai-
femblable. Ce fut l'ouvraç-e de l'école d'Alexandrie.
Héritiers , comm.e les autres peuples , de ce peuple antérieur
qui les a tous éclairés , les Chaldéens eurent aulîi les périodes
de 60 èc de 600 ans. Ils eurent, comme les Indiens, la pé-
riode lunifolaire de 3<joo an^. Cenforin (c) fait encore men-
tion d'une période, qui étoit nommée chaldaïque , & qui ccn'-
prcnoit un intervalle de i 1 années. II avertit qu'elle n'étoic
(a) Infra , ÉcIakcilTemens , Livre lY, ( ^) Infra , Éclaire. Liv IV, j. ^0,
J. I j . {i) De die nutali. c. 1 8.
DE L' A S T R O N O M I E. 141
rëglëe fur le mouvement d'aucun aftre ; elle écoit purement
aftrolof;ique , p.irce que fa révolution ramenoit dans le même
ordre les années d'abondance , de difccte & d'épidémie. Cen-
forin fe trompe. Il n'y a point de période qui n'ait fz fource
dans l'Aftronomie. Jupiter vu de la terre revient au même
point du ciel au bout de i 2 ans oc 5 jours. Il y a lieu de croire
que c'étoit la période des inouvcmens de cette planète. Mais
elle n'appartient pas plus au peuple de Babylone qu'à tous les
peuples de l'Afie chez qui on la retrouve {a). Ces i x années
portent chacune le nom d'un animal ; &i comme Jupiter par-
court à-peu -près un figne du zodiaque dans une année , il y
a grande apparence que les noms de ces i z années font les
anciens noms des lignes du zodiaque, qui , comme nous l'avons
remarqué (S), durent être primitivement ôc uniquement des
noms d'animaux.
§. X.
Il n'eft pas douteux que les Chaldéens ne connuiïent la
diviiîon du jour en 60 parties, comme tous les autres peuples
de l'Afie. Ils eurent également la divifion en i 1 heures, puifque
leur aftronôme Berofe la porta dans la Grèce. Les heures
ëtoient fubdivifécs en minutes &c en fécondes. Les Indiens
même ont de ces fubdivifions plus petites que nos tierces. Quant
aux inftrumens pour mefurer le tcms, les peuples de Babylone
ont du avoir des clepfidres &C des cadrans. Les clepfidrcs font
en ufage aux Indes , elles font très-anciennes en Egypte &; à
la Chine. Suivant Macrobe 6c Sextus Empiricus , la première
fois qu'on divifa le zodiaque , ce fut par le moyen de l'eau
( a ) Scaliger , de Emend. temp. Lib. II , Infra , Éclairciflemens , Livre III , §.
pag. 106. 1*.
Zend-Avefta, T, I, part. I, pag. i6o. ^h) Supra, Livre II, J. i6.
141 HISTOIRE
écoulée d'un vafe. Nous montrerons (a) que cette méthode
n'eft pas Ci défectueufe qu'on l'a pcnfé jufqu'ici. Mais quoi qu'il
en foit , on en peut toujours conclure que l'ufage des clepfidrcs
a la même antiquité que la divifîon du zodiaque en i i fîgncs.
Les Clialdéens ont adopté cet ufage comme les autres peuples. Les
cadrans font peut-être moins anciens , quoique leur invention
ait dii fuivre allez naturellement celle du gnomon. Dès que
l'on a remarqué que la longueur de l'ombre étoit propre à
connoîtrc la hauteur du folcil , que cette ombre en tournant
autour des corps , fuivoit le mouvement diurne de cet aftrc ,
& pouvoit fcrvir à en diftinguer les intervalles , il a été ailé de
conftruire des cadrans. Berofe paflc pour en être l'inventeur.
Ce font les Grecs qui le difent : mais les Grecs appeloient m-
vcnteurs tous ceux qui leur apportoient des connoiflances étran-
gères & nouvelles pour eux. Il paroît difficile que l'auteur de
l'explication abfurde des phafcs de la lune ait pu s'élever à
cette invention. Nous fommes portés à croire qu'elle appar-
tenoit aux Chaldécns , parce qu'elle ne fe retrouve point chez
les Indiens , ni chez les Chinois. Quant à l'antiquité de cet
ufage , nous manquons de faits pour la fixer. On connoît le
miracle que dieu fit 7 3 o ans avant J. C. , en faveur d'Ezé-
chias ; les cadrans étoient connus alors. Berofe les porta dans
la Grèce , &: s'il a vécu vers 1500 ans avant J. C. , l'inven-
tion des cadrans leroit encore antérieure.
§. X L
Nous avons peu de détails fur la nature des obfer 'ations
chaldécnncs. Le P. Gaubil rapporte que les Lamas ont beau-
couD d'anciens livres de religion ou de fcicnces, dont qudques-
(û) Jnfrù-, tclairciflemciis. Livre IX, §. 14.
DE L' A S T R O N O M I E. 143
uns font mention de ce qui fe pafloit à la tour de Babylonc.
Ces livres tcroient curieux : mais les auteurs arabes , plus près
que nous de la fource j d'environ i o fiecles , les Arabes qui
habicoient le pays même , ont eu bien des lumières qui nous
manquent. Ces tréfors font peut - être dans leurs manufcrits
que nous poflTédons, & qui refirent inutiles faute de traduction.
Il feroit bien à fouhaiter que quelque jeune aitronôme eût allez
de zelc pour fe dévouer à l'étude de la langue arabe , ôc pour
tirer ces tréfors de leur tombeau.
Cette tour de Babylone étoit dans le temple de Belus ; elle
avoit un ftade de hauteur. Pietro-Dclla-Valle qui dans les
champs deferts,où fut Babylone, croit avoir retrouvé les ruines
de ce temple , dit que les murs regardent les quatre parties du
monde (a). Ainfi cet ufage des Indiens & des Chinois d'o-
rienter les Bàtimens , cet ufage que nous retrouverons chez les
Egvptiens, appartient auiii auxChaldéens. Ce fut l'ufage général
de l'Afie £c de l'antiquité. Babylone avoit donc des batimens
égaux par leur maffe aux pyramides fameufes de l'Egypte. Les
pyramides font encore debout , & la tour de Belus n'cxifte
plus. Si ces divers édifices étoient également folides , égale-
ment propres à réfifter aux outrages des fiecles , ceux que le
tems n'a pas achevé de détruire , doivent paroître plus mo-
dernes. Quelques favans ( b ) ont penlé que cette tour de
Belus étoit la même que la tour de Babel , qui fut bâtie
comme Babylone dans les plaines de Sennaar. Ain(i Xas Chal-
déens , tranfportés dans cette ville , y auroient trouvé un ob-
fervatoire qui attendoit leurs obfervations,& auroient appliqué
à l'ufage d^" l'Aftronomie le plus ancien édifice de la terre.
Une partie des obfervations des Chaldéens étoient des
. ' ■•*"
(/•)Mém.Acad,Inrc.T.XXYIII,p.iîj, (i) Ycidkr Hift. Mron. pag. 46.
144 HISTOIRE
éclipfes. Une auti-e avoir pour objet vraifemblablcment les ap-
paritions des planètes, c'eft-à-dire, le moment où commençant
à fe dégager des rayons du foleil , elles le lalflcnt appercevoir
le matin , immédiatement avant le lever de cet aftre. On ob-
fervoit encore leurs dations , leurs rétrogradations , de quel-
quefois leurs conjon£tions avec les étoiles. Mais le plus grand
nombre de ces obfervations étoient des levers 6c des couchers
des étoiles. C'eft de la Chaldée fans doute que cet ufage pafTa
dans la Grèce , &C peut-être dans l'Egypte. Ces obfervations
du lever 5c du coucher des étoiles étoient le fondement de
l'aftrologie naturelle. Les habitans de la Cilicie 2c du mont
Taurus obfervoient foigneufement le lever de la canicule , ôc
s'en fervoient pour prévoir la récolte Se les maladies de l'année.
En général toutes les intempéries des laifons étoient liées aux
levers &c aux couchers des étoiles , autant que des oblervations
vraies ou faufles avoient pu l'indiquer. Elles fervoient encore
à l'aftrologie judiciaire , & Diodore de Sicile {a) nous apprend
qu'il y avoit fans celTe, au haut de la tour deBabylone, un
aftronôme en f?xtion qui obfervoit les levers & les afpecls des
aftres , au moment de la naiflance d'un enfant.
§. X I L
Les Chaidéens donnoient à ces obfervations une antiquité
très-haute. Elles étoient fuivies , dit-on à Babylone , depuis
473000 ans , lorfqu' Alexandre palTii en Afic. Beroie , l'hiftorien,
les fait monter à 490000, & Epigenes à 720000 années.
On n'a pas manqué de taxer les Chaidéens d'impofture èc
d'orgueil ; mais nous feuls avions tort de les juger fans les
comprendre. Ces années ne font que des jours. Epigenes Idi-
(a) Diodore, Hiftoirc Univcrfclle , Tome I , Livre II, page 133,
même
DE L'ASTRONOMIE. 145
même nous apprend que ces obfervations écoient gravées fur
des briques. Il y en eut peut-être d'abord une pour chaque
jour. On compta le tcms écoulé par le nombre de ces bri-
ques. Les 720000 années d'Epigencs , étant fuppofécs des
jours , ne font plus qu'environ i 97 i années folaires ; ce qui
eft d'accord avec le rapport de Simplicius, qui dit que Callif-
thenes envoya à Ariftotc une fuite d'obfervations qui embraf-
foient 190^ années. Ces obfervations furent continuées fans
doute, & EpigencSjplus moderne qu'Alexandre ScCallifthenes,
a dû compter quelques années de plus. Ainfi d'après Epigenes
& Callifthenes (a) ces obfervations ont commencé 2234 ans
avant J. C. Berofe, l'hiftorien, donne une date moins ancienne,
il ne les fait remonter que vers l'an i 6 16 avant la même
époque. Quelques modernes ont penfé qu'il défîgnoit la date
des obfervations aftrologiques. Il nous paroît plus vraifemblable
qu'il y eut alors un changement dans l'Aftronomie ; peut-être
de nouvelles méthodes d'obfervcr , peut-être des inftrumens
inventés &: établis; enfin une perfection plus grande qui donna
lieu à une nouvelle époque , telle que nous en pourrions in-
diquer plufieurs dans les progrès de notre Aftronomie moderne.
Deux fiecles auparavant , vers l'an i 846, le troificme Hermès
fit des obfervations des étoiles; trois fiecles après , vers 1353,
fur faite la dcfcription de la fphere qu'Eudoxe nous a laifTée.
C'étoit indubitablement l'ouvrage des Chaldéens. Tout nous
indique que, dans cet intervalle de l'an i 84(5 à l'an i 3 5 3 , la
fcience fe perfectionna chez les Chaldéens ; les eflorts 6c les
recherches le multiplièrent. Il en réfulta, ou une plus grande
précilîon dans les obfervations , ou peut-être des obfervations
d'une efpece nouvelle &; fur des objets plus importans. Nous
(<j) Infra , £ciairciii"cm;ns , Liv. IV. §. 17 & luivans.
t4<? HISTOIRE
ferons (a) voir que les obfervations des éclipfes, par exemple,
ne paroiflent remonter à Babylone qu'environ 1600 ans avant
J. C. C'eft précifémcnc l'époque dont il eft queftion ici , êC
fans doute celle que Berofe a voulu défigner. Il eft encore une
autre époque fameufe , dans l'hiftoire des Chaldéens ou Affy-
riens, c'eft l'époque de Nabonaflar qui commença le z 6 Février
de l'an 74.7 avant J. C. ; mais elle eft purement chronologique.
Ce» prince barbare détruifit tous les monumens de l'hiftoire ,
dans l'intention que fon avènement au trône fût à jamais mé-
morable, de devînt une époque pour les tems à venir. Epoque
bien différente par conféqucnt de celle de Diemschid , des
Indiens , & de quelques autres plus modernes , lefquelles, fondées-
fur des obfervations, font des monumens de l'état du ciel , &
des connoiflances utilesàl'cfprithumain. Nabonaflar, en voulant
éteindre le fouvenir des tems qui l'avoient précédé , a mérité
la haine des tems qui l'ont fuivi , &; une place dans le nombre
des dcftru£tcurs des lettres 6c des connoiffanees.
§. XII L
On peut foupçonner que les 'Chaldéens avoicnt tenté quei-
qu'opération pour mefurer la circonférence de la terre. Ils
difoient qu'un homme, marchant d'un bon pas, .6c fans s'ar-
rêter, feroit , comme le foleil, le tour de la terre dans l'efpace
d'une année {6). A raifon d'une lieue par heure, il feroit
effedlivement , s'il pouvQit foutcnir une Ci longue marche ,
%j66 lieues dans une année de 3 (> 5 jours un quart. On fait
que la terre a 9000 lieues de tour. M. Caiîini {c) eftime qu'un
(a) Infrài Édairciflcmens , Livre Y, ( i) AchilksTatius , in Vranol. c.,)i^.
i» *8. ( c) Mém. Acad, des Scien. i70i , p. 16.
DE L'ASTRONOMIE. 147
homme à pied , m<archaiit par un beau chemin , & du
même pas , i z heures par jour , feroit le tour de la terre en
deux ans. S'il marchoic toujours , il le feroit donc dans une
année. C'eft précifément ce que difoient les Chaldéens. M.
Caflîni ne parôît pas avoir fongé à eux , puifqu'il ne les a point
cités , &c le plus habile aftronôme moderne eft ici d'accord ,
fans y pen(er,avec les- plus anciens. Cette mefure des Chaldéens
n'étoit pas cependant fi exacte qu'elle le paroît , parce qu'ils
cftimoicnt de 3 o Itades le chemin qu'un homme fait à pied dans
une heure- Il en réfulte que la circonférence contient 1 <> i 9 80
ftades : & par une évaluation du ftade dont nous rendrons
compte ailleurs, (a) le degré fe trouve de ^1458 toifes ,
plus grand de 5 à (jooo toifes qu'il ne l'eft réellement. Auffi
cette mchire eft-elle bien inférieure pour l'exaûitude à celle
que nous fuppofons avoir été faite avant le déluge.
§. XIV.
Les opinions des Chaldéens fur les comètes font celles qui
leur font le plus d'honneur. Ils étoient fur ce point d'Aftro-
nomie, c'eft-à-dire, fur la nature de ces aftres, auffi avancés que
nous le fommes depuis Newton. Il y avoit chez eux deux
opinions oppofées. Les uns difoient que les comètes étoient
produites par un certain mouvement de l'air, agité & prefle
en tourbillon. Les autres rangeoient les comètes au nombre
des étoiles errantes, ou des planètes. On ajoute même qu'ils
étoient parvenus à connoître leurs cours (^). Ne font -ce pas
en effet les deux opinions qui ont régné en EiM"ope au com-
mencement de ce fiecle. C'eft là que Séneque avoit puifé cette
( a ) Hiftoire de l'Aftronomie moderne, {à) Infra , Éclaire. Liv. IV , §. 47.
Tij
148 HISTOIRE
philofophie, & cette famcufb prédi£tion de la connoiflance
future des retours des comètes, dont on a fait tant de bruit
depuis I 5 ans , &C qui ne lui appartient pas. Il n'a que le
mérite d'avoir jugé & adopté cette opinion très-philofophique.
Sans doute les 1900 années d'obfervations fuivics des Chal-
déens , le ciel pUr de leur pays , la confiance des obfervateurs ,
qui fe relcvoient &c ne laifToient jamais le ciel fans témoins ,
ont donné à ce peuple de grandes facilités pour appercevoir
les comètes. Mais comment a-t-il connu leur retour ? Indé-
pendamment de ce que Séneque le dit exprcflernent , cette
condition eft néceflaire pour enfeigner qu'elles ont un cours
réglé comme les planètes. Cependant cette découverte dépend
d'obfervations que les Chaldéens n'ont jamais pu faire, êc
d'élémens qui leur manquoient ablolument. Si cette opinion
n'eft pas , comme nous l'avons penfé (û), un refte d'une Aftro-
nomie plus ancienne , il faut croire que le hafard les a bien
fervis. La longue apparition de certaines comètes a pu leur
perfuader que ces allres étoient durables. Ils auront vu enfuite
dans le même lieu une comète, femblable à une autre qu'ils
avoient déjà vue ; &: foit que ce fût en efl'ct la même comète
ou non, ces apparences incertaines ou faufles les ont également
conduits à une opinion vraie. C'eft ainfi que quelquefois les
vérités ont été découvertes ! Le partage des fentimens des
Chaldéens iur la nature des comètes ne rient point à l'igno-
rance. Nous nous condamnerions nous-mêmes en les jugeant
ainfi. Où en ferions-nous , fi on regardoit comme ignorant &
barbare un peuple chez qui aucune vérité utile n'a pu s'établir
fans contcftation ?
■ia) Supra i Livre III, §. 16.
DE L' A S T R O N O M I E. 14.^
§. X V.
Une autre connoiflance des Chaldcens , dont nous devons
la remarque à rhilloriea des machémaciqucs, cft celle du mou-
vement des fixes. Albategnius rapporte que les Chaldécns fai-
foient l'année aflrale de 365' 6^ i i' {a). Que reroit-ce en
efFet que cette année aftrale , H la progrelFion des fixes ne leur
avoit pas été connue ? Nous favons que leurs années civiles
étoient de 365' ;j en nombres ronds, & nous ignorons s'ils
s'étoient apperçus que cette durée étoit trop longue de quel-
ques minutes ; mais en retranchant z o 17 pour le mouve-
ment des étoiles en longitude , on aura une année tropique de
365' 5 53' 43, qui ne diffère que de i i'' de celle des
Indiens (/^}. Toutes les années anciennes font donc plus longues.
On trouve encore chez les anciens Perfcs , qui félon nous ont
précédé les Chaldéens , quelques indices de la connoiflance du
mouvement des fixes (c). D'ailleurs il eft clair que les Chal-
déens ont pu y parvenir comme les Indiens. Occupés, pendant
plus de dix-neuf ficelés, de l'oblervation des étoiles, de marquer
le jour de l'année auquel répondoit leur lever héliaque , il eft
impolîible qu'ils ne fe foient pas apperçus que ces levers retar-
doient de 19a 20 jours. Ils ont deifiné les conftellations , &
comparé leur pofition dans le ciel aux colures des folftices &
des équinoxes. Ces pofitions changent trop fenfiblement dans
l'efpacc de 15 ou 2 o fiecles , pour qu'ils n'y ayent pas fait
attention. Le fruit de ces remarques fimples devoir être la con-
noiflance du mouvement des étoiles. Ainfi les preuves èc les
( <j ) De Sdentia Stellar , c. 17. cadémie des Sciences , pour l'année 1773.
Hift. des Math. Tome I , page Ci. (c) Infrà, Éclairciflemens j Livre IVj
( À ) M. le Gentil , Mémoires de l'A» $. 44.
ijo HISTOIRE
probabilités fc réuniflcnt pour attribuer cette découverte aux
Chaldéens comme aux Indiens.
§. XV i.
Les Chaldéens ont donc fait beaucoup d'obfervations. On
pourra demander, s'ils avoient des inftrumensPLcs probabilités
démontrent que les cercles de cuivre divifés 6c les armilles ,
font très-anciens dans l'Afie , même antérieurement aux Chal-
déens. Mais un ufase de ces derniers , non-feulement fait con-
noître qu'ils fe fervoient d'inftrumens , mais encore peut nous
apprendre quelle étoit l'exaclitude de ces inllrumens. Ils par-
tageoientle degré en 24 doigts, ou parties (a). On n'a point de
pareilles fubdivillons, on n'en fait point ufage dans les oblerva-
tions céleftes fans inftrumens. lien réfuke encore, que la 24*^
partie d'un degré, qui vaut 1' 3 o', étoit fenfible fur ces inllru-
mens. On ne peut donc pas fuppofer que cette 2 4^ partie eut
moins d'une ligne , le degré deux pouces, 6c le rayon neuf à dix
pieds. Nous verrons dans l'hiftoire des Egyptiens , que les an-
ciens ont pu avoir des inftrumens énormes ; mais ceux dont ils
faifoient un ufage ordinaire, ne pafloient pas fans doute les
dimenfions que nous leur aflignons ici.
§. X V I I.
Si nous voulons apprécier le mérite aftronomique des Chal-
déens , nous n'établirons point notre jugement lur la reffem-
blance prétendue de la terre avec un bateau, ni furie globe
de la lune, moitié obfcur &c moitié lumineux , tournant fur fon
axe pour produire les phafes 6c les éclipfes. C'eft l'explication
de Berofe; nous réléguons cet aftronôme ôc fes abfurdités aux
( a ) lafrà , ÉclaircilTcmcns , Livre IV , §. 40.
DE L' ASTRONOMIE. 151
premiers ficclcs des Chaldécns &c à l'enfance de leur Aftro-
nomie.Nousnc nierons point les découvertes qu'ils ont faites, les
opinions faines qu'ils ont eues, parce qu'ils en eurent de ridicules.
Doit-on mêler & confondre ces différentes opinions , leur affigner
la même date , &; en jugeant les unes incohérentes , regarder
les autres comme fixbulcufes , tandis que c'eft: nous qui les
dénaturons en les réunifiant ? Que devicndroit notre philofo-
phie 6c notre méthaphyfique,li les dépôts de nos connoiffances
étant péris, on comparoit quelques pcnlées de M. l'abbé de
Condillac à des morceaux des auteurs fcolaftiqucs ; notre phy-
fîque Se notre géométrie , fi l'horreur du vide Se les quadra-
tures du cercle, qui renaiffent tous les jours, étoient rapprochées
de la réputation que laiflcront après eux les Buffon,les Clairaut
&; les d'Alcmbert ? Enfin , que deviendroit notre Ailronomie
fi l'on nous conteftoit la mémoire lubfifirante de nos décou-
vertes , en citant l'opinion renouvelée Se détendue de nos jours
que les comètes foat des météores fublunaires? Il n'y a qu'Un
moyen de juger un peuple dont l'hifiroire eft: peu connue , Se
d'apprécier fes progrès dans les fciences , c'efl: de faifir dans
les opinions qu'il a eues , dans les découvertes qu'on lui at-
tribue, l'opinion la plus faine, la découverte la plus profonde ,
Se de dire : voilà le terme de les connoiiTances , voilà la mefure
de fes lumières. Cent opinions fauffes Se abfurdes ne peuvent
prévaloir contre une Iculejudicieufe Se vraie. Comment marquer
le terme où l'elprit humain s'ell élevé dans un fiecle ? eft-ce
par le génie qui l'honore , ou par la médiocrité qui rend ce
fiecle femblable à tous les autres ? Un peuple le juge comme
un fiecle. Si donc nous voulons établir le degré d'eftime qui
efi: du aux Chaldéens aftronômes, nous le fonderons fur la
confi:ance de leurs obfervations , fur les périodes du mouve-
ment de la lune , iur la connoiilance du mouvement des
1 5 z HISTOIRE
fixes , fur l'opinion du retour des comètes ; Se nous oublie-
rons toutes les abfurdités dont les hiftoriens ont chargé
leur mémoire. Il y a encore une autre manière de juger un
peuple , c'eft de comparer fes découvertes au tems qu'il a mis
à les faire. Il eft fins doute une certaine relation encre la durée
d'une fcience & fes progrès. Ce nouveau point de vue ne fera
point fi favorable aux Chaldéens. Les fruits que nous avons
recueillis font en petit nombre pour vingt fiecles d'obfervations:
que n'auroit-on point fait en France, en Angleterre , fi l'Af-
llronomie y datoit de cette antiquité ! Il paroît que les Chal-
déens furent fans invention Se fans génie. Ils fuivirent conf-
tamment les obfervations qui leur avoient été indiquées , 6c
le peu de découvertes qu'ils ont laiffe eft dû à quelques étin-
celles, qui ne s'étant point communiquées, s'éteignirent bientôt.
Mais CCS découvertes font l'ouvrage de la nation , elle en doit
conferver la gloire. Les Chaldéens , malgré les erreurs qu'on
peut leur imputer, doivent être regardés comme le plus favant
des peuples connus de l'antiquité.
§. X V I I L
On leur reproche l'aftrologie dont la nation fut tellement
infectée , que toute efpece d'aftrologues & de -devins furent
dans la fuite appelés Chaldéens. L'aftrologie eft une erreur
univerfelle. C'eft une tache que l'hiftoire imprime fur la mé-
moire de tous les peuples. Les Chinois fi fages, fi éclairés , ne
s'occupent-ils pas encore des prédictions de cet art prétendu ?
Il n'y a pas longtems que nous-mêmes avons fecoué le joug de
cette efpece de fuperftition. Il ne faut donc pas imputer aux
Chaldéens feuls l'erreur de toutes les nations. Peut-être ont-ils
contribué à la répandre dans l'univers ; mais l'aftrologie eft
un abus de i'Aftronomie, 6i fi l'abus eft né chez eux, c'eft une
preuve
DE L' ASTRONOMIE. içj
preuve que la fcience y eft née elle-même , ou du moins y a
été renouvelée. C'eft une preuve qu'elle y étoit ancienne , que
les connoiflances en écoienc defcendues dans le peuple qui dé-
nature tout , &C que les prêtres , conduits par leur intérêt , ont
trompé la nation pour la dominer plus aifément. D'ailleurs
nous devons dire que chez eux-mêmes, chez ces prêtres qui abu-
foient ainfi delà crédulité, l'erreur ne fut pas générale. Parmi
les Chaldéens ^ dit Scrabon(cz), il y en a qui font profejjton
de prédire aux hommes leur deflinée fur les circonftances de leur
naifance y mais les autres ne les approuvent pas. Il feroit injufte
de reprocher aux Chaldéens ce qu'ils condamnoient eux-mêmes.
Dominique Caffini commença la carrière par l'aftrologie , & (î
la jcunclle d'un grand homme a pu tomber dans cette erreur,
le peuple , qui eft toujours dans l'enfance , doit aifément s'en laifTer
infecter. Il ne faut donc pas juger cette nation fur les fots qui
la dégradèrent , ni fur les fripons qui l'ont trompée.
§. X I X,
Nous n'avons point parlé en particulier des Phrygiens qui
fc difoicnt plus anciens que la lune ; ce qui a fait croire à
quelques modernes que la terre avoit été autrefois fans fatellite;
ni des connoiilances aftronomiques des Phéniciens , quoique
ces peuples pafTent dans l'antiquité pour y avoir été très-verfés.
Il paroit que les Phrygiens ont eu très-anciennement des con-
noifTanccs lur l'Aftronomie. Le culte du foleil, ou plutôt d'Her-
cule qui en eft le fymbole , y étoit éfabli 2300 ans avant Hé-
rodote, c'eft-à-dire , 2700 ans avant J. C. [b). On peut foup-
çonner que ce culte ne s'cft introduit chez les différentes na-
tions, qu'on n'y a porté l'allégorie d'Hercule , qu'autant qu'on
(û) Géog. Lib. 16. {b) Hérodote, Lib. II.
, j4 HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE.
y a- etatsîî en mênle tems les principes de l'Aftronomie , qui
en font le fondement ; mais ces conjectures font trop foi-
bles, pour donner à ces peuples une place diftinguée dans cet
ouvrage. Les Phéniciens y auroient peut-être plus de droit. Le
commerce dont ils ont donné le premier exemple , la naviga-
tion qui a porté leurs colonies dans la Gaule , dans l'Efpagne ,
dans l'Irlande &L dans la plus grande partie de l'Europe , les a
conduits, dit-on, à l'invention de l'arithmétique ôc de l'aftro-
nomie. Ils navigeoient à l'aide des étoiles de la petite ourfe, qui
en a reçu le furnom de phénicienne. Mais on peut juger ce
peuple par fa réputation même. Ce font les entreprifes de com-
merce qui l'ont rendu principalement fameux. Ce caractère do-
minant de la nation eft peu compatible avec les progrès des
fciences ; il efl: naturel de penfer que les Phéniciens ont attiré,
•établi chez eux les connoiffanccs utiles au commerce, qui faifoit
le foutien de ce petit état , mais ils ne les ont point inventées.
On peut croire feulement que l'Adronomie , née au milieu du
grand continent de l'Afic, s'étant avancée de proche en proche
îufqu'aux bords de la mer, fut avidement embrafl.ee par les
Phéniciens , qui en firent aufli-tôt l'application au commerce
maritime. Cette application eft une véritable invention, qui leur
fait honneur fans doute: mais les notions primitives , les prin-
cipes venoient de la Chaldée , trop voifine des Phéniciens pour
n'avoir pas été la fource de leurs lumières à cet égard. Les Phé-
niciens enfeignerent à leur tour ce qu'ils avoicnt appris , &
comme leur commerce embraiïbitprefque toute la terre, les vaif^
féaux tranfporterent partout les connoifl^ances aftronomiques ^
& acquirent aux Phéniciens une réputation plus grande que celle
des Chaldéens , qui furent indubitablement leurs maîtres.
HISTOIRE
DE L'AST
OMIE ANCIENNE.
.iit -wjj^^ji
^^pé^
LIVRE SIXIEME.
=???Sîîi&ï^
D E l' Ajlronomic des Égyptiens.
PREMIER.
i_i E S Egyptiens prétendent qu'ils font enfans de la terre , &;
les plus anciens des hommes qui l'habitent. Chaque peuple en
peut dire autant ; on n'eft pas reçu à dépofer feul de fa no-
blelTe. Les Grecs , peuple toujours exagérateur , qui avoient
tout tiré de l'Egypte , de qui les villes étoient des colonies
égyptiennes, ont vieilli leurs prédéceiïeurs pour fe rendre eux-
mêmes plus refpe£tables. Mais ce n'eft pas être fort ancien que
de l'être plus que les Grecs. Les Egyptiens , confidérés comme
habitans de l'Egypte , font peut - être les plus modernes des
peuples qui nous ont occupés jufqu'ici. Ce font les Ethiopiens ,
leurs ancêtres , qui font vraiment anciens. L'Ethiopie qui eft
un pays fortile, fort élevé , fut habitée prefqu'auffi-tôt après
le déluge. L'Egypte alors n'étoit pas fi étendue qu'elle l'eft aii-
jourd'hui. Les Ethiopiens prétendoient même qu'au commen-
Vij
,5^ HISTOIRE
cernent du monde l'Egypte n'étoit qu'une mer, mais que le Nil,
entrainant dans fes crues beaucoup de limon d'Ethiopie , en
avoit fait une partie du continent {a). Il eft certain que l'Egypte
inférieure a été habitée la dernière. Le débordement du Nil
a du paroître un grand obftacle à l'agriculture, avant que l'in-
duftrie humaine eut reconnu qu'elle pouvoit l'y rendre favo-
rable. Les Ethiopiens, quand leur population devint plus nom-
breufe , s'avancèrent vers la haute Egypte , Sc leurs colonies la
peuplèrent.
§. I L
Lucien, qui écrivoit fans doute d'après les traditions con-
fervées jufqu'à lui , & fur les opinions reçues parmi les favans ,
établit exprcirément cette antériorité des Ethiopiens fur les Egyp-
tiens , & donne le dernier rang à ceux-ci dans les connoiifances
philofophiques. Nous remarquerons que la route qu'il fait fuivre
à ces connoilTances fur la terre, en pafTant de peuple en peuple,
eft aflez conforme à l'ordre que nous obfervons dans cet ou-
vrage. Lucien introduit la philofophie elle-même : /e me fuis ,
dit-elle , tranfponée ck^\ les Indiens que j'ai perfuadés de def-
eendre de leurs éléphans , pour converfer avec moi. De la je fuis
allée cheT^^ les Ethiopiens. Je fuis enfuite défendue en Egypte, j oie
j'ai inflruit les prêtres ù les prophètes des chofes divines [b).
Le nom d'Inde que portoit jadis l'Ethiopie , les gymnofo-
phiftes ou les Brames que l'on y retrouve comme aux Indes ,
indiquent que les peuples qui habitent ces deux différentes
parties du monde peuvent avoir une origine commune. On re-
marque même que beaucoup de villes &: de contrées ont dans
(a) Diodore , Lib. III , page 339. Mémoires de l'Acadcniie des lufcriptioDEs
{.b) Lucien , Traité de l'Aftrologie. tome XXXI , page 1 1 8.
DE L' A S T 1^ O N O M I E. 157
l'Inde 5c dans l'Ethiopie des noms femblables (a). Certains
traits de rclîcmblance entre le zodiaque égyptien du P. Kirker,
& le zodiaque indien , inféte dans les tranfaclions philofo-
phiques {b) y confirment lingulierement cette opinion. On a re-
gardé le zodiaque du P. Kirker comme (ufpecl , mais ce foupçon
tombe par les traits de reflemblance que ce père n'a pu deviner.
Nous n'en citerons qu'un qui eft frappant ; c'eft celui, du ligne
du capricorne. Les Indiens le repréfentent par un bélier &. un
poilFon féparés. Les Egyptiens en ont fait un monftre , moitié
bélier , moitié poilFon , que nous avons confervé dans noire
zodiaque. Ici l'imitation ell évidente : on peut même aller plus
loin. Il ne femble pas naturel que les Indiens, d'un animal en
ayent fait deux , àc peut-être doit-on conclure que le peuple,
chez qui on trouve ces deux animaux réunis , eft le peuple
imitateur.
Il eft probable que la mer rouge a été formée par une ir-
ruption de l'océan dans les terres [c). Strabon nous apprend que
le détroit de Babel-mandel fut autrefois fermé, &: que la com-
munication étoit ouverte entre l'Arabie & l'Ethiopie ; c'eft par
là lans doute que ce pays s'eft peuplé. Uranus vint le civililcr,
& y enleigner les premières notions d'Aftronomie. Atlas y
apporta l'invention de la fphere. On connoit la fable d'Atlas
chargé du poids du ciel.Cettefable défigne vifiblement l'invention
de la fphere. A-t-on voulu marquer par là le poids des occu-
pations qu'il s'étoit impofécs , en veillant jour èc nuit à l'ob-
lervation des aftres ? A-t-on voulu peindre l'entreprife immenfe
de la recherche des caufes, comme un fardeau qui accable la
foiblefle humaine : fardeau dont Atlas s'étoic chargé , & qu'on
{a) Mém. Acad. Inf. T. V, p. 330. 2n/rà , Éclaire. Liv. IX ,§. i j.
Infrkj Éclaire. Liv. V , ^. i. (c) Hiftoirc Naturelle de M, de Bjfl'on,
(i)Tom, LXII, ancée 1771,'p. 5^5. in-11, lome II, page 114.
158 HISTOIRE
a liguré par le monde pcfanc fur fcs épaules ? Il n'y a gueres
d'apparence que le peuple , récemment civilifé par Uranus , ait
enveloppé des idées mécaphyfiques dans une fable. 11 fe pré-
fente une explication plus naturelle. Atlas inventa la fphere ,
c'cft- .à-dire, il fit des différens cercles du ciel, ou feulement de
quelques-uns de ces cercles , une rcpréfentation portative. II
en démontra l'ufage , on lui vit porter cette figure du monde.
Les récits de l'admiration furent exagérés fuivant la coutume;'
&c depuis , la tradition qui confond tout , a dit qu'Atlas avoit
porté l'univers fur fes épaules.
§. III.
L A mefure du tems 6c de l'année a fubl beaucoup de chan-
gemens chez les Egyptiens , èc fut fort différente dans les dif-
férens tems ; d'où naît la confufioii de leur chronologie. En
lifant leurs hiftoires , ou plutôt les extraits qui nous en reftent,
on voit qu'ils ont compté également & fans les diftinguer par
des années qui n'étoient point femblables. Il y a apparence
que les provinces de l'Egypte, qui avoient chacune leurs dieux,
avoient auflî leur manière particulière de compter le tems. Les
EZgyptiens eurent des années d'un , de deux, de trois, de quatre
& de ûx mois. Les années d'un mois étoient les révolutions de
la lune à l'égard du foleil , ou cà l'égard des étoiles. Les années
'de deux mois étoient la période de 60 jours, connue dans
l'Afie. Les années de trois mois , des faifons ; & celle de fix
mois l'intervalle d'un folftice ou d'un équinoxe à l'autre , que
l'on retrouve chez les Indiens & chez les Tartares. Mais les
années de quatre mois font plus fingulieres. Nous n'ignorons
pas que les anciens auteurs nous difent qu'il n'y avoit autrefois
que trois laifons à l'année, qui par conféqucnt étoient de quatre
mois ; cependant le tems n'a d'autre règle que rAftronomie ,
DE L' A S T 11 O N O M I E. 159
5v nous n'imaginons pas quelles obfcrvations pouvoicnt faire le
partage de l'année en crois lailons. La révolution de mercure
eft d'environ quatre mois, mais cll-il vraifcmblable que l'on
ait jamais établi la mefure du tems kir la marche d'une planète
fî difficile à appercevoir ? On dit , ce qui n'eft gueres plus
vraifemblabre , que cette divifîon de l'année en trois parties
étoit réi5;lée par le Nil qui croît pendant quatre mois , décroît
pendant quatre autres, &C demeure quatre mois tranquille. Il
ne refte que l'explication que nous avons propcféc , comme la
plus naturelle , dans le livre précédent , & qui place l'origine
de ces années au 78° de latitude feptentrionalc. Horus , His
d'Oiiris , inventa, dit-on , les années de trois mois.
Les quatre principales phafes de la lune ont indiqué à tous
les peuples la divifîon du mois ou de la révolution de cette
planète en quatre parties, de fept jours chacune, qui furent
appelées femaines. On attribue aux Egyptiens l'idée d'avoir
dédié chacun de ces fept jours aux fept planètes , ou aux dieux
qui les gouvernent. Cependant cet ufage fe retrouve chez
les Indiens èc les Chinois, èc nous en avons conclu que cet
ufage général leur vient à tous également d'une fource com-
mune. Quoi qu'il en loit , il paroit que les Egyptiens réunirent
très-anciennement 5 o de ces femaines, pour former une année
à-peu-près lunaire de 3 5 o jours (a).
§. I V.
Hermès Chaldéen,né àCalovaz,pa{ra dans l'Ethiopie vrai-
femblablement vers 3362 ans avant J. C. II y fonda toutes les
connoifîances. Il régla , dit-on , le culte des dieux , parce que
fans doute , il y apporta les rits 6c les ufages de l'orient , la
( <j ) Jnfrù , ÉtUircifTcmens , Livrç V ? f . }>
i(îo HISTOIRE
connoifîance des douze dieux fupérieurs. Les Ethiopiens n'a-
voienc eu jufques-là pour dieiftc que les fept planètes. Il apporta
les hiérogliphes , les principes de la religion &c des fciences qui
y ëtoienc cachés, & inftitua dans les temples les myfteres de
l'Afie. Il plaça dans les ian^luaires ces tables de pierre gravées ,
qui de fon nom furent appelées Stèles , en égyptien Thoitk j
parce que l'Hermès des Grecs & des Chaldéens portoit en
Egypte le nom de Thoth. Il indiqua le culte d'Hercule , fym-
bole du foleil , &; de là ces villes , où ce culte fut établi , qui
portoient le nom de Diofpolis Se d'Héliopolis. Il inventa ou com-
muniqua les caradlcrcs alphabétiques; enfin , il fut l'inventeur
de l'Aftronomie , parce qu'apparemment il avoir recueilli les
rcftes de l'ancienne Artronomie, dépofés dans les monumens
d'Afie. Il montra toutes les divifions du zodiaque , en deux,
quatre , douze & trente-fîx parties. Ces dernières de dix degrés
chacune, étoient les fubdivifions des fignes. Il établit l'ufage
des obfervations , du moins il nous en reftc une de lui , favoir ,
celle de la pofition de l'étoile appelée l'œil duj^taureau {a). Il
paroît qu'il réforma , ou plutôt qu'il completta l'année lunaire,
en y ajoutant cinq jours épagomenes. Les prêtres , qu'il avoir
inftitués , continuèrent de graver fur les Stèles les découvertes
ou'ils firent depuis lui. Leur nom n'y paroifloit point. Toutes
ces inventions, prifes enfemble ou léparément , gardèrent le
nom des Stèles où elles étoient infcrites. On les nomma les in-
ventions des Thoth ; de là la prodigieufe quantité d'ouvrages
dont on a fait honneur à Thoth, Hermès ou Mercure (b).
§. V.
Une colonie d'Ethiopiens paffa dans l'Egypte fupérieure ,
( a ) Lifra , Éclaire. Liv. IV , §. 4. ( i ) Infra , Éclaire. Liv. H, §.13, 14-
DE L' ASTRONOMIE. r^ r
& y foncîa la ville de Thebe* , fameufe par Ces cent portes ,
&; par le culce du folcil , d'où elle prit le nom d'Héliopolis. II
paroit que pour s'approcher de la durée de l'année folaire , on
avoit établi une année de 3 60 jours. Les Thcbains, qui les pre-
miers cultivèrent l'Allronomie en Egypte , s'apperçurcntque cette
année s'écartoit de cinq jours de la véritable révolution du foleil,
&C ces cinq jours nommés épagomenes , furent ajoutés à la fin
de l'année aux douze mois de trente jours. Nous penfons que
cette invention eut lieu vers 1887 ans avant J. C. , parce que
c'eft à cette date que remontent les années folaires dans la
chronologie égyptienne , red-ifiée par nos calculs.
§. V I.
Ils remarquèrent bientôt que leur année étoit en défaut
d'un quart de jour, par le changement du lever de la canicule.
C'étoit pour eux le plus intérelîant des phénomènes aftrono-
miqucs. Les premiers hommes, qui fe hafardercnt à dcfcendre
dans la baffe Egypte , virent détruire leurs cabanes , entraîner
leurs troupeaux , périrent peut-être eux-mêmes en partie , par
le débordement imprévu du Nil. Dans le tems le plus fec
de l'année, fans aucune pluie précédente , le fleuve grofllffbit,
fortoit tout-à-coup de fon lit , 6c emportoit avec lui tout ce
qui fe rencontroit dans les plaines. Ce malheur ne fembla
d'abord qu'un accident , mais il ne fallut que quelques années
pour reconnoître qu'il étoit périodique. Dès que ces calamités
fuivoicnt quelque règle , on efpéra de parvenir à les prévoir ;
on étudia les vents , l'état du ciel , &L l'on s'apperçut que
quelque tems avant le débordement , une très- belle étoile fc
raontroit le matin, du coté de l'orient, avant le lever du foleil.
Elle ne faifoit que paroître , elle étoit prefqu'au(îi-tôt eflTacée
par l'éclat de l'aurore nallVantc. Comme elle fembloit ne fe
X
i6% HISTOIRE
montrer que pour avertir, on la nomma Taaut , c'cft-à-dire , le
chien' y (i'où elle retint le nom de canicule {a). On la nomma
encore l'étoile du Nil , Sihor , S iris ^ Se de là Sirius qui eft le
nom qu'elle porte aujourd'hui. Cette étoile devint le figne public,
fur lequel chacun devoir avoir les yeux pour préparer les vivres
néceffaires, pendant le tems de l'inondation qui duroit plufieurs
mois , & pour ne pas manquer le moment de fe retirer fur les
terrains élevés. On peut donc penfer que ce phénomème im-
portant, d'où dépendoit le falut des Egyptiens, fut toujours
obfervé avec foin. En confequence on dut s'appcrcevoir peu
après l'établiflement de l'année de 3 6 5 jours , que le lever de
Sirius au bout de quatre ans n'arrivoit plus le même jour. S'il
avoir été fixé au premier jour de l'année , au bout de quatre
ans , quatre fois fix heures s'étoient accumulées , il n'arrivoit
que le fécond jour, en retardant ainfi d'un jour tous les quatre
ans. Les Egyptiens en firent une petite période , qui étoit pré-
cifément celle de notre année biflextile.
§. VIL
Le commencement de l'année civile au contraire arrivoit
tous les quatre aiîs un jour plutôt que le renouvellement de
la révolution du foleil. Cette année étoit donc vague ; c'eft-
à-dire, fes différentes parties répondoient fucceffivcment à dif-
férentes faifons de l'année lolaire. Elle fervoit de règle pour les
fêtes, les facrifices qui fe célébroient à certains jours marqués;
ainfi ces fêtes & ces facrifices rétrogadoient continuellement ,
ôc parcouroient les différens jours de l'année. Les Egyptiens
bien loin de corriger ce défaut , y attachèrent une forte de fu-
perftition [b). Ils avoient en horreur toute efpece d'intercala-
(û) Pluche , Hiftoire du ciel, tome I, {b) Geminus in Uranologion , pag,
page j7 Se fui vantes, 33.
DE L'ASTRONOMIE. 1(^3
tioii ic),èc croyoienc bénir , faire profpérer chacune des faifons ,
en les faifant jouir tour-à-tour de la fête d'Ifis , qui fe célébroic
en même tems que celle de la canicule. Ce dérangement de
l'ordre civil étoit même il retpectableà leurs yeux, que dans la
cérémonie du couronnement & du facrc des rois d'Egypte, les
prêtres les introduifoicnt dans le fan£tuaire d'Ifis , oii ils leur
faifoient jurer de confervcr l'ulage de l'année vague, &c de ne
jamais fouffrir aucune intercalation de jour, ni de mois , quand
même ces jours ou ces mois feroient deftinés à être confacrés
aux dieux (i/). Comme les Perfes leurs voifms, èc quelquefois
leurs maîtres, avoient Fufagc de ces intercalations, les Egyptiens
craignoient qu'on ne l'introduilit chez eux. Cette année vague
ne pouvoit lervir à régler les travaux de la campagne. L'agri-
culture dépend des faifons, qui dans cette forme d'année étoient
mobiles. Le tems des labours , des femailles , des récoltes étant
déterminé par celui du débordement du Nil , ils avoient une
autre année qui commençoit le jour du lever de la canicule Sc
annonçoit ce débordement ; la première étoit civile & reli-
gieule , celle-ci étoit rurale.
§. V I I L
En fuppofant que ces deux années, rcligieufe &: rurale ,'•
euflent commencé enlemble à une certaine époque , le com-
mencement de l'une devoit tous les quatre ans s'éloigner d'un ^
jour du commencement de l'autre; 6c l'année religieufe rétro- -
gradoit en remontant l'année rurale. Il s'enfuit qu'au bout de ;
quatre fois 365 ans , après i 4.60. , ou plus exaélemcnt après'
14(^1 ans, parce que 1460 révolutions folaircs (ont 1^61
années de 3 6 5 jours, ces deux années dévoient recommencer -
(a) Saumait'e , Plinian. £xerc. pag. jjo. (A)Frer«, Def. delà Chronol, p. j^j.
X.j
■i6s^ HISTOIRE
enfemble. C'eft cette période de 146 i ans qui fut fi famcofe
chez les Egyptiens , à laquelle ils avoient donné les noms de
grande année, d'année de dieu, ou de Thoth, d'année fothique
ou caniculaire. La 1461^ année étoit une année de renouvel-
leSment, d'abondance &c de joie. Ils efpéroient apparemment
une récolte plus hcurcufe , lorfqu'après un long intervalle de
tems , le lever de la canicule , & le débordement du Nil reve-
noient dans la mêmefaifon de l'année religicufc. Cette période,
félon M. Court de Gebelain (a), avoit pour emblème le Phénix.
Nous avons montré que cet oifeau fabuleux écoit réellement
l'emblème d'une révolution folaire. Les Egyptiens appliquèrent
peut-être en efFet, à leur grande année caniculaire, la fable par
laquelle lcs.pcuplcs du nord avoient rcprcfcnté l'année. Trompés
par un mot , dont ils comprirent mal la fignification,ils dircnc
que cet oileau venoit de l'Arabie ; c'étoit en efTet la route que
les connoiflances agronomiques avoient fuivie pour parvenir
jufqu'à eux. Ils ajoutèrent, en complettant la fable, que cec
oi(eau périt & renaît fur l'autel du foleil , parce que c'cft le
foleil qui régie &: conftitue la période caniculaire, &; que les
meilleurs aA:ron''mcs égyptiens faifoient leur féjouràHéliopolis,
fameafc par la plus ancienne école des prêtres d'Egypte. Mais
ne perdons point de vue que cette fable arepréfcnré l'année avant
de devenir l'emblème delà période fothique, & qu'inventée dans
le nord elle ne fut en Egypte qu'une application. iLa période
fothique commença vers l'an 1781 {è)', ainfi nous n'avons
point placé trop haut en 1 8 S7 la connoifrance des 3 (^ 5 jours
de l'annce, laquelle a du précéder au moins d'un fiecle & la
connoilTance du quart de jour qui manquoir à l'année , &: l'é-
tablifîemcnt de la piriode caniculaire.
tij) AUégor. Orient. Mercu)fc,p. 114. i^hyjnfrh.. Éclaire. Liv. Y. $• 10.
DE L' A S T R O N O ]>i I E. i 6 j
§. I X.
Les Egyptiens, comme beaucoup d'autres peuples, tentèrent
la conciliation des mouvemens du foleil ôc de la lune avec la
forme de leur année civile. Ils eurent d'abord une petite pé-
riode de z 5 de leurs années civiles , ou vai;ues de 3 6 5 jours ,
qui embrafloit aflez précifémcnt 309 révolutions de la lune à
l'égard du (oleil. Ainfi au bout de z 5 ans les nouvelles lunes
revenoient aux mêmes jours de cette année ; mais elles ne fc
retrouvoient point au même point du zodiaque, & ne s'accor-
doient pas avec la vraie révolution du foleil. Pour y parvenir,
ils multiplièrent leur période caniculaire de 1461 ans par 25,
èc ils eurent une grande période de 3 (î 5 1 5 ans , après laquelle
ils comptoient que le lever de la canicule, le commencement
de l'année folaire, les nouvelles &: les pleines lunes retomboient
aux mêmes jours 6c aux mêmes heures de l'année vague {a). Pé-
riode plus curieufe qu'utile , fa longueur exceilive l'empêchoit
d'être d'aucun ufige. On a foupçonné encore que cette période
de 36525 ans embraflbit une révolution du mouvement des
fixes en longitude; mais cette conjetflure ingénieufe nous paroît
dénuée ( 1^ ) de fondement.
§. X.
Il eft certain que leur période caniculaire auroit du leur
enfeigner ce mouvement, &C leur faire rectifier la longueur de
leur année , fi les erreurs ne s'^étoient pas à-peu-près compcn-
fées. Il réfulte du mouvement des étoiles en longitude que le
lever de Sirius retardoit continuellement , & cela d'environ i z
jours en i 46 i ans ; mais l'année folaire étant plus courre
«) Jnfrà , Éclaiic. Liv. V. §. 13. {h) Ibidem ,%, Ji.
iGC. HISTOIRE
d'environ onze minutes qu'ils ne la fuppofoient , le commen-
cement de l'année vague ne pouvoit dans cet intervalle rétro-
grader que de 3 54 jours environ , Se il tomboit au onzième
jour de l'année folaire , comme le lever de Sirius , ou du moins
la différence n'étoit pas aflez fenfible pour fe faire remarquer.
Ainfi , quoique cette période embraiïe un long intervalle de
tcms. Ton ufage , en compcnfant une erreur par une autre , em-
pêcha les Egyptiens de reconnoître que les étoiles s'avançoient
le long du zodiaque, & que l'année de 3<Î5' \, étoit trop
longue de quelques minutes; d'où il paroît qu'ils n'obfervoicnc
directement , ni le foleil , ni les étoiles ; car ils fe feroient
apperçus qu'au renouvellement de leur période le foleil, ainfi
que l'étoile Sirius, ne fe retrouvoient pas au même point du zo-
diaque où ils étoient au commencement. Il efl clair encore
qu'ayant connu 2800 ans avant J. C. le quart de jour qui
complette la longueur de l'année , ils n'en ont gucres été plus
avances. Cette connoiffance ne s'eft point perfectionnée chez
eux. Ils n'ont jamais déterminé le mouvement du foleil , indé-
pendamment de celui des étoiles , en comparant un certain
nombre de fes révolutions à un nombre complet de révolutions
de la lune , comme on a dû faire avant le déluge pour l'éta-
bliflement de la période de ^00 ans ; &; n'étant pas à la fource
des anciens monumens - comme les Indiens , ils ont eu une
connoiffance beaucoup moins exa£te de la longueur de l'année.
§ X I.
Nous ne devons point paffer fous filence deux traditions
fingulicrcs , mais fabulcufes , que les prêtres égyptiens racon-
tèrent à Hérodote [a). Ils difoient que dans l'efpace de i i 340
(a) In Euterpe,
DE L* A S T II O N O M î E. xG-]
ans , on avoic vu changer quatre fois le cours du lolell , Zl deux
fois cet aftre fe lever aux mêmes points de l'horifon où il fe
couche maintenant. Se fc coucher aux mêmes points où il fe
levé. Ils ajoutoient que l'on avoit vu l'éclipcique perpendiculaire
à l'équateur. Nous ignorons 11 la première de ces fables renferme
quelque vérité cachée; mais on n'a pu la dccoavrir juiqu'ici.
Nous rapporterons {a) ailleurs les conjeclurcs que l'en a prc-
pofées. La féconde femble renfermer une connoiiTance de la
diminution de l'obliquité de l'écliptique. Si les Egyptiens s'en
font apperçus, comme quelques autres indices nous porteroient
à le croire , ils en auront conclu que le cercle de l'écliptique
dans les fiecles reculés , avoit été perpendiculaire à l'équateur,
6c cette conclufion , dénaturée par la tradition , cft devenue
une obfervation.
§. XII.
Les Egyptiens connoifloient la rondeur de la terre, la caufe
des phafes &: des éclipfes de lune. On ajoute même qu'ils an-
noncoient fort exa£lcment ces écliples, ainfi que celles de foleil.
Thaïes qui avoit appris d'eux à les prédire , n'y a pas été fort
habile , 6c il en faut conclure que les maîtres étoient des igno-
rans, ou que l'élcve leur fait peu d'honneur. On leur attribue
un grand nombre d'obfervations;favoir, 3 7-3 éclipfes de foleil,
&; 8 3 z éclipfes de lune. Telle cft efFeclivement la proportion
qui règne entre ces deux efpeces d'éclipfes vues fur un même
horifon, £c, comme le remarque l'hiftorien des mathématiques,
c'eft une preuve qu'elles ne font point ficlives , ôc qu'elles ont
été réellement obfervées. L'ignorance, quand elle invente des
faits , ne rencontre pas (1 heureufement. On peut eftimer qu'un
(a) /n//-^ , ÉclaitcifleraenSj Livre V, §. I4&ruiv3nî.
i6Z HISTOIRE
pareil nombre d'éclipfes , fous un ciel fans nuage comme celui
de l'Egypte ou de la Chaldée, peut être vu en i z ou i 300
ans. Or , comme ces obfervations avoient été faites avant le
ref;ne d'Alexandre, elles remontent à 15 ou 1600 ans avant
J. C. , à-pcu-près à l'époque du troiheme Hermès. Nous prou-
verons {a) que ces obfervations n'ont point été faites par les
Egyptiens , & ne peuvent appartenir qu'aux Chaldéens. C'efl;
la fource où Ptolemée 6c Hipparque ont puifé , &C elles font
l'époque ou le renouvellement de l'Aftronomie des Chaldéens
que nous avons indiqués [!>) dans leur hiftoire.
On dit encore que les Egyptiens obfervcrent les planètes
avec alTez de foin pour avoir reconnu leurs mouvemcns j tantôt
dire£bs , tantôt ftationaires ou rétrogrades. Se pour en avoir
dreiré des tables de tcms immémorial. Arillote prétend {l) qu'ils
obfervoient les éclipfes des étoiles par les planètes ; mais toutes
ces obfervations , ces tables , ces méthodes pour prédire les
écliples , foit qu'elles fuffent exactes ou non , toutes ces con-
noiflanccs renfermées dans le Iccret des temples &; de la langue
hiérogliphique, n'en font jamais (orties , ôc font enfevelies fous
leurs ruines.
On peut croire qu'ils eurent l'idée de la pluralité des mondes,
que M. de Fontenelle a fi ingénieufement rajeunie. Ils appe-
loient la \\xnt une terre éthérée. D'ailleurs c'étoit l'opinion
des Pithagoriciens & des philofopbcs de la fecle d'Ionie , donc
les inftituteurs , Pithagore & Thaïes , avoient tout puifé en
Egypte. A l'égard des étoiles , les Egyptiens penfoient que ce
font des feux , dont les émanations tempérées forment par leur
mélange tout ce qui naît fur la terre (^) ; car ils furent infectés
(ii)Jnfràj Éclaire, Liv. V. ^. i S. (c) /n/ri , Éclaire. Liv. V, J. 19, li R 15.
{ô ) Huprà , Liy. V. i^. ir, (^) Diogcnes Laerce.
de
DE L' ASTRONOMIE. 1 6^
de raftrolof^ie. Il fcroit à fouhaiter que leur favoir aftronomiquc
fut auflî bien conftacé que leur erreur en ce genre. Man'ethon,
prêtre égyptien , a publié fix livres de rêveries aftrologiqucs, &C
i] eft aflez fingulier qu'il n'ait tiré de l'intérieur myftéricux des
temples que ce qui failoit peu d'honneur à fa patrie , tandis
qu'il a laiiïe dans l'oubli ces oblervations nombreufes que les
prêtres citoient, &: que perfonnc n'a jamais vues.
§. XIII.
Les Egyptiens eiïaycrcnt d'eftlmer la diftance des corps
céleftes , ou du moins la grandeur du cercle qu'ils décrivent.
Pline rapporte que Petofuis & Necepfos trouvèrent chaque
degré de l'orbite de la lune de 3 3 ftades , les degrés de l'orbite
de laturne doubles de ceux de la lune , &c les degrés du cercle
du folcil moyens entre les deux. D'où l'on conclueroit que fa-
turne n'eft éloigné de la terre que d'environ i 64. lieues , le
foleil de 113, & la lune de 82. Ces déterminations font
abfurdes. Nous aurions honte de les rapporter , Ci l'hiftoire des
erreurs de l'efprit humain ne devoit pas accompagner celle de
fes découvertes. Nous dirons cependant, pour juftifier les Egyp-
tiens, que ces mefurcs , plus que groffiercs , puifqu'elles font
fauflcs , ont été faites fans doute dans des tems très-reculés.
On les rapporte au tems de Sefoftris (^), &: peut-être font-elles
beaucoup plus anciennes. Les fcienccs , comme les hommes ,
ont leur enfance. Quand on voit marcher un adulte fort 6c
vigoureux , on oublie qu'il s'eft traîné fur la terre au fortir de
fon berceau. Quand on arrête fes regards fur les premiers dé-
veloppemens de l'efprit humain , il faut lui pardonner fes er-
, reurs , fes eirais maladroits, &L jufqu'aux faux pas qu'il a pu
I70 HISTOIRE
faire dans une route où il s'eft acquis tant de gloire. Les fiecles
s'accumulent comme les pierres d'un édifice ; le dernier fiecle
n'a rien à reprocher au premier. La pierre qui eft au faîte efl:
de la même nature que celles de la bafe , ÔC la bafe contribue
à la hauteur du faîte.
§. XIV.
La découverte la plus remarquable des Egyptiens eft celle
du véritable mouvement de mercure &C de venus. Les anciens
n'ont point différé fur l'arrangement des cinq autres planètes ;
ils plaçoient faturnele plus loin, Jupiter enfulte, puis mars èc
le foleil , la lune étoit la dernière. Quant à venus 6c à mer-
cure , les uns les plaçoient au-defTus du foleil , les autres au-
delTous. Les Egyptiens connurent mieux cette partie du fyftêmc
du monde. C'eft d'après eux que Ciceron (a) nomme ces deux
planètes comités folis ; les fatellites du foleil. En effet , elles
l'accompagnent fans ceffe , Se ne s'en écartent jamais beau-
coup. C'eft la première remarque qu'on a dû faire. Mais ce
qui fait infiniment d'honneur aux Egyptiens , c'eft d'avoir fuivi
ces planètes dans la partie de leur orbite où elles ne font pas
vifibles , ÔC d'avoir deviné leur véritable marche. Ils reconnu-
rent que mercure &; venus tournent autour du foleil dans
leurs orbites dont cet aftrc eft enveloppé , 6c de manière que
l'orbite de mercure eft intérieure à l'égard de celle de venus.
D'où il arrive que , lorfque ces planètes font dans la partie
fupérieure , elles paroifTent au deffus du foleil , qui à fon tour
paroît au deffus d'elles , lorfqu'elles font dans la partie in-
férieure.
(«) SomniuraScip, §. 4.
DE L'ASTRONOMIE. xji
§. X V.
Les Egyptiens font le feul peuple connu de Tantiquité qui
fe foie élevé à cette véiicé. On demandera s'ils en font réelle-
menc les inventeurs, ou s'ils n'en avoient pas puifé la connoif-
fance dans une antiquité plus reculée. C'eft un des problêmes
que le filence des auteurs ne nous permet point de réloudre.
Les Egvptiens ont au moins le mérite d'avoir adopté cette
opinion , puifqu'elle a porté leur nom. On n'en trouve point
de trace chez les orientaux. On a douté qu'elle appartînt aux
Egyptiens , parce que Ptolemée n'en parle pas dans fon grand
ouvrage de l'Almagefte , parce que Platon qui voyagea chez
eux , qui fut inftruit par leurs prêtres , en rapportant l'ordre
des planètes, place mercure & venus au defTus du folcil.
Ils n'auroient pu emprunter cette connoiffance que de l'Afie.
Il paroît que le vrai fyftême du monde y a été connu ; mais
s'il fût paiTé de là en Egypte , les Egyptiens l'auroient adopté
tout entier. Le vrai mouvement de mercure & de venus n'eft
qu'une partie de ce fyftême, & cette raifon nous fait croire que
l'invention en appartient réellement aux Egyptiens. On en peut
conclure feulement qu'ils ont manqué de génie & d'obfervations
pour étendre cette belle idée au refte des planètes.
La fource de toutes ces contradictions eft le myftere dont
les fciences étoient enveloppées chez les anciens en général ,
Se chez les Egyptiens en particulier. Ils avoient deux philofo-
phies , l'une claire , intelligible èc fimplc, qui étoit abandonnée
au vulgaire ; l'autre cachée , réfervée aux prêtres feuls , qui n'é-
toit écrite qu'en cara(fteres hiérogliphiques , dc que l'on n'en-
feignoit que par des emblèmes ( a ). Celle-ci contenoit fans doute
(û)Clcmcnt Alex. Str. j. Jablonski, Proleg. page 114.
Produs iaTimxo Plat, Lib, III. SuaboB, Lib, XY. page 499.
:>73: l .M IlST 0 IR E
les connoiflances les plus fublimes; leurs penfées fur les prin-
cipes de la nature , fur fa marche & fes opérations , les caufes
des phénomènes céleftes, &c. C'eft dans cette philo fophie qu'on
ne pénétroit qu'avec peine ; les prêtres en éloignoient foigneu-
fement les étrangers. Il falloit des recommandations 6c le crédit
des rois d'Egypte pour v être initié ; mais on peut croire qu'ils
ne révéloient de leurs principes que ce qu'ils n'ofoient cacher.
Ces myfteres dévoient être très-anciens en Egypte, Se encore
plus en A(îe. Ceux d'Eleufis dans la Grèce n'en font qu'une
copie , & leur inftitution , attribuée à Orphée , à Eumolpe , ou
à Eri(Clée , remonte à plus de 14 ficelés (a) avant J. C. Au
refte ces myfteres, confacrés dès la haute antiquité par un long
nfagejn'étoient point une afFeétation ridicule, ni peut être l'effet
de l'intérêt feul. Pourquoi ne feroit-ce point le fruit de la fa-
.geffe & de l'expérience des anciens ? Le peuple eft fouvcnt ingrat
envers ceux qui l'éclaircnt. L'ignorance fe défend avec vigueur,
elle a toujours en réferve des armes offenfives. Combien de
grands hommes auroient vécu plus tranquilles , auroient été
honorés , &: feroient morts dans leur patrie , lî une langue fa-
vante eût renfermé les vérités qu'ils avoicnt découvertes. Il eft
des tems où il faut dérober à l'envie les bienfaits de l'efprit
comme ceux du cœur , cacher fa vie , fuivant le précepte des
anciens, & n'inftruire les hommes qu'après fa mort.
C'eft ce myftere , cette réferve dont ufoient les prêtres , qui
a induit en erreur quelques auteurs modernes. lis pcnfent que
dans un certain tems les Egyptiens n'avoient pas certaines con-
noiftanccs , parce qu'ils ne les avoient pas communiquées à
-quelques-uns des Grecs qui voyagèrent chez eux. On croir,
par exemple , qu'ils ne connoiffoicnt pas le quart de jour qui
( a ) Diodorc de Sicile , iib, V. Mcm. Açad, Infc. T. XXI , pag. S4 & 1 05,
DE L' A S T R O N O :^I I E. 173
complette la longueur de l'année (a) , 400 ans avant J. C.jlorfque
Hérodote voyagea en Egypte, ôc vécut longtems avec les prêtres.
Cet hiftoricn , dit-on , n'en parle pas. On voit cependant , par
l'époque de la période fothique, qu'ils faifoient l'année de ^ 6 ^
jours un quart , dès l'an 2782 avant J. C. C'eft ainfi qu'il faut
avoir tous les faits fous les yeux pour pouvoir les juger chacun
en particulier.
§. XVI.
Les Egyptiens s'occupèrent beaucoup de la niefure du dia-
mètre du foleîl. Ils ont employé diverfes méthodes qu'il faut
fans doute attribuer à des tems différens. Les rois d'Egypte fe
fervirent de la courle d'un cheval vivement excité {è). Ils fx~
voient le nombre de ftades que ce cheval parcouroit en une
heure ; ils marquoientle nombre de ceux qu'il avoit parcourus,
pendant le tems que le difque du foleil avoit mis à monter
fur l'horifon , &C ils en concluoient le rapport du diamètre de
ce difque à la circonférence du grand cercle, que le foleil décrit
dans fon mouvement diurne. Après l'invention des cadrans &Z
des clepfidres , tantôt ils fe fervoient de l'efpace parcouru par
l'ombre , pendant que le foleil le levoit , comparé à refpace
qu'elle parcourt dans une heure ; tantôt ils mefuroient par la
chute de l'eau le même tems & le même rapport. L'inégalité
des réfractions , l'obliquité du mouvement du foleil à l'égard
de l'horifon , l'imperfedlion des inftrumens rendoient ces mé-
thodes très-défe£tueufes. Cependant la dernière leur donna, fans
doute par des compenfations , le diamètre du foleil de la 700^
ou 750^ partie de Ion orbite , ce qui eft alTez exaCt. Ptolemée
( u) M. Gogaet , Orig. des Lois, des (i) Cléomcde, Cyclica Tkeoria,LibAÎ,
Sciences & d:s Arts , corne III , page ; S. ci.
174 HISTOIRE
eut raifon de rejeter ces méthodes. Mais ce font des cfTais qui
ont produit des eflais plus heureux. On aime à voir ces pre-
miers efforts de l'induftrie. On y retrouve le même efprit qui
nous anime aujourd'hui , les moyens feulement font differens.
Il falloit employer ces moyens pour apprendre qu'on devoit les
rejeter. Si les Egyptiens ne s'en ëtoient pas fervis , peut-être
nous en fervirions-nous encore nous-mêmes. N'oublions pas que
les favans de tous les tems forment comme une nation qui
voyage. Si nous, qui vivons actuellement, fommes nés au milieu
de la carrière , c'eft que nos ancêtres s'y font tranfportës. Plu-
tarque rapporte (a) que, félon les Egyptiens , la lune étoit la
72^ partie de la terre. Comment l'entendoient-ils ? Si c'efl en
comparant les difques, ils fuppofoient donc que le diamètre de
la lune n'étoit pas la huitième partie de celui de la terre ; fi
c'ëtoit la folidité qu'ils avoient en vue, ce diamètre auroit été
un peu moins du quart , tandis qu'il n'efb qu'un peu moins du
tiers du diamètre de la terre. Ce qui eft allez lingulier , c'eft
que ce rapport eft à-peu- près celui des maftes. M. Clairaut
penfe d'après quelques oblervations que la maffc de la lune eft
la (3 7^ partie de celle de la terre {/f). M. Bernoulli eftime quelle
en eft la 7 I ^ (c). Quoique nous ayons toujours en vue cette
ancienne Aftronomie , dont les déterminations n'ont été con-
fervées que par des traditions vagues ôc incertaines, nous n'ofons
penfer qu'elle ait eu les moyens de parvenir à la connoillancc
des mafles des planètes; mais. nous nous failons un devoir de
faire ces rapprochemens , &c de remarquer toutes ces refl'em-
blanccs.
( a ) De fade in orb. luni. ( c) M. de la Lande , Aflronomie , Liv.
(i) Mcm, Acad. desSc. au. I7J4, p. 55J. III, art. 3413.
DE L' A S T R O N O M I E. 175
§. XVII.
L'ES cadrans Se les clepfKircs paroiflent d'une très-grande
antiquité en Egypte. Nous penfons que l'ufage des cadrans y
a précédé celui des clepfidres , foit que cet ulage foie né dans
le pays même , ou qu'il y ait été apporté d'Aiic, Nous en ju-
geons par les déterminations du diamètre du foleil qui furent
faites , en fe fervant de ces deux inftrumens. Celle qui ré-
fulte des clepfidres eft beaucoup plus exacte que celle qu'on
obtint par les cadrans (a). Cette mefure doit donc être pos-
térieure , ainfi que l'invention ou l'ufage de l'inftrument.
Les clepfidres, quoique nous les fuppofions plus modernes,
font cependant d'une date très-ancienne. La fable reçue en
Egypte du cynocéphale qui , urinant douze fois par jour , a
indiqué la divifion du jour ; en la confidérant comme fable
dénote une ancienne origine. Ce n'eft jamais que dans des
tems très-reculés que des fables pareilles fe mêlent &; s'iden-
tifient avec les faits. Les Egyptiens , pour conferver cette
tradition , plaçoient toujours un cynocéphale fur leurs hor-
loges d'eau. M. Goguec [è] penfe que les obelifques des Egyp-
tiens furent des gnomons. Nous avons fait voir que cet inf-
trumcnt doit être le premier inventé. Les édifices , les arbres
en avoient donné l'idée , èc l'art bientôt y ajouta une forme
plus commode , avec une plus grande élévation. De là ces
maflcs de pierre fi élevées , taillées en aiguilles , que l'on
nomme obelifques. En effet , le choix de cette efpece de mo-
nument ne paroît point fait au haiard. On a pu donner aux
pyramides la forme qu'elles ont , comme la plus propre à ré-
fifter aux intempéries des fiifons , èc à prévenir l'éboulement
(<j)in/rà, Éclaire, Liv. V.§ 16 & 17. (ô) Origin. des Lois , îom. II , p. if ©,
i7<î HISTOIRE
de la ma fie : mais la forme allongée des obélifques , leur bafe
étroite , relativement à leur hauteiii: cxcciTvc , donne beau-
coup de poids à la conjecture de M. Goguet. On place l'in-
vention des obélifques vers le tems de Séfoftris qui régna ,
fuivantM. Freret,dansle i 6^ liccle, avant l'ère chrétienne (a). Ils
font plus anciens chez les Chaldéens , s'il eft vrai qu'on ait
drede une aiguille pyramidale fur le chemin de Babylone par
les ordres de Scmiramis [b). Les pyramides, ce monument de
la puifl'ance 6c de la vanité des rois d'Egypte , font auiu un
monument de leur Aftronomie. LTI plus grande a fes quatre
faces exactement dirigées vers les quatre parties du monde.
M. de (c) Chazelles en fit la remarque dans ion voyage en
Egypte en 1693. Or , comme cette direction ne peut être
l'ouvrage du hafard , il s'enfuit que dans le tems où les py-
ramides ont été conftruites , les Egyptiens favoient tracer une
ligne méridienne. Voilà la preuve la plus complettc que nous
ayons àc^ oblcrvations égvptiennes. Ces grandes mafles fem-
blent n'avoir été élevées , n'avoir réfifté aux outrages du tems
que pour dépofer de leur lavoir agronomique. Diodore de
Sicile dit qu'elles exiftoient de Ion tems depuis 3400 ans ,
félon les uns, depuis 1000 ans , félon les autres. Cette der-
jiiere date feroit trop récente , comparée à l'opinion de la
haute antiqidté de ces pyramides [d). Peut-être les deux dates
pourroient-ellcs fubfiftcr enfemble , en fuppofant qu'elles ap-
partiennent aux différentes pyramides bâties près de Mem-
phis &; près de Thcbes. Celles de Thebes icroient les plus
anciennes.
(a) Origin. des Loix, tora. II, p. 15 1. Antiq. rctabl. page 147.
Déf. de la Chron. pag. 241 & 143. ( c) Eloge de M. de Chazelles , Mé-
{b) Diodore Je Sicile, Lib. II. p. 138. moires de l'Académie des Sciences , anuée
Le P. Fezron place le règne de cette 171 o.
Reine vers l'an 1159 avant J. C. (a) Infra , Éclaire. Liv. V, §. ij.
§. XVIIL
DE L' A S T R O N O M I E. 177
§. XVIII.
L'opinion prefque générale des Mufulmans (iz) , eft que
ces pyramides ont été bâties par Gian-ben-gian , monarque
univerlei du mçnde , avant Adam. On ne peut alîurément leur
ailîgner une plus grande antiquité, que de placer leur conftruc-
cion au tems ou rien n'exiftoit. Les Coptes difent qu'elles fu-
rent élevées avant le déluge, par un roi nommé Saurid ( b ) ,
& ils apportent en preuve une infcription gravée fur une de
ces pyramides \c). Tout cela prouve leulemcnt qu'elles lont
très-anciennes , &C qu'elles pouvoient bien en efFet avoir 3400
ans d'antiquité au tems de l^iodore de Sicile. Il en réfulte
même un lynchronifme fingulier , c'eft que cette époque eft
précilément celle du fécond Hermès , fixée à 3 3 (î 1 ans avant
notre ère par l'obfervation qui lui eft attribuée ( d ).
Au fommet de ces pyramides étoit une plate-forme , où
Proclus {e) prétend que les prêtres faifoient leurs obfervations
aftronomiques. Mais il ne paroît gueres vraifemblable que dans
un pays plat Se découvert comme l'Egypte , on fît ufage d'ob-
fervatoires fi élevés [f]^ où il auroit été fi long & fi pénible de
monter , tandis qu'en rafe campagne , ou du moins dans des
bâtimens ordinaires, on embrafloit facilement le lpcc?cacle du
ciel entier. Il ne faut pas croire qu'on y montât pour prévenir &;
voir plutôt le lever des aftres. Car dans ces climats heureux où
le ciel eft fi ferein , l'horifon eft bordé d'épaifTes vapeurs , &;
l'on ne voit les étoiles qu'à trois ou quatre degrés de hauteur (^).
(a) Herbelot ^\x mot Ehram , pa^. jii. (/) Ces pyramides ont 77 toifes 4, c'eft-
( b ) Hilt. Univerf. traduite de l'Anglois, à-dire , 466 pieds de hauteur ( i/Lcm. Acii.
rome I, pag. 3366; joi. Scien. ij6i , p. iSo). Les tours de Notrc-
( c ) Grcaves , Defcript. of the p.yramids. Dame n'ont que zio pieds.
id) Supra , Livre V , §, r. {g) M. Nieburh , Defcription de l'Ara-
it) In Timio. bie , page 5.
-17 s ^ .H I S. T O IR E
§. XIX.
D A N S une de ces pyramides , p-lacécs près de Tlicbes ,
dévoie être le tombeau du roi Ofimandué. C'efc la cju'ctoit
eectc inaimenfe cc>'ivronne d'or de 3 6 5 coudées de tour , &
large d'uae coudée. On a remarqué avec raifon qu'il n'étoit
pas poiiiblc de ralTemblcr une aflez grande quantité de ce
^Xétal précieux , pour en former une pareille couronne; &L on
a:imaginé qu'elle n'étoit que dorée. Cette couronne avoit des
ufages aftronomiques {'a). Chaque coudée répondoit à un jour
où étoit marqué le lever £c le coucKer des albes , &C les indi-
cations aftrologiques qu'on en>«tlevoit tii'cr. On a regardé l'cxif-
tencede cet inftrument comme une fable; &c il faut avouer q/.'ua
cercle, d'airain lans doute ,. qui avoit au moins 74 pieds de
rayon , paroît peu croyable. Cependant les Arabes ont eu des
inftrumens prefqu'aulH grands {ù). Pourquoi les anciens Egyp-
tiens n'auroient-ils pu faire ce que les Arabes ont fait depuis
eux ? Ces cercles monftrueux , il on ofc le dire , font dans le
genre des inftrumens , ce qu'étoient dans la claiîe des édi-
fices , CCS malles pyramidales de pierre , étendues d'un ftade
en tout icns. C'eft l'emploi de la puiflance èc de la richeffe
fans goût &L fans difcernemcnt. La difficulté de fe fervir d'un
pareil inftrument devoit compenfer en grande partie l'avantage.
de fa grandeur. Nous ne prétendons point garantir qu'il ait
jamais exifté. Cependant deux ufages aftronomiques tirent une
explication fi naturelle de l'emploi de cet inftrument , qu'il,
paroitra peut-être difficile de ne le point admettre. Nous par-
tageons encore aujourd'hui les diamètres du foleil de de la
lune en i 1 doiets. L'origine de cet ufaçe eft facile à trouver.
(<2)Diodore, Lib. I , fcd. i , pag. 103. (i) Foyc j; l'Hift. de l'Aft. moderne. ■
DE L' ASTRONOMIE. 179
Les anciens divifoient le degré en 14 doigts (a) ; il ëtoic na-
turel qu'ils en donnafTent i i aux diamètres du folcil de de
la lune, qui font chacun environ d'un demi degré. Mais
pourquoi les anciens divifoient-ils le degré en 24 doigts ?
Quelle analogie cette mcfure , prile (ur le corps humain , a-
t-cUe avec les efpaces céleftes ? Tous les peuples de Fantiquité,
Indiens , Chaldéens , Perfcs , les Egvpciens mêmes ont fuivi
èc pratiqué la divifion fexagéfimale. Pourquoi donc ont - ils
adopté celle-ci , &; quelle peut en être la raifon ? La couJée or-
dinaire , en Afie , comme en Egypte, avoit 24 doigts; il efl
clair que la divifion de la coudée a été appliquée à celle du
degré. Mais , félon nous , il n'y a qu'une manière de rendre
cette application naturelle & vraifemblable , c'cft de fuppofer
un inftrument dont chaque degré avoir une coudée d'étendue,
fc cet inftrument c'eft précifément le cefcle d'-Ofimandiié.
On trouve encore ailleui-s cet ufage de mefurer lës' efpaces
céleftes par des coudées. Les Chinois qui n'ont que i o doigts
à leur coudée , donnent en conféquence i o doigts au diamètre
du loleil vC de la lune (//. Les Arabes, qui ont recueilli les anciens
ufages de l'orient, évaluoient quelquefois en coudées les dif-
tances réciproques des étoiles (c). Ces faits réunis femblent
donner beaucoup de vraifemblance à l'inftrument d'Olimandué,
& nous ramènent à l'identité d'origine de ces dilîerens peuples.
Nous penfons même que cet inftrument peut n'avdîr jamais
exifté chez les Egyptiens. Ils n'ont pas fait aflez d'obfervations
pour avoir exécuté de pareils inftrumens. Celui-ci a pu être
conftruit dans les tems de l'Aftronomie ancienne. Les Egyp-
tiens , inftruits par quelque tradition , fe le font approprié.
(a) Ptolemée, Almag. Lib. XI, c. 7. (A) Soucie:, Recueil d'Obf. T. III, p. i 88,
Caffini , Elém. d'Aftiou. pag. 398, ( <: ) Hvde , Préf. du Ca:. d'Ulug-Bcg.
Zij
i8o HISTOIRE
Car dans les ruines du tombeau d'Ollmandué , vifitées par
R. Pocoke, on ne voit point le lieu où cet inilrument auroit
pu être placé. Au relie cet initrumcnt , dans quelque pays
qu'on en ait fait ufage, eût été trop lourd pour être mobile. li
faut croire qu'il étoit fixe ôc azimuthal , c'eft-à-dire, qu'il
fervoit d'horifon. Placé ainfi , il a pu avoir une infinité d'u-
fages , 6c fournir quantité d'obfervations.
§. X X.
L' A s T R o N o M I E avoit dégénéré parmi les Egyptiens vers
le commencement de notre ère. Lorfque Strabon voyagea en
Egypte , on lui montra à Héliopolis le lieu où avoient réfidé
les aftronômes ; mais ces aftronomes n'y exiiloient plus. Il n'y
avoit que des prêtres uniquement confacrés au culte de la re-
ligion. Ces prêtres fe moquèrent de Chcrcmon , philofophc
Grec , verlé dans la connoifîance de l'Allronomie , qui ac-
compagnoit Œlius Gallus en Egypte ; tant ils étoicnt ignorans
alors, 6c vains encore du favoir qu'ils n'avoient plusl Us fe
fouvenoicnt que leurs ancêtres avoient été un peuple éclairé,
6c la fource de la lumière pour les peuples de l'Europe. Us
montroient avec complaifance les maifons où avoient habité
Eudoxe &c Platon , qui y palTerent i 3 ans à s'inftruire parmi
eux. C'étoicnt les reftes de leur gloire pafTée ; ils ne pouvoient
plus fe vanter que des élevés qu'ils avoient faits. Strabon ne
dit point les caufcs de ce changement : mais on peut foup-
çonner que les précautions qu'ils avoient prilcs de tout tems,
pour rendre les fciences inacceffiblcs , contribuèrent à les faire
oublier. L'efprit de corps même s'altère à la longue ; l'indo-
lence fuccéda fans doute au zèle & à l'ailivité. On peut croire-
qu'ils n'avoient point de dictionnaire de la langue facrée. Le
fens de ces hiérogliphcs , n'étant confié qu'à la mémoire des
DE L' ASTRONOMIE. i8i
hommes , fe perdit infcnfiblement & en détail. Ils rcftcrcnc
bientôt fpeclateurs inutiles de ces colonnes favantcs qu'ils
n'cntendoient plus. C'cft ce qui prouve qu'ils n'a voient point
alors do connoiflances de pratique , qu'ils ne faifoicnt point
d'obfervations dont l'ufage fe leroit confervé plus facilement.
On peut croire encore que la jaloufie , qui dut s'élever entre
le colleî;e des prêtres Se l'école d'Alexandrie, ferma toute com-
munication aux lumières. Les prêtres étoient un ancien éta-
blillcment royal ; ils ne durent point voir fans envie l'érablif-
fcmcnt du Muficum d'Alexandrie , où des étrangers jouif-
foient de la faveur déclarée du Prince. Les prêtres n'eurent
ùxns doute aucun commerce avec eux. Ils redoublèrent de
vigilance pour cacher le peu qu'ils favoient ; èc tandis qu'ils
rertoient dans leur ignorance , les Grecs apprirent à fe palier
de ce qu'on leur refufoit. Bientôt le génie ^ l'invention des
Eratollhenes , des Timocharis leur donnèrent une grande ré-
putation qui effaça celle des prêtres aftronômes. Ceux-ci
perdirent de la confidération publique , &: ne tardèrent pas à
fe dégoûter d'une fcience qui ne leur valoit pas la même eftime.
Ils négligèrent l'étude , 6c les lumières s'éteignflrent tout-à-faic
parmi eux.
§. XXL
Nous avons raiïcmblé ici tout ce que l'antiquité nous a laifTé
pafTer de traditions fur l'Aftronomie égyptienne. Nous n'avons
expofé qu'un petit nombre de faits ; ôc comme il y en a peu
qui foient bien prouvés , on pourroit , prefqu'à fon choix ,
eftimer ou déprifer le favoir des Egyptiens. Ils ont été dans
l'antiquité les rivaux des Chaldéens , avec , ce femble , une
plus grande réputation ; mais les Chaldéens nous paroiflent
mériter plus d'eftime. Si les Egyptiens ont eu dans le fecrec
i8z HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE.
des temples une Aftronomie étendue ôc perfeclionnée : ce que
nous ignorons ne peut influer fur notre jugement, nous ne
devons prononcer que fur des taits.
Nous ne voyons pour eux que la pofition de leurs pyra-
mides , oui rùppofe des méthodes agronomiques. La connoK-
fance très-ancienne de l'année de 3 6 5' ^, &: la découverte du
vrai mouvement de mercure &: de venus. Les Chaldéens ont
a leur oppofer l'ancienneté èc la continuité de leurs obferva-
tions ; la mefure très-exacle de la longueur de l'année èc des
difFérens mouvemens de la lune ; leurs périodes lunilolaires , la
connoiiïance du mouvement des fixes , 6c celle du cours des
comètes. Les Chaldéens 6c les Orientaux, en général, ont donc
une fupériorité très-marquée fur les Egyptiens. Si ceux-ci ont
été éo-alement , ôc même plus célèbres dans l'antiquité , c'eft'
un préjugé que les Grecs ont établi. Ils avoient tout appris
des E"-ypricns ; ils n'ont connu de peuple , vraiment favant ,
que celui qui avoit pu les inftruire. Ils avoient (urpade les
Egyptiens , 6c l'intérêt de la vanité nationale , engage fecre-
tement à élever par la louange un peuple qu'on a laifle loin
derrière foi. Le? Grecs , qui les premiers écrivirent l'hiftoire',
ont bien fenti que ces deux nations n'auroient d'exiftence que
par eux dans les fiecles à venir. Les peuples n'ont-ils pas les
mêmes fcibleffes que les hommes ?
C©^
':^ék.
H I S
1
I Pt E
D E L'A S T R O N O M I E ANCIENNE.
i=Xp^':
LIVRE SEPTIEME.
D E l' Aflronomie des Grecs y & des Philcfophes de la fccle
Ionienne.
PREMIER.
i_<Es Grecs font tout-à-fait modeniGS d.ins la carricre aftco-
nomique , en comparailon des Orientaux &; des Egyptiens,
Longtems barbares, ils ne furent civilifés que par les colonies
d'Egypte &; de Phénicie, qui, en échange du fol, apportèrent
leurs dieux, leurs arts ôc leurs connoiirances. L'Aftronomie
ne date chez eux que du quatorzième ficcIe avant l'ère chré-
tienne. C'eft alors qu'ils reçurent la delcription de la fphere.
Il paroît que ce fut un des fruits du fameux voyage des Ar-
gonautes. Alcée , nommé depuis Hercule,, rapporta dans la
Grèce la fphere des Perfes & des Chaldéens, qu'il avcit prifc
en Afic. C'eft ce qu'on a voulu exprimer par la fable du
monde qu'il porta fur fes épaules. Diodore de Sicile le dit ex-
i84 HISTOIRE
prcflement [a). Il y a apparence qu'il rapporta égalemient
l'allégorie de l'Hercule oriental , inventeur de l'année folaire
& des douze fignes du zodiaque. Sans doute nom d'Hercule
efl; un farnom qui lui fut donné en reconnoi (Tance de la fphere
qu'il avoic lait connoicrc , & dont il étoit l'inventeur à l'égard
de la Grèce. Chiron , qui en expliqua les principes Se les conf-
tcUations , Mulée , qui y ajouta l'hiftoiic des dieux , en
furent auffi regardés comme les inventeurs. Les conftellations,
à-peu-près les mêmes dans la fphere chaldécnne & dans la
fphere grecque , reptéfentoient des figures d'hommes Se de
femmes fans nom , des animaux, Sec. Les Grecs y firent quel-
ques changemens pour en déguifer l'origine , &. Alufée imagina
de donner aux figures , qui y étoient placées , des noms tirés
de l'hiftoire vraie ou fabulcufe de la Grèce , d'y conlacrer les
voyage des Argonautes , qui devoir être alors très-célcbre , &
de donner ainfi l'immortalité aux héros de ion pays , en na-
turalifant la fphere dans la Grèce. Mufée étoit poëte : ce font
les poètes qui font les apothéofes. On juge bien qu'Hercule ne
fut point oublié. Cette idée hcureule fatisfit infiniment les
Grecs , dont l'orgueil fe plut à regarder le ciel comme le dé-
veloppement de leur origine , ôc l'hiftoire de leurs grands
hommes. Si depuis on a attribué l'invention de la fphere à
Mufée , qui y avoit' fait tous ces changemens , on ne s'eft
pas trop écarté de la vérité ; il eft l'auteur du globe célcfte.
§. I I.
Plusieurs autres connoiflances aftronomiques paflerent
en. même tems de l'orient dans la Grèce. On attribue à Orphée
une Aftronomic ôc une théogonie , où il expliquoit, en poëte.
(û) Infra , Éclairciflcmcns , Livre VI, §. 6 , ■; , 8.
la
DE L' A S T R O N O M I £. i 8 j
la religion & l'Aftronomie orientale. Les Grecs ont toujours
été perfuadés que les vers orphiques rentermoient une infinité
de vérités philofophiqucs &c de principes d'Aftronomic. Or-
phée fut un des Argonautes ; il doit avoir puilé ces connoif-
lanccs dans rAilc. Il les décrivit en vers , parce que la poëfic
conlacroit alors tout ce qui méritoit d'être retenu , les pré-
ceptes de la religion &: de la morale , les faits de la nature &
de l'hiftoire. C'eft à cet ouvrage qu'il faut rapporter toutes
les idées répandues dans la Grèce fur la formation du monde,
lur les révolutions qu'il a éprouvées , les élémens dont il eft
compofé , les diiîercns peuples qui l'habitent , &i fur les phé-
nomènes de la divcrfe longueur des jours dans les difîerens
climats. Les Grecs étoient trop ignorans alors pour avoir acquis
la connoifTance de ces phénomènes par le calcul ; ils ne pou-
voient donc l'avoir que par tradition. Dans le poëme des Ar-
gonautes , compofé 550 ans avant J. C.(a), Oiiomacrite,
fous le nom d'Orphée , parle des Cimmeriens comme d'une
nation condamnée à d'éternelles ténèbres (i). Cette expreffion
exagérée défigne néceffairement les peuples du nord, longtems
privés de la lumière du foleil. Les traditions que ce poète avoit
en vue exiftoient du tcms d'Homère qui dit à - peu - près les
mêmes choies des Cimmeriens. Les peuples , qui Iclon Hé-
rodote (c) , dorment pendant 6 mois , font évidemment
les peuples voihns du pôle où la nuit eft: de fix mois. Tout
cela étoit connu avant Pitheas , le premier voyageur qui ait
pénétré dans les contrées feptentrionalcs. Pitheas fleurit plus
de 5 o ans après Hérodote, 8c zoo ans après Onomacrite.
Les relations du voyage, &C fur-tout du retour des Argonautes,
(a) Mémoires de l'Académie desinfcrip- (h) Ibidem, Tome XII, page i2j,
lions, tome IX , page jj. ( f) Liv. IV.
Aa
i8^ HISTOIRE
ne font que des fables; mais dans ces romans antiques , pleins
de merveilleux , 6c detlicués de vraifemblance , on voit que
leurs auteurs , pour embellir l'ouvrage, avoient recueilli toutes
les connoilTances acquiics par les traditions étranf^cres. Ce
qui eft vrai dans ces récits, ne l'cft pas moins pour être mêlé
de fables. Les anciens avoient donc déjà fait de longs voyages
vers le nord, ou plutôt les peuples de l'Afic , éclairés par le
peuple qui habita le 5 0° de latitude fcptentrionale , avoient
confervé la tradition des phénomènes de la nature , au delà
de ce climat. Mais dans l'un & dans l'autre cas , puifque les
Grecs n'avoient point voyagé vers le nord avant Pitheas , ces
connoiirances étoient orientales ; elles furent chantées par
Orphée, ôc devinrent le germe de toute la philofopliie grecque.
§. III.
LiNUS , poète comme Orphée fon maître &: Ton contem-
porain , avoir tait une cofmogonie èc des livres fur le cours du
foleil Se de la lune (a). Il fe préiente une réflexion à faire fur
ceci ; ou ces livres étoient barbares , &c ne répondoient nulle-
ment à leurs titres ; ou l'on doit s'étonner du peu de progrès
qu'avoit fait l'Aftronomie dans la Grèce, puifqu'elle n'y femble
née qu'avec Thaïes. C'ell: que ces vers étoient rendus obfcurs
par le ftyle figuré des orientaux , tranfporté dans la poëfie &c
dans une langue qui ne faifoit que de naître. Le peuple faifit
avidement les hiftoircs fabuleufes de la théo':ronie ; on né-
gligea les idées aftronomiques , ôc l'intelligence s'en perdit in-
fenfiblement. Il en refta feulement quelques traditions ; telles
font les grandes années de i 20 ans ôc de 10800 ans,attri-
( a ) Suidas , Lexicon , au mot Linus. Veidkr, Hift. Aftron. p. 8,
1
DE L' A S T R O N O M I E. 187
buées à Orphée 6c à Linus {a). L'une eft la période de l'inter-
calacion des PeiTes, &: l'autre un multiple de la période orien-
tale de }6oo ans.
On cite , encore pour les connoiflances aftronomiques , Ancée,
fils de Neptune ; Hippo , fille de Chiron ; Naafica, fille d'Alci-
noiis qui regnoit à Corcyre , laquelle apprit d'Ulytlc les cercles
de la Iphere. L'Aftronomic n'étoit alors que la connoiflancc
de la iphere , de celle du mouvement journalier. Tirefias , que
l'on regarde comm.e un prophète du paganifme , fut , félon
quelques auteurs , un aftrologue qui enleignoit que les aftres
ëtoient animés , ôc qu'il y en avoit de différens fexes {6). Cela
n'ell pas plus extraordinaire que d'animer les fleuves & les
fontaines. Les premiers hommes ont donné une vie & une ame
à tout ce qui avoit du mouvement. Au relie c'étoit encore
une idée orientale. On dit que Tirefias devint aveugle en
punition d'avoir pénétré dans les fecrets des dieux (c). Dans
un fiecle moins éclairé que celui de Galilée on eût dit la même
chofe, & à bien plus jufte titre, de ce grand homme qui perdit
la vue comme Tirefias. Mais au tcms de Tirefias on ne l'eut
pas perfécuté.
§. I V.
On rapporte à l'Aftronomie l'origine de plufieurs fables de
la mythologie grecque, dont nous allons dire un mot, fans
ajouter foi à aucune de ces explications. Promethée , félon la
fable , fut attaché fur le mont Caucafe , où un vautour lui
rongeoit le foie à mefure qu'il renaifToit. Mais , félon l'hiftoire ,
Promethée, prince ambitieux, 6c parent de Jupiter, qui regnoit
{ a ) Infrà , Éclaire. Liv. VHI , §. i j. ( O Deflandes , Hift. de la Philofophie ,
(i) Bannier,Myth. Ton). III, p. }8/. Tome I , page xi6.
Aaij
i88 HISTOIRE
dans rifle de Crète , fut chafle par ce monarque. II Ce retira
dans la Scythie, où il fe livra à la contemplation des aftres. II
montoit fur le Caucafe pour obferver , èc par le vautour , la
fable figure ou l'cfprit de médication &: de recherches dont il
étoit dévoré , ou l'ennui de fon exil {a). On interprête la fable
d'Endimion, amant de Diane, par un aftronomc dont TaiFi-
tiuité ^ l'induftrie démêlèrent les irrégularités du mouvement
de la lune {6). Phaëton conduifant le char du foleil , & préci-
pité dans le Pô , après avoir embrafé la terre , eft , félon Plu-
tarque(<;), un prince qui régna fur les Molofles ; inftruit de
TAftronomie , il avoit prédit une grande chaleur qui défola
tout fon royaume. Et félon Lucien (d) , un homme qui s'étoit
appliqué particulièrement à connoîtrc le cours du foleil. Il
mourut fort jeune , ^C laifla fes obfervations imparfaites ; ce
qui iit dire à quelque poëte qu'il n'avoit pu conduire le char
du foleil jufqu'à la un de fa carrière. Ces explications peuvent
être plus ou moins vraifemblablcs; mais la plus révoltante eft:
celle de la fable du foleil, reculant d'horreur à la vue du feft:iii
d'Atrée. Euripide &; quelques auteurs (e) attribuent à ce prince
la découverte du mouvement propre des planètes , Se de leurs
révolutions d'occident en orient , contraires au mouvement
diurne. On ajoute qu'il connut les caufes des éclipfes, &; que,
comme le foleil , en s'éclipfant , femble fe dérober à la vae ,
& reculer en quelque forte jufques fous l'horifon , on avoit
repréfenté par cette fable l'effet naturel dont Atrée avoit pé-
nétré la caufe. Peut-on croire que les hommes ayent enveloppé
une découverte intéreflante , utile, fous un emblème atroce?
(a) Bannier, Myth. tome I , pag. iio. («) Hygin. Fabuk c. ij8.
(i) Pline, Lih. il,c. 5. Strabon , Géog. Lib. I, pag. xj.
( c ) Vie de Pyrrhus. AchiUes Tatius , in Uianol. c. 1 , pas.
(1^) Traité de l'Aftrologie. iii.
DE L' ASTRONOMIE. 189
Indépendamment de ce que l'emblème ne peint pas fidellement
l'effet dont il eft qucllion , quelle liaifon y a-t-il entre ces
idées , entre une invention ingénieufe , £c les crimes qui font
frémir la nature ?
§. V.
Sophocle attribue à Palamedc, l'un des premiers guerriers
qui périrent devant Trove , la divifion de la nuit , en plufieurs
parties , par la hauteur des étoiles fur l'horifon , afin que les
Icntinelles puilent veiller &: le repofcr également. Le même
poëte ajoute que Palamede montra auili aux pilotes à fc con-
duire par la conftellation de rourfe,&: par le coucher de Syrius
en hiver {a). Ain(î la Grèce commença à s'éclairer par le
voyage des Argonautes , &. par le long féjour que fes guerriers
firent en Alie 6c devant Troye. Ces connoilTImces orientales
ie naturaliferent dans la Grèce , &c ceux qui les avoient rap-
portées en lurent regardés comme les inventeurs. Le premier
fruit de ces connoilTances furent les années de trois mois 6c
de lix mois que quelques peuples grecs employèrent à la me-
fure du tems , mais l'ulage le plus général fut celui de l'année
lunaire. Ils eurent même quelque notion confufe de l'année
folaire. On en juge par les tentatives qu'ils firent pour faire
cadrer cette année lunaire avec le cours du foleil. Ils ajoutèrent
de tems en tems un treizième mois intercalaire, pour remédier
au dérangement du calendrier. On peut imaginer comment ces
intercalations étoient faites par un peuple qui ne faifoit point
d'obfcrvations. Au milieu de ce défordre , les gens de la cam-
pagne dévoient être fort embarralTés pour en régler les travaux.
On prit le parti , à l'exemple des orientaux , d'indiquer ces
(a) f rcret , Dcf. de la Chron. page i6
T90 HISTOIRE
travaux par le lever 6c le coucher des étoiles. Les grecs en
voyageant de différens cotés, dans la Chaldée ou dans l'Egypte,
raiTcmblerent les obfcrvations qui y avoient été faites , & [es
apportèrent dans leur pays. C'en étoit aflez pour eux ; ils ne fe
doutoient pas que l'obliquité de la Iphcre influ«it fur ces phé-
nomènes , Se qu'une étoile le dégageât plutôt des rayons du
foleil pour un pays que pour un autre. De ces obfervations ainfi
ralîcmblées , ils formèrent un calendrier rujîujuc qui ne lalira
pas d'être utile. On tut donc attentif: à ces fignaiix qui dans
le ciel annonçoient le retour des faifons , 6c l'Allronomie fe
borna longtcms dans la Grèce à cette efpcce d'oblervations. Il
y eut des peuples qui commencèrent leur année , comme les
E""vptiens , au lever de Syrius. Ce lever annonçoit même par
certains caractères fi l'année feroit falubre ou peltilcntieile.
Syrius eut des autels Se des lacrifices [a).
§. V I.
Les points des équinoxes & des folfbices étoicnt déterminés
par le lever Se le coucher des étoiles. On difoit Syrius fe levé
héliaquemcnt quatre jours après le lolilice. Mais comme les
étoiles ont un mouvement progrelFif en longitude , ou plutôt
que les points équinoxiaux rétrogradent continuellement à l'é-
o-ard des étoiles 6c des conftellations , il en réfultoic que les
levers de ces étoiles retardoient dans le cours de l'année fo-
lairc , Se que les points des équinoxes ôc des folftices répon-
doicnt à différens degrés des conftcUations {h). Ces chan-
gemens deviennent fenfibles au bout de quelques lîecles. Les
Grecs , en retournant dans les pays où ces changemens étoient
conftammcnt obfervés , en rapportoient de nouvelles déter-
( a ) Infra , Éclaire. Liv. VI , §. 1 7. (.h) Infra , Éclaire. Liv. YI , %. ».
DE L' ASTRONOMIE. 191
minations qu'ils ajoucoicnt aux aucicnncs. Ils ne les diftin-
guoicnc pas ; leur ignorance même étoit telle que leurs meil-
leurs agronomes publioicnc de ces déterminations qui avoient
eu lieu bien des fiecles avant eux , &: qui n'étoient plus con-
formes à l'état du ciel. Dans les différentes déterminations ,
que rapportent les anciens auteurs , on rcconnoit évidemment
les lambeaux de différens calendriers apportés (ucccirivcmcnc
dans la Grèce , ôc dont on peut même fixer les dates par le
calcul.
Le premier de tous eft celui qui eft lié à la Iphcre décrite par
Chlron 6c par Muféc. Dans les fiecles héroïques de la Grèce, où
la valeur étoit la feule vertu nécelîaire, 6c la guerre le feul talent
qui rendît célèbre, on cultiva peu l'Aftronomie qui étoit venue
d'an pays où les mœurs étoient plus formées , êc les peuples
plus tranquilles. On ne s'apperçut que cette fphere étoit dé-
feclucufe , ou du moins on n'en connut une autre que vers le
tems d'Héfiode. C'eft l'époque d'un nouveau calendrier.
§. V I ï.
C E poëte paroît avoir été fort inflruit. La plupart des levers
&: des couchers d'étoiles, qui font indiqués dans Ion po ëme
répondent exactement à fon tems {a). C'eft une preuve que la
Grèce reçut alors de nouvelles lumières de l'orient , 6c qu'Hé-
fiode les adopta. On peut juger même , en examinant ces ob-
fervations du lever des étoiles , rapportées par Héfiode, qu'elles
étoient faites dans ces tems anciens, avec une exadlitude qui
doit étonner {6). Il en réfulte qu'elles peuvent être utiles pour
•régler la chronologie.
Homère n'étoit pas fi inftruit qu'Héfiode. Il applique mal
(a) Infràj Éclaire. Livre VIj J. 14. (b) Ibidem 1 §. ij.
I9Î HISTOIRE
les connoiflances donc il faic ufage. Il paroît , par exemple ,
qu'il n'ignoroic pas que la terre a des climats oîi le plus long
jour d'été eft de 24 heures; d'autres où le foleil eft plufleurs
mois fans fe montrer, mais il applique cette dernière circonf-
tance aux Cimmerleas qui habitoient les environs des Palus
Méotidcs. Cette ignorance d'Homère , l'un des hommes les
plus éclairés de Ton fiecle , prouve que les Grecs, 1000 ans
avant J. C. , ne connoifloient point ces phénomènes par la
théorie de la fphere, ni par le récit de quelque voyageur, té-
moin oculaire , mais qu'ils les connoifloient confulément ,
par une tradition vague , incertaine , étrangère même au
pays où ils l'avoient puifée. Rien ne fait mieux voir que
cette idée des pays feptcntrionaux avoit été apportée de
l'Afie; mais que les noms des lieux &c des peuples s'étant perdus,
on avoit retenu feulement que ces phénomènes avoicnt lieu
vers le nord ; & on les attribuoit aux Cimmeriens , parce que
les Grecs ne connoifloient point apparemment de nation plus
feptentrionale.
§, V I I I. -
Aloks, c'eft-à-dire, au tems d'Héfiode de d'Homcrc
l'année fut de douze mois &;. de 3 60 jours (a). On quitta fans
doute l'ufage de l'année lunaire pour fe rapprocher du cours
du foleil. Comme on avoit coutume d'ajouter un mois tous
les deux ans à l'année lunaire , on en ajouta également un
tous les deux ans à l'année de 360 jours. Cette interca-
lâtion vicieufe produifoit des erreurs énormes ; miais ce qui
doit étonner, c'eft qu'elle a fubfifté jufqu'au tems d'Hérodote
& d'Hippocrate. Solon remédia en partie à ce défaut , en in-
( a ) Infrà , ÉcIaircifTcmcns , Livre VI , $. i6,
troduifant
DE L'ASTRONOMIE. ^93
troJuilawt rur<i2;e des mois plans & caves , c'cft-à-dlre , al-
ccrncitivement de 19 5c de 30 jours ; & l'anncc redevint pu-
rcinent lunaire. Mais les Grecs s'oblHnoicnt à garder leur année
de iGo jours, & leur mois intercalaire cous les deux 'ans.
Cette période de deux ans s'appeloit Dietende. La correction
de Solon ne s'établit qu'à Athènes. L'ancienne forme prévalut
plus ou moins de tems dans les différentes' villes de la Grèce.
Sans les olympiades , la chronologie grequc auroit été dans la
plus grande confufîoil. Iphitus , roi d'Elide , qui établit ou
renouvela les jeux olympiques , voulut qu'ils fuilent célébrés
chaque quatrième année au milieu du premier mois qui luit
le folllice d'été. Mais l'année olvmpique n'écoit que de 3^2
ou 361 jours {a). En quatre ans elle Te feroit écartée de 14
jours du cours du foleil , &: au bout de 5 o ans les jeux olym-
piques auroient été tranfportés au folftice d'hiver , li les Grecs
n'avoient pas eu quelque ligne célefte qui les avertit du mo-
ment du folftice , 6c qui ramenât la célébration des jeux à (a
véritable place. Nous penlons, quoique les auteurs anciens n'en
ayenc rien dit , qu'ils le régloient par le lever de quelqu'écoilc.
§. I X.
Si nous jetons un coup d'oeil lut l'Italie , à cette époque qui
fuit la fondation des jeux olympiques , nous y remarquerons
une lingularité rare dans l'hiftoire de l'Aftronomic. Les an-
ciens peuples de l'Italie ne régloient point leurs mois lur le
cours de la lune ; ils avoient des mois qui n'étoient que de i ^
jours , d'autres qui en avoient 3 5 Se plus. C'eft prelque le feul
exemple d'une mefure du tems qui n'ait pas fon origine dans
l'Aftronomic , en luppofant la vérité du fait attefté par Solin ,
(û) Infrli , Éclaitciirsmens , Livre VI, §. 17.
Bb
194 HISTOIRE
Cenforin & Plurarque. Romulus , par une fingukrité non
moins remarquable , donna aux Romains une année de i o
mois &: de 304 jours (a). Les habicans du Kamchatka n'ont
également que dix mois à leur année ; mais c'eft qu'elle n'eft:
réglée que par leurs travaux. La failon de l'hiver & de l'inac-
tion , qui chez eux eft d'environ trois mois , n'en fait qu'un (/^). Les
Romains adoptèrent bientôt l'année lunaire de 1 2 mois Se de
355 jours. On penfe que l'Ita^e pouvoit tenir cette connoif-
fance d'Evandre , qui félon la fable , paffant en Italie , quelque
tems avant la guerre de Troye , inftruifit les Aborigènes , ôc
leur communiqua l'ufage des lettres , du labourage , ôcc. ; ou
d'Enée qui , s'il a jamais mené en Italie les débris de fa na-
tion , a pu y porter quelques-unes des connoiffances répandues
dans l'Afie (c).
Mais il eft plus qu'incertain qu'Enée ait jamais été en
Italie [d). A l'égard d'Evandre, il étoit , dit-on , fils d'une
Sibylle ( e ). Nous avons dit que Berofe étoit père de la Sibylle
babylonienne ; il en naît un foupçon que cet Evandre pourroic
bien être petit-fils de Berofe , 6c que les connoiflances*, ap-
portées de l'Afie dans la Grèce par cet aftronôme , ont paffé
peu de tems après dans l'Italie.
Numa , le fécond roi de Rome , voulut que l'année fût auflî
réglée furie cours du foleil , & comme la révolution du foleii
excède, l'année lunaire de 11 jours, il fit intercaler tous les
deux ans un mois de z 2 jours. Il connoilToit aflez précifément
la longueur de l'année folaire,pour ne pas ignorer qu'elle avoit
encore un quart de jour de plus. Il en tint compte en multi-
(û) Infra , Éclairciflemens , Livre VI, ( c ) Scaligcr^ de cmend. temp. Lib. IV,
J. 18. pag. 180.
( b ) Voyage de M. l'Abbé Chappe, en \d) Uim. Acad. Inf. T. XVI, p. 411.
Sybérie, torae III , pages 17 & 18. \e) Titc-Live j Lib. I, c. 5 & 7.
DE L' A S T R O N O M I E. r^^f
pliâiic ces I I 5 jours par 8 , pour en former 90 jours, qu'il
partagea en 4 mois , deux de z i , 6c deux de 2 3 jours , dont
il en inrercaloic un tous les deux ans. La Qrece n'étoic pas fi
avancée. Elle eut cette période de 8 ans deux /îecles plus tard.-
Nous ignorons d'où Numa avoir reçu des connoiflances fi exadbes
pour Ton tcms. On a prétendu même qu'il n'ignoroit pas le
véritable lill:ême du monde , & qu'il plaçoit le ioleil au centre •
de l'univers ; ce qui nous paroît difficile à croire (a). Mais ce
prince gâta le bel ordre qu'il avoit établi en lailTant iub-
iifter, par refpect pour le nombre impair, le jour prefqu'cntier
dont l'année lunaire étoit trop longue. Il en réfulta qu'au bouc
de trois périodes de 8 ans , il y avoit 24 jours d'erreur. Auffi.
voulut-il que dans la troilicme de ces périodes , au lieu d'in-
tercaler quatre mois ou 90 jours, on n'en intercalât que trois
de 2 1 jours- chacun. C'eft pourquoi l'ordre n'étoic rétabli qu'au
bouc de 24 ans [b). Ainfi ce prince philofophe, qui donna des
loix fages , cec homme qui alfignoic peuc-êcre au fcleil fa vé-
ricable place , qui du moins connoiiroic les mouvemens de cet
aftre , & ceux de la lune , avec aflez. d'exa£licude , fie prêter
la révolution du foleil, celle (îe la lune , l'ordre civil à la vé-
nération qu'il avoic pour le nombre impair. Cecteinconféqucnce
au refte n'étonne point quand on penfe qu'on en retrouve des
exemples chez les peuples les plus éclairés. Le jour chafTe les
ténèbres de la nuit , mais les ombres rcftenc. Tanc qu'il exif-
cera des corps , l'ombre fera à cocé de la lumière ; tant qu'il y
aura des hommes , l'erreur aura fa place près des connoiflances
fublimes.
(j) Infrà , Éclaire. Liv. VI. §. 19. {b) Tite-Live , Lib. I , c. 15.
Bbii
sçf6 HISTOIRE
. §. X.
Le premier des Grecs que l'on peut regarder comme un
aftronôme , celui qui porta dans la Grèce les fondemens de
rAftronoinie , fut Thaïes , qui naquit à Milet 641 ans avant
J. C. Il étoit d'une Famille illuftre , èc defcendoit des rois de
■Phénicie. La première partie de fa vie fut errante. 11 fc retira
d'abord en Crète pour caufe de religion ; enfuite , étant déjà
avancé en âge, le goût des fcienccs le conduifit en Egypte. Il
y vécut avec les prêtres qui l'inftruifirent , &: qu'il inftruilit
lui-même , car il leur enfeigna à déterminer la hauteur des py-
ramides par la longueur de leur ombre (a). Il vint terminer
fa carrière au lein de la patrie, oii il forma des difciples qui '
furent les philofophes de la fccle Ionienne. Ses opinions étoient
que les étoiles font de la même fubftânce que la terre , mais
de cette fubftânce entlammée; que la lune emprunte fa lumière
du foleil ; qu'elle eft la caufe des éclipfcs de foleil , èc qu'elle
s'éclipfe elle-même en encrant dans l'ombre de la terre : que
la terre efl; ronde , èc peut être partagée en cinq zones , au
moyen de -cinq cercles , qui font l'arctique &c l'antarclique , les
deux tropiques & l'équateur ; que ce dernier cercle eft coupé
obliquement par l'écliptique , &; perpendiculairement par le
méridien. Il apporta donc dans la Grèce la connoillance des
cercles de la Iphere. Jufques-là ce qu'on avoir entendu par la
fphere n'étoit que la defcription des conftellations. Ces con-
noiflances ne fe répandirent point. Si. deux^fiecles après Thaïes,
Hérodote , un des plus beaux génies de la Grèce, en étoit aflez
peu inftruit pour dire , en parlant d'une éclipfe , le fokil aban-
donna fa place j ù la nuit prit la place du jour. Thaïes eft fa-
(c) Infra, ÉdairciiTemcns , Livre VI, §. ii.
DE L' A S T R O N O M I E. 197
meux pour .ivoir le premier prédit une éclipfe de foleil. Si les
Egyptiens ont fu réellement les prédire, c'étoit au moyen de
quelque période , ou plutôt de quelques règles qu'ils ont pu
communiquer à Thaïes ; mais cette prédiction fi famcufe fc
borne à avoir annoncé l'année où ce phénomène arriva , &
elle paroit avoir été faite prcfqu'au hafard [a). Cela prouve
comment la célébrité s'acquiert dans un pays d'ignorance. On
dit qu'il mclura le diamètre du foleil., & qu'il le trouva de la
710^ partie du cercle, ou d'un demi degré. Mais Thaïes ne
paroît pas avoir été en état de faire cette obfe;rvation, II n'avoit
pas les inftrumens nécellaires. C'eft évidemment un milieu pris
entre les deux déterminations égyptiennes , que nous avons rap-
portées, de la 700^ ou la 7 5 o^ partie du cercle {b).
§. X I.
Pherecides , qui fut contemporain de Thaïes, drcffa ,
dit-on , dans une Ille de la mer de Svrie , une machine propre
à montrer les converiions du foleil; c'efl-à-dire, à mefurer
fon mouvement vers les pôles, d'un lolftice à l'autre (c). Mais
cette machine qui ne peut êtte qu'un gnomon , ne fut connue
dans la Grèce & à Sparte que par Anaximandrç. Ce philo-
fophe , luccefleur de Thaïes , naquit a Alilet 610 ans avant
J. C. On lui attribue l'invention de la fphere , & la première
connoiflance du zodiaque. On ne fait ce que les anciens auteurs
veulent dire en s'exprimant ainfi ; car la fphere & le zodiaque
étoient connus de Thaïes: les conftellations l'étoienc bien avant
ce philolophe. Ainfi il ne refte rien à Anaximandre que l'hon-
neur d'avoir tranfporté peut-être ces connoillances à Lace-
(j) Infrk , Éclairciflemens , Livre VI, (b) IHdcm , <j. z^.
§.14. . i^ ) Diogenes Lacrce.
io8 HISTOIRE
dcmonc ou elles n'avoicnt pas encore pénétré. Il érigea le
premier gnomon dans cette ville , 6: il y démontra la marche
du folcil.
L'invention des cartesgéographiques mérite particulièrement
à Anaximandre la reconnoilTance de la poftérité. C'eft fans
doute une très-belle idée que celle de développer la furface de
la terre , pour l'expofer aux regards curieux des hommes. On
penfe bien que de tout tems les voyageurs ont eu une efpece de
géographie pour fe diriger dans l'étendue des pays qu'ils avoient
à parcourir. Quand ils auront acquis un certain nombre d'i-
dées locales , ceux qui avoient fait une route, les auront mifcs
par écrit pour l'inftruction de ceux qui ne l'avoicnt pas encore
faite. Les fauvages de l'Amérique tracent ainfi fur des peaux
des efpeces de cartes géographiques {a). Celui qui le premier
raffembla les traditions , les récits des voyageurs , èc difpofa
fur un plan les différentes contrées de l'univers , tut vraiment
l'inventeur de la géographie Se des cartes. Cette invention peut
appartenir originairement aux Egyptiens. On parle de colonnes
dreflées oar l'ordre de Séfoftris dans la ville d'^Ea en Colchide,
où les bornes des terres &: des mers étoient marquées. Les
Grecs ont pu en rapporter l'idée. C'efi: pourquoi Homère s'eft:
il bien dillingué par la connoiflance des peuples de la terre &
des pays qu'ils lAbitcnt. Mais Anaximandre , faififlant cette
idée , drefla la première carte géographique.
On a pcnfé qa Anaximandre avoir entrepris & exécuté la
mefure de la terre. Le célèbre M. Damville(^) l'infère d'un
palfage de Diogene-Laerce. Malgré l'autorité de ce favant
homme , nous ne croyons point qu'Anaximandre ait eu même
(.d) Lr.fîitcau, Moeurs des Sauvages , tome II, j\ige 115.
( i) Traité des iviefures itinéraires, page 83.
DE L' A S T R O N O M I E. 199
l'idée de cette opération. Il cil évident qu'on r. confondu la
repréfentation de la terre lut les cartes , avec fa mcfure. Nous
ne voyons point que dans aucun pays du monde on ait exécuté
cette grande entrcprife , fans qu'elle ait été citée avec éloge
par les hiftoriens , Se célébrée parla nation entière. Les Grecs
plus vains &: plus jaloux de la gloire nationale , qu'aucun autre
peuple, n'y auroient pas manqué. La mefure grecque de la terre
fcroit atteftée par les poèmes , par l'hiftoire 8c par les infcrip-
rions.
La repréfentation du monde étoit alors fort bornée ; on ne
connoilloit rien au delà de l'équareur. L'étendue de l'cfl à
l'oueft étoit beaucoup plus grande que du midi au nord ; c'eft
'pourquoi on nomma longitude l'étendue de la terre de l'oùcit
à l'eft , & latitude celle du midi au nord. Quelque borné que
fut l'univers connu, il paroifloit immenle fur les car|jps;c?'rcn
fait que Socrates s'en fervit pour confondre l'orgueil d'Aï-
cibiade.
§. X I L
Quant aux opinions d'Anaximandre , nous ne croirons
point qu'il ait penlé que la terre avoit la forme d'une co-
lonne, ni que pour expliquer les éclipies il ait comparé le foleil
^ la lune à des roues, remplies d'un feu qui s'échappe par un
trou, dilant qu'il y avoit éclipfe lorlque cette bouche fe trouve
embarrafTée Si. fermée (û). Thaïes a connu les caufcs des éclipfcs;
fon difciple devoir les connoître comme lui. Le dcfir qu'ont les
hommes de produire des nouveautés qui foient leur ouvrage ,
ne les fert point lï mal. Dio2;encs • Laerce ik. Eudeme (/^) rap-
(û) Plut, de plac'nis Pkilof. Lib. II , c. lo , ;i , ij , Lib. III, c. ic,
{ b ) Diogcnc i>. Anux.
2C0 HISTOIRE
poiTcnc clcs opinions plus dignes de ce philofophc , & nous
ne devons croire des hommes célèbres que ce qui eft au niveau
de leur répucaclon. Il regardoit le foleil comme un feu pur , àc
la terre comme un corps en mouvement autour du centre du
monde (a). Il pcnfoit de même que Thaïes lur la lumière de
la lune. Il croyoit cependant qu'elle avoir une lumière propre ,
mais beaucoup plus foible que celle qu'elle empruntoit du foleil.
Cette faullc opinion fcroit croire qu'il avoit obfervë la lueur
pâle qui paroît fur la partie obfcure de la lune , lorfqu'cUe eft
■fous la forme d'un croiilant ; cette lueur qui vient de la lu-
mière renvoyée par la terre , &: réfléchie une féconde fois par
la lune : ou bien peut-être encore auroit-il remarqué la lumière
rougeâtre que la lune conferve dans Ces ëclipfes totales ; lu-
mière qui eft due aux rayons du foleil brifés dans l'atmofphere
de la terre , qui atteignant jufqu'à la lune, font réfléchis vers
nous. Cette découverte feroit honneur à Anaximandre , quoi-
qu'il en eût mal laifi la caule. Il y a tant de vérités & de
phénomènes que nous n'expliquons peut-être pas mieux.
Anaximandre enfeigna la pluralité des mondes. Cette opi-
nion , contenue dans les vers orpliiques , fut adoptée par ceux
des philofophes grecs qui eurent allez de génie pour fentir
combien elle eft trrandc Ik. ditrne de l'auteur de la nature.
§. XII I.
ANAXiMïNE,néà Milet l'an 554 avant J. C. , fut le chef
de la fecle Ionienne , après Anaximandre. Il n'a point eu des
opinions qui lui fulTent particulières. Il fuivoit celles d' Anaxi-
mandre èc de Thaïes. On lui attribue, comme à eux , des fcn-
timcns ridicules, tels que celui de fuppofer la terre plate, tandis
{c)I,ifra, ÉclalixiiTcmens , Livre Vin , à- n-
qu'il
DE L'ASTRONOMIE. xox
qu'il eft très -fur que Thaïes la croyoic ronde (a)- Peut-être
les cartes qu'Anaximandie avoir drelTëcs , &. qui donnoient
à la terre la forme &c l'apparence d'un plan , ont - elles
produit cette erreur. Anaximene imagina & enfcigna le
premier la folidité des cieux. Plutarquc dit qu'il les fuppofoit
de terre, c'eft à-dire, d'une matière folide &c dure {è). En effet
quand on a réfléchi furie mouvement qui entraîne toutes les
étoiles de l'orient vers l'occident , en corifervant leur ordre &:
leurs dillanccs , on a pu pcnfer d'abord que le ciel étoit une
enveloppe Iphérique & folide , à laquelle les étoiles étoient
attachées comme des clous.
Anaximene paffe pour l'inventeur des cadrans folaires. Cette
invention (croit une iuice affez naturelle de celle du gnomon
qu'Anaximandre avoit érigé à Lacédémone. Mais il efl: fort
douteux que l'une &i. l'autre appartiennent aux philofophes grecs.
Cette connoiffance étoit très-ancienne dans l'Afie. Berofe ,
l'aftronôme , paffa dans la Grèce ; il y porta le gnomon , la
divilion du jour en i 2 heures , &i fans doute les cadrans dont
il a été nommé aufll l'inventeur. N'oublions pas que la plupart
des découvertes attribuées aux anciens Grecs , ne font que des
connoiflances communiquées. Ce qui nous paroit probable ,
c'eft que le cadran folaire , ainfi que le gnomon 6i la divilion
du jour, furent tranf portés de Babylone dans la Grèce, par
Berole. La divilion du jour feulement fut adoptée ; les deux
inftrumens refterent fans ufage , chez un peuple qui n'avoit
pas aflez d'aptitude aux fcienccs pour s'approprier des inllru-
mens étrangers &L inconnus. On les oublia ; & les deux phi-
lofophes, Anaximandre & Anaximene, les réinventèrent de nou-
veau , ou en firent revivre la connoiffance ;&: dans l'un de dans
( a ) Plut, de Fiai. Phil. Lib. III , c. 10. ( i ) Ibidem. Lib. II , c. 1 1 , 14.
C G
ioi HISTOIRE
l'aurrc cas , les Grecs ne manquèrent pas de leur en attribuer
tout l'honneur , ou par juftice , ou par vanité. Jufqu'à cette
époque les Grecs , qui n'avoient point de cadrans , ni d'hor-
loges , connoiiroient les divilions du jour , ou les heures, par
l'ombre du foleil. L'heure du dîner étoit fixée lorfque l'ombre
ëtoit de I o , de 12 pieds, 6cc. On avoir des efclaves dont la
fonction étoit d'examiner l'ombre , 6c d'avertir du moment où
elle avoit la longueur fixée (a).
§. X I V.
A N A X A G o IV E de Clazomene fut le difciplc èc le fuccclTeur
d'Anaximene. Il naquit 500 ans avant J. C. En méditant fur
hs phénomènes de la nature, il négligea fes intérêts particu-
liers , &c ne fe mêla point des affaires publiques. On lui re-
procha qu'il oublioit Ton pays ; mes yeux , dit-il , en montrant
le ciel, font fans ceiïe tournés vers ma patrie. On lui deman-
doit encore quelle étoit la deftination naturelle de l'homme ;
c'efl, dit-il, de confidérer le ciel & les aftrcs. Ces idées plaifenc
par l'enthoutîafme qui les a dictées. On fent que ce goût ex-
clufif pour certaines connoiirances , cette perfuafion intime
qu'elles méritent feules d'attacher, font toujours accompagnés
d'efforts , & fuivis de quelque fuccès. Nous allons rapporter
les opinions d'Anaxagore fur les aftres , car nous devons ré-
péter que l'Afbronomie de la Grèce confifte prefqu'uniquemeiic
dans les opinions de les philofophes. On n'y obfcrva point ,
ou du moins la plupart des obfervations qui ont pu y être
faites , ont été enfevelies dans l'oubli ; ce qui , chez un peuple
fi jaloux de la gloire des arts & des fciences , prouve que ces
obfervations étoient mauvaifes. Anaxagore diloit que les ré-
( a ; Mémoires de l'Académie des Ir-fcriptions, Tome IV , pag,e i ; i .
DE L'ASTRONOMIE. 103 «'
gions fiipëricurcs qu'il appcloit l'éthcr, écoicnt remplies de feu,
6c il ajoucoic que la révolution rapide de cet étlier avoir enlevé
des pierres , ou des maffes conlidérables de defîus la terre lef-
quelles s'ëtant enflammées avoient formé les étoiles (a).
Cette opinion d'Anaxagore des cieux &: des étoiles formés
de pierres a une origine fingulierc , mais aflez naturelle. Cn
rapporte que la i'^ année de la 70^ olympiade , il tomba du
ciel, en plein jour, une pierre auprès du fleuve Egos,dans la
Thrace. On la montroit encore au tems de Pline. La date de
cet événement a été confign-ée dans la chronique athénienne,
à l'année i i i 3 de l'ère attique ou de Cécrops. Ce prodige
donna lieu au philofophe de conclure que la voûte célefte étoic
compofée de grofles pierres , que la rapidité du mouvemcnc
circulaire tenoit éloignées du centre, & qui y tomberoient fans
ce mouvement. Si le fait eft vrai , cette pierre avoir été lancée
par quelque Volcan. Voilà comment les faits mal obfervés &
mal expliqués conduifent à des hypothefes fauflxs. Pline a été
plus loin. Il a avancé qu'Anaxagore avoir prédit la chute de
cette pierre , en vertu de fes connoiflances aftronomiques ,
comme s'il avoit été queftion d'une éclipfe {l').
Anaxagore difoit encore que le foleil étoit une maflc de feu
plus grande que le Peloponele. Plutarque afllire qu'il le regar-
doit comme une pierre enflammée ; Diogenes - Laerce comme
un fer chaud. Ces opinions abfurdes font évidemment défigu-
rées. Tout cela ne fignihe que l'idée très-belle èc très philofo-
phique de confidérer le foleil comme un feu femblable au feu
terreftrc. Le célèbre Xenophon fe moqua de cette penfée d'A-
naxagore que le foleil étoit de la même nature que le feu. Le
(a> Plutarrjue, Opinions des Philofo- (é) Pline, Lib. II, c. j8.
pheSjLib, II, c. 13 &: 16, Mém. Acad, Infcrip. Tom. V,p. 411-.
C c ij
204 HISTOIRE
génie faific des traits de rcfTemblance qui échappent au vul-
gaire. On nous pardonnera cette expreffion qui ne femble pas
faite pour Xénophon. Mais on eft grand homme dans Ton
genre ; on eft un homme ordinaire dans les chofes qu'on n'en-
tend pas.
§. X V.
Anaxagore penfoit que les aftres avoient eu d'abord un
mouvement irrégulier ; que le pôle avoit tourné longtems au-
tour du même point de la terre avant de fe fixer. L'axe de la
terre prit enfin une pofition inclinée à l'égard du folcil , pour
rendre la température plus égale &c la terre habitable; il recon-
noifToit ainfi les vues de la providence. Toutes ces idées naiflent
évidemment de celle du chaos qui a précédé la formation^de
l'univers , 6c fur lequel la philofophie s'cft fouvent permis
des conjecîiures. Qui fait d'ailleurs fi ce mouvement du pôle
autour d'un point , ne viendroit point de l'idée obfcurcie Sc
altérée du mouvement du pôle de l'équatcur ; connoiffance
qu'ont eue les Chaldécns , longtems avant l'époque où nous
fommes ? Mais doit-on croire qu'un fuccellcur de Thaïes , qui
devoir connoître la route oblique du (oleil , ait penfé que cet
aftre ne s'avançoit pas vers les pôles au delà des tropiques , par
la difficulté de percer un air trop dcnfe èi. trop épais qui le
forçoit de rebrouirer chemin. C'eA: cependant ce que nous ap-
prend Plutarque (<2) , fi on en doit croire la compilation in-
digefte des opinions des philofophes.
§. XVI.
Selon Anaxagore la voie lactée étoit la réflexion des rayons
(a) Plut, Ue Pladt, FhHof. Lib. Il, ç. 23.
DE L'ASTRONOMIE. 105
<^u foleil , ou plutôt il penfoit que cette blancheur pouvoit être
produite par la lumière propre Je certains aftres , que la lu-
mière du foleil rendoit infenfible , &; qu'on ne pouvoit apper-
cevoir que lorfque l'opacité de la terre interceptoit les rayons
folaires ^ a). Les comètes félon lui ëtoient formées par l'aflem-
blagc fortuit de pluùcurs étoiles errantes {i>). Il fut le premier
qui écrivit fur l'illumination de la lune 6c fur fes éclipfes. Il
avança même qu'elle étoit habitable comme la terre, &: qu'elle
devoir avoir, comme notre globe, des eaux , des montagnes Sc
des vallées (c). Il laut louer la fagacité du philofophe qui a
prévenu les découvertes du télefcope. Nous finirons cet article
par un mot qui donne une grande idée d'Anaxagore. Un homme
lui demandoit fi les montagnes de Lampface ne devicndroient
point mer un jour; oui ^ dit-il, y? /e tems ne finit poim. Ainfi
l'elprit humain a des momens prophétiques ! Anaxagore éclairé
par une étincelle du génie deBufFon, a deviné l'illultre auteur de
l'hiftoire naturelle.
§. XVII.
Anaxagore eut Démocrite pour ennemi , qui l'accufa de
s'être approprié fur les aftres & fur le monde des opinions beau-
coup plus anciennes que lui (d) ; mais ce n'eft pas à la haine
qu'on doit s'en rapporter. D'ailleurs c'étoit l'hiftoire de tous
les Grecs 5c de Démocrite lui-même. Anaxagore fut perfécuté.
On lui fit un crime d'avoir enfeigné la cau(e des éclipfes de
lune , parce que , félon le peuple , les philofophes attribuoicnt
à des caufes naturelles les actes delapuiflancedcs dieux (^). Ana-
xagore avoir enfeigné le premier l'exiftence d'un feul Dieu ; on
(a) Veidler, pages 8i , 105. (c) Plu-t ac P.dc. P/iiLLïj. \\ ,c. %j ,it>
(i ) Ariftote , de Maeerologiis , Lib. I, (d ) Dioacncs-Lacrcc , ia Dcmocr.
C, ij, {e) Plutarcjue , //i W/««j j J. ^.
io6 HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE.
le taxa d'impiété èc de trahifon envers la patrie. Il fut prof-
crit , lui &C {es enfans. Quand on lui prononça fa fentence de
mort: " il y a longtems, dit-il, que la nature m'y a condamné,
« èc à l'égard de mes enfans , quand je leur ai donné la naif-
ii fance , je ne doutois pas que ce ne fût pour mourir un
)5 jour 55 . Périclès , fon difciple , le défendit , ôc lui fauva la
vie; il fut feulement exilé,
Archelaiis , le dernier philofophe de la fe£te Ionienne , ne
peut être cité que pour l'analogie qu'il établilFoit entre le foleil
6c les étoiles. Il regardoitle foleil comme une étoile plus grande
que les autres. Anaxagore ôc lui tranfporterent l'école de Milet
à Athènes , qui devenoit le fiege de la philofophie.
v
HISTOIRE
DE L' A S T R O N O M I E ANCIENNE-
r=±^=);;ip
LIVRE
HUITIEME.
D E l'Aflrononiie des Grecs dans la fecle de Pyt'iagore _,
dans la fecle éléadque j ù des opinions de quclaucs autres
Philofophes.
§. PREMIER.
i"^ o u s venons de parcourir ce que la fe^te Ionienne nous fournit
de connoiflarices fur l'Adronomie ; mais dans le même tems
floriiroic en Italie la fecle que Pythagore fonda peu de tems
après la mort de Thaïes.
Pythagore naquit vers 580 ans avant J. C. , & fut un des
plus grands hommes de l'antiquité. Il étoit Tofcan félon les
uns , & félon d'autres Tyrien. Son nom eft plus connu que fon
origine. Il n'avoir pas encore i 8 ans quand il alla entendre
Thaïes {a). Ce philofophe lui confeilla le bon ufage du rems.
(a) Bayle , ait. Pyth. remarque B.
Diojjcr.es Lacrce , cité a la marge.
2o8 HISTOIRE
&; la tempérance comme le foutien de l'étude. Ce précepte efl
la fourcc de l'abiliaence, devenue célèbre fous le nom de régime
de Pythagore. Sorti de l'école de Thaïes , Pythagore entreprit
difFérens voyages pour acquérir des connoifTanccs. L'inftruction
ne fe répandoit pas alors facilement d'un bout du monde à
l'autre, comme aujourd'hui. Les hommes , placés dans des cli-
mats éloignés , étoient les feuls livres qu'on pût confulter. II
falloit du courage &: une véritable vocation pour acquérir la
fcience avec tant de peine. Pythagore pafTa en Phénicie , dans
la Chaldée , dans les Indes où la mémoire de fon nom fubfifbe
encore (a). Les Indiens ont confervé dans leurs annales le fou-
venir de Pythagore , ainfi que celui de Zoroaftfe. Il paffa en-
fuite en Egypte où il relia , dit-on, 1 1 ans {l>)^ ce qui efl: peu
vraifemblable. Il ne paroît pas y avoir puifé aflcz de connoif-
fances pour un Ci long féjour. Polycrate, tyran de Samos, l'avoic
recommandé à Amafis, roi d'Egypte, qui lui donna des lettres
pour les prêtres. Il s'adrefla d'abord à Héliopolis; les prêtres de
cette ville pour s'en défaire le renvoyèrent à ceux de Memphis,
comme à leurs anciens. Ceux de Memphis fous le même pré-
texte le renvoyèrent à Diofpolis ou à Thebes. Ceux-ci n'ofanc
le refufer à caufe du roi , fe propoferent de le détourner de fon
deiïein par la grandeur des travaux & des fatigues qu'ils lui
impoferoient. Ils lui propoferent donc les préparations les plus "
dures & les plus étrangères à la religion des Grecs; la circon-
cifîon étoit la première. Si d'ailleurs ces préparations reffem-
bloient, comme on peut le croire , à celles de Mithra dans la
Perfe , elles dévoient être efl-îrayantes. Elles renfermoient 8 o
cfpeces de foufFrances ou même de fupplices. Il falloir pendant
plufieurs jours de fuite travcrier à la nage une cfpace d'eau confî-
.(<i)Hol«'el, Tiad.du Shas-diah , p. 51. (i) Jamblicjuc.clc Vit. Pych. Lib. I. c 4;
dérable ^
DE L'ASTRONOMIE. 105»
dérable ; paCTer à travers le feu; vivre quelque rems dans un
lieu délcrc ; s'abftenir de nourriture , £c cependant vaquer à
differcns exercices, Sec. Ceux qui n'y périfToient pas, étoient
admis. Il cft évident que les prêtres, pour fe réferver leurs fc-
crets , vouloient faire périr, par ces épreuves dangereufcs , ceux
qui avoient la témérité de s'y hafarder , &c n'admettre que les
hommes affez courageux pour le tenter, 6c aflez forts pour y
rélifter ; ce qui ne pouvoir être que très-rare (a). Mais Pytha-
gore ayant accompli tout avec autant de célérité que d'exafti-
tude , ils furent forcés de lui ouvrir les Iccrets de leurs fcienccs ,
èc cela n'écoit arrivé à nul étranger avant lui.
Revenu à Samos , qui étoit fa patrie d'adoption , il étoit
en état d'cnfeigner ; mais il ne s'y trouva point d'auditeurs
qui daignaffent l'entendre; c'eft ce qui le détermina à palTer en,
Italie , à Cortone , ville du territoire de Tarente , oii il fc fît
beaucoup de difciples Se une grande réputation. Il eft le pre-
mier qui fe foit fait appeler philolophe. Avant lui , les hommes
qui fe livroient à la contemplation de la nature , portoicnt le
nom de fages ; il prit celui de philofophc par modeftie {6). Il
fut en grande vénération chez les Romains, qui voulurent lui
attribuer la morale &: les préceptes de Numa, qu'ils faifoienc
Pytahgoricien (c) , quoiqu'il fût mort plus de cent ans avant la
naiflance de Pythagore. Vers l'an 411 de Rome, un oracle
ayant ordonné aux Romains d'élever une ftatue au plus brave
& au plus fage des Grecs , ils en dreflcrcnt.une à Alcibiade ,
6c une autre à Pythagore (d).
(a) Jablonski, Panthéon. jSgypi. Pro- (c) Tite-Live , Liv. XL , c. 19.
/eg. pa». 141. Bayle, Art. Pych. Remar. B.
{b) Ciccr. Qutfi. Tufcul. Lib. V. (a!) Pline, Lib. XXXIV, c. 6.
a-ro HISTOIRE
§. II.
Pythagore rapporta de fcs voyages la connoilTancc de
l'obliquité de l'écliptique. Il apprit aufli à l'Italie que les deux
étoiles du matin & du foir, hefper & lucifer ^ n'étoicnt qu'un
feul & même aftre, la planète de venus. On pourroit prefque
croire que les prêtres d'Egypte lui communiquèrent la connoif-
fance du véritable mouvement de venus &; de mercure , &; que
c'eft par une tradition qui fubfifta longtcms après lui, en Italie,
que cette découverte des Egyptiens nous a été tranfmife. Il n'ad-
mcttoit point l'irrégularité -du mouvement des planètes [a).
L'Afic lui avoit appris à faire des aftres le féjour des dieux. II
n'étoit pas de la dignité de ces êtres fublimcs de marcher inéga-
lement dans leurs orbites circulaires.
Les anciens Grecs regardoicnt le cercle comme parfait, parce
qu'il eft fini , ôc n'eft fufceptibic d'aucune addition ; parce que
dans fa courbure toujours égale , tous fes points peuvent être
également le commencement , le milieu ôc la fin ; parce que
le mouvement revenant fans cefle fur lui-même, le cercle fournit
des périodes finies qui fe renouvellent à l'infini {b). On peut
donc attribuer à Pythagore le préjugé qui a régné fi longtems
dans l'Afbronomie , que les planètes ne pouvoient décrire que
des cercles , &; ne pouvoient les décrire qu'uniformément. Ces
confidérations fur le cercle font vraifemblablement fon ouvrage.
Ces idées d'ordre , de régularité &: de la prééminence de cer-
taines formes , nous femblent avoir une origine grecque. Les
anciens peuples plus fages fe -l>or noient à amafler des faits ; les
Grecs avoient la manie de raifoiincr fur tout , d'expliquer avant
de connoître & fouvent de partir d'uii feul fait pour étaWir
(a) Gerainus , c. i> ( A ) Simglicius, de ca;/<j,Lib, I. Com. i j.
DE L' ASTRONOMIE. tu
des généralités. Wliifton a cependant Imaginé que cet attache-
ment des anciens à donner la figure circulaire aux orbites des
f lanctes , étoic du à la tradition confufe, reftée fur la terre, que
ces orbites avoient été primitivement circulaires avant le dé-
luge. Au relie cet attachement à la figure circulaire étoit pau-
vreté & ignorance chez les anciens. Ils ne connoifloicnt alors
d'autre courbe fermée , & revenant fur elle même que le
cercle. Il ne devint préjugé que lorfque l'école de Platon ayant
découvert les feclions coniques , on ne s'avifa point d'cfîayer
d'autre courbe pour expliquer les ciouvemcns célcftcs , par rcf-
pect pour la figure circulaire.
§. I I L
PiTHAGORE établifToit douze fpheres difiercnces ; le fir-
mament ou la Iphere des étoiles , celle de faturne, de Jupiter,
de mars , de mercure, de venus , du foleil, de la lune; enfuite
la fphere du feu , de l'air , de Peau , enfin le globe de la
terre (a)- De l'idée des étoiles attachées à la voûte célefte, on
pafla à celle 'que chaque planète avoit une fphere, ou un ciel
folide oii elle étoit également attachée. Les anciens ne pou-
voient concevoir qu'un aftre pût être fufpendu, &; fe mouvoir
de lui-même librement dans l'efpace , à moins qu'ils ne tut at-
taché à une calotte folide èc fphérique (è). Voilà l'origine de
ces cieux concentriques &: roulans les uns dans les autres, que
l'on fit de criftal , afin de voir facilement au travers. Il étoit
aulfi aifé d'imaginer un corps mu en rond par une caufe in-
connue , que d'imaginer une fphere pour le porter. Mais les
( a ) Auclor anonymus vita. Pythag. apud Veidlcr page 86.
fhotium. (,!>) Simplicius , de cœlo , L. II. Coiiim. 4Î.
Ddij
212 - HISTOIRE
idées naturelles, les fyftêmcs fimples (ont toujours les derniers
qui fe préfentent à l'elprit humain. Pythagorc avoir pris cette
inauvaife phvfique dans l'Afic. Les Pcrfes donnoicnt un ciel
au foleil , à la lune , aux étoiles {a).
Pythagorc enfeigna publiquement que la terre étoit au centre
de l'univers. Il réferva pour fes difciples de choix l'opinion du
•mouvement de la terre & de l'immobilité du foleil qui eue
choqué le vulgaire.
Il fera peut-être intérefTant de rapporter ici les idées philo-
fophiques, que Pythagorc avoit puifées dans l'Inde fur la for-
mation de l'univers. Le partage de l'étendue univerfelle s'étoit
fait dans l'origine des chofes , entre la nuit primitive Se la
lumière. On conçut en conféquenceau centre de la nuit un
commencement de lumière , une efpece de foyer. Ce foyer
augmentant le volume de fa mafTe par l'attradlion fucceffive
de tout ce qui lui étoit homogène , dut s'accroître au point
de repoufler les ténèbres en tout fens , à des diftances pro-
portionnées à fa force , & de former , dans le centre même
de la nuit , un empire lumineux dont les limites fphériques
fufTent tracées, dans cette fubilance concave & azurée qu'on
appelle le ciel. M. l'Abbé le Batteux (^) , qui nous fournit ce
paflage , remarque avec aflez de vraifemblance que ces idées
phyfiques furent les raifons qui firent adopter à Pythagorc le
mouvement de la terre , & qui lui firent placer le foleil au
centre du monde. C'étoit , ajoute M. l'abbé le Batteux, parce
qu'il convenoit à l'aflre , roi du monde , d'être au milieu de
fon empire , & d'y être en repos ; c'étoit parce que l'œil du
monde devoit être placé à des diftances égales des limites. Mais
(a) Infra , Éclaire. Livre IV, §.3. (i ) Mémoires de l'Académie des Infcrip-^
Zend-Avefta, tome II, page ^64. dons , tome XXYII, pages 141, 145.
DE L'ASTRONOMIE. 113
CCS idées qui , au défaut des obfcrvations , déterminèrent Py-
thagore à cette opinion vraie &: piiilolophiquc , ne font point
ielon nous, celles qui ont produit le iyftêrne. Ces idées ne font
nées au contraire qu'après le fyftême èc pour fon explication.
C eft parce que des obfervations ont enfeigné que le foleil étoit
au centre du monde , c'eft parce que la voûte fphérique &
azurée du ciel , femble être les limites de la fphere de la lu-
mière , que l'on a imaginé , en y ajoutant l'idée du chaos pri-
mitit , toute cette explication phylique. Sans cette connoif-
iance tirée de l'Allronomie, les philolophes , ou les phyficiens,
qui ne (ont jamais cmbarrallés,auroient expliqué lans peine des
f\iits contraires ou conformes aux apparences. Ils auroient dit
que le (oleil étoit en mouvement, parce que le mouvement eft
eirentiel au principe actif, qui met tout en mouvement dans la
nature, parce que la divinité t]ui y préfide , l'aftre qui éclaire,
-qui échauffe Se qui vivifie, doit, comme un roi bienfaiiant, par-
courir l'étendue de Icn empire, &i fc rendre préfent partout. Ces
idées auroient été aulFi naturelles, auffivrailemblables que les au-
tres, files faits ou l'Aftronomie n'avoicnt pas décidé la quefbion.
Nous penfons que les obfcrvations qui ont fondé le iyilêmc du
repos du ioleil dans l'ancienne Aflronomie , n'cxiil:ant plus au
tems de Pythagore , il fut conduit à cette opinion feulement
par les idées phyfiques qui s'étoicnt confervées dans la tra-
dition. Mais ces idées étoient le réfultat de connoifl^anccs
peut-être plus exactes qu'on ne penle , &. n'ont pu avoir
d'autre fource que l'obfervation &; une Aftronomic perfec-
tionnée.
Pythagore admettoit aufli la pluralité des mondes. Plutarque
ajoute que , félon les Pythagoriciens , les animaux qui font
dans la lune lont quinze fois plus forts que ceux de notre gîobc,
2c que les nuits y lont dans la même proportion avec les
ii4 HISTOIRE
nôtres (a). La lune n'a en efl-ec dans chaque révolution qu'un
jour de qu'une nuit , égaux à environ quinze de nos jours.
Auroic-on connu autrefois le mouvement de rotation de la lune
autour de fon axe? C'eft ce que nous n'ofons croire ; mais nous
avons dû faire remarquer cette opinion iînguliere des Pytha-
goriciens , à laquelle perfonne , que nous lâchions , n'avoit
encore fait atccntion, Pythagorc rcgardoit les comètes comme
des planètes qui fe montrent dans une partie de leur orbe , &
qui 5 invifibles dans tout le rcile , ne paroiircnt qu'après de
longs intervalles (^). Tout cela étoit la philofophie de l'Afic.
§. I V.
C E qui nous paroît appartenir plus particulièrement à Py-
thagore, c'eft la mufique des aftres. Ce philofophe cft juftemcnt
célèbre par l'invention de la théorie de la mufique. Il donna
naiflance à une nouvelle branche des mathématiques , en éta-
bliffant les proportions pour la fouroe 6c le fondement des
accords. Frappé de cette découverte , &; entraîné par la manie
philofophique des Grecs , qui vouloient toujours généralilcr ,
il penfa qu'il devoir retrouver cette harmonie dans le ciel , &;
que le mouvement des aftres & des fpheres devoir rendre un
fon , qui étant proportionnel à leurs diftances mutuelles formoic
un concert célefte {c) ; concert que nous n'entendons pas, parce
que les fons en font trop forts êc trop élevés pour être faifis
par notre foible organe. Il penfa apparemment que les fenfa-
tions des objets infiniment grands, comme celles des infiniment
petits, échappoient à nos fcns bornés. Il pofoit la diftance de
la lune à la terre pour un ton (c); de la lune à mercure un
( a) Plut, {ie Placit. Phi/. Lib. II , c. 30. Macrobe , Somn. Scip. pag. 145.
(A) Arift. Méréurolog. Lib. I, c. j. Cenforin , dédie natali , c. i ;.
( c) Plut, de Mujtca. (d) Il cftimoit cetie diftance de 116000
Arift. de (çelo , Lib. II , c. p. ftades italiques.
DE L' ASTRONOMIE. 215
demi-ton ; autant de mercure à venus ; de venus au foleil un
ton & demi ; du foleil à mars , un ton ; de mars à Jupiter , un
demi-ton ; de Jupiter à faturnc , un demi-ton ; enfin de faturnc
à la fphere des étoiles , un ton & demi. Ce qui fait l'oclavc
de fept tons , ou le diapafon. Il n'cft pas néceflairc de dire
que CCS rapports des diftances des planètes font faux. On ignore
fi Pythagore avoir été conduit à cette idée par les diflances mal
connues des planètes, ou fi, prévenu de l'harmonie chimérique
des aftres , il avoit déduit la proportion de leurs diftances , des
intervalles qui font entre certains accords.
On voit ici un nouvel ordre fuivant lequel Pythagore ran-
geoit les planètes : il cil diflerent de celui que nous avons rap-
porté ci-dclTus. Peut-être tenoit-il le premier des Égyptiens ,
&: le fécond des Chaldéens ou des Indiens ; peut-être a-t-il en
eonnoilTance du vrai mouvement de mercure & de venus ,
connu en Egypte , &: pcnloit-il qu'on pouvoit placer également
ces deux petites planètes , au delFus & au dclFous du foleil ,
puifque dans le cours de leur révolution elles avoicnt également
ces deux pofirions à l'égard de la terre.
§. V.
Pythagore penfoit que le monde avoit commencé par
le feu (a), c'eft-à-dirc, que le premier des élémens avoit été le
feu. Il appliqua les figures des cinq corps réguliers , aux quatre
élémens ôc à l'univers. Le cube forma la terre ; la pyramide le
feu ; l'oclaedre ou la figure à 8 faces , l'air ; l'icofaedre ou la
figure à^ G faces , l'eau ; enfin le dodécaèdre ou la figure à i 2
^aces fut la forme de la fphere fupérieurc de l'univers {b). Py-
{a) Plut, de Plac. Phil.'ùh II, c, 6. £c ami de Platon, pour l'.mteur de cctre
(A) Pàccioli, Almag. tome I , pag. 40, idée ; mais Plutaïque l'auiibue forrocUt-
cite un certain Tliaetctès , comtenipoiaiii ment à Pythagore.
ii6 HISTOIRE
thagore , célèbre pai* fes découvertes mathématiques , voyoit
partout de la géométrie 6c des rapports. Il oublioit que la géo-
métrie n'eft point une fcience puifée dans la nature ; elle eft
née Se elle n'exiile que dans l'efprit humain. Il n'y a rien
de lemblable dans l'univers. Ce font des fornics , des figures
confiantes fie régulières , mais idéales qui fervent à mefurer par
approximation les formes èc les figures infiniment variées ,
réellement cxiftantes ; c'eft un inllrument , & rien de plus. 11
eft: aflez bifare lans doute de bâtir le monde avec des figures
de géométrie : mais en cherchant dans ce fyftême des idées chi-
miqucs , on pourroit peut-être y trouver quelque vrailemblance.
Tout ne te criftalife-t-il pas dans la nature ? Ces criftaux n'ont-
ils pas des formes régulières &C conftiantes ? Qui nous dit que
très-anciennement , avant Pythagore , la chimie n'a pas été
cultivée avec fuccès,que les crift;aux fii leurs figures n'ont pas
été connus ? Qui nous dit que les criftaux de terre primitive ne
font pas des cubes , ceux du feu des pyramides , Sec. Cette con-
noiirancc , après la deft:ru(£lion de toutes les autres , peut être^
parvenue feule à Pythagore qui nous l'a confervée. D'ailleurs
il n'eft: pas néceffliire que les figures qu'il attribue aux parties
primitives des élémens , foient réellement celles qu'elles ont.
Il fuffit qu'ont ait fu qu'elles avoient des figures conft:anfes ,
l'imagination peut avoir fait le reftc. Nous avons des exemples
de vérités connues pendant des fiecles , {ans qu'on puifle en
indiquer l'origine , regardées longtems comme des erreurs po-
pulaires , Se réhabilitées par l'expérience. Combien y a-t-il que
les gens de la campagne mettent du fer auprès des chofes qu'ils
veulent préferver du tonnerre ? Cet ufage taxé de préjugé par
les Phyficiens , a été juftifié depuis que l'élecftricité a fait con-
noître que le fer a la vertu de fe charger des particules élcc-
tric^ucs répandues dans l'air.
§. VI.
DE L'A'^STRONOMIE. 117
§. V I.
Pythagoue pcnfoic que la terre èto'it ronde , & partout
habitée ; car il admettoit les antipodes , & il difoit que les
hommes pouvoient être droits fur leurs pieds dans une direc-
tion, oppofée à celle que nous fuivons dans notre hémifphere.
Il eft le premier philofophe qui l'ait penfé , &: fi cette opinion
ne lui a pas été fournie par les étrangers qu'il confulta , s'il
s'eft élevé de lui-même à cette idée, elle doit lui faire beaucoup
d'honneur. Il falloit alors un grand génie pour écarter le pré-
jugé, fi naturel, que la pefanteur agit toujours dans le même
fens. Ce préjugé même avoir de fi profondes racines qu'elles
fe font étendues prefque jufi:ju'à nos jours. Après vingt ficelés
Galilée fot condamné pour avoir foutenu la vérité que Pytha-
gore avoit apperçue.
Pvtha2;ore n'a rien écrit. Il cachoit avec foin fa véritable
do(£lrine. Il ne propofoit aux étrangers , à la foule de Ces au-
diteurs , que des emblèmes , Se il ne découvroit la vérité qu'à
{es difciples choifis. Tous les philofophes anciens ont été per-
fuadés que la vérité devoir être voilée. Cen'eft pas elle qui rougit
de fe montrer, ce font les hommes qui craignent de la voir nue.
C'eft peut-être cette afTe£lation de myftere , poufTée trop
loin , qui fit hair & craindre les Pythagoriciens. Ils furent dans
la fuite chafles de Cortone & de l'Italie. II y a de l'inconvé-
nient fans doute à enfeigner publiquement certaines vérités ,
mais il eft également dangereux d'enfeigner en fecret des opi-
nions inconnues. Elles peuvent paroître redoutables au gou-
vernement,quel qu'il foit. Les Pythagoriciens fuivoient l'exemple
des Egyptiens , des Chaldéens & des Indiens ; mais chez ces
peuples les fciences écoient dans les mains des p^-êtres. Le myf-
tere les rcndoit refpeclables , fans les rendre fufpedls. Comme
Ee
lis HISTOIRE
les dieux font inconnus , le myftere fcmble le partage de tout
ce qui les entoure.
On dit que Pythagore vécut 8 o ans , d'autres le font vivre
jufqu'à 104 ans. Quant à fa mort , elle eft rapportée diverfe-
ment. Les uns le font mourir tranquillement dans fon lit ; les
autres difcnt qu'il fut brûlé dans fa maifon , ou par un homme
qu'il n'avoit pas voulu y admettre , ou par les Crotoniates qui
foupçonnoient qu'il afpiroit au gouvernement {a).
§. VII.
Empedocle, le premier difciple de Pythagore , fameux
par la curiofité qui le fit périr, dit-on, dans la bouche de l'Etna,
^laquit dans la Sicile à Agrigcnre , on ne fait pas trop en quel
xems. On lait feulement qu'il fut admis aux leçons fecretes de
Pythagore. Nous ne favons rien de lui qui ne foit au deflbus
de la réputation qu'il a lailTée. Selon lui le véritable foleil , le
feu qui eft au centre du monde , éclairoit l'autre hémifphere.
Celui que nous voyons n'en eft que l'image réfléchie qui fuit
tous les mouvemens du foleil, invifible pour nous. Ce philo-
sophe avoir cherché la caufe de l'inclinaifon de l'axe de la terre
fur l'éclipriquc , &: il croyoit que l'impctuofîté des rayons du
foleil partant du midi , avoir exercé fon adlion fur l'air qui
environne les pôles, & que celui du nord en y cédant, fut
contraint de s'abaifler : celui du midi au contraire s'éleva , £c
le monde pencha comme il fait aujourd'hui {b). Il faut que
depuis ce tems là les rayons du foleil ayent bien perdu de leur
activité , puifque tout eft refté dans le même état. Il pcnfoit
encore que lorfque le monde avoir été créé, le mouvement du
foleil étoit fi lent que la longueur d'un fcul jour égaloit celle
( a ) B.iyU , Art. Pytli. Rem. O. (i) Plut, de Plaut. Phil. Lib. H , c. i».
#
DE r ASTRONOMIE. 219
de dix mois ; cette durée fe reftreignic peu-à-pcu à fept mois.
C'eft pourquoi, ajoute Plutarquc, les enfans qui naiflciit ne
peuvent vivre qu'aux époques de fept ou de dix mois (a). Nous
avons honte de rapporter cette conclufion de l'un ou de l'autre
philofophe: mais ces erreurs fontl'hiftoire de l'efprit humain. On
n'en peut tirer qu'une conclufion légitime; c'eft que, foit pré-
jugé ou vérité, les anciens penioient que le mouvement dcsaftres
avoit été d'abord plus lent qu'il ne l'eft aujourd'hui. Les prêtres du
temple de Jupiter Ammon difoient que la longueur de l'année di-
minuoit continuellement (<3'). Au reftc il faut obfervcr que des
philosophes , qui cachoient leur véritable doctrine , ne peuvent pas
êtrejugés définitivement fur ce que l'on rapporte de leurs opinions.
Empedocle étoit poëtc, il nous rcftc un poëmc intitulé lafphcre^
qui lui eft attribué [c). On dit qu'il ne périt point dans l'Etna;
d'autres prétendent que ce fut pour caclicr fa mort , ôc fe faire
paffer pour un dieu ; mais on dit aulTi qu'il refufa la couronne
qui lui fut offerte. Il faut que l'envie s'accorde avec elle-même,
celui qui n'a pas voulu êcjfc roi pendant fa vie , voudroit-il être
dieu après fa mort ?
§. V I I L
Philolaus, dlfciple de Pythagore & d' Architas de Ta-
rente, floriffoit environ 4 50 ans avant J. C. Lorfque la fecle
des Pythagoriciens fut chaffée de toutes les villes d'Italie , il
s'échappa de Mctapont , Z<. s'arrêta à Héradée [d). Il avoir
compofé des commentaires fur la phyfique dont Platon faiioit
tant de cas qu'il les acheta des héritiers, félon les uns , i o 00 d.
& félon d'autres i 00 mines. L'eftimc de Platon eft l'éloge de
( a ) Plutarquc, de Plach. Pkil. Lib. Y , (c) Fabricius, Bibl. grec. Lib. II.
, 18. Veidlcr, page 91.
l(i ) ii«V. des oracles qui ont cclTé, S. il, {d) Plut, du gcuie de Socrates, §.15.
Ee ij
a 20 HISTOIRE.
cet ouvrage. On ajoute que ce pliilofophe en a emprunté beau-
coup d'idées qu'il a inférées dans Ton Timée. Du tems des ma-
nufcrirs, les larcins étoient faciles. Phiiolaiis penfoit , dit-on ,
tjue le foleil étoit une mafle de verre , qui nous renvoyoit par
réflexion toute la lumière répandue dans l'univers [a). Alais
n'oublions jamais que ces opinions nous iont rendues par des
•hiftoriens qui ne les cntendoient pas , &; qui , dans les exprel-
fîons des philofophes , ont peut-être pris à la lettre ce qui n'é-
-toit que comparaifon èc figure. Il difoit que la grande année
s'accomplifToit en 5 9 ans, dans Icfquels il fe trouvoit 2 i lunes
intercalaires. Ce qui prouve qu'il faifoit la révolution de la
lune de 27' 13 environ, & celle du foleil de 3 6 5 jours (è). Py-
tbagore , quelque peine qu'il fc fût donnée , n'avoit pas été
bien inftruit par les prêtres d'Egypte £c d'Afie , puifqu'ils lui
avoicnt caché la connoiflance du quart de jour qui complète
la longueur de l'année.
§. I X.
L'opinion qui fait le plus d'honneur à Phiiolaiis, & a.
laquelle on a donné quelquefois fon nom dans nos fiecles m.o-
dcrnes , eft celle du mouvement de la terre autour du foleil.
Nous avons déjà dit que la découverte de cette vérité fuppofe
une Aftronomie déjà fort avancée , qui ne fut point celle de
Phiiolaiis, de Pythagore, ni même des anciens Egyptiens. Il
y a lieu de croire que Pythagore l'avoit puifée dans l'Inde, oii
elle étoit reftée comme tradition d'une Aftronomie quin'exiftoit
plus. Pythagore a eu affez de génie pour en fentir le prix , &
pour l'adopter , mais il la cacha aux yeux du vulgaire profane.
Son difciple Phiiolaiis eut le ccmrag-e 4e la révéler 2c de l'en-
U ) PUic de Placit. PhU. Lib. II , c. io. {b) Infra > Éclaire. Liv, VII , § . 4.
DE L' ASTRONOMIE. zzi
Teigner publiquement. Il feroit alTez fingulicr que cette vérité
fût la caufe de la perfécution , qui obligea Ptiilolaùs à prendre
la fuite. Galilée perdit fa liberté pour elle. Le fort de cette
vérité feroit donc de rendre malheureux , dans tous les fiecles ,
ceux qui les premiers l'ont enfcignée.
Plufieurs philofophcs Grecs , dcfquels on ne peut aiïigner
précifémcnt l'âge , mais qui lont à-pcu-près de cette époque ,
parlèrent auflî du mouvement de la terre. Seleucus d'Erithrée
difoit que la terre tourne comme la circonférence d'une
roue {a). Héraclidcs de Pont & Ecphante, qu'elle fe meut fans
changer de place; par oii ils entendoient fon mouvement diurne
fur elle-même , en excluant lans doute fon mouvement annuel
ou de tranflation autour du loleil [è). Mais aucun ne s'eft
mieux exprimé lur le mouvement diurne que Nicetas de Sy-
racufe. Voici ce que Ciceron rapporte d'après Théophrafte ,
ancien hiil:orien de l'Aftronomie. « Nicetas, dit-il, penfoit que
•>■> tous les aftres font en repos, &; que la terre feule eft en mou-
» vement dans l'univers. Par ion mouvement rapide autour
»> de fon axe , elle produit les mêmes apparences qui auroient
»j lieu , fi la terre étant en repos , le ciel lui-même écoit en
»5 mouvement (c). Copernic n'eût pu rien dire de plus exact.
On penfe même que ce fut ce pafTage de Cicéron qui donna
à cet aftronôme la première idée du fvftême qu'il a fait revivre.
§. X.
(Enopides de Chio étabHt la grande année comme Phi-
lolaùs de 5 9 ans {d). Et {elon lui , dit- on , l'année lolaire étoit
de 365' j^, ou près de 9 heures (cf) ; ce qui n'eft nullement
( <2 ) Plutarque , qusji. Plat. §.8. {J) jtlian , Var. Hilior. Lib. X , c. 7.
(i ) Idem, de Plack. Phii. Lib. III , c. i ;. Scaliger , de Emc:ià. temv. Lib. II , p. 6 1 ,
(<:)Cicer. X^uift. Acad. Lib. IV, §. 35. {e) Ceaforin, c. 15.
111 HISTOIRE
vraifci-Ablable. Tgus les anciens ont fait l'année de 3 ^ 5 ou de
3^5^ jours , mais on ne s'eft jamais écarté de ces nombres ,
que pour approcher plus près de la véritable longueur de l'année.
Nous penfons qu'il y a erreur de chiffres. Ce cycle de 5 9 ans
fut propofé, pour régler le calendrier, (û) à l'affemblée des jeux
olympiques. Mais il ne paroit pas qu'il ait été adopté. On donne
à (Enopides l'idée que la voie lactée étoit une ancienne route
du foleil, qu'il avoit quittée pour décrire le zodiaque [h). Ce
philofophe penfa qu'il y avoit dans le centre de la terre une
chaleur qui y fubfifte toujours , indépendamment de celle du
foleil. Il expliquoit par là comment les cavernes & les fouter-
rains femblcnt fi chauds en hiver , comment l'eau des puits
paroît plus chaude dans cette faifon (c). On fait aujourd'hui
que la chaleur y eft toujours égale. Il eft affez fingulicr qu'il aie
été deviner cette chaleur centrale , qui cil: une vérité phy-
fique ( d) , pour l'appliquer mal , Se fonder une fauffe expli-
cation.
Ici,c'eft-à-dlreà (Enopides, s'éteignirent les rcftes de la fecle
de Pythagore qui lubfifta pendant dix-neuf générations {e). L'é-
cole de Socrate avoit déjà la plus grande réputation , & con-
tribua fans doute à l'effacer. Socrate, qui recueillit les débris de
l'école Ionienne, jugeant que la morale étoit plus utile à l'homme
que la phyfique , préféra l'étude de foi-même à celle de la na-
tui« , & n'oublia rien pour y ramener la philofophie, Ainfi le
Pythagorifme vit baiffer fon crédit. Mais cette fe£te fe perdit
par le myfterc , dont elle s'enveloppoit, qui l'a rendit fufpedle;
par une féparation totale de ceux qui n'y étoient pas admis :
{a) jElian, Var. Hift.Uh. X. M. de BufFon , Hiftoire naturelle deJ
(h) Aciiilles Tatiut , c. 14. Minéraux.
(c) Servcque ,Q:^i:y?. Nat. Lib. IV, c. i. ( <? ) Diogcncs-Laerce,
(<^) Mairan, Msm. Ac. dcsSc an. 1764. Veidler, page 3;. •
DE L' A S T R O N O M I E. 113
réparation qui eft une fource de haines ; mais fur- tout par
rcftlme qu'elle faifoit d'elle-même , &; par Ton mépris pour le
refte des hommes. Quand le petit nombre méprife la multitude,
quand il a l'imprudence de le laifTer voir , tôt ou tard, il eft op-
primé 6c détruit. Tous ceux qui n'étoient pas Pythagoriciens
étoient appelés les morts ; mais les morts accablèrent les vivans.
§. X I.
Cleostrate de Tcncdos vivoit vers l'an 531 avant J. C,
On croit qu'il avoit fixé les équinoxes 6c les lolftices au 8° des
fignes (û); mais cette détermination appartient au 8' fiecle
avant l'ère chrétienne , 6c non pas au 6^ (^) ; ce qui prouve que
tous ces prétendus aftronomes empruntoient de la Chaldée , ou
d'ailleurs , des déterminations qui ne convenoient plus à leur
rems. Cléoftrate s'occupa de la réforme du calendrier ; il eft
l'inventeur de roclactcridc. Quand la connoifTance plus exacte
de l'année de ^ (^ 5' i eut percé dans k Grèce, foit qu'elle y ait été
apportée par Thaïes ou par quclqu'autrc , Cléoftrate remarqua
que la révolution du ioleil trxcédoit de i i' | douze révolutions
de la lune, qu'il cftimoit chacune de 29' {; il vit qu'en multi-
pliant par 8 ces 11'^, on avoit 90 jours, qui faifoient trois
mois lunaires de 3 o jours. Il compola donc une période de 8
années de 3 (j 5' f, ou de 2 9 1 2 jours, pendant lefquels s'é-
coulent 9 6 révolutions ou mois lunaires , alternativement de
29 6c de 3 o jours , avec trois mois intercalaires de 3 o jours.
L'erreur de cette période eft d'environ 3 G heures , dont la lune
anticipoit fur le foleil. Plufieurs aftronomes , Nauceles , Mne-
fiftrate , Doiithée , qui eft cité dans les calendriers pour avoir
( û) Scal'ger , fift fm.-.-îû. ffm-cr. Lib. II, ( i) I-fra, ÉclairciîVcmcns, Lîvrc VI,
page 61. S. II.
iî4 HISTOIRE
recueilli des obfervacions d'écoiles , modifièrent cette période
feulement dans les mois intercalaires [a). Quelqu'un imagina
d'ajouter trois jours à la fin de deux oclaeteridcs , & il en ré-
fulta une période de i 6 ans qui fut nommée Heccx - decafte-
ridc. Mais en s'adaptant mieux au mouvement de la lune , elle
s'éloignoit du mouvement du foleil. Harpalus ne fut pas plus
heureux. Il s'apperçut que deux tetraeterides , ou deux périodes
olympiques de 4 ans , avec un mois intercalaire de 3 o jours ,
faifoient 2924 jours, deux de plus par conféqucnt que l'oclae-
teriderilen réfulta que la nouvelle lune ne pouvoit plus tomber
au premier jour du premier mois de l'année olympique, comme
il avoit été réglé lors de l'écabliflement de ces jeux fameux
dans la Grèce. Il donna donc deux jours de plus à la période ,
qui , au lieu de n'avoir que 5 i mois de ^ o jours, comme celle
de Cléoftrate, en eut 53 [b). Cette période avoit le même
défaut que celle de i 6 ans; elle s'accordoit affcz bien aux mou-
vemens de la lune , mais elle s'écartoit de ceux du foleil de
deux jours &; plus.
§. XII.
Malgré ces réformes , les erreurs du calendrier étoient
toujours confidérables. Ces deux jours s'accumuloient à chaque
oclaeteridc , èi. au bout de 60 ans il y avoit i 5 jours d'erreur.
Enfin , Aleton parut , Meton , difciple de Phainus , né à Leu-
conée, village de la campagne d'Athènes (c). Il propofa fon
cycle de I 9 années folaires , pendant lefquellcs s'écoulent i 9
années lunaires ôc 7 mois intercalaires. Ces mois étoient placés
dans les 3 ^ , 6^ , 8 *, i l '^ , i 4^ , i 7^ & 19* années. Il changea
(a) Ccnforin , c. 1 8. porum , Libro fecundo , pag. 6^,
i, l> ) Scaliger , de Emendatione tem-' ( c ) Saumaife , ^.vemf. P//«m/j. p. jij.
aulîî
DE L' ASTRONOMIE. it^
aulTi la dirporitioii des mois , 6c au lieu de les faire alternati-
vcmenn de 2 9 6c de 3 o jours , il voulut que dans les 235 mois
qui compofenc fa période , il y en eût i i o feulement de 29',
ôc 125 de 3 o , en comptant les fept intercalaires. Par ce
moyen les mouvemens du foleil &C de la lune , font très-heu-
reufement conciliés , ôc les deux aftres fe retrouvent à très-
peu près au bout de la période au même point du ciel ; car i 9
années folaires font <j9 3 9' 14'' 2 5' , & 2 3 5 lunaifons font
(j9 3 9' ï 6^ 31'. La lune achève donc fa dernière révolution
deux heures plus tard que le foleil. Mais comme une période
civile ne comporte point de fraction , & qu'il fallut l'établii:
de (Î940', au renouvelemcnt de la période , il y a déjà 9 ''f ,
que le foleil a commencé fa révolution , & 7'' 4 que la lune a
recommencé la fienne. Cette erreur étoit inévitable.
§. XIII.
Il étoit impofTible d'inventer pour la conciliation de ces
deux mouvemens un cycle plus exact , plus court & plus com-
mode. Cette découverte dut étonner les Grecs , &c leur paroitre
un des plus grands efforts de l'efprit humain. Aulîl fon utilité
même étouffa toute efpece d'envie ; on ne dit point qu'elle ait
elTuyé aucune contradiction. Elle fut reçue avec un applaudif-
fement général , quand fon auteur en préfenta des tables èC
une explication dans Taircmblée de la Grèce pour les jeux olym-
piques. Quoiqu'il changeât l'ordre public , ou plutôt qu'il en
établît un où il n'en exiftoit pas, fa réforme fut adoptée fur
le champ, 6c le premier cycle commença l'an 43 2 avant J. C.
Jamais fuccès ne fut mieux mérité , ni plus complet , que
celui de Meton. La période fut adoptée par toutes les villes 6C
colonies grecques, 6c reçut unanimement le nom de cycle ou
nombre d'or, pour marquer fon excellence: nom qu'elle a cou-
as- HISTOIRE
fervé jurqu'aujourd'hui chez la plupart des peuples de l'Europe
qui en font encore ufage. Après la mort de Meton les aftro-
nômes continuèrent d'annoncer , par des tables expofées dans
les grandes villes de la Grèce, le quantième de l'année du cycle,
les prëdi(£lions météorologiques, & fans doute les jours où tom-
boient les fêtes 6i les cérémonies réglées fuivant les faifons.
§. XIV.
Nous avouons cependant que nous ne pouvons nous per-
fuadcr que Meton foit le véritable auteur d'une période qui,
ayant tant de précifîon enfî peu d'années , fcroit honneur à notre
Aftronomie moderne. On a tout lieu de croire que les Grecs
jufqu'alors n'avoient point fait d'obfervations, pour déterminer
les moyens mouvemens du foleil Se de la lune , avec cette pré-
ciiîon. La première obfervation grecque , ou du moins la plus
ancienne qui ait été confervée , eft celle du folftice d'été , faite
par EuiStemon bc par Meton lui-même, l'an 43 1. Il eft clair
que Meton avoit emprunté ces connoiflances exactes du mou-
vement du foleil & de la lune , de l'Egypte ou de la Chaldée.
On alTure qu'il voyagea en Egypte (û) , il a pu également aller
dans la Chaldée. Il aura eu communication de la période de
I 9 ans , qui a été connue de prefque tous les anciens peuples.
II l'aura rapportée , & s'en fera fait honneur dans fa patrie ,
comme beaucoup d'autres avoient fait avant lui. Cette fup-
pofition nous paroît plus vraifemblable que la fuite des idées que
Scaliger fuppofe à Meton dans l'invention de fa période [b). S'il
a pu ignorer dans fes voyages l'exiftence de cette période, il
aiïra eu du moins connoilTance de celle des Chaldéens de 2 1 3
( " ) Infrh j Édairciflemciis , Livre VU, {b) Scaliger , de Emend. temp. Lib. II ^
é- 7- pag. 74.
DE L' A S T R O N O M I E. 117
lunaifons , ou de 18 ans &i xo jours environ. Il aura vu que,
pour que cette période ne comprît que des années complettes,
il luffifoic d'y ajouter une année lunaire de 3 54 jours , Se quel-
ques heures , ^k. le voilà parvenu à fon cycle de i 9 ans. Cette
application de la période chaldéenne , ainfi augmentée d'une
année limaire aux ufagcs du calendrier grec , feroit encore
honneur au génie de Mcton. Mais la Grèce , ni le fîecle n'en
partagent point la gloire. Ce iîecle n'étoit pas afTez avancé pour
produire une pareille découverte. Il n'en eft point qui n'ait été
préparée par quelques germes femés plufieurs fiecles aupara-
vant , c'eft-à-dire , par des connoiflances précédemment éta-
blies. Il n'y avoit rien de tout cela dans la Grèce, L'Aftronomie
auroit pafîé , d'une forte de barbarie , à une précifion fingu-
liere. On ne connoît point cette elpece de faut dans les progrès
des fciences , ainlî que dans ceux de la nature.
Il y avoit dans la Grèce des faftes ou des calendriers qui.
portoient le nom de Meton (a) , c'eft-à-dire , de ces calendriers
qui indiquoient les tems de l'année où l'on obfervoit le coucher
& le lever des étoiles. Mais ces obfervations lui appartiennent
encore moins que l'invention de la période. Il eft prouvé par
le calcul qu'elles remontent au tems d'Héfiode , èc quelquefois
au delà. Ce font des obfervations qu'il a recueillies , ôc rien
de plus. On ne fait ni en quel tems eft né , ni en quel tems
eft mort cet homme célèbre dans la Grèce. On fait feulement
qu'il vivoit 41 o ans avant J. C , èc l'an 43 i fut l'année où
il propofa fon cycle {é).
Comme nous fuivons les différentes écoles de philofopïiîe,
( a ) Columelle , de re Rufiica. ( i } itiian , Far. H!Jlor. Lib. XI1I>
infràj Écliirc, Liyrs VU, j. j(, ç, i. ,
ffi]
aaS HISTOIRE
cjui ont illiiftré la Grccc , il nous faut remonter à des tems an-
térieurs à ceux qui nous occupent maintenant , pour parler de
la leite éléatique ; fccle qui , moins curieufe d'étudier 6c d'en-
feigner les Iciences de la nature , avoit choili pour Ton objet la
dialectique, dont Zenon d'Elée fut l'inventeur. L'Aftronomie
dans cette feifle fe borna donc à quelques opinions, dont la plu-
part furent allez ridicules. Xenoplianes, le fondateur, qui vivoit
vers (j 3 G ans avant J. C. , ne fut pas , comme on le croit bien,
celui qui eut les opinions les plus faines. Si l'on en croit Plu-
tarque(û), il penfoit que les étoiles s'étei^^nent le matin pour
fe rallumer le foir ; que le foleil eft une nue enflammée [b]-^ que
les éclipfes arrivent par l'extin^lion du foleil qui fe rallume en-
fuite (c); que la lune eft habitée , mais i 8 fois plus grofTe que
la terre {d) ; qu'il y a plufîeurs foleils & plufieurs lunes pour
éclairer les difFérens climats de la terre. Quand on lit ces fotifes,
on croit que les hiftoriens ont voulu calomnier les philofophes,
d'autant plus qu'elles étoient nées dans la tête de Xenophanes,
un fiecle après Thaïes.
II penfoit que le mouvement du foleil fe faifoit en ligne
droite , & que l'apparence du mouvement circulaire naifToit de
la grande diftance où nous fommes de cet aflre. On fait que
ces apparences ne peuvent être les mêmes que dans de petits
cfpaces parcourus. Un mouvement réellement circulaire , peut
paroitre pendant quelque tems s'exécuter en ligne droite. On a
tenté de repréfenter le mouvement des comètes par une pareille
hypothefe ; mais il eft phyfiquement impolTible qu'un corps mu
en ligne droite ait jamais l'appareace de fe mouvoir en rond.
Ce philofophe a été fans doute mal entendu. Peut-être con-
{, a ) Opinions des Philofophes , Lib. II , (c) Ihiiem. c. 24.
• } • (d) Laftance , Divin. Jnjlitut. Lib. III ,
(c) Ibidem, c. Î.O. «. *j.
DE L' A S T R O N O M 1 E. 229
fîdéroit-il Li courbe de roroitc du foleil , comme un polio-one
d'une inhnité de cotés , &: alors il pouvoir dire que le mouve-
ment du foleil avoit lieu dans des lij;ncs droites. Une idée plus
hcurcufe elt celle des mers qui , iclon lui , avoicnt couvert
toute la terre. Phénomène qu'il démontroit par la préfence des
corps marins dépofes fur fi furface & dans fcs entrailles {a).
§. XVI.
P A R M E N I D E s fut difciple de Xcnophanes. Il divifa , comme
Thaïes, la terre en zones [é]. Il eft l'auteur du préjugé que
la terre n'étoit habitée &c habitable que dans les deux zones
tempérées {c]. Il regardoit la terre comme fphériquc , placée
au centre du monde. Il ajoutoit qu'elle étoit fufpendue au milieu
de l'univers , parce qu'il n'y avoit point de raifon pour qu'elle
dût fe mouvoir ou pencher d'un coté plutôt que d'un autre (c/). On
voit ici les premiers pas qu'on a faits pour expliquer le phéno-
mène incompréhenfible de la terre, fufpendue au milieu de l'u-
nivers, fans que rien la foutienne dans un fluide plus léger que
l'air , tandis qu'on voit tomber les corps fur la terre , lorfqu'on
les abandonne à eux-mêmes. Avant l'attraclion nc^ tonienne ,
avant d'avoir reconnu que la pefanteur eft dirigée au centre
de la terre ; cela put donner longtems à penfer aux meilleurs
efprits. L'explication de Parmenides eft aflxz philofophique.
Elle eft fondée fur le principe de la raifon fuffifante, employé
depais par Archimede , ôc dont Leibnitz a fait dans le dernier
Cecle un fi grand ufage.
§. X V I I.
« L E U c I P E n'eft connu que pour avoir été l'auteur de la phi-
{ o ) Diogcnes-Laerce. ( <: ) Plut. Opin. des Phil, Lib. III, c. l.
(6) AcaïUcs Tatius, «. ji. {a) Uiàem , &. i^.
Z30 HISTOIRE
lofophie corpufculaire, & le précurfeur de Démocrite. Ce der-
nier , nommé auffî le phiiofophe d'Abdere , naquit vers la 8 o*^
olympiade ,456 ans avant J. C. , &: fut contemporain de Meton.
C'efl: pourquoi il eft alfez fingulier qu'il ait ofë propofer un
cycle de 8 z ans, qui ne valoir certainement pas le cycle de i 9
ans de cet aftronôme. Démocrite voyagea, 6c vit ce qu'il y
avoit de plus favant au monde , les Egyptiens , les Chaldéens
Se les Gimnofophiftes, ou les Brahmanes. Il avoit fait un grand
nombre d'ouvrages qui ont péri. Métaphyfique, morale , mé-
decine, phyfique , agriculture, cofmographie , Aftronomie ,
géométrie, mufique, grammaire, poëfie, ècc. Cet homme uni-
verfel avoit tout embraffe. Pour nous borner à ce qui concerne
rAftronomie, il avoit fart un ouvrage fur les planètes , un autre
fur les caufes céleftes , &C un traité intitulé grande année , ou
Aftronomie. Il avoit drefle fans doute un de ces calendriers qui
annonçoient les levers & les couchers des étoiles.
Il eft l'auteur du fyftême des atomes, ou plutôt il donna de
la célébrité à ce fyftême , imaginé avant lui par Leucipe. On
ne fait ce que Laerce veut dire , en ajoutant que ces atomes
font infinis en nombre & en grandeur ; cela eft abfurde : ôc
voilà comment les hiftoriens rapportent les opinions des phi-
lofophes.
§. XVII.
L' I D É E la plus philofophique de Démocrite eft celle qu'il
eut fur la voie lactée. Il eft le premier qui l'ait conlidérée comme
un amas d'étoiles infiniment éloignées , Se dont la lumière fe
confond pour ne former qu'une lueur blanchâtre (a). Cette
opinion fubfifte encore aujourd'hui, 6c fi l'opinion n'eft pas fui-
(a)Plutarquc, de Plamis Philo/ophrutn ,Lih. III, e. i.
DE L' ASTRONOMIE. 131
fifamment facisfaifante (a) , les modernes n'ont rien trouvé de
mieux à lui fubftituer. Quand on confidere la variété des opi-
nions humaines , comme elles fe (uccédent &: fe détruifcnt
combien il cft difficile d'aiïîgner aux phénomènes ou aux ap-
parences physiques, une caufe qui foit vraie pour tous les tems,
on fenc qu'il y a de la gloire à laifler, après foi, une opinion qui
fe trouve à l'épreuve des lieclcs , 6c qui regtie à jamais ilir la
terre. Démocrite étendit cette idée aux comètes. Il penfa qu'elles
écoient produites par la rencontre de deux ou de plufieurs pla-
nètes , qui fe trouvent fi voifines , que leurs lumières réunies
n'excitent que la fenfation d'un feul altre (6). En conféquence
Démocrite établifloit que l'on ne connoifioit pas encore le
nombre des planètes ;&: il fuppofoit qu'il y en pouvoit avoir un
aflez grand nombre pour que ces rencontres enflent lieu aufîl
fréquemment que l'apparition des comètes. Démocrite préten-
doit même qu'on îivoit vu quelquefois paroître des étoiles à la
place où une comète s'étoit évanouie. Mais comme le remarque
Ariftote (c), cela ne devoit pas arriver quelquefois, mais tou-
jours. Si Séneque a très bien réfuté cette idée de Démocrite ,
il a eu tort d'avancer que ni ce philofophe , ni les Grecs de fon
tems ne connoifloient pas le nombre des planètes , ou bien il
faut l'entendre de la manière que Démocrite l'cntendoit. Il ne
feroit nullement vrailemblable que la Grèce qui avoir commerce
avec l'orient depuis dix fiecles , avec l'Egypte depuis Thaïes ,
n'eût pas connu les fept planètes , qui font , pour ainfi dire, la
première connoiflTance de l'Aftronomie , èc celle qui a été le
plus généralement répandue.
Métrodore fut le plus illufbre des difciples de Démocrite. Il
( <2 ) M. de la Caille , Mémoires de l'Aca- ( i) Seneque , QuaJî. natr. Lib. VU, c. lî
demie des Sciences, année 17;;, p. i?4i C*^) De Meteorol. Lib. I, c, 10.
13 2 HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE.
adopta comme lui la pluralité des mondes. Nous ne l'avons
point fait remarquer en parlant de ce philofophe, parce que
cette opinion fut celle de prefque tous les philofophes grecs.
Métrodore abandonna fon maître dans l'explication de la voie
la6tée. Il penfa, comme Œnopides , qu'elle avoit été autrefois
la route du folcil. Peut-être avoit-il entendu dire que , félon
une tradition égyptienne , on avoit vu l'écliptique perpendi-
culaire à l'équatcur. Il pouvoit croire que la voie laélée , qui
forme un aflez grand angle avec ce cercle , étoit une des po-
rtions intermédiaires de l'écliptique , où elle avoit peut - être
rcfté davantage , &c donné le tems au foleil d'y imprimer une
•marque ineffaçable.
J -%- \
HISTOIRE
HISTOIRE
E L'ASTRONOMIE ANCIENNE.
-=!>;?=
LIVRE NEUVIEME.
De Platon y d'Eudoxc ù des Philofophes qui les ontfuivis.
§. PREMIER,
ku A Grccc commença à s'éclairer avec Platon. Il réunit toutes
les fecles dans la Tienne. La phyfique des Pythagoriciens, l'Af-
tronomie de la fecle Ionienne ; la morale de Socrate, &; l'art de
raifonncr des Eléatiques. La géométrie cultivée dans fon école,
en établifTant des principes certains &; évidens, fournit des fe-
cours qui manquoient à l'Aftronomie , 6c donna delajuftefle
aux efprits.
Platon , célèbre par l'éloquence, la philofophie & les mathé-
matiques , ne fut point aftronome, mais il fut utile à la fcicnce
par l'influence de fon génie. Frappé de la nobleffe 6c de l'u-
tilité de l'Aftronomie , il difoit que la vue n'avoit été donnée
Gg
,34 HISTOIRE
à l'homme que pour connoître, admirer la régularité & la conf-
tancc du mouvement des corps céleftes , pour apprendre d'eux
à airner l'ordre , & à régler fa conduite {a). Selon Grégori {è),
Platon penfoit que les corps céleftes avoicnt d'abord été
mus en ligne droite , mais que la gravité changea ce mouve-
ment , &c le rendit circulaire. Il avoir des idées exaclcs de la
caufe des éclipfes. Quant à l'arrangement des planètes, il les
plaçoit ainfi; faturne , Jupiter, mars, venus , mercure, le foleil,
la lune, &: la terre qu'il plaçoit au milieu (c). Les Chaldécns Si
Pytha^ore mctroient mercure èc venus au deflous du loleil (cj');
Platon les mettoit au deflus , il y a apparence que, n'ayant
voyagé qu'en Egypte , il tenoit des Egyptiens ce dernier arrange-
ment du fvftême du monde.
On dit que Platon changea de fcntiment dans fa vieillefle,
&C qu'il crut que la terre n'étoit pas immobile, et Platon même,
'> dit Plutarque {e) ^ tint en (a vieillefTe que la terre étoit en
" en autre place que celle du milieu , &C que le centre du
« monde , comme le plus honorable fiege, appartenoit à quel-
35 qu'autre plus digne fubftance «. Il eft intéreiïant de voir par
ouelle raifon les phllorophcs fe décidoicnt alors! Quand on leur
préfcntoit une vérité , ils l'admettoient par des raifons chimé-
riques &; étrangères. Il cft bien queflion de dignité de fubftance
où les obfervations Se les explications les plus naturelles doivent
décider. Il paroît que Platon a connu les deux mouvcmcns de
la terre, celui ds rotation autour de Ion axe, &; celui de tranl-
lation autour du foleil. Nous ne devons pas oublier de dire que
par une très-belle- exprcffion ce philofophe appeloit les aftres ,
les infl rumens du urns [f )■
( a ) Plu'.arque ,' de h'is qui fera a numiiie ( a ) Suira , Liv. VIII, §. 4.
puniuntur. •'!••: ( r ) /« Num,-.
( i ) Grcgori, in Prétf. Jfron. Fkyf. (/) Injrà, Eciaiiciflcmcns, Livre VIII ,
(c) Plut, de Plac. Phil. Lib II, c. 15. $.1.
DE L'ASTRONOMIE. 13-5
On dit que Platon , voyant que les Grecs ii'avoicnt poiht
d'autre horloge que des cadrans folaires, inventa un inftrumenc
hydraulique pour mcfurer les heures la nuit (a). Quand on con-
noit le langage des Grecs , on. voit que cela fignifie feulement
qu'il rapporta d'Egvpte l'ufage des clcplidrcs.
§. II.
On peut connoître l'état de l'Aftronomie dans la Grèce,
depuis Héliodc jufqu'au tems de Platon , par un pafliige de ce
philofophe dans Vépinomide. Platon avoit reconnu que les ob-
fervations des étoiles rapportées par Héllode, ne (uffiloicnt pas
pour fonder rAfbronomic. " 11 faut favoir , dit-il, que l'Aftro-
'j nomie cfb une fcience qui tient à la fagcflc fuprême. Le vé-
" ritable allronome n'eft pas celui qui , luivant Héfiode , ob-
») lerve le lever âc le coucher des étoiles , &c les autres phé-
»> nomèncs de ce genre, mais celui qui connoît le mouvement
»> des huit Ipheres , qui tait comment les fept dernières roulent
« lous la première , & félon quel ordre chacune d'elles achevé
»> fa révolution. Il ne faut pas moins qu'un homme de génie
sj pour de telles découvertes. On doit dire d'abord que la lune
î3 parcourt fon orbite avec la plus grande vîtefle, &: qu'elle fait
M ainfî ce qu'on appelle la pleine lune &. le mois. On doit aulîl
ti confidérer le foleil qui dans fa révolution amené les folfticcs ,
ï» & les changemens des faifons , fans omettre le cours des
»> planètes qui l'ac.compa'gnent. Enfin, il faut déterminer toutes
» les autres révolutions qu'il eft difficile de bien connoître.
5> Mais il eft néceffaire que les efprits foient préparés d'abord
î> par l'étude des fciences qui v font relatives, ensuite par Tu-
jj lage & par un long exercice, non-feulemicnt dès la jeunefTe,
{a) Saumaire, ad Solin, page 4;o. ^
'i5'< HISTOIRE
sî mais même dès l'enfance. On a befoin des mathématiques,
»5 &c fur-tout de la fcicnce des nombres , d'où on paflera en-
55 fuite à celle qu'on a nommée ridiculement géométrie ".
Platon veut dire fans doute qu'il étoit ridicule de donner à cette
Tcience le nom de géométrie, ou mcfure de la rer/r ^ dans un tcms
ou une grande partie du globe étoit inconnue , &: où on igno-
roit les dimenfions de la terre. On voit par ce paflagc que l'Af-
tronomie n'étoit pas fort avancée dans la Grèce \ mais Platon
avoit bien faifî l'objet de la fcience. Il connoifToit les fecours
dont elle avoit befoin, ainfi que les progrès qu'elle pouvoit faire.
§. I I I.
Il paroît que Platon propofa aux aflronômes le problême
de fatisfaire ,aux phénomènes du mouvement des corps céleftes,
par un mouvement circulaire & régulier {a). Cette idée de la
recherche des caufes étoit digne du génie de Platon! Ce pro-
blême , qu'Eudoxe tenta de réfoudre , a été la fource de tous
les épicycles , &; de tous les cercles imaginés par les Grecs qui
l'ont fuivi. Jufqu'ici l'Aftronomie grecque n'avoit été qu'une
fuite de remarques faites au hafard , ramalTées fans liaifon ,
auxquelles s'étoient jointes quelques opinions philofophiques ;
le diicours de Platon annonce qu'on commençoit à la regarder
comme une fcience.
Cette révolution fut due à Eudoxc, ami de Platon , quoiqu'il
fut Pythagoricien ; Eudoxe le plus grand aftronôme des Grecs
avant l'école d'Alexandrie. Sextus Empiricus (/^), cet ennemi
déclaré des mathématiciens , cite Eudoxe & Kipparque comme
les plus diftingués des aftronômes grecs ; aflociation qui fait
honneur à Eudoxe. Le defir d'étudier l'Aftronomie à fa fource, le
( a ) SiingUciuf, (ii ççilQ ^ L, U, Com. 46. ( ^ ) Adycnus Mathtmai. , Lib V
DE U A S T R O N O M I E. 237
conduifit en Egypte, félon les uns avec le médecin Chnrippc(i7} ,
félon d'autres avec Platon {b). Scrabon dit qu'il y fut pendant
1 3 ans, Lacrce feulement pendant i 6 mois. Quoi qu'il en foit,
i] porta des lettres d'Agéfilas à Ne£lanebus , roi d'Egypte , qui
le recommanda aux prêtres d'Héliopolis. Il puifa dans leurs en-
tretiens la doclrinc dont il étoit avide. Il recueillit dans fcs
voyages les obicrvations des levers &; des couchers des étoiles
faites en Aile , en Italie, en Sicile cC en Egypte; ^c il compofa
un calendrier qui portoit ion nom [c).
§. I V.
AI A I s le premier fruit qu'il retira de fon voyage fut la con-
noilTance affez exacte de la révolution de la lune qu'il faifoic
de 2 9' I i*" vr-, ou i 2*" 43' 3 8' [d]-^&L celle de l'année folaire
de 3 6 5' ^ renfermée dans la petite période de quatre ans, connue
en Egypte , laquelle félon lui ramcnoit aux mêmes jours les
vents, & les autres intempéries des failons qui dépendent du
foleil {e). Elle porta dans la Grèce le nom de tetraeteride d'Eu-
doxe. C'efl notre période des années bifTcxtilcs.
On lui attribue auifi l'oclaeteride de Cléoftrate que l'on
nomme quelquefois l'ocbaeteride d'Eudoxe ; mais il faut croire
qu'il l'avoir feulement corrigée. Il n'eft pas naturel qu'Eudoxc ,
contemporain de Platon, & en conféquence poftérieur à Meton ,
ait propofé l'oclaeteride après le fuccès mérité du cycle de ce
dernier. Geminus {f) fait mention d'une ^période de i (j o ans,
dont il ne nomme point l'auteur. Scaliger {g) , on ne fait fur
quel fondement, car il ne cite point fcs autorités, attribue cette
{a) Diogenes-Lacrce. {d) S czli^tr , de err. end. tcmp.'L.lll,^. 6-;.
( b ) S:rabon , Géograp. Lib. XVII. ( e ) Pline , Lib. II , c. 47.
(c) Pcolernée, di Apparendis inaran- (/) In Urunolog. c, 6,
iium j page 95. ( f ) Loco citato.
jjS HISTOIRE
grande période à Eudoxe ; 6c il eft en effet très-pofîîble qu'elle
lui appartienne.
Les Grecs étoient fort attachés à toutes les périodes de 4 ou
de 8 années , à caufe des jeux olympiques qui fe célébroient
tous les quatre ans. Pour qu'une période pût fervir à les régler,
il falloit qu'elle fût un multiple de quatre; avantage que n'avoic
point la période de Meton. Les Grecs conlervoient donc peut-
être un certain foible pour l'oftaeteride de Cleoftrate. Eudoxe
l'examina , èc parvint à la corriger. Il vit que 9 9 lunaifons
faifoient 1913' î , tandis que S années folaires de 3 (j 5' :^, ne
font que 1921 jours. La lune s'écartoit donc d'un jour 2c demi
du (oleil à chaque période , ce qui devoit faire un mois de 3 o
jours , au bout de 1 o périodes, ou de 160 ans. C'eft cette cor-
reclion , ou ce retranchement d'un mois tous les 160 ans, qui
conftituc la période que Scaligcr attribue à Eudoxe : 6c c'eft
peut-être la raifon qui fit donner le nom de cet aftronôme à
î'octaeteride qu'il avoit ainfi corrigée. La période de i 60 ans ne
fut jamais en ufage, èc nous préfumons que celle de Calippe,
qui fut inventée peu de tems après , en fut la caufe. Elle n'eft
que de 7 6 ans , & elle a l'avantage d'être en même tems un
multiple de quatre 6c de dix-neuf. La période de 160 ans auroit
été allez exade , mais il eût été fort incommode pour l'ufage
civil que les mouvemens du foleil &C de la lune n'euUcnt été
conciliés qu'après un i\ long cfpace de tems.
§. V.
Archimede (a) dit qu'Eudoxe eRimoit le diamètre du
foleil 9 fois plus grand que celui de la lune (*). Nous n'avons
( * ) Archimede cite en même tems un douze fois plus giauJ <juc celui de la
certain Phidias Accupatiis , entièrement in- lune. '
connu, ^ui faifoit le diamêuc du foleil ("i) -^n Arenario.
DE L' ASTRONOMIE. 239
point trouvé en Egypte de mefures comparées de ces deuxaftres,
& l'idée femble en appartenir à Eudoxe même. Elle prouve qu'il
fr. voie que le folcil &c la lune n'écoicnt pas à la même diftance,
&; que paroiflanc égaux à la vue , le plus éloigné devoit être le
plui grand. C'eft un pas qu'il a fait faire à la fcicncc. Eudoxe
avoir un delir fi ardent de connoître le folcil , 6: peut-être de
pénétrer la nature de cet aftre lumineux 6c brûlant, qu'il fou-
haitoH: le voir de près comme Phaëton , au rifque de périr
comme lui (a). Vitruve attribue (^j à Eudoxe l'invention
de l'aranca , qui étoit une cfpcce de cadran folaire décrit
fur un plan. La multitude des lignes qui y étoient tracées , lui
avoit fait donner ce nom. Les cadrans folaires étoient beau-
coup plus anciens , mais on les faifoit d'abord dans une dcmi-
Iphere concave. Peut-être Eudoxe fut-il le premier qui fit un
cadran folaire fur un plan.
§. V L
SÉneque {c) dit qu'Eudoxe tranfporta dans la Grèce les
élémens du mouvement des planètes. Il faut entendre par là
leurs tems périodiques , & peut-être la durée de leurs ftations
&. de leurs rétrogradations. La première théorie du mouvement
des planètes eft due à Hipnarque & à Ptolcmée. Cependant il
y a lieu de croire qu'Eudoxe tenta avant eux d'expliquer ces
mouvemens. La recherche des caufes eft une penfée qui n'cft venue
aux hommes que fort tard. Les Chaldéens , les Egyptiens, les
anciens peuples en général ne s'en font point occupés. Elle étoit
réfervée aux Grecs ; foit que dans l'ordre des chofes la recherche
des caufes ne dût fe préfenter à l'efprit humain qu'à l'époque
(a) Plutarque , Libro quod fccundum (i) Archirect. Lib. IX, c. j.
Evicurum fuaviter vivi non poiefi. ( c ) Quxfi. natur. Lib. VII , c, 3 ,
140 HISTOIRE
d'une certaine maturité des connoiffanccs. Se lorfque les fiecles
auroient réuni un certain nombre de faits : foit plutôt qu'elle
tînt au génie des Grecs , & qu'elle demandât une inquiétude &c
une activité, qui manquoient aux'peuples de l'orient dc du midi.
§. VII.
O N voit ici un progrès Se une fucceflion d'idées. Anaximene
cnfeioina la folidité des cieux. Pvthacrore en donna un difFérenc
à chacune des planètes. Eudoxe, qui connut mieux les difFé-
rentes apparences du mouvement des planètes , multiplia les
cieux , ou les fphercs , pour les repréfenter. Chaoue planète ,
félon lui (a) , avoit une elpcce de ciel à part, compofé de
fpheres concentriques , dont les mouvemens fe modifiant l'un
l'autre, formoient celui de la planète. Il donna trois fpheres au
foleil. Une qui tournoit d'orient en occident en 1 4 heures, pour
rendre raifon du mouvement diurne ; une qui tournoit autour
du pôle de l'écliptique en 3 <î 5' ^ , Sc qui produifoit le mou-
vement annuel du foleil ; la troifieme étoit ajoutée pour un
certain mouvement du foleil , par lequel il s'éloignoit de l'éclip-
tique, & cette fphere tournoit lur un axe perpendiculaire à un
cercle, incliné à l'écliptique, de la quantité nécelTaire à cette
aberration prétendue. La lune avoit également trois fpheres re-
latives à fes mouvemens en longitude , en latitude Se à fon
mouvement diurne. Chacune des autres planètes en avoit quatre
On leur en donnoit une de plus pour rendre raifon de leurs
ftations Se de leurs rétrogradations. Il faut remarquer que ces
cieux étoient appliqués les uns fur les autres , de forte que les
différentes planètes n'étoient cenfé féparées que par l'épaif-
leur de ces cieux. Cette hypothefe efl: bien mauvaife lans doute :
( j) Atiftotc , Mécaphyf. Lib. XII, c. î. Simplicius, aVtœ/ci j Lib. II. Comm. 46.
on
DE L'ASTRONOMIE. 14.1
on ne peut pas dire cependant qu'elle ne fût pas conforme aux
phénomènes céleftes , puifqu'elle embrafloit tout ce qui étoit
connu alors. L'abfurdité de ce fyftême eft d'imaginer qu'une
planète étoit attachée à la fois .à toutes ces fphercs, &C de con-
cevoir qu'elle obéiflbit en même tems à leurs difFérens mouve-
mens. Mais dans ces fîecles où les faits n'étoient connus que
grolîicremcnt , on ne pénétroit pas Ci avant dans les chofcs , &C
on n'étoit pas difficile fur les explications. Celle-ci , toute ab-
furdc qu'elle eft , n'efl: pas indigne d'attention , parce qu'elle efl:
la première. Elle trouva des approbateurs dans la Grèce , & des
approbateurs d'un ordre fupéricur. C'étoit un pas de la fcience.
Se relativement au tems, un effort de Tefprit humain. Ariftote
i'admira 6c l'adopta.
§. VIII.
Nous dirons ici, pour n'y pas revenir, que Calippe, auteur
d'une période fameufe , dont nous parlerons bientôt , Polé-
marque,qui fut fon maître, èc difciple d'Eudoxe , firent exprès
le voyage d'Athènes pour conférer avec Ariftote des change-
mens 6c des additions qu'il falloit faire à ce fyftême. Ces chan-
gemcns ne font qu'une plus grande complication. Au lieu de
a 6 fphcres que demandoit le fyftême d'Eudoxe , Calippe en
établit 33. Il en ajouta une à chacune des planètes , mars ,
mercure 6c venus , fans doute pour mieux expliquer leurs ré-
trogradations 6c leurs ftations ; deux à la lune , pour rendre
raifon d'une nouvelle inégalité qu'on y avoit remarquée, èc
qu'on ne fpécifie pas; mais qui étoit vraifembjablement le mou-
vement de fes nœuds. Il donna également deux fphcres de plus
au foleil , pour expliquer les intervalles obfervés par Euctemon.
6c Mcton. Nous penfons que ces aftronômes , en obfcrvant les
équinoxes 6c les folftices , s'étoient apperçus de l'inégalité du
Hh
k
£42 HISTOIRE
mouvement du foleil qui refte environ 8 jours de plus dans les
iigncs feptentrionaux , & que les deux Tpheres étoicnt deftinécs
à repréfenter cette inégalité (a). Outre toutes ces fpheres qui
rouloienc les unes fur les autres , on en plaça d'intermédiaires ,
afin d'empêcher que le mouvement des unes ne fut troublé par
le mouvement des autres. Il en réfulta que le nombre de ces
fpheres s'accrut jufqu'à 5 5 , ce qui en faifoit 5 6 en comptant
la fphere des fixes ( 6). En reconnoiflant que tout cela eft ab-
furde , n'oublions pas que ces chanç^emens étoient faits ou ap-
prouvés par Ariftote , l'un des plus beaux génies de l'antiquité.
Jugeons le ficcle, fans condamner le grand homme. D'ailleurs
ces nouveaux défauts , ajoutés à une hypothefe abfurde , rcn-
doient l'erreur plus fenfible , & en la dénonçant d'avance à
une poftérité plus éclairée , préparoient le règne de la vérité.
§. I X.
Nous avons peut-être eu tort de taxer d'aberration pré-
tendue, ce mouvement par lequel le foleil s'éloignoit de l'éclip-
tique. Le foleil ne s'en écarte jamais fans doute. Mais qu'eft-ce
que l'écliptique fenfible ? N'eft-ce pas la route du foleil , défi-
gnée dans le ciel par certaines étoiles qui s'y rencontrent ? Si
l'angle de l'équatcur &; de l'écliptique diminue, fi le fécond de
ces cercles fe rapproche du premier , il ne doit plus répondre
aux mêmes étoiles ; le foleil doit donc paroître abandonner
peu-à-peu fa route , &; s'éloigner ad latera de l'écliptique qui
avoit été primitivement tracée dans le ciel. L'aberration qu'on
avoit ici en vue, n'eft peut-être autre chofe que la diminution
de l'obliquité de l'écliptique, dont Eudoxe auroit puifé la con-
^a) M.BouilIaud cftdece fcntiment. ( i ) Simplicius, ^ê cœ/o j Lib. II Coœra.
AAr. l'hilol. //{ Pro/fg-, pag. 15. 46.
DE L' A S T R O N O M I E. 145
noillancc en Egypte. Le chevalier de Louville a foupçonné
qu'elle y avoit été connue, d'après la tradition déjà citée
qu'on avoit vu l'écliptique perpendiculaire à l'cquateur. Cette
tradition &: ces faits nous portent à croire que la diminution de
Tobliquité de l'écliptique a été réellement connue des anciens.
Nous devons remarquer encore qu'Eudoxe a connu le mou-
vement des nœuds de la lune. Il avoit très-bien apperçu que
l'orbite de cette planète eft inclinée à l'écliptique , & que les
plus grandes latitudes , loin de répondre toujours aux mêmes
points de ce cercle, s'avancent contre l'ordre des lignes (a).
Eudoxe avoit compofé deux ouvrages , intitulés , l'un , le mi-
roir ; l'autre , /es phénomènes [b). Il paroit , iuivant ce que dit
Hipparque, qui les avoit ious les yeux, que le tond de ces deux
ouvrages étoit le même. C'étoit une cfpece de tableau du ciel ,
décrit d'une manière populaire. Dans le premier il s'étoit at-
taché vraifemblablement à déligner la pofition des conftella-
tions , les unes relativement aux autres. Dans le fécond il ex-
pliquoit le tems de leurs levers & de leurs couchers. Ces deux
ouvrages font perdus , il ne nous en refte que des fragmens ,
confervés par Hipparque dans fon commentaire fur le pocme
d'Aratus. Mais ces fragmens font précieux , ils renferment une
dcfcription affez détaillée de l'ancienne fphere ; & le poëme
d'Aratus , copié fur ces deux ouvrages , remplit les vides de ces
fragmens. On tire de ces ouvrages mêmes une conclulîon
fuiguliere , c'eft que cet Eudoxe , lî fameux parmi les Grecs ,
leur plus grand aftronôme avant Hipparque , n'étoit point ob-
fervateur. Pour peu qu'il l'eût été, il fe feroit apperçu que la.
fphere , les apparences qu'il décrivoit , n'avoicnt plus lieu de
(j) Siraplicius , ûV cïf/oj L. II. Coram. 4^. (i) Hipparque, Comm. fur AïatuSj
Infra, ÉclaiicilTeinens , Liv. YIII, §• i. Lib. 1, pag. 175.
Hhij
»44 HISTOIRE
fon tems , & qu'il nous traçoit l'état du ciel , tel qu'il étoit
looo ans avant lui. Ainfi , quoi qu'on puilTe dire de Tes ob-
fervacions , ce fait démontre qu'il n'avoit jamais obfervé. Mais
ce qui doit faire honneur à Eudoxc , c'cfl d'avoir mépriié les rê-
veries des aftrologues , &: d'avoir averti qu'on ne devoir pas ajou-
ter foi aux préditlions des Chaldécns (a). C'eft donc au tems
d'Eudoxe , ou peu auparavant, qu'on doit placer la féparation
des deux fciences céleftes, dues à la curiofité humaine , l'aftro-
logie ôc l'Aftronomie. Ce font deux filles d'une même mère ,
dont la dernière eft leule légitime. Eudoxe mourut vers 368
ans (l j avant J. C.
§. ^.
Aristote, quoiqu'il ne foit pas cité comme aftronomc ,
cft peut-être de tous les philofophes grecs celui qui en a plus
mérité le nom. Il rapporte lui-même plufieurs de fesobfervations.
Il a vu (c) une éclipfe de mars par la lune {*), &c l'occultation
d'une étoile des gémeaux par la planète de Jupiter {d). Ces phé-
nomènes, qui font rares, prouvent que celui qui les a faifis étoit
attentif à les chercher. Il a obfervé une très-grande comète (e) dont
la lumière , ou fans doute la queue , embrafToit la troifieme
partie du ciel. Elle s'avança jufqu'à la ceinture d'Orion , où
elle difparut. Son opinion fur les comètes étoit qu'elles font
produites par une exhalaifon feche &c chaude , qui s'élève dans
les régions fupérieures , s'y condenfe de s'y enflamme. Il n'a-
dopta point l'opinion orientale des comètes fupralunaires , af-
(*) L'occultation de Mars arriva dans le M. Caffini rapporte la comèteàl'an 373.
premier quartier 5 car Ariftote explique que Mém. Acad. acs 6c!en. année 1 701 , p. 108.
Mars fe cacha fous la partie obfcureA Sortit (a) Cicer. de Divinat. Lib. Il, §. 41.
far la partie éclairée de la lune. Kepler a (b) Freret, Déf. delà Ciiron. pag. 4^;.
calculé le tems de cette obfervation. Il (c) Arift. de ccelo , Lib. I, c. ii.
trouve qu'elle a dû arriver l'an 3/7 avant ( d) Idem , in. Meuor. Lib. 1 , c. 10.
J. C. Afir. oft, pag. 307, ' {e) Ibidem,
DE L' A S T R O N O M I E. 245
fujctrics à des recours régies, parce que cette opinion n'érolc pas
compatible avec la lolidité des cicux , cnlcignéc par pîu.leius
philolophcs grecs, 6c par Ariftote lui-même; lolidité à laquelle
on tenoit d'autant plus que c'étoit un iyftême & une inven-
tion de la Grèce. Ptolemée a rejeté cette opinion ; il paroît
penfer que les planètes fe meuvent dans un fluide fans réfir-
tance (a). Si l'opinion de la folidité des cieux a été rappelée
depuis lui , c'cft parce que la philofophie d'Ariftote avoit pris
le defllis dans nos écoles. Ariftote rangeoit la voie lactée, comme
les comètes , au nombre des météores {6]. Il croyoit que les
taches, que l'on voit dans la lune, font l'image de l'océan qui s'y
repréfente comme dans un miroir (c). Il avoit très-bien connu
que l'ombre de la terre devoit être conique , parce que le (oleil
eft plus grand que la terre ; & il en concluoit que la diftance
du fommet du cône d'ombre, au centre de la terre , étoit plus
petite que la diftance du foleil à la terre {tJ). On ajoute qu'A-
riftote a cru les aftres ou les cieux animés (e). Il eft certain
qu'il penfoit que chacun de ces aftres avoit une intelligence
immortelle qui préfidoit à fa marche {/). Cette idée des aftres
animés a fubfifté peut-être plus longtems qu'on ne pourroit le
croire. Le do'fteur fubtil , Scot , a dit , Si ajira non funt ani-
mata j id creditum ejje potiùs _, quam demonjiratum [g). Voilà
ce qu'on écrivoit dans le 13^ fiecle, i 500 ans après Ariftote.
Ariftote avoit adopté le fyftême des fpheres concentriques
d'Eudoxe ; il s'obftina à le conferver : quoique l'inégalité de
grandeur des planètes , qiii paroît avoir été connue à peu près
de ce tems , ne permît pas de fuppofer que les planètes
(a) Almagcfte , Lib. XIII, c i. ( e ) Plutarquc , de P/acicis Pki/ofopho-
(à) Météorol. Lib. I, c. 13 & 14. runij Lib. II , c. 3.
(<r) V\\xi. de fade in orhe Luna. , §. i. (/) Métaph. Lib. XII, c. 7.
(a) De Meuor. Lib. I, c. 13. (g) Riccioli , Aliuag. Tom. I , p. 53,
24(^ HISTOIRE
fuflent toujours à la même diftance de la terre. On obfervoic
ces diamètres d'une manière aflez ingénieufe , par le moyen
d'un difque, qui , toujours placé à la même dillance de l'œil ,
tantôt cachoif le difque entier de la lune, &: tantôt ne le cachoit
pas. Un dilque, de i i doigts Tuffifoit quelquefois. Il faut en-
tendre un fécond difque dont le diamètre étoit plus petit d'une
douzième partie. Les anciens étendoient cette même inégalité
de grandeurs aux planètes plus petites. On leur doit encore quel-
ques remarques qui prouvent qu'ils commençoient à être atten-
tifs à l'obfervation. Ils connoifloient les éclipfes annulaires ,
puifqu'ils avoient remarqué que dans les éclipfes centrales , la
lune ne cachoit pas toujours le foleil entier. Ils avoient obfervé
encore que dans une nuit (ans lune , venus jette une ombre
derrière ces corps (a).
En étudiant les ouvrages de ce tems, on voit que l'Aflrono-
mie avoit fait quelques progrès. Peut-être étoit-ce l'efFct des
réflexions &: des reproches de Platon. C'étoit un aiguillon pour
la tiédeur, un encouragement_pour la foiblefTe. Un grand homme
a montré que les progrès font pofliblcs ; c'eil beaucoup pour
l'efprit humain qui craint fur - tout de fe fatiguer en efl"brts
inutiles.
§ X I.
No u s ne devons pas diffimuler qu'Ariftote n'a cité que pour
la combattre l'opinion des Pythagoriciens, que les comètes font
des planètes. Il fe refufa également à croire le mouvement de la
terre que ces philofophcs aVoient enfeigné; ici fon génie femble
l'avoir abandonné. Mais il faut fongcr que ces philofophcs n'é-
tablilloient point ces deux opinions fur des faits. Ils difoient
(a) Simplicius , de ckIq , Lib. II , Comment, \i.
DE L'ASTRONOMIE. 147
Ce qu'ils ^.voient appris des étrangers dans leurs voyages. Les
Pvtha'ypricicns ne donnoicnt pas d'autre preuve du mouvement
de la terre , & du loleil immobile au milieu du monde , que la
dignité de lubftancc, qui aiîîgnoit au feu la première place. Un
bon efprit, comme Ariftote, avoit-il tort de rejeter un fyftêmc
qui n'avoit pas d'autre appui ? Et y auroit-il aujourd'hui beau-
coup de Coperniciens, Ci ce fvftême n'étoit prouvé par de meil-
leures raifons ? Tel eft le fort des vérités que l'on montre , dé-
nuées des faits qui en font les fondcmcns, elles deviennent des
préjugés avec le tems ; la raifon les dilcute, & elles font ban-
nies injuftement par la philofophic fpéculative. Voilà l'hiftoire
& fans doute la juftitîcation d' Ariftote. Il naquit 384 ans
avant J. C. , &; mourut l'an 3^1, âgé de 6 } ans.
§. X I L
Nous réunirons ici pluficurs philofophes grecs, dcfquels
nous avons peu de chofes à dire. Helicon Cizicenc, connu par
la prédi<flion d'une éclipfe de foleil, qu'il annonça au roi Denis ,
& qui arriva comme il l'avoit prédite (a). L'hiftoire ne cite
que trois Grecs qui ayent prédit des éclipfes; Thaïes, Helicon
Cizicene & Eudeme qui fut l'hiftorien de l'Aftronomie. Cette
hiftoire eft perdue , ainfi que celle de Théophrafte. Ces deux
morceaux précieux de l'antiquité nous auroient été d'un grand
fecours dans l'ouvrage qui nous occupe maintenant. Nous au-
rions des faits où nous n'avons fouvent que des conjetflures.
Cependant fi l'on en juge par un petit fragment, que nous rap-
portons dans nos éclairciflemens (6) ^ l'hiftoire de l'Aftronornie
d'Eudeme ne paroît avoir été qu'un abrégé fort mal digéré.
Cléanthes , Stoïcien, penfoit que les étoiles ont une figure ce-
{ a ) Ariftote , de cœlo , Lib. II , c, 6. ( 3 ) Infrù , Livre VIII , f, li.
i48 HISTOIRE
nique; maïs ce qui eft remarquable, c'eft qu'il établifToit que
le ioleil décrit une fpiralc en s'éloignant de l'équateur vers le
nord & vers le midi {a). Rien n'cft plus exacl , 6c c'eft réel-
lement l'effet qui réfultc de la combinaifon du mouvement
annuel &i du mouvement diurne. Cela prouve les progrès que
la géométrie avoir faits depuis Platon.
Théophraftc, hiftorien de l'Aftronomie, penfoit que le cercle
lumineux de la voie la£tée eft l'endroit où s'affemblent les deux
liémifphercs du ciel (6). Il imaginoit apparemment qu'il y avoic
de la lumière derrière ces cieux folidcs , Sc que la jointure des
deux hémifpheres étoit alTez mal faite , puifque la lumicrc
s'échappoit à travers. Ce Théophraftc eft celui qui avoit écrit
les caracîeres dont la Bruyère nous a donné la traduction.
Autolicus de Pitanée nous a laiffé deux ouvrages qui traitent
de la fphere & du lever des étoiles. Apollonius Alindien ,
Epigenes avoient étudié l'Aftronomie chez les Chaldéens , 6c
adopté chacun une des deux opinions fur les comètes. Phi-
lippe Medmœus fît des obfervations du lever &; du coucher des
étoiles, (c) Philippe Opuntius, difciple de Platon, avoit com-
pofé des ouvrages qui pouvoient être intérclHins fur la diftance
du foleil & de la lune , leurs grandeurs S>i leurs éclipfes. Ces
ouvrages font perdus, nous ne pouvons juger des connoiffances
qu'ils renfermoient , mais ils annoncent des recherches. Opun-
tius avoit auiîi traité de l'optique, & il eft le plus ancien auteur
qui s'en foit occupé [d).
§. X I I I.
C A L I p p E de Cizicene a fleuri environ 330 ans avant J. C.
• < a ) StoWe. CO ^"/'•■i /Éclaire. Lib. VIH , $. S.
{!)) Maciobe , Somn. Scip. Lib. I , c. 1 3 . ( a ) YoUlus , de Sckra. Mackcmat.
Il
DE L'ASTRONOMIE. ^45
Il cft connu prefqii' uniquement par la correcStion qu'il fit au
cycle de Meton , 6c par la période de 7 6 ans qui en réfulta.
Nous avons averti (a) que la période de i 9 ans, ou de
^940 jours , avoir un défaut: au moment où elle Ce renou-
velle, il y a déjà 9** 7 que le foleil a recommencé fa révolution,
6 7*" i que la lune a recommencé la fîenne. Ces différences fe
multiplient avec les périodes, de manière qu'au bout de quatre
périodes les nouvelles 6c les pleines lunes arrivent 3 o heures
plutôt qu'elles ne font annoncées par le cycle de i 9 ans. Ca-
lippe s'apperçut de cette erreur à l'occafîon d'une éclipfe obfervée
fix ans avant la mort d'Alexandre {6) ; il propofade retrancher
un jour tous les 7 6 ans. Il fuffifoit de changer après quatre
périodes de i 9 ans , un des mois de 3 o jours , en un mois de
2. 9. Cette période de j6 ans, ou de 27759 jours , cft la pé-
riode qu'on nomme Calippiquc , du nom de fon auteur. Elle
commença l'an 330 avant J. C. , la feptieme année de la fixicme
période de JVIeton. De cette période de 27759 jours , on déduit
la longueur de l'année de 3 <j 5' i précifément, &; celle du mois
lunaire de 29' 12'^ 44' i ^ i i mais on ne peut gueres croire
que Calippe, dans la correction qu'il fit à la période de Mcton,
ait été conduit par la connoilîance affez exacte de ce mois lu-
naire. Il ne fcntit la néceiïité de retrancher un jour que par
l'anticipation des nouvelles Bc des pleines lunes. Au refte pour
juger de l'exactitude de cette période , il faut confidércr que
940 révolutions de la lune font exactement 27758' 18 6,ôC
7 6 révolutions du foleil ,27758' 9^42'. La période de 2.7 7 5 9
jours ne s'écartoit donc de la lune que de 5** 54' , 8c du foleil
de 14^ I s' ; donc au bout de 3 04 ans , elle devoit s'écarter
^a) Suprù , Lib. YIII , $. li. (^)Yeidkr, pge iij.
IJ
iy6 HISTOIRE
êlé là luîiéd'iïri- jour entier, mais en i 5 z ans elle s'ëcartoit de
plus d'un jour du foleil.
C'cfi; ici la dernière fois qu'on toucha au calendrier grec.
HipparqUc propofa depuis une période de 3 04 ans, compofée
de quatre périodes calippiques, mais ce ne fut qu'une hypothefe
aftronomique : on n'y eut point d'égard dans les terns civils,
il paroît même qu'on abandonna la période de Mcton , car
Ptolemée fe iert toujours de la période de Calippe pour dater
Çës obférvations.
§. X I V.
Calippe a fait ou recueilli beaucoup d'obfeivations du
lever des étoiles , & il y a joint les prédictions météorologiques
qui en dépendoient. Comme nous avons fouvent parlé de cette
efpece tl'obfervationSjfi communes dans l'Aile ce dans la Grèce,
nous devons dire que les anciens, du moins les philofophes , ne
regardoient point les étoiles comme les caufes des changemens
desfaifons, qu'elles fembloient annoncer parleurs levers &: par
leurs couchers. Ils s'étoient fort appliqués à connoître la fuc-
celîîon de ces vicilîîtudes pour l'avantage de l'agriculture. Ils
avoient reconnu qu'elles dépendoient du foleil & • de la lune.
Après un grand nombre d'obfervations,lorfqu'ils furent aflurés ,
ou du moins qu'ils fe crurent afflirés de connoître l'ordre de
cette fuccelîion , ils en attachèrent les pronoftics aux levers &C
aux couchers des étoiles qu'ils croyoient immuables , tandis
qu'ils favoient bien que les jours de leur année ne l'étoient pas.
Geminus s'explique très-clairement à cet égard , 6c d'une ma ■
iiiere qui prouve que c'étoit moins une opinion particulière , 6c
nouvelle qu'il rapporte , que celle de tous les aftronômes qui
Pavoient précédé {a). Quant au nombre des obférvations an-
(a) Geminus, c. 14.
DE L'ASTRONOMIE. -z jjr
nuelles fur Icfquellcs ces pronoftics étoient fondés , nous n'en
pouvons rien dire de poùcif. Cependant (i on coiifidere que les
anciens n'ont jamais obfcrvé les levers 6c les couchers des étoiles
que dans la vue de connoître 6c de prédire les tems favorables
aux travaux de la campagne j que conféquemment ils ont dû
accompagner chacune de ces obfervations , de celle des vents,
des pluies , du froid & du chaud , &c. Si on confidere en outre
que ces obfervations étoient répandues dans la Grèce dès le
tems de Chiron, fie au moins juiqu'à Hipparque, ce qui fait un
intervalle d'environ 1200 ans ; qu'à Babylone Calliftenes trouva
une fuite d'obfervations faites pendant 1900 années , qui étoient
la plupart vraifemblablement des obfervations du même genre,
on conviendra que ces obfervations,fuivies pendant tant de lîecles,
pouvoient être utiles en effet pour connoître les caufes des intem-
péries des fiifons , ou du moins pour en affigner la révolution,
qu'elles qu'en foient les caufes. On conviendra que nous devons
particulièrement regretter ces obfervations météorologiques,nous
oui n'en avons pas une fuite de i c o années, nous qui n'avons
d'autre avantage à cet égard que l'cxaclitude de nos inftrumens,
& celle des obfervations qui en rélulte; avantage qui ne com-
penfe pas toujours l'ancienneté des obfervations. Ces réfîexions
doivent nous faire refpecter le travail des anciens. Si nous les
avons furpaffés en beaucoup de parties, il s'écoulera encore bien
des fîecles avant que nous atteignions dans celles-ci le poinç oU
les Chaldéens fie peut-être les Grecs étoient parvenus.
§. X y.
Dans les écrits des anciens, particulièrement .çhjÇzJes.lÇreç5.,.
il eft f'ouvent queflion de \a.grançe année ; fie l,es grandes années
qu'on y trouve citées, fouvent fort difFërcnccs les unes dgs.
autres, embraflent un nombre confldérable, 4' années folakeg.
li i^
>zy2 HISTOIRE
II n'eft pas inutile d'entrer ici dans quelque détail à cet égard.
Nous avons déjk dit que la grande année étoit en général une
révolution agronomique d'un ou de pluficurs aftrcs ; mais les
anciens y attachèrent une forte de fuperftition ; voici comment
le préjugé s'établit. Les premiers hommes, qui étudièrent l'état
du ciel pour les befoins de l'agriculture, remarquèrent que la ré-
volution du folcil ramenoit les failons dans le même ordre; ils
crurent reconncître que certaines intempéries dépendoient des
afpedbs de la lune ; &: en attachant les différcns pronoftics de
ces intempéries , aux levers & aux couchers des étoiles , ils fe
perfuaderent que les vicifTitudes des chofes d'ici bas avoicnt des
périodes réglées comme les mouvemens céleftes. C'eft donc
xlans l'aftrologie naturelle que l'on doit chercher l'origine de ces
périodes. Cette idée fera développée ailleurs {a). Mais on voit
que toute efpece de révolution leur prélenta l'idée d'accom-
pliflement Se de renouvclement. De là naquit le préjugé que
le même afpccl, le même arrangement de tous les aftres , qui
avoir eu lieu à la nailTance du monde, en ameneroit la deftruc-
tion.Le tems de cette longue révolution étoit la durée prédeftinée
à la vie de la nature. Un autre préjugé qui eut la même fource ,
fut que le monde ne devoit périr à cette époque que pour renaî-
tre , ôc pour que le même ordre de chofes recommençât , avec
le même cours des phénomènes céleftes. Les uns fixèrent ce renou-
velement univcrfel à la conjonction de toutes les planètes; les au-
tres qui avoient connoiflance du mouvement des fixes , l'attendi-
rent au retour des étoiles au même point de Técliptique. D'autres,
en réunifiant ces deux efpeces de révolutions , marquèrent le
terme de la durée de toutes chofes, au moment où les planètes &
lès étoiles reviéndroient à la même fituation primitive à l'égard
^a) Infrù, Difcouts fui l'Aftielogie,
DE L' A S T R O N O M 1 E. 253
de l'écliptique; c'eft-à-dire, qu'ils concevoient une période qui
rcnfcrmcroit une ou pluficurs révolutions complotes des étoiles
^ de même un certain nombre de révolutions complotes de
chacune des pianotes. Période inimcn(o , le monde peut durer
des milliers de fiecles ians qu'elle s'achève! Toutes ces périodes
s'appelèrent grande année , c'eft à -dire, grande rcvoluticn.
Ce préjugé a pris la fource dans l'orient. On y trouve partout
de prétendues traditions fur la iituation rofpeclive des aflrev
au moment de la nailîance du monde {a). Nous avons vu Bé-
rofe annoncer que la terre feroit fubmergée lorfque les planètes
fe réuniroient dans le mênie degré du ligne du capricorne, &
qu'elle foufFriroit un embralemcnt univerlcl , lorrque ces pla-
nètes fe trouveroient raflcmblées dans le ligne de l'écreviire.
Ariftote diloit également que la grande année étoit celle qui
ramenoit au même point du ciel le foleil , la lune 6c les cinq
planètes ; année dont l'hiver eft le déluge , & l'été l'incendie
général de la terre. Suivant les anciens la terre périiïoit tour-à-
tour par l'eau &: par le feu. C'eft encore cette année qu'on
appelle la grande année de Platon. Les anciens Egyptiens pen-
foient bien que le monde avoit péri par le feu , mais on ne
voit point qu'ils ayent cherché à enfermer dans des périodes
toutes les révolutions des planètes. Leur grande année , leur
année fothiquc de 1461 ans , étoit purement folaire ; elle ne
menaçoit la terre d'aucun malheur ; elle ramenoit au contraire
l'abondance & la fertilité. La fuperftition , attachée à cette
conjonction générale de toutes les planètes , s'étendit aux con-
jonctions particulières de deux ou de plufieurs planètes. \xs
périodes qui ramenoient ces conjonctions, favorables ou con-
traires au monde , annoncèrent différentes révolutions , 6c
(a) Hoitts Apollo « Lib, I, c. ic. Infra , Éclaire, Liv, IV, $. 44,
Z5-V HISTOIRE
prirent en confequence le nom de grande année. De là le foin
d'obfervcr ces conjonctions , &: d'en faire note dans l'hiftoirc.
De là toutes les périodes aftrologiques des conjonclions de Ju-
piter ôc de iaturne dans le même figne du zodiaque , ou dans
le même point de l'écliptique. L'ufage de l'Aftronomie & les
befoins de la Tociété civile avoient tait chercher pour la règle
du calendrier des périodes qui rcnfermaflent un nombre de
révolutions complètes du foleil & de la lune ; ces périodes
furent auflî de grandes années. Telles furent la période de ^oo
ans des patriarches, les périodes lunilolaires de 223 & de 669
mois , de 600 &: de 3 <îoo ans des Chaldécns. C'effc pourquoi
les Grecs , difciples des Egyptiens & des Orientaux , ont ap-
pelé grande année toutes les périodes qu'ils ont imaginées pour
concilier les mouvemcns du foleil 5c de la lune. Ils y avoient
joint même un préjugé allez iingulier. Imbus des idées orientales
que lagrande année embrafloit les révolutions de toutes les pla-
nètes , trompés par l'application qu'on avoit faite de ce nom
aux périodes purement lunifolaircs, ils crurent que ces périodes
ramenoient toutes les planètes au même point du ciel. C'eft
ainfi que Dlodore de Sicile s'exprime en parlant de la période
de Meton [a). Ce préjugé prouve que le premier objet de ces
périodes, appelées grandes années, tut de régler la chronologie,
& de concilier le cours du loleil avec celui de la lune. Cette
idée nous porteroit à croire que la grande année de 600 ans
fut la première & le modèle de toutes les autres. Quand on
crut appercevoir une certaine correlpondance entre les révolu-
tions célcftes & le retour des intempéries des faifons , on in-
venta de nouvelles périodes. C'eft donc l'aftrologie naturelle
qui les multiplia ; èc Ci depuis l'aftrologie judiciaire s'en eft em-
(a) Diodore.Lib. XII, pag. xij. Foyei )a note de M. TerrafTon.
DE L' A S T R O N O M I E. 255
parécjCet uHige ne doit point les rendre fufpe(Stes. Nous croyons
que ces grandes années , dont nous donnons le détail dans nos
éclaircillemens (a), étoient fondées iur des motifs réels d'utilité
& qu'elles renfermoient plus de connoiflances aftronomiqucs
qu'on ne l'a cru jufqu'ici. Recueillies par les Grecs , elles font
les dépouilles de l'antiquité , les reftes, & peut-être les preuves
de cette Agronomie ancienne qui étoit liée à l'aftrologie na-
turelle , cultivée plus de 1 o fiecles avant notre ère chez les
Chinois , les Indiens fc les Chaldécns.
§. XVI.
PiTHÉ A s , attronome de géographe célèbre, fut de Mar-
feille ; cette ville alors républicaine , fondée par les Phocéens >
500 ans avant J. C. On cil incertain , fur le tcms oia vivoit Pi-
théas , mais il femble que le plus grand nombre des auteurs
concourt aie faire contemporain d'Alexandre (6). C'eft pour-
quoi nous le plaçons ici le dernier aftronôme grec , avant l'é-
cole d'Alexandrie.
Pithéaseft un des plus anciens voyageurs qui fefoient avancé s
vers le pôle boréal. Nous ne croyons pas cependant , comme
nous l'avons dit, qu'il foit le premier. Il alla jufqu'en Iilande,
Il prouve qu'il y a réellement pénétré , en racontant un phéno-
mène qu'il ne pouvoit deviner , qui eft que le jour du folftice
d'été , le foleil le foir ne fait que toucher à l'horifon , Se re-
commence à s'élever auffi-tôt. Ce jour là n'a point de nuit en
Iflande. C'eft en effet le premier climat où l'on trouve un jour
de 2 4 heures. Strabon (c) èc Polybe l'ont envain traité de men-
( <2 ) Éclairciffemens , Livre VIII, J, Mémoires de l'Académie des Infcriptions,
jj. Tome XIX , page 148.
(i) Veidler, page 110. (c) Géogr, Lib. II, pag. loi.
z^C HISTOIRE
teur ; cette obfervation eft un témoin de la vérité de Ton récit.
Polybe s'étonnoit qu'un particulier fans richelTes eût entrepris
un fi grand voyage ; mais comme le remarque l'hiftorien {a) des
mathématiques , rien n'eft plus ordinaire chez une nation ma-
ritime 6c commerçante que ces enticprifcs de découvertes, pro-
jetées par le gouvernement ou par des particuliers opulcns , êc
exécutées par des gens curieux , intrépides , 6c fur-tout fans
fortune. Ceux qui en ont font moins hardis.
Il paroit que Pithéas étoit obfervateur. Il a remarqué qu'il
n'y avoir point d'étoiles près du pôle , & en efFet de fon tems
il n'y en avoitpas. L'obfervation qui l'a rendu le plus fameux,
fur-tout depuis la conteftation élevée parmi les aftronômes mo-
dernes , fur la diminution de l'obliquité de l'écliptique , eft celle
de la hauteur méridienne du foleil au tems du lolftice d'été.
Pithéas, en fe fervant d'un gnomon fort élevé, trouva que
la longueur de l'ombre au tems du iolfticc d'été avoir à l'égard
de la hauteur du gnomon, la même proportion à Marfeille qu'à
Byzancc. Cette proportion étoit, dit-on, à Byzance celle de i 20
à 41 j, ou en çombres entiers de (îoo à 2 09. En conféquence
on eu déduit l'obliquité de l'écliptique au tems de Pithéas , de
23° 50'. La fracflion qui fe trouve dans cette obfervation an-
nonce de l'exactitude, 6c fi l'obfervation étoit authentique, il
n'y auroit plus de différent parmi les modernes, quiobfervcnc
aujourd'hui l'obliquité de l'écliptique beaucoup plus petite.
Mais Byzance ^ Marfeille ne font pas fous le même parallèle,
la proportion de la longueur de l'ombre, à la hauteur du gnomon ,
n'y peut être la même. A Byzance cette proportion le jour du
folftice d'été, eft celle de 3 7 A ^ 120. Quelle apparence qu'un
obfervateur qui fe feroit trompé de plus de quatre parties , eût
(a) Tome I, page lel,
tenu
DE L' ASTRONOMIE. i^j
tenu compte du cinquième d'une de ces parties. Il n'cft donc
nullement probable que robfervation ait été faite à Byzance,
mais l'a-t-clle été à Marfcille ? L'a-t-elle été par Pithéas, comme
il femblc qu'on pourroit le conclure d'après Cléomedes & Hip-
parque qui le citent également ? C'eft ce que nous penchons à
croire , macis ce que nous n'ofons décider. Il eft bien fâcheux
qu'il n'y ait pas plus de certitude fur le lieu , ni fur l'époque
de cette obfervation. Le tems , en détruiiant les ouvrages ori-
ginaux , n'a laide que des tragmens épars, ou les faits font mu-
tilés , défigurés. Ainfi , des chofes les plus intéreflantcs , il ne
refte fouvent,à la mémoire des hommes, qu'une notion confufe
qui leur eft prefqu'inutile,
§. XVII.
Nous venons de parcourir la Grèce , nous avons fait pafler
en revue les fecles , Its philofophes, leurs opinions; nous avons
vu des idées abfurdes fe ranger dans les niêmes têtes avec des
idées fublimes. Tel eft, dans cette petite partie du monde, le ta-
bleau de l'efprit humain , déjà mur pour les arts , la morale &c
la légiflation , mais encore dans l'enfance à l'égard de l'Aftro-
nomie. Retenu par l'inertie de l'ignorance, entraîné par l'aiSli-
vité de l'imagination , il ne marche pas , il s'agite fans fortir de
fa place, &: n'a d'autre mouvement que des élans de des chûtes.
Non encore convaincu de la néceffité des faits qui iont les feules
connoiflances , il croit qu'on peut en raifonnant , en conjc^lu-
rant , approfondir la nature fans l'obfcrver ; &; quclquctoig le
hafard , ou le génie , fait fortir du choc des opinions des étin-
celles qui éclairent cette nuit profonde.
§. XVIII.
s I nous jetons un coup d'œil général fur les détail que nous
Kk
a58 HISTOIRE
avons parcourus , nous verrons que tout ce qui eft vraiment
aftronomique fut étranger à la Grèce. L'ordre &: l'arrangement
des planètes, les caufcs des éclipfeSjla méthode pour les prédire,
les deux étoiles du matin &c du foir, réunies dans une feule pla-
nète , la durée des révolutions du loleil 6c de la lune, la période
fameufe de Meton , l'obliquité de l'écliptique , la fpherc , tout
leur vint de l'Egypte ou de l'Afie.
Les Grecs ne firent point d'obfervations , car celles d'Euc-
tcmon , de Meton & d'Ariftotc ne font qu'une légère exception.
Les obfervacions du lever Se du coucher des étoiles, utiles pour
régler l'année 6c les travaux de l'agriculture , ne font pour ainfi
dire pas des obfervations aflronomiques. Les Grecs ont fuivi
en cela la méthode des Chaldéens , mais ils n'ont pas porté l'i-
mitation jufqu'à obfcrver comme eux les éclipfes & les ftations
des planètes. D'ailleurs la plupart des obfervations d'étoiles ,
réunies dans leurs calendriers , ne leur appurtiennent point, ne
fe rapportent point au fiecle ovi ils les ont publiées, êc ces re-
cueils ne prouvent que leur ignorance. Les Grecs , nés avec
beaucoup de penchant pour philofophcr, n'avoicnt point encore
à l'époque où nous femmes, la confiance néceflaire à l'obfer-
vation. Ils n'avoient point le goût de la recherche des faits, ils
ont tenté d'élever un édifice fans fondemens;ils n'étoient point
doués du difcernemcnt & delà critique, indifpcnfables pour ap-
précier ces faits ; auffi ont-ils cru nombre d'ablurdités, ôc dit
beaucoup de foclfcs. On eft étonné de voir naître dans le même
tems , ou même quelques fiecles après Thaïes, des idées con-
traires aux vérités que ce philofophe avoient apprifes aux Grecs.
On peut croire qu'il y a de la faute des écrivains qui tranf-
mettent ces idées; l'ignorance des hiftoriens peut avoir étran-
gement défiguré les opinions des philofophes. Mais fi l'on doit
quelquefois admettre cette excufe , elle ne peut être générale.
DE L' ASTRONOMIE. 159
Il cfl: impoffible de juftificr pleinement à cet égard, les philo-
iophcs. Il faut croire que la communication des lumières étoit
difficile. Le myftere regnoit partout ; les maîtres ne parloienc
que par énigmes ; les véritables opinions d'un homme n'étoient
bien connues que de les diiciples. Après fa mort fcs ouvrages
ne ic répandoient pas , parce que les manufcrits le multiplient
peu. D'ailleurs les fccles étoient rivales , 6c par conféqucnt ja-
loufes. De là naît l'envie de penfer différemment , à laquelle on
ie livroit d'autant plus facilement que toutes les idées, iur les
aftres & fur leur nature, ne lembloient que des opinions.
Qui fait encore s'il n'y avoit pas une divifton naturelle entre
les philofophes qui avoient voyagé , 6c ceux qui n'étoient pas
fortis de leur pays? Les Grecs, dont la prévention nationale Se
la vanité étoient exccllîveSjfe tenoient peut-être en garde contre
les opinions étrangères qui leur étoient apportées.
Si l'une de ces caufes, ou toutes cnfemble ont retardé les
pro!2;rès de l'aftronomie , on ne peut di'convenir que les phi-
lofonhes de la Grèce ne fe foient élevés quelquefois à des idées
très heureufes. Telle eft celle des Antipodes, de la. terre ronde,
& partout habitée , que Pythagore eut le courage de concevoir
&; de mettre au jour , malgré le préjugé fi naturel que les hommes
n'y pouvoient être droits fur leurs pieds , dans une direction
contraire à la notre ; celle de la lune habitée , de la pluralité
des mondes que la plupart des philofophes grecs ont crue &
enfeignée ; la connoiffance du mouvement de la terre , & celle
du retour des comètes. La plupart de ces connoiflances venoienc
de l'Afie ; quelques-unes étoient contenues dans les vers or-
phiques rpoëme oii les merveilles de la nature étoient détaillées
d'après les traditions orientales. Mais les obfervations , ou les
raifons d'analogie qui rendent aujourd'hui ces opinions ou dé-
monirées ou probables , n'exiftoient pas alors. Les albes n'a-
Kkij
j6o histoire
voient pas été rapprochés par le fecours du télefcope;il étoit
peut-être auffi difficile de croire ces vérités que de les découvrir.
Ce n'eiit été qu'une efpece d'inftintfl philofophique qui les eût
fait deviner. Nous ofons croire qu'il falloir un inftin6t fem-
blable pour les adopter. Qu'on fe rappelle l'état d'ignorance où
étoit alors la Grèce à l'égard de l'allronomie , qu'on fe repré-
fente des hommes qui, accoutumés à juger des objets comme
ils les voyent , ne confiderent la lune que comme un corps fo-
lide, d'une médiocre grandeur ; qui voyent mouvoir le foleil ,
qui croyent que la terre , leur demeure , doit être immobile èc
ftable , &c qu'on imagine un homme qui vient leur dire ; cette
lune eft un globe immenfe, habité, cette terre où vous errez, erre
elle-même dans les efpaces de l'éther, le foleil cft fans mouve-
ment. Cet homme ne fera pour eux qu'un vifionnaire , à
moins qu'ils n'aycnt beaucoup de génie & de philofophie. Tel
fut le partage des Grecs à qui l'obfervation manqua. Ils n'en
fentircnt point affez le prix. Ils méconnurent la vraie route de
la carrière aftronomique jufqu'à la fondation de l'école d'A-
lexandrie. Quel peuple on auroit fait, quel progrès on auroit
obtenus , fi l'on eût réuni les Chaldéens 6c les Grecs , c'eft-à-
dire , la conilance au travail avec le génie !
I
l| DEL* ASTRONOMIE. 261
DISCOURS
SZ7/? L'ORIGINE DE L'ASTROLOGIE.
^■Â.VANT de quitter l'Afti-onomie ancienne , ^L de paiTcr à
l'école d'Alexandrie, où naquit une nouvelle Aflronomic, nous
croyons devoir parler de l'aftrologie. Cette fcience vaine &
menfongere n'eft pas de notre objet. On n'attend point de nous
que nous détaillions les règles par lefquelles àcs fripons ont ,
pendant tant de fiecles, trompé des hommes curieux & foibles.
Mais cette fcience fut longtems confondue avec celle dont nous
écrivons l'hiftoire. Elle a foutenu l'Aftronomie dans des fiecles
barbares, où les fcienccs n'avoient point d'attrait; le defir de
connoître l'avenir , la perfuafion qu'on pouvoit le prédire , a
fait multiplier & conferver les anciennes obfervations [a). Nous
nous propofons de découvrir l'origine d'une erreur qui femble
chère à notre foiblefle. C'eft: la maladie la plus longue qui ait
affligé la raifon humaine ; on lui connoît une durée de près de
50 fiecles {b). Ce n'eft point la maladie de tous les tems, ni
de tous les efprits , mais elle eft incurable. Ses accès ne pafient
que pour renaître: elle s'afFoiblit par les progrès de fa lumière,
difparoît quand la lumière eft univerfelle ; mais Ç\ la lumière
foufïi-e quelqu'éclipfe , l'aftrologie fe remontre , auflî hardie à
débiter fes impoftures , auflî heureufe à les accréditer.
L'aftrologie eft , dit-on , fille de l'ignorance, èc mère de
l'Aftronomie. C'eft ainfi que l'on confond les idées. L'Aftro-
nomie eft certainement la première ; c'eft elle qui eft la niere
(a) Kepler, Prtf. ad tabulas Rudçi- (i) Elle eft établie à la Chine depuis
fkin. p. 4. le (onunçncemenc de cet Empixe.
i<?i HISTOIRE
fa^^e d'une fille folle. Il a fallu connoîcre les aftrcs , avant de
leur accnbuer quelque pouvoir lur nous. Il a fallu avoir une
idée de leurs mouvcmens & de leurs révolutions , avant d'y
attacher la deftinée des hommes , ôi la chaîne des événemens
de la vie. On ne fe trompe pas moins en faifant naître l'aftro-
loçie de l'ignorance. L'aftrologie a fans doute plus de vogue &
de crédit dans les tems de barbarie , oîi la crédulité fe joint à
la curiodté naturelle à l'homme : l'aftrologie croît àc s'étend au
milieu de l'ignorance, comme dans le fol qui lui convient; mais
l'ignorance n'a point produit le germe du mal qu'elle nourrit.
L'ignorance cft un état pall.f ôc ftérile. Sciences, arts, tables,
erreurs , préjugés , fuperftitions , le mal comme le bien , tout
vient du génie. Un altre unique , par fa chaleur £c fa torce
attractive , répand la vie &; le mouvement dans l'univers phy-
fique,le génie eft la puiflance active qui donne le mouvement au
monde politique Se moral. Legénie feul crée les idées primitives ôc
originales, tantôt reftreintes , tantôt afFoiblies, le plus fouvent
défigurées , rendues méconnoiflables , luivant les têtes où elles
fe moulent en circulant dans l'univers. La fource des erreurs
du peuple font les idées philofophiques qu'il a lui-même dé-
naturées. C'eft ce que nous nous proposons de développer ici ,
relativement à la icience prétendue de la connoiflance de l'a-
venir.
On diftingue deux efpeces d'aftrologie; l'aftrologie naturelle
& l'aftrologie judiciaire. L'une fe propofe de prévoir &: d'an-
noncer les changcmens des faifons, les pluies, les vents, le froid,
le chaud, l'abondance, la ftérilité, les maladies, &c., au moyen
de la connoiirance des caufcs qui agifîent iur la terre &: lur fon
atmofphere. L'autre s'occupe d'objets qui feroicnt encore plus
intéreflans pour l'homme. Elle limite au moment de fa naif-
fance , ou à quelque moment que ce foit de fa vie, la ligne
DE L'ASTRONOMIE. xG^
qu'il doit parcourir dans le tcnis. Elle dércrminc le cara£bere
donc il fera doué par l'auteur de la nature, les paOïons qu'il
éprouvera ; elle lui montrQ,de loin la fortune, les malheurs, les
périls qui l'attendent. Toutes fes actions font prédites , 6c fl
cette fcience étoit vraie , l'homme, trop inftruit defadeftinée,
ne feroit plus qu'un acleur, quirépéteroit fur la fcène du monde
le rôle qu'il auroit appris.
L'aftrologie naturelle n'a rien que de raifonnable dans ce
qu'elle fuppofeu Boyle {a) avec railon en a fait l'apologie. Il
n'y a point de vicilîitudes dans l'atmofphere qui n'avent leurs
caufes , & l'homme qui connoîtroit ces caufes , ainiî que la
manière dont elles agiflenc en fe combinant, feroit dans le cas
de prédire les changcmens de tcms , 5c leurs effets fur la na-
ture (^) ; mais ces caufes iont fî compliquées , que cinquante
fiecles d'ohfcrvations ne lufîiroicnt pas fans doute pour démêler
la part qu'elles ont chacune dans les phénomènes naturels.
Peut-être aufli le fil de ce labyrinthe ne lera-t-il jamais donné
à l'homme.
Quelles que fufTent primitivement Ss. très-anciennement les
connoilTances des Orientaux fur les météores , nous ne pouvons
fuppoler qu'ils fulTent en état de calculer leurs retours. Il eft
clair qu'ils s'y font pris d'une manière empirique, c'efl à-dire ,
par robfervation conftante des ettecs , peut-êcre fans aucune
connoiflance des caufes. Après avoir oblervé que les orages
arrivoient plutôt dans certains mois que dans d'autres , que
telles laifons étoient plus ou moins pluvieufes, que les mêmes
vents loutfloient afl'ez régulièrement pendant certains inter-
valles, que telle époque de l'année étoit propre aux labours ,
aux moiflbns , fans qu'on pût intervertir l'ordre établi par la
(a) Hift.de l'air.
i(î4 HISTOIRE
nature , ils en ont conclu que toutes ces chofes etoicnt déter-
minées par le lieu du foleil dans l'écliptique ; ôc comme le
foleil employé environ un jour à .parcourir un degré de ce
cercle , ils réfolurent d'obferver avec exactitude le tems qu'il fai-
foit chaque jour. Ces obfervations, répétées fans doute pendant
une Ionique fuite d'années pouvoient leur apprendre le tems 6c
les intempéries qu'ils dévoient éprouver en conféquence de la
marche du foleil. Mais ces obiervations , Sc ces prédi£lions
intérefloicnt les gens de la campagne , qui che;z les anciens
comme chez nous , ne connoilfoient point les douze fignes
du zodiaque, les colures, ni chaque jour le lieu du foleil dans
l'écliptique. Il falloit des fîgnes fenfibles à des gens qui n'a-
voicnt point de calendrier. C'eft donc aux levers & aux cou-
chers des étoiles, qui reviennent à-peu-près les mêmes chaque
année , qu'on attacha l'annonce de la conftitution de l'air , ^
des météores qui dévoient les accompagner.
Ces obiervations devenues générales dans l'Orient , dont on
ne connoit point l'origine chez les Indiens, datent à Babylone
de 1234 ans, 6c à la Chine de près de 3000 ans avant J. C.
Les Grecs en ont adopté l'ufage ; ils avoient même adopté les
obfervations étrangères. C'eft ainfî qu'ils ont fondé ces calen-
driers , oii l'on trouvoit les variations des faifons indiquées par
les levers 6c les couchers des étoiles. Il nous refte 3 ou 4 de
ces calendriers anciens , mais ce ne font que des vcftiges d'un
grand nombre qui font perdus.
Nous foupçonnons que les anciens avoient fait beaucoup
d'efforts pour parvenir à ces connoiflances. Nous fommes con-
duits à cette idée par le nombre des périodes qu'ils appeloienc
grandes années. Ces périodes n'ont point été certainement chez
eux un objet de pure curiofité. Les premières recherches ont
dû être tournées vers les objets utiles dans un tems où la mul-
tiplicité
DE L" A S T R O N O M I E. 165
tiplicicé des bcfoins laifloic peu de loilu- aux ipëculations. Le
calendrier étoic fuffifamment bien réglé par la période de i 9
ans , li ancienne dans l'Afie. D'oii naiffent donc les autres pé-
riodes fi multipliées , 6c la plupart Ci longues ? Celles de 140 oc
de 960 ans qui ramenoicnt les conjonclions de iaturnc &: de
Jupiter, dans certaines fituatious, à l'égard de l'écliptiquc. Ces
révolutions de (aturne, de Jupiter , de mars , de 3 5 o (j 1 5 , de
170610 tk: de I2 0ÛOO ans, dont on ne connoit pas l'ob-
jet (a). Ces périodes de 600 6c de 3600 ans , établies pour
concilier les mouvemens du foleil &: de la lune, mais auili pour
ramener leurs actions combinées fur l'atmolphere au même
jour & à la même heure de l'année : ces grandes années des
Egyptiens de 1461 ans. Se celle de Diogenes de 3 <î 5 ans
3 mois , relatives au mouvement du foleil à' l'égard des étoiles:
d'autres comme celle de 15000, de iSooo, de 28000 ans
qui avoient fans doute pour objet la révolution même du mou-
vement des étoiles dans l'écliptique, combinée avec quclqu'autre
révolution que nous ignorons : quelques-unes de ces périodes
découvertes par l'oblervation , aidée du calcul , ont été appli-
quées depuis aux rêveries de l'aftrologie judiciaire ; mais nous
croyons que ce n'eft qu'une extenfion de leur ufage primitif ,
borné d'abord à l'aftrologie naturelle. Nous en trouvons une
preuve dans la grande année d'Ariftarque, de 1484 ans, dont
nous avons faifî l'objet par des conjeclures, aflez heurculement
liées pour porter avec elles la conviction (i^j. C'eft la période
du retour des conjonclions du foleil &: de la lune avec la même
étoile. Ne paroît-il pas vraifcmblable qu'en déterminant cette
période , on a eu l'intention de ramener les afpecls du loleil ce
de la lune , les effets de leur action combinée lur l'atmofpherc
{a) Infrà , É;lairc, Liv, VIII, j, 16. (é) HU^oire de F Altronomic moderne,
Ll
i66 HISTOIRE
avec les levers des étoiles, dont les anciens fe fervoient pour
indiquer ces effets ? Il n'eft pas queftion d'examiner fi ces pé-
riodes rempliffbient leur objet , fi l'événement cadroit avec les
prédiclions ; il nous fuffit de prouver que les anciens avoient
reconnu la correfpondance cxifbance entre les phénomènes cé-
leftes , & les intempéries des faifons : qu'ils obfervoient affidu-
ment ces phénomènes pour découvrir les retours des mêmes
intempéries : & même , que fondés fur la connoifTance du
mouvement des corps céleftes, ils ont été jufqu'à enchaîner
ces retours dans différentes périodes, relatives aux diftérens
afpefts des affres. Voilà ce qui vient du génie.
Mais cette idée philofophique , livrée au vulgaire , ne tarda
pas à être corrompue. On regarda les hiades [a) comme des
affres pluvieux , parce que les pluies arrivoient dans le tems
oii ces étoiles fe levoient ; Sirius prit le nom de l'ardent Sirius,
parce que fon apparition étoit fuivie des grandes chaleurs de
l'été , & de même à l'égard des autres étoiles. Bientôt on les
regarda comme la caufe des pluies & de la chaleur ; c'étoit
l'effet des influences qu'elles verfoient fur la terre. Voilà l'ou-
vrage de l'ignorance. C'eff ainfi que fut dénaturée une idée
faine & vraie, conforme à la bonne phyfique , èc qui , en fup-
pofint des obfervatlons fuffifamment continuées , pouvoit être
utile. Il eft bon de remarquer que les hommes n'ont tait en
ceci que fubftituer à un effet qu'ils ne comprenoient point , un
effet qu'ils ne comprenoient pas mieux; car le peuple n'entendoit
pas, ni les philofophes non plus, pourquoi les pluies arrivoient
avec lcleverdeshiades;mais entendoient-ils mieux comment les
pluies tomboient par l'influence de^ces étoiles? En tout genre,
êc en coût tems , on croit avoir beaucoup fait en mettant une
difficulté à la place d'une autre.
{.a.) Riccioli , com. I. psg. 3 jj.
DE L'ASTRONOMIE. 167
On croira peut-être que l'ignorance, en dénaturant ainli
les principes de l'aftrologle naturelle , a donné nailTance à l'af-
trologic judiciaire : qu'elle a loumis l'homme , aulli bien que
ratmofphere, au pouvoir des étoiles: Se qu'elle a fait dépendre
de leurs inHucnces les orages des pallions , les maux èc les
biens de la vie , aulli bien que les intempéries des laifons. En
effet il paroît tout fimple de dire : ce font les étoiles , les aftres
en général qui amènent les vents, les pluies &; les orages ; leurs
influences mêlées à l'aclion des rayons du foîeil, mod iicnt le
froid ou la chaleur : la fertilité des campagnes , la fanté ou
les maladies dépendent de ces inPaicnces bienfaifantes ou nui-
iîbles ; il ne croît pas un brin d'herbe que tous les afbres n'avent
contribué à Ion accroilîcment; l'homme ne rcfpire que les éma-
nations quijéchapées de ces aftres, rempliflent l'atmofphere ;
l'homme, ainli que la nature entière leur eft donc airujetti: ces
aftres doivent donc influer lur fa volonté, fur fes paŒons , fur
les biens Se les maux femés dans la carrière; enfin, déterminer
fa mort ainfi que fa vie. C'eft bien ainfi qu'on a pu raifonner:
mais ce n'eft point l'ignorance , ce n'eft point le peuple qui a
fait ce pas. Le peuple livré aux lumières naturelles 6c com-
munes, ainli que le peuple inftruit par la révélation , s'eft tou-
jours regardé comme un être diftingué dans la nature , fait
pour commander à tout ce qui vit , végète ou exifte fur la
terre. Il a pu croire la matière loumife aux influences des aftres,
mais le fentiment de fa liberté ne lui a pas permis de fe mettre
dans leur dépendance. Tant qu'il a été dans la Barbarie , il n'a
connu ni les aftres , ni leur prétendu pouvoir ; dès qu'il a été
éclairé de quelque lumière, il s'eft fenti une ame divine , il s'cft
dit à lui-même : je fuis un être fupéricur. L'idée de cet aflu-
jcttilTcment , qui ne fait plus de l'homme qu'un inftrument
aveugle , eft un abus de l'eiprit j c'eft l'imagination qui trompe
Llij
268 HISTOIRE
la raifon. Il faut bien faire attention que l'artrologie naturelle
eft une obfervation , l'aftrologie judiciaire eft un fyftême. Le
peuple ne fait point de fyftême; c'cft l'ouvrage des gens éclairés,
des philofophes qu'égare quelquefois le louable motif de la re-
cherche des vérités. Le paflage de l'une de ces aftrologies à l'autre
fuppofe un principe qui n'a pas été appcrçu; celui qui confond
l'ame avec le corps , l'efprit avec la matière , un principe eft-il
l'ouvrage du peuple? Eft-ce lui qui a raifonné fur les deux fubf.
tances pour les confondre ? Le peuple ou les ignore , ou les
diftinguc.
Nous pcnfons que l'aftrologie judiciaire a eu fa fource dans
le matérialifme. L'homme dépendant des influences des pla-
nètes, enchaîné à leurs mouvemens, n'eft plus qu'un être paflif ,
dont tous les pas font néceiraircs. Quelle différence y a-t-il
entre l'homme de Spinofi , &; l'homme dont un aftrologue va
tracer la deftinée. Le fpinofifte vous dira que toutes nos déter-
minations font écrites d'avance dans le grand livre du monde,
dans ce livre où pdurroitlire celui qui auroit embrafîe la nature
entière , & découvert toutes fes loix. Un aftrologue va plus
loin ; il fe vante de connoître ces loix. Un aftrologue de bonne
foi Icroit nécefTaircmcnt Athée comme Spinofa.
Le defîr de connoître l'avenir n'eft pas inné à l'homme dans
l'état folitaire & fauvage. Le cercle des idées ne s'étend point
au delà des befoins actuels. La prévoyance eft inconnue, le len-
demain n'exiflc pas. L'ignorance de cet avenir, qui r.ous caufc
tant d'inquiétude , eft telle chez quelques fauvagcs de l'A-
mérique , qu'ils vendent leur lit le matin pour en pleurer la
perte le foir. Dès qu'une fociété commencée , quclqu'efpece
de civilifation eurent donné de la fuite &c de l'étendue aux
penfées , dès que l'induftrie eut afluré une fubliftance facile ,
l'homme débarrafTé de ces foins , connue les maux de l'efprit ,
DE L' A S T R O N O M I E. 1^9
les plus graiivls de les maux! Le piéfeii: ne lue plus rien peur
lui , la ci-aintc & l'erpéi-rncc attachèrent les rci-jarls fur l'a-
venir. Il fentit le defir de le connoître , mais il duc fcntlr
en même tems que les moyens n'écoicnt pas en la puiiïance.
Quel que loic le penchant que les hommes avent , les uns à la
crédulité , les autres à ca a'ouler , l'art de prédire l'avenir n'cll
point né du delVein de tromper les hommes. L'idée de cet arc
cft une penfée hardie , l'invention des moyens , tout erronés
qu'ils font , ne peut être que la découverte &C l'erreur du génie.
Le génie a des imitateurs , mais il ell ieul auteur des idées ori-
ginales. Quand il a eu lait connoître une fois aux hommes qu'on
pouvoit tenter de prédire l'avenir par le mouvement des aftres:
le delir de tromper , & de tromper fans fcience èc fans calcul ,
a fait imaginer diflerentes efpeces de divinations, par les traits
du vifage , par les lignes de la main , par des grains de fable
jetés au hafard, par le vol des oifeaux èc les entrailles des vic-
times ; enfin , on a évoqué les morts, &z on a demandé , à ce
qui n'étoit plus, la connoilTiince de ce qui devoit être. Ces
différentes divinations ont eu leur premier fiege dans l'Afie ,
d'où elles fe font répandues dans l'Afrique & dans l'Europe :
mais elles ne font que des copies altérées &c défigurées d'une
première idée, qui appartint jadis à des connoifTanccs élevées,
& à un fyftême raifonné.
L'aftrologie , adoptée par la multitude curicufc &: crédule,
n'a pas été primitivement l'erreur de tout un peuple. Elle eft
née fans doute au milieu d'une claiïe d'hommes éclairés , qui ,
ayant une fois admis un faux principe, ont été entraînés à des
conféquences ,s'il fe peut, plus faufles encore. Elle eft peut-être
l'ouvrage d'un feul homme. Il y a eu chez tous les peuples des
philofophes qui n'ont reconnu d'autre dieu que la nature, en
niant la liberté de l'homme au milieu d'un monde , où , felgn
i7o HISTOIRE
eux, tout étoit mu par des loix éternelles 6c néceflaires. Les
prêtres de toutes les nations orientales, ceux des Egyptiens n'ont-
ils pas profcfle la double doctrine , n'avoient-ils pas des con-
noiflances élevées &C fublimcs , qu'ils réfervoient à eux feuls ,
ou à leurs initiés , èc auxquelles le peuple n'étoit jamais admis ?
Si ces prêtres Chaldécns , Brames ou Lettrés , fe font égarés
dans leurs doclriues myilérieufes, julqu'à anéantir la liberté de
l'homme, malgré le cri du fentiment intérieur; s'ils ont pu croire
que tous Tes actes étoJent nécelîités par les agens extérieurs,
-mus èc pouflTés tous également par la caufe unique, quelle qu'elle
foit, du mouvement général de l'univers ; ce faux p incipe une
fois établi , il eft clair que la vie entière d'un homme , fa def-
tinée dépendent du moment où il voit le jour , où il entre dans
le courant qui entraîne tous les êtres matériels ou Icnfibles.
Puifoue ce moment fait le fort d'un homme , &C nécelFite toutes
les circonftanccs de l\\ vie, il y a donc des caufcs qui les déter-
minent, èc il ne s'agit plus que de connoîrre ces caufcs pour
annoncer tout ce qui doit en réfulter. Leibn^tz, dans ce fiecle
même, n'établifToit-il pas qu'il y a entre les monades, entre
. les élémens fimples & indivifibles de la matière, des rapports
d'après lefquels , avec une intelligence proportionnée à un fi
vafte fujct, une monade étsnt donnée , l'univers paffé , préfcnt
&C futur, le feroit aufii ? La folution de ce problême ne renfer-
meroit-cllc pas toute la fcience de l'aftrologie naturelle & ju-
diciaire? Leibnitz , à la vérité , en regardant la monade comme
un tableau de l'univers , aj ou toit que dieu fcul pouvoit y lire
l'état préfent du monde lié comme cfFet au paffé , & comme
caufe à l'avenir. Leibnitz ( a ) étoit trop bon philofophe pour
(a) Koyei les Œuvres & fon Éloge , qui a remporté le prix de l'Académie de Berlin en
1768.
I
DE L' ASTRONOMIE. 271
ne pas fcntir rimpoiTibilité de rc'roudi;c un pareil problême. Mais
^lans les tcms éclairés , Ci l'on a fenti rimpolîibilité de réfoudre
le problême général avec tous les détails qu'il comporte, d'af-
ri^ner,pour un moment donné, la relation d'un être quelconqi e
à tous les êtres cnvironnans , on a vu , fans donner une te!le
étendue à la recherche de l'avenir , que les hommes n'avoicnt
qu'un certain nombre de pallions, de caractères principaux; que
les événemens,qui arrivent fur la fcène du monde, du concours
ou du choc des pailîons, pouvoient n'oiïiir que des combinai-
fons bornées, qui revinffcnt les mêmes au bout de certains
intervalles ; que les empires eux-mêmes avoient des périodes
d'accroiiremcnt &; de décadence; on a imaginé qu'il n'étoit pas
hors des torces de l'elprit humain de parvenir à la connoiflance
de ces périodes. Il étoit impolîîble de les découvrir à priori ^
on les chercha par la voie de l'obfervation ; on fit ce qu'on a fait
dans beaucoup d'autres cas , on prit la remarque d'un fait par-
culier pour une obfervation générale , &: l'on établit des règles
au'ii faufles que le principe qui leur fervoit de fondement.
Par la même raiion qu'on avoit attaché les retours des mé-
téores annuels aux levers &; aux couchers des étoiles , on penfa
qu'on devoit mefurer les périodes inconnues At^ événemens de
la vie, par les périodes du mouvement des aftres. D'ailleurs ces
grands corps ne dévoient pas être léparés de notre monde , ni
étrangers à tout ce qui s'y palfe. Les hommes dans leur orgueil
ont toujours regardé la terre comme la plus confidérable partie
du monde ; ils ont fait comme les Chinois qui rempliffent leur
mappemonde de l'empire de la Chine , &: laiflent , par grâce ,
quelques recoins de la terre aux autres peuples. C'étoit même
une idée aiTez philofophique , alTez conforme au caraélere de
l'elprit humain qui aime à tout aggrandir , de penfer que l'en-
chainemenc , qui ne fait qu'une malTe de tout ce qui habite ou
172 HISTOIRE
cornpolc norrc globe, hommes, animaux, plantes, élémcns,
que le mouvement par lequel ils réagirent les uns fur les autres,
6c fc précipitent tous enfemblc vers l'avenir, n'cfc pas borné à
notre globe, &. s'eten'l,en cn-;braiTant l'iinivers jafqu'à la fpherc
des lixes. Cependant il étoit aifé de voir que les événemens de
la vie des hommes èc des empires, ne rcvenoieat point chaque
année les mêmes; les levers 5c les couchers des étoiles n'ccoient
donc pas propres aies annoncer. On eut recours aux planètes,
dont les révolutions di(réreiîtçs,& quelques-unes allez longues,
onToicnt des combinairons plus variées. Leurs retours à certains
points du zodiaque, leurs conjonctions entr'ellcs eurent des pro-
priétés différentes. On en tira des périodes allez longues pour
la fortune des empires les plus durables. La plupart avoient été
calculées pour l'aftrologie naturelle, on les appliqua à l'aftro-
logie juùic'aire. Dès qu'on a eu établi que le lever d'une étoile
ou d'une planète , Ton afpect à l'égard des autres planètes , an-
noncoit aux hommes une certaine deftinéc, certains événemei:is
particuliers, mais communs, il a été naturel de croire que les
configurations plus rares fignifioient des événemens extraordi-
naires, qui regardoient les grands empires, les nations, les villes
dont la fortune , étant plus durable , doit être limitée par des
phénomènes que léparent de longs intervalles. Enfin , puifque
les erreurs s'enchaînent comme les vérités, il a été naturel de
penfer que des configurations plus rares encore , telles que la,
réunion de toutes les planètes en conjon£bion avec la même
étoile, qui ne fe renouvelle qu'après des milliers de fiecles, lorl^
que les nations fe font renouvelées une infinité de fois,lorfque
les ruines des empires fe font fuccédées , ne pouvoient regarder
que la terre qui avolt fervi de théâtre à tous ces changemens.
On a joint , à cette idée fuperftitieufc , le fouvcnir des révolu-
tions que la terre a éprouvées. La tradition qui , chez certains
peuples ,
DE L'ASTRONOMIE. 273
peuples , annonçoic que le monde dévoie périr par le feu y fut
également liée ; fc l'aftrologie fe combinant avec le fanatifme,
on a annoncé que l'on étoit menacé d'un déluge univcrfel, quand
les planètes fe réuniroient dans le figne des poiflbns , ou d'un
embrafement général , quand cette conjondlion arriveroit dans
le ligne de l'écrevilTc ou du lion.
L'aftrologie judiciaire , dans fon origine , efl donc la fuite d'un
fyftême profond, qui fut l'ouvrage d'un peuple éclairé, d'un
peuple qui s'égara , comme il arrive à l'homme qui veut s'a-
vancer trop loin dans les myfteres de dieu & de la nature. Il
feroit aifé de faire voir que toutes les erreurs vulgaires , les
préjugés du peuple naiflent des idées philofophiques mal en-
tendues, dénaturées par la tradition orale. Les divinités locales
& tutelaires n'étoient fans doute que des emblèmes , par lef-
qucls les philofophes ont défigné les caufes fécondes qui dé-
pendent de la caufe univerfelle {a). Les deux principes, adorés
ou redoutés dans la Perfe, repréfcntent au phyfîque les élémens
qui fe combattent , au moral les intérêts qui fe croifent , les
pallions humaines qui font ennemies. Cette idée eft néç du
fpeclacle d'un monde où tout eft en guerre. La circulation de la
matière, 6c les êtres qui renaiflent ious de nouvelles formes,
ont produit la métempfycofe , que l'on a tranfportée de la ma-
tière aux efprits , quand on a voulu concilier ce dogme avec
celui de l'immortalité de l'ame.
M. l'abbé le E.^.ttcux fait voir d'une manière très-vraifem-
blable , que la fable de Vénus 6c de l'Amour , fon fils, ne font
que les anciennes idées phyfiques fur la formation du monde.
Vénus eft la nuit qui précéda toutes chofes, & dont la première
produclion fut la lumière, la chaleur, l'amour {b). Ces idées
{a) Mém. Acad. Inf. tom. XII, p. ij. i^b) Mém. Acad. Inf. T. XXYII. p. 144.
M m
274 HISTOIRE
font étrangement défigurées! C'çft ce qui doit arriver lorfqu' elles
font entre les mains d'un peuple qui ne les a pas inventées, qui
a perdu, ou plutôt qui n'en a jamais eu le fens métaphyfique.
Le fens littéral feul demeure, Se le même chez difFérens peuples
produit des fables différentes.
Ces idées, tous ces fyftêmes philofophiques, nés Se répandus
dans l'orîfent , font l'ouvrage du peuple antérieur aux Indiens ,
aux Egyptiens , aux Chaldéens èc aux Chinois. C'cft ce peuple,
auteur de tant de périodes fameufes , & de méthodes aftrono-
miques favantes , qui a fait aux hommes le funede prélcnt de
i'aftrologie judiciaire. Cette erreur appartient exclufivemcnt à
rAfie. Elle y eft de la plus haute antiquité , elle y eft générale ;
& nous regardons, comme un principe, que les ufages généraux
chez des peuples, également anciens, doivent remonter à une
fource commune. Seroit-ce donc une chofe fi naturelle que l'idée
de l'influence des aftres fur l'homme , pour iuppolcr que les
dilTerens peuples ayent pu l'avoir également &C féparément?
Tous ces peuples ont eu la même idée de l'inHuence des aftres,
parce qu'ils ont également hérité d'un peuple primitif, &: qu'ils
ont tout recueilli , fes erreurs comme les débris de fcs con-
no. (Tances.
Chez ce peuple antérieur & favant, il a du exifter des phi-
lofophes capables d'erreur, comme parmi nous, Hobbes Se Spi-
nofa. Ces philofophes , de fyftême en fyftême , font parvenus
au matérialilme. Alors les révolutions du monde, les événemens
de la vie femblerent périodiques, comme les viciffitudcs de l'air.
On penia qu'une obfervation ailîdue pouvoit donner les moyens
de les prédire , & l'aftrologie judiciaire fut inventée. Cette
marche de l'efprit humain entraîné par des vérités dans des
erreurs, ce pallage de l'Aftronomie, qui règle les travaux delà
campagne, à l'aftrologie naturelle, èc de celle-ci à l'aftrologie ju-
DE L'ASTRONOMIE. 175
tilciaii-e nous paroît plus vraifemblable que l'opinion qui fait
naître raftroIo2;ie de l'ignorance. L'ignorance eft inerte &; fans
force progrefTivc. Elle eil: toujours accompagnée de la fatisfac-
tion de foi-même , & d'un fcncimenc d'orgueil qui foumet tout
à elle, &: ne l'alTujettit à pcrfonne; elle fe fait la reine des
animaux Se de la nature , le centre de tous les mouvcmens cé-
lelles^clle ne voit dans les étoiles que des flambeaux pour l'c-
claircr la nuit , &: bien loin d'imaginer qu'elle puiiîc leur être
aillijettiejelle penfe que l'auteur de l'univers n'a créé ces maffes
énormes qui roulent au loin fur itos têtes , &: n'a fait une il
grande dépenfe de merveilles , que pour lui rendre ce foible
fervice.
Nous prévenons ici le reproche qu'on pourroit nous faire ,
de rejeter fur la philofophie l'horreur &; le mépris qu'infprre
l'aftrologie judiciaire. Il faut diftinguer l'origine, de la fcience,
de l'abus qu'on en a fait pour tromper les hommes. Les prêtres
qui furent les premiers philofophes, coupables de cette origine,
ne le font point de l'abus. Comme hommes , ils furent fufcep-
tibles de tomber dans l'erreur. La différence qu'il y a du philo-
fophe au vulgaire, ce n'eft pas que l'un foit incapable de s'é-
garer , mais c'eft qu'il examine fans ceffe , qu'il foumet à de
nouvelles épreuves les vérités les mieux établies , tandis que
l'autre , fermant les veux à la lumière, fe tient opiniâtrement
aux opinions qu'il a embrafTécs lans examen.
Remarquons fur-tout que l'idée de l'aftrologie judiciaire n'é-
toit point abfurde, dans la manière de penfer de ces philo-
fophes. L'aftrologie eft une conféquence néceftaire du matéria-
lifme. Dès que l'homme eft enchaîné au mouvement généra}
de l'univers , comme on ne peut douter qu'il n'y ait des période?
dans la nature, ces périodes ramènent les mêmes circonftances,
£c deviennent pour l'homme des lignes contingens de fes aûes
Mmij
•i7<f HISTOIRE
néceflaires. L'entreprife de découvrir la correfpondance, fup-
pofée entre les fignes céleftes ôc les événemcns du monde, étoit
à la vérîré infcnfée. Mais l'efprit humain, en cflayant fcs forces,
ne connoît point leur portée. On tente tout, fans s'effrayer des
difficultés; on accumule des efforts pendant des fiecles , èc l'on
ne reconnoît l'impoffibilité du fuccès qu'à la longue, èc par l'i-
nutilité des efforts.
On peut dire encore que l'aftrologie judiciaire n'a pas été
préjudiciable aux hommes, tant qu'elle n'a été qu'une opinion
philofophique. Elle refta renfermée dans le fecret des tem-
ples , d'où les prêtres n'avoicnt pas intérêt de la faire fortir.
L'homme leur eût échapé, s'ils lui avoient confié le dogme faux
qu'il eff un être dépendant, dont la deftinée eft irrévocablement
fixée. Ils n'auroient plus eu d'offrandes , ni de facrifices ; on
n'eut plus fongé à des dieux qui avoient tout réglé d'avance ,
ou qui n'exiftoient pas. Il y a apparence que dans ces temples
on faifoit un vœu du filence , comme dans nos monafteres on
en fait aujourd'hui de pauvreté & de chafteté. Nous voyons que
Pythagore, qui avoit puifé fa dodbrine chez les Brames, prefcri-
voit le filenceàfes difciples. Lesmyfteres, fameux dans la Grèce,
étoient lans doute une imitation des ufagcs de l'Orient.
Le matérialifme , qui fait la bafe de l'aftrologie judiciaire ,
fubfifte encore chez plufieurs nations de l'Afie. La plupart des
lettrés à la Chine font , dit-on , athées. Quoique par le culte
extérieur les Brames femblent adorateurs des idoles , ils con-
viennent que ces idoles ne font qu'une repréfcntation de l'être
fuprême {a). Ils difent qu'il eft le feul tout puiflant, mais leur
croyance tient beaucoup de l'athéifme. Ils croyent la matière
éternelle, variable feulement par les formes, &; produifant tous
(a)2end-Avefta,T.l,Difc.ptél.p. 13^. Holwcl.
DE L' A S T R O N O Ivî I E. 277
les êtres qui fc fuccédent. L'exiftence d'un pur cftirir ne leur
paroîc pas po.iible (a). "Bernier. rapporte que fcioii eux dieu a
tout produit , tout tiré de fil propre fubftance ; le monde n'eft
qu'une extenilon,&; tout retournera dans le fein de dieu,lorfque
le tems finira. Ils le comparent à l'araignée qui file , produit
elle-même fa toile, 6c la dévore quand elle le veut (/>). L'être fu-
prême Si. la nature, qui ne compofent qu'une même fubflance,
ont bien l'air d'un pur matérialifme.
On rcconnoît à ces idées , mêlées de beaucoup d'abfurdités
d'un autre gentre, des erreurs philolophiques , qu'ils n'ont cer-
tainement pas inventées. Elles viennent , comme tout le refte
de leurs antiques inftitutions , de ce peuple antérieur dont les
Indiens , les Chinois & les Chaldéens font les débris (c). L'é-
poque de la deilruclion de ce peuple fut celle où l'aftroloo-ie
commença à fe répandre j les temples furent abandonnés , les
prêtres fe difperferent.Les uns devinrent les lettrés de la Chine,
les autres les brachmanes de l'Inde. D'autres fe retirèrent dans
la Babylonie inférieure, 011 ils fondèrent un peuple de fa vans ,
qui porta le nom de Chaldéen , & le donna à cette partie de
l'empire nommée depuis la Chaldée.
On remarque que les Chaldéens étoient étrangers {cl). Cette
école fut en grande partie une école d'aftrologie judiciaire ( e ). Il
y a apparence que ces étrangers , devenus prêtres à Babylone ,
ont à la longue penfé que cette fcience, jufqu' alors ftérile , pou-
voit être mife à profit en impofant une taxe à la curiofité. Ainfi
la loi du filence , qui étoit fondée fur un intérêt général , fut
violée par les intérêts particuliers. L'art fut divulgué , la pra-
(j) Zend-Avcfta , loco chato. Sincelle , pag. 18.
( i) Bcrnier , Toiii. 111, p. 1} j. Supra ,l.\h. V,§. j,
( c ) Supra j Liv. 111. ( e ) Diodore , Liv. 11.
( <^) Berofc, Suprù, Liv. V, §. lï.
Î-7S HISTOIRE
tique s'en érendit , &; c'cft alors que naquit la doctrine des in-
fluences. Les phénomènes des aftres qui n'avoicnt été julques-là
que des fignes contingcns , liés aux événemens comme effets
fimultanés , & non comme caufes , devinrent les agens de la
nature. Le peuple , témoin de la manière dont on parvenoit à
lui prédire le fort qui l'attend, le peuple, entendant dire que
tout dépendoit des aflres, qui paroilToient au premier moment
de la vie , brouilla toutes ces idées , les dénatura en les pliant
à fa manière de concevoir. Il crut que, puifque les aftres étoient
confuîtés , ils avoicnt en efvet quelque pouvoir lur l'homme; il
eut recours à des influences , à des émanations , & il donna à
ces aftres un caraclere propre. Saturne étoit un aftre malheu-
reux , il verfoit l'infortune Se la mélancolie ; mars faifoit des
guerriers ; mercure , des voleurs ; venus , des libertins , dcc. On
étendit ces règles , en attribuant de pareilles influences aux
étoiles , aux degrés même du zodiaque. Ces influences furent
modifiées félon les difFérens afpecls. Mais les philofophes re-
vinrent de cette erreur , foit en admettant de meilleurs prin-
cipes fur la divinité , foit en reconnoifllint combien les obfer-
vations étoient infuffifantes , & les règles trompeufes pour le
but qu'on s'étoit propofé. Du tems de Strabon, parmi les Chal-
déens, il n'y en avoit qu'un certain nombre qui donnaflent dans
ces rêveries, les autres ne les approuvoient pas (<2). Alors cet
art commença à tomber dans le mépris , èc des gens fenfés qui
l'abandonnoient au peuple , ôc peut-être de ceux même qui en
faifoient profeffion. Mais les gens fenfés ne difTuaderent point
le peuple qui ne les eût point écoutés , &: les autres n'eurent
garde de dire leur lecret.
On ne nous reprochera point d'avoir illuflré l'origine de
(a) Strabon, Lib, XVI , pag. 755,
DE L'ASTRONOMIE. 279
cette fcience prétendue , qui mérite ravilifTement où elle cft
tombée. Nous avons dit la vérité telle que nous l'avons ap-
percue. Mais en- la faifant naître d'un Tyilême erroné , nous
n'avons gueres ennobli Ton exiftence. Née d'une erreur, elle ell
digne de fa foUiCe. Cette fcience eft abfurde , même dans le
fyftêmc du matérialdme , par les comoinaifons infinies qu'il
feroit nécelTliire de Toumettre au calcul ou à l'obfcrvation. Son
objet embralTe l'univers , l'éternité, &i pour une telle contem-
plation il ne faudioir pas moins que l'être laprême,c'cll;-à-dire,
l'être que ce f^ ftême n'admet pas.
L'aftrologie n'eft pas moins abfurde dans la fuppqfition des
influences. Comment a-ton pu concevoir que les émanations
des aftres, afFoiblies parle long trajet qu'elles auroient à faire,
puflcnt conferver aflez d'énergie pour produire de fî grands
eflets? Certaines influences étant fuppofées vraies, les aftres
placés au méridien, c'eft-à-dire, dans le cas de leur plus grande
puilTance , produiroient les mêmes efi-ets pendant un certain
intervalle de tems. Combien d'cnfans, nés dans la même heure,
auroient donc le même cara£tere 6c la même deftinée ? Mais
en admettant encore tous ces agens occultes , qui n'exiftenc
pas , l'aftrologie ne pourroit indiquer que les caracleres & les
pallions, déterminés par ces influences au moment de la naif-
fance; elle n'apprendroit rien fur la deftinée qui dépend non-
feulement des palLons, mais des circonftances ou l'homme fera
placé. La pratique de cet art mcnfonger, établi fur de faux prin-
cipes , a donc été étendue plus loin que ces principes mêmes
ne le permettent.
Dans un fccle où les fc'ences & la raifon font également
cultivées , l'aftrologie eft méprifée , &: n'a point de partifans.
Cependant fur la fin du (îccle dernier ua Italien envoya au
pape Innocent XI , relativement à la ville de Vienne, alors af-
280 HISTOIRE DE L'ASTRONOMIE.
ftégéc par les Turcs , une prédiction qui fut très-bien reçue.
Prefque de nos jours le comte de Boulainvilliers, homme d'ail-
leurs de beaucoup d'efprit , étoit infatué de l'aftrologie judi-
ciaire (a), fur laquelle il a beaucoup écrit. Les efprits foibles
font de tous les tcms , 6c la crédulité , quelquefois honteufe &C
cachée , cH: toujours la même. Le prince n'a qu'à avoir la foi-
blefle de l'aftrologie , les aftrologues & les croyans naîtront
de toutes parts. Tel eft le danger des erreurs qui flattent les
pafîiohs;la maladie en eft incurable! Que d'erreurs en phyfique,
6c dans la plupart des connoiflanccs humaines , fe font éva-
nouies de defTus la terre , fans bruit , comme elles y étoient
venues , & font éteintes pour ne jamais reparoître ! Mais celles
qui uaiirent des pallions font durables comme elles. Les hommes
de chaque âge s'en emparent fuccelTivement; ils les regardent
comme des vérités néMio-ées , réfervées à la siénération acluelle
qui feule fliit les connoître de en faire ufagc. Ainfi on cherchera
la quadrature du cercle, èc le mouvement perpétuel, tant que
le vulgaire croira qu'il y a des récompenfcs attachées à leur dé-
couverte. L'intérêt avide ciîayera dans tous les ficelés de changer
les métaux , êc de transformer la nature. L'amour de la vie , le
defir preflant de la prolonger demandera la panacée univer-
felle ; & l'inquiétude non moins prciTante de l'avenir, l'impa-
tience d'ajouter à la jouilTance du prélent, la connoiflance de cet
avenir, embelli par l'efpérance, précipitera toujours les hommes
foibles dans l'aftrologie! mais le fage bornera fes defirs à fe rendre
content du préfcnt , ce qui eft fouvcnt aflcz difficile , & il ne
regrettera point une prélcicnce que dieu s'cft réfervée, èc que
la fagefte divine a refuléc à l'homme , parce qu'elle feroit un
grand ma! fur la terre.
{a) Eacyclopcdie, Art. Altrologie,
ÉCLAIRCISSEMENS,
ÉCLAIRCISSEMENS,
DÉTAILS HISTORIQUES
ET ASTRONOMIQUES.
AVERTIS SEMENT.
A ou R rendre l'hijioirc de V Aflronomie utile aux afironômes ,
il f allait qu'elle fût détaillée ù difcutée ; pour la rendre agréable
au public , il ne fallait lui offrir que des faits & une narration
fuivie. Nous avons penfé que ces deux objets dévoient être traités
féparément. En conféquence nous avons préfenté d'abord un récit
purement hijiorique des faits effentiels. C'efi l'extrait ô lafubf-
tance d'un long travail. Ces fans font de deux efpeces ; les uns
donnés immédiatement par l'hi foire , les autres établis fur des
conjeciures vraifemblables. Les preuves ou les probabilités , qui
fondent ces conjeciures , la difcujfion des faits contejlés , le détail
des remarques y des réflexions , des faits ^ qui , moins frappans
pour le public _, ne font pas moins intéreffans pour les afironômes >
font réunis ici fous le titre d' eclairciffemens hifloriques & afiro-
nomiques. Cette partie de l'ouvrage n'efi pas la moins curieufe ^
Nn
»8i ÉCLAIRCISSEMENS
ù quoique defiinée particulièrement aux afironômes j la. lecture
en fera facile a quiconque aimera ajfe-:^ la fcience pour en em~
braffer l'étendue ù les détails.
On a fuivi dans ces éclairciffemens le même ordre que dam
Vhifloire ; chacun des livres de cette féconde partie répond a un
livre de la première. Il faut cependant obferver que, comme le fécond
livre j où l'on expofe le développement des découvertes ofirono-
miques yn' avoit pas befoin d'être éclairci^le fécond livre des éclair-
ciffemens répond au troifeme de l'hi foire , ù ainfi de fuite juf
qu'au huitième qui répond au neuvième. Nous avons ajouté a ces
eclazrcijfemens un neuvième livre _, oîi nous avons réuni ù comparé
toutes les connoiffances des anciens fur le T^odiaque , ù les conf
tellations du ciel. Ces détails j placés dans l'hifloire des différens
peuples , auroient exigé de fréquentes répétitions , ù n'auroient
pu être fifis d'un coup d'œil. En les rapprochant , en les pré >
fentant fous un point de vue général ^ on a le tableau des con-
no'Jfances de l'Afe a cet égard ^ ù par les connoijjances communes
aux différentes nations ^ on pourra juger de ce qu'elles ont pu fe
communiquer , ou plutôt de ce qu'elles ont dû emprunter a la
fourcc unique ù primitive.
^^y^
J^^
^\^ ùmy.y \i:;^
-H-^,
ASTRONOMIQUES. iSj
LIVRE PREMIER.
Des Inventeurs de l' Aflronom'ie ù de fon antiquité.
§. Premier.
JOSEPHE attribue l'invention de rAftronomic à la poftérité de Seth. On
peut admettre ce qu'il avance , fans détruire ce que nous avons dit des
inventeurs de l'Adronomie. La famille de Seth a peuplé TAfie. Tous les
hommes célèbres dont nous avons parlé , étoient fortis de cette branche du
genre humain , & il efl: probable que lAftronomie antédiluvienne eft fon
ouvrage. Voici le palTage où Jofephe parle des enfans de Seih. " On doit
j> à leur efprit & à leur travail , la fcienCe de l'aftrologie ( a ) j & parce
j> qu'ils avoient appris dAdam , que le monde périroit par l'eau & par le
»> feu j la crainte qu'ils eurent que cette fcience ne fe perdît auparavant
s> que les hommes en fulTent inftrults , les porta à bâtir deux colonnes ,
55 l'une de brique , l'autre de pierre , fur lefquelles ils gravèrent les connoif-
» fances qu'ils avoient acquifes , afin que s'il arrivoit qu'un déluge ruinât
>5 la colonne de brique , celle de pierre demeurât pour conferver à la
ij poftérité la mémoire de ce qu'ils y avoient écrit. Leur prévoyance
» réuffit, & on alfure que cette colonne de pierre fe voit encore aujourd'hui
« dans la 6'jrie .( é ) >5.
Remarquons l'antiquité de cette idée fuperftitieufe , que le monde feroit
détruit par le feu. C'eft en conféquence de cette idée que l'on conft'ruifit
une colonne de brique. Cette idée renouvelée par Berofe remonte donc
aux tems avant le déluge , fuivant le témoignage de Jofephe ; & comme
elle fuppofe l'aftrologie judiciaire , l'aftrologie naturelle qui en eft la fouixe
èc l'Aftronomie plus ancienne que l'une & l'autre , on peut en conclure
quelle eft l'antiquité de l'Aftronomie même.
(iî) Il faut remarquer que les anciens con- logie judiciaire , Se la faine AîtfOUÙÏlTiî'.
foudoicnt fous ce nom d'Aftrologic , l'Aftro- (i) Jofephe, Liv. I, c. 3.
Nnlj
i84 ÉCLAIRCISSEMENS
§. 1 1.
Il n'y a dans le récit de Jofephe que les colomnes de Syrie , auxquelles,
félon M. Veidier {a) , il foit difficile d'ajouter foi. Quand Manethon ,
prêtre égyptien, écrivit l'hiftoire d'Egypte, il confulta des colonnes char-
gées de caractères hiérogliphiques , qui étoient l'ouvrage de Thaut , & qui
fe trouvoient dans le pays de Ser (^). Or ce pays de Ser eft la haute Egypte ou
l'Ethiopie (c). On croit queSanchoniaton , écrivain de l'hiftoire de Phénicie, a.
puifé dans les mêmes fources, Se parle d'après les colonnes de Thaut, pour ce
qui regarde l'origine des habitans , qui , comme les Egyptiens , defcendoient
des Atlantes [d). Achilles Tatius fait aufTi mention de ces colonnes où les
Egyptiens avoient gravé la mefure du ciel & de la terre (e). Or Jofephe
avoit lu Manethon , puifqu'il en cite des paflages dans le chapitre V de fa
réponfe à Appion ; Se ces colonnes de Seth reiïemblent fi fort aux co-
lonnes de Thaut ; ce pays de Ser eft fi voifm de la Syrie par le nom , que ,
félon M. Veidier , on peut foupçonner que Jofephe a fait honneur à Seth
& à fa poftérité , de ces dépôts des connoiflances humaines vus & confultés
par Manethon. Il nous paroîr que Jofephe n'a rien avancé que de vraifem-
blable. Quand Sanchoniaton compofa l'hiftoire de Phénicie , il confulta les
colonnes de Thaut, mais ce ne fut point en Egypte j ce fut dans la Phéni-
cie. Il eut recours aux antiquités même des Phrygiens. Il y avoit donc dans
ce pays des colonnes de Thaut. On peut dire qu'il y en avoit partout. Les
livres des premiets hommes furent des pierres. Le plus ancien des Thaut ou
Mercure fut afiatique ; fes écrits originaux doivent donc être en Afie. Le
myftere fuperftitieux des prêtres dépofa en Egypte , dans le* fouterrains ap-
pelés Jïringes j des copies authentiques des principes des fci^ces apportées
de l'Afie. C'eft ce que nous éclaircirons quand nous ferons l'hiftoire de
Thaut , mais on peut en conclure d'avance que Jofephe n'a point pillé !Ma-
nethon , & parloir fans doute de monumens differens.
§. III.
Si les Atlantes font , comme nous croyon s l'avoir prouvé , plus anciens que les
Egyptiens 5c les Phéniciens , l'hiftoire d'Uranus &: d'Atlas confirmera l'idée
(a) Veidier, Hift. Aftron. c. z & 4. ^d) Pnp. Evang. Eufebe, Lib, IX ^
( i ) Eufebe , in Ckronico. Lib. I , p. 6. pages 31 , 53-
(0 Veidkx, p. 17, & l«s Auteurs cités. (f) /1 Vranolog. pag. m.
ASTRONOMIQUE S. 2S5
que nous avons donnée de lantiquitc del Aihonomic. Nous allons cnexpofer
les détails ; nous établirons enfuite des calculs qui peuvent, dans cettaines
limites , faire connoître le tems où ces princes ont vécu.
Diodore de Sicile nous apprend que les Atlantes habitoient une contre^
maritime iSc très-fertile ^ c'eft-à-dire , fans doute cette île célèbre , l'Atlantique,
dont ils portoient le nom. Les anciens ont dit de grandes merveilles de
cette île , & les modernes fe font tourmentés envain pour la retrouver dans
quelqu'une des parties connues de l'ancien continent. Becker {a) & Bec-
man {i>) difent que cette île , fîruée entre l'Europe & l'Amérique , dans
rOccan qui porte encore fon nom , a été engloutie par quelque grande
révolution phylique , &: que les Canaries & les Açores en font les débris.
Le célèbre M. d'A'iville (c) n'eft point de ce fentimeut. Il regarde l'exif-
tence de cette ifle comme fabuleufe. M. Baer penfe que les chefs des At-
lantes font les defcendans d'Abraham & les fils de Jacob. Il s'appuye d'éty-
mologies curieufes , & trouve l'Atlantique dans la Paleftine [d) : fans adopter
ici cette opinion , nous voyons dans quelques-unes des autorités qu'il rap-
porte, la route que les Atlantes ont en effet fuivie pour aller peupler l'E-
thiopie & l'Egvpte. lis ne fout point venus de l'occident de l'Afrique ,
comme Becker &c Becman l'ont fuppofé. Ils y font arrivés par la Phénicie
de l'Arabie. Platon rapporte qu'ils fortirent de la mer atlantique , &c
qu'ils envahirent l'Europe & l'Afie (e). Il ajoute que cette irruption ht
une guerre entre ceux qui habitent en deçà , & ceux qui habitent au delà
des colonnes d'Hercule (/). Or nous apprenons d'Hérodote [g) que la mer
qui eft par delà les colonnes , la mer atlantique & la mer rouge font la
même chofe. Strabon dit ég'alement que l'Arabie heureufe ell fituée fur les
bords de la mer atlantique [h). Platon afTure que du tems de l'expédition
des Adantes , la mer atlantique avoir été guéable. Il eft donc très-probable
que les Atlantes ontfuivi cette route pour parvenir en Ethiopie &en Egypte.
Il ne s'agit que de retrouver les colonnes d'Hercule dans la Phénicie ^ mais
le culte du foleil ou d'Hercule étoit très-ancien àTyr (i). 11 y avoir dans fes
temples deux colonnes , l'une dédiée au feu ou au foleil, l'autre aux nuées
( <j ) Mundus jubicrraneus. ( e ) Plato in Timio.
{b) Hiftoire des Iles , c. j. {f) Plato in Critia.
{c) Géogr. ancienne , T. III, p. m. {g) Libro I.
{d) M. Baer , ElTai hifl. & crit. fur (k) Géogr. Lib. XYI.
rAdaatique des anciens. ( / ) Infrà j J. 13.
I
i8(; É C L A 1 R C 1 S s E M EN S
ou aux vents (û). Rien n'étoit plus naturel , comme le remarque très-bîen
M. Baer ,que de nommer les colonnes d'Hercule pourdcfigner fon temple. Il
y avoit donc des colonnes d'Hercule partout où l'on avoit élevé des temples
à ce dieu j ainfi il n'eft pas plus étonnant d'en trouver en Phcnicie , & même
dans l'Afie feptentrionale , qu'au détroit de Gibraltar , où fut l'ancienne
Gades& un fameux temple d'Hercule. Tout ceci nous rapproche de l'opinion
d'Olaùs Rudbeck. Nous verrons qu'il place les colonnes d'Hercule vers le
nord. 11 va plus loin ; il trouve dans la Suéde l'Atlantique des anciens. Sans
adopter cette nouvelle opinion , les nombreux palTages que ce favant a réunis
& expliqués , pourroient faire foupçonner que les Atlantes font fortis du
nord de l'Alîe. 11 y a en effet des traditions qui les font originaires de Sci-
thie {/>). Au refte,foit que ces peuples , fortis d'une île de l'océan atlan-
tique , ayent palfé dans le continent , foit que partis du nord de l'Afie , ils
• fe foient, après des fiecles, étendus jufques dans la partie occidentale de l'A-
frique, il paroît cerrain qu'ils y fixèrent leur habitation. Le nom d'Atlas ,
qu'a confervé la chaîne de montagnes , qui de l'efl: à l'oueft fcpare la Barbarie
du Biledulgerid , l'indique allez. Voici ce que Diodore de Sicile rapporte
de ces peuples (c). " Leur premier roi fut Uranus. Ce prince rafTembla dans
» les villes les hommes qui avant lui étoient répandus dans les campagnes.
» 11 les retira de la vie brutale & défordonnée qu'ils menoient. Il leur en-
« feigna l'ufaee des fruits , & la manière de les garder , & leur commu-
» niqua plufieurs inventions utiles. Son empire s'étendoit prefqne par toute
» la terre : mais fur-tout du côté du feptentrion & de l'occident. Comme
» il étoit foigneux obfervateur des aftres , il détermina plufieurs circonf-
» tances de leur révolution. Il mefura l'année par le cours du foleil , & les
» mois par celui de la lune j & il défigna le commencement & la fin des
n faifons. Les peuples , qui ne favoient pas encore combien le mouvement
j> des aftres eft égal & conftant, étonnés de la jufteflTe de fes prédirions ,
» crurent qu'il étoit d'une nature plus qu'humaine , & après fa mort ils lui
» décernèrent les honneurs divins à caufe de fon habileté dans l'Aftronomie,
» & des bienfaits qu'ils avoient reçus de lui. Ils donnèrent fon nom à la
55 partie fupérieure de l'univers , c'eft-à-dire , au ciel , tant parce qu'ils ju-
55 gèrent qu'il connoilToit particulièrement tout ce qui arrive dans le ciel ,
15 que pour marquer la grandeur de leur vénération par cet honneur extraor-
15 dinaire qu'ils lui rendoienr.
(^) Hérodote , Lib. II. (A) Myth. de l'Abbt BannicoT. II, p. 10.
M. Baer, pag. 48. (c) Liv. III, Trad. de l'Abbé Tcrraflbn,
ASTRONOMIQUES. 187
§. IV.
Nous verrons bientôt qu'Uranus doit avoir exifté peu de tems après le
déluge. Il ne peut avoir été l'auteur de toutes ces iuvencions. 11 faut croire
qu'elles ont cti tranfportées d'un pays plus voifin du féjour des premiers
hommes. Atlas & Saturne furent les deux plus célèbres des enfans d'Uranus.
Pline nous apprend qu'Atlas fut l'inventeur de l'Afironomie ( a ) & de la
fphere ( h ). Ici La tradition eft fi confiante , & les témcigna^es fi unanimes ,
qu'il paroît difficile de refuferà Atlas quelques connoilTances de l'Aftronomie
& de la fphere. " Les lieux maritimes, dit Diodore de Sicile (t) , étant échus
)> par le fort à Atlas j ce prince donna fon njm aux Atlantes fes fujets , &
]> à la plus haute montagne de fon pays. On dit qu'il excelloit dans l'aftro-
» logie , & que ce fut lui qui repréfenta le monde par une fphere. C'eft pour
)> cette r.iifon qu'on a prétendu qu'Atlas portoit le monde fur fes épaules \
3> cette fable faifant allufion à fon invention. 11 eut plufieurs enfans : mais
» H^fperus fe rendit le plus recommandable de tous par fa piété , par fa
» juftice & par fa bonté. Celui-ci étant monté au plus haut du mont Atlas ,
» pour obferver les aflres , fut fubitement emporté par un vent impétueux ,
j) & o:i ne l'a pas vu depuis. Le peuple touché de fon fort, & fe retrouve-
» nant de fes vertus , lui décerna les honneurs divins , &: confacra Çon nom
» en le donnant à la plus brillante des planètes {d). Adas fut aulîî père de
» fept filles qui furent toutes appelées Adantides j mais dont les noms
» propres furent Maia , Eledre , Taygete , Afterope , Merope, Alcyone &
n Celœno. Elles furent aimées des plus célèbres d'entre les dieux & les
n héros ; elles en eurent des enfans qui devinrent dans la fuite auflî fameux
j> que leurs pères , & (jui furent les chefs de bien des peuples. Maia, l'aînée
» de toutes , eut de Jupiter un fils appelé Mercure , qui fut l'inventeur de
j> plufieurs arts. Les autres Atlantides eurent aufîî des enfans illuffres. Car
» bs uns donnèrent l'origine à plufieurs nations , & les autres bâtirent des
» villes. C'efl pourquoi non-feulement quelques batbares j mais plufieurs
j> Grecs font defcendte leurs anciens héros des Atlantides. On dit qu'elles
« furent ttès-intelligentes , & que c'eft pour cette raifon que les hommes
)> les regardèrent comme des déelfes après leur mort , & les placèrent dans
^> le ciel fous le nom de Pléiades ».
{a) Lib VII. c. j6. (. d) Hefpcr étoic chez les anciens . le
{h) Lib. II, c. 8. nom de VénLis, c]u,ind elle paioiiioit ie foiï
(c) Liv. m, pag. 4;j. après le coucher du lokil.
^U É C L A 1 R C I s s E M E N s
Il n eft pas iiécelTaire de recourir aux honneurs divins rendus à la fami'.le
d'Atlas , pour expliquer les noms impofés à la planète de Vénus & aux Pléiades.
Si Atlas a réellement cultivé l'Aftronomie , il paroît naturel que ce prince ,
s'appliquant à reconnoître & à diftinguer les aftres, leur ait donné des noms,
& fpécialement les noms de fes enfans , comme lui étant plus chers Se plus
familiers.
§. V.
M. Pluche penfe (c) que Thaut , Uranus , Saturne , Atlas , & tous les
perfonnages célèbres de la plus haute antiquité , n'ont jamais exifté. Il pré-
tend que les noms de ces perfonnages étoient jadis des fignes fymboliques.
On ne peut nier que fes idées & fes explications ne foient fouvent ingé-
nieufes ; mais on fait que le pays des pollibilités eft immenfe , Se quoique la
vérité y foit renfermée , il n'eft fouvent pas facile de l'y diftinguer.
M. Pluche établit avec raifon que tous les peuples avant l'invention des
lettres avoient une écriture fymbolique , ou des fignes caractériftiques , qui
fervoienr à conferver le fouvenir des chofes mémorables , ou à donner les
avis néceffaires dans certains tems , & à certaines clafles du peuple. Le
peuple égyptien , un des plus anciens de la terre , eft le feul dont l'écriture
fymbolique nous été aittranfmife par quelques monumens.M. Pluche croit
en conféquehce que l'on doit trouver chez eux la vraie fignification de cette
écriture. En effet , en examinant ce qui devoit arriver relativement à leur po-
fition , au fleuve dont le débordement rend leurs champs fertiles , aux diffe-
rens tr.^vaux que ce débordement exige , il retrouve dans les caradteres qui
dévoient annoncer leurs fêtes & leurs travaux , l'origine des dieux du pa-
ganifme , & celle des noms donnés aux conftellations & aux planètes. Les
Phéniciens adoptèrent lelon lui ces fignes fymboliques , & les Grecs les re-
curent des Phéniciens. L'abus des mots dont on ignoroit , ou dont on favoit
mal la fignification , fit changer ces caraderes fymboliques en des perfon-
nages réels. M. Pluche va encore plus loin. Il penfe que les Egyptiens eux-
mêmes s'y méprirent; & qu'ils révérèrent comme des dieux les fymboles
que leurs pères avoient inventés. Ainfi , félon lui , le foleil étoit le figne re-
préfentatif de l'être fuprême, & Ofiris le nom du foleil. Ils commencèrent,
en confondant le foleil avec l'être fuprême , par adorer cet aftre, & ils fi-
nirent par regarder Ofiris comme bienfaiteur de l'Egypte , déifié après fa
(a) Hiftoirc du Ciel, Tom. I.
ASTRONOMIQUES. û«9
mort. Il eft difficile d'imaginer comment les idées auvoient pu fe dénaturer
ainll, chez un peuple il fjigneux de conferver les traditions & les principes de
fes anccrres.
§: V I.
Nous applaudilTons à l'explication de quelques-uns des noms donnes aux
fignes du zodiaque. NousapplaudllFons encore M. Pluchcjlorfqu'ilpenfe que
lesEgyprieiis ont donné lenomdeTIiaautou du chien à l'étoile fyrius, comme
un nom fignihcatif de l'ufage qu'ils en faifoient. Cette étoile étoit l'ann.ince
du débordement du fteuve, & l'avertiflement de prendre les précautions né-
cefTaires pour s'en préferver. Mais nous ne ferons point de fon avis, quand fl
dira que cette étoile, ce chien, eft devenu le Thaut, qui , chez les Egyptiens
fut l'inventeur des lettres , l'inventeur de plufieurs arts, recommp.ndable à la
longue poftérité de ce peuple, par fes livres longtems confervés , & dont
peut-être quelques-uns exiftent encore. Qu'importe que les explications
ingénieufes de M. Pluche, nous falTent voir comment il feroit poflible que
Thaut n'eût jamais exifté , quand l'hiftoire ou la fable nous atteftent qu'il a
vécu? Si elles ne nous apprenoient que fon nom , nous en croirions tout ce
qu'on voudroit j mais l'hiftoire nous dit en même tems que Thaut fijt l'in-
venteur des arts & des lettres. Il faut néceftairement qiie les arts & les lettres
ayent eu un inventeur ^ pourquoi ne veut-on pas que cet inventeur air porté
le nom de Thaut? Comment imaginer qu'Atlas, Orphée, Linus, Mufée ,
à qui l'on attribue l'invention des hgures & des -noms des conftelkrions , font
des perfonnages fintaftiques qui n'ont rien de réel que le nom j fimulacres, que
les Grecs ont placés , dit-on , dans les ornbres de leur origine. M. Pluche
met dans la même clalfe , Perfée , Cephée , Caffiopée , Andromède , Hercule , '
Jupiter , Saturne. " Saturne (* ) , Jupiter , auxquels l;s poètes ont actribué des
» aventures tragiques, & tous les accidens de l'humanité j ces grands con-
3> quérans dont nos favans remanient les hiftoires, jufqu'à pénétrer dans le^
n intérêts de politique qui les faifoient agir, fe trouvent être comme l'é-
j> crevifte & le"pricorne , comme la balance & le fphinx des marques, des
» enfeignes , des écriteaux qui fervoient à diriger le peuple, à régler pen-
» dant l'année les fêtes & les travaux » ( a ) : voilà ce qui n'eft nullement con-
{*) On ne peut douter de l'exiftence de Capitolin avoit porte prérédctnmen: le nom
■Saturne , puilVju'on trouve des traces d^ fon -de Satumm ; Zl l'Italie fnèflie avoir étc-aji--
féjour en Italie, où il régna après Janus. pelée Saturnie. Denis d'Halicarn. Lib. I.
Indcpendammcat des Saturnales , le Mont (.a) Hiftoiie du Ciel,Tom. I, p. 54^1.
aço ÉCLAIRCISSEMENS
cevable. Cette conjefture peut être vraie à l'égard de quelques-uns des per-
fonnages de la haute antiquité ; mais les comprendre tous dans une explica-
tion générale, vouloir les anéantir, & n'en faire que des fantômes mal-
gré les témoignages réunis des hiftoriens de toutes les nations {a), nous
paroît un fyftême infenfé &c dénué de fondement. C'eft un jeu ingénieux \
mais un abus de l'efprit.
§. V 1 I.
Nous n'admettrons point non plus l'allégorie , ou du moins nous ne l'ad-
mettrons que pour expliquer une partie des récits, celle où fe trouve le mer-
veilleux & les faits furnaturels. 11 peut y avoir beaucoup de chofes allégo-
riques dans la vie & les aftions attribuées à Saturne. Saturne fera, h l'on
veut, l'inventeur de l'agriculture & du labourage, nous confentirons ,
comme nous avons fait à l'égard d'Hercule , que les éloges prodigués à cette
invention utile, exprimée d'une manière figurée & métaphorique ayent pro-
duit plufieurs traits de la fable de Saturne. Ses enfans cachés dans le fein de
la terre peuvent n'être que le blé qu'il a fait naître par la culture , & qu'il
renferme enfuite dans la terre, en le femant. Mais ces fables font appliquées
à la vie d'un homme , & non à un être allégorique & imaginaire. Nous nous
en tenons au fentiment de M. l'abbé Bannier j il penfe que les fables ne
peuvent être expliquées qu'au moyen de plufieurs clefs. L'allégorie eft la
première j l'allégorie employée par les philofophes & par les poètes qui ont
parlé d'une manière figurée. Leurs difcours prisa la lettre ont été entièrement
dénaturés : ainfi beaucoup de fables ne font que la defcription ou l'explica-
tion des faits phyfiques ; telle eft celle de l'aurore. L'allégorie dans le genre
hiftorique peut avoir produit les mêmes effets : témoin l'hiftoire d'Hercule Se
celle de Saturne. Les hicrogliphes fourniffent une autre clef. Devenus obfciirs
par la fuite des tems , ils ont préfenté des idées différentes de celles qu'ils
exprimoient. Il ne paroît pas douteux que les hicrogliphes ne foient la
fource des hommes à tête de chien , de taureau , à pied de|;hevre, &c. Les
fables naquirent encore de l'adoption des mots étrangers. S'il y avoir des
mots femblables par le fon , ou avec peu de différence , chez le peuple qui les
adoptoit , les deux fignifications fe font confondues , Se il en réfulte un mé-
lange de fables & de vérités. Beaucoup de fables ne font que morales comme
(a) Voyci la Mythologie & les Fables expliquées pai l'Hiftoire , de M. l'Abbé Bannier.
ASTRONOMIQUES. 191
celle de Narcîfle. Enfin l'Aflronomie elle-même eft une clef nécetTaire à l'ex-
plication des fables. Les conftellations céleftes en ont certainement produit
plufieurs. Les Grecs qui ont voulu placer leur ancienne hiftoire dans le ciel, y
ont cherché des rapports , & auront imaginé ce qui manquoit, pour que les
faits cadralfent avec le nombre Se l'efpece de ces conftellations. Nous avons
vu que plus anciennement le cours du foleil , les douze fîgnes du zodiaque,
les femaines de l'année, les jours de la femaine avoient été défignés d'une
manière allégorique. On peut conclure , comme M. l'abbé Bannier {a) , que
de tous les fyftcmes qui ont été faits pour rendre raifon de la mythologie , il
n'y en a aucun dont on ne puilfe tirer quelque chofe de vrai ; mais qu'on ne
doit pas tenter de renfermer toutes les fables dans une explication
générale. Elles font l'ouvrage de plulîeurs fiecles , créées & augmentées par
différentes caufes & dans ditférens pays. Un nouveau fyftême à cet égard,
ne fera point meilleur que ceux qui ont été propofcs julqu'ici , dès qu'il fera
général.
§. VII L
Nous nous femmes attachés à combattre les fyftêmes dont le but efl: de
détruire l'exiftence d'Uranus Se de Saturne, parce que l'exiftence d'Atlas,
inventeur de la fphere , eft attachée à celle de ces deux perfonnages. Philon
de Biblos , tradudteur de Sanchoniaton accufoit les Grecs , fuivant le
témoignage d'Eufebe , d'avoir traduit en froides allégories l'hiftoire des
anciennes divinités qu'on adoroit dans leur pays , Se les reprenoit d'avoir
voulu expliquer par les phénomènes de la nature des faits très-réels , & des
événemens trés-véritables (é). Ainfi Philon reprochoit dès-lors aux Grrecs
ce q^e nous fommes encore plus en droit de reprocher à 2vl. Pluche ,
5c à ceux qui feroient de fon fentiment. Sanchoniaton eft un écrivain très-
ancien j il vivoit avant la guerre de Troye , on croît même dy rems de
Sémiramis, ce feroit environ zioo ans avant J. G. Philon dit, que San-
choniaton j homme fore Javant & de grande expérience ,fouhaitant extrêmement
de connaître les hijioires de tous les peuples t avait fait une perquifaion exacle
des écrits de Thaut , perfuade que ^ comme inventeur des lettres & de l'écriture ,
Thaut était le premier des kijloriens ( c ) .
(a) Acad. des lufcrip. Tom. XII , p. 9. Orit^ine des Lois Se des Arcs, Tom. I ,
( i ) Diiierration de M. Goguec , fur l'au- psç- 3 j9-
benticité da frag:nenc de Sanchoniaton. ( c ) Ibidem.
Coi]
ij,i ÉCLAIRCISSEMENS
Sanclioniatoii étoit donc , relativement à nous , trcs-voifni des tems dont
il faifoit l'hiftoire j & nous voulons connoirre mieux que lui les chofes dont
il parloit! Ciceron , Vitruve, Eufebe, Saint-Au^ullin {a) qui en étoient
plus pioches que nous, qui puifoient dans une infinité de fources de l'anti-
quité qui nous manquent aujourd'hui, croyoient qu'Atlas étoient un perfon-
na<ye réel, que la fable, qui lui fait foutenir le ciel, avoit trait à une
invention remarquable , à l'invention de la fphere, & nous voulons juger de
Kécrivain phénicien qui raconte le fliit, &c les anciens qui ont cru devoir s en
rapporter à lui !
On croit que la fphere n'étoit pas connue dans le rems où les poètes fai-
foient mention de la fable d'Atlas. Mais cette connoilTance eft antérieure
dans la Grèce, à Homère & à Héfiode. Elle étoit encore bien plus ancienne
dans le refte du monde; Se la tradition de l'invention de la fphere auroitpu
paiïer dans la Grèce avant le tems où la fphere elle-même y a été portée.
C'étoit une opinion alTez naturelle , que les montagnes qui s'élèvent jufqu'aux
nues foutiennent le ciel. Nous n'ignorons point qu'Héfiode (A) a dit : Atlas
foutient le ciel aux extrémités du monde; qu'Komere (c) regarde les mcn-
tZ'gnes comme de grandes colonnes qui unilTent le ciel à la terre. Mais on
ne peut rien inférer de ceci, ni contre l'exiftence d'Atlas , ni contre fés con-
noilFances aftronomiques. C'eft , peut-être, au contraire la fable d'x\das qui
a- donné naiffance à la figure poétique d'Héfiode, employée depuis par tant
d'autres poètes. Si la barbarie détruifoit jamais la plupart de nos livres & de
nos connoifTances ,on pourroit dire également que toute l'hiftoire des travaux
aftronomiques de Ticho-Brahé , eft fondée fur ce qu'il habitoit une ville
appelée Uranibourg , la ville du ciel. Concluons donc que la fable parlant
réellement d'un prince nommé Atlas , & d'un prince occupé de l' Aftronoqpie ,
on ne peut s'empêcher d'y reconnoître l'invention de la fphere, exprimée
d'une majiiere très-claire & très-caradtérifée.
§. I X
Aya NT établi l'exiftence •vraifemblable d'Atlas , il s'agit d'eftînTer le tems;
où il a vécu. Nous difoiis eftimer , car ou ne nous demandera point des cal-
culs rigoureux, ni des dates précifes. M. Veidler (d), cite un paftage de
( a ) Quiji. Tufcul. Lib. V , pag. 5 . De civicatc Dci , Lib. XVIII , c. 8.
Architecl. Lib. VI, pag. 10. {h) Théogonie, v. çi?-
In Chronk ^ libro fecundo , ad annum ( c ) Homère Odyfice, v. jj.
Î7S. C*^) Page 10.
ASTRONOMIQUES. 193
SiiiiLis, d'où il conclut qu'Atlas vivoit onze âges avant la guêtre de Troye.
Mais Suidas ne dit pas cela. 11 fait Atlas plus ancien que la guerre de Troye,
d'onze âges d'hommes , 8c de fix générations. Orpheus ex Lebethrîs ThrdcU
orinndus { Lebithra autcm eft urhc^ PierU vicina) ^ Œagii & Calliopes fdlus.
(P.i^aer verbfuit quintus ab Atlante , ex Alclone unâ filiarum ejus. Vixk nnde-
c':m atatihus ante bcllum trojanum : ipfumque Lini Difcipulum fuijfe dicune j
6- novem œtates vixijfe ; ai'ii verb undecim [a). Vixit ne peut fe rapporter
à Atlas. Il fe rapporte vlfiblement à Orphée qui fur le difciple de Linus'
(Eagsr quintus ab Atlante ne peut fignilîer que le cinquième des defcendans
d'Atlas par Alcione l'une de fes filles. Si CEager fut le cinquième, Orphée
étoit le fixieme. Atlas doit donc avpir précédé la guerre de Troye de onze
âges d'hommes , & de fix générations. Un âge félon les anciens étoit d'un
fiacle (^). A l'égard des générations, on en comptoir trois pour un fiecle. Il
s'enfuit donc qu'Atlas a vécu environ i 300 ans avant la guerre de Troye ,
qui fut prife vers l'an 1 3 00. Donc le fiecle d'Atlas feroit vers 2600 ans avant
J. C. Il l'on pouvoit s'en rapporter à la tradition confervée dans ce palTage,
6c qu'on n'eût pas des raifons de croire Atlas plus ancien.
§ X.
Nous trouvons d'autres induc'lions fur cette époque dans ce qui nous a été
tranfmis fur la famille d'Atlas. Diodore de Sicile rapporte [c\ deux infcrip-
tions qu'il ne fera pas inutile de tranfcrire ici, infcriptions gravées en carac-
tères hiérogliphiques fur deux colonnes, dans la ville cle Nife en Arabie.
Diodfhe les avoir vraifemblablement copiées lui - même fur les monumcns
qui fubliîloient encore de fon rems, (t/)
]e fuis Ifis , Reine de tout ce pays : j'ai été injlruite par Mercure; nul
ne peut abolir nus loix. Je fuis la fille aînée de Saturne , le plus jeune
des Dieux. Jefuisjccur & femme du Roi Ofirls :j'ai donné la première
aux hommes l'ufage des fruits. Je fuis mère du Roi Orus : je me levé
avec l'étoile de la canicule. C'eft moi qui ai bâti la ville de Bubajle.
Rejouife^-vous , Egypte, qui m'ave-^ nourri;.
{a) Suidas, Leiicon, édir. <îcKufl:er, (d) On voit encore, dit-il, dans cetK ville
au mot Orfheus. deux colonnes, &c. Il ajoure eufaite : voilà
(i>) Ovide , Mctam. tib. XII. ce iiu'on peur lire de ces deux infcripcions,
Ciceron, de Seneciute. catlctcmsaetFacélereftc.Cesiiwtsindiqucac
(.■)Liv. I, p. Jî- au moins quelles eïiftoien: de fou tenw.
2j,4 É C L A I R C I s s E M E N s
l'ài pour père le plus jeune de tous les Dieux. Je fuis le fils aine de
Saturne , forme' de fou plus pur fang , & frère du Jour. Je fuis le Roi
Ofifis qulfuivi d'une armée nombreufe , ai parcouru la terre , depuis
les fables inhabités de l'Inde {a) jufqu'aux glaces de l'Ourfe ,& depuis
Les fources de l'Ijler if) jufqu'aux rivages de l'Océan, & j'ai porté
par tout mes découvertes & mes bienfaits.
Un philofophe (c) a penfé que ces infcriprions écoient l'ouvrage des
Grecs j mais ils n'auroienr pas ditt[ue Saturne étoit le plus jeune des dieux,
puifque dans leur Mythologie il étoit prefque le plus ancien. Les Grecs d'ail-
leurs n'avoient point d'intérêt de drelfer des infcriptions en l'honneur de
perfonnages qui ne leur appartenoient point.
Ces deux infcriptions dépofent pour l'exiftence d'Ifis & d'Ofiris , qui
étoient les entans, de Saturne ou de Cronos. Diodore {d) &i Sanchoniaton [é)
nous apprennent que ce Chronos étoit frère d'Atlas. Mais aucun de ces per-
fonnages ne fe trouve dans les dinafties des anciens rois d'Egypte , qui nous
ont été confervées par Maiiethon , Hérodote , Jules Africain , ApoUodore,
&c. Donc ils doivent être plus anciens que les premiers rois d'Egypte \ &
ils appartiennent au tems qui, fuivant la tradition égyptienne , a été celui
du règne des dieux. Or le P. Pezron fixe la date du règne de Menés , pre-
mier roi d'Egypte , à l'an du monde 1904, 19(^9 ans avant J. C. : c'eft
donc antéiieurement à cette époque que doit être placé Atlas. Remarquons
qu'Ifis doit êcre très -ancienne , puifqu'elle a enfeigné aux hommes l'ufage
des fruits. Remarquons de plus que dans ce tems très-reculé , la mr^ilp ,
c'eft-à-dire , l'étoile- fyrius & la conftellation de l'ourfe étoient connues ,
que celle-ci même l'éroit depuis long-tems \ car on avoir déjà obfervé que
le foleil ne s'en approchoit jamais , & que les contrées qui avoient cette
eonftellation au zénith dévoient être très-froides. En admettant l'exiftence
d'Ifis & d'Ofiris , nous ne prétendons pas admettre toutes les fables dont la
tradition a chargé leur hiftoire. Mais il nous femble que fi l'on n'eft pas pré-
venu d'un doute, qui eft ici hors de place , ou aveuglé pat l'efprit de fyftême.
(a) L'Inde, choit l'Échiopie. Am(i ( c ) M. ds P. Recherches Pliilorophiqiics
Ofuis régnoic dans l'Ethiopie, ou dans la finies Égyptiens & les Chinois, Tom. I ,
haute Egypte. Voye'^M. D.inviUe, Gcog. pag. 44'^-
ancienne , Tom. III, pag. 47. (à ) Liv. III ^ p. 4jî-
Herbclor, Bib. Orien. art. Hcnd, p. 447- ('' ; Fragment de Sanchoniaton. Four-
té) Le '0,-,,iu!";. > niout , RéHexions Critiaues , pag. ij.
ASTRONOMIQUES. 195
en ne peut s'empêcher de reconnoîae , au ftyle de ces deux infcriptions ,
qu'elles ont été dédiées à des bienfaiteurs du genre humain, qui ont vécu
dans des tems éloicjnés & bien antérieurs à toutes les hiftoircs.
§. X I.
ÎL paroît donc certain qu'Atlas a vécu plus de 50C0 ans avant l'ère chré-
tienne , en fuppofanr avec le P. Pezron que Menés ait régné iQfî^j ans avant
cette époque. 11 eft aire même de faire voir qu'Atlas doit ctre plus ancien ,
en confultant la chronologie égyptienne, & en elTIiyant de concilier les dif-
férens récits des hiftoriens.
Nous demandons qu'il nous foir permis d'entrer ici dans quelques recher-
ches chronologitjues , qui prouveront encore davantage l'antiquité de rafrro-
nomie , & qui prouveront de plus combien cette fcience peut être utile pour
concilier les durées qui paroilTenc les plus contradi<ftcires.
Notre principe eft que les anciens peuples ont fait ufage pour mefurer la
tems , de diffcrens intervalles , de différentes révolutions qui toutes égale-
ment ont été appelées années. Il eft prouvé par les témoignages d'une foule
d'auteurs, [a) qu'il y a eu des années d'un , de deux , de trois & de fix mois ,
particuliérem.ent chez les Egyptiens. Il nous paroît naturel que les anciens
ayent employé aulTi la révolution de la lune à l'égard des étoiles de 27 ' S ""j
parce que c'eft la première qui a du être connue. Vitruve & Macrobe fui-
vent cet ancien ufage , quand ils nous donnent la révolution de la lune de
a8 ' (/•) en nombre ronds. La chronologie des Chaldéens nous prouvera
fuffifamment que l'on a compté les années par les jours ^ (c) on le prouve d
l'égard des anciens Egyptiens par le pafTage fuivant : huic [^Mercwio) fucccjjît
in regno fulcanus, dksque mille fexcentos ocloginta , hoc ejl , annos 4 , menjis
7, dies 3 , regnavlt ; nefciebant enim thm JËoypui annos dtfinire ;fcd unlus dki
fpatium annum appellabant. id) Les Sauvages comptent encore une nuit pour
une année, [c] Mais ce n'eft pas tout : il paroît qu'il y a eu des peuples qui
n'ont point connu notre jour artificiel compofé d'un jour & d'une nuit, &
qui ont diftingué dans cet intervalle deux révolutions , celle du jour & celle
( <j ) Plutarque , Pline , Suidas , Diodore , (c) Infra ^ Éclaire. Liv, V, § . 1 1 & lui v,
Eudoxe , &c. Voyei aujfi Sincelle 5: Palephate.
(i) Viruive j Archit. Lib. TX , p. 4. {d) Chron. Alex. p. loj.
Macrobe, Somnium Scipionis , Lib. I, t, e ) Lafficcau , McEurs des Sauvages,
«. i>, T. U. P. 130.
i„,^ É C L A I ?v C I s s E M E N S
ck L iniir. L'aiicienaa énigme de Cléobule , en donnant à chaque mois C>o
enfans , femble faire alliilîon à cec uiage:
Ejl unus genilor cui bis fex ordine nati
Et fdxaginca nati , fcd àifpare forma.
Ca-Mida namque harum pars dura. , & altéra nrgra efi :
Cunct& immortdies , morientes attamcn omrxs ( a ).
D'ailleurs ia divifion mcme du jour en quatre parrie^L^ de la nuit en quatre
veilles , diftingue exprelTsment la nuit du jour & prouve qu'on les a confidé-
rés chacun en particulier comme une révolution. Cette divifion vient de
celle de l'année en quatre faifons qui furent appelées hors , nom qui a été
appliqué aux parties du jour, même après qu'on eut adopté la divilîon fexagéfî-
male. Les lieures font les faifons du jour. Si les anciens n'avoient confidéré
le jour artilîciel , d'un lever du foleil à l'autre , que comme un feul inter-
valle , ils l'auroient divifé en quatre parties comme l'année : mais au con-
traire ils ont donné quatre parties au jour, & quatre veilles à la nuit, ufage
qui fut celui des Romains , & particulièrement &: très-anciernement celui
des Indiens : d'où il fuit que quelques-uns des anciens peuples ont pu comp-
ter deux révolutions ou années , & même jufqu'à huit pour un jour de 14
heures , félon qu'ils t'auront confidéré comme partagé en deux ou en huit
intervalles. Cette méthode de compter le rems parles divifions du jour,
nous paroît avoir fa fource dans la vanité nationale qui a voulu reculer fon
orio-ine. Les Indiens femblent avoir été plus loin à cet égard que les autres
peuules. Le jour chez eux avoir une infinité de fubdivilîons : ils ont calculé
le nombre de ces fubdivifîons , renfermé dans le nombre connu des an-
nées écoulées depuis certaijie époque , & ils ont enfuite donné le nom-
bre infini de ces fubdivifions , comme celui des années de leur exiftence.
Quand un peuple nous dira vaguement qu'il exifte depuis une infinité de
millions d'années , nous y reconnoîtrons aifément le langage de la vanité &
du menfonge; mais quand les Indiens affirmeront que depuis le déluge juf-
qu'à l'époque de l'hegire , il s'eft écoulé 720(534441715 jours , ce nombre
ainfi détaillé n'a point l'air d'un nombre tait à plaifir. lies nombres ima-
ginés approchent plus des nombres ronds. Nous ne pouvons nous empê-
cher de penfer que ce font de très-petites fraétions de jour , qu'ils ont
prifes pour des jours par erreur ou par vanité.
(a) Diogcncs-Laerce , Lib. I , §. ji. Jablonski, Pandieon, Proleg. pag. 113.
§. X 1 L
I
ASTRONOMIQUES. 197
§. X I I.
Cela pofc, Bcrofe {a) nous apprend que fuivant les antiquités bal-!ylonien-<
nés, il s'ctoit écoulé 1 10 fares avant le déluge. Il nous dit en même tems
que le fate étoit de 3 (îoo ans , ce qui feroit 45 1000 ans : mais il e(i évident
que Bérofe s'eft trompé dans cette évaluation. Sare étoit un mot générique
comme année ; l'un &: l'autre lîgnihoient en général révolution. Il eft fi vrai
que ce nom étoit appliqué également à plufieurs révolutions , que Suidas
nous en fournit une évaluation fort diftérente. {b) Selon lui , le fare étoît
de lii mois lunaires : AI. Freret, (f) en adoptant cette valeur , trouve que
les I20 fares qui fe font écoulés avant le déluge , répondent à 2KJ5 ans fo-
laires ; ce qui s'éloigne peu du calcul des Septantes qui comptent 2142 ans
entre la création du monde & le déluge. On peut même tirer de ce palTage im
accord plus fingulier : ixofari , {i) dit Suidas , conjlituunt annos iiii, juxtâ
Chaldeorum calculurriy nempè faros confiât 2 2Z menfibus lunarihus, quifum iS
anni cumfcx menfibus. Il eft clair que les auteurs copiés par Suidas connoif-
foient la valeur artribuée au fare avant le déluge j il eft clair qu'ils ont fait
eux-mêmes le calcul des i 20 fares. Si l'on a cru que Suidas s'étoit trompé ,
en rapportant que 222 mois lunaires faifoient 1 8 ans & demi , & en alfurant
que les 1 20 fares compofoient 2122 ans , c'eft qu'on n'a point filt actentioa
que ces années fontlunaires: 222 mois lunaires font 18 années lunaires & fix
mois ,120 fois 1 8 ans & demi ne font à la vérité que 2220 ans j mais comme
l'année lunaire eft de 5 54 i S "^ environ , c'eft pour tenir compte de ces Si",
qui en 18 ans & demi , font 6 i, que Suidas a ajouté deux ans de plus. M.
Halley (c) a jugé que le paflage de Suidas étoit corrompu , «Se qu'il falloit
lire 213 mois lunaires , mais il eft vifible que le pa(T!ige entier ne le permet
pas. M. Freret , au contraire , à qui on doit une intînité de remarques qui
ont trait à l'aftronomie , a penfé (/) que les Chaldéens avoient deux périodes
appelées yârcj, toutes deux cornpofées de mois lunaires , l'une de 223 mois,
qui n'étoit employée que par les aftronomes ; l'autre qui fervoit à l'ufage ci-
vile , étoit de 18 ans lunaires intercalés , c'eft-à-dire, dont fix années étoient
de 15 lunes j enforte que la période entière étoit de 222 lunaifons : ce
qui eft vraifemblable & conforme au rapport de Suidas. Il eft évident par ce
(a) Sincclle , pages 17,30,38. (<f) VeiJlcr, pag 44.
(i) Lexicon , au mot :a.y.'. (f ) Tianf. phil. n". 194.
(c) Dcf. de la Chron. pag. 135. (/) Mcm. Acad, luf. T. XVI , p. io8.
Pp
iî>8 ÉCLAIRCISSEMENS
pafTage de Suidas combiné avec celui de Bérofe, qu'avant le déluge , i". on
avoit la connoiirance de l'année lunaire de 354' S^: 1°. qu'on avoir auflî
celle des fares dezii&deiij mois lunaires: 3°. que dans cette antiquité on
fe fervoit de ces cycles pour mefurer les tems civils: 4°. que l'efpace donné
par les antiquités babyloniennes entre la création & le déluge , eft conforme
à celui que donnent les Septantes 5 fur-tout fi l'on y ajoute les i lo mois ou
les 10 années lunaires qui réfultent de l'erreur d'un mois fur l'évaluation du
fare.
§. XIII
L'ancienne chronique égyptienne {a) compte 3(^515 ans , favoir, 30000
ans pour le règne du foleil i 39S4 ans pour celui des douze grands dieux j
ziy ans pour celui des huit demi -dieux •, enfin 1314 ans pour le refte du
tems écoulé jufqu'à Nedanebus. Les 30000 ans du règne du foleil appar-
tiennent vraifemblablement à un tems dont il n'étoit refté qu'uns tradition
confiife. En fuppofant que ces années foient des révolutions de la lune à
l'égard des étoiles , on trouve que les 30000 ans font précifément 1145 ou ^
ans folaires , ce qui forme un fécond fynchronifme très - fingulier. Remar-
quons que les Phrygiens fe vantoient au tems d'Hérodote d'avoir 30000 ans
d'antiquité. (/') On pourroit foupçonner quelque analogie entre ces années
Se celles du règne du foleil j mais il y en a une bien plus remarquable.
Hérodote [c] rapporte que le temple d'Hercule à Tyr avoit 2300 ans d'anti-
quité. En fuppofant que les 30000 années des Phrygiens fulfent des révolu-
tions fidérales de la lune , elles font 2245 ^"^ folaires. Cet accord fingulier
de la tradition phrygienne avec le récit d'Hérodote femble démontrer l'ufage
des révolutions fidérales de la lune pour mefurer le tems.
Dans les antiquités chinoifes il eft queftion de trois familles appelées
Hoang , qui fe font fuccédées Se qui , félon le P. Gaubil , ont fubfifté j la
première & la féconde , chacune pendant 18000 ans , la troifieme pendant
4560®. L'an 1568 de J. C. les traditions comptoient S(î48o ans : ôtant de
ce nombre les-8ic>oo ans des tems anciens & les i^6S ans écoulés depuis
notre ère , il refte 3512 ans pour la durée de l'empire & des tems hiftori-
ques avant cette époque. {J) Comme la mémoire des anciens tems eft tou-
jours confufe , les traditions s'interprètent quelquefois différemment. Nous
(a) SinccUe , pag. 17 & ji. ( c ) Hcrodo-c , Lib. II.
(.1') Jules Africain , dans le Sincellc , (d) Manulc. de M. de l'Ifle, au Dépôt
fage 17. de la Marine , 11°. iji , 5 , i.
i
ASTRONOMIQUES. t^j
ignorons les fources où a puifé un auteur que nous avons eu occafion de
confulter {a): il dità l'égard de ces trois familles, dont la première eftcompo-
fce de 1 5 princes , la féconde de 1 1, la troifieme de neuf, que les premiers
& les féconds ont régné chacun pendant 18000 ans , & les derniers pendant
45(îoo ans , donnant à chacun des individus la même durée que le P. Gaubil
donne à chaque famille, il en réfulte une fomme de 841400 ans qui étant
fuppofés des jours , font x^o6 ans folaires , à (Î4 ans près du calcul des Sep-
tantes.
Le premier âge des Indiens de lyzSooo années fe trouve à peu près dou-
ble de ce nombre d'années chinoifes ; & fi l'on fuppofe que les Indiens ont
compté deux révolutions pour un jour, ces lyzSooo années font zj<>5 ans
folaires.
Albumafar, {h) d'après des traditions orientales, rapporte qu'entre la créa.-
tion &; le déluge il s'eft écoulé iiKî ans.
En réunllFant ces diftérens réfultats , on trouve que cet intervalle eft ,
Selon les Chaldéens, de . . . 11^5 ans folaires, ou 123 1 ans lunaires.
Selon les Egyptiens , de . . . 22.45
Selon les Chinois , de . . . x^fOG
Selon les Indiens , de .... 1^6^
Selon Albumafar, de . . • . iii(j
Selon les 70 Hébreux, de . . 1242 ou 215^.
Ces tableaux & ces fynchronifmes frappans prouvent , ce femble , que
les tems fabuleux placés à l'origine de tous les peuples , font les tems qui
féparent deux époques mémorables \ tems qui mefurés par différentes ré-
volutions , ont paru fort différens , mais qui ramenés par les fuppofitions
vraifemblables que nous avons établies , préfentent un accord démonftratif ,
d'où il réfulte évidemment que ces peuples font iflus d'un peuple antérieur,
& que Ihiftoire de ce peuple défigurée par la tradition , forme les antiquités
de tous les autres.
§. X 1 V.
Quant à la durée du monde avant notre ère , nous voyons que les anti-
quités de chaque peuple remontent à des dates évidemment fabuleufes ,
en prenant leurs années pour des années folaires j mais en faifant ufage
{a) De la population de l'Aïuénci'ac, Martini,Hift.delaCiiineT. I,p. 17, 18.
page joi. {J))Mi.b\iraz£iv,demag. conj. T. I. di£ i.
Ppij
560 ÉCLAIRCISSEMENS
- des principes que nous avons pofés ci-defTus , nous refferrerons ces cal-
culs énormes dans des bornes vraifemblables. L'ancienne chronique égyp-
tienne compte 3^515 ans jufqu'à Nedanebus qui précéda l'ère chrétienne de
34<î ans • (?) elle remonte donc à l'an 3(^871 avant J. C. ,mais les 30000 ans
du règne du foleil fe réduifent à 2145 ^"^ * '^^ 3 984 ans du règne des dieux,
fuppofés dé trois mois , font «jpfî ans. Tout le refte efl: évidemment des an-
nées folaires : ainfi de la fomme totale retranchant 3 3984 ans , on a 1887
pour la date ou l'époque où l'on a commencé à compter par des années fo-
laires ; ces trois nombres d'années 2145 , 996 & 2887 ajoutés enfemble ,
donnent 61 zS ans pour la durée du monde jufqu'à notre ère , félon l'an-
cienne chronique égyptienne. Diogenes- Laerce (/>} compte 488<jî ans juf-
qu'à Alexandre j ôtant , comme dans l'ancienne chronique égyptienne , les
50000 ans du règne du foleil, les 2324 ans folaires écoulés depuis le
règne des demi-dieux, il refte 16539 ans, qui, étant fuppofés des révolutions
fîdérales de la lune, font 1258 ans. Ajoutant ces fommes 2245 , 2324»
1238 ans aux 351 ans donc Alexandre précéda l'cre chrétienne, ou aura
61 5 S ans pour la durée du monde chez les Egyptiens , fuivant le calcul de
Diogenes-Laerce.
Les 23000 années que Diodore de Sicile (c) compte jufqu'au règne d'A-
lexandre , étant fuppofées remplir la durée du monde , & erre chacune de
trois mois ou d'une faifon , comme il le dit lui-mc.ne , font 5750 ans , lef-
quels , ajoutés à 5 3 1 ans , donnent o'oS 1 ans pour !a durée du monde, félon
ce nouveau calcul.
On voit par là que ces nombres d'années prodigieux, fi difFérens les uns
des autres , peuvent fe concilier , & renfermer un accord que l'on ne foup-
çonnoitpas. Remarquons que tour ceci s'accorde à merveilles. On dit qu'O-
rus inventa les années de trois mois ( /). Il étoit fils d'Ofiris , & fon règne eft
au nombre de celui des dieux. Aufli les années du règne des dieux font
comptées en années de trois mois. L'inftitution de la période caniculaire
remonte à l'an 2782 : auffi l'ufage des années folaires qu'elle fuppofe ,
eft- il ici de l'an 2S87 , plus d'un fiecle avant rétabUlfement de la période.
§. X V.
On pourroit peut-être objecter que les années folaires ayant cette date ,'
(a) Frire: , DJf. de la Cluonol. p. 130. (c) Hift. Univ. Liv I. fed. 1,5.14, p.; 2.
(^b) Inprofmio, ( ^ ) r-m'— = " r 19.
ASTRONOMIQUES. 301
nous avons cependant fuppofé que le calcul de Diodore de Sicile ccendoic
les années de trois mois jafc]a à l'époque d'Alexandre j mais il eft aifé de
refondre cette difficulté , & de faire voir que l'on a continué l'ufage de ces
diftcrentes années , après rétabliirement des années folaires. Les années de
trois mois s'appeloient hora , du nom de leur inveiireur Crus. De là ancien-
nement les Grecs dlfolent horographie au lieu dhiftoire {a). Eratorthenes,
qui vivoit 200 ans avant l'ère chrétienne , & bien poftérleurement à l'ufage
des années folaires , rapporte dans fa chronologie des rois de Theb^s {h) qu'Ap-
papus , l'un d; ces rois , régna 100 ans moins une heure. Il eft; vifible que
ce mot heure ne fignliîe point ici la 1 2^ ou la 14^ partie du jour , mais l'une
de ces années de trois ou de quatre mois , appelées hora , dont les Egyptiens
s'étoieiit lungcems fervis , &: dont ils filfoient encore ufage au tems d'Era-
tofthenes , puifque cet hiftorlen en filt mention.
§. XVI.
La chronologie babylonienne comptoir, comme nous l'avons vu , 120
fares avant le déluge que nous avons réduits à 2165 ans folaires. Elle comp-
toir enfulte 9 fares Se demi depuis le déluge , jufqu'à Evechous , le premier
des rois chaldéens, dont nous fixons l'époque à l'an 2473 avant J.C. (c). Cela
f..it 46 3 8 ans, & 9 fares &: demi qu'il s'agir d'évaluer. Si ces fares n'avoient été
que de 2 2 3 mois , ils n'auroient pas tait deux fiecles , & feroient bien loin de
compléter la "durée du monde. Mais toute efpece de révolution étoit appelée
fare chez les Chaldéens. La période de 600 ans , antérieure au déluge , éroic
un fare. "Nous avons remarqué qu'elle exlgeoit 1^6 jours intercalés, c'eft-à-
dire , un jour tous les 4 ans ,en omettant une intercalatlon tous les 150 ans.
La grande période de 600 ans fe trouvolt donc fubdivlfée en deux autres,
l'une de 4 , l'autre de 1 ^o ans. Ces deux périodes auront été appelées fares ,
& l'on aura pu faire ufage de celle de 1 50 ans, pour compter les tems civils.
Il paroît que depuis le déluge , en confervant à Babylone la mémoire des
120 fares qui avolent mefuré les tems précédens , on oub'ia la valeur de ce
fare , puifque longtems après Bérofe dit qu'il étoit de ^600 ans. Si Bcrofe
attribue au fare cette nouvelle valeur , il eft: donc pofllble qu'on lui en ait
donné une autie plus anciennement [U). Ce ferolt la période de 1 50 ans,
(d ) Diodore , .boo c/fj.-o ,pag. 53. (^d'S Déf. de la Chron. pag. 13 5.
{b) bincelle , pag. 104, Voyez aufH Infrà , Livre troificme ,
\c) Infrà, Liv. IV. §. i8.
joi Ê C L A I R C I s s E M £ N s
ou peiu-ctre celle de i(jo ans qui feroit alors l'origine d'une période qua
nous retrouverons dans la Grèce. Dans ces deux fuppofitions , les 9 fares &
demi vaudroient 1415 ou 1 5 10 ans , & la durée du monde, félon les Cha!-
déens, feroit de 606 ^ ou de (î 158 ans.
§. XVII.
Nous avons vu que le premier âge des Indiens de 1718000 ans, peut
fe réduire à i^S) ans folaires. Les deux âges fuivans de iZ9(îooo, & de
8^4000 ans , renferment évidemment des années très-courtes. Les Indiens
divifoient le jour , comme les Romains , en huit parties. Si l'on fuppofe que
ces années font des huitièmes de jour ,1e fécond & le troifiemeâge fe rédui-
ront à 443 & à 295 ans. Or , comme le quatrième âge a commencé 3 i o i ans
avant J. C, fi l'on ajoute enfemble toutes ces années, on aura 6104 ans
pour la durée du monde félon les Indiens.
Ceci peut fe concilier avec la remarque de M. le Gentil , que ces peuples
ont fans doute arrangé les fommes des années de ces trois premiers âges ,
de manière qu'elles continlTent un nombre complet de périodes de la révolu-
tion des fixes , chacune de 14000 ans. Ces fommes ne renfermant que des
demi-jours ou des huitièmes de jours , ils ont pu les rendre divifibles par
14000 , fans altérer beaucoup la durée de ces intervalles. Il a peut-être fuffi
de les allonger ou de les acconrcir de quelques années.
Albumafar (<?) rapporte que , félon les Indiens , il s'eft écoulé 7 2065 44417 1 5
jours entre le déluge & l'époque de l'hégire. Il en conclut , on ne fait trop
comment , qu'il s'efl: écoulé 3725 ans dans cet intervalle ; ce qui placeroit
le déluge 310; ans avant J. C. , précifément à l'époque chronologique &
aftronomique des Indiens. Mais Albumafar ne dit point comment il eft par-
venu à égaler ces deux nombres de 3715 ans , & de 720(134442715 jours.
Nous ne répéterons point ce que nous avons dit fur ce qui doit faire regarder
ce nombre comme vrai & authentique : nous avons foupçonné que ce font
de très-petites fradions de jour. En effet , les Indiens divifent le jour en 60
parties , chacune de ces parties en 60 autres , chacune de ces nouvelles parties
en 60 ; ce qui fait iiijooo de ces parties dans le jour : ces dernières fubdi-
vifions fe partagent encore en quatre. Nous fuppofons qu'elles ne l'ont été
primitivement qu'en deux. Le jour en contenoit donc 43 2000. Si l'on divife
( a ) De mag. conj. Traité V , au comir^ncement.
ASTRONOMIQUES. ^oj
en confcquence le grand nombre précédent , on aura , entre l'époque de rivé-
gire & le déluge , \66S 1 5 5 joins , ou 4570 ans. L'hégiie c!t de l'an 6iz de
notre ère. Ce calcul place donc le déluge 3948 ans avant cette époque. Si
l'on y ajoute les 22i(î ans écoulés avant le déluge , fuivant le même Albu-
inafar , la durée du monde , d'après ces nombres indiens réduits , fera de
<îi74 ans. Ce qui s'accorde aHxz bien avec le calcul précédent. On peut
même fuppofer , pour un plus grand accord, que le premier âge des Indiens
de 1728000 demi-jours , ou de 231Î5 ans , n'a pas fini au déluge , &: s'eft
étendu un peu au delà , jufqu'à la fondation de quelqu'empire qui a ftrvi
d'époque au fécond âge. Dans un ouvrage d'un ancien auteur arabe on
trouve que l'Indien , de qui Albumafar tenoit ces détails , s'appeloit Kan-
karat {a).
On pourroit peut-être retrouver cette même durée dans la chronologie
chinoife. Le père Parennin, dans une de fes lettres à M. Freret , lui mar-
quoit que , fuivant certains chronoJogiftes chinois , avant Hoang-ti , qui régna
vers 16 yj , on ajoutoit 9 rois antérieurs dans un intervalle de (Î54 ans , &
1 5 rois , entre Fohi & Chinnong , qui avoient régné 1 560 ans. Il eft impof-
fible que 1 5 rois de fuite ayent régné chacun plus de loo ans ; & fi , peur
réfoudre cette difficulté, on vouloit fuppofer que ces 1^60 années fui-fent
des années de quatre mois , elles fe réduiroient à 5 20 ans, lefquels étant
ajoutés à 2697 , à 634 & à 230^ que nous avons trouvés précédemment
pour les tems fabtdeux de la Chine , la fomme donnera 6i^-j ans pour l.i
durée du monde avant notre ère. Et fi l'on objede qu'il falloit réduire les
634 ans, comme on a réduit les 1 j^îoans, ces deux nombres d'années feront
2194 ans,lefquelsétant confidérés comme des années de 6 mois , fe réduiroient
à 1097 ans, & en les ajoutant à 2697 & à 1^06 , ils donneroient encore
<îioo ans pour la durée du monde. Nous montrerons que les années de 6
mois ont pu être en ufage à la Chine comme aux Indes & au nord de l'Afie.
Cependant nous ne donnons toutes ces réduétions que comme des con-
jeftures , qui montrent k poffibilité de concilier ces chronologies, par des
fuppofitions légitimes.
§. XVIII.
s I nous paiïons maintenant aux traditions &c à l'ancienne hiftoire d'Egypte
(a ) Cet Ouvrage a été publié à Nuremberg, par Joach-Heljer, en 1^48 , à la fuite
de celui de MefTalah.
J04 É C L A I R C I S S E M E N S
qui peuvent nous donner des lumières fur l'époque d'Uranus, de Saturne &
d'Atlas , nous trouverons d'abord Manethon.
Cet hiftorien ( a ) établit 1 1 3 règnes fucceflifs , qui ont dure 3555 ans ,
depuis le commencement du règne des hommes en Egypte , jufquà la 1 5'
année avant l'empire d'Alexandre qui commence l'an 3 3 i avant J. C. Ce
calcul remonte donc à l'an 3901.
Dicearque (/>) comptoit 19 i(^ ans depuis le règne de Sefonchofis j fuc-
celTeur d'Orus , fils d'Ifis & d'Ofiris , jufqu'à l'étabUirement des jeux olym-
piques en 77(î. Ce qui remonte à l'an 3711.
Hérodote (c ) comproit 2831 ans depuis le règne de Bacchus ou d'Ofiris ,
jufqu'à celui de Menés , & i 1 3 40 depuis Menés jufqu'à Sethon, c'eft-à- dire,
710 ans avant J. C. Les 3831 ans, fuppofés d'une révolution lidérale de la
lune , font 286 ans folaires. Les 1 1 340 ans de trois mois ou d'une faifon ,
font 28 3 5 ans, auxquels ajoutant 710 ans, le calcul d'Hérodote remonte à
l'an 5831. Remarquons que l'époque de Menés, confidérc par plufieurs
chronologiftes , comme le premier roi d'Egypte , fe trouve en 3545. Le P.
Pezron ne l'a donc pas placée alfez haut en la4iiettant en z^fîçj.
Diodore de Sicile {d) comptoit 15000 ans depuis Orus , fils d'Ofiris,
jufqu'à la 1 80= olympiade , c'eft-à-dire , jufqu'à l'an 60 avant J. C. 1 5 000 ans
de trois mois ou d'une faifon, font 5750 ans , auxquels ajoutant 60 , ce
calcul remonte à l'an 3810.
Pomponius Mêla {e) rapporte que les rois ont régné en Egypte pendant
1 3 000 ans jufqu'Amafis , c'eft-à-dire , jufqu'à l'an 538 avant J. C. i 3000 ans
de trois mois font 3150 ans. Ce calcul remonte à l'an 3 78 S.
§. X 1 X
Ces différens calculs donneroient donc, à deux fiecles près, environ la même
durée à l'empire Egyptien j ce qui n'auroit rien d'étonnant. On n'eft pas
accoutumé à trouver plus d'accord entre les hiftoriens , furtoat quand il s'agit
de tems fi reculés , & d'un fi long intervalle. Mais on peut encore diminuer
cette différence , en confidérant qu'ils ne partent pas tous précifément de la
même époque. Manethon regardoit fans doute Uranus comme le premier
(û) Sincelle, pa2,. ji. Frcrct , pag 119.
(A) Freiec, dci.de la Chroii. pag, zi6, (d) Liv. I, fcft. i , pag. 58.
(O Lib. II, c. 43. (OLiv. I,c. ^.
des
ASTRONOMIQUES. joj
des rois en Egypte , Se commençoit à fou règne. Dicéarque , qui ne com-
mençoit qu'à Sefonchohs , comptoir de moins les règnes d'Uranus , de Sa-
turne , d'OfIris & d'Orus. Ces quatre générations évaluées à raifon de trois
pour un fîecle , fuivant l'ufage des anciens , font 133 ans , & donnent pour
l'époque d'Uranus, fuivant Dicéarque , l'an 3845. Hérodote partoit d'O-
f.ns ; ce font deux générations à ajouter. Donc époque d'Uranus , fuivant
Hérodote , l'an 3897. Diodore de Sicile partoit d'Orus ; ce font trois géné-
rations ou 100 ans à ajouter. Donc époque d'Uranus fuivant Diodore ,
3910. Pompcnius Mêla partoit fans doute ou d'Orus ou de Sefonchofis , on
aura dans ces deux fuppofitions , félon lui , Tépoque d'Uranus en 3 888 ou
en 3 921 5 & par un milieu en 3905. Si l'on rerranche 2245 ans , pour ^^^
tems écoulés avant le déluge, des 6izS Se des (Î138 ans que donnent pour
la durée du monde l'ancienne chronique égyptienne & Diogenes Laerce ,
on aura 3883 ans, & 3893 ans pour la durée de l'empire égyptien depuis
le déluge. On aura donc dans le tableau fuivant cette durée , évaluée par dif-
férens hiftoriens , avec un accord bien fingulier.
Selon Manethon , 390i.
— Dicéarque, 3845.
— Hérodote, 3897.
— Diodore , 39 lo-
Pomponius, 3 905'
— L'ancienne chronique, 3883.
— Diogenes-Laerce , 3893.
En conféquence il réfulte de ces fept déterminations , qui ne différent que
de 65 ans ,que par un milieu l'époque d'Uranus & d'Atlas peut être placée
vers 3890 ans avant l'ère chrétienne. Se que la fphere inventée par Atlas,
ou apportée par lui chez les ancêtres des Egyptiens , rejeté beaucoup au delà
l'origine de l'Aftronomie.
Il faut obferver que les calculs indiens , réduits dans le paragraphe 18 ,
donnent l'un pour le commencement du fécond âge, que nous fuppofons avoir
fuivi de pris le déluge , l'an 5839 ^ Se l'autre donne pour le déluge même
l'an 3948. Les Egyptiens ne font pas les feuls peuples qui , fuivant le témoi-
gnage des anciens auteurs , remontent à cette haute antiquité. Dans la chro-
nolo'rie de Trogue-Pompée l'empire des Scythes dura 1 500 ans , Se finit
i o 5 G ans avant Cirus, que l'on place vers l'an 550 avant J. C. ; de forte que ,
félon cet auteur, l'empire des Scythes auroit commencé 3700 ans avant notre
Qq
3c<î ÉCLAIRCISSEMENS
*re ('').Nous montrerons qu'il eft poffible que les traditions &: les antiquités
«hinoifes remontent jufqu'à l'an j8u {b).
C;s fynchronifmes finguliers méritoient d'être remarqués. Quoiqu'ils
loient fondés fur un principe vrai & démontré, celui des différentes mefures
du rems fur la terre , nous fommes loin de regarder ces fynchronifmes
comme également certains. Nous ne les donnons que pour des conjeftures,
&c comme une preuve que les chronologies anciennes peuvent être conciliées
& rendues vraifemblables , quokju'elles femblent contradiâoires & abfurdes.
(a) Mémoire de l'Académie des Infcrip- ( i ) Infrà , ÉdaircilTemens Livre III ,
tions, Tom. XXI, pag. iio. $. tj.
mm
^^
ASTRONOMIQUES ,07
LIVRE SECOND.
i?£ l'Ajîronomic antédiluvienne.
§. Premier.
V' E qne nous avons dit de l'Artronomie anté-diluvienne , n'efl point fondé
fur ce que l'on rapporte d'Adam , d'Henoch , & de la poftérité de Serh [a) :
ce font des notions trop vagues, & qui n'ont d'ailleurs aucune certitude
hiftorique. La Genefe ne nous fournit qu'un fait , c'efl: le partage de l'année
en mois Se en jours. On voit par le détail des circonftances du récit de
Moïfe, qu'au tems du déluge les mois étoient de 50 jours [h). 11 n'eft point
démontré que ces mois fuflent au nombre de 1 2 , comme l'ont cru quel-
ques auteurs réfutés par le P. Petau (c) j il n'eft point certain que cette
année fût de 3^5 jours. Cependant [d] Scaliger a montré que le récit
de Moïfe, au moyen d'une fuppofition affez fimple, donuoit à l'année 12.
mois & 3(^5 Jours. Cette fuppofition eft tout à fait admiflîble , puifque les
patriarches, les hommes qui vivoient avant le déluge , connoifloient la vcrir
table longueur de l'année.
§. I I.
M. Freret obferve («), que félon Abydene (/) & Alexandre Polyhiftor, 01^
comptoir i zo fares depuis Alorus , qui fut l'un des premiers hommes , jufqu'à
Xifuthrus , fous lequel arriva le déluge univerfel. La durée du fare écoit
très-exaclement déterminée dans les livres d'Aftronomie chaldéénne ^ Sc
c'eft là que l'àvoit prife Suidas, ou les écrivains copiés par cet auteur. On lit
dans fon didionnaire [g) que le fare contient 221 , ou félon la reftitution de
M. Halley [h] 223 mois lunaires.
M. Freret penfe donc que les 120 fares dont parle Bérofe étoient de 22 j
( a ) Veidicr , pap;. 13. {c) Défenfe de la Chronologie , p. 15;.
{ b) Genefe , c. 7 & 8. (/) Sincelle^ pag. i8 , 30, } 8.
( c ) Uranol. DilTert. pag. 191 , & feq. {g) Au mot Sa'fi^ Édit de Kufter.
{d) De ^mtnd. temp. Lib. III , p. to6. (A) Trans. philof. n°. 194,3110. i6ft»
jo8 ÉCLAIRCISSEMENS
mois lunaires , ou de i8 années juliennes 15 jours & 3 heures; & cette
idée eft d'autant plus heureufe qu'elle donne pour les 120 fares un intervalle
d'environ ZKîj ans folaires , ou même 1232 années lunaires {a) : ce qui
s'éloigne infiniment peu des 2142 ans, qui, félon les feptantes fe font
écoulés depuis la créatiou du monde, jufqu'au déluge.
§. III.
M. Freret {l>) obfervemème encore que l'on retrouve dans l'almagefte
de Ptolémée , qui a fuivi pas à pas les Chaldéens , des traces de la période de
18 ans, dont ils avoient, fans doute, continué l'ufage pour compter le
tems. En effet, dans les tables du foleil, de la lune, des planètes, ces
moyens mouvemens y font donnés d'abord, pour les années, enfuite pour
des périodes de 18 années égyptiennes , qui, répétées 45 fois , font un inter-
valle de 810 ans. Comme cette période de 18 années égyptiennes, même
quand elles feroient folaires, n'auroit aucun ufage Aftronomique, il faut
croire que Ptolémée a fuivi l'ancien ufage de Babylone, où l'on comptoir
par des fares de 1 8 ans dans les chofes aftronomiques , pour fe r.approcher
de la période des éclipfes qui étoit de 1 8 ans &c quelques jouis.
§• 1 V.
Quant à la période de 19 ans : elle eft de la plus haute antiquité à la
Chine (c). M. Callini {d) l'a retrouvée dans l'Aftronomie fiamoife , dont
il a développé les principes. Nous citons encore quelques auteurs (e) qui
l'attribuent à certains peuples <le l'Afie & du Nord. Selon Diodore de Sicile
(/) > une nation de cette partie du monde, les Hyperboréens difoient que
leur pays eft le plus près de la lune, dans laquelle on découvre clairement
des montagnes femblablesaux nôtres, & quApollony defcendtous les rp ans ,
qui font la mefure du cycle lunaire. Croira-t-on qu'au fiecle de cet hiftorien ,
la période de Meton étoit déjà portée dans le nord de l'Afie, &c avoit eu
le tems d'y donner naifFance à cette fable ? Les fables font des témoignages
d'antiquité. Remarquons ici que le cycle de 19 ans étoit donc connu chez
ces nations feptentrionales , où d'autres indices nous ont fait trouver
l'origine des fciences.
(<j) Supra, Éclaire. Liv. 1,§. n. (^) M^m. Acad. jls Scicn. Tom. VIU.
(b) Mémoires de l'Académie des Inf- [e) Scaliçer, de Emcnd. ump.
«iptions , Tom. XVI , pag. ill, Olaiis Rudbcck , de Adandca.
\ c) Infrà , §. x6. (/) Hiftoirc univerfelie , Liv. lil.
ASTRONOMIQUES. 309
§■ V.
L A connoiiïaance de ces deux périodes de 21 ? mois lunaires , ou de 19
ans folaires dans ces tems anciens, ne doit pas paroîcre plus extraordinaire
que celle de la période de 600 ans. L'un de ces faitj rend l'autre vraifem-
blable. " Dieu , dit Jofephe {a) , en parlant des patriarches qui ont précédé
» le déluge, & qui ont vécu près de mille ans , Dieu leur prolongeoit la
3> vie , tant à caufe de leur vertu, que pour leur donner le moyen de per-
s> feélionner les fciences de la géométrie &: de 1 Alkonomie qu'ils avoient
» trouvées : ce qu'ils n'auroient pu faire s'ils avoient vécu moins de 600 ans ,
« parce que ce n'eft qu'après la révolution de fix fiecles que s'accomplit la
j5 grande année ». Jofephe paroît. d'autant plus croyable dans ce récit qu'il
cite une foule d'hiftoriens , Manethon , Hccatée , Bérofe , Sec. Il ne les auroit
pas cités , fi leurs ouvrages n'avoient pas exifté de fon tems , fi l'on n'avoir
pu les confulter. Il les auroit encore moins cités , s'ils lui avoient été con-
traires. D'où il réfulce deux chofes qui nous paroilFent démontrées j l'une
que cette période étoit généralement connue au tems des hiftoriens que cite
Jofephe , quoiqu'on n'en connût pas les avantages j l'autre que ces hiftoriens
a/oient la même opinionque Jofephe fur l'antiquité de la période , & peu-
foient comme lui qu'elle avoit précédé le déluge.
§. V I.
Le célèbre Dominique Caflini, eft le premier , qui, ayant fait attention
au palfage de Jofephe, fut frappé de la jufteffe de cette période, & des
conclufions qu'on en pouvoir tirer fur la longueur de l'année , au tems des
patriarches.
" Cette grande année , dit-il (i ) , qui s'accomplit après fix fiecles , de la-
» quelle aucun autre auteur ne parle, ne peut être qu'une période luni-folaire,
3> femblable à celle dont les Juifs fe font toujours fervis , & à celle dont les
5> Indiens fe fervent encore aujourd'hui ».
« Il eft confiant , dit-il ailleurs (c), que dès le premier âge du monde ,
» les hommes avoient déjà fait de grands progrès dans la fcience du mouve-
M ment desaftres. On pourroit même avancer qu'ils en avoient beaucoup plus
(a) Aiitiquités Judaïques , Liv. I , c. 3. ( c ) De l'origine Se des progrès de l'Af-
(û) Règles de l'Afltonomie Indienne, tronomie.
pag. 5J1. McGi. de l'Acad. Toni. YIII , pag. 6.
3IO ÉCLAIRCISSEMENS
jj de counoiirance qu'on n'en a eu longtems depuis le déluge , s'il eft bien
,5 vrai que l'année , dont les anciens patriarches fe fervoient , fût de la gran-
» deur de celles qui compofent la grande période de 600 ans , dont il eft
» fait mention dans les antiquités des Juifs , écrites par Jofephe. Nous ne
51 trouvons dans les monumens qui nous reftent de toutes les autres nations ,
» aucun veftige de cette période de 600 ans ( * ) , qui eft une des plus belles
» que l'on ait inventées. Car, fuppofant le mois lunaire de 19 jours li
j5 heures 44' j" on trouve que 21914(3 jours & demi font 742.1 mois lu-
>i naires j & ce même nombre de 21914(3 jours &c demi donne 600 années
» folaires de 5(35 jours 5'' 51' }6". Si cette année eft celle qui étoit en ufage
JJ avant le déluge , comme il y a beaucoup d'apparence , il faut avouer que
JJ les anciens patriarches connollfoient déjà avec beaucoup de précifion le
JJ mouvement des aftres. Car ce mois lunaire s'accorde à une féconde près ,
JJ avec celui qui a été déterminé par les aftronomes modernes , & l'année
JJ folaire eft plus jufte que celle d'Hypparque &c de Pcolemée qui donnent à
JJ l'année 5(3 5 jours 5** 5 5' II")!.
§. VII.
Voila une connoilTance qui fait beaucoup d'honneur à l'Aftronomie des
hommes qui ont précédé le déluge j mais on demandera s'il eft bien certain qu'ils
eulfent cette connoiflance. Notre première preuve eft le témoignage de Jo-
fephe. Il eft vrai que cet écrivain peut s'être trompé dans ce qu'il rapporte d'un
tems fi éloigné. On va plus loin : on le foupçonne même de mauvaife foi. Se
d'avoir voulu arroger à fa nation b à fes patriarches j des découvertes qui apparte-
noient originairement aux Chalde'ens & aux Egyptiens [a). Comment veut-on
que Jofephe fe foit trompé fur cet article ? Ce n'eft point que nous le regar-
dions comme une autorité à cet égard; mais M. deMairan, obferve {b), avec
beaucoup deraifon,que l'incompétence des juges & des témoins ne fauroit
avoir lieu ici. Elle ne fait rien contre la jurtelfe, la réalité &: l'antiquité de lapé-
( * ) M. CaflTini fc trompe ici , car cette centes annos pncinuit Hlpparchus , menfes
période eft certainement la même que le gentium , diesque & horas , ac fitus loco-
ncros des Chaldéciis, période de 600 ans, rum 6" vifus populorum complexus , œvo
dont parlent Bérofe , Abydene. tcjle haud alio modo quant confiliorum nU'
Sinceik , paj. 17 & 3?. turs, paniceps. Lib. II , c. 11.
D'aillcur'î il fcmble que Pline donne à {a) Vcidler , pa^. 17.
entendre qu'elle a été connue d'Hipparque, Goguet, T. III , fec. DilTert. p. itfS.
voici le paflage : ( b) Lettres au P. Parcnnin , pag. 12.5
Pofi eus utriufqae fidcris curfum in ftx- ô: luivantes.
ASTRONOMIQUES. 511
rioce:le faitdépofe par lui mèmedefonauthenncité. Il fuffit, dit-il, qu'une
feinblablepédodeait été nommée, elle a exifté; leliafard, ni la fourberie ne
firent jamais rien de pareil. Quant au foupçonque Jofephe ait voulu dépouiller
les Chaldéens Se les Egyptiens pour honorer fes ancêtres , cette inculpation
tombe d'elle-même : 1°. p:.rce que Jofephe cite leurs hiftoriens, Berofe >
Manethon , Hécarée ; cela n'eût pas été adroit de fi part, 1°. parce que les
ancêtres des Chaldéens & ceux des Hébreux étoient les mêmes.
§. V I I I.
Dis qu2 les hiftoriens parlent de cette période , il cù. donc certain qu'elle a
«xifté, & dans un tems où on en connùifloit les avantages, c'efl-à-dire, la
précifion avec laquelle elle rarnene les conjonctions du foleil 8c de la lune
aux mêmes jours & à la même heure. Mais, dira-t-on, Jofephe n'aura-t-il
pas puifé ailleurs la connoiirance de cette période , & n'aura-r-il point tranf-
porté à ces tems reculés ce qui appartient à des rems poftcrieats ? C'eft ce
que nous allons examiner. Ptoleniée qui vivoit un fiecle après Jofephe ne
parle point de cette période dans fon almagefte {a). Il rapporte quelques
autres périodes des Chaldéens, qu'Hypparque avoir examinées. Il s'enfuie
qii'Hypparque Se Ptolemée ne connoidoienr point celle dont il s'agit, ou qu'ils
en ignoroient la j Liftelfe j ce qui revient au même pou r des aftronomes. Elle étoit
donc entièrement oubliée. Car , dit encore M. de Mairan , " je traite de
» tems d'oubli fur cette période, rout celui où l'on en a ignoré la juftefTe,
)> où l'on a dédaigné d'en approfondir les élémens , pour s'en fervir à recti-
jî fier la théorie des mouvemens céleftes , & où l'on s'eft avifé d'y en fubfti-
» tuer de moins exacts. Les hiftoriens en avoient fait mention; il eft vrai ,
» mais les hiftoriens en favoient-ils là delTus plus que les aftronomes? Et
s> comment fixer la durée du paftage à l'oubli? Pour oublier des découverres
3> utiles à tout le genre humain, &c déjà connues de plufieurs nations, il ne
s> faut rien moins qu'un déluge univerfel , ou quelque chofe de femblable à
» l'engloutijjement , yïi\ ou faux de l'ille Atlantique. En tout autre cas,
n l'oubli des chofes utiles , & d'une utilité générale ne peut arriver que par
» gradation infenfible , par laps de tems , & par la complication réitérée des
« circonftances qui l'amènent. Donc ce n'eft point ici un événement fubit j
!> c'eft l'ouvrage des fiecles ».
.(«) Lib, lYjch. 1.
311 ÉCLAIRCISSEMENS
§. I X.
Ces réflexions qui font très-juftes, font donc remonter l'origine Se l'in-
vention de cette période à des tems bien antérieurs à ceux d'Hypparque & de
Ptolemce. Mais on peut poulTer cette efpece de preuve encore plus loin. Ces
deux aftronomes ont puifé dans les ouvrages des Chaldéens , dans les
recueils de leurs obfervations. Ils ont cité de ces obfervations faites 7^.0 ans
avant, J. C. Ils ont également connu pluiieurs des périodes dont faifoit
ulage ce peuple célèbre j & s'ils n'ont point parlé de la période de 600 ans ,
ce n'eft point que les Chaldéens ne la connurent point , puifque Berofe ,
Abydene [a] leurs hiftoriens, en font mention fous le nom de Neros j c'eft
que les Chaldéens eux-mêmes ne la connollfoient que par tradition , comme
une période qui avoir été mife en ufage jadis par leurs pères j ufage
qui n'avoir point été rétabli , parce que moins inftruits que leurs ancêtres
dont ils avoient perdu les connoilfances , ils la croyoient défe£tueufe.
C'ell: , fans doute , par la même raifon , comme le remarque M. de Mairan ,
qu'Hypparque encore plus inftruit que les Chaldéens, n'en a pas fait alfez
de cas pour feulement la nommer. Si les Chaldéens avoient cette opinion
de la période de 600 ans, fix ou fept fiecles avant l'ère chrétienne , il eft
certain qu'elle eft de la plus haute antiquité. Car , il faut remarquer que
les Chaldéens avoient des obfervations fuivies pendant 1 903 années au tems
d'Alexandre. L'oubli de cette période eft donc plus ancien que ces 19OJ
années, & antérieure à l'ère chrétienne de plus de 1134 ans. Un peuple qui
fuit conftamment l'étude d'une fcience , & qui accumule des obfervations ,
peut faivant fon génie faire plus ou moins de progrès ; mais il ne laiiTera
échapper aucune des connoiirances qu'il aura acquifes. La conftance qui
forme ces dépôts , reifemble à l'avarice j elle amalfe & ne perd rien. 11 n'y a
qu'une grande révolution qui puifle détruire fon ouvrage. Mais alors tout eft
fufpendu , quelques fiecles s'écoulent j & fi le fil des recherches fe renoue ,
ces fiecles forment une lacune dans les obfervations : ce qui eft contraire au
fait, puifque nous favons qu'elles n'onr pas été interrompues. Il faut donc
placer l'oubli de cette période dans les (ieclcs écoulés entre le déluge Se les
premières obfervations chaldéennes^ mais 14 ou 15 fiecles ne fuffifent
point pour découvrir une pareille période , en taire ufage , & enfuite le lailfer
tomber dans l'oubli j fans compter qu'après un événement de l'efpece du
(û) Si;ice!!c , \;ag. 17 ôc 3 S.
déluge.
ASTRONOMIQUES. 515
déluge, il faut bien du tems pour réparer les pertes du genre humain. Les
probabilités démontrent denc que la période de <îoo 'ans n'a pu être établie
après le déluge i elle exiftoit avant cet événement terrible, donc les fuites ont
fans doute beaucoup contribué à la faire oublier.
§. X.
L A connoifTance de cette péilode avant le déluge étant bien conftatée ,
qu'on nous permette quelques réflexions fur les conclufions qu'on en peut
tirer. Si nous ne connoiflîons pas les révolutions du foleil &' de la lune , ou
que nous pullîons craindre qu'elles n'euflent changé confidérablament , il
feroit impollible de fixer quelles étoienc alors l'année folaire 8c la révolution
de la lune. Nous n'aurions qu'une quantité connue pour deux indéterminées ,
& nous faurions feulement que doo révolutions folaires fe font achevées
en même tems qu'un nombre complet & inconnu de révolutions de la lune
& dans un intervalle de tems appelé 600 ans j cet intervalle , c'eft-à-dire ,
le nombre de jours qu'U embralfe , feroit également inconnu. Mais nous
connoiiïbns très-exactement les révolutions de ces deux aftres ; nous favons
que ces révolutions n'ont point changé , du moins fenfiblemént , depuis que
l'on fait de bonnes obfervations. Les obfervations anciennes ne font point
affez précifes pour nous éclairer à cet égard ] mais toutes enfemble fuffifent
pour nous aflurer que, s'il y a quelque changement, la quantité en eft Ci
petite , qu'elle n'a encore produit que des doutes fur cette queftion impor-
tante , Se qu'elle permet aux gens inftruits de fe partager. Voilà tour ce qu'il
nous faut dans ce moment-ci.
Aujourd'hui la durée de l'année paroît fuxée [a) à. 5^5' 5'' 48' 45"^, & la
révolution de la lune à 19' 1 2.^ 44' 5" ( i ) j 600 années font par conféquent
21 91 4 5' y"* 35' , Se 7411 révolutions de la lune font zi^i^ôiii^ '^'^"i
d'où il s'enfuit nécelfairement une de ces trois chofes : que les anciens s'é-
toient trompés de i' 4"^ 40' 3" fur cette période, ou qu'ils, l'avoient adoptée
quoiqu'ils eulTeiit reconnu qu'elle étoit en erreur de cette quantité, ou enfin
que la révolution du foleil écoitplus longue alors qu'elle nel'éft aujourd'hui.
M i\ s , premièrement , il rtë parôîf pis naturel qu'il? ayeHtïemnTi^lTnFêFfëïïf
fi grolliere dans l'obfervation ; il ne faut qiie des yeux pour réviter;fLes gens
de la campagne connollfenc l'heure fans horloge , par l'état du ciel , c'eft-à-
(j) Mit. de M. de la Lande, T. I. p. 364. (i) Ibidem , Tonj. II,pag. 157.
Rr
314 ÉCLAIRCISSEMENS
dire , fiivent partager le jour & la nuit en intervalles égaux , &: ne fe trompent
ji^m^is beaucoup. Il c?i donc aifé d'apprécier , comme on le voit par Tufage
^fs fauv^ges (a) , à quelle did^nce du matin , du midi ou du foir , ert; arrivée
une éclipfe , ou tel autre phénon-icne choifi pour mefurer le mouvement des
aftres. Il étoit aifé de l'apprécier certainement à moins de deux heures près ,
fur-tout à des gens qui avoient déjà des connoiflances aftronomiques , fans
lefquelles on ne fe propofç point de faire des obfervations. Or, en accumu-
lant toutes les caufes polHbles d'erreur , il nous paroît peu croyable que les
anciens en ayent commis une de 19 heures. Nous difons fecondemenc
que , s'ils euiïent reconnu que cette période étoit en erreur de 19 heures, ils
ne l'auroienc pas adoptée, ils ne l'auroient pas confacrée, comme on peut
l'inférer des exprefllons de Jofephe , parce qu'il y a des périodes plus courtes ,
plus commodes par conféquent , &: qui n'auroient pas été beaucoup moins
exaé^es : a,n bout de 30 ans folaires , par exemple , il ne s'en faut que d'un
jour &: dix heures que les conjonélions du foleil & de la lune ne reviennent
au même jour & à la même heure. Des gens alTez peu fcrupuleux pour re-
garder comme exaéte une période en erreur de 29 heures , auroient préféré
fans contredit une période plus courte , ijc n'auroienr pas tenu compte des
cinq heures d'erreur que celle-ci a de plus. Nous difons enfin que la révo-
lution du foleil a dû être plus longue alors qu'elle ne l'efl: aujourd'hui. Il
faut prendre ceci, non comme une conclufion néceflaire, mais comme une
conje6ture que les probabilités autorifent (3). Nous ne favons point pofî-
tivement fi les révolutions de tous les aftres font fufceptibles d'aUération ;
mais fi elles font foumifes à quelque changement qui ne foit pas périodique,
ce ne peut être qu'une diminution de leur durée (c). Donc 7411 révolu-
tions de la lune ne peuvent faire moins que 1 19146' 1 1*" 1 5' 3" ] Se comme
les années folaires ne font que 219145' y^ 35', il eft clair que pour égaler
ces deux quantités il faut augmenter la durée de notre année. On peut dire
même que fi le mouvement de la lune s'accélère , comme il paroît qu'on
doitle croire, 7421 révolutions de la lune faifoient alors plus de 2i9i4(î'
12'' 15' 3" , Se que conféquemment l'année devoit être encore plus longue.
Cil) Mœurs des Sauvages pat le P. Laf- Sciences, année 1771. Voyez aulli mon
fitteau , Tome II, pag. zjo, Mémoire, année 1775.
( A ) M', le Gentil tire la même con- (c) Mayet , Mémoires de Gottingiie,
cludcn de l'année folaire , dont les Indiens ^7i^ > pas; 383.
font ufage. Mémoire de l'Académie des Biilly , Idem, de F Jcad. des Scien. i-jè^.
ASTRONOMIQUES. jij
§• X I.
Depuis que nous avons imaginé qae la première uivltion Ju zodiaque
avoic été d'abord en quatre parties , fubdivifées chacune en trois , nous avons
tiouvé qu'Albategnius , fondé fur les traditions qu'il avoic recueillies , avoit
eu la même opinion. On divifa , dit-il , d'abord le zodiaque en quatre par les
folitices Se les cquinoxes : enfuite on partagea fes divifions , qui étoienr trop
étendues , chacune en trois ( a ).
La première divifion du zodiaque , exécutée larfque l'équinoxe répondoit
au premier degré des gémeaux , nous paroît hors de douce , aiufi que l'é-
poque qui en réfulte. Nous réunirons au dernier livre de ces éclaircllfemens
toutes les connoiirances qui nous font parvenues fur le zodiaque &c les pla-
nifpheres des anciens. Nous allons rapporter feulemenc ici la tradition des
Scythes, qui femble placer le folftice d'écé dans le figne du lion. Hercule ,
revenancde l'expédicion, dans laquelle il avoit enlevé les vaches de Gerion,
arrive dans la Scyrhie , mais gelé & morfondu par les glaces du nord , il Je
repof: fur fa peau de lion , à fon réveil il ne voit plus fes chevaux \ il fe met
en devoir de les chercher , & parcourant à cetre occaiîon la Scychie , il
renconcre un monftre fmgulier : de la ceinture en hauc c'eft une très-belle
fille , & de la ceincure en bas c'eft un ferpenc [b) , &c. Nous ne rapporterons
poinc la fable entière ; ceci fuffit à nocre objet. M. Coure de Gc-belain y re-
connoîc le foleil du folftice d'été (c) j cet aftre en effec s'avance vers la Scychie.
Les Indiens difent encore voyage du foleil vers le nord , voyage du foleil vers
le midi. Le monftre, moitié femme & moicié ferpenc , eft le figne de la
vierge fous les pieds de laquelle le ferpenc eft placé. Le foleil femble fe re-
pofer au folftice , & puifqu'Hercule fe repofe fur fa peau de lion , le folftice
écoir donc placé dans ce figne : c'eft en s'éveillant , en forcanc de fon repos ,
qu'Hercule apperçoic le monftre j le folftice écoic donc placé immédiacement
avant le- (ignt de la vierge. Nous n'aurions rien conclu de cette tradition ,
ou di cette fable , fi elle avoic été fans appui. Mais fondés fur les deux
faits que nous avons rapportés (i/) , qui placent l'équinoxe du printemj
au premier degré des gémeaux, & le folftice d'hiver dans le premier
degré des poiftdns, nous croyons appercevoir ici la tradicion obfcure d'un
fait analogue qui mcricoit d'ècre remarquée. Ajourons que les Egyptiens
{a) De Sctentiâ fteil. ci, ( c ) Allé2;ories orientales , pag. 14S.
(A) Hcrodo:e, Lib. lY. {d) Supra, Liv. III, §. 11.
Rrij
y,é ÈCLAIRCISSEMENS
aopcloient le figne du lion le domicile du foleil , c'eft- à-dire du foleil dans fa
plus grande force {a).
§. XII.
' Nous ajouterons encore quelques autres traditions. Tous les dîeux , félon
Macrobe , pouvoient être rapportés au foleil , & n'étoient que fes fym-
bbles ( è ). Mithra , l'emblème du fokil , prefque toujours reprcfenté par un
taureau , ne défi^neroit-il pas le commencement de l'année établi d'abord
dans ce figne (c)? Selon Jablonski , la mythologie enfeigne qua Jupiter
Ammon , révéré fous la forme d'un homme avec des cornes de bélier, étoit
le fymbole du foleil dans l'équinoxe du printems {d). Mais Hercule étoit
auflTi le fymbole du foleil dans le même équinoxe (e). Ces deux fymboles
différens ne femblent-ils pas relatifs au changement de l'équinoxe? Le bélier
étoit adoré dans la ville d'Ammon , comme le bœuf dans Memphis. Les
Egyptiens révéroient le bœuf Apis en mémoire du taureau célefte (/). Ces
deux cultes du taureau &c du bélier vivans avoient fans doute la même fource.
On fêtoit le renouvellement annuel de la nature , qui avoir eu lieu fuccelTi-
vement dans les deux fignes céleftes, défignés par ces deux animaux. Dans
les fctes d'Ofuis retrouvé, dont l'objet étoit certainement le retour de la
chaleur & de la végétation , on portoit une tête de taureau qui paroît faire
encore allufion à l'équinoxe du printems. Enfin la tranflation de cet équinoxe
d'un fiene à l'autre eft marquée dans une fête des Egyptiens , où, félon Hé-
todote {") , on amenoit la ftatue d'Hercule à celle de Jupiter Ammon-,
couverted'une peau de bélier. Celane femble-t-il pas fignifierque l'équinoxe
d'abord repréfenté par Hercule , l'écoit alors par Jupiter Ammon , & avoit
pafle du taureau dans le bélier , d'autant que le dernier degré du taureau com-
m;ncoit les gémeaux confacrés à Hercule Se à Apollon ? Cette fête n'étoit
donc qu'une commémoration du changement obfervé dans les faifons. Quoi-
que ces faits n'ajoutent pas beaucoup aux faits aftronomiques que nous avons
rapportés , on verra peut-être avec plaifir que la tradition s'accorde ici avec
l'Aftronomie , & ces faits font curieux par la mémoire qu'ils ont confervée
de ce changement de l'équinoxe , dont on n'eut pas ciu trouver les traces
(a) Macrobe, Saturn. Lib. I , c. ii. {d)Puntheon Egyptwrum, Lib. II, c. i.
Horus Apollo , Lib. I , c. 17- (0 Uidcm, f-Toleg. p. S+ , & Lib. II. c. 3.
( b ) Sîtuin. Lib. I , c. 17 , 18 , 19 , 10. (/) Lucien , de Aftrolooia.
( c ) Mémoires Je l'Académie des Iniciip- Baniiier , Mythologie , Tom. I , p. ; 1 1.
ùons , T. XYI. p. 18 3 . U ) Hérodote , Lib. H.
ASTRONOMIQUES.. jiy
dans les Fttss.Sc dans h religion des Egyptiens. Les PsiTans défignenc fiic-
ceilivement les fignes du zodiaque par les lettres de i'aîphaber. La première,
c'eft-i-dire , la lettre A di(îgne le figne du taureau , la lettre B le figne des
g.eineaux , &c. Le taureau étoit donc alors le premier des figues (a). On
trouve encore quelque chofe d'analogue à la Chine. Le P. Gaubil mande au
P. SoHciet, par une lettre, qu'on aparlé à la Chine du mouvement de la terre
plus de 500 ans .avant J. C. , & que le commencement de ce mouvement
y eft rapporté aux ctoilts du ttiurcûu. La fede de Tao a de vieilles cérémo-
nies pour conferver le fouvenir du commencement du mouvement de !a
terre ( h ). Ces faits, quoiqu'énoncés d'une manière confufe, femblpnt établir
une nouvelle conformité entre les Egyptiens & les Chinois. Nous répétons
que nous ne pouvons admettre aucune com.raunication entre ces peuples ,
& tout nous ramené à l'opinion , développée dans cet ouvrage , qu'il
y a eu uns fourcc commune où xes deux peuples ont également puifé.
Depuis limpreffion commencée, nous avons trouvé le partage que nous
allons tranfcrire. L'auteur éclairé de l'hijloire philo foph'i qui & poiicique des
établijjcmens & du commerce des Européens dans Us deux Indes , a. eu la même
idée , (S; nous nous applaudiiTons de nous être rencontrés avec lui. Sans entrer
dans le fyjlème de ceux quiveulenc donner à l'Egypte une antériorité de fonda-
tion j de loix , defciences & d'arts de toute efpece , que la Chine a pcuc-ctre au-
tant de droit de revendiquer en fa faveur ; qui fait Jî ces deux empires ^ également
anciens , n'ont pas reçu toutes leurs inflitutions fociales d'un peuple formé dans
le vajic efpace de terre qui lesfepare ? Si les habitans fauvages des grandes mon-
tagnes de VAf.i , après avoir erré durant plufieurs fcecks dans le continent, qui fait
le centre de notre k imifphere, ne fe font pas difperfés infenfiblement vers les côtes des
mers qui l'environnent , & formés en corps de nations féparées à la Chine , dans
l'Inde , dans la Perfe , en Egypte ? Si la délvges fucceffxfs , qui ont pu défoler
cette partie de la terre , n'ont pas emprifonné les hommes dans ces régions co:i-
pées par des montagnes & des defcrts {c) ?
§. X I I L
Il eft certain , par le témoignage de Manethon , que le plus ancien des
trois Mercures, le fameux Thoth des Egyptiens vivoit avant le déluge (cf) . Nous
(a) Chardin, Totn. V, pag. S4. ( <^ ) Sincelle ^ F*^^- 4°*
(i) Manufcrits de M. de Lifle, num. Ammianus Marcellus, Lib. XXII. p, zyo,
149 , 1 , 10 , & num. I fo , I , 79. Jabloiiski , Lib. V, c. 5 ^ $. 4 & 14;
(c) Secoodc cdit. Toin II, pag. 150. Abulpharage, Hift. Dynall. p. tf.
5iS É C L A I R C I S S E M E N S
ne voyons pas ce qu'on pourrolc oppofer au témoignage de ManetKon plus
ancien que nous de zooo ans , & maître de fouiller dans toutes les anti-
quités égyptiennes. Manethon dit formellement que les chofes infcrites par
le premier Mercure fur les f^ei'es ou colonnes , dans la terre fyriadique , ou
dans le pays de Ser , en dialede facré , & en caractères facerdotaux , furent
traduites en langue grecque , depuis le déluge , par Agathodemon , fils du
fécond Mercure, jabloiiski fuppofe avec beaucoup de raifon qu'il y a ici
une faute , S: qu'il tant lire en langue vulgaire , & non pas en langue grecque.
Cette langue moderne, ainfi que le peuple grec , n'exiftoit pas au tems dont
il eft: queftion. 11 penfe encore qu'il faut entendre par la terre fyriadique ,
ctsjlringds ou fouterrains , dontparle Ammien Marcellin {a), fur les murs
defquels les principes des fciences étoient gravés en caractères hiérogli-
phiques. Certaine relTemblance des noms peut autorifer cette remarque.
Mais fi l'on fe rappelle que Jofepbe place les colonnes de Seth dans la Syrie,
Manethon dans le pays de Ser ^ fi l'on fait attention que les Seres étoient une
nation , placée au nord de la Chine , & à peu près fous le parallèle de 5 o° ,
où nous avons cru voir l'origine des fciences , on trouvera beaucoup d'ana-
logie entre ces différens récits ; on pourra foupçonner que ces colonnes
furent primitivement élevées dans le nord de l'Afie , & que les traditions
qu'elles confervoient, ont été placées par les E-^yptiens à la tête de rhiftoire
de leur pays , quoi qu'elles appartiennent au climat que leurs premiers an-
cêtres avoient habité.
§. XIV.
Les premières ftatues des dieux furent des colonnes (1^). LesAffVriens en
avoient confacré une à Mars ( c). Selon Paufanias [d)\\jtn avoit fept dans
la Laconie , érigées en l'honneur des fept planètes. De là l'ufage d'infcrire
fur ces colonnes les principes des fciences , comme une efpece d'hommage
àla divinité. Quand l'art de lafculpture fut inventé , on fubftitua des ftatues
à ces colonnes j mais l'on écrivoit fur ces ftatues , témoin celle de Memnon
que Pocoke(e) a dellînée à Thebes en Egypte, de dont les jam.bes fon
couvertes de caraâieres. Ces colomnes, ainfi chargées d'hiérog'iplies, s'ap-
{a) Ammiauus M-arcelIus , /oja chato. {d) lnLaconids,c.to,!nAcI'.iii::s,c.tz.
(è) Jablonski , Proleg. p 51. S::iJa; , Muxime de Tir. DiJJ'ertut. 6S.
{ c ) Hydc, de Re^gione Perfurum , ci, ( f ) Voyaije xJans l'Orient , de' R. Po-
p. 61. • coke, Tom. I, p. 101 £c [04.
A s T R O N O M I Q U E S. 319
felolcnt J?cks en grec , & chnish en égyptien 5 Jp.b'.onski en conclut que le
fameux Tluiît n'croit que ces colonnes mêmes perfonnifites : il rcmp.rque
que ces pràr^s inicrivoient roures leurs inventions , L\^ y ajouter leurs
noms , fur ces colonnes renfermées dans le fecret des temples. En confc-
quence toutes leurs inventions furent celles de Thaut , & cela explique la
multiplicité des ouvtages de ce philofoplie. Delà, félon Jablonski, Plita,ou
le dieu des fciences, a pris le furnomdeTlioth, ou divinité de* colonnes. De
là eft né le perfonnage de Thoth. Selon lui encore les différens Mercures
ne fignifient que les changemens des carafteres gravés fur ces colonnes •
les premiers commencemens des fciences , ceux où l'on ccrivoit en carac-
tères hiérogliphiques, firent les rems du premier Mercure, la perfedion des
fciences & l'écriture alphabétique furent ceux du fécond ( a ). Tour cela elt
fort uigénieux : il feroit poflible que la diltindion de plufieurs hommes ,
qui ont porté également le nom de Thaut, fut fondée fur ce changement
de caraélere. Mais il ne s'enfuit point que Thaut n'ait pas été unperfonnac^e
réel. U nous paroic tout audî (împle qu'il ait donné fon nom alix colonnes
où il dépofa les principes des fciences , comme nous donnons le nom de
Ciceron au volume qui renferme les écrits de l'orateur romain. La rcrJité
de l'exiltence de Thaut eft atteftée par toutes les traditions éevDtiennes &
orientales. Indépendamment des ouvrages que nous connoilTons fous fon
nom , mais qui peuvent erre fuppofés , il y a en Afie des manufcrits , en-
tr'autves un grand traité d'Aftronomie, de Mercure Trismégifte (^) & c'eft:
une forte préfomption de cette exiftence. L'opinion de Jablonski eft fondée
fur ce que Jamblique (t) nous apprend des prêtres égyptiens qui déco-
roient toutes leurs inventions du nom de Thaut , & lui en faifoient honneur
comme à l'auteur même. On a remarqué que les Pythagoriciens avoient
fuivi la même méthode , en attribuant à leur maître Pythagore tous les ou-
vrages qu'Us avoient compofés depuis lui. Mais de ce que les Pythagori-
ciens ont fuivi cet ufage, quoique Pythagore ait été un perfonnaf^e réelle-
ment exiftant , il s'enfuit que Thaut peut avoir été un perfonnage réel ,
malgré l'ufage des prêtres égyptiens-
(:a) Jablonski , Lib. V , c. j. M.inuC de M. de Lifle, n°. i ; , 9 B.
{b ) Notice des livr;s orienwux , corn- (c) Jamblique, dcMyf. Egypt. in initia.
Biunic^uée eu 1749 par M. Melot. Jablons.ki, Lib. V, c 5 , J. 10.
;;io' É C L A I R C I S S E M E N S
§• X V.
Il ne faut pas confondre Thaut ou Mercure , inventeur des lettres Sc des
fciences , avec la divinité armée du caducée que les Grecs ont appelée Met-
cure : il a été naturel de donner aux planètes les noms des premiers hommes
•côlebres , & particulièrement de ceux qui avoient cultivé l'Aftronomie. En-
fuite les planètes devinrent les divinités du monde , on les fit préfider aux
fit^nes du zodiaque; on donna à ces divinités des attributs qui tous , comme
le remarque Macrobe , peuvent être rapportés aufoleil. Mercure en eft un
exemple. Le tétracorde qui lui était dédié , fignifie , félon cet auteur , les
cuître faifons , comme les fept cordes de la lyre d'Apollon figuroientles fept
planètes {a). Toutes ces allufions ne font peut-être que le fruit de l'imagi-
nation des Grecs , mais les faits n'en font pas moins curieux. On rapporte
encore à l'Allronomie l'origine de la fable d'Argus. Mercure étoit un des
noms du foleil. On appeloit le ciel Argus. Les étoiles , dont il eft femé ,
étoient autant d'yeux dont il regardoit la terre repréfentée , dans les hiéro-
gliphes égyptiens, fous l'emblème d'une v.iche : comme le foleil faitdifpa-
roître- les étoiles , on a dit que Mercure avoir tué Argus aux cent yeux ,
chargé par Junon de veiller fur lo transformée en vache : voilà ce que ra-
conte Macrobe ( ^ ). On ramené a la même fource le caducée de Mercure :
il eft compûfé de deux ferpens , de tout tems emblèmes de l'année. Leur
forme torcueufe & circulaire déligne le mouvement du foleil , &c d'autant
mieilx que le nœud où les deux ferpens fe joignent eft appelé Hercule , qui
eft le nom du foleil de l'équinoxe (c ).C'eft dans le même efprit qu'on difoit,
lorfque le foleil avoir fini fa courfe annuelle , qu'il avoir achevé le ferpent,
draconem confccljje dicebatur ; de là eft née l'hiftoire du ferpenr Python tué
par Apollon {d). Mais toutes ces fables font bien poftérieures au rems où
viv'oit le Thaut , inventeur des lettres ; ces fxbles fe font formées, étendues ,
à proportion de ce que la tradition s'eft altérée.
§. X V L
Nous répondrons ici à une objeilion qu'on a faite à l'ufage des obé-
( a ) Macrobe, Saturh. Lib. I , c. 19. (c ) Ibidem.
(i) Ibidem. {d) Ibidem, c. 17.
lifques
ASTRONOMIQUES. ?ii
lifques employés primitivement comme des gnomons ( a). On dit que s'ils
avoient eu cette deftination , ils auraient été terminés en boule , fans quoi
ils n'auroient pu avoir aucune exactitude ; que d'ailleuri dans plufieurs mo-
numens ces obclifc|ues font placés fymmétiiquement , >&r femblent dellinés
particulièrement" à la décoration. Mais indépendamment de ce qu'il y a d'an-
ciennes médailles , qui nous font voir ces obélifques terminés en boule , il
faut faire attention que l'imperfeâiion de cet inftrument n'eût point été un
obfticle à fon ufage , parce que les premiers inftrumens ont tous écé pri-
mitivement imparfaits. L'ufige des boules au fommet des obélifques eft
très-ancien , il eft antérieur à Moïfe : voici un palfage d'Appion qui le
prouve ('■). " Moïfe, dit-il , comme je l'ai appris des anciens Egyptiens , étoit
» de la ville d'Héliopolis , qui eft confacrée au foleil. Il étoit accoutumé
j5 aux ufages de fa patrie ; il introduifit l'ufige de faire des prières en plein
» air & fur les remparts des villes. Il tourna tous les oratoires au foleil
5> levant , car c'eft ainfi qu'on le pratique à la ville du foleil. l! éleva des
» colonnes dont le pied étoit dans une efpece d'efquif ou de badin , &: il y
..5 avoir au fommet une figure , ou tète d'homme , dont l'ombre avoir le
,■> même cours que le foleil ( c ) ».
Voilà l'ufage des boules clairement exprimé. Quant à la fymmétrie des
obélifques placés à la porte des temples , il eft évident qu'on a fait un or-
nement & un embéliiïement de ce qui n'étoit d'abord qu'un objet d'utilité.
§. XVII.
Les quinze planètes connues des Indiens fe trouvent dans le paflTage
fuivant du Shaftah. On fuppofe l'éternel dans le ciel , au milieu des anges
fidelles. « L'éternel dit:que le duneahoudah des quinze bobouns d'expiation
» & de purification paroilTe pour fervir de féjour aux debthah rébelles : —
j> & il parue à l'inftant. Duneah figulfie le monde j duneahoudah , les mondes
ou l'univers ^ bobouns , régions ou planètes; debthah, les anges ( a'). On
trouve dans le manufcrit de M. de Butfon le même paîTage , & traduit ef-
fentiellement de la même manière. Si les ancêtres des Indiens avoient connu
le télefcope , découvert les quatre fatellites de Jupiter, & les cinq de fa-
turne , ils n'auroient donc compté réellement que Cix planètes , en rejetant
(a)Suprà, Liv. III, §. i;. (t) Hift. Acad. Infc. Tora. III ^ p. i66.
( i ) Jofcphc , réponfe à Appion , Lib. II. { d) Évcnemens hiftoriques , relatifs ac
. I. Bengale, par J. Z. Holwel, p. 55.
S£
jiz ÉCLAIRCISSEMENS
de ce nombre la terre comme immobile , & le foleil comme un aftre d'une
nature toute difFcrente. Le Shaftali a été publié 1900 ans avant J. C. 11 a
paru depuis deux commentaires J'un en 1900 , & l'autre l'an 435 de notre
ère (a). Ce livre efl: donc très-ancien. C'eft un mélange de fables de de prin-
cipes d'une philofophie très-fage. Mais on ne peut croire que le pafTage cité
renferme la connoiflance des neuf fatellites. On voit que le mot bobouns efl:
également traduit par régions. Le dogme d'une purification néceflaire peut
avoir fait imaginer plulîeurs autres purifications , & on a multiplié les
mondes. Le principe de la pluralité des mondes eft très-ancien , nous pen-
fons qu'il appartient à l'Aftronomie antédiluvienne. Parmi les philofophes
grecs qui l'avoient adqpté , les uns admettoient une infinité de mondes , les
autres feulement un nombre fini {è). Plutarque (c) cite même un certain
Petron d'Himere, qui avoir compofé un livre, dans lequel il foutenoit qu'il
y avoit 1S3 mondes. On voit que ces opinions font trop vagues , Se qu'on
n'en peut rien conclure pour des connoilfances pofirives.
(a) Ibidem ^p. ly&iS. (c) Des oracles qui ont cefle ,
(i) Mém. Acad. Inf. Tom. IX, p. i. §-i7-
ASTRONOMIQUES. ji.
LIVRE TROISIEME.
Des premiers tcms après le déluge Ù de l' Aflronomie
des Indiens & des Chinois.
§. Premier.
Â-i' EX iSTENCE d'un peuple flwanc , qui a éclairé tous les autres , &: furtout
fon habitation fous le parallèle de 5 o à 60° , eft un fait trop fmgulier , pour
omettre aucune des preuves^ des probabilités qui peuventle confirmer. Olaiis
Rudbeck a prétendu trouver dans la Suéde la fameufe Atlantique des anciens.
Nous ne fommes point de ce fentiment; mais nous penfons que les nom-
breux paiïages des hiftoriens , des poètes, recueillis .& expliqués par le favant
Suédois , font de nouvelles probabilités à ajouter aux faits qui nous ont fait
trouver, dans le norddel'Afie, l'origine de la philofophie & des fciences.
Il ne faut pas croire que le ciel de la Taïtarie foit contraire aux obferva-
tions aftronomiques. Chardin attribue , à lafercnité de l'air , le grand nombre
d'aftrondmes qui ont paru en 600 ans, dans le pays appelé la petite Tartane
orientale, fituée entre les fieuves Oxus & Joxarte {a). Dans des climats
plus feptentrionaux , le ciel eft peut-être moins ferein : mais cela n'empêche
pas qu'on n'ait pu y cultiver l'Adronomie.
Les anciens Suédois avoient, comme les prêtres Egyptiens, deux efpecesde
doftrine ^ l'une qu'ils fe réfervoient avec un fecret inviolable , & qui a péri
avec eux ^ l'autre qui étoit un mélange informe de fables 8c de fiits.
Cette féconde doctrine même , fuivant les prêtres, ne pouvoit pr.s être
écrite fans crime, & n'étoit confiée qu'à la tradition orale. Ces faits & ces
fables étoient en vers. On les favoitpar cœur : & lorfque l'afcendant de ces
prêtres fut détruit; on pat aifément les recueillir. C'eft ce que fit un Iflan-
dois nommé Sœmondre , l'an 1057 de notre ère. 11 donne à ce recueil le nom
à'Edda. , qui fignifie aïeule , & l'on penfe que l'auteur a voulu dire que ce
recueil contenoit l'aïeule de toutes les doctrines {l'). Ces anciens Suédois
avoient l'ufage'de graver fur des pierres les faits hiftoriques en langue
(ù) Tome V, /n-ii,page 14. fur l'Hiftoire du Nord, par M. de Kera-
( i ) Colkclion de différens morceaux lio , p. i .
Sfij
5i4 ÉGLAIRCISSEMENS
riinique; Se ces pierres en conféquence, étoienc appelées Runes, il n'en
rePe que des veftiges, parce que les moines qui piccherent l'évangile au
11^ fiecle, les "crûrent chargées de caraderes magiques, & s'etforcerent
de les détruire ( a).
§. 1 I.
Ces anciens Suédois s'appliquoient à l'Aftronomie. Ils coniptoient leurs
années, leurs mois & leurs jours , avec des .calendriers perpétuels , gravés
fur des planches {b). Ils connoifToieut la longueur de l'année de 3 5^ jours
\, &même très- anciennement. Cette année cqmmençoit au folRice d'hiver,
ou plutôt au moment où le foleil reparoifloit fur leur horifon , après une
abfence de 40 jours. Ils célébroient alors une fête qui tomboit par confé-
quent au lo'^joiir après le folftice. Au tems d'Olaiis Magnus , l'an 1000 de
notre ère, cette fête tomboit au ^ 1;' , parce que leur année étant plus longue
que la révolution dufoleil, il y avoir un jour d'erreur en i j 1 ans. Ces 1 5 jours
de retard répondent donc à 5 500 ans, & prouvent que 2500 ans avant notre
ère, les anciens Suédoi; avoient la connoifTance de la longueur de l'année
folaire de 565' ;|( >-). Ce peuple pourroit être une colonie , qui , du nord de
l'Afie, fe feroit avancée dans le nord de l'Europe.
§. III.
I L etl certain , qu'on trouve dans l'Edda des faits analogues à ceux de
récricure< On y trouve alfez clairement la formation d'Eve de, la côte d'A-
dam, l'hiftoire de Noé fous le nom de Belgemer, avec des changemens fa-
buleux. Le Géant Ymus ayant été tué, il coula tant de fang de fes bleiTures ,
que le genre humain en fut fubmergé , à l'excepcion de Belgemer qui fe
fauva dans une barque avec fa femme {d). Rudbeck veut ramener égale-
ment aa nord l'orignie de toutes les fables. Son opinion n'eft pas hors
de toute vraifemblance. Il fuiSt peut-être d'y en rapporter une, tontes les
.autres doivent fuivre. Phérécide difoit que les Hyperboréens étoient nés des
Titans (e)^ il plaçoit donc au nord l'origine des fables grecques & même
indiennes. Il faifoit naître les Hyperboréens des géans j qui, félon tous les
peuples du monde, font la première race des hommes. Rudbeck a recueilli
dans les anciens auteurs, grecs & latins, 7 5 paifages qui ont leurs femblables
(û) Collsiilion de dilfcrcns morceaux {c) Rudbeck, de A:lanticu , Tom. I..
fut l'Hiftoite du Nord, par Ai. de Kera- c. 5 , p. 9^-
lio, p. 185, {d) loidcm, p- J41 & fuiv.
( i ) Ibidem, {e ) Ibidem j Toni. II , p. 15.
A s T R O N O M I Q U E S. 315
<îaiis l'EJdi (a). On poiurolc placer dans le nord l'origine de Saturne
& d'Ofiris. Ces hommes ou ces dieux font étrangers à l'Egypte. Leurs tem-
ples étoient bâns hors des villes , i"uivant l'ufage des Egyptiens à l'é^iid des
dieux adoptes [i). Plutarque qui femble placer au nord l'ifle Ogygie,dit, que
fuivant la fable.Satumey eft détenu prifonnier par Jupiter. Ce qui caraârcrife
prccifément des latitudes aflez boréales, c'eft que dans cette ifle le foleil ,
pendant 30 jours de l'année, nedefcendoit fur l'horifon que i'efpace d'une
heure. Plutarque ajoute , que les premiers honneurs y font déférés à Her^"
Cille, les féconds à Saturne. Tous les 50 ans quand faturne revient au figne
du taureau , les habitans de cette ifle s'embarquent pour aller faire des facrifî-
cesdans unautiepays (cr). Ces peuples faifoient donc attention au mouvement
de faturne. Nous verrons que les Chaldéens obfervoient particulièrement
cette planète. Pourquoi choiilIlToit-on le retour de faturne au figne da
taureau plutôt qu'à tout autre figne ? Ne feroit-ce point, parce que l'équinoxe
y étoit placé, Ck que c'ctoit le point d'où l'on faifoit commencer les révo-
lutions du foled , & en conféquence de toutes les planètes ? Tous ces faits
rapprochés paroilfent donc avoir beaucoup d'analogie , & en indiquant une
parenté entre des peuples éloignés par la dill:ance des lieux & des tems, les
ramènent à une fource commune.
§. 1 V.
Os IRIS en Egypte, Adonis dans la Syrie , étoient. abfens, morts,
pleures pendant 40 jours. Dans certains climats du nord on plearoit le foleil
pendant 40 jours. Il y avoit une fête de réjouifTance quand fes rayons repa-
paroiflbient , femblable à celle d'Ofiris & d'Adonis retrouvés. Ifis nommée
Frejadans l'Edda, eft caradlérifée dans ces fables comme dans la fable égyp-
tienne , tantôt par un vêtement noir , tantôt par un vertj tantôt par un
blanc {d), conformité, fans doute, très-finguliere j mais il eft encore
évident que ces trois vêteméns de Freja', qui repréfenrela terre, rappellent la
divifion de l'année en trois faifons. Le noir ilgnifie les ténèbres dans le tems
de l'abfence du foleil j le vert le renouvelement de la nature & des plantes j
le blanc la faifon des neiges. Ces anciens habitans du nord ont eu des
années de 4 mois {e). Les habitans du Chamchatka ont encore des années
(a) Ruibeck , Tom. Il, p. 31. (, d) Rudbcck , Tom. II , p. 5 1 Se fii
(i) Macrobe , Liv. I , c. 7. vantes,
{c)I'la:ai<i\ie,de fucie in orie lum,^. zp. (f) Rudbeck , Toœ. II, p. 6^1.
; :î H C L A I R C I s s E M E N S
de (5 moii {a). 11 paroîc naturel de rapporter à ces deux formes d'aiinée^i la fable
d'Adonis, qui, fuivanrle jugement de Jupiter , doit pafTer 4 mois avec lui, 4
mois avec Vénus, 4 mois avec Proferpine, &c la fable de Proferpine elle-
même., quidoitpalîerfî mois fiirla terre avec Cérès fa mère, & <îmois dans le
royaume des ombres. Ce fut Deucalion , qui tranfporta dans la Syrie le culte
d'Adonis^ Deucalion, fuivant Lucien , étoit fcythe, c'eft-à-dire, venu du
nord ( /;). On trouve encore dans l'Edda une fable qui a précifément le même
objet que celle de Janus & du Phénix ^ c'eft un traité entre Freja &c fon mari ,
lequel croit libre de s'abfenter du lit nuptial pendant 6< jours , pourvu^qu'il
s'acquittât de fon devoir pendant 300 autres jours (c). Il eft impolfible de n'y
pas reconnaître le mariage du foleil avec la terre, & la nuit de 6^ jours de cer-
tains peuples du nord. Uparoît donc afifez naturel de conclure 1°. que ces fables
font en effet , l'ouvrage des peuples feptentrionaux ; 1°. qu'elles croient relati-
ves au tems de l'abfence du foleil fur l'horifon j enforte que les unes appar-
tiennent au climat du pôle , où la nuit eft de 6 mois j les autres aux latitudes
où elle n'eft que de 4 mois , & quelques autres enfin à des contrées plus mé-
ridionales où l'abfence du foleil n'eft plus que de 6^ ou de 40 jours.
§. V.
Suivant Hérodote ( d) , les Scythes adoroient la terre ^ ils l'appeloient
^Jpia. Les Egyptiens qui adoroient le bœuf Apis peignoient la terre , fuivant
plorus-ApoUo, fous l'emblcme d'une vache. On peut donc ramener aux
Scythes & aux peuples du nord le nom & l'adoration du bœuf Apis, ainfi que
le refpect & la vénér.ation des Indiens pour la vache. 11 n'y a pas jufqu'au
chien Cerbère, qui ne fe trouve deffiné dans les hiérogliphes fuédois [e].
Les langues mêmes fournllfent quelques probabilités en faveur de cette opi-
nion. Rudbeck fait voir qu'un grand nombre de mots phrygiens ont leur
oric'ine & leurs femblables dans la langue fuédoife. Nous citerons le mot
Pe'^game, le nom phrygien de la ville deTroye , Se berg , herghem, qui, dans
1?^ langues du nord, fignifie encore un château, une ville (/). Les mots
fcr.phe , en grec , Scfcapha en latin , paroiftent venir defdvhi ou defciphre'y
qr.i , dans les langues du nord , fignifient navire ; c'eft de là que vient auffi le
mot anglois //://'. Les mots haal ,bel , qui, dans l'Afie , (\gmÇio\tm fdgneur ^
roi , viennent du mot bal, qui à la même fignihcation dans les langues fepten-
{a) Voyage de l'Abbc Chappc en Sybé- (c) Ibidem, p. iji.
rie , Tom.JII , p. 19. («^ ) Lib. IV.
{b) RiîJbeck , Tom. II, pages j 1 1 & [e) Rudbeck, T. II, p. 301 & 303.
530. (/ ) Ibidem , Tom. I , p. 8oy.
ASTRONOMIQU ES. 317
rrionalss. La racine her du nom Hercule appartient également à ces langues.
Elle lignifie arwée , & elle entre dans tous les mots qui ont trait à la guerre.
C'eftdelà que vient h mot héros, &:vraifemblablement'le mot Hérus. puifqr.e
c'.ft la guerre qui a fait les premiers maîtres. Her-fullc, d'oùron a fait cvidcir.-
menr, Hercule iîgnitîe chef du foida:s [a], 11 leroir aflez iîagulier de trouver
dans le nord l'origme d'Hercule. Tacite favorife cette opinion , en y plaçant
les colonnesd'Hercule , foie , dit-il , que le courage de ce héros l'ait conduit
dans des lieux Jl reculés y ou qu'on lui ctuihue tout ce qu'il y a de grand &
d'incroyable fur la terre {b), Rudbeck trouve également dans le nord le
mont Atlas, & le per/bnnage qui lui a doimé fon nom. Nous ne nous arrêtons
point à quelques-unes de ces reiïemblances & de ces étymologies.qui peuvent
ctre équivoques j mais Rudbeck remarque avec raifon que la defcriprion du
mont Atlas par les anciens , ne convient pis à une montagne d'Afrique. Hé-
fiode femble en effet placer le mont Atlas dans un pays de ténèbres [c ). Se-
lon M. Mallet , il eft vraifemblable que les premiers habirans du Danne-
marck éroient originaires deScythie id). Il trouve beaucoup derelfemblance
entre le fyftème des Perfes & celui des anciens^Danois , fur le chaos ou la
formation du monde (e). Al. l'abbé Bannier avoir également remarqué une
relfemblance fînguliere entre la dodrine des Perfes & celle des Gaulois ou
des Celres [f). Ajoutons que chez les Celtes comme en Afie c'étoient des
femmes qui prédifoient l'avenir. Les anciens Danois ont un recueil de pocfies
nommé Kolufpa , quir fignifie dans leur langue les oracles de Vola (^) ; le
nord a donc eu fes fybilles. En lifant i'Edda, ou le recueil des fables fepten-
trionales , on fe convaincra facilement que toutes ces fables , ainfi que les
fables grecques , font forties de l'Afie [h ). C'efl: aux lecteurs à juger fi les tra-
ditions , & les fables que nous avons rapprochées , ne répandent pas quelque
jour fur l'origine des connoilfances humaines , & fi elles ajourent quelques
probabilités , aux faits qui nous ont fait trouver cette origine dans le nord de
l'Afie. Nous paflons aux Indiens.
§. V I.
Les Indiens ne connoiffent poinr leur origine. On peut croire qu'elle
remonte à l'antiquité la plus reculée , Se qu'elle rouche au déluge. La popu-
( a) Rudbeck, p. 750 & 7JI. neinarck , in - quarto , page douze.
( i) Tacite, Mœurs des Germains , c. (f) Ibidem , Edda , p. 8.
34, §. 1. (/) Mythologie, Tom. II, p. tfi8.
(c) Rudbeck, Tom. I, p. 358. (^ ) M. Mallet, loco citato , 'i- ijj.
( <^ ) Introdu(Sion à l'Hiftoire de Dan- {h) Ibidem, p. 106, 116, 113.
3i3 ÉCLAIRCISSEMENS
lation & les arts de ce pays en font une preuve (tz). Cette population cft
elle-même très-ancienne : quand Alexandre palTa en Afie, il trouva dans les
Indes neuf nations principales , & 5030 villes aufll confidérables que la ca-
pitale de rifle de Cos (/>). Et que feroit cette antiquité , fi l'on pouvoit ad-
mettre que les Indiens au tems de Job , avoient l'art de. teindre les étoffes
comme ils l'ont aujourd'hui? Qu'on imagine ce qu'il faut de fiecles, aux
hommes raiTemblés en fociété , pour inventer l'art de fabriquer les étoftes à
trame & à chaîne, enfuite pour y joindre celui de les teindre ! Job vivoit
félon toute apparence 5000 ans avant J. C. (c) C'eft: M. Goguer {d) qui
avance cette opinion fur les arts des Indiens , d'après un palfage de Job j mais
M. de P. penfe que c'eil une erreur du traduéleur latin. Ce paflage dans la
traduction françoifene parle point des couleurs des ctotfes teintes j mais de
celles des pierres précieufes [e).
§• VII.
Outre ces antiquités des quatre âges indiens dont nous avons parlé , ces
peuples ont encore quelques autres nombres d'années, fabuleux, ou du moins
dont nous n'avons pu découvrir la fignilîcation cachée. Ils difent qu'il y a eu
17 fiîcles qui ont précédé l'âge caliyougan , & que dans leur langue ils
appellent mondes. Voici les nombres des années de ces cycles (/).
I cycle 140000000
1 I 30000000
5 I 10000000
4 IICOOOOOO
5 lOOOOOOOO
6 50000&00
7 80000000
8 70000000
9 éOOOOOOO
10 JOOOOOCO
11 40000009
11. 30000000
13 lOOOOOOO
14 10000000
IJ poiôooo
16 7011500
17 5959600
18 , 48300
I07i04(î400
(»i) Traufactionsphilofophiqucs, Tom. ^d) Tom. I, Liv. II, art. i , p. 114.
LXII , année 1771, pa;^. 5 f4. Job. c. 18, v. 16.
(A) Pline, Lib. VI , c 17. (t) Réflcx. crit, fur lesÉa,yp. T. I. p. 3 10.
{c)Infrà, Liv. IX, j. 4. (/) Mauuf. de M. de Lille , u°. 11, 7. A.
u
ASTRONOMIQUES. 329
11 e(ï vifible que ces nombres font le fruit de l'imagination des Indiens j
ils ne reiremblenc point aux nombres que nous avons décompofés , & dans
lefquels nous avons cru retrouver quelque vérité. Ceux-ci font ronds, &
diminuent par une progreflîon égale de 1 0000000 d'années. On y reconnoît
le langage de peuples très-anciens, qui parlant d'un tems très-reculé, dont
ils n'ont qu'une idée confufe , donnent avec protufion à fa durée des
millions d'années. 11 y a peut-être quelque analogie entre ces i 8 mondes ou
âges , & quelques autres fables indiennes. Ils difent par exemple , qu'il y a
une montagne qui eft le centre des mouvemens du foleil & de la lune , Se
qui s'étend dans 14 mondes [a]. Si l'on fe rappelle, les 1 5 bobouns ou les
15 mondes d'expiation j on verra que les 14 premiers âges précédens
font dans ces fables le tems du féjour des hommes dans les 14 premiers
inondes : nous fommes dans le quinzième depuis un tems , partagé en 4
âges , ce qui fait le compte des 1 8 âges.
§. VIII.
Si nous paiïons à des auteurs dont les récits femblent plus vraifemblables j
nous trouverons Pline (^) , qui dit que les Indiens comptoient avant l'ar-
rivée d'Alexandre 154 rois, lefquels avoient régné 645 1 ans & trois mois
(c) j ou cette durée eft fabuleufe, ou ces années n'étoient pas folaires. 1 54
rois, à raifon de 20 ans de règne fui vant l'évaluation de Newton, f croient
3080 ans {d). La circonftance des trois mois ajoutés aux 645 1 ans prouve
que ces années étoient plus longues qu'une faifonj fi on les fuppofe de fix
mois, C8 qui n'a rien que de légitime, puifqu'on retrouve cette efpece d'année
dans la Grèce , dans la Chine , auChamchatka (e) , on aura une durée de
^116 ans , lefquels ajoutés aux 3 17 ans, écoulés depuis l'arrivée d'Alexandre
dans les Indes jufqu'à notre ère, donneront l'an 3^53 avant J. C. pour
l'époque du premier de ces rois Indiens , c'eft-à-dire , un peu plus de 400
ans avant leur époque aftronomique.
§. I X.
M. Anquetil nous donne une divihon du jour, ditfcrente, & plus étendue
{a) Manufc. de M, de l'Iflc , ibidem. trop pics de celui de Pline , pour ne pas
(A) Lib. VI, c. 17. confirmer Ton témoignage.
( c ) Arrien , in Indicis , donne à la durie i^d) Chronologie des anciens royaumes
de CCS règnes 6041 ans. 11 partoit peut-crre rctormée , pag. 54.
d'une époque différente; mais ce nombre eft ( « ) Supra , §. 4.
Te
jjt, ÉCLAIRCISSEMENS
que celle que nous avons rapportée (a). '< Les Malabares, dit-il, n'ont pas
n d'autre inftrument, pour marquer les heures, qu'un petit vafe de cuivre rond
» & percé par le fond. L'eau entre par le trou , & fait enfoncer le vafe au
3>. bout d'un intervalle de rems nommé najika, & dont 60 forn\eiit le jour.
)» Le najika fe partage en 60 vinaïgas j le vinaïga en é birpès (la refpi-
n tion ) , le birpé en 10 kenikans , le kenikan en 4 mattirès , & le mattiré
» en 8 kanni-mas (clins d'oeil ) ou caignodis ( l'adVion de frapper le doigt du
» milieu avec le pouce) ». Selon notre manière de compter, le najika vaut
24' j le vinaïga, 24" j le birpé, 4"^ le kenikan, y" j le mattiré , ^" j le
kannimas ou le caignodis j^". Ce dernier intervalle eft donc plus petit
qu'une de nos tierces , ou qu'un foixantieme de féconde. Comme on ne peut
pas penfer que leurs fens foient aflez fins pour faifir de fi petits intervalles de
tems , il faut nécelTairement en conclure que ces fabdivifions ont été intro-
duites jadis pour la précifion du calcul aftronomique. S'il y a quelque diffé-
rence entre M. le Gentil ic M. Anquetil, c'eft que le premier parle des
ufages des Indiens de la côte de Coromandel, & le fécond des Indiens de la
côte de Malabar.
M. le Gentil ( ^ ) , dit que l'ufage de cet inftrument appelé Garic à la côte .
de Coromandel , appartient feulement aux Mores , qui s'en fervent dans leurj
armées & dans les garnifons pour relever les gardes. Il en a vu à Pondicheri
parmi les cipayes qui font des foldats Mores j mais il alTure que les Indiens
naturels, Malabares ou autres , ne s'en fervent en aucune façon. On s'en fert
en Perfe pour mefurer le tems & les dépenfes d'eau ( c).
Cependant M. Niebuhr a vu entre les mains d'un Brame le vafe de cuivre
percé par le fond , qui fert de clepfidre, Se dont parle M. Anquetil. C'étoit en
Arabie que M. Niebuhr vit ce Brame. Il réfulte de toUt ceci , que les clepfi-
dres ne font point d'un ufage général dans l'Inde. Cette invention leur vient
d'ailleurs j les uns la connoiirent, les autres ne la connoiirent pas. Ce Brame
avoir aufli un anneau folaire mal travaillé , de 5 pouces environ de diamètre ,
& un cône d'ivoire arrondi , tronqué , haut de 5 pouces , ayant plufieurs cer-
cles horizontaux. On ne donna pas à M. Niebuhr une idée nette de la manière
dont les Brames employoient cet inftrument ( d) .
^ { a ) Zend-Avefta , Tom. I , parc. I , ( t ) Chardin , voyage en Pcrfe ,
pag; lyi, J75- Tom. V.
Ci) Vijyei la Relation de fon voyage, ('(^) Defcriprion de l'Arabie de M. Nie-
qui va paroître inceirammenc. biuli, pag. loj.
ASTRONOMIQUES. jji
§. X.
Les Brames font ufage de deux périodes , l'une de 6& , l'autre de 3(îoo
ans. Celle de 60 ans leur feit pour l'hiftoire & la chronologie j &c en gé-
néral ils comptent les efpaces de tems écoulés par le nombre de ces pério-
des. Chacune des années de cette période porte un nom particulier {a).
M. Goguet , {i) en parlant de la même période qui ctoit en ufage chez les
Chaldéens , a penfé qu'elle étoit luni-folaire , & qu'elle avoir fervi , en la
décuplant, à former la période de Soo ans. Mais M. Goguet s'eft trompé. Les
phafes de la lune font trop évidentes pour que les anciens , quelque ignorans
qu'ils fuiïentjayent pu faire ufage d'une période qui étoit en erreur de trois
jours. S'ils l'avoient établie, par un calcul grofller Se anticipé, ils l'auroient aban-
donnée quand elle auroit été révolue. Dans le nombre des cycles folaires, il
y en a qui font beaucoup plus courts & plus exacts. Nous avons dit que cette
période n'ctoitdue vraifemblablementqu'à la commodité du nombre fexagéfi-
malpour le calcul : c'eft la même raifon qui a fait divifer le jour en 60 heures,
&: qui a établi la période de 60 jours & de 60 ans j mais fi l'on vouloir que cette
méthode même eût une origine aftronomique , ce feroit dans la période de
60 ans qu'il faudroit la chercher. Les anciens, & fur-tout les Orientaux, fai-
foient grande attention aux conjondions des planètes entr'elles , & quand
plufieurs de ces planètes fe rencontroient aflez près les unes des autres, ils en
confervoient la mémoire ( c). Jupiter , vu de la terre , revient au même point
du zodiaque au bout de 1 2 ans Se 5 jours j il y revient donc pour la cinquième
fois au bout de 60 ans & 15 jours. Mars fe retrouve également à la même
polîtion à l'égard de la terre après quinze ans moins 18 jours , Se par con-
féquent après 60 ans moins 71 jours. Saturne ne revient pour nous au même
degré de l'écliptique qu'^u bout de 5 9 ans & 2 jours (d) ; mais il eft évi-
dent par la lenteur de fon mouvement , qu'au bout de 60 ans il n'en eft pas
fort éloigné. La période de 60 ans nous paroît donc celle de la conjonction
des trois planètes fupérieures dans le même figne du zodiaque , Se même
dans un plus petit efpace. Nous n'ignorons pas les erreurs confidérables de
cette période , mais elles font moins frappantes que celles des phafes de la
lune pour des hommes qui n'avoient que des yeux. La fimple remarque
que cette conjon£tion des trois planètes dans le même figne du zodiaque ,
(<i) ZenJ-Avefta,Difc. piélim. ccxiu. (c) Herbelot , Bibliot. Orient, p. 958.
(i ) Tora, III j Diflert. i , pag. 167, ( «^ ) La Lande, Aftr. Tora. I, p. J94.
Ttij
ffz ÉCLAIRCISSEMENS
étoit revenue une ou deux fois au bout de 69 ans , a fuffi pour fonder la
période : l'aftrologie s'en eft emparée , la fuperftirion l'a confervée , mal-
gré fon inexaftitude , & l'ufage chronologique a fini par la confacrer. Voilà
ce que nous pouvons dire de plus vraifemblable fur l'origine de cette période ,
§. X 1.
Quant à la période de 3^00 ans , on peut la croire luni-folaire & com-
pofée , comme le remarque M. le Gentil , de fix périodes de 600 ans ; de
forte que fans le favoir, ou du moins fans l'exprimer, les Brames tout ufage
de la période ante-diluvienne de <îoo années. Mais il fe préfente une réfle-
xion aflez naturelle j comment les Indiens ou leurs prédécelTeurs , avec la
connoiiïance de la période de 600 ans , ont-ils adopté celle-ci qui efl: moins
exacte , & dont l'erreur , quelle qu'elle foit , eft fix fois plus grande ? Les
Indiens ont une correétion conftante qu'ils appliquent au mouvement du
foleil {a) 'y nous avons fuppofé dans un mémoire particulier que cette quan-
tité étoit le produit de la diminution de la durée de l'année folaire , &
qu'elle avoir été apperçue au bout d'un intervalle de 3 (joo ans (/>). Nous avons
aHez bien déduit de cette liypothèfe , la diminution de cette durée : cela
fuppofé , il en réfulteroit que la période de 3 ^00 ans ne feroit que l'in-
tervalle, dans lequel le moyen mouvement du foleil s'altéreroit alfez fenfi-
blement pour avoir befoin d'une correftion.
L'époque d'où commencent les calculs des Brames eft très-ancienne : ils fup*
pofentque 20400 ans avant l'âge d'infortune qu'ils appellent«/iyoa^a/2, tous.
les aftres étoient en conjonftion dans le même point du ciel j ainfi cette épo-
que eft de l'an 23501 avant J. C. Il n'eft pas befoin d'avenir que cette époque
eft fi(Stive. Nous allons voir par quelles raifons ils l'ont fixée ainfi. Cette épo-
que eft liée en même tems au mouvement du foleil & de la lune , ainfi qu'à
celui des étoiles. Lorfqu'ils difent que 2 0400 ans avant l'âge caliy ougan le foleil
&la lune étoient en conjonction, c'eft commiC s'il difoientque 34 révolutions,
de ^00 ans avant l'âge caliyougan le foleil & la lune répondoient au même
point du ciel. Il y a apparence qu'Us ont pris leur époque dans une conjonc-
tion du foleil & de la lune arrivée l'an 31 01 avant l'ère chrétienne , &
qu'ils ont reculé cette époque de 3 4 périodes de 600 ans , ou de 20400 ans ,
(a) M, le Gentil , Mémoires de l'Aca- ( l> ) Bailly , Mémoires de l'Académie des
détnie des Scieaces 1772-. Sciences, 1773.
ASTRONOMIQUES. 3 3 J
pour y joindre l'époque d'une révolution des étoiles à l'égard d'un certain
point lîxe du zodiaque.
§. XII.
Les Brames connollTent l'obliquité de l'écliptique. Ils ont des tables de
l'augmentation des jours , à raifon d.i changement de la déclinaifon du
foleil , tant fous l'équateur que fous différentes latitudes ( a ). Ces tables fup-
pofent une obliquité de l'écliptique. M. le Gentil , qui en a fait le calcul ,
trouve qu'ils la fuppofoient plus grande que 15°. Voilà une nouvelle preuve
en faveur de ceux qui admettent la diminution de l'obliquité de l'écliptique.
M.ais quel feroit le tems où on auroit fait cette détermination ? En admet-
tant qu'il y ait 23' de diminution depuis Hipparque jufqu'à nous, ou dans
un intervalle d'environ 1900 ans, il faur donc j6 fiecles pour que cette
obliquité diminue dei°-j;ce qui eft précifément le tems écoulé depu'ç
la création , en donnant la plus grande étendue pofîible à la chronologie fa-
crée. On ne donnera sûrement pas à cette déterminarion la date de la créa-
tion du monde ; mais deux confidérations peuvent la faire rentrer dans
les bornes prefcrites. La première , c'eft que cette diminution , quoique
confiante pendant un certain intervalle de tems , peut cependant avoir été
autrefois plus rapide. La féconde , c'eft que la détermmation des anciens
Indiens , «Se le calcul de leurs tables doivent néceflairement être alfujettls à
quelqu'erreur.
§. X 1 I 1.
Nous avons trouvé ailleurs lui paiTage qui femble prouver également
que l'obliquité de l'écliptique peut avoir été jufqu'à 25°. TheonSmirnœus au
quod veures Jlatuant lunam &vcneremfex partibus defleclere ab utr a que pat te ^o-
diaci, SOLEM VERO U N A, qualium ambitus circuUfuerit ^60^ difcedere {b).'Dnns
le tems des anciens dont parle Théon , on faifoit l'obliquité de 24°; iî le
foleil s'étoit éloigné d'un degré de fa route , l'angle de cette première route
avec l'équateur avoit donc été de 25°.
§. X I V.
Les Tamouhs , c'efl-à-dire , les Indiens qui habitent la côte de Coro-
( a ). M. k Gentil , Mémoires de l'Acadé- ( b ) Fiagmens de Theon , publiés pas
mie des Sciences, 1772-. Bouillaud en 164-4, pag. 185..
554 ÉCLAiRCISSExMENS
mandel , difent qu'ils tiennent l'AHronomie des Brames {a). Les Brames
modernes aiment à être appelés Paramanes ou Brachmanes. Ce nom fut au-
trefois commun à tous les philofophes de l'Inde. C'eft par le refpedt qu'ils
ont confervé pour la mémoire de leurs ancêtres qu'ils défirent d'être nommés
comme eux ( è ). Au refte les Tamoults difent que les Brames font venus de
la partie du nord dans le Tanjaour & le Maduré , qui font les parties les
plus méridionales de la prefqulîls de l'Inde en deçà du Gange. Us ne peu-
vent dire précifément ni de quel pays ces Brames font venus , ni dans quel
tems. Ils ajoutent feulement que cette époque n'eft pas fort ancienne. Mais
il faut remarquer que dans leur manière de s'exprimer une époque de
looo ans eft aflez récente. Il eft sûr que mille ans ne font qu'un inftant
pour un peuple qui prétend exifter fur la terre depuis près de 4 millions
d' .années. Leur Butta , celui qu'ils regardent comme le fondateur de leur
philûfophie , n'eft , dit-on , que de Tan 1031 avant J. C. (c) Il ne fauroit
être le fondateur de l'époque aftronomique qui remonte à l'an 3101. 11
faut croire , ou que cette époque établie dans un autre pays, a été apportée
par lui dans les Indes , ou que ce Butta eft beaucoup plus ancien. C'eft ce
que nous fommes portés à croire par la reffemblance que nous avons remar-
quée [d] entre ce Butta & le fameux Thaut ou Mercure. II y a même une
analogie finguliere. Selon les Indiens , les Brames font venus du nord ,
& ce Butta porte un des noms attribués au Tibet j ce pays , qui s'étend
au nord depuis les Indes jufqu'àla Chine, eft appelé le grand Tibet ou
le royaume de Butan (e). Les Indiens dilent qu'il y eut chez eux une ré-
forme dans l'Aftronomie fous le règne d'un prince , nommé Salivaga-
nam (/) , qui eft mort , fuivant leur calcul ,1(^51 ans avant l'année 17^9 ,
c'eft-à-dire , l'an 78 de l'ère chrétienne.
§. X V.
Ils ont une table (o) du tems que le foleil emploie àparcourir chaque figne
du zodiaque. D'où l'onpeut foupçonnerle lieu de l'apogée du foleil fuivanc
leurs tables. Le figne , où le mouvement du foleil eft le plus lent , eft celui
{d) M. le Gcnùl, ibidem. (e) Hift. Gén. des Voyages, in-11 j,
(ô) In condnuadone XXIV reladonis Tom. XXV , pa^. 3 51.
Tniljlcn^rium Danicorum , édita Holœ , (/) M. le Gentil, ibidem.
1718 , //z-4°. Gtainmaire du P. Bcfchi.
(c) Mémoires de l'Académie des Inf- Zcnd-Avcfta, Dilc. prélira, ccxiil.
criptious , Tom. XXXI , pag. 8r. Théàt. del'Idol. Abraham Roger, p. 8û.
( d) Supra , Liv. III , §. I f . ( ^ ) M. le Gentil , ibidem.
ASTRONOMIQUES. 555
des gémeaux , tandis que c'eft réellement aujourd'hui l'écrevilTe. Le fi^ne, •
oij dans leurs tables le mouvement du foleil eft le plus rapide , eft celui du
fagittaire j nous favons que c'eft réellement le figne du capricorne. Il s'en-
fuit donc que l'apogée du foleil étoit moins avancé d'un figne , lorfque
cette table du foleil fut conftruite. Or , fi l'apogée du foleil avance de ï° ,
49' 1 o" en cent ans , il fera 1 640 ans à faire un figne , d'oii on peut conclure
que cette table en particulier a été calculée pour le tems de Salivaganam ,
l'an 78 de notre ère. Il eft naturel de le croire , 1°. parce que le calcul nous
y conduit 145 ans près j 1°. parce que les Brames difent que l'Aftronomii
fut réformée fous le règne de ce prince.
On peut tirer de la table, dont nous venons de parler, quelques connoif-
fance de l'équation du centre du foleil. Le figne où le foleil refte le plus
longtems , eft celui des gémeaux.: il y refte 5 1 ' 14^ 3 9'. Il ne refte dans le
fagittaire que 19' S'' zi' : il y a z' 6^ 1 8' de différence. Pour nous , nous fi-
vons que le foleil refte dans l'écrevifle j 1' lo** 49' j & dans le capricorne
291 10'' 51'^ ce qui fait une différence de i' 23'' 57'. Cette différence eft
l'effet de l'équation du centre , &: il s'enfuir que leur table a été calculée fur
une équation du centre , plus grande que la nôtre d'un huitième environ , 6c
qu'elle eft àpeu-près de 2° 1 4'.
§. X V L
O N peur obferver que les Brames appliquent au lieu du foleil une corredion
qui reffemble beaucoup à une équation du centre fouftraftive dans les fix pre-
miers figues, & additive dans les fix derniers. Elle a cela de fingulier, qu'elle
eft beaucoup plus petite que la nôtre , & qu'elle n'eft point égale dans les
deux parties de l'orbite. La plus grande fouftraclive eft de 25' , elle répond
au 20^ degré des gémeaux : la plus grande additive n'eft que de 11', 8c
répond au 20*^ degré du fagittaire. Ils paroilTent donc placer l'apogée du foleil
dans le 2o« degré des poiflons. Par les tables de M. l'abbé de la Caille (a) cet
apogée en 1-00 fe trouvoit dans le 7° 45' 29" de l'écrevifle , il en rcfuke
un mouvement de j"^ 17° 43' 29" ^ ce qui , à raifon de 1° 49' 10" oar
fiecle , répond à un intervalle de 5 9 2 1 ans , & place cette détermination
vers 4221 ans avant notre ère. Il réfulte de ceci que les Indiens paroîtroient
avoir deux équations différentes du centre du foleil : favoir , l'une qu'ils au-
{a) Aftronomii fundamenta.
,5^ É C L A I R G I S S E M E N S
loienc dcterraiiice par le tems que le foleil emploie à parcoanr chaque figne :
teins qui fixe la durée de leurs mois ; l'autre qu'ils auroient déterminée di-
rectement , mais aflez mal , par l'obfervation de la longitude vraie du foleil,
comparée à la longitude moyenne tirée de leurs tables.
§. X V I I.
Les jours de la femaine font défignés par les fept planètes [a). Ils fuîvent
le même ordre que nousj venus, faturne , le foleil, &c. Mais le premier
jour eft le vendredi, ou le. jour de venus. Les noms des planètes font
foucra , venus ^ fany , faturne j aditra , le foleil j foma , la lune \ mangala ,
mars \ bouta , mercure ; brahafpati , Jupiter. Ces noms font un peu difFérens
félon d'autres millionnaires (^)pl eft évident que cela vient de la pro-
nonciation. Chacun des mois aftronomiques eft affigné à un des fignes du
zodiaque , & n'a d'inégalité que celle du mouvement du foleil. L'année
commence à l'entrée du foleil dans la conftellation du bélier. Voilà pour-
quoi leur année eft fidérale , parce qu'elle commence au premier point de
leur zodiaque, qui eft mobile, à caufe du mouvement progrelîif des étoiles en
longitude. Mais on ne fait point comment ils règlent leur année civile j Ci
leurs mois font égaux, s'ils ont cinq jours ajoutés à la fin de l'année, comme
les ont eu tant d'autres peuples. Les millionnaires ont dit que la forme de
leur année approchoit beaucoup de l'année julienne , en voulant dire appa-
remment qu'ils avoient un jour intercalaire tous les quatre ans (c).
Quinte Curfe {d) rapporte que les Indiens au tems d'Alexandre avoient
des mois de quinze jours , & qu'ils ne les régloient point, comme les autres
peuples, par le moment où la lune achevé fa révolution pour en commen-
cer une autre , mais par l'inftant où l'on apperçoit les cornes fe former.
C'étoit peut-être l'intervalle du moment où les cornes font prêtes à difpa-
roître lors'du premier quartier , au moment, où elles commencent à fe re-
montrer après le dernier quartier. Voilà ce que nous pouvons imaginer ,
fans quoi Scaliger [e) auroir raifon de trouver le récit de Quinte Curfe ab-
furde & impoflible. S'ils eulfent compté d'un croiftant à l'autre , l'intervalle
eût été de 5e jours. Ce qui a trompe Quinte Curfe, c'eft qu'ils comptent de
(a) Thcàtrc de l'Idolâtrie, Abraham (c ) In condnuatione relationis XXIY ^
Ro'^cr , pas;. 77. mijfwnaiium Dunicorum.
M. le Gentil , loco citato. Manufc. de M. de Lille , n°. 11 , 7 , A.
( k ) Manufcrits de M. de Lifle , n°. 1 1, {d) Lib. VIII , §. IX.
7 A. (f) De emcnd. tcmp. Lib, III, p. 114.
u
I
ASTRONOMIQUES. jjr
la nouvelle A la pleine lune , & de la pleine lune à la nouvelle , en difanc le
i '^'' , le le , &:c. &: le 1 4" depuis la nouvelle lune ( a ) ^ ce qui fait 1 5 jours
avec celui de la nouvelle lune. Ce n'cft qu'une fubdivifion du mois. Qainte-
Curfe l'a piife pour un mois. Les Chinois ont également cette fubdivifion
du mois en deux parties. Ils comptent i4Theki {l>) dans le cours de l'année.
§. XVIII.
G N a cru que la fup^rftition du dragon qui cherche à dévorer le foleil &
la lune , lorfqu'ils perdent leur lumière en s'éclipfanr , croit née de l'ufage
qu'ont introduit les Arabes-de donner aux nœuds de la lune,- où arrivent les
éclipfes, les noms de tête Se de queue du dragon. Mais on n'a point confi-
dcré que cette fuperftition. exifke chez des peuples (c) qui n'ont jamais en-
tendu parler des Arabes , ni connu leur langue aftronomique. Cette fuperf.
tition elt fans doute ancienne j elle aura palfé dans l'Arabie où elle aura été
détruite , quand la faine Aftronomie y a été portée d'Alexandrie. Les Arabes
ont feulement confervé la tète & la queue du dragon , pour déiigner le lieu
des nœuds & des éclipfes , Se aullî comme pour conferver la mémoire d'une
fuperllition extirpée.
§. XIX.
Les Indiens croyent que les âmes font defcendues des aftres , & c'eft 1
raifon des 7 planètes qu'ils ont établi 7 clafles parmi eux , différemment ho-
norées , fuivant l'aftre d'où font forties les âmes de ceirx qui les compofenr.
La première , celle des Brames , réunit toutes les âmes defcendues du fo-
leil. La 1- , les âmes defcendues de la lune, Sec (d). Il 'eft inutile de dire
que ce drogme a été ajouté après coup pour expliquer la différence des caftes 5
car les claffes d'un peuple ne s'établiirent point fur de pareilles chimères.
L'ame palfant par toutes les planètes , avant d'habiter la terre, y contradle
différentes qualités qui produifent la différence des caraéteres & des paf-
fions [e). Ces rêveries , comme les meilleures opinions phifofophiques ,
(a) Grammatlca-ladno TamuUca , par Soucier, Tom. III, p. 85.
le P. Confiance Befclii , à Tranquebar , (c) Moeurs des Sauvages , Laffittcau ,
1758 , p. 167. Tom. I, p. 148.
Zend-Avefla , Difc. prélim. p. 1 1 3 . ( «^ ) Mémoires de l'Académie des Infcrip-
{ b) Golius, In appendice atlands finici. tiens, Tom. XXXI , p. 3 09.
Hydc , de Religione vecerum Perfarum , (c) Voye^ l'Aubcrkcend , livre Indien ,
c. I S , p. ii6t extrait par M. de Guignes. Ibidem.
3j8 É C L A IR C f S S E M E N S
avolenr pafTé dans l'occident : Macrobe en fait mendon [a]. Au refte cette
doitrine appartenoit à l'aftrologie , & fervoit à expliquer l'eiretàes influences
des aftres. Les émanations des planètes s'exerçoient lut les âmes & fairoient
agir ou, pour ainfi dire ,réveilloient les facultés contractées dans ces mêmes
planètes.
§. X X.
Quelles que foient les théories favantes dont les Brames font enpof-
feflion , nous avons fait voir qu'ils ne les entendent point , & qu'ils n'en
font pas plus habiles en Aftronojnie. Dans le peu d'explication qu'il eft pof-
fîble de tirer d'eux , il paroît qu'ils en font encore aux premiers pas fur la
théorie des mouvemens du foleil ; ils fcmblent croire que cet aftre a un mou-
vement particulier vers les pôles j car ils difent voyage , ou cours du foleil , vers
le nord ou vers le midi. Au refte cette expreffion u'eft pas décilive ^ il faudroit
connoître à fond leur langue. Nous fommes beaucoup plus éclairés , & nous
avons plufieurs expreflions abrégées qui ne font pas plus juftes. Nous fommes
Coperniciens , & nous parlons fans cefle du mouvement du foleil. Ces ex-
prellîons ne nous induifent pas en erreur , parce que nousfavons ce qu'elles
fîgnifient. On trouve dans un diétionnaire indien une définition afTez jufte
de la nouvelle lune :c'eft, dit-on ,1a conjondion du foleil Se de la lune [6),
§. X X I.
En paflant au peuple chinois , dont nous avons cru pouvoir fixer l'anti-
quité à l'an ip 5 2- 5 même à l'an 3537 avant J, C. , & avant de rapporter les
conjeélures & les traditions fur lefquelles nous nous fommes fondés, nous
croyons devoir faire quelques réflexions fur la certitude de la chronologie
de ce peuple ancien. On objedte contre la chronologie chinoife que tous les
livres furent brûlés ou détruits , fous le règne de Tfin-chi-hoang, quelques
fîecles avant l'ère chrétienne. Mais on ne peut croire que cet empereur ait
réuflî dans fon projet. L'hiftoire antérieure , fi détaillée , ne feroit donc
qu'un roman continuel ? C'eft ce qu'on ne perfuadera point à ceux qui ont
examiné les monumens chinois. Les ouvrages de l'imagination ont un ca-
raétere qui frappe les efprits attentifs. Les Chinois font d'ailleurs trop igno-
rans pour avoir fnpcofé les obfervations rapportées dans leur hiftoire ; ob-
(a) Commentarium in fomn. Sci^iorJs , (i ) Soucier, obfcrvationsfaitcs aux Indes
iib. I , c. II. £: a la Chine , Tcm. I , p. û Je 7.
I
A s T R O N O ^f I Q U £ s. ?3,
fervations qui font la plupar: conformes aux phénomènes du tems où elles-
fonc placées. Mais écoutons le P. Parennin , celui des Européens qui fut le
plus inftruirde l'antiquité & de la chronologie chinoife ^ homme d'ailleurs
alFcz éclairé pour infpirer la coiifiance. " Je dis {a) qu'à confidérer cette
j> hircoir; des Chinois en général , fur-tout depuis l'empereur Yao, jufqu'au
5> tems préfent , il y a peu de chofe à redire pour la durée totale , pour la
5> diftribution des règnes » & pour les faits qui font de quelqu'importance.
» Il ne faut pas croire que l'incendie qui fe fit des livres , fut femblable à
» celui d'uni bibliothèque , laquelle en peu d'heures eft réduite en cendres.
» Tous les livres ne furenr pas profcrits ; il y en eut d'exceptés , & entr'autres
» les livres de médecine. Dans le triage qu'il en fallut faire , on trouva le
>> moyen de mettre des exemplaires en sûreté. Le zèle des lettrés en fauva
» un bon nombre j les antres , les tombeaux , les murailles devinrent un
j> azile contre la tyrannie. Peu-à-peu on déterra ces précieux monumens
» de l'antiquité ; ils commencèrent à reparoître , fans aucun rifque , fous
» l'empereur Ven-ti , c'eft-à-dire , environ 54 ans après l'incendie. Sous fon
» fuccelfenr on trouva les cinq King , Se les ouvrages philofophiques de
» Confucius , &c.
Ainû nous écablilTons la certitude cle la chronologie chinoife , non fur
le fentiment de quelqu'Européen fyltématique , mais fur le témoignage
d'un Européen devenu prefque Chinois. On peut ajouter à ce témoignage
l'opinion du célèbre M. Fourniont, qui a fait voir qu'il étoit irapofiîble d'ad-
mettre l'incendie général des li/res à la Chine (^). Si les annales de toutes
les nations avoient été dreffées avec autant de foin, il n'y auroit pas tant de
problêmes à réfoudre dans la chronologie ancienne : le fil ne feroit pas fi
fouvent interronîpu dans la fucceilion. des rois. Il eft confervé dans l'hiftoire
de k Chine depuis 4800 ans ^ car Fohi , leur premier empereur, régna
environ 1951 ans avant J. C.
§. X X I I.
C E n'eft pas que les Chinois ne prétendent à une antiquité beaucoup plus
grande j ils ont leurs fables comme les aurres peuples : fables dans lefquelles
quelques vérités peuvent être enveloppées. Leurs (c) hiftoires font mention
de trois familles 5 la première compofée de i j princes qui régnèrent chacun
( a ) Lettres édifiantes, T. XXI , p. izo. ( c) Population dî l'Amérique , p. JOI,
(i)Mém. Acad. lof.T. XIII, p.jU. Martini , Tora, I , 17, 18.
Vvi)
340 É C L A I R C I S S E M E N S
18000 ans: la féconde de onze qui régnèrent encore chacun 18000 ans : la
troifieme de 9 qui régnèrent chacun 45600 ans. Nous avons remarqué qu'en
accumulant tous ces règnes , & prenant les années pour des jours , on trouve
lin intervalle de 2.^06 ans qui à 6j^ ans près s'accorde avec le rems écoulé
entre la création du monde & le déluga ; accord qui fera fuffifant , fi l'on
fait attention que ces règnes , ainfi évalués en nombres ronds , ne font pas
donnés fans doute avec précifion. 11 en réfultera toujours que les Chinois
ont confervé quelques connoilFances de la chronologie anté-diluvienne. Il
eft d'autant plus probable qu'ils ont pu compter les jours pour des années ,
qu'indépendamment de ce que cette méthode eft naturelle , comme nous
l'avons fait voir (a), & a été pratiquée par quelques peuples, on prétend
que le cycle (/')des Chinois a été d'abord en ufage pour les jours, comme il
l'eft encore aujourd'hui , & ne fut applique qu'enfuite aux années ^ ce qui
feroit une preuve fans réplique , fi la chofe étoit démontrée. Les Chinois ont
douze mots qui leur fervent à défigner les douzé^divifions du jour (c). Ce fontt
ces 1 1 noms combinés , avec une fuite de dix mots appelés can , qui fervent
à défigner les années qui forment leur cycle de 60 ans. Il eft évident qu'ils
auront pris les noms des heures pour nommer les jours, & que cette com-
blnaifon aura été faite pour défigner un intervalle de 60 jours, ou de deux
lunaifons à-peu-près. L'ùfage en aura été enfuite étendu à un intervalle' de
Co ans. Ces périodes de 60 jours , ou de 60 ans , feront nées , comme nous
l'avons dit , de la divifion fexagéfiniale appliquée à toutes les efpeces de nu-
mérations.
§. X X I I I.
Aux trois familles , ou dynafties dent nous avons parlé , fuccéderent
Yeus, Se Siiïus qui fut , dit-on , très-favant dans l'Aftronomie. N'oublions
pas une tradition des Chinois rapportée par le P. Gaubil. « Leur hiftoire
» raconte fous Yao , dit-il (</) , la fable d'une tortue de mille ans , qui avoir
» gravé fur fon dos des caraderes , où l'on voyoit tout ce qui s'ctoit paflé
S) depuis le commencement du monde )>. En écartant ce qui eft vifi-
blement fabuleux dans cette tradition , on peut croire qu'on avoir gravé fus
i'écaille d'une tortue la fuite de quelques faits importans depuis l'origine de
la monarchie. Une écaille de tortue a quelquefois trois pieds de long fur
ia) Suprà , Liv. II, 5. 7. (c) Martini, Tom. I, p. 4^.
Édaitciflcmens , Liv. I , §. 11. (d) Population de l'Amérique, p. joj.
( 4 ) Population de l'Amérique, p. ;oi. Soucie: , Tom. III, p. 47.
ASTRONOMIQUES 341
deux pieds {a) de large. Les caractères chinois font alFez abrégés pour qu'on
écrive beaucoup de chofes dans un fi petit efpace. Cette tradition feroic
donc remonter l'empire de la Chine à 5 5 5 7 ans avant J. C. , parce que Yao
régna vers 15 57 ; fans compter qu'il pourroit encore remonter plus haut,
puifque !a tradition ne dit point que ces mille ans allalTent jufqu'au tems
d'Yao. Remarquons que le P. Kirker dit que cet empereur avoir inventé
des caracT:eres qui reirembloicnt à une tortue (<^).I1 y a quelqu'analogie entre
ce fait & la tradition dont nous venons de parler. Remarquons encore que
fuiv'antla lettre du P. Parennin que nous avons citée (c) , fi l'on ajoute à
l'époque d'Hoang-ti l'intervalle du 6^^ ans, qu'il donne aux règnes des 9
rois qui ont précédé ce prince , il en réfultera pour le commencement dii
règne de ces rois l'époque de l'an j 5 3 1 , qui ne diffère que de x6 ans de celle
que nous avons déduite de la tradition de l'écailIe de la tortue. Et fi l'on
ajoute encore à cette époque celle des règnes des 1 5 rois antérieurs , règnes
que nous avons réduits à 5 2.0 ans , on remontera à l'an 5 S 5 1 -ce qui rendroic
l'antiquité des Chinois à peu-près égale à celle des Egyptiens (i).
Nous efpérons qu'on ne trouvera point ces remarques puériles. Nous ne
prétendons point leur donner beaucoup d'importance ; mais dans les téné-
Ijres de l'hiftoire ancienne , où l'on ne trouve que des traditions vagues Se
obfcures , ce font les fynchronifmes , fournis par ces traditions, qui peuvent
faire trouver un jour la vérité de l'hiftoire.
§. X X I V.
Le5 Chinois eux-mêmes ne paroiflent dater la certitude hiftorique que
du règne d Yao , c'eft-à-dire, à l'an 1357. Cependant nous avons vu ( e ) , &
nous verrons avec plus deJétail, que les obfervations aftronomiques font re-
monter cette certitude jufqu'au règne de Chueni, & jufqu'à l'an 2449. Il y a
plus : on ne peut s'empêcher de convenir qu'en écartant les fables, dont eft
remplie l'hiftoire chinoife de ces tems anciens , on trouve une tradition
fuivie jufqu'au règne de Fohi , le premier empereur qui régna vers l'aji
2952. 11 n'y a point d'hiftoire ancienne plus fuivie, plus détaillée , & qui
riunilTe également les caractères de la vérité. On peut dire que là commence
(a) Anciens Mémoires de l'Académie (c) Éclairciiremens , Liv. I , §. 17,
ocs Sciences, Tome III , part, tj page {d) Ibidem, §. 19.
595. i^) Suprù , Liv.l, §. 10.
{i ) Population de l'Ar/iérique , p. ^oS. Infra , §. i8.
5 4i É C L A 1 R C I S S E M E N S
la certitude hifcûrique pour ceux qui n'auront pas formé d'avance , Se avant
tout examen , le delfein d'abréger la durée de l'empire de la €hine. Nous
ajouterons ici une conje6ture qui peut appuyer encore l'époque du règne de
Fohi y cela nous donnera lieu de rapporter en peu de mots ce qui concerne
les Tartares. ïls ont , comme les Chinois , le cycle de 60 ans j trois de ces
cycles forment la révolution qu'ils appellent van , le grand van eft de
10000 ans [a). L'an 847 de l'hégire , qui répond à l'an 1444 de notre ère ,
on étoit, félon eux , dans le 0865 van de loooo ans , depuis la création
du monde j ce qui lui donneroit alfurément une alfez belle antiquité. Mais
dansla perfunfion où nous fommes que tous ces nombres prodigieux d'années,
que l'on trouve chez les différens peuples , font fondés fur quelque divifion
particulière du tems , nous allons propofer nos conjeûures. On dit qu'ils
comptent par des périodes de 60 années , &: par leur van de 180 ans , juf-
qu'àce qu'ils ayent atteint loooo ans , alors ils recommencent. Mais 10000
n'eft pas un multiple de 60 j ils aurbient donc commencé leur grand van
à la quarante- unième année de la période de 60 ans; cela n'eft point na-
turel. Les peuples n'ont jamais admis de fubdivifions que lorfqu'elles font
exaftes. Nous croyons que cette divilîon en locoo eft peut-être une divilion
particulière de l'année , comme celle des jours à la Chine. Nous fuppofoas
qiie ces périodes de 60 & de 180, chez les Tartares comme chez les Chinois,
étoient appliquées aux jours comme aux années , & que ce nombre prodi-
gieux de vans n'étoit que le nombre de ces périodes de 180 jours. Cela
pofé , les 8863 vans font 4368 ans folaires , d'où retranchant I444,reftent
2924 ans avant J. C. , pour l'époque de cette chronologie. On n'imagine
pas qu'elle doive remonter à la création du mond.e ; on fent que cette cir-
conftance eft une addition de la fuperftitiont ou de la vanité ; mais elle re-
monte alTez précifément à l'époque de Fohi. 11 eft très - poffible que cette
manière de compter le tems appartînt réellement aux Tartares , que cette
date fut celle de l'antiquité où ils fe font ralTëmblés en corps de peuple : &
cette antiquité feroit à-peu-près égale à celle des Chinois & des Indiens II n'y
auroit rien d'étonnant que les Tartares , voifins du lieu qui fut l'habitation
du peuple antérieur , eulTent connu ces périodes de <jo & 180 ans qui, foie
pour les jours ou pour les années , ont été en ufage dans toute l'Afie. On
voit dans l'hiftoire des Tartares que depuis Oguz-kan , l'un de leurs plus
-— — a
(j) Hcrbclot , Bibliot Oiieuc. p. 508. Gol;us,//2 calce Atlands Jinici.
HyJc, de Relig. Perf. c. j8 , p. m. Couplet , in Fra.f. ad Philof. fnicam.
ASTRONOMIQUES. 545
anciens princes jufqu a Gingis-kan, il s'écoit écoulé plus de 4000 ans. Cm-
gis-kan naquit l'an i liîj. On date fon règne à-peu- près de l'an i 176. Donc
Oguz-kan a précédé l'ère chrétienne de plus de 2824. Mais ce prince lui-
même avoir été précédé de plufieurs princes. Ainfi cette chronologie con-
firme fort bien l'époque de 2924 ans, que nous avons déduite des calculs
précédens : époque qui eft peut-être celle de Mungl-kan , aïeul d'Oguz-
kan {u). Il eft probable que les Chinois & les Tartares ont une origine
commune. Les Tartares , nommés Igours, avoient le Chou-king & l'Y-king,
le calendrier &c les caraiSteres chinois {b). Mais comme les Tartares qui -
conquirent h Chine , étoient très-groflîers , quelques favans croyent que
ces Tartares ont adopte la manière des Chinois de mefurer le tems , &c
fe font réglés fur leur chronologie. Alors (ï l'on admet nos fuppofitions ,
cette chronologie donnera l'époque de Fohi. Nous avons dit que les folf-
tices étoient connus dès-lors à la Chine , puifque l'empereur Fohi faifoic
chaque année des facrihces d'animaux à ces deux termes du mouvement du
foleil , & que fon fuccelfeur établit deux fêtes au tems des équinoxes.
Nous ajouterons que les Chinois ont connu Se ont en la divifion de l'année
en deux parties d'une équinoxe à l'autre {c) , comme l'ont eue les Indiens
& les Grecs , & comme l'ont encore les habitans duKamchatka. Les Chinois
ont également connu , ou du moins confervent des traces de la divifion de
l'année en 4 parties , puifqu'ils comptent trois lunés pour chaque faifon j
difant la première , la féconde lune du piintems , &:c. {d).
§. X X V.
Nous avons dit qu'un Chinois , nommé Youchi , compofa une machine '
en forme de fphere qui repréfentoit les orbes céleftes. On fera peut-être
furprisque fous le règne d'Hoang-ti , iCr/j ans avant J. C. , les Chinois
eulfent déjà inventé &: exécuté la fphere ; mais voici une autorité qui ,
vient à l'appui de ce fait , & qui doit le rendre vraifemblable. On lit dans
le livre intitulé Chu-King, ou chronique ancienne, compofée 2205 ^'^s
avant J. C. « Dans la huitième figure eft reprefentée ime fphere montée
5? fur fon pied , & dont le pôle feptentrional eft élevé de 56". On y voit
( J )Hift. Gtn. des Tartares, p. 47. Herbelot, Biblior. Crient, pag. 487.
Hift. Gén. des Voyages f,--i 1 , T. XXV, ( c ) Mémoires de l'Académie des Inferip-
pag. :ij. tionSjTom. XV, pag. J49.
( l> ) Soucier , Obfervations , Tome I , ( a ) Mémoires de l'Académie deslufctip-
page 114. lions, Tcm. XVIII , pag. 183.
,,. É C L A I R C I s s E M E N s
„ rhoiizon , le méridien qui cft appelé le fixieme cercle , l'équateur , l'c-
j» clipcique , l'axe du monde , le centre de la fphere , Sec. Outre ces chofes ,
» il y a encore deux cercles dont l'un , qui eft intérieur au méridien, paroît
» être le colure des folftices , & eft appelé le troifieme ■ le fécond cercle
,5 eft intérieur à celui-ci , & paroît être le colure des équinoxes , quoiqu'il
» pourroit pafTer pour être mobile en dedans de la fphere , parce qu'il eft
» intérieur à tous les autres , & qu'il fupporte une alidade pour regarder
,> les étoiles : il s'appelle Jovi-Ki-You-Heng (à) ,■>. Cet inftrument eft cer-
tainement du tems d'Yao ( ^ ) , trois fiecles après Hoang-ti. Il eft donc très-
vraifemblable que la fphere , l'armille exécutée d'une maniera fi complette
fous le rétine d'Yao , ait pu être ébauchée & inventée fous le règne
d'Hoang-ti.
§. X X V 1.
Nous avons dit qu'on donna pour époque au cycle de 6o ans la première
année du resne de Hoang-ti, Le P. Gaubil ( c) ne fait remonter fon inf-
titution qu'à la 8 i année du règne d'Yao, & comme en 1(584 le tribunal des
mathématiques à la Chine comptoit la première année du 6j^ cycle , il
s'enfuit qu'Yao commença à régner l'an 2 j 57 , & que le cycle fut établi l'an
2277. C:tte dernière époque paroît plus pofitive , puifque c'eft ime décifion
du tribunal des mathématiques. Cependant le P. Martini {d) , & le P. Gaubil
lui-même rapportent à Hoang-ti l'établiirement du cycle. Vraifemblable-
ment le tribunal des mathématiques ne le fait remonter qu'à Yao , afin de
s'en tenir à une époque chronologique pliis sûre. Les années dç cette période
ont chacune des noms particuliers tirés de deux fuites de mots , l'une de dix
Se l'autre de douze. On ignore ce que fignifient les premiers j mais les der-
niers font des noms d'animaux qui appartiennent à la période de i 2 ans ,
répandue généralement dans l'Afie. Ces noms d'animaux font le rat , le tau-
reau , le léopard , le lièvre, le dragon, le ferpent, le cheval, la brebis,
le fmge , la poule , le chien , le porc {e).
' §. XXVI I.
Sous l'empereur Hoang-ti il n'y avoir point encore de caraderes
( <2 ) Manuf. de M. de Lifle , n°. 1 1 , i D, { d) Souciet , Tom. III , pag. 44.
( Â ) Ibidem j n°. 1 1 , i , H. {e) Souciet ,] Obfervations. Manufchts
(c) Souciet, Tom. II, pag. 137. de M. de Lifle , n°. it, i, D. -
fermés
ASTRONOMIQUES. 34J
forniLS pour rccriture; on fe fervoit alors feulement de cordes en y faifant
difféiens nœuds, des gros pour marquer les grandes affaires, & des petits
pour figniher les moins confidérables ^ mais Thuin-hié , miniftre du roi
Hoang-ti commença à inventer les caraifteres , & on leur donne une origine
alTez fmguliere j car ce fut, dit-on, d'après les traces des oifeaux !k des
animaux fur le fable. Le fentiment commun de la plupart des lettres efl:
qu'aux tems des rois Yao Se Chueni, les carafteres n'étoient pas encore
tout-à-fait perfectionnés j ils ne l'ont été que 7 ou 800 ans avant Confu-
cius j c'eft-à-dire , 1 2 à 1 3 fiecles avant J. C. ( « )
§. XXVIII.
L'e m r e r e u r Chueni régna l'an i 5 1 5 ; ce fut lui , qui , apperçut ks cinq
planecds en conjoncîion, le même Jour qu'on remarqua celle de la lune & dufoleïl.
Il voulut que l'année commençât par ce même jour ; ainfi que l'écrit un ajironoms
chinois dans f es remarques fur la conjlellation Xe , qui s'étend aujourd'hui de-
puis le iS° des poijfons, jufquau ^° du bélier. Voilà ce que rapporte le P.
Martini [b). Cette obfervation a été difcutée par plufieurs aftronomes. Les
uns l'ont cru faulFe & établie par le calcul j les autres ont penfé qu'elle étoit
réellement arrivée. Nous nous y arrêterons un moment, parce qu'elle fait une
époque qu'il eft bon de conlVater. Le P. Gaubil juge que ce n'étoit qu'une
conjonction fyftématique , une époque feinte du calendrier qui portoit le
nom de Tchouen-hiu, ou Chueni (c).M. Caffini fait wo\t{d) qu'il ne
peut y avoir eu une conjonction de cinq planètes dans la conftellation Xe, que
r.an îoii. Ces cinq planètes font, félon lui, faturne, Jupiter, mercure ,
venus, la lune, & environ Z4 heures après arriva la conjondion du foleil
& de la lUne. Mais M. Caffini s'eft mépris. Cette conjondion n'eft point
celle dont parle le P. Martini. Celle qui fut obfervée arriva le même jour ,
qu'on remarqua la conjondion du foleil & de la lune , ce qui femble exclure
la lune du nombre de ces .cinq planètes. L'erreur de M. Caffini vient de ce
qu'il s'eft trompé fur le fens du palTage du P. Martini, il a cru que la con-
jonction étoit arrivée dans la conftellation Xe j le pafTage ne le dit point. M.
Defvignoles ( e) &: M. Kirch (/) , ont fait tous deux le calcul de cette cou-
(a) Manutcrits de M. de Liile. Celui-ci (c) Souciée, Tom. III, p. ^6.
eft compofé par le heur Hoangh , Chinois, {,<>■) Mémoires de l'Académie des Scieu-
laterprcte du Roi, & écii: de fa main, ces, Tom. VIII, p. 549.
n". IJ4, 10. (t)Mém.QerAc. deBerlin, T.III.p. itfé.
{b) Martini , Tom. I , p. ;i, (/) Ibidem, Tom. V , p. 133.
Xx
34^ ÉCLAIRCISSEMENS
jonâ:ionj ils ont trouvé que le zS Février de Tau 1449, mars, juplteri
faturne & mercure fe font trouvés réunis entre le onzième & le dix-
huitieme degré des poilTons j c'eft-à dire , dans une très-petite partie du
zodiaque. Les quatre planètes étoient vifibles le foirj la conjonction du
foleil & de la lune arriva le même jour à 9 heures du matin. Voilà bien tous
les cara6teres du phénomène décrit par le P. Martini , & on ne peut faire
contre fon authenticité que deux objections : l'une que ce n'eft peut-être pas
une obfervation , mais un calcul fait dans des tems poftérieurs j l'autre que
cette conjonction n'eft que de quatre planètes , au lieu de cinq que les Chi-
nois fuppofent. Mais la première objection fe détruit d'elle-même : il faut
une connoiffance très-approfondie & très-exaéte des mouvemens céleftes
pour calculer ainfi les phénomènes qui ont dû arriver dans des tefns très-
reculés. Ces connoifTànces appartiennent à une Aftronomie pèrfeétionnée, à
laquelle les Chinois n'ont jamais atteint, d'autant que, fi c'étoit un calcul,
il feroit très-ancien. A peine les Chinois étoient-ils en état de prédire une
éclipfe d'une année à l'autre, quand les Jéfuites furent introduits dans l'em-
pire de la Chine \ encore ces prédiétions manquoient-elles le plus fouvenr.
Ce qui fit la faveur des Jéfuites, fut le calcul d'une éclipfe récemment man-
quée par les aftronomes du tribunal; calcul que le P. Terentius {a) avoit
fait , & qui fut préfenté à l'empereur. Quand on ne peut pas annoncer exac-
tement ce qui doit arriver l'année fuivante , on eft bien loin de pouvoir fup-
pofer des obfervations à la diftance de z à 5000 ahs. La féconde objeétion ,
quoique plus forte que la première, eft tout aufli aifée à détruire. Des que
la conjondion des quatre planètes eft arrivée , réellement au tems où l'hiftoire
en indique une de cinq planètes , il eft vifible que l'erreur ne tombe que fut
le nombre , &c que la cinquième eft une faute de copifte , ou une addition
faite par quelqite amateur du merveilleux. Les Chinois en font fort avides.
Nous avons un exemple d'une pareille fallîfication d'un phénomène réellement
arrivé. En 1715 (/^) on obferva à la Chine la conjonétion demars, jupiter,
venus ôc mercure dans la même partie du ciel. Les Chinois , pour faire leur
cour au prince, ont marqué une conjondion générale des fept planètes. Si cette
obfervation eft confervée, & fi dans quelques milliers d'années on ne trou-
voitpar le calcul que la conjonftion de quatre planètes, on fe tromperoir
beaucoup en conclu-int que cette dernière n'a pas été obfervée. On doit donc
(û)Hift. des Mathémat. T. I,p. 39?. (ô) RccucilduP. Soiiciet , T.II, p. 3 5'
ASTRONOMIQUES. J47
concluco que la conjonclion donc nous parlons , a été réellement remarquée ,
conlîgnée dans l'hiftoire j mais qu'on a ajouté à la fingularité du phénomène ,
ou par inattention , ou par l'envie de le faire paroître plus fingulier.
Remarquons de plus , que le premier Mars fuivant la lune fe trouva ert
conjonétion avec les quatre planètes , & fit par coniéquent la cinquième.
Cette «irconftance mal exprimée par les hiftoriens peut encore avoir pro-
duit la différence dont il eft queftion.
Chueni {a) voulut que l'année commençât le premier jour du mois , où
la conjonction du foleil è: de la lune arriveroit le plus près du folftice ou du
i5°duverfeau. Nous avons remarqué que , dans cette inftitution, l'empereur
Chueni ne fit que fuivre l'ancien & le conftanr ufage des Chinois, de com-
mencer l'année au folftice d'hiver. Ce n'eft pas que le folftice fut alors préci-
fément au 1 5 ° du verfeau ; mais la tradition confervée , anciennement fondée
fur quelque obfervation, avoit fixé le folftice dans ce point de l'écliptique.
L'empereur Chueni y ramena le commencement" de l'année qui s'en écoit
écarté par quelques vices du calendrier.
Ce qu'il y a de fingulier, c'eft que le folftice d'hiver étant au 15" de la
conftellation du capricorne , vers 1353 ans avant notre ère (/5) , il lui a fallu
2 1 (îo ans pour rétrograder d'un figne entier , de manière que ce folftice n'a
pu répondre au 1 5° du verfeau , que vers 3515 ans avant J. C. Or , fi les
Chinois ont une tradition que le folftice avoit été obfervé dans ce point , or»
en peut tirer une confirmation de certains calculs hypothétiques , qui font
remonter leurs antiquités à l'an 3 5 1 z Se à l'an 3851 [c).
§. X X I X.
L E pa(rage du Chou-King , livre compofé du tems même d'Yao , ou dan<f
un tems qui n'en eft pas fort éloigné, eft trop fingulier pour ne le pas rap-
porter ici (û').
1°. Yao veut que Hi & Ho calculent & obfervent les lieux & les mouve-
mens du foleil , de la lune & des autres aftres , & qu'enfuite ils apprennent
aux peuples ce qui regarde les faifons.
2°. Selon Yao , l'égalité du jour Se de la nuit , & l'aftre Niao font détermi-
ner fùrement l'équinoxe du printems.
( ii ) Les noms Chinois s'orthographient (i ) Infrà , ÉclaircilTemens , Liv. IX,
fort diftéremment par les différens Au- ^. ^6 Se fuivans.
tcurs. Nous écrivons comme le P. Mar- (c) Éclaire. Liv. I, §. i^jLiv. III, 5. i},
tini. id ) Souciet , Tom. III , p. 6.
Xxij
.34S ÉCLAIRCISSEiMENS
L'égalité du jour &c de la nuit, ôc l'aftre Hiu marquent l'équinoxe
d'automne.
Le joui" le pins long, & l'aftre Ho font la marque du folftice d'été.
Le jour le plu'; courr , &c raftre Mao font connoître le folftice d'hiver.
3°. Yao apprend à Hi & à. Ho que le ki eft de ^6S jours, & que pour
déterminer l'année & fes quatre faifons , il faut employer la lune intercalaire.
Hi Se Ho croient les noms des aftronomes d'Yao, chargés par lui de compo-
fer le calendrier , qui devoir être diftribué au peuple pour régler l'agriculture.
Ainfi , voilà un calendrier ruftique, plus ancien que tous ceux dont il fera
parlé dans la Grèce. On voit encore dans ce paffage que la longueur des
jours &c des nuits & leur égalité, font les premiers indices qui ont fait
reconnoître les folftices Se les équinoxes. Les anciens interprètes de ce livre
on: expliqué quelles étoient les conftellations , qui, de ce tems étoient
appelées Niao , Hiu , Ho & Mao. Le P. Gaubil en conclut que depuis le règne
d'Yao jufqu'en 1700, les étoiles fe font avancées de plus de ^6° [a) , ce qui
à raifon de 71 ans pour un degré, fait 403 5 ans. Donc le règne d'Yao doit
être placé environ z ; 3 i ans avant l'ère chrétieime. C'eft ainfi que toutel'Af-
jxonomie des Chinois dépofe pour leur chronologie.
§. XXX.
M. Cassini a mal déterminé le tems d'Yao fur un pafHige du P. Mar-
tini {b). Il dit que du tems de ce prince le folftice d'hiver étoit au premier
degré de la conftellation Hiu. L'an i6ii ce premier degré éroit dans 18*
16' duverfeau ; il avoit donc avancé de 48'^ 16', qui répondent feulement à
3 47 S ans ; Yao ne feroit donc que de l'an 179^ avant J. C. j mais la pofition
tlu- folftice que rapporte le P. Martini, eft un calcul & non une obfervation.
Il a puifé dans un auteur qui vivoit l'an 1005 , de qui , en conféquence de
la pofition aduelle du folftice , du mouvement des fixes qu'il croyoit d'un
degré ea 78 ans , Se du règne d'Yao que la tradition fixoit vers 2300 , a
conclu que les fixes s'éranr avancées de 42° , le folftice avoit du être fous
le re<Tne de ce prince au premier degré de la conftellation hiu. Il eft évi-
dent qu'on ne peut faire fervir à déterminer le tems d'Yao , une pofition
fictive établie elle-même au contraire fur la tradition du tems où il a
vécu (c).
( a ) Recueil du P. Soucie: , T. III , p. 5 9. des Sciences, Tome VIII, page jjî.'
l b) Mémoires de l'Académie Royalç (c) Recueil du P. Souciée, T. JII , p. j»
ASTRONOMIQUES. 549
Remarquons , avec le P. Gaubil , que la plupart des aftronômes chinois
fixent le commencement du zodiaque à un des degrés de la conftellation
hiu , & de tout tems ils ont fait beaucoup d'attention à cette fixation. S'il
falloir faire quelque conjefture , dit ce père , je pencharois à croire qu'Yao
eft le véritable fondateur de l'Aftronomie chinoife. Car de fon tems le folftice
d'hiver répondoit sûrement à un des degrés de la conftellation hiu. Les
Cliinois ont toujours commence leurs calculs par le folftice d'hiver {a).
§. XXXI.
It eft difficile de conje>fturer , d'après le fécond article du Chou-King ,
de quelle manière ces conftellations indiquoient les faifons. A l'égard du
folftice d'hiver , & peut-être des deux équinoxes , il paroît clair qu'ils les
dcfignoient par le paffage des conftellations au méridien , ou vers le milieu
du ciel à (î ou 7 heures du foir. Ces conftellations font éloignées d'environ
90 degrés de celui des points cardinaux qu'elles délignent. On voit que
la conftellation Mao , ou les Pléiades, étant dans l'équinoxe du printems
l'an 2387, dévoient fe trouver à-peu-près au méridien à 6^ du foir le jour
du folftice d'hiver {/>). On en peut dire autant de la conftellation hiu j mais
cela ne peut pas avoir lieu au folftice d'été. Les étoiles ne font pas vifibles
à 6'' du foir. Nous imaginons qu'ils fe font réglés par l'étoile qui brilloit
dans le méridien au coucher du foleil. Il fe trouve en effet qu'à cette époque
& au coucher du folftice d'été , antarès , une des plus belles étoiles & des
plus remarquables du ciel , étoit dans le méridien. Alors l'aftre ho feroit
aujourd'hui la cûnftellation fing, où eft antarès , le cœur du fcorpion (i).
Le troifieme article du paftage du chou-king nous apprend que les Chinois
avoient dès-lors une année de î6<î jours, c'eft-à-dire, trois annéas de 365 jours,
& la quatrième de ^66. Nous voyons auflî qu'ils avoient une lune interca-
laire, & par conféquent leur année étoit luni-folaire. On ignore quelles font
les tentatives qu'ils ont pu faire alors pour concilier les mouvemens du
foleil & de la lune ; conciliation qui a coûté tant de tems & tant d'efforts
à tous les peuples qui l'ont tentée. Il paroît qu'ils avoient dès-lors le cycle
de 19 ansfolaires, équivalant à 2 3 5 lunaifons, dans lefquelles il y en a fept in-
tercalaires (d). Ce qui n'a rien d'étonnant puifqiie nous avons montré que
(a) Recueil duP. Soucie: , T. liî, p. 54. des Sciences, Tome VIII, r?.^e S 14-
(o) Ib'idcm, pag. S. {d) Recueil du P. Soucict , Tome I,
(f) Anciens Mémoires de l'Académie page 5 , Tom. III^ p. 47.
J50 ÉCLAIRCISSEMENS
l'ufage de cette période remonte à la plus haute antiquité, &a été général
en Alîe. La forme de l'année dont ils fe fervent eft fort fimple. Leurs mois
font alternativement de zp & de 30 jours. Le mois porte le nom du figne où
le foleil entre à la fin de ce mois, & lorfqu il finit, fans quelefoleil foit entré
dans le figne donc ce mois porte le nom , on intercale un mois j cette inter-
calation i"e détermine quelquefois par obfervation.
§. X X X I L
XuNi , fuccefleur d'Yao , fit faire, dit on , une fphere d'ot enrichie de
pierreries , où l'on voyoit les fept planètes & la terre au milieu {a). 11 y
avoir un axe mobile , & au deffiis un tube pour voir les aftres j mais le P.
Gaubil dit que le paffage ne fignifie , à la rigueur , qu'un axe pour régler le
mouvement des fept planètes. " Je fais , dit-il , qu'on exprime le caradlere
0 heng par un axe au delfus duquel ell: un tube pour mirer» : mais cette tra-
dudion du caradere heng pourroit bien avoir fon origine dans l'interpré-
tation , faite longtems après , à l'occafion d'un inftrument qu'on avoir fous les
yeux , & qui avoit un axe de cette forte. Nous propoferons ailleurs nos
conjectures fur l'exiftence & l'ufage de ce tube {è).
§. X X X I I L
La i^""^ ou la 6^ année du règne de Chou-Kang arriva , comme nous
l'avons dit , une fameufe éclipfe du foleil dans la conHellation/à/»^, qui
s'étend aujourd'hui depuis le 28° du fcorpion , jufqu'au 3° du fagirtaire. On
a douté de la réalité de cette éclipfe , mais le P. Gaubil a fait (c) voir qu'il
V avoit eu une éclipfe de foleil , vifible à la Chine , dans la conftellationyi/2^
à 7'^ du matin , le 1 1 OcTiobre 2-155 ans avant J. C 11 prouve de plus , comme
cela eft facile , que cette éclipfe n'a pu être fuppofée , parce que les éditeurs
du Chou-King, 204 ans avant J. C. , n'avoient point les principes fuffifans
pour calculer une éclipfe fi ancienne. D'ailleurs ils ne connoiiïbienc point
le mouvement des fixes , & n'auroient pu établir , d'une manière afiez pré-
cife , le lieu de la conftellation fang dans l'écliptique pour une époque fi
reculée. On voit par le détail de cette éclipfe que les Chinois avoient dcs-
lors l'ufage de rapporter le lieu du foleil aux conftellations.
( <! ) Martini J T. I, p. 7^. (c\ Recueil du P. Soucict, Tome II,
( i ) tliftoire de l'Aftionomic moderne, paj^c 140.
1
I
ASTRONOMIQUES. 551
§. XXXIV.
Dans le Tcheoii-li, qui eft un ouvrage public 6c commenté plus de
106 ans avant J. C. (a) , on indique la cérémonie d'aller au Miao , palais
des ancêtres , le premier jour de chaque lune. Le jour de la lune interca-
laire, la cérémonie fe faifoità la grande porte du palais. Dans l'intérieur de
ce palais , il y avoir quatre bàtimens , dont la grande porte regardoit di-
reftement un des quatre points cardinaux. Le bâtiment de l'eft étoit pour
les trois lunes du printems \ celui de l'oueft pour les lunes de l'automne :
le bâtiment du midi étoit pour les lunes d'été j celui du nord pour les lunes
d'hiver. A côté de ces palais intérieurs , il y avoit douze loges pour les
douze lunes. C'eft là que l'empereur, les grands faifoient la cérémonie ; on
égorgeoit une brebis , & le prélîdent du tribunal des mathématiques an-
nonçoit le jour de la lune. Enfuite on montoit à la tour des mathématiques ;
on fpéculoit vers les quatre coins du monde, ic on tenoit régiftre de (i) tout.
On ne connoît ni l'intention , ni l'antiquité de cette cérémonie ; mais puifquc
le motif n'en étoit pas connu des commentateurs du Tcheou-li , il s'enfuie
que la cérémonie étoit trcs-ancienne.
§. X X X V.
Le Tcheou-li veut qu'on foi: attentif à marquer les révolutions de la
planète de Jupiter 5 qu'on divife la nuit par intervalles j c'étoient des clep-
fidres qui mefuroient ces intervalles. On y trouve encore le gnomon Se
fes ufages détaillés d'une manière très-particulière. La connolifance de cet
inftrument paroît devoir remonter à la Chine, au moins à l'an 1 1 20 avant
J. G., ou même feton le P. Martini , à i^6@ {c). Dans la ville de Teng-
fung , province de Honan , étoit alors un gnomon élevé par l'empereur
Tcheou-kong. Cet inftrument avoit une règle perpendiculaire & une autre
hcrifontale , toutes les deux divifées [d] en parties égales. On enfei^ne
dans l'ouvrage cité qu-e le gnomon eft propre à mefurer l'ombre dufoleil j
que l'ombre méridienne eft la plus courte de toutes les ombres ; qu'elle eft
différente félon les pays j plus on va au nord , plus elle eft longue : plus on
va au midi , plus elle eft courre : Ci l'on s'avance à l'eft, l'ombre arrive plutôt
à fon terme : Ci l'on marche à l'oueft, elle y arrive plus tard. Voilà donc la
va) Soucier, Tom. III, pag. 5}, ( c ) Hiftoire de la Chine, T. I, p. i tf 5.
( è ) Uzàem , page 54. (_d) Manuf. de M. de Lifle, n". 11,38.
551 ÉCLAIRCISSEMENS
connollfance des latitudes j établie par la différente longueur des ombres ;la
connoilTIince même de ladiftérence de longitude, déduite des tems où arrive
dans les différens lieux Tombre la plus courte. Mais quel étoit la méthode des
Chinois pour connoître ces tems? C'eft ce qu'on ne peut pas dire. Le même
livre prefcrit d'obferver le jour les ombres du foleil avant ou après-midi , Se
la nuit l'étoile polaire. Il eft vifible qu'il s'agiffoit ici des méthodes de tracer
la ligne méridienne par des hauteurs correfpondantes , & par l'étoile po-
laire j méthodes dont ils fe fer voient pour orienter leurs bàtimens. Le P.
Gaubil afflue encore ailleurs qu'ils avoient ces méthodes de tems immémo-
rial [a). Il cp fort douteux , dit il , 7? de tout tems ils n'ont pas employé à
cet iifige l'aiguille aimantée. Mais la connoilTance de l'aiguille aimantée fup-
pofe encore celle de la ligne méridienne , pour en conftater la variation ,
fans quoi leurs édifices feroient fort mal orientés.
L'auteur du Tcheou-li dit qu'au folftice d'été l'ombre d'un gnomon de
8 pieds eO: de i pi,ed 5 pouces chinois (/^). M. Freret (c) remarque qu'au folf-
tice d'hiver l'ombre de ce gnomon étoit de i 5 pieds j ce qui donne pour
l'obliquité de l'écliptique 23*' 54' 14", la même quantité à-très-peu près que
celle qui ell fuppofée par les anciens aftronômes grecs , Pithéas , Eratof-
thenes , Hipparque & Ptolemée : ce feroit une confirmation finguliere de
leur obfervation , fi on favoit où M. Freret a pris que l'ombre de ce
gnomon au folftice d'hiver étoit de i j pieds. Le P. Gaubil ne le dit point.
Quoiqu'il en foit la hauteur du pôle de Loyang, déterminée par cette obli-
quité &: par lahauteur du foîeil, réfultante delà longeur de l'ombre, fe trouve
de 54° 47' 3 3" j latitude que l'on foupçonne appartenir à Honan , ville près
de laquelle fut le vieux Loyang où habita Tcheou-kong , tandis qu'il gou-
\erna l'empire 1550 ans avant J. C. : conjeéture qui donneroit au moins
cette date à l'ufage du gnomon (.i).Lcs PP. Régis & de Mailla, avec des inf-
trumens exaéts , ont trouvé cette latitude de 34° 46' 15" {e) : ce qui prou-
veroit 'que les Chinois n'obfervoient pas fi mal.
(d) Recueil du P. Soucier, Tome II, ( f ) Mém. Acad. Inf. T. XVIII, p. IJ12
page 69. " (i^) Soucier, Tom. III, pag. ;j.
(i) Ibidem^ Tom. III, page 38. {,e) Ibidem , Tom. II, pag. ijj.
LIVRE
ASTRONOMIQUES. 3Î5
LIVRE QUATRIEME-
De l' Afironomie des anciens Perfes Ù des Ckaldéerts.
§. Premier.
T
J'-'ES anciens PerjTas comptoienc deux dinafties , ou fuite de rois jafqu'à
Alexandre, celle des Pcischdadlens qui onr régné peiidau: i + 5 i ans 7 mois ^
& celle des KéaJiiens qui ont régné pendant 732 ans. Alexandre fut le
dernier qui mourut 314 avant J. C. Cette chronologie commence donc
Tan 3507. Diemschid régna 71 () ans depuis l'an 1691 jufqu'àl'an 3407. M.
Anquetil remarque & croit avec beaucoup de vraifemblance que ce nom
doit être celui d'une dinaftie [a ). On voit que cette chronolohie eft fuivie.
En confultant l'ouvrage même de M. Anquetil , on verra que la durée des
règnes y efl: citée en années & en mois. Cette exaélitude & ces détails dé-
montrent l'authenticité de la chronologie. On ne peut révoquer en doute
ces rois appelés Peischdadiens , & encore moins Diemschid dont la répu-
tation fubfifte dans l'Afie. Nous avons rapporté la tradition orientale que
fepr édifices merveilleux , renfermés à Perfepolis dans le palais de Diemschid,
furent détruits par Alexandre ; ce qui eft conforme à l'hiftoire de ce conque'
rant qui brûla le palais des rois de Perfe dans cette ville.
M. le Comte de Cailus reconnoît que les édifices des Perfes à Perfepolis
ne peuvent être l'ouvrage de Cirus , ni d'aucun tems poftérieur ( é ) : ce qui
eft d'accord avec l'opinicn qui les attribue à Diemschid. Chardin étoitper-
fuadé que cette ville étoit de la plus haute antiquité (c).
Cette chronologie rapportée pat M. Anquetil donne pour le commence-
ment de l'empire des Perfes l'an 3507 avant J. C 11 paroîc par les tables
perfiennes , qui font dans l'Aftronomie philolaïque [d] , que , lorlque Yaz-
degird monta fur le trône l'an o 3 z de notre ère , les Perfes comptjient l'an
du mond; f» 1 J9 ; cttte chronologie remonte encore zooo ans au delà de l'é-
poque donnée pu' M. Anquetil.
( ij Z.; iJ.Avtil ; , traiiiic par M. An- ( l ) Chardin , voyage en Petfi: j T. IX.
cjj.til , Ti. m. II , [■. 4:7. pag. 164.
^ ■) iNiéji. AcaJ.itii'. T. XXIX , p. 141. (e) Boiiillaud , p. 114.
* Yy
3 54 ÉCLAIRCISSEMEXS
L'anné,: des Perfes , établie par Diemschid , étoir de 3^5 jours , comme
le tems de la création , qui s'eft opérée en fix gahambars , ou intervalles
dont la fomme fait 365 fours. Partagée en douze mois , de trente jours
chacun , elle avoir cinq jours qu'on ajoutoit & qui étoienr appelés jout*
funifs ou dérobes [a).
§. I I.
La période de l'intercalation d'un mois tous les 12e ans , réglée par
Diemschid , peut fervir à déterminer le tems où régna ce prince , & l'époque
de ces connoilfances chez les perfes. L'an 6^ 1 de notre ère , au commen-
cement de l'ère d'Iesdegird, le mois intercalaire fe trouva à la fin du hui-
tième mois , ce qui répond à l'an ^60 de la période de 1440 ans ( b). Elle
avoit donc commencé l'an 319 avant J. C. ; mais comme Diemschid eft
certainement beaucoup plus ancien , il faut remonter d'une ou de deux pé-
riodes, jafqa'à l'an 1760 , ou 32.09 avant J. C. Il s'agit de choifir entre
ces deux époque?. Nous croyons qu'on peut démontrer que la plus ancienne
eft la véritable. Cette forme d'année dura jufqu'aa règne de Sultan Me-
lic-Schah en 1079 de J. C. , où l'aftronôme ( c ) Omar Cheyam réforma le
commencement de l'année , pour le faire cadrer avec l'entrée du foleil dans
réquinoxe , & il ajouta 1 5 jours dont le commencement de l'année précédoit
l'équinoxe. Or l'année folaire vraie étant fuppofée de 3(^5' j"* 50', & l'année
civile étant établie de 365' 6'' , il s'enfuit que tous les ans l'année civile doit
arriver 10' plus tard que la vraie année folaire , & au bout de 1440 ans le
commencement de l'année civile , au lieu de précéder le commencement de
l'année folaire , doit retarder de 1 o jours. Mais l'erreur éroit toute contraire ,
puifque la correction de l'aftronome Omar prouve que l'année civile com-
mencoit 1 5 jours avant l'équinoxe. Le commencement de l'année civile
ayant été établi au premier degré de la conftellation du bélier du tems de
"Diemschid , fi l'on veut que ce fût 17(^9 ans avant J. C. , l'étoile ; du beliec
étoit dans le 10° 25' des poilfons j ainfi le commencement de l'année pré-
cédoit l'équinoxe de ^o jours. Mais dans l'intervalle de l'an 17(^9 avant J. C.
à l'an 1079 de notre ère , en 2S47ans, ce commencement auroir avancé
de 18470', ou à-peu-près de 20 jours, il auroit donc coincidé avec l'équi-
noxe , & il n'y auroit point eu de correction à faire. C'eft toute autre chofe
{a.) ¥L)-àe.,derd. %-e:. Pcrf. c. 15, p. Ijl. ( o ) Hydc, c. 14, p. 184.
^rerct, dcf. delà Cbrou. p. 414. {c) Herbelot , p. jji.
ASTRONOAÎIQUES. 35^
ca fiippofant poiir i't'poqiie de la pâiode l'an 3 locj. ■> du bélier étoit alors
dans 10° ij' du verfeau , & le commencement de l'année civile précédoic
réqiiinoxe de 40 jours. Dans lintervalle de 4188 ans, ce commencement
avoir dû avancer de 41SS0' , ou d'un peu moins de 50 jours. L'année com-
niençoir donc encore au rems d'Omar, 10' avant l'équinoxe. La différence
de 5 jours eft fans doute une erreur d'oblervation , ou plutôt de calcul j on
en peut même indiquer la fource. Suppofons que l'aftronôme Omar Cheyam,
par les ordres du fultan Melic-Schah en 1089 de notre ère, ait obfervé que le
fûleil, le premier jour de l'année civile, éroit encore éloigné de ? du bélier
de 3 1" , il aura cherché dans le catalogue de Ptolemée la pofition de cette
étoile qui, pour l'an 139, eft de 6° 40' plus avancée que l'équinoxe. En tenant
compte du mouvement des étoiles d'un degré en 100 ans , comme il a été
établi par Ptolemée, il aura trouvé qu'en 1089 l'étoile étoit à 16° 10' de
diftance de l'équinoxe , d'où il a conclu que le commencement de l'année
prccédoit l'équinoxe de 15° ou de 15 jours. Mais cette étoile avoit réelle-
ment alors 20** 18' de longitude; donc le commencement de l'année ne
précedoit l'équinoxe que de lo' {. Il s'ctoit donc avancé depuis Diemschid
de !<■;> 7: ce qui eft à-très-peu-près l'anticipation qui devoit avoir lieu à
raifon d'un intervalle de 4188 ans. Donc la période de l'intercalation des
Perfes a commencé vers l'an 3 209 avant J. C. C'eft aulîl la confirmation de
la chronologie qui place Diemschid , inftituteur de cette période , vers le
fiecle même que le calcul vient de nous donner; car nous fuppofons avec
M. Anquecil , que le nom de Diemschid eft celui d'une dynaftie, qui régna
depuis 3507 jufqu'en 2:^91. Un des princes de cette dynaftie établit la pé-
riode , & il nous fuffit que l'époque de notre calcul remonte à l'intervalle du
règne de cette dynaftie. Nous n'avons rien fuppofé contre la vraifemblance.
Si nous avons fair l'année -vraie plus longue qu'elle ne l'eft aujourd'hui , c'eft.
que nous avons lieu de croire qu'elle l'étoit réellement dans ces lîecles
reculés (a).
§. III.
Il eft remarquable que les Perfes croyoient les étoiles plus près que la
lune. Selon eux ( ^ ) , la montagne de l'Abordi, la plus haute de la terre , fut
800 ans à croître entièrement. En 200 ans , elle s'eft élevée jufqu'au ciel
des étoiles , en 200 ans jufqu'au ciel de la lune , en autant de tems jufqu'au
ciel dufoleil ;eniin dans les 200 dernières années , elle a atteint le ciel de 1a
(<j) Bailly, Mém. Acad. des Se, 1773. {b ) Zend-Avçfta, T. II, p. 364.
Yyij
•35<? ÉCLAIRCISSEMENS
lumière première. Les Perfes , d'après une de leurs traditions , penfent qu à
la fin du monde il tombera un aftre fur la terre {a).
Voiîâ tour ce que nous pouvons dire ici des cormoifFances des anciens
Perfes. M. Anquetil croit que les rois des deux dynafties des Peifchdadiens
& des Kéaniens , croient peut-être des princes de l'Aderbedjan &: des pro-
vinces orientales de la Perfe , abfolument difFérens des monarques AfTy-
riens , Medes Se Perfes , dont parlent les auteurs Grecs.
§. I V.
Nous avons dit que , fuivant notre opinion des trois Hermès , le der-
nier feul étoit Egyptien. Le premier a vécu avant le déluge , c'efl: Manéthon
qui nous l'apprend {l> ). Nous avons cru pouvoir indiquer l'époque des deux
autres Hermès, au moyen de quelques obfervations que nous avons trouvées
dans les aufeurs. M. Edouard Bernard ( c) rapporte une obfervation de
l'œil du taureau, attribuée à Hermès, qui place cette étoile d\ns 15° 17'
des poiiTons. Il ne dit point où il a pris cette obfervation , qui eft infiniment
curieu'e, &: qui, fi elle eft authentique , eft la plus ancienne que nous
connoiflîons. En 1750 l'œil du taureau étoit dans 2' 6° 17'j il a donc
avancé depuis ce tems de 71° : ce qui , à raifon d'un degré en 7 1 ans , fait
j 1 1 2 ans & place par conféquent Hermès 3 3(^2 ans avant J. C.
Nous ne devons pas ditUmuler que dans le nombre des pofitions de l'œil
du taureau , obfervées par difFérens aftronômes, & rapportées dans li petite
table de M. Bernard , on a marqué partout le bélier au lieu du tau-
reau. On pourroit de même avoir marqué les poiffons au lieu du bélier.
C'eft ce que nous ne pouvons décider. M. Bernard n'a donné aucun dé-
tail fur cette obfervation. Ce n'eft point une faute de labrégé des Tranfac-
tions philofopliiques , l'original y eft abfolumenr conforme. Cependant l'é-
poque d'Hermès telle que nous l'avons donnée, & telle qu'elle réfulte de
cette obfervation , s'accorde fi bien avec l'établilEement des connoilEances
aftronomiques chez les Indiens & chez les Perfes, puifqu'elle précède dedeu%
/îecles & demi l'époque des Indiens , & de 1^0 ans l'établilTement de la
période des Perfeî , que nous penchons à croire que l'obfervation eft véri-
table. Nous penfons donc que cet Hermès eft l'Hermès Chaldéen , né à
Calovaz , qui fut le fécond Thaut des Egyptiens. Nous avons tiré l'époque
(a) Zend-Avefta , T. I , part. 1 , p. 3 S. (c) Tranf. Philof. n". 158, acnéc 1694,
{/>) Sincellç , pag. 40. abrégé, T. I, p. iji.
ASTRONOMIQUES. 557
du troifieme Hermès , de deux obfervacions rapportées par Aur^ufiin Ric-
cius (j) Nous difcuterons ailleurs ces obfervaiions , & nous ferons voir
qu'elles font plus vraifemblables qu'elles ne le paroiirent d'abord (/'). II
nous fuffira de dire ici que Riccius attribue ces obfervations à un Hermès
plus ancien que Ptolémée de 1985 ans : d'où il réfulte que cet Hermès flj-
rilToit 1 S^6 ans environ avant notre ère. Cette époque (i différente des deux
autres , nous paroît être celle du troifieme Hermès.
§. V.
La chronologie des AiTyriens Se des Medes , eft fujette à beaucoup de
difficultés , nou5 ne nous y arrêterons point ; nous dirons feulement que le
P. Pezron place la fondation deBabylone 5 144 ans , Se celle de Ninive 2787
ans avr.nt J. C.
Selon Alexandre Polyhiftor , Abidcne & ApoUodore , ( c ) il s'étoit écoulé
depuis la création du monde jufqu'au déluge 1 10 fares. Depuis le déluge
jufqu'A Evechous 9 fares 6c demi j enfuite 7 rois Chaldcens qui regne-
r;n iç)oans (<?') j7 rois Arabes 215 ans. Enfin les AflTyriens foumirenc
Bibylone , Se Belus Se fes fuccelfeurs y régnèrent pendant 1^60 ans (e) ,
jufqu'au dernier Sardanapale , qui ayant été vaincu par Arbace, l'empire
fut transféré aux Medes. Ce Sardanapale fut détrôné , félon M. Freret, en
608 (/)■ Il en reluire qu'Evechous régna à Babylone 1473 ans avant l'ère
chrétienne. Le liecle d'Evechous eft important à fixer, autant que le per-
mettent les ténèbres de la chronologie , parce que c'eft alors qu'on cefTa
de compter par fares, & que les années folaires furent admifes pour la règle
des tems {g).
Njus avons remarqué que l'ancienne période de (îoo ans , dont l'inftitu-
tion a précédé le déluge , fuppofoit 146 jours intercalés, & nous avons cru
pouvoir étabbr que cette intercalarion avoir été celle d'un jour tous les quatre
ans. Mais, dans l'intervalle de ^00 ans , il y auroit eu 150 jours intercalés
au lieu de 1^6 , d'où nous avons cru pouvoir conclure qu'on fupprimoit une
intercalarion tous les 150 ans , & nous avons penfé que ces 1 50 ans avoient
(c) AuguiLin Riccius, Traciutus de oB. (d i Ibidem, p. 78.
fphe a , pag. 13. («) Idem, p. 91.
( b) VÙye^ l'Hiftoire de l'Aftronomic ( / ) .V^ém. Acad. des Inf. T. V, p. 404.
niodetne. ïrcrct, déf. de laChroa. p. 135.
(c) Sincelle, pag. 30,38. {g) Sineelk, p. 78.
353 ÉCLAIRCISSEMENS
pu former une périod; civile {a). Si en confcquence on fuppofe qu'elle fût
en ufa^e depuis le déluge , & que c'eft ainfi qu'on doit entendre les 9 fares
&: demi écoulés jufquà Evechoiis , il en réfultera un intervalle de 1415 ans,
qui ajoutés aux 116^ ans qui ont précédé le déluge , fuivant la chronologie
chaldéenne, &: aux 2473 écoulés depuis Evechous , forment une fomme de
606^ ans pour la durée du monde jufqu'à notre ère. Le récit des trois
auteurs que nous venons de citer , pour le dire en pafTant , montre l'anti-
quité des Arabes , qui l'an 2285 étoient déjà réunis en corps de peuple , C-:.
airezpuiflans pour faire la conquête de Babylone.
§. V I.
Cette connoiflance de l'année folaire annonce beaucoup de connoif-
fances aftronomiques antérieures , fi elle eft née à Babylone ; mais nous
penchons à croire qu'elle y avoitété apportée d'ailleurs. 11 eft vrai que Stra-
bon (/■) regirde les Chaldéens comme indigènes ; mais Eerofe (cr) , qui de-
voir être mieux inftruit que Scrabon des antiquités babyloniennes , dit po-
fitivement qu'ils étoient étrangers. Ainfi on peut croire que les Chaldéens
étoient fortis de quelque contrée plus orientale , ou peut-être de la Perfe.
Evechous tranfporta à Babylone la connoilTance de l'année folaire. Cet
Evechous ell efFeâ:ivement le premier des, rois Chaldéens ^ ceux qui l'ont
précédé depuis la fondation de Babylone , ne portoient pas ce nom.
§. VII.
ZoROASTRE fut, dit-on , l'inventeur de l'Altronomie dans la Chaldée j
mais on n'eft point d'accord fur fa patrie , ni fur le tems où il a vécu. Zo-
roaftre , l'auteur du Zend Avefta , l'inftltuteur ou le reftaurareur du culte du
feu & de la religion des mages , a été contemporain de Darius Hiftafpe , &
'naquit , fuivant M. Anquetil, 58jans avant J. C (^) ; Suidas (e)le place
500 ans avant la guerre de Troye , c'eft-à-dire 1709 ans avant J. C. Dic-
gene Laerce 600 ans (/) avant l'invafion de Xercès , ou lob'o ans avant
J. C.Hermodore , platonicien, 5c Hermippe cités pat Pline , 5000 ans avant
la guerre de Troye, ou (^209 ans avant J. C. Eudoxe (îooo ans avant la mort
de Platon , ou 6348 ans avant T. C. (g). On a penfé qu'il y avoir eu plu*
(a) Supra , Liv. IH , §. S. ( e ) Suo titulo Aftronomie & Zoroaf-
ib ) Géogr. Lib. XVI , p. 739. tre
ic) Sincelie , p. i8. (/) In proemio.
{d) Zend-Avclla, T. I, par:, i, p. Co. {g) Pline, Lib.XXX, c. i.
ASTRONOiMIQUES. 359
/leurs Zoroaftres , & il femble que ces ditFcretUcs traditions le prouvent,
quoique M. Hyde ne foitpasde ce fentimeut [a). 11 eft impoiriblc de rap-
porter ces traditions au Zoroaftre qui vivoit en 589. Commcm Eudoxe au-
roit il pu croire que Zoroaftre vivoit 6000 ans avant la mort de Platon , Zo-
roaftre qui n'auroit précédé Platon & Eudoxe que d'un fiecle ? 11 eft vraifem-
blable que ce qu'en difent Hermodore , Hermippe , Eudoxe , n'étoit fondé
qni fur la tradition vulgaire ; cette tradition eft vifiblement fabuleufe , ou
du moins demande quelque explication : mais peut-elle avoir lieu à l'écr.-ird
d'un homme qui vivoit loo ou 100 ans auparavant ? Les fables ne naiftent ,
ni ne s'accréditent point fi prompcement j il en faut donc conclure qu'il v
a eu au moins deux Zoroaftres. "Les anciens Perfans [ù] veulent tous que
» Zoroaftre foit plus ancien que Moïfe , Se les Mages , fedateurs de ce pre-
» mier légiflateur , vont jufqu'à prétendre qu'il eft le même qu'Abraham ,
« &: l'appellent fouvent Ibrahim Zerda;ehr , comme qui diroit Abraham ,
jj l'ami du teu j). Benfchuhnah, quoiqu'il penfe que Zoroaftre ait vécu du
tems d'Efdras , c'eft-à-dire peu de rems après Darius Hiftafpe , ajoute ce-
pendant (v) « qu'il y a plufieurs hiftoriens Perfans qui le croient beaucoup
n plus ancien, &" qui le font defcendre de Manougehcr_, roi de la dynaftie des
» Peifchdadiensu. Dansle livrede Giarmab,cephi!ofophe(i/) ditqueZoroaf-
tre parut du tems de Feridoun , roi de la même dinaftie , 1 500 ans après le
déluge , c'eft.- à-dire long-tems avant Manougeher. Il eft évident que les hif-
toriens fe contredifent ici , ou pour mieux dire, parlent de deux perfonnaees
diiTcrens. Le premier parle du dernier Zoroaftre, ilTu de Manougeher , dont
il étoir le 14' defcendaut (e). Le fécond parle du plus ancien Zoroaftre. Le
même philofophe Giafmab dit que Dieu envoya le prophète Zerdafcht dans
le tems de lagrande conjondion des planètes. Or s'il eft permis de regarder
ces 5000 ans écoulés entre Zoroaftre & la guerre de Troye , comme des an-
nées de trois mois, ces 5000 ans feront 1250 années folaires , lefquelles
ajoutées à 1 209 , époque delà guerre de Troye , félon le P.Pezron (/) , font
2459 ans , S>: répondent précifément au rems de la grande conjondion des
planètes obfervée à la Chine [g) , 520 ans avant Moïfe , de du tems d'A-
braham qui naquit , fuivantle même chronologifte, l'an 243^. Remarquons
{ a) De rclig. \'ct. Ptrf. p. 3 1 y. Chardin, Tom. IX , pag. 144.
( b ) Htrbelot , B.bl. Orient, p. p5 i. ( e ) Zend-Avefta , T. II , p. 4J5.
(c) Ibidem,^. 931- (/ ) Antiq. rétabiie.
{d) Ihidem , art. Feridoun. [g) Suprà , Liv. lY ^ §. 14.
5^-^ É C L A î R C I S S E M E N S
que Zûroaftre , coiiremporain d'Evechous , auroit paru 9 fares Se demi aptes
le déluge , fuivauc les Chaldéens , lefquels fares , fuivant l'évaluarion que
nous venons de faire , rcpondencà un incervalle de 14 fiecles , ce qui s'ac-
corde, à un ilecle près , avec le récit du philofophe Giafmab , qui dit que
Zoroaftre parut 1500 ans après le déluge. Rencontre heureufe & lînguliere
qui donne beaucoup de probabilité à nos conjedtures chronologiques.
Ainfi toutes ces traditions , grecques & orientales , s'accordent fur l'âge de
Zoroaftre * car on peut fuppofer que Suidas & Diogenes Laerce ont écrit
500 , 6cjo pour 5 & 6000 ans, & qu'Eudoxe a compté , en nombres ronds ,
1000 ans pour l'intervalle écoiilé entre la guerre de Troye Se la mort de
Platon.
§. V I 1 I.
Pour développer les opinions aftronomiques des Chaldéens avec le dé-
tail que nous n'avons pu nous permettre dans notre hiftoire , nous allons
fuivre le récit de Diodore de Sicile.
» Les Chaldéens {a) , dit-il , d^fcendent des plus anciennes familles de
«• Babylone , & ils obfervent une forme de vie approchante de celle des
•I prêtres d'Egypte : car pour fe rendre pins favans & plus entendus au fer-
» vice des dieux , ils s'appliquent continuellement à la philofophie , & fe
o font fait une grande réputation en adronomie».
Ces prêtres ou Chaldéens furent institués , dit-on , par Bélus (i), fils de
Neptune & de Libie , fur le modèle de ceux d'Egypte. On pourroit croire
en conféquence que les Chaldéens ont également tiré de l'Egypte leurs pre-
mières connoilTances agronomiques ; cela feroit d'autant plus vraifemblable,
que Pline {c) nous donne Bélus pour l'inventeur de l'aftronomie dans la
Chaldée. Mais d'après tous les faits contenus dans cet ouvrage, on peut
conclure que ces relfemblances ne prouvent point la communication des
lumières ; elles prouvent feulement l'identité d'origine de ces peuples qui
les ont puifées à une fource commune. D'ailleurs l'aftronomie de ces deux
peuples paroît avoir été alTez différente , comme on le voit par la
fuite de cette hiftoire. M. Freret {d) remarque que fi l'on peut juger de
raftronomie dî ces deux peuples par leur aftrologie , il n'y avoir pas de grands
{a) Diodore de Sicile, traJuâion <3c (b) Idem, Torn. I , Liv. I , p. jtf,
M. TerralVon, iii-li , Livre II, j. il , (c) Pline, Lib. VI, c. 16.
fage 175. { <^ ) Dcf. de la Chron. p. )Sé.
rapports,
ASTRONOMIQUES. j^i
rapports , puifque Ptolemje ( a) nous alfure que l'aftrologie chaldéemie écoic
très-diftcrencede l'aftrologie égyptienne.
Quand ces peuples fonc devenus rivaux en puiflance & en réputation de
favoir, chacun a prétendu de fon côté à l'honneur d'avoir inftruit l'autre.
Nous ne nions point que, dans la fuite des tems , il n'y ait eu quelques com-
munication entre les deux peuples i mais dans l'origine &c dans l'inftitution
des fciences , il ne fe dévoient rien. Thautpotta l'aftronomie en Egypte ,
comme Zoroaftre à Babylone : l'un Se l'autre étoient Afiatiques. Nous par-
lons ici du fécond des Thaut, ou Hermès., né àCalovaz, qui, fuivant les
conjedures que nous avons propofées fur ces trois Hermès, auroit vécu vers
l'an 3300, ou 5400 avant J. C
§■ I X.
D I o D o R E continue en remarquant que les Chaldéens s'inftruifent dans
les fciences , d'une manière toute autre que les Grecs qui s'y adonnent : que
ces fciences demeurent toujours dans les mêmes familles j que n'ayant point
le goût de la recherche des nouveautés, ils ne s'écartent point des principes
de leurs maîtres , & que ne faifant jamais qu'une feule chofe, ils s'y ren.
dent infiniment habiles. Cet ufage d'attacher & de fixer les familles à une
feule profclTîon eft très-ancien , & fut prefque général dans l'antiquité. On
Je retrouve chez les Egyptiens & chez les Indiens. Cet ufage peut avoir
quelque utilité. La tradition , au dcfaitt de l'imprimerie Se peut-être même
de l'écriture , confervoit dans les mêmes familles les principes des fciences ,
2c les pratiques des arts. Ma's comme le remarque M. de P *(-!'), il ne
faut pas croire que les profelîîons fuiTent rigoureufemen%.héréditaires dans
les familles. Une famille, qui auroit été féconde, eût rendu certains artiftes
plus nombreux qu'ils ne pouvoient, & qu'ils ne dévoient l'être. Les anciens
plus fages avoient circonfcrit certaines clafTes dî citoyens , telles que les
prêtres , les foldats , les artifans, les laboureurs : on ne pouvoir palîer de l'une
dans l'autre j mais dans celle des artifans , chaque famille n'étoit fûrement
pas attachée à une profeflion particulière. Diodore a tort de louer les Chal-
déens de n'avoir point le goût de la recherche des nouveautés , & de
demeurer conftamment attachés aux principes de leurs maîtres. Malheur au
philofophe qui aura cette efpece de refpedl idolatrique! Si Defcartes l'avoit
(a) Tctrabiblon , Lib. I , c, 13 & (i) Recherches philofophiques fur les
0. Égypticos& les Chinois, T. I, p. 167.
3(?t ÊCLAIRCISSEMENS
eu , nous ferions peut-être encore dans la barbarie fcolalliquê. Les Chal-
déens pouvoient être louables de ne faire qu'une feule ckofe , & de fe borner
à amaffer des faits : dans d'autres circonftances, d'autres peuples ne le
feroient pas également. Il eft des tems où en effet cette réferve rend les
hommes p/us habiles ; il eft d'autres tems où cette réferve gêneroit l'elTor
des talens, & retarderoit les progrès des fciences. Quand on entre dans
l'étude de la nature , il faut commencer par en connoître les différentes
branches j les hommes doivent fe les partager, fe faire , pour ainfi dire , un
domaine j & ne fuivre qu'une feule chofe pour mieux l'approfondir. Mais
quand après un grand nombre de fiecles, un fiecle comme le nôtre, jouir
des lumières de rous les âges, quand on a prefque tout décrit , il faut lier les
parties qui ont été analyfées, & réunir en un corps le fyftème de la nature
qu'on avoir divifé. Le défaut de goût pour la recherche des nouveautés chez
les Chaldéens, & en général chez les Orientaux, eft fans doute, la caufe du
peu de progrès des fciences. lis ne font point de découvertes, par la même
raifon qu'ils ne font point de conquêtes. Us gardent les principes qu'ils onc
reçus de leurs premiers ancêtres , comme ils confervent un gouvernement
qui les rend efclaves, èc des maîtres qui leur envoyeur la mort. Les fciences
nées, fans doute, fous le parallèle de 50°, & tranfplantées entre le 2.0^ Se le
30' ont vu fufpendre leurs progrès; il a fallu les tranfporter en Europe , &
les rapprocher du climat qui les avoit vu naître, pour qu'elles s'avançalTent-
vers la perfeétion.
§. X.
«« Les Chaldéens, ayant fait d'ailleurs de longues obfervatlons des aftres,
n & connoifTiint plus parfiitement que tous les autres aftrologues leurs mou-
» vemens & leurs influences , prédifent aux hommes la plupart des chofes
r> qui doivent leur arriver. Ils regardenrfuïtour comme un poinr difficile &:de
3j conféquence la théorie des cinq aftres qu'ils nomment incerprcies , 8c que
3» nous appelons planètes, 5c ils obfervent particulieremenr celle à qui les
35 Grecs ont donné le nom de Chronus. Cependant ils difént que le foleil
33 eft non-feulement le plus brillant des corps céleftes,mais encore celui
5» dont on tire le plus d'indicarions pour les grands événemens. Ils diftin-
33 guent les quatre autres par les noms particuliers ôîAres j à' Aphrodite 3
« ^Hermès & de Zéus n.
11 eft certain que la feule obfervation des planètes faite par les Chaldéens ,
l'an 22.8 avant J. C. & confervée par Ptolemée, eft une obfervation de fa-
I
ASTRONOMIQUES. j^f)
(urne (a). Nous ignorons abfolument la raifon pour laquelle ils obfervoient
particulièrement Chronus ou Saturne. Nous avons vu.{b) que les peuples du
nord ont des facrihces Se des cérémonies pieufes, attachés au renourele-
ment de la planète de faturne. Les quatre autres font , mars , venus , mer*,
cure Se Jupiter. On trouve ailleurs (c) que les Chaldéens donnoient aa
foleil le nom de Belus , à la lune celui de Nebo 5 quelquefois ils l'appeloieuc
Nergal.
§. X I.
••Ils leur ont donné ( aux planètes ) le nom d'interprètes , parce que les
3> étoiles fixes, gardant toujours la même pofition &les mêmes diftances entre
35 elles; celles-là ont un mouvement propre qui fert à marc]uer l'avenir , Sc
j> elles alTurent fouvent les hommes de la bienveillance des dieux. Car les
5> unes par leur lever, les autres par leur coucher ; d'autres par leur couleur
3» feuIè annoncent diverfes chofes à ceux qui les obfervent attentivemenr.
» On eft averti par elles des vents , des pluies 5c des chaleurs extraordi-
» naires. Ils prétendent auffi que les apparitions des comètes, les éclipfes du
» foleil & de la lune , les tremblemens de terre , & tous les changemens qui
s5 arrivent dans la nature font des préfages de bonheur & de malheur ; non-
»> feulement pour les nations entières j mais encore pour les rois Se pour les
" particuliers ».
CepalTageprouve que les comètes étoientobfervéesàBabylone , quelleque
fut l'opinion qu'on avoit de leur nature , que les éciipfes étoient auffi au
nombre des phénomènes obfervés. Ptolemée nous a confervé quelques-unes
de ces éclipfes. Mais remarquons toujours que les phénomènes, auxquels on
portoit une attention plus particulière, étoient ceux du lever & du coucher
des planètes, parce que les indications de l'aftrologie en dépendoient. Eu
effet les levers & les couchers des étoiles fe renouvellent tous les ans avec les
mêmes circonftances (ou du moins à tres-peu près ) ; il n'y a de changement
que relativement aux planètes, & comme tout change dans la vie Se dans la
fortune des hommes , c'étoit à l'influence des planètes que ces changemens
dévoient être foumis. On eft étonné que parmi ces aftres qui font la deftinée
du monde , il ne foir pas queftion de la lune, qui eft fi près de nous, & dont
les influences devroient avoir tant d'effet; d'autant que fon mouvement
ia) Almag. Lib. XI, p. 7. (c) Ifaïe , c. xlvi , 1.
{i>) Supra , Éclair, Liv. III , j. 3 . Baikei , Hift- philof. T. I , p. 1 5 j ,
Z z ij
^4 ÉCLAIRCISSEMENS
rapide eft le premier qui a été découvert. Il faut faire attention à ce que lôî
Chaldéens difoient du foleilj en même tems qu'il ejt le plus brillant des corps
eélefies , il ejl encore celui dont on tire le plus d'indications pour les grands évé-
nemens. Ils ne le regardoient donc pas comme fixe, car on a vu qu'ils ne
tiroient d'indications que des corps en mouvement. C'eft pourquoi il ne
paroît pas que l'immobilité du foleil ait eu des partifans dans la Clialdée.
§. XII.
3> I L s s'imaginent que les cinq planètes commandent à trente étoiles
)j fubalternes , qu'ils appellent dieux confeillers , dont la moitié domine fur
5) tout ce qui eft au-deflbus de la terre , & l'autre moitié obferve les aétions
jj des hommes, ou contemple ce qui fe palTe dans le ciel. De dix jours en
35 dix jours une étoile eft envoyée par les planètes fous la terre , & il en part
n une de deflous la terre pour leur apprendre ce qui s'y pafte «. Ici nous
n'avons rien à remarquer que l'extravagance de cette opinion, & combien
elle eft éloignée de la faine Aftronomie. Il y a apparence que ces météores, ces
tràinées de matière enflammée , que le vulgaire appelle étoiles tombantes , ont
donné lieu à cette opinion. On peirt foupçonner que les dieux qui gouver-
noient ces trente étoiles font les mêmes que les trente génies ou intelligen-
ces qui 5 chez les Perfes, préfident aux jours du mois.
§. X I I I.
« Ils comptent douze dieux fupérieurs, qui préfident chacun à un mois
jj & à un figne du zodiaque. Le foleil , la lune & les cinq planètes pafient
j) par ces douze fignes j mais le foleil ne fait ce chemin que dans une année ,
3> & la lune l'achevé dans un mois. Chaque planète a fa période particulière j
3j mais leurs révolutions fe font .avec de grandes différences de tems. Se de
JJ grandes variations de vîtelTe jj. Voilà bien des connoiiïances aftronomi-
ques réunies ! Les douze fignes du zodiaque , la divifion de l'année en mois ;
l'année déterminée par la révolution du foleil , & les mois par celle de la
lunej le foleil & la lune , ainfi que les cinq planètes, afTujettis à ne point
s'écarter du zodiaque j les révolutions des planètes très-différentes entre
elles , & par le tems & par la vitefie.
§. X I V.
« 1 1 s déterminent hors du zodiaque 24 conftellations , 1 2 feptentriona-
k les, ôc I a méridionales. Les 11 qui fe voyent dominent fur les vivans ;
ASTRONOMIQUES. 5(^5
» celles qui ne fe voyent pas dominent fur les morts , & ils les croyent juges
« de tous les hommei >■>. Ce partage égal entre les confliellations vifibles Se
invifibles feroic penfer qu'ils étoient bien peu avancés dans cette partie ; car
ils auroient dû favoir que dans la fphere oblique , on voit beaucoup plus de
la moitié des conftellations ; & de tous les climats, celui du pôle eft le feui
borné à voir la moitié du ciel , & des conftellatioHS qu'il renferme. Si nous
ne craignions de revenir trop fouvent fur les mêmes idées , nous en tirerions
volontiers un nouvel indice que l'Aftronomie eft née dans les climats fepten-
trionaux, où l'on ne voit qu'à peu près la moitié des conftellations. Les
hommes , inftruits qu'ils ne voyoienc que la moitié du ciel, ayant placé iz
conftellations dans celle qui étoit expofée à leurs yeux , en auront également
fuppofé 1 2 dans celle qu'ils ne voyoient pas. Ce fyftcme aura paiïe par tra-
dition aux Chaldcens , qui l'ont confervé fans s'appercevoir qu'il ne conve-
noit pas à leur climat. A l'égard de ce qu'ils ont placé le féjour des morts aux
antipodes, c'ctoit le fentiment de tous les anciens, des Egyptiens, des
Grecs, des Romains, des premiers Chrétiens mêmes , que les enfers étoient
fous la terre , c'eft-à-dire , à peu près aux antipodes. Ils croy oient que dans le
féjour des juftes, dans les champs élifées , on y jouifloit d'un ciel pur^ &
d'un foleil fans nuage (i2 ). Virgile dit que ces demeures ont leur foleil
^ leurs aftres (/•). Ainfi il n'eft pas étonnant que les Chaldéens ayentpenfé
comme tous les anciens.
§. XV.
"La lune eft placée au-deftous de toutes les étoiles Se de tontes les pla-
j> netes dont nous venons de parler. Comme elle eft la moindre de toutes ,
» elle eft aufll la plus proche de la terre , & fa révolution fe tait en moins de
» tems , non à caufe d'une plus grande vîtelFe , mais à caufe de la petirefTe
j> de fon orbite. Ils conviennent avec les Grecs ( il auroit fallu dire les
» Grecs conviennent avec eux : les Grecs étoient des enfans en aftronomie,
55 mais alors le préjugé étoit pour eux) qu'elle n'a qu'une lumière empruii-
« tée , & que fes éclipies viennent de ce qu'elle entre dans l'ombre de la
55 terre. Us n'ont encore qu'une théorie fort imparfaite des éclipfes du fo-
jj leil , & ils n'oferoient les déterminer ni les prédire». Dans ce pafTage ,
(a) Voyei Pyndare & la Mythologie de 55 de nuit ; un pur foleil les éclaire fans
l'Abbé Baunier, Tom. II , pag. 145. « Les 53 ccire '■>.
=> juftes y mènent une vie exempte de toutes \b) . . . SoUmque fuumfud fderanorunt.
X foites de peines. Leurs jours n"o«t point Virg. JEneid , Lib. YI , v. 634.
3<î(î ÉCLAIRCISSEMENS
ce qui concerne la lune ne marque pas une connoiirance bien approfondie
des mouvemens de cette planète ; nous verrons bientôt qu'ils les connoif-
foient plus exaftement que ce récit ne le fuppofe ; mais enfin toutes les idées
en font faines & vraies. Ce qui regarde les éclipfes du foleil eft décillf , &
montre qu'ils n'étoient pas en état de les prédire : mais on peut inférer du
récit de Diodore , qu'ils prédifoient les éclipfes de lune , puifqu'il excepte
feulement les éclipfes de foleil. En effet , les premières font bien plus fa-
ciles à calculer. La parallaxe n'y entre point, & nous verrons que les Chai»
/déens avoient des périodes luni-folaires très-propres à cet ufage.
§. X V L
«'Ils ont des idées particulières au fujet de la terre qu'ils regardent comme
»> creufe, Se ils apportent un grand nombre de raifons affez vraifemblables
a en faveur de ce fentiment Se de plufieurs autres oui leur font particu-
s> liers fur ce qui fe pafle dans la nature \ mais toutes ces opinions font trop
M étrangères à notre hiftoire».
Il eft bien dommage que ces raifons aient femblé trop étrangères à l'hif-
toire , & que Diodore ne nous les ait pas tranfmifes. Pour connoître le
génie d'un peuple Se l'étendue de fes connoiffances , il ne fuffit pas de rap-
porter fes opinions , il faudroit dire fur quels fairs elles font fondées ; c'eût
été d'excellens mémoires pour l'hiftoire de l'efprit humain ; mais il n'y a
pas long-tems que l'on a compté l'efprit humain pour quelque chofe dans
l'hiftoire des hommes.
Il paroît que le texte de Diodore porte qu'ils penfoient que la terre ref-
fembloit à un bateau. L'abbé Teraflbn ne l'a point traduit ainfi. Mais on
trouve dans d'autres traduftions latines , terram ajjerunt fcaphic Jîmilem &
concavam [a). Nous avons obfervé que les anciens faifoient mouvoir les
aftres dans des bateaux. Plutarque le dit dans la traduétion d'Amiot. « Le
» foleil & la lune étoient voitures non dedans des chariots ou charettes ,
SI ains dedans des bateaux , efquels ils navigeoientàl'entour du monde [b] :»
fur un bronze , dont le P. Montfauçon a donné la figure dans (on fuppUment
à r antiquité expliquée , on voit les 7 planètes perfonnifiées. Se placées à côté
les unes des autres dans un même bateau. ApoUodore difoit de même
qu'Hercule arrivoit aux extrémités du monde dans le vailTeau du foleil [c).
i a, Vcidler, p. 40. ( 1: ) M. Court de Gtbclain, Allégories
(i) D'Ifis & d'Ofiri^ Orientales, pag. 114.
ASTRONOMIQUES. ^67
ObfervanS que fi les ChaL^éens comparoient la terre à un bateau , il paroîtroic
s'enfiiivre qu'ils fuppofoient la terre en mouvement , ce qui eft contraire
à la conclulion que nous avons tirée d'un autre paflage de Diodore [a). Nous
ne fommes point en état de prononcer ; mais au refte les deux opinions ont
pu fubfill^er en même tems dans diftérentes écoles, ou appartenir à ditFérens
tems. Les hiftoriens peu inftruits ont confondu les fedtes & les tems \ Sc
c'cft pourquoi il y a fi pen de lumières fur cette ancienne philofophie.
§. XVII,
« I L nous fuffit de dire , continue Diodore de Sicile , que les Chaldéens
» font les plus habiles aftrologues qu'il y ait au monde , comme ayant cul-
n tivé cette fcience avec plus de foin qu'aucune autre nation connue. Au
n refte on n'ajoutera pas aifément foi à. ce qu'ils avancent fur l'ancienneté
r> de leurs obfervations : car , félon eux , elles ont commencé 473000 ans
» avant le paffage d'Alexandre en Afie ».
On n'ajoutera point foi fans doute à cette antiquité fabuleufe; mais il
s'agit d'examiner qu'elle peut être en effet l'époque la plus reculée dont l'hif-
toire fournifle des preuves.
C'eft: de Ptolemée que nous tenons ce que nous favons de plus pofitif fur
les obfervations des Chaldéens^ il nous a confervé quelques éclipfes de lune
arrivées 719 ou 710 ans avant J. C. Voilà une époque précife &c des mo-
numens à l'abri de toute conteftation. Cependant on feroit tort aux Chal-
déens , fi l'on regardoit cette époque comme la plus ancienne de leur af--
tronomie. Différens auteuœ nous fourniflent des témoignages qui remon-
îent à des époques plus éloignées. Ils parlent des chofes qu'ils ont vues , ou
du moins des chofes dont les auteurs de leur tems faifoient mention. Epi-
genes qui écoit un auteur grave {h), trouva, dit-on communément, chez-
les Babyloniens 720 années d'obfervations gravées fur des briques. Cri-
îodeme , & furtout Berofe , qui étoit prêtre de Babylone , & qui en cette
qualité devoit être au fait par lui - même, ne parlent, dit-on encore, que-
de 490 années.
Simplicius , dans fes commentaires fur Ariftote (c), rapporte , d'après
Porphyre, que Calliftenes , parent & difciple d'Ariftote, ayant fuivi Ale-
( o ) Supra , §. 1 1 . ( <; ) Simplicius , de coslo , Lib. II , Cojtn-
{_o) Pline, Lib. VU, c. ivj, mzau 46.
}6S É C L A I R C 1 S S E M E N S
xandie dans fes conquêtes , envoya à ce philofophe la fuite de 1905 annéea
d'obfervations aftronomiques , faites à Babylone avant l'arrivée d'Alexandre.
Ces obfervations remontent donc, félon Simplicius , à 1134 ans avant
J. C. y félon Epigenes, que l'on croit antérieur à Alexandre (a) , à 1 1 ou 1 100
ans ,& félon Berofe, à 750 ou 7(^0 ans, puifque cet hiftorien vivoit fous
Antiochus Soter , à qui il dédia fon hiftoire , z6o ou 2.-/0 ans avant J. C.
§. XVIII.
L E témoignage dei Simplicius eft le plus important par la grande anti-
quité qu'il donne aux obfervations chaldéennes , & doit être difcuté le pre-
mier. Quoique ce témoignage ne foit pas aufll certain que les obfervations
rapportées par Ptolemce , parce que les obfervations confervées font des
faits; nous remarquerons qu'il n'y a rien de mieux prouvé dans l'hiftoire
des anciens peuples. Callifthenes étoit un des plus grands philofophes de
la Grèce. Porphyre un platonicien célèbre , fort habile lui-même dans l'af-
tronomie ; on le met au rang des commentateurs d'Ariftore [i>) ; on fait qu'il
avoit fait quelque voyage en orient , Se un philofophe aftronôme n'aura
pas manqué d'aller dans la Chaldée. Simplicius eft connu par fon commen-
taire fur Ariftote , ouvrage qui eft eftimé. Ces auteurs font donc dignes de
foi , pourvu qu'ils ne dlfent rien Contre la vraifemblance; c'eft ce qu'il faut
examiner , en difcutanr les difficultés qu'on peut élever contre leur témoi-
gnage. 1°. Porphyre éroit , dit-on, ennemi du chriftianifme '■, il a compofé
un traité centre la religion chrétienne , & fon but , en falfant remonter fi
haut les obfervations chaldéennes , aéré de donner atteinte à la chronologie
oes livres facrés. Mais s'il avoir eu cette intention , s'il avoit voulu fup-
pofer des faits & des dates , il avoit à choifir dans les 473000 années dont
fe vantoient les Chaldéens , & en fe refterrant dans des bornes beaucoup
plus étroites &: plus vraifemblables, il auroit donné à ces obfervations une
date plus reculée qui eût mieux rempli fes vues ; car il eft aifé de prou-
ver que ces 1905 années ne font point incompatibles avec le texte de l'é-
criture. z°. Ces obfervations remontent à 1134 ans avant J. C. , ce qui
streint prefque le déluge arrivé , fuivant le texte hébreu, 2348 ans avant
5. C. ly mais le calcul des Septante fait arriver le déluge , félon le P.
(a) Hiftoire des Ma:!iâiia;inues , T. I , ( i ) M. de Mairan , letucs au P. Pacen-
fag. s S, niii.pag. j}^.
Pezron ,
Astronomiques. ?«;?
Pczi'ou (u-), l'iia du monde 11^6 , 5^17 ans avanc J, C. (/>). Ainfi ce calcul,
qui n'eftpas moins orthodoxe que l'autre , place les obfervacions ehaldéennes
environ 1400 ans après le déluge. C'eft plus qu'il ne fau: pour le dcvelop-
pemenc de toutes les chofes qui doivent précéder les obfervations agrono-
miques fuivies. 5". Ariftote ne parle point de ces 1903 années d'obferva-
tions qui lui ont été envoyées par Callifthenes j fon filence peut faire douter
de la vérité du fait, avancé par Porphyre. Voici ce que répond M. de Mairan
à cette difficulté (c). " L'objedion fondée fur le fdsnce d'Ariftote eft bien
» foible ; car outre qu'il s'en taut bien que tous les écrits de ce philofophe
» foient parvenus julqu'à nous , on trouveroit peut-être parmi ceux qui
j> nous reftent , plus d'un endroit où il fliit allufion aux obfervations dont il
i> s'agit. Mais voici , à mon avis, quelque chofe de plus concluant. Deux
» anciens auteurs, Plutarque {d) 8c Aulu-Gelle (e), nous ont confervé la
» lettre qu'Alexandre étant déjà palTé en Afie , écrivit à Ariftote, Sc q^ue je
V vais tranfciire d'après la traduction naïve d'Amiot ».
Alexandre a Aristote, salut.
Tu n'as pas hicn faic d'avoir publié tes livres des fciences fpéculacives , pour
aucanc que nous n'aurons rien par dej^us les autres , fi ce que tu nous a
enfcign: en fecret vient à être publié & communiqué à tous ; & je veux
bien que tu fâches que j' aimerais mieux furmonter les autres en intelligence
des chofes hautes & très-bonnes ^ que non pas en puijfance. Adieu.
« Ariflote pour appaifer cet ambitieux mécontentement 3 lui répond , que ces
rt livres là n'étaient ni publiés ni à publier , ou que ce qu'il en avait publié n'était
J» intelligible que pour ceux qui étaient déjàfavans & inflruits d'avance par lui-
j> même. Plutarque ne dit pas d'où il tient cette lettre 5 mais Aulu-Gelle cite
n Andronicus de Rhodes, qui étoit un philofophe ariftotélicien à Athènes,
j> & il rapporte de plus la réponfe d'Ariftote en entier , &: en propres termes,
» en grec.
» Or, je lailfe à penfer fi , après cet avertiffement, Ariftote qui étoit
{il) Antic[ui:é rétablie. ans l'cpoque du déluge. Ricc. Chron. fucra i
( i ) Il y a d'autres chronolcgiftes tels pag. 191.
qu'Onaphre Panviiii & les Auteurs des (c) Lettres au P. Parennin.
tables alplionlines, qui donnent a la durée {d) Plutarque, vie d'Alexandre,
du monde avant J. C. 6310, 69 84 ans, & ( f ) Aulu-GcUe , noi3w û«/ci , Lib. XXI,
qui lecuicuc fans doute au-delà de 3617 c. ;.
A a a
370 ÉCLAIRCISSEMEN
,> déjà aflez myflcneux par lui-même, devoir beaucoup s'empreiTer de dî-
» vulguerles ccmioiirances qui lui venoient de Babyloue , 6c vraifembla-
35 blemeut i'ous le fceau d'Alexandre. C'efl: cependant par une complica-
53 tion de hazards que cetre anecdote a échappé du naufrage de tant d'autres
35 pareilles >5. 4°. Les obfervations chaldéennes dont Hipparque & Ptolemée
ont fait ufage , pour en déduire les mouvemens des planètes, ne remontent
point au-delà de 710 ans avant J. C. S'il y avoir eu chez les Chaldéens des
obfervanons qui eulfent 2000 ans & plus d'antiquité , pourquoi s'en fe-
roienr-ils tenus à celles-là qui , en comparaifon des autres , étoient fi mo-
dernes ? D'abord ces obfervations , gravées fur des briques , pouvoient exif-
ter du tems d'Alexandre , & avoir péri pour le plus grand nombre dans les
guerres que fes fucceffeurs fe font faites. Hipparque, quiert: venu 200 ans
après , n'aura pas eu plus à choifir. Mais une raifon plus forte que celles-là ^
c'eft que les obfervations les plus anciennes ne font pr.s toujours les meil-
leures , l'Aftronomie fe perfeftionne fans ceiïè : un aftronôme dans le choix
des obfervations , fe décide par les circonftances dont elles font accompa-
gnées : Hipparque aura choifi les plus exaftes, & n'aura point parlé des au-
tres j Ptolemée venu 300 ans après lui,- eu les aura ignorées , ou n'en aura
point fait mention non plus ; ôc dans cette fuppofition , il s'enfuit que les
obfervations faites avec quelque exaûitude , les obfervations dignes d'êtr&
employées par des aftronômes inftruits &: exercés, tels qu'Hipparque & Pto-
lemée , bien fupérieurs fans doute aux aftronômes chaldéens , ne re-
montent pas au-delà de 720 ans avant J. C. , mais il ne s'enfuit pas que
les Chaldéens n'euffent point avant cette époque une longue fuite d'ob-
fervations qui, quoique groflieres, prouvent le culte établi & fuivi de
l'Aftronomie. Il feroit bien plus fort de dire que les probabilités portent à
croire qu'Hipparque a réellement connu ces obfervations j nous ignorons
pourquoi Ptolemée n'en fait pas mention. Voici à cet égard le fentiment
de Dominique Caflini , le plus habile aftronôme qui ait paru en Europe
depuis Kepler & Ticho. 11 dit , dans fon ejffai fur ks progrès de l'JJÎrono^
mii {a) , qu'Hipparque pour corriger les longues périodes déjà trouvées par
les anciens aftronômes, (qui ne peuvent être que les Chaldéens {b) , ) com.
para entre elles un grand nombre d'obfervations anciemies. Il s'agiffoit par-
ticulièrement d'une période de 5458 mois lunaires. Il ajoute " ceci montre
55 évidemment que quelques-unes des obfervations dont Hipparque fe fer-
( û ) Uém. Ac. des Se, T, VIII , p. ; & tf. {h) Infra , §. 17.
ASTRONOMIQUES. ?rx
jj vît , étoient fort anciennes \ car il faut un très-long intervalle de tems
i> Se an très-grand nombre d'obfervations , pour pouvoir conclure que ces
>> longues périodes qu'Hipparque comparoir enfemble , font uniformes , 8c-
)5 Ton n'aura pas de peine à croire qu'il faille tant d'obfervations pour vcri-
jj fier cette uniformité, fi l'on fait réflexion qu'entre toutes celles que nous
,1 avons des éclipfes arrivéesdepuisijooans jufqu'àprtlent, il ni s'entrouve
>> pas deux qui foient éloignées entre elles de l'efpace d'une de ces longues
« périodes i>. Le fenriment de ce grand homme prouve non-feulement l'e-
xiftence & la nécelîlté des 1903 années d'obfervations, mais il prouveroit
encore qu'elles n'auroient pas été fuftifintes , fi Babylone n'eût pas joui d'un
trcs-be.ui ciel , & fi les aftronômes n'eulTent pas été affiJas. Cette preuve
fera d'un grand poids aux yeux de quiconque voudra l'apprécier. 5 °. Epigenes
qui , félon le témoignage de Pline , étoit un auteur grave , ne donne à ces
obfervations qu'une antiquité de 1 1 à izoo ans avant l'ère chrétienne.
Bérofe & Critodeme réduifent encore cette antiquité à un peu plus de 700
ans , & leur calcul femble d'autant plus démonftratif , qu'il s'accorde avec
les obfervations citées par Ptolémée.
Mais on a répété & cité le paflfage de Pline qui parle de Bérofe , de Cri-
todeme & d'Epigenes (* ) , & on ne l'a point entendu.
Premièrement , on n'a pas fait attention que dans certains exemplaires
de Pline , le millénaire a été omis à l'endroit où il parle d'Epigenes , de
Bérofe & de Critodeme. Il n'y a qu'à confulter le Pline cum nous variorum ,
on verra qu'il faut lire ,non pas yzo & 490 années, mais 720000 & 490000;
Perizonius l'avoir déjà remarqué {a) il y a long-rems. Secondement, quand
on ne fauroit pas que le millénaire a été omis par les copiftes , il feroit aifé
de voir que le palîage de Pline eft corrompu , parce qu'en l'employant ,
( * ) Lkteras femper arbitror ajfyrias invenijfe quemdam nomine Memona tra-
fuijfc: fcd ulii apud ^gypdos a Mercurio, dit XV annis antt Phoroneum amiquijfimum
ut Gelllus : alii apud Syros reptnas volant. GnciA regem ; idque monumentis appro-
Uiique in Gnciam intulijfe e Pkenice Cad- tare conatur. E diverfo Epigenes , apud
mumjcxdecim numéro i quiius trojano bello Babylonios D CC XX annorum obfcrva-
Paiamedem adjccijfe quatuor hâc figura , tiones fiderum cociiUhus laterculis infcrip-
0 , S , * j X. Totidem poft eum Simonidem tas docet , gravis autor imprimis : qui mi-
melicum , Z , H ^ 4' , n. Quarum omnium nimum Berofus & Critodemus , CCCCXC
■vis in noflris recognofcitur. Ariftotelcs X & annorum ♦. Ex quoapparet Mernus interarum
VIII , prifcas fuife : A,3,r,A^i;,Z, uj'us. Lib. VII , c. ;6. •
1 , K , A , M , , O , n j P , S j T , T *-• * Il v a des manufcrits qui ne portent
Ù duas db Epickarmo additas Q , X , quam <l"e CCCCLXXX.
à Pala-v.ede mavuU. Aiiiiditidcs in JEgypta ( a ) Aa:. Babyl. c. i.
A a a ij
^yi. ÈCLAIRCISSEMENS
* comme on a fair jufqii'ici , on fait faire à Pline un contre-fens manifefte. Il
eft clair qu'il n'a eu d'antre objet que d'examiner l'antiquité des lettres , &
qu'il n'a parlé des obfervations aftronomiques, gravées fur des briques cuites,
que pour faire voir l'ancienneté des caraéteres de l'écriture. Suivons fon
raifonnement. 11 commence par dire que les uns rapportent l'invention des
lettres à Mercure, ce qui les rendroit très-anciennes ,& que les autres la rap-
portent à Cadmus, ce qui remonte à loo ans environ avant la guerre deTroye,
ou à 1400 ans avant J. C 11 dit enfuite qu'Anticlides en place l'invention
1 5 ans avant Plioronée. Phoronée étoit fils d'inachus qui vivoir vers l'an
15)37 {a). Anticlides donne donc aux lettres environ 1951 ans d'ancienneté
avant J. C. Epigenes au contraire a trouvé, dit-il, 710 années d'obferva-
. tions gravées fur des briques , Bérofe & Critodeme 490 : ex quo apparu
Aternus iitierarum ufus ; d'oîi il parou que l'ufage des lettres ejl de la plus haute
antiquité. Or nous demandons fi Pline , pour établir ce fait , auroit cité
Bérofe , dont le témoignage fe réduiroit à environ 7 5 o ans , tandis que
^ Pline favoit très-bien que les pocmes d'Hcfiode & d'Homère avoient été
écrits 900 ou 1000 ans avant J. C. Nous demandons s'il en auroit conclu
que cet ufage étoit très-ancien. Ces paroles Aternus litterarumufus , fe rap-
portent néceflairement à 710000 & à 490000 années. Ce n'eft pas qu'il
ajoutât foi à ces nombres énormes , mais ils lui fuffifoient pour conclure
que l'ufage des lettres étoit de la plus haute antiquité. Dans le (qiis fuivant
lequel on a cité jufqu'ici ce pafiage , l'ufage en auroit été au contraire fort
nouveau. Pline étoit un homme favant & judicieux, il n'eft pas poftible
qu'il ait fi mal raifonné , & qu'il ait dit : les uns donnent aux lettres 1400
ans d'ancienneté , les autres 1900. D'un autre côté, è diverfo ^ il y en a
qui leur donnent environ 750 ans , donc l'ufage en eft immémorial & de
la plus haute antiquité.
Depuis que ceci eft écrit , nous avons découvert que B.ayle (/>) avoit re-
levé le contre-fens m.anifefte qu'on faifoit faire à Pline en omettant le mil-
lénaire. Bayle a relevé très-vivement cette faute il y a près de 100 ans, &
cependant tous ceux qui depuis ce tems ont cité ce paftage de Pline , y font
également tombés.
§. X I X.
Mais quel fondement a donc cette antiquité des obfervations chaldéen-
( û ) Antiquité rétablie , Canon. 8, {b ) Ditl. Hift, an. Babylone, rem. A.
ASTRONOMIQUES. 373
nés, queDiodore de Sicile fait remonter à 475000 ans , Bérofe & Crito-
deme à 490000, Epigenes enfin à /loooo? Ces différences énormes ne
font-elles pas une preuve de la faulTeté de ces dates , fans parler de l'impof -
fibilitc abfolue de ces dates mêmes ? Cela pp.roît évident ; mais en mcme
tems on doit avouer qu'un fyftème vraifemblable , qu'un principe qui les
rameneroit à des époques vraies & connues d'ailleurs dans l'hiftoire , leur
donneroit un haut degré d'authenticité , & que leur contradiction apparente
démontreroit leur vérité , puifque ces dilférens auteurs ne peuvent ètie
foupçonnés de s'être copiés les uns les autres.
On a trouvé la clef de cette chronologie extraordinaire. Deux moines
égvptiens , Annianus & Panodorus , qui vivoient vers l'an 411, ont fiip-
pofé que ces années n'étoient que des jours (.7) 5 le mot année ne fignihe
que révolution. Il eft hors de doute que les anciens ont entendu par ce
mot différentes efpeces de révolutions d'un ou de plufieurs mois , d'un jour
même [^) \ Se il eftaffez naturel, comme nous l'avons dit(c) , que les pre-
miers aftronômes qui ont amaffé des obfervations , aient compté par les
jours mêmes de ces obfervations. Feu M. Gibert , de l'Académie des Inf-
criptions , dans une lettre fur la chronologie , imprimée à Amfterdam en
1-4J {d) , a fuivi cette idée , & en a tiré l'explication la plus heureufe ;
elle porte tous les carafleres de la vérité. Nous allons la développer d'après ■
lui.
§. X X.
M. Gibert remarque que fuivant Diodore de Sicile , les Chaldéens comp-
toient , lorfqu' Alexandre palfa en Ade , 473000 ans depuis qu'ils étudioieni:
par des obfervations réitérées les influences des aftres fur la deflinée des
hommes. Ciceron ne laiffe pas lieu d'en douter , lorfqu'en rapportant le
même calcul dont il s'agit , il s'exprime en ces termes : Nam quod aiunt qua-
dringcnta & feptuaginta miUia annorum in pericUtandis experitndifque pueris
Babylonios pnfuiffe (e). En fuppofant que ces 473000 années foient des
jours, elles fe réduifentà 1295 ans, & elles remontent à l'an 1616 avanï
( û ) Voye^ les notes du P. Goar , ad Sin- ( c) Suprà , Liv. II ^ §. 7.
cell. p. 1 1 . {d ) Cette lettre eft très-rare aujourj'lmi.
(,b ) Plutarque, in Numa , §. 16. On en trouve ici un extrait confidcrable ,
Pline , Lib. VIT , c. 48. ainfi que dans l'Encyclopédie , à l'article
Suidas, in rocejiA/» (f i^dm;. Chronologie,
Supra , Éclaire. Lib. I , $. n. ( t ) Ciceron , de Divinat. Lib. II , §. 45.
5^4 É C L A I R C I S S E M E N S
J. C. Bcrofe ajoutoic 17000 ans à ces 475000 , & comptoit également
490000 ans pour la durée des obfervations aftronomiques. L'hiftoiie de
Bérofe étoit dédiée à Antiochus Soter. On peut conjefturer qu'il l'avoic
conduite jufqu'aux dernières années de Seleucus Nicanor j car ce fut vers
ce tems que Babylone entièrement dépeuplée , perdit jufqu'à fon nom ,
ou'une ville noavelle bâtie dans fon voifinage, lui enleva avec fes habitans.
Cela arriva fuivant Prideaux {a) en la 295' année avant J. C. , ou plutô^
ce fut 4 ans après en la 189' qui concourt avec la dernière de la CXXll'^
olympiade & la 39^ d'Alexandre , parceque c'eft en cette année , comir-e
le remarque Eufebe , que Seleucus peuploit les villes qu'il avoit bâties {b).
Comme donc cette révolution , ou plutôt cette chute de Babylone eft le
terme le plus naturel que Bérofe pût donner à une hiftoire de cette ville
qu'il publioit 9 ou 10 ans après , rien auffi n'eft plus probable que de fup-
pofer qu'il le lui donnoiten effet. Cela pofé, fi nous prenons pour des jours
les 17000 ansque Bérofe compte au-delà des 47 5 000 années qui s'étoient écou-
lées jufqu'au pallage d'Alexandre en Afie,nous aurons 46 ansô: 6 à 7 mois,
autant exattemenr qu'il s'en trouve depuis le paŒaga d'Alexandre en Afie
jufqu'à la première année de la i 23^ olympiade j c'eft-à-dire,jufqu'au terme
oij Bérofe avoit conduit fon hiftoire. Ainfi fon calcul ne diffère de celui
qui eft rapporté par Diodore de Sicile , que parceque Bérofe comprenoic
dans le fien toutes les obfervations, faites jufqu'au terme qu'il donnoit à fon
hiftoire , au lieu que celui de Diodore eft borné aux obfervations faites
avant qu'Alexandre paffàt en Afie.
§. X X ï.
Les 710000 années qu'Epigenes donnoit aux obfervations confervées à
Babylone, reçoivent une explication aufïï naturelle que les calculs précédens.
On ne doit pas être étonné de trouver chez les Chaldéens des obfervations
différentes de crdles de Bérofe , & même beaucoup plus anciennes. Nous
avons fait voir (c) qu il y avoit eu chez 1er. Chaldéens vers le 16'^ fiecle avant
J.C. , une révolution dans l'Aftronomie , que les obfervations s'étoient éten-
dues & peut-être perfeftionnées. C'eft ce renouvelement que Bérofe avoit
choifi pour date. En effet, ces 710000 années réduites fuivant la méthode
(a) Prideaux, Hiftoire des Juifs. (<.) Supra, Liv. V, j. i:
(i) Euftbc n. 1717. Liv. VI, 5. 11.
ASTRONOMIQUES. 5-5
préfente , donnent 1971 années juliennes Se 3 mois environ, nombre qui
approche be.iucoap d.' celui de 1903 années que Callifthenes donnoit juf-
tement au même genre d'obfervations. La différence même de l'un à l'autre,
qui n'eu, que de 68 ans , vient très-probablement de ce que le calcul de
Callifthenes fe terminoit à la prife deBabylone par Alexandre, au lieu qu'E-
pigenes conduifoit le fien jufqu'à fon tems j car, autant qu'on le peut con-
jecturer, il vivoit fous Ptolemée Philadelphe, qui eft monté fur le thrône
40 ans , & eft mort --S ans après Alexandre. Epigenes auroit donc écrit la
28^ amiée de Pcolemée Philadelphe.
§. X X I I.
Nous ajouterons ici , encore d'après M. Gibert, un calcul qui, quoiqu'é-
.tranger à rAftronomie , ne fera pas déplacé dans cette hiftoire , parce qu'il
appuie très-folidement l'hypothefe, fur laquelle eft fondée la méthode de
M. Gibert.
Bérofe après avoir dit de lui-même (a) qu'il parut dans les premiers tems
d'Alexandre le Grand, ajoute que l'on confervoit, depuis plus de 1 50000 ans
à Babylone , des mémoires hiftcriques de tout ce qui s'étoit pafTc pendant
ce long efpace de tems. Il n'eft perfonne qui , en lifant ce palTage , ne foir
d'autant plus tenté d'accufer Bérofe d'impofture , qu'on fe rappelle auffi-tôt
que Nabonaffar qui ne vivoit que 410 ou 411 ans avant Alexandre , avoir
détruit tous les monuniens hiftoriques des tems qui l'avoient précédé j mais
fi , en conféquence d'un principe avoué de toute l'antiquité , on réduit ces
1 5 0000 ans à des jours , on ne reprochera plus à Bérofe qu'une affeétation
ridicule de myftere fie de vanité , car fon calcul ne remontera qu'au tems
même de Nabonaflar. Et en effet ces i Joooo jours produifent 410 ans
8 moisôc 3 jours, qui fe font précifément écoulés , & jour pour jour, depuis
le 25 Février de l'an 747, où commence l'ère de Nabonaflar , jufqu'au pre-
mier Novembre de l'an 537, c'eft-à-dire , jufqu'à l'année 6: au mois d'où
les Babyloniens datoient le règne d'Alexandre après la mort de fon père..
Nous avouons que dans le genre des probabilités & des preuves hiftoriques ,
rien ne nous paroic fi frappant que ce calcul , 2-: qu'une fuite de rencontres,
aaflî exactes & aufiî juftes que celles que nous venons d'expofer , ne doit
hilfer aucun fcrupule fur la fohdité du principe qui les produit. M. le pr?-
( tf ) Sincelle , page 18.
.^^ ÉCLAIRCISSEMENT
fideiit de Broile a cherche à faiiver la conriadlétion du palfage de Pline f.uis
en changer le texte, eu difant que les 490 ans de Bcrofe &: les 710 ans
d'Episenes font, parce texte , des années qu'on fuppofe écoulées avant le
rétine de Phoronce ; deforte qu'en établitTant l'époque de ce prince en 1773 ,
M. de Brorte place les premières obfervations en 116} à peu près comme
Callifthenes , ou en 2493 ( <?). Mais , 1°. il nous femble qu'on ne peut en-
tendre ainlî le pacage de Phne fans en forcer le fens. z°. La méthode de
reo-arder ces années comme des jours , nous paroît bien plus naturelle j elle
eft d'ailleurs conforme à des ufages connus de l'antiquité. 3°. Le millénaire
eft dans quelques manufcrits de Pline , ce qui décide abfolument la queftion.
§. X X 1 I L
En fuppofant que les années de ces différens auteurs font des jours, le
récit d'Epigenes & de Bérofe ne fe contredifent plus , & celui d'Epigenes
confirme le fait qui nous a été tranfmis par CalIilVnenes. D'ailleurs ces
Ï905 années qui remontent ainfi à l'an 2154 avant l'ère chrétienne , s'ac-
cordent très-bien avec l'époque d'Evechous & de l'année folaire fixée en
247 5 , avec celle de Zoroaftre , inventeur de l'Allronomie vers 245 9 , enfin
avec celles de Eélus en 2545 ; Bélus qui fit fans doute bâtir le temple de
Jupiter , où les obfervations furent commencées en 2254 [b).
Cette difcuffion a été un peu longue , mais il s'agilloit de fixer les idées
& cet égard , de ralLenibler toutes les probabilités , &: , fi nous ofons le dire ,
toutes les preuves qui exigent en faveur de l'ancienneté des obfervations
chaldéennes. Les auteurs modernes ont cité Pline fans le bien entendre, &
ont combattu cette antiquité fans l'avoir approfondie. Il refaite de tout ceci
que les 710000 années d'Epigenes que l'on avoit prifes mal-à-propos pour
feulement 720 années j & que l'on oppofoit aux 1^03 années de Callifthenes
comme une preuve de leur faulferé , dépofont au contraire de leur authen-
ticité.
§. XXIV.
Les périodes aftronomiques des Chaldcens ont été pendant long-tems un
objet de conteftation parmi les fa vans.
Sincelle nous dit, d'après Bérofe, Abydene (c) , que les Chaldéens avoient
trois périodes , le faros , le neros & le foflos. Le folfos étoit de 60 ans , le
(a) Mémoires de l'Acadôrnic des larciip- (,l>) Sufni , Liv. V, §. 3.
ti»as,Tom. XXYII , pag- 77. (c) Sincelle, pag. 17, 58,
X s T R 0 N O M I Q U E s. 577
ncfos compofé de 10 (oiCos & de (îoo ans , &c le faros qui comprenoic fix
neros , étoit de 5(^00 aiis. Il eft évident que ces périodes de <îo & de 3600
ajis , font les mêmes que celles que nous avons trouvées chez les Indiens.
A l'égard de la période de 600 ans,c'eft la grande année fi ancienne dont
nous avons parlé, livre III. Avant que Ton eût les connoiirances que nous
avons aujourd'hui fur les Chinois , fur les Indiens , & que l'on eût pu faire
les rapprochemens que nous avons faits , ces différentes périodes ont exercé
la fagacité des critiques.
Les chronolog;iftes chrétiens & quelques favans ont penfé que ces années
n'étoient que des jours (a). Cela étoit d'autant plus naturel que Bérofe fe
fert de fares pour régler la chronologie de l'ancienne hiftoire de Eabylone ;
qu'il ell très-probable, comme nous l'avons fait voir , que les 490000 an-
nées d'obfervations qu'il cite , font des jours j que Bérofe [/>) donne aux tems
qui ont précédé le déluge , une durée de 1 10 fares , ce qui feroit 43 looc ans,
fans v compter plus de dix générations , c'eft-à-dire , fans en compter plus
qu'on n'en trouve dans la Genefe. Mais d'un autre cotéces452oooans réduits
en jours , ne feroient qu'environ 1 110 ans , ce qui eft bien loin de remplir
l'intervalle affigné par l'écriture. D'ailleurs que feroit-ce qu'une période de
<joo ou de j6"oo jours , que l'on ne pourroit ramener ni aux révolutions du
foleil ôc de la lune , ni à celle d'aucune autre planète? Il n'étoit pas pollible
d'admettre cette fuppolition. Il eft également impolîible d'admettre les iio
fares de 3/^00 ans. C'eft pour lever cette difficulté que M. Freret propofa
la conjedure heureufe que les fares dont parle Bérofe, étoient de 123 mois
lunaires. Les probabilités que nous avons ajoutées à la conjeélure de M.
Freret, nous la font regarder comme une vérité,
§. X X V.
Mais m. Freret va plus loin. En donnant au fare 113 mois, ou ^^^^
Jours 8 heures , "il établit que le fare contenoit fix neros de 105)7' 14'»
j) chacun , c'eft-à-dire, 37 lunaifons & quelques jours, ou de j
« années folaîres ôc 44 heures. Le neros , dix folTos , chacun de 109 jours
M 18 heures 12 minutes, ce qui fait 4 mois de 27' 10 ^ }}'. Ces
n mois étoient moyens entre le mois périodique & le mois anomalif-
î> tique , ou le retour de la lune à fon apogée. Les ufages aftronomiques de
( <j ) Siacclle , pag. 17, 38. ( i ) Jé/it'/» , pag. 17, 30, 3?,
Bbb
^7» É C L A I R C I S S E M E N S
55 ces divi/ions du fare confirment invinciblement !e témoignage cle Siiîdas J
55 puifqu ils font voir que le fare & fes patries ctoient des périodes aftro-
)5 nomiques d'un ufage réel. 11 eft étonnant que des chofes fi fimples &
j5 qui fe préfentent d'elles-mêmes , n'aient point été remarquées jufqu'à
» préfent , Sec. i5 Nous avouons cependant que tout cet arrangement nous
paroît plus ingénieux que folide. Nous ne pouvons admettre un intervalle
de 1097' 14'' pour une période aftronomique. A l'égard des quatre mois ,
moyens entre des mois périodiques & d.es mois anomaliftiques, cette efpece
de période nous paroît d'une recherche bien fine pour des tems fi peu éclai-
rés. Tout ce qu'on pourroitdire en faveur de cette hypothèfe , c'eft que les
Chaldéens ayant une fois admis , pour la mefure des rems , la période de iz J
mois lunaires, & voulant y établir des fubdivifions , ont pu prendre celles
que conjedure M. Fréter , comme ayant quelques rapports avec les mou-
•vemens de ces deux aftres. Mais une hypothèfe eft-elle bien appuyée fur de
■^pareils fondemens? 'Sans compter que M. Freret admet les divifions du
•faros que lui fournir Berofe , & qu'il refufe d'adopter la valeur que cet hif-
torien afligne à cette périod^^j il nous femble qu'en pareil cas, il faut .oa
tout rejeter ou tout admettre.
§. X X V I.
Il eft très-certain que les Chaldéens ont connu cette période de 225
mois lunaires. Selon l'almagefte de Pcolemée {a), les anciens aftronômes
avoient trouvé que 22.5 mois lunaires comprenoient (Î585' 8"^, pendant
lequel tems la lune faifoit 139 révolutions entières à l'égard de fon apogée,
242 à l'égard de fon nœud, & parcouroit 241 fois le zodiaque entier, SC
ïo° 40' de plus. Pour avoir une période qui renfermât un nombre
de jours complet , les anciens triplèrent celle ci , & ils eurent une période
de 1975(5 jours, qui comprenoit 669 révolurions entières A l'égard du foleil,
777 à l'égard de l'apogée , 7i<> à l'égard du nœud, enRn la lune parcoiu:oit
723 fois le zodiaque & 32" de plus.
§. X X V 1 I.
On ne peut douter que ces deux périodes n'aient appartenu aux Chal-
déens. 1°. Ce font eux vifiblement que défigne Hypparque fous le nom des
{u) Lib. lY, Ci.
ASTRONOMIQUES. ,79
«nciens agronomes. Ariftille & Timocharis n'écoient pas aiïez éloignes de
fon tems pour qu'il leur Jonnât ce nom. D'ailleurs il eft bien certain que
ni ces deux aftronomes Grecs , ni les Egyptiens qui les ont précédés , n'ont
fait d'obfervations de ce genre , puifqu'Hypparque n'en cite aucune. Hyp-
parque & Ptolemée ont puifé dans les obfervations des Chaldéens ; il efl:
donc clair que ceux-ci font les anciens aftronomes dont ils parlent. i°. Pline
fait mention d'une période de iii mois lunaires qui ramené les éclipfes (a).
M. Halley a fait voir (h) qu'il falloir lire 12 j mois dans le texte de Pline, parce
que Z12 mois ne pouvoient ramener les éclipfes comme Pline l'annonçoit.
Se le P. Hardouin a trouvé depuis dans d'anciens manufcrlts , la correétioa
que ce favanr aftronome avoir devinée. Cette période eft évidemment celle
dont parle Ptolemée : elle eft également celle que Suidas nous a tranfmife
fous le nom de f\ros , & qu'il atrribuoit aux Chaldéens. 3°. Geminus ( i )
attribue nommément aux Chaldéens la féconde de ces périodes de i97)(>
jours. 11 eft évident que cette féconde période a été formée en triplant
la première de (Î5 8 5 jours j. D'ailleurs Ptolemée nous apprend que cette
période fut formée ainS par les anciens aftronomes , & il s'enfuit par con-
féquent que ces aftronomes étoient les Chaldéens.
§. X X V 1 I I.
Il faut croire que le faros étoit jadis la période de 213 mois. Ce mot
fignifie révolurion {d) , Se même félon quelques-uns révolution lunaire ( e).
Depuis les anciens Chaldéens ont appelé faros toute efpece de révolution.
Suidas & Bérofe s'y feront trompés j c'eft ce qui fait que l'on trouve dans
leurs récits des chofes fi contradiétoires fur la valeur du fare. Il eft clair que
les Chaldéens ayant adopté la période de 3 (îoo ans , l'ont nommée , comme
les autres périodes, révolution ou fare : Bérofe eft venu, qui , Ufant dans
les anciennes amiales qu'il s'étoit écoulé i 20 fares avant le déluge , & voyant
que le fare , connu de fon tems, étoit de 3(^00 ans, a affigné cette valeur au
fare , qui avoir été en ufage avant le déluge , au fare dont la durée étoit fans
doute oubliée ^ & il a dit que les i 20 fares embraffbient un efpace de 43 2009
ans. Voilà le feul moyen de concilier les témoignages de Suidas £c de Bérofe , &c
(a) Lib. II , c. 15. Mém. AcaJ. des Inf. Tom. VI , pag. 17p.
(i) Tranfac. pliilof. n°. 194, année ( f) Le moc/arw répond esactemcnc au
1651. mot Chaldéen far , c^i fignifie menj-
(c) C. if , in. Uranolog. pag. 61. truus ou lunaris. Goguet , Tome III ,
( d ) Rcftitucion , ou -révolution. Ireret. page 165.
B b b ij
jSo ÉCLAîRCISSËMENS
de faire accorder ces témoignages eux-mcmes avec une chronologie vraifem»
blable, confirmée par la chronologie des autres peuples , & furtout conforme
à celle de l'hiftoire fainte. Nous avons vu, Se nous verrons que le mot année
a fait plus d'équivoques chez les Egyptiens, que le mot fare n'en a fait chez
les Chaldéens.
§. XXIX.
Censorin {a) fait encore mention d'une période, qui étoit nommée
chaldaïque , & qui comprenoit un intervalle de 1 1 années. Il avertit qu'elle
n'étoit réglée fur le mouvement d'aucun aftie j elle étoit purement aftrologi-
que, parce que fon retour ramenoit dans le même ordre, félon les Chal-
déens, les années d'abondance , de dilette & d'épidémie. Nous foupçonnons,
comme nous l'avons déjà dit, que cette période eft la révolution de Jupiter
autour de la ten e. 11 eft certain , que les Chinois ont jadis donné à l'année le
nom f>uy , le même qui défif^ne la planète de Jupiter {l>) , parce que Jupiter
parcouroit à peu près un figue dans une année, & les douze figues dans
douze ans ^ fi cette pétiode , beaucoup plus ancienne que les Chaldéens , leuE
eft attribuée , ainfi que plufienrs autres par Cenforin &: par les Grecs ^ c'eft
que naturellement on attribue l'origine des connoifiances au pays où onles-
trouve, au peuple qui nous les enfeigne.
§. X X X.
La période de zij mois lunaires embralToit félon les Chaldéens ^$?$^
^^. En employant la révoUuion de la lune Connue aujourd'hui, on trouve
que z 13 lanaifons font 6585! y^ 4^' 9"^ quantité qui diffère très-peu de
celle que les Chaldéens avoient ét.ablie, d'autant qu'ils ne pouvoient gueres
mefurer une différence fi petite, & tenir compte de 17'. Ce qu'ils pouvoient
faire de mieux , étoit de prendre 8 heures en nombres ronds : mais il en
réfulte qulls connoifloient la révolution fynodique de la lune, à très-peu
près auffi exactement que nous. Quoique nous leur en ayons ôté l'inven-
tion pour l'attribuer à des tems plus reculés ^ nous croyons cependant ,
comme nous l'avons dit , que le peuple, prédécefTeur des Chaldéens, peut
n'avoir connu de cette période que la propriété de ramener les éclipfes
de lune. Les Chaldéens, par leur affiduité à l'obfervation , peuvent erre
les auteurs de la découverte de l'inégalité de cette planète , ainfi que de
{f) CiuC<jiia,de Die nutaii ^ c.XMUl, (li) Soucist, ToHif lU, pag. 30.
ASTRONOMIQUES. 381
la durée de la tévoliuion qui ramené cette inégalité. Ce partage entre les
Chaldéens & leurs prédécefleurs ne peut être qu'un peu arbitraire^ aufli
n'aftirmons nous rien. Nous nous fommes déterminés fur ce que d'un côté ,
il cd prefque démontré que le plus ancien de tous les peuples a eu connoif-
fance de cette période , tandis que de l'autre les Chaldéens font célébrés
comme en étant les inventeurs, & qu'il femble que Prolemée leur attribue
particulièrement la découverte de l'inégalité de la lune & du mouvement de
fon nœud. Les Chaldéens avoient donc apperçit que la lune fe meut inéga-
lement tant en longitude qu'en latitULie, & que les termes de cette inégalité ,
c'eft-à-dire , les points de l'orbite de la lune où cette inégalité eft nulle , n'é-
toient pas fixes, ScparcouroieurfuccelTivement tous les degrés du zodiaque j
qu'à chaque révolution la lune, en palFantpar fon nœud, coupe l'éclipcique
en dirférens degrés^ ce qui prouve que ce nœud à un mouvement; d'où
réfultent différentes révolutions de la lune , tant à l'égard du foleil & des
étoiles que de l'apogée & du nœud. De la période de 115 mois lunaires Se
du nombre complet des révolutions à l'égard du nœud & de l'apogée, écou-
lées dans l'intervalle de cette période (a) , on déduit la durée de ces révolu-
tions, telles que les Chaldéens les étaUiiroient, & nous en ferons tout de
fuite la comparaifon avec les modernes.
Révolutions
A l'égard des étoiles ,
— du foleil ,
• — de l'apogée,
• — du nœud ,
I L n'eft pas douteux , que cette période n'ait fervi aux Chaldéens à prédire
les éclipfes , du moins celles de lune j car fi on pefe bien les paroles de
Diodore de Sicile , on verra qu'en excluant formellement les éclipfes de
foleil dont ils n'avaient qu'une connoiffance imparfaite , on en doit conclure
qu'ils étoient en état d'annoncer les éclipfes de lune. On peut foupçonner
que cette période leur manquoit le plus fouvent , qu'ils n'ofoient s'y
fier , & qu'ils abandonnèrent & le calcul , & l'obfervation des éclipfes de
foleil. Elle n'eft pas même toujours fulîî.'anre pour celles de lune. M. le
( d ) Supra , %. i6. ( i ) M. de la Caille , Élétncns d'AHiOii.
Anciennes,
Modernes.
i7' 7'' 43^ 13'' 1
17J 7'' 45' II"
(0
29) 12^ 44' -j''^{
I i9' 11'' 4+' . 3"
27' 13*» 17' 19"
2^i 13^ iS' 34"
27' 51^ 5' 27"
1 ^7'' 5*^ s' 3)"
§. XXXI.
jSi ÉCLAIRCISSEMENS
Gentil a remarqué qu'une éclipfe totale de lune obfervée par Tycho , le j l
Janvier 1 5 80, avoitété plus petite à chacun de fes retours, de forte quercclipfe
correfpondante du 30 Mai 1760 n'a été que d'un demi-doigt ,& que la pleine
lune du lo Juin 1778 ne fera point écliptique : ainfi au bout de 200 ans les
éclipfes ne reviennent plus fuivant l'ordre de la période de 1 8 ans ou de
223 mois {a). Mais ce défaut n'empêchoitpas que les anciens ne puflents'en
fervir à la prédidion des éclipfes , parce qu'ils n'employoienr pas des inter-
valles fi longs , & qu'ils fe contentoienr fans doute d'annoncer une éclipfe ,
fans en indiquer prccifément la grandeur.
§. XXXII.
A l'Égard de l'année folaire chez les Chaldéens , M. Freret (3) trouve
que celle qui réfulte de leurs hypothefes eft de 365' s'' 49' 3o"j nous igno-
rons fur quels élémens il a fondé cette détermination. Nous ne voyons que
la période de 113 mois lunaires, ou 5585' S'' qui puilTe fervir à cet ufage.
Cette période fnppofe l'année folaire de 3(55' ^ à très-peu près, c'étoit
Tannée tropique des Chaldéens.
On a penfé que les années de Ncibonaflar étoient les mêmes que les années
vagues égyptiennes. M. Freret ( c ) fait voir qu'elles étoient lunaires. On voit
du moins par l'almagefte qu'elles étoient différentes des années égyptiennes ;
lorfque Ptolemée rapporte les obfervations chaldéennes , &c qu'il les date
par le nom & par le quantième du mois , il a toujours foin d'avertir que
l'année , le mois & le jour étoient marqués fuivant l'ufage égyptien : d'où on
doit conclure que cet ufage & la forme d'année qu'il fuppofe étoient parti-
culiers aux Egyptiens.
§. XXXIII.
On ne peut douter que les anciens n'eivlTent un moyen de partager le jour
& la nuit en quelques intervalles égaux. Cependant au tems de Moïfe, on
infère de la manière de raconter les faits, & d'en indiquer les momens ,
qu'il ne connoiffoit point, & qu'on ne connoiflbit point encore en Egypte la
divifion du jour en heures. Moïfe, dit, le matin, le foir, au lever du foleil,
au milieu du jour. Voilà comme il défigne le tems où les faits font arrivés. Cela
ne prouve rien. Quoique les Arabes partagent le jouren 24 heures, ils détermi-
( a ) M. le Gentil , Mém. de l'Acad. des (b) M-^m. Acad. Infor. T XVI , p. 1 14-
Scieu. 1756, pag. jS. . (c ) Ibidem, pag. 107.
I
ASTRONOMIQUES. 583
nent le tenis dans l'ufage ordinaire, comme s'ils ne connoiiToient pas cette
divifion, en dif.mt vers midi, fur le foir [a) ; on poiivoit avoir déjà
des cleplldre»; \ mais elles étoient rares , peu connues , fans doute , & on n'en
avoit point chez foi pour déterminer les momens du jour. Nous favons que
les ciej'lîJres font très-anciennes, on n'en connoît point l'origine j ou du
moinselle n'eft marquée que par des fables. Les Egyptiens difoient que Mer-
cure en ctoit l'inventeur,, & qu'ayant remarque que le cinocéphale urinoit
1 1 fois par jour (f^) , il profita de cette découverte pour compofer une ma-
chine qui produisît le même effet. Les clepfidres font d'un ufage très-ancien
à la Chnie pour l'Aftronomie (c). On a vu t]ue les Indiens fe fervoient d'un
vafe rond &: percé d'un trou, qu'ils faifoientnager fur l'eau jufqu'à ce qu'il en-
fonçât : c'efl: une efpece de clepfidre. On peut conclure de la méthode que les
Chaldéens, les Egyptiens, ou plutôt leurs prédécefleurs employèrent pour
divifer le zodiaque (d) , cette divifion étant elle-même très-ancienne, que ,
l'ufage de mefurer le rems par la chute de l'erai fe perd dans les liecles les
plus reculés (e ). En eftet la chute de l'eau paroît fi égal; à la vue qu'elle a dû
paroître très-propre à mefurer le tems. Les Chaldéens divifoient le jour en
1 1 heures , comme font encore les Chinois Se les Perfes (/). Les Grecs pri-
rent d'eux cet ufage {g). Il faut même que les Chaldéens ayent connu lesfub-
divifions des heures , puifqu'ils eurent une année de 3 6 5 ' ô"* 1 1' ( /: ). Les In-
diens ont des divifions beaucoup plus courtes que les minutes & même que
les fécondes (i) ^ il eft naturel de penfer que les Chaldéens en ont eu de pa-
reilles. Ils partageoient chaque figne du zodiaque en 30 degrés, & chaque
degré en 60 minutes [k] j ils dévoient fubdivifer les heures comme les de-
grés , l'un eft une fuite de l'autre. Hérodote nous apprend auffi que les Chal-
déens communiquèrent aux Grecs la connoilTance du pôle Se du gnomon. Il
feroit intéreiïar" ^\" connoître avec quelque détail ce que les anciens enten-
doient par l'inftTwrnent nommé pôle &c les ufages qu'ils attribuoient à leur
gnomon ^ mais malheureufement il ne nous eft refté aucun ouvrage qui traite
exprelfément de cette matière. Les auteurs qui en parlent , font ou des hifto-
(û) M. Nii;burh j defcription de l'Ara- (e) In/rà j, Liv. IX, §. î4.
bie , pag. 96. (/) 2cnd-Avefta , T. II, pag. 43^.
(0) PLiniann excrchationes , pag. 4J3 , (^) Hérodote, ia Eiiurpc.
-4Î4- (h)St/yràj Liv. V, § ij.
Goguet , Tom. I , pag. 114. ( / ) Supra , Liv. IV, ^. 14. ÉcIaircilTe-
(c) Soucier , T. II , p. 5 & T. III , p. 56, mens , Liv. lil , §. 9.
(d) In fomn. Scip. Lib. I, c. il. ( /e ) Ssxtus Empiricas , ad\crf. Mathcn:.
Svxci Enipirici opéra , ^. 115. pag. iij.
384 É C L A I R C I s s E M E N s
riens on des poëres, qui les coiinoilToient peut-être mal; &! qui, (Tailleurs
n'en parlent qu'en paiTant. Selon Athénre (^û) cité par M. Veidler (^) , le pôle
étoit un inftrument de l'efpece des héliotropes, qui fervoit à montrer les
changemens du foleil au tems des foîftices. Peut-être, s'il eft permis de con-
jedurer dans une matière (î obfcure, cet inftrument étoit-il conftruitde la
manière fuivante. Imaginons un cercle vertical, qui repréfentoitle méridien
du lieu, avec un autre cercle mobile, fur la circonférence du premier, qui
pouvoir toujours être dirige au foleil à midi , & qui , s' élevant comme lui en
été, s'abaiifoit comme lui ert hiver. Cet inftrument étoit très-propre à mon-
trer ce que les anciens appeloient les conversons du foleil , à faire voir les
changemens de fa hauteur méridienne; & c'eft ainfi que nous avons dit , que
l'on parvint à mefurer pour la première fois l'obliquité de l'écliptique (t). Si
l'on ajoute une fufpenfion à cet inftrument, on aura l'origine de l'anneau
aftronomique. Il y a d'autant plus lieu de croire que cet inftrument étoit fuf-
pendu , que celui dont parle Athénée avoit été placé dans un grand navire ,
qu'Archias, architecte corinthien, contruifit pour Hieron roi de Syracufe. Il
n'eft pas aifé de coiicevoir comment on fe fervoit de cet inftrument fur le
vailTeau ; mais il eft certain qu'il n'auroit été évidemment d'aucun ufage fur
la mer , s'il n'avoir pas été fufpendu. Suivant Scaliger (d), le pôle étoit l'an-
cien nom des horloges. Peut-être l'efpece d'anneau aftronomique que nous
venons de décrire, nommé /^o/e , fut-il la première horloge & précéda-t-il
les clepfîdres. A l'égard du gnomon, c'étoit une colonne ou une pyramide
élevée fur un plan, dont l'ombre indiquoit la hauteur du foleil fur l'horifon.
§. XXXIV.
L A connoilTance des cadrans folaires remonte à une alFez haute antiquité.
On connoit le miracle que dieu fit en faveur d'EzecB.d^; il fit retrogader
l'ombre de dix degrés fur le cadran d'Achaz (e) ; on ignore pourquoi ce ca-
dran porte le nom d'Achaz; mais cette particularité indique au moins qu'il
avoit été conftruit ou placé fous fon règne , c'eft-à-dire , plus de 7^0 ans
avant J. C. Or on doit fuppofer qu'il y avoit déjà du tems qu'on en faifoit
ufage à Babylone. L'écriture fait encore mention ailleurs de ce miracle , qui
( a ) Dipnos, Liv. V , pag. 107. (</) Notes fur Maniliiis , pag, 118.
( i ) Page 37. (.e) Rois , Li v. IV , c. to , v. 11.
(O Suj>rà,Uv. II, §. 14. lùigXXXYIII, î.
fut
ASTRONOMIQUES 5^5
fut fêmifqné <3ans la Clialdce {a). On feroic curieux de Gvoîr quels étoienc
ces dix degrés par lefquels l'ombre reinoiicafar le cadran. Il y a apparence que
par les degrés on entend les divifîons du cadran ; ces degrés marquoient-ils
des heures ? C'eft ce qu'on ne fait point \ Iccriture n'en dit pas davanta<^e.
Nous allons propofer une conjeèture. Les anciens ayant étendu à tout la
divilîon fexagclimale , diviferent d'abord le cercle en do degrés : on peut
l'inférer d'un palT-ige d'Achilles - Tatius (A). C'eil l'origine de la divifion
du jour en 60 heures , parce que le foleil parcourt les 60 degrés du cercle
dans fa révolution diurne. En conféquence les premiers cadrans eurent un
cercle divifé en 60 parties, qui éroienr également des heures &: des degrés -,
on pouvoir leur donner indifféremment les deux noms. Voilà peut-être quels
étoient les degrés du cadran d'Achaz. L'ombre rétrograda de 10 de ces
degrés j c'eft-à-dire , de 10 heures orientales ou 4 de nos heures. Nous ob-
fervons que les Ghaldéens comptoient le jour d'un lever du foleil à l'autre ;
chaque peuple le commençoit différemment. Les habitans de l'Ombrie à
midi j les Egyptiens «Se les Grecs au coucher du foleil ; les Romains à mi-
nuit (c). On prétend ( d) que Bérofe inventa un hémicycle concave qui étoic
conftruit pour différentes inclinaifons (e). Cet hémicycle auroit été fans
doute une efpeee de cadran folaire, dont on changeoit l'inclinaifon fuivant
les différentes latitudes. Mais nous avons peine à croire qu'il eut cette per-
feûion; nous en dirons les raifons ailleurs (/). Nous penchons à croire que
l'invention des cadrans appartient aux Chaldéens j ils font du moins les
feuls dans l'Aûe qui en ayeiat eu l'ufage.
§. XXXV.
Nous avons peu de chofe à dire fur les aftronomes Chaldéens. Tous
teux qui ont eu parti la longue fuite des obfervarions babyloniennes, n'ont
point lailfé de nom après eux. Abulpharage {g) fait mention d'un Hermès
Babylonien , ou Chaldéen, qui vivoit quelques fiecles après le déluge , &
(a) Paralip. Liv, U.c. 31 , v. 31. rentes latitudes. Voyei l'Hittoirc de l'Aftro-
(i) C. iS , in Urjrtolog. p. ijo. nomie moderne. D'ailleurs, cette peifec-
(c) Cenfoiin , dédie natali. tion n'a point dû (e trouver dans le pre-
( d ) Vitruve , Lib. IX , c. 9. mier cadran inventé. Il femble que le texte
( e ) M. Vcidler le pcnfe ainlî d'après de Vitruve ne le dit pas.
Vitruve, p.ag. 3J. Cependant ce cadran (/) Voye^ l'Hiftoire de l'Aûronomic
n'auroit pas difFcrc du cadran appelé Prof- moderne.
giindima j qui étoit conlfruit pour diflé- vC ^ ) Hiû. Dynaft. pag. 7.
Ccç
j8^ È- C L A 1 R C I S S E M E xN S
demeuroit à Calovaz ville de la Chaldée. C'eft à lui que les philofophes
Chaldéens rapportoient les principales connoiflances qu'ils avoient des
aftres. Ils ne faifoient point de difficulté de lui attribuer le rétabliiïement de
Babel , ou de Babylone , que Nemrod avoir fondée , & qui avoit été ruinée
de fon tems (a ). C'eft celui dont nous avons fixé l'époque à l'an 3562 avant
J. C. (t) Parmi les aftronomes chaldéens , Bérofe eft le plus connu, & ne
l'eft que par des opinions abfurdes. Pour l'honneur de ce peuple, nous
devons dire que Bérofe fut très-ancien. Nous ignorons dans quel fiecle on
doit le placer j mais du moins nous efpérons faire voir qu'on a eu tort de
le confondre avec l'hiftorien qui portoit le même nom. Bérofe l'hiftorien
avoir dédié fon hiitoire à Antiochus - Soter, vers 280 ans avant J. C. 11 eft
évident que celui-ci doit être diftingué de Bérofe l'aftronome , parce que ,
félon le témoignage de Diodore de Sicile cité plus haut, les Chaldéens n'a-
voient coutume défaire qu'une feule chofe .^ & s'y rendaient infiniment habiles ^
Bérofe n'a donc pas été en même tems hiftorien & aftronome. Diodore n'au-
roit pu faire cette alTerrion , s'il avoit connu les inventions aftronomiques de
Bérofe, s'il avoit eu fon hiftoire de Babylone fous les yeux, ou plutôt fi en
connoiirant les unes &: les autres , il les avoit attribuées au même auteur. Il
y a plus j indépendamment de la coutume des Chaldéens de ne point aflocier
plufieurs études , il auroit été difficile alors de fe livrer à différentes efpeces
de travaux. Les bibliothèques étoient certainement rares & peu nombreufes
en Chaldée j la terre & les hommes étoient prefque les feuls livres qu'on pût
confulter. Les favans , les philofophes , les hiftoriens fur- tout voyageoient ;
nous avons l'exemple de Diodore & d'Hérodote : l'aftronome feul devoir
être fédentaire. Quelle apparence que Bérofe occupé aux obfervations dans fa
patrie , ou établi dans l'ifle de Cos , dans la Grèce , où , dit-on [c] , il tranf-
planta l'Aftronomie , eût eu le tems de voyager pour confulter les dépôts , les
monumens,& recueillir les traditions dans un pays aufîî étendu que l'empire
de Babylone ! Mais voici quelque chofe de plus fort. On voit que Bérofe
palTa de l'Afie dans la Grèce , & enfeigna dans l'ifle de Cos, où il forma
quelques difciples. Il avoit inventé le cadran folaire j il eft naturel de penfef
qu'il y porta cet inftrument. D'un autre côté , on lit dans Hérodote [d] que
les Grecs reçurent des Babyloniens la connoiftance du pôle , du gnomon , Se
de la divifion du jour en 1 2 parties. M. Veidler conjecture ( e ) avec beaucoup
Ça) Herbelot, Bibliotheciue Oiientale, (c) Vitnive , Lib. IX, c. 7.
pag. 450. { d\ In Euterpe.
(i ) Supra J §.4. ( e ) Page je.
ASTRONOMIQUES 387
de vraifemblauce qu'Hérodote avoit en vue ici les inventions de Bérofe. Or
il cet aftronome a introduit dans la Grèce la connoiflance des heures , con-
noilT-ince plus ancienne qu'Hérodote 5 il étoit donc antérieur à cetccrivam,
qui, né 404 ans avant J. C , nà pu voir Bérofe l'hiftorien.
§. XXXVI.
Une autre raifon qui nous fait penfer que Bérofe eft beaucoup plus ancien
qu'Alexandre , c'efl: l'abfurdité de fon explication des éclipfes &c des phafes
de la lune. La lune s'éclipfe , félon lui {a) , quand fa face qui n'ejl point al-
lumée ft tourne devers nous. Vitruve ( b ) nous apprend que Bérofe expliquoit
aiftTi les phafes de cette planète. Selon lui elle avoit la forme d'une balle à
jouer, dont une moitié étoit blanche &c lumineufe , & l'autre d'un bleu cé-
lefte , de manière qu'elle pouvoir fe confondre avec la couleur du ciel. Re-
marquons que la moitié lumineufe ne devenoittelle, que par la propriété de
s'imprégner de la lumière du folell ,lorfqu'elle palToit au delFous de cet aftre.
En circulant autour de la terre , elle étoit forcée de tourner toujours fa partie
ccl*irée du côté du foleil, par une efpece d'attraélion de la lumière à la lu-
mière. Comment concevoit-il queda partie pleinement éclairée fe retour-
noit entièrement dans le moment d'une éclipfe ? Que devenoit alors l'attrac-
tion de la lumière à la lumière ? Nous demandons fi on peut fuppofer un
pareil fyftême dans un pays où il y a des obfervations confécutives , faites
deouis plus de 1950 ans, où l'on connoifToit la première inégalité de la
lune , le mouvement de fon nœud , où l'on obfervoit les échpfes avec quelque
foin & quelque détail? Les éclipfes, dans ce fyftême , n'auroient dûparoître
qu'un dérangement fubit & irrégulier, qui ne mcritoirpas d'être fuivi. En
outre Plutarque ne dit point que ce fût le fentiment des Chaldéens. Il rap-
porte les différentes caufes qu'on a imaginées pour l'explication des éclipfes
de lune j il donne d'abord celle d'Anaxiniene , qui eft de la dernière ab-
furdité j enfuite celle de Bérofe & celle d'Heraclite. Il finit par dire que les
plus modernes conviennent que les éclipfes arrivent quand la lune entre
dans l'ombre de la terre. Or ces modernes font Platon & Ariftote. Platon
vivoit environ 400 ans avant J. C. , & Bérofe doit être par conféquent plus
ancien. En reculant l'époque de Bérofe jufqu'aux tems qui ont précédé la
révolution & la réforme que nous fuppofons hit arrivée dans l'Aftronomie
{a) Plutar(jue, Opiu. des Philof. L. II c. if , ( i ) Vitruve , Lib. IX c. 4.
Ceci]
5S8 É C L A I R C I S § E M E N S
chaldcenne , on place Bérofe dans l'enfance de cette Aftronomie. On efi
d'ailleurs d'accord avec l'hiftoue grecque. Les premières connollfances de
ce genre parvinrent dans la Grèce vers cette époque , & cette hiftoire nous
apprend que ce fut Bérofe qui les y porta. Les Athéniens frappés , dit-
on {a), des prédidions fingulieres de Bérofe, lui drefferent dans le gymnafe
une ftatue dont la langue étoit dorée ; mais nous penfons que cet honneur
fut accordé à l'hiftorien & non pas à l'aftronôme.
Une nouvelle preuve de l'ancienneté de Bérofe eft fon opinion fur les
difFérens mouvemens de la lune [h). Selon lui elle en avoir trois : l'un autour
Je fon Centra , qui étoit la caufe des éclipfes \ l'autre en longitude par lequel
elle étoit mue .avec la fphere célefte , c'eft-à-dire , le mouvement ditTjne
d'orient en occident ; le troifieme en hauteur , par lequel elle paruiirolt i|mtôt
haute & antôt bafle. 11 eft évident que Bérofe ne connoifloit point l'incli-
naifcn de l'orbite de la lune, & dccompofoit fon mouvement propre en deux
autres ftflon la loiogicude 8c félon la latitude. C'eft abfolument la première
enfance de l' Aftronomie que l'on retrouve ici. Combien étoit-il donc cloi_:^né
des connoilTances que nous avons reconnues aux Chaldéeus , & coTu^ien
de voit -il être ancien 1
§. X X X V I L
Outre Bérofe , les auteurs font mention de quelques autres aftronômes ^
defqnek Thiftoire n'a confervé prefque que les noms. Strabon {c ] nomme
Cidena , Naburianus , Sudinus & Seleucus de Seleucie , mais il n nous erï
apprend rien , Gnon qu'ils étoient cités par les mathématiciens. Pline {J) cite
Oftanes dont nous avons déjà parlé. Suidas (ê) nous apprend qu'il y avoit
une école de mages qui portoienr fon nom. Belefis fur encore un aftronôme
chaldéen ; c'eft lui qui prédit le trône à Arbace. En effet Arbace tua Sarda-
napale , & lej^na après lui. On a cru faiilfement que Belefis étoit le même
que Daniel. Les tems ne s'accordent point j Sardanapale fut tué par Arbace
plus de zoo ans avant Daniel (/).
§. XXXIX.
Voila tout ce que Ion fait des aftronômes chaldcens ; on n'a p.as plus
{ a ) Pline, Lib. VU , c. 57. ( f ) Au mot OJIanes.
(i)Cléumcde, de Mundo , L'ih, U , 4- (/) DioJore, Lib. II, c, ii> > p- »^i'
( c ) Géographie , Lïln XVI. Jufti" . Lib. I , c. j.
(d) Liv. XXX, c i. Veidkr.pag. $4.
ASTRONOMIQUES. ^89
ce dérails fur leurs obfervarions. On ne nous dir poinr de quelle efpece
étoient ces obfervarions, fui vies fans inrerruprion pendant 1 coo ans. Prolemée
nous aconfervé dix cclipfes de lune ^ la première fur faire 711 ans, la dernière
382 ans avant (a) J, C. On y marque le jour, le rems à peu-près de la nuit;
on y dir fi c'efl: la partie boréale ou auftrale de la lune qui fut éclipfce , le
nombre des doigts. Ce qui eft afiez fingulier, c'eft qu'il paroîr par l'aîma-
gefte de {/■) Prolemée que les Chaldéens ne comptoienr pas les doigts , comme
nous le fiifons aujourd'hui, par les parties du diamètre de la lune. Us enten-
doienr par un doigr la 11^ patrie du difque, & non la 12' partie du dia-
mètre. Ils eftimoienr à l'œil apparemment le rapport de la partie éclairée
de la lune au difque entier, dont ils ne voyoient cependant que cette partie ,
ce qui ne rendoit pas l'eftimation facile {c). On y trouve une obfervarion.
de Sarurne faite l'an 228 avant (d) J. C. Quant à celles des autres pla-
nètes que Prolemée appelle feulement les anciennes obfervations , il y a ap-
parence qu'elles ont été Etites par Timocharis ou Arlltille , Se non pas par
les Chaldéens.
§. X L.
Nous avons dir que les obfervarions fuivies des Chaldéens avoient poux
objet les apparitions , les (tarions, les rétrogradarions des planètes, les levers
& les couchers des étoiles ; c'eft même comme lever des aftres qu'ils ob-
ferverent d'abord les apparitions des planètes. Dans le refte du cours de
l'année, ils s'imaginèrent , pour connoître leur mouvement, de les comparer
aux étoiles voifmes. Ils déterminoientla diftance de la planète à ces étoiles ,
dont il n'étoit pas néceflaire de connoître les pofirions , parce qu'on attendoic
le retour de la planète à la même diftance de ces étoiles , & cela faifoit une
révolution achevée. Nous apprenons par l'obfervationde faturne, de l'an 228
avant J. C. , que cette diftance étoit mefurée en doigts , dont le degré en
contenoit 24 (e'). On peut conjeéturer qu'ils avoient pris pour commune
mefure le mouvement du foleil en un jour j qui eft à-peu-près d'undegré ,
& que ces doigts étoient les z^^^m^s parties du mouvement de cet aftre. Il
paroît aflez naturel de comparer le mouvement des aurres aftres, au mou-
vement le premier connu.
(a) Ptolémée, Almag. ( rf) Pcolémce , Aimag- L b. XI , c. 7.
Riccioli , Almag., Totn I, pag ifo. (e) Ihidem.
{b ) Lib. VI , c. 7. CaiTini , Él'imens a'Allto.nomie , P^gc
( c ) Foye^ l'Hift, de l'Aftron. moocrae. 598.
J90 É C L A I R C I S S E M E N S
§. X L I.
Sextus Empii^icus [a) nous a confervé la méthode par laquelle , dir-on ,
les Chaldéens diviferenr le zodiaque en 1 1 parties , au moyen de la chute
de l'eau. Ils mefuroient l'intervalle de deux levers confécutifs de la même
étoile par l'eau qui s'écouloit d'un vafe ; enfuite ils partagèrent cette eau
en li parties , & ces portions leur fervirent à partager la révolution célefte.
Cette méthode fera difcutce ailleurs {h). On a dit que par là ils ne pouvoient
obtenir des parties égales que fur l'équateur. Les douze conftellations du
zodiaque dévoient être inégales j auffi le font elles encore. La méthode que
nous avons décrite pour ladiviflon du zodiaque (cr) eft plus fimple 5c plus
naturelle que celle-ci , mais elle avoir befoin d'inftrumens : elle n'a donc pas
dû être la première. Elle a fervi au contraire à redifier l'autre ; ce fera déjà
une fource de chaftgemens dans l'étendue des conftellations zodiacales. L'i-
négalité de ces conftellations n'avoit point d'inconvénient pour les Chal-
déens j ils comptèrent toujours les degrés fur l'équateur. A l'égard des pla-
nètes , comme ils n'obfervoient leur mouvement que par les diftances aux
étoiles , la divifion du zodiaque y étoit affez indifférente. Si Sextus Empi-
ricus attribue aux Chaldéens cette méthode de divifer le zodiaque , cela
fignihe feulement qu'ils en avoient confervé la tradition. Cette méthode,
qui ne peut être que la plus ancienne , appartient à. des fiecles bien anté-
ïieurs aux Chaldéens.
§. X L I L
Les Chaldéens établilfoient trois cieux difFérens. Le ciel empyrée , le plus
éloigné de tous; ce ciel, qu'ils appeloient aufli le firmament folide, eft de feu,
mais d'un feu fi rare & fi pénétrant qu'il traverfe facilement tous les autres
cieux , & f e répand par-tout : c'eft ainfi qu'il vient jufqu'à nous. Le fécond
eft le ciel éthéré , où eft la fphere des étoiles , formées des parties les plus
compares Se les plus denfes de ce feu. Enfin , le troifieme ciel eft celui des
planètes [d). On a vu plus haut {e) que les Perfes donnoient un ciel parti-
culier au foleil , &: un autre à la lune. Ce firmament folide 5c de feu eft
fans doute le ciel de la lumière première des Perfes , mais les Chaldéenj
ont ici redtifié leurs idées.
(<2)Sext. Empir. adv. Mathem. Lih.Y , (c) Supra, Liv. II, §. li,
pag. II}. ( </ ) Veidler, pag. 41.
(i) Infrà , Liv. IX, §. 13. ( e) Supra, §. j.
A s T R O N Û !sl 1 Q U E S. 391
§. X L I 1 I.
Nous avons parlé des connoiirances que les Chaldéens avolent fur les
comètes. Nous allons ajouter ici les paflages des auteurs qui nous les ont
tranfmifes. Stobée [a) nous apprend qu'ils regardoient les comètes comme
des planètes qui fe cachent à nos yeux pendant quelque tems , & fe montrent
lorfqu'elles defcendent dans les parties voifines de la terre j qu elles avoient
été nommées comètes par ceux qui ignoroient qu'elles font des aftres , Se
enfin qu'elles fembloient s'évanouir lorfqu'elles étoient reportées dans les
profondeurs du ciel , comme les poiffons difparoifiTent en fe plongeant au
fond de la mer ; c'efl; la comparaifon qu'employé Stobée. D'autres cepen-
dant penfoient que les comètes étoient des exhalaifons terreftres , & des
météores. Le vent , difoient-ils , porte ces vapeurs dans l'air où elles s'en-
flamnienr, &c en s'élevant dans le tourbillon éthéré, elles femblent tourner
quelque tems avec lui , jufqu'à ce que leur feu s'étant confommé , elles dif-
paroiflent. Séneque s'exprime à-peu-près (3) de même. « Epigenes , dit-il ,
jj & Apollonius Mindien , aftronôme très- expérimenté , qui difent avoir
» étudié chez les Chaldéens , ont deux fentimens oppofés. Celui-ci alTare
JJ que les Chaldéens ont rangé les comètes au nombre des étoiles errantes ,
JJ c'eft-à-dire , des planètes , & font parvenus à connoitre leur cours. Epi-
jj gènes au contraire dit que les Chaldéens n'ont rien appris des comètes ,
JJ fi ce n'eft qu'elles paroilfent s'enflammer, par un certain mouvement de
JJ l'air, agité & preiff en rourbillon jj. Il eft bien étonnant que parmi les phi-
lofophes chaldéens il y en eût qui rangealfent les comètes au nombre des
planètes , & qui fuflent parvenus à connoure leur cours. Quand elles fe re-
montroient , à quels fignes les reconnoilfoient-ils ? Il ne s'agit plus ici d'ob-
ferver le lever ,^ le coucher héliaque j ce font des obfervaticns d'un autre
genre. La queue , la chevelure font des fignes incertains qui dépendent de
certaines circonftances accidentelles de leur apparition. Leur grandeur éga-
lement varie , fuivant leur diftance à la rerre , au moment où on les obferve.
Leur diftance des étoiles dépend auffi de la poficion aétuelle de la terre.
Avoient-ils donc poulTé leurs remarques & leurs recherches jufqu'à con-
noitre le point du ciel où leur orbite coupe l'écliptique , l'angle que font ces
deux cercles entr'eux , le point du ciel où elles fe trouvent le plus près du
(a) Éclog c. ij , p. 63, cdit. de Plan- ( b) Quiji. nat, Lib. 7 , c. 3.
tin j AnYers, 1575.
joi è C L A I R C I s s E M E N s
foleil , & les autres caractères par bfquels nous diftinguons aujourd'hui les
comètes? Mais outre que ces carnderes , pour C-tre faifis , demindent des
cbfervations particulières , c'e'1: qu'ils luroient exigé encore la connoitTance
du vrai fyftème du monde & de la parallaxe annuelle , qu'ils n'avoient vrai-
femblablement pas , &fans laquelle une même comète, à chaque apparition
nouvelle, auroit pu leur prcfenter des caractères difFérens. C'ell: ce qui nous
a fait conclure que les Chaldcens n'ont pu s'élever d'eux-mêmes à cette idée,
& qu'elle n'étoit chez eux qu'une tradition ; à moins que , comme nous l'a-
vons dit, ils ii'ayent été fervis par un hafard heureux & en mcme tems bien
fmgulier.
§. X L I V.
Nous avons parlé de l'année aftrale des Chaldéens citée par Albategnfus ,
d'où en peut conclure que ces anciens aftronomes ont connu le mouvement
des étoiles.
Il efl: certain que cette année n'eft point une année tropique. Car pour-
quoi les Chaldéens fe feroient-ils écartés du nombre rond , & auroient-ils
ajouté ces ii minutes , s'ils n'avoient pas apperçu que le tems du retour
du foleil, à la même étoile, étoit plus long que celui de fon retour au même
folftice , ou au même équinoxe ? Cette année n'eft: point non plus l'année
aftrale des Arabes du 9"^ fiecle (<;) , celle-ci eft plus courte de z'. Voici un
paiïage d'où l'on peut conclure auffi la connoiiïance du mouvement des fixes.
«' Suivant Celfe, on voit dans la doctrine des Perfes Se dans les myfteres
» de leur Mithra , le fymbole de deux périodes' céleft:es , de celle des
r étoiles fixes , de celle des planètes & du palfage de l'ame par ces pla-
» netes (*!')!». S'ils avoient une période des fixes, ils connoilToient donc
leur mouvement. Celfe à la vérité peut avoir entendu parler de la décou-
verte de ce mouvement par Hypparque, tant célébré par Pline ; mais pour-
quoi l'auroit-il attribué aux Perfes? En outre les Perfes difent que le monde
durera 1 1000 ans ; ils attribuent mille de ces années à chaque figne du
zodiaque. Voici le paiïage. " Le Dieu fuprême créa d'abord l'homme & le
)v taureau dans un lieu élevé , & ils y reft:erent pendant 30(10 ans fans ma! ,
»> & ces 5000 ans comprennent l'agneau ,1e taureau Se les gémeaux. Enfuite
» ils relièrent encore 3 oco ans fur la terre fans éprouver ni peine ni contra-
(û) Voyei VHidone de. l'.\!tronoinie (i) Origcne , carte. Cclfum , Lib. VI ,
moderne fur l'Arabe Thebich-Benchora. pag. ijc.
» diction ,
ASTRONOMIQUES. 595
'0 dîdion , Srces mille rcponaenc au cancer , au lion & à l'épi. Après cela
«* au 7* mille rcpand.^.nt à la balance , le mal parut. L'homme fe nom-
•» moic Kaiomorh. Il cultiva pendant 30 ans la terre , les plantes , l'herbe :
M (Se lorfque le mille du cancer p.irut, Jupiter étoit daus ce ligne: le foleil
I» était dans l'agneau , la lune dans le taureau , faturne dans la balance ,
•♦ mars dans le capricorne, venus & mercure dans les poilfons {a). Les
» aftres commencèrent alors i fournir leur carrière au commencement du
n mois fervardin , ce qui eft le norouz , & par la révolution du ciel le jour
» fut <iiftingué de la nuit». Telle eft: l'origine de l'homme {h). Nous avons
tranfcrlt & mis ici fous les yeux des aftronomes le palfage entier , en cas
qu'on put tirer quelque parti de la difpolltion des aftres qui y eft rapportée.
Nous doutons qu'on puilfe y réuiîlr, parce qu'elle eft trop vague. Le lieu
des planètes-, défigné parle figne, n'eft pas une indication affez précife •, mais
MOUS remarquerons que ladiviiîun de ces 1 2000 ans , par intervalles de 3003
ans , indique une divifion de 4 âges , & que l'attribution de 1 000 ans a.
chaque ligne , femble renfermer une connoilfance , au moins grolliere , du
mouvement des étoiles qu'ils croyoient apparemment de 3° en cent ans. .
Remarquons que comme Kaiomorh , félon les Perfes , parut au feptiema
mille , les Chinois difentqne la durée du rems prefcrit a été produite dans
la fepdeme heure d'un jour myftérieux (c) qui eft la figure de la durée du
monde.
Remarquons encore que ce 7' mille eft celui de la balance , félon les
Perfes , & que les Chinois difent que l'homme eft né dans l'équinoxe d'au-
tomne. Selon la tradition égyptienne, c'étoit 45 jours après le folftice d'été.
Selon la tradition chaldéenne , c'étoit vers le 30^ jour de la balance (d).
Nous ne nous laflons point , & nous efperons qu'on nous pardonnera de
rapprocher les traditions. Ce rapprochement eft utile & peut un jour fournie
quelques lumières.
§. X L V.
Toutes les obfervations des Chaldéens furent faites dans le temple de
Jupiter Belus. Ce temple qui étoit au milieu de Babylone , fut un des plus
{a) Selon Macrobe , à la nailTance du dans le capricorne. Macrobe , Jbmn. Scip.
monde, la lune écoic dans l'écreviire , le Lib I , c. ii.
ioleii dans le lion , mercure dans la vierge, (b) Zend-Avefta , T. II , p. jjj-
venus dins la balance , mars dans le fcor- (t) Martini, Hift. delaCliine, T. I, p. 1 1 .
pion, Jupiter dans le fagittaire , faturne (a?) Frcret, dsf. de la Chron. pag. x^i.
J94 ÊCLAIRCISS'EMENS
magnifiques édifices du monde. Au centre ézon une tour de forme pyra-
midale , qui avoir , fuivanr Hérodote {n) , un (lade de largeur & de hau-
teur. Hérodote l'avoir vue , & il femble qu'on doive s'en rapporter à lui; il
ne dit point quelle étoit la valeur de ce ftade , Ci c'éroit le ftade grec dont
M. Le Roi {/> ) a. donné la mefure exafte de 94 ^'/^ toifes, la tour auroit
eu environ 95 toifes de hauteur. Mais nous imaginons plus volonrers que
ce ftade étoit celui dont on fe fervoit dans la Perfe , &c qui étoit , comme
nous le prouverons , de 85 toifes ^ pieds. En prenant cette mefure pour celle
du côté de la pyramide, il en rcfulttrafa hauteur perpendiculaire de 74 toifes,
c'eft i-dirc, un peu moins que les pyramides d'Egypte qui en ont 78 [c).
D'odore, venu plufieurs fiecles après Hérodote , dit : " ce temp'e étant
<« abfolumenr ruiné , nous n'en pouvons rien dire de bien exaét ; mais on
5j convient qu'il étoit d'une hauteur excelTîve , & que les Chaldcens y ont
5) fait leurs principales découvertes en aftronomie , par l'avantage qu'il y
» avoit d'obferver de là le lever & le coucher des aftres (ci') ». M. DanviUe
place les ruines de Babylone à 51° 30' de latitude boréale , avec à peu près
la même longitude que Bagdad (c).
( a ) In Clio.
(b ) M. le Roi , aftuellcmenc Membre
de rA.adémie des Inlcriptions &. Belles-
Lettres & de celle d'Architcfture.
Voye:^ fon bel ouvrage des ruines de la
Ciece.
( c ) M. de Chazelles , Mémoires de l'A-
cadémie , I7(ii, pag. 160.
( d ) Diodore , Liv. II , Tome I , page
»35- _ , - .
(e) Mémoires de TAcadémie des lufcrip-»
tiont, TomcXXYIlI j page 1^7.
ASTRONOMIQUE?, 39J
LIVRE CINQUIEME-
De l'ÂJironomie des anciens Égyptiens^
§. Premier.
-*■ L p.iro!t évident que les Erhiopiens font plus anciens que les Egyptiens ,
^ font leurs véritables ancêtres. Nçus avons déjà cité Lucien , nous ajou-
terons un palfage du même pKilofophe {a ).
" Les Ethiopiens , à ce qu'on dit , font les premiers qui ont inventé l'Af-
3> tronomie , à caufe que leur ciel efl: fans nuage , & qu'ils n'éprouvent pas ,
« comme nous , les changemens des faifons , outre que c'ell: une nation
» fort lubtile & qui furpalfe toutes les autres en efprit & en favoir. Après
n avoir donc remarqué les phafes de la lune , ils en voulurent rechercher
»> la caule , & ils trouvèrent que cela venoit des différens afpeéts du foleil
:) dont elle emprunte fa lumière. Ils étudièrent enfoite le cours Se la na-
:j ture des autres planètes , & leur donnèrent des noms , non-feulement
» pour les difcerner , mais pour marquer leurs diverfes influences. Enfin
15 les Egyptiens ont cultivé cette fcience , 5cc. jj
En effet , l'Ethiopie efl: encore plus fertile que l'Egypte ; on y fait quel-
quefois deux ou trois moiirons par an. La chaleur eft extrême dans fes plai-
nes , mais elle eft tempérée dans les lieux hauts : l'Ethiopie eft fort élevée ,
puifqu'elle renferme les cataractes du Nil j il eft donc probable qu'elle
a pu être habitée avant l'Egvpte. Si Atlas a jamais régné , comme il
paroît qu'on doit le croire , c'eft dans la Libye j fon royaume conlîftoit ,
peut - être , dans la montagne qui porte fon nom : car dans ce tems
trcs-anclen , la terre étoit partout inculte , les plaines étoient inonJées ,
fangeufes , Je les premiers empires furent fur des montagnes. Les en-
fans ou les frères d'Atlas palTerent dans la haute Ethiopie , d'où ils purent
fe répandre dans l'Egypte , quand elle devint habitable. Les Ethiopiens ,
€n fe multipliant , ont étendu leurs habitations avec les conquêtes du
fleuve •, alnfi les premières connoifTances des Egyptiens auront été fondées
en Ethiopie , où fut la demeure de leurs ancêtres. Les Ethiopiens difoient
\ a) Traiic de l'Allrolo^ic,
D d d ij
î$>£î ÉCLAIRCISSEMENS
encore [a] que les Egypciens ctoient une de leurs colonies qui fut menée
en Egypte par Ofuis. Il eft fi probable que les chofes fe font palf^'es ainfi ,
que, félon tous les anciens auteurs , la haute Egypte fut peuplée Se éclairée
la première. Ajoutons que le Nil étoic adoré en Egypte [i) ; il l'ctoit
de même en Ethiopie. M. le chevalier BruflT , dans un grand voyage
qu'il vient de terminer , a pénétré dans l'Afrique, & a découvert les fources
du Nil. Il a vu , fuivant ce qu'on nous' a dit , que ces fources avoienr un
culte & des prêtres. Puifque ces fuper'Htions font defcendues le long du
Nil , les peuples ont été également tranfportés , i3c ce font les Ethiopiens
qui ont dii établir ce culte en Egypte.
Les habitans de Thebes , flimeufe par fes cent portes, nommée autre-
ment Diofpolis , fe difoient les plus anciens des Egyptiens, iJc fe vantoient
que la philofophie , auHl bien que l'ARronomie , avoir pris nailTImce chez
eux. Nous pourrions croire que l'Aftronomic cultivée à Thebes , eut fa pre-
mière origine dans l'Ethiopie , fi le nom d'Indiens que porroient les Ethiopiens
comme les habitans des bords du Gange & une infinité d'autres preuves
que nous avons déjà indiquées , n'établifioient pas une parenté certaine
entre ces deux peuples. Quelques-unes des opinions philofophiques des
Egyptiens font dues aux Indiens. La métempfycofe eft chez eux un dogme
général, au lieu qu'en Egypte elle n'étoit que le fentiment de quelques par-
ticuliers. Philoftrate dit pofitivement qu'elle avoit palfé de l'Inde en Egypte.
Apollonius demandant à Jarchas , chef des Gymnofophiftes , ce qu'il penfbic
de l'ame: Nous penfons , diril, ce que Pythagore vous a appris, & ce que
nous avons appris nous-mêmes aux Egyptiens (c). Le peu d'autorité d»
Philoftrate ne fait rien ici. Quand ce qu'il avance ne feroit point un fait
véritable, il y a au moins lieu de croire qu'il parloir d'après les traditions &
l'opinion reçue de fon tems. Au défaut des faits pofitifs , ces traditions
font précieufes , & toutes celles que nous avons recueillies jufqu'ici , con-
courent à ramener les connoilfances aftronomiques j à la fource commune
que nous avons trouvée dans l'Afie.
§. I I.
Thaut, Hermès ou Mercure eft regardé chez les Egypriens , comme
l'inventeur de l'Aftronomie. Nous avons foupçonné que c'étoit le fécond
{u ) Diodoïc, Liv. I , p. 109. (c) De vita Apollonii , Lib. III.
(a) Fi^noriusmenjuifacu ,2- So, 81. Méra. Acad. des Iiif, T, XXXI , p. 134.
ASTRONOMIQUES. 397
des Hermès qui a pu palfei- en Egypte environ 5 5 fiecles avant J. C. Les
Arabes, reconnoilfent ces trois Hermès. Le premier , félon eux , fut Edris
ou Henoch , le troifieme eft celui qui fut furnommé Trifmegîfle. On dit
qu'il naquit lors de la grande conjcnftion de Mercure avec le foleil. Nous
ignorons ce que les Arabes entendent par cette grande conjondion. Les
Arabes confervent de lui un ouvrage intitulé Afrar-Kelam. Il y traite des
grandes conjondions des planètes. Ce livre pafTe pour fuppofé, comme celui
que nous avons fous le titre de Pimander & d'Afclepius ; mais la chofe
a-t-elle été fuffifamment examinée? Ces livres font toujours 'très-anciens , &
font par conféquent très-curieux. On trouve à la bibliothèque du Roi ,
n*^. 103^ , un livre qui traite du lever de firius , livre attribué au premier
des Hermès , l'Edris des Arabes ( tz ). Il eft bien fâcheux que des ouvrages ,
où l'on pourroit trouver des lumières fur l'antiquité , ne foient pas tr.xduics.
§. 1 I I.
On ne doit pas attendre plus de chronologie dans l'ordre des connoif-
fances égyptiennes que nous n'en avons trouvé à Babylone. Nous n'avons
fur l'antiquité que des lambeaux découfus j nous ignorons ceux qui doivent
être rangés les premiers \ cependant nous commencerons par la forme de
l'année , parceque le befoin du calendrier a produit partout les premières
obfervations aftronomiques. Nous avons déjà dit que les Egyptiens eurent
des années d'un , de deux, de trois , de quatre & de fix mois. Ce fut Horus,
fils d'Ofiris , qui inftitua , dit-on ( /' ) celle de trois mois, en partageant
l'année en quatre faifons. C'eft de fon nom fans doute qu'eft venu le mot
orcsyhora , par lequel les faifons unième l'année (c) étoient ancienne-
ment défignées.
Les Egyptiens étendirent ces révolutions deftinées à mefurcr letems juf-
ou'à 1 1 lunaifons , (î l'on s'en rapporte à une ancienne fable expliquée par
M. f reret {à). Il conjeélure que les Egyptiens ont eu une année lunaire de
3 1; ^ jours , & voici la fable ou la tradition fur laquelle il fe fonde {e). Rhéa
eut un commerce illégitime avec Saturne , le foleil s'en apperçut , la mau-
dit, & fouhaita qu'elle ne pût accoucher dans aucun mors, ni dans aucun
jour de l'année. Cependant, comme le fardeau pefoit à ladéeiTe , Mercure,
( a ) Herbelot , Bibliothèque Oiieinalc , (c) Plutarcjuc , in Simvos , L. V, qu^fi. IV,
p.ic!;. 449, 4V0. (i^) Dch de ta Chron. ji. 411.
\è ) Ccnfoiin , de die nata'i ^ c. 15. {,c) riu:ai>liieid'Ius£cd'ûiîiis,§. 7,
3o8 ÉCLAIRCISSEMENS
ponr l'en délivrer & méiiterfes faveur-; , s'avifa cl'iin expédient. Il engagea la
lune à jouer layo^ partie de chacun dî fes jours ; il gagna, & de ces foixante-
dixiemes de jour , il compi^fa cinq jours épagomenes , qui furent ajourés à
l'année lunaire. 11 eft vrai que P'utarque en rapportant ceci , l'applique tou-
jours aux cinq jours épagomenes de l'année folaire ; mais , comme le re-
marque M. Freret , il paroît qu'il ne doit être queftion que de l'année lu-
naire , puifque cinq jours fonr la yi*^ , & non la yj" partie de jCîo
jours. Remarquons de plus que c'tft à la lune & non pas au foleil que Mer-
cure s'adrelTe. M. Freret fuppofe que l'année lunaire fut d'abord de 350
jours , compofant 5 c femaines , 8c ii mois de 19 jours 4 heures. Cette
idée de M. Freret s'accorde très-bien avec l'explication que nous avons
donnée {a) des 50 fils d'Hercule & des 50 danaïdes , qui fuppofent une
année de 50 femaines. Mais comme Tannée lunaire e(l de 554 jours & uti
peu plus de huit heures, on s'apperçut bientôt que l'autre année étoit trop
courte, & l'on y ajouta cinq jours. C'efl: dans ces cinq jours que Rhéa fie
fes couches , lefquelles furent d'aurant plus fingulieres , que n'ayant conçu
que quatre enfans , elle en mit cinq au jour , parceque I!is &c Ofiris étoient
reftésfilong-tems dansfon fein,qu'ds parvinrent à l'âge de connoître l'amour,
& qu'ils eurent dans le ventre même de leur mère un fils qui fut HorusJ
Or comme la première fois qu'on ajouta ces cinq jours , ils ne faifoient
effeâiivement partie d'aucun mois , elle éluda , par l'artifice de Mercure ,
les malédidions du foleil. On pourroit conjedurer encore que c'eft à Mer-
cure , ou au Thaut des Egyptiens , qu'eft due cette correélion de l'année
lunaire, puifque dans la fable c'efc Mercure qui elT: l'auteur de la fuper-
cherie & du vol fait .1 la lune.
§• I V.
Tout ceci n'eft qu'une pure conjecture 5 mais il eft certain que les an-
ciens Egyptiens ont compté long-tems par mois , &c par des intervalles de
plufieursmois. Quand on lifoitdans leurs annales qu'il s'étoit écoulé 23000
ans entre le règne du foleil & le palfage d'Alexandre en Afie , pendant le-
quel tems des rois avoient régné les uns 1200 ans, les autres 300 ans , il
paroît que les prêtres chronologiftes étoient eux-mêmes honteux de ces cal-
culs {h) j car ils les excufoient en difant que d'abord on avoir mefuré le tems
par le cours de la lune, & que les années étoient de 30 fours feulement.
(a) Suprà, Liv. IV, §. 3. (à) Diodore , T. I , Liv. I, p. 85.
ASTRONOMIQUES. 599
Alors on peut moins s'cronner de ces rois qui cm régné i 200 années , lef-
quelles ne valent dans cette fuppofition qu'environ 1 ce des nôtres. Ces
prerres ajoutoient que dans l.i fuite les années ont été compcfées de naître
niois , qu; font la durée de chacune des trois faifons , le prinrems , l'été &
1 hiver {12), d'où vient que chez quelques auteurs les années s'.-\ppe!lent
laiions, & les hiftoires des horographies. Amfi les règnes de 300 ans de
CCS autres rois fe trouvent réduits à moins de 100 ans.
§. V.
Après avoir paflé par ces difTérenres formes d'années, on imagina d^
rr.efurerle temspar les révolutions du folei! j & pour y conformer l'année
civile , on lui donna 560 jours , que l'on partagea en 1 2 mois (è). Enfin
on s'appcrçur que cette année s'écartoit de 5 jours de la véritable révolution.
Ce furent les Thebains qui firent cette remarque (c ). Ils ajoutèrent donc à
leur année ces cinq jours que l'on nommoit épagomenes.
Diodore de Sicile rapporte qu'Ofiris eft enterré dans une île que le Nil
forme fur les confins de l'Egypte & de l'Echiopie ; fon tombeau eft envi-
ronné de 360 urnes, que chaque jour les prêtres rempliffent delait (d). Sur
quoi Newton (c) prétend qu'alors , c'eft-à-dire , au rems des honneurs qu'on
a rendus à Ofiris , l'année n'étoit que de 360 jours , parce qu'il eft afTez
vraifemblable que le nombre de ces urnes fait alluficn au nombre des jours
de l'année. Cette date qui remonte à Ofiris eft fi ancienne , que l'année de
3(^5 jours pourroit l'être encore beaucoup [J). Mais M. Freret n'adopte
point la conclufion de Newton. Ce favant obferve {g) que le nombre de
5<îo prouve feulement que les cinq jours épagomenes étoient regardés
comme ne faifant point partie de l'année. " Nous voyons , dit-il, que du tems
» d'Alexandre , les prêtres confacrant diverfes chofes au foleil , en nombre
» égal à celui des jours de l'année , ce norhbre étoit de ^60 , quoiqu'on
55 ajoutât cinq jours épagomenes aux 360 jours des douze mois. Les cinq
» jours épagomenes font nommés dans plafieurs des langues orientales , les
» jours dérobes [h] «.
( a ) DIodoie Se Piucarque , dans la vie (d) Idem , Tom. I , Liv. I , pag. aj.
de NuiTia. ( e ) Chrouol p. 79 , Paris 171 S.
(ff) Sincelle , Chron. pag. iiî. (/") Suprà , Liv. I, §. 10, 18, ij,
( c ) Strabon , Gcog; Lib. "XVII, p. 8i«. ( g) Dcf. de la Chron. pag. 412,,
Diodore , T. I , Liv. I, p. 10^. {h) Golius, ad jîlfergan.
400 ÉCLAIRCISSEMENS
§. V I.
Nous apprenons de Pline {a) que les Egyptiens commençoîent le jour
à minuit. Cependant M. de laNaufe {b) cite liîdore qui afiTiire que les Egyp-
tiens comptoient les jours d'un foleil couchant à l'autre , ce qui eft conforme
à ce que rapporte Theon , que la canicule fe levoit à l'onzième heure , c'eft-
à-dire , l'onzième depuis le coucher du foleil : car il eft clair que le lever
vlfible d'une étoile ne peut jamais avoir lieu à onze heures du matin. Il
faut croire que dans cUlférentes divifions du pays , les Egyptiens avoienr
diBcrentes manières de compter , ou que ces diftcrcntes manières de comp-
ter ont exifté dans des tems diflcrens.
§. VII.
Nous avons vu que fuivant nos calculs , 'a chronologie égyptienne fal-
foit remonter l'ufage des années folaires vers l'an iSSy, ce qui eft d'accord
avec l'inftitution de la période caniculaire que l'on peut fixer avec Manéthon
à l'an 1781. Sirius ou la canicule étoit donc obfervée alors en Egypte.
Cette étoile étoit connue dans la Grèce dès le tems d'Eumolpe (t ) & con-
féquemment avant la guerre de Troie {d) : elle doit l'avoir été long-tems
auparavant en Egypte. Nous voyons ( e ) par l'infcription dédiée à Ifis ,
qu'elle étoit connue alors , c'eft-à-dire fans doute, plus de 3 000 ans avant J. C.
Le changement du lever de cette étoile qui retardoit d'un jour tous les 4
ans , donna lieu auxEgyptiens de former une petite période de 4 années , qui
étoit précifément celle de nos années bilTextiles ^ période qu'ils défignoient
fous l'emblème d'un arpent de terre , marquant la première année par un
quart d'arpent , la féconde par deux quarts (/) , &c. tout cela ne fignifiant
que les quarts de jour dont l'année étoit en défaut. La révolution de cette
période n'avoir d'autre effet que de renfermer le changement du lever de
{îrius , qui tous les quatre ans arrivoit un jour plus tard. 11 femble que
Strabon {g) falfe mention de cette période en l'attribuant aux Thebains.
(a) Lib. II , c. 77. ( d) Eumolpc étoit fils de Mufée , l'un
(^) La Naufe, Mémoires de l'Acadcmie Se l'autre, ainfi qu'Orphée, palfent pour
<ies Infcriptions, Tom. XIV. avoir vécu avant la guerre de Troie.
(c.) Diodore , Liv. I , pag. 14., nous a Kbyf^ Fabricius , bibliothèque Grecque,
çonfcrvé cç vers d'Eumolpe : L'w- I , c. 6 & 1 fi.
( e ) ÇclaircilTemeus , Ljv. I, §. 10,
De l'ardent (îrius rétoile étincclante. (/) Horus ApoUo , Lib. I , c. j.
(^ ) Strabon, Lib. XVII, p. 8itf.
§. V I 1 L
• - A s T R O N 0 M I Q U E 5. 4»r
§. VIII.
BArN'BR.iGGK(a) remarque avec raîfon que l'année rurale des E?:yptiens ,"
<^iXi commençoit avec le lever de la canicule , avoir cgalenienr rous les quarre
ans un jour inrercalaire ; cela eft cvidenr. Nous avons dir que fi la canicule
s etoK levée le premier jour d'une année , elle continuoir à fe lever le même
jour les deux fuivanres , mais que la quarrieme elle ne fe levoir que le fé-
cond. L'intervalle de ces deux levers embraffoic donc jtJ^T jouis. CcÙ. une
contradiction , ou du moins une confufion d'idées , que de dire généralement
comme Porphyre ( n ) que les Egyptiens commençoient leur année au folftice
d'été , ou au lever de la canicule. Car d'une part leur année religieufe com-
mençoit à tous les jours de l'année folaire , & de l'autre leur année rurale
croit bien fi^ée au lever de la canicule , mais non au folftice d'éré. Ce n'eft
qu'accidentellement que ces deux phénomènes ont pu concourir enfemble ,
Se chaque année le lever de la canicule tendoit à s'éloigner du folftice par
le mouvement progreflif des étoiles en longitude. Cependant ces alTertions
des anciens font fondées fur quelque raifon. Les Egyptiens croyoient (c) que
le lever de la canicule avoir prélidé à la nailfance du monde ; le premier de
leurs mois étoir appelé Thoth du nom de cette étoile: il étoit aiTez naturel de
penfer que le lever de l'étoile > qui y fut placé , lui avoit donné ce nom , 6c que
fans doute l'étoile fêle voit alors héliaquementdans le tems du folftice. Chaque
commencement d'année devenoit ainfi pour eux l'anniverfaire du monde.
Godefroy Vendelinus ( d) , aftronôme flamand , a imaginé que l'époque, ou
le commencement de cette période remontoit à l'année 11(^5 avant J. C. ,
parce que dans cette année la nouvelle lune , le lever de firius , le folftice
d'été , & le premier jour du mois de Thoth tombent le même jour , c'eft-à-
dire , le 5 Juillet ie). Selon lui ce concours alTez rare a pu être choifi pour-
époque , & l'on a dir que l'année égyptienne commençoit au folftice , puif-
qu'en effet la période fothique , ou la première année de cette période
avoit commencé ainiî , quoique réellement cela ne foit arrivé que cette année
là. Mais Vendelinus s'eft trompé (/) en ce qu'au lieu du lever héliaque , il a
pris le lever cofmique (g ) qui n'eût été d'aucun ufage pour les Egyptiens.
(ci ) £>,: a.i,-:o, came. c. 4. (/) Bainbriggc, de ann. canic. c. 4,
(,b) De artro Nymph. pag;- 57. ^ ^
(<r) La Naafe , Académie des Infcrip- Ig) Le lever coGnique d'une étoile, eft
tions , Tom. XIV , pag. 347. celui qui a lieu au moment même du lever
( d ) Riccioli , Almag. nov. T. I , p. 1 19. du foleil ; il ell clair que l'étoile n'eft pas
l^e) Le / Juillet , Proleptiquc ou Julien. viiible alors.
E e e
40Z ÉCLAIRCISSEMENS
Bainbrigge a calculé {a) que dans la balle Egypte , c'eft-à-dire , fous le pa-
rallèle de 30° ii',ran 1322 avant J. C.jfirius fe levojt héliaqaementlorfque
le foleil éroir dans le 14' degré de l'écreviire , & que l'an i jîJ après J. C. il
fe levoit lorfque le foleil ctoic dans le 2.6^ degré du même figne^ d'où il s'en-
fuit que le lever héliaque de firius n'a pu concourir avec le foiftice d'été ,
qnc 2800 ou poo ans avant notre ère.
§. I X.
Nous avons des preuves hiftoriques qui établiîTent le commencement de
cette période. Cenforin ( b ) nous apprend que l'année 25 8 de notre ère fut
la 100^ de la période fothique. Cette période s'éroit donc renouvelée l'an
1 38 , & conféquemment avoir commencé l'an 1 322 avant J. C En outre
les années de Nabonalfar , comptées fuivant la forme égyptienne , ont leur
époque Se leur commencement le 16 Février de l'an 747 avant J. C. Or fî
l'on fuppofe que lors de l'établiflement de la période , le commencement de
l'année ait été fixé au lever de la canicule qui arrivoit à Thebes , en Egypte ,
vers le 20 Juillet (t) , ce premier jour auroit donc rétrogradé de 144 jours ,
ce qui exige un intervalle de $j6 ans. Par conféquent le commencement de
la période feroit , comme nous l'avons déjà trouvé , de l'an 322. Ces deux
déterminations s'accordent fingutieremen: bien , & l'on peut regarder l'an
13 22 comme une époque de cette période.
§. X.
I L feroit curieux de favoir fî cette époque fut la première & la date de l'é-
tabliffement de la période. Manéthon dit [d] formellement le contraire. Selon
lui , les pafteurs entrèrent en Egypte la 700*^ année du cycle fothique , ils y
refterent 5 1 1 ans , & ils furent chaffés par Séfoftris , dont M. Freret (t;) placé
le règne en 1 5 70^ donc le cycle a commencé en 2782, précifément i4(îoans
avant le commencement de l'autre cycle que nous venons de fixer. D'ailleurs
fî réellement il y avoit en Egypte une tradition que la période caniculaira
avoir commencé , lorfque le lever de la canicule concouroit avec le foiftice
d'été , il eft fur que , fuivant le calcul de Bainbrigge que nous avons rapporté ,
( a ) Bainbrigge, de ann. cank. prob. V, de l'écieville , c'cft-à-dire , 14 ou ly jours
pag. 71 & 75. après le lolAice qui arrivoit alors k 5 Juil-
{b) De die natali , c. 11 , pag. 115. let proleptique.
Riccioli, Tom. I, pag. 119.' (.d) Défenfe de la Chronol. p. 147.
( c ) Sirius fe levoit , comme nous avons Sincclle , p. 103.
vu , l'an 1 3 it , le foleil étant dans le 14° (e) Déf. de la Cluon. pag. 241 , 143.
ASTRONOMIQUES. 40Î
la canicule devoir en 1781 fe lever lorfque le foleil ctoit à-peu-près dans le
a° de l'ccreviire 5 &: (1 on fuppofe , comme il eft naturel de le fiiire , que ces
anciennes Se premières obfervacions ont été faites àThebes, qui eft plus mé-
ridionale que Memphis, firius devoir s'y lever deux à trois jours plutôt, &
par confcquent en 1782 pouvoit fe lever le jour même du folftice.
§. X I.
Nous avons dit que les Egyptiens paroiffent avoir fait la durée de l'année
folaire de j(>5'^précifément, durée trop longue de quelques minutes. Ce-
pendant Albategnius attribue aux Chaldéens une année aftrale de 365' 6^
II', il l'attribue également aux Egyptiens ( « ) ^ d'où il fembie qu'on en de-
vroit conclure , 1°. que les Egyptiens ont mieux connu la longueur de l'année
que nous ne l'avons fuppofé j 2°. qu'ils ont connu le mouvement des étoiles
en longitude. Mais nous croyons que c'eft une erreur d'Albaregnius. M.
Edouard Bernard {è) dit que les prêtres d'Egypte faifoientce mouvement,
comme nous, de 50" 9'" - par an. M.Bernard ne cite point la fource où il a
puifé: on peut croire que c'eft dans les manufcrits arabes. Quelles que foient
ces deux autorités , nous ne pouvons admettre les connoiirances qu'elles fup-
pofent aux Egyptiens, connoiffances qui contredifent ce que nous favons de
ce peuple. Nous ferons voir par la fuite qu'il eft très -incertain qu'ils ayent
obfervé les échpfes. Il paroît aufli que les Egyptiens n'eurent point l'ufage des
armilles , ou de ces grands cercles d'airain , placés dans le plan des cercles
céleftes. Us auroient eu des points fixes pour mefurer le mouvement des
aftres , Se en compenfant par le nombre des révolutions la grofliereté des inf-
trumens & des obfervacions , ils feroient parvenus à des réfultats plus près
de la vérité. Plutar.-]ue témoigne cependant que les prêtres égyptiens mefu-
roient la hauteur du pôle fur Vhon(on avec une tahkzte en forme de tuile faifant
un angle aigu fur un plan à niveau (c). Mais on fent que les aftronômes n'é-
toient gueres plus avancés avec un pareil inftrument.
§. X I I.
Nous ajouterons encore un faitchronologique quiafait foupçonner que les
Egyptiens avoient connu le mouvement des fixes. L'ancienne chronique égyp-
tienne compte 30525 ans entre le règne du Soleil & celui de Nedtanebus.
( j ) 5uprj,Lib. V, §. 15. (Â)TranfaclionsPliilofophiques, n^i^S.
Albategaius , de fcicnùa fiellarum , c, abrégé, T. I, p. iji.
67. • ( c ) Des oracles qui ont cefle , §. }.
E e e ij
'404 É C L A I R C I S S E M E N S
Sincelle (w) , qui rapporte cette chronologie , ajoute que ce 3<?5 î 5 ans ctoîenf
la période de la refUtution du point éqidnoxial au premier degré dt la conjlellation
du bélier. M. {b) Freret obferve que les anciens , qui ont connu ce mouve-
ment , l'ont cru environ d'un degré en 100 ans j c'efl: pourquoi les Grecs >
dont le cercle étoit divifé en ^60 degrés , comptoient jôooo ans pour cette
révolution. Mais les Egyptiens durent l'eftiraer de 35>o3 ans , parce qu'ils
divi^oient leur cercle en 3(^5 degrés [c) ,fuivanc le nombre des jours de leur
année, comme font encore les Chinois , & leur année étant plus courte d'un
quart de jour que l'année folaire vraie , ils durent ajouter 3^500 quarts de
jour, ou 15 années égyptiennes. Eu applaudilfant à cette remarque , qui eft
ingénieufe , nous devons dire que la circonftance ajoutée par Sincelle que ces
3(3525 ans font la période d'une révolution des étoiles, eft très vraifembli-
blement une obfervation de Sincelle même , fondée fur la connoifTance pof-
térieure du mouvement des hxes. On a cru longtems que ces nombreufes
années de la chronologie des anciens peuples , étoient des périodes aftrona-
miques , que le calcul avoir fait connoîrre , & dont la vanité nationale s'étort
appuyée pour fe créer une antiquité fabuleufe 5 en conféquence lorfque les
auteurs chrétiens ont trouvé quelque rapport entre le nombre de ces années
& quelques révolutions céleftes , ils n'ont pas manqué de le faire obferver,
& voilà tout ce que fignifie fans doute le palfage de Sincelle. Remarquons
que cette idée appartient primitivement à Proclus. Il dit que la révolution du
mouvement des hxes eft de 3(^5 25 , & non de 3(îaoo ans , parce que le mou-
vement féculaire des fixes n'eft point dun degré précifément, mais d'une
partie du cercle divifé en 3(55 ^ {d).
§. XII I.
Ce n'eft pas la feule explication que l'on ait donnée de cette chronologie.
Il paroîtque les Egyptiens avoienteftayé de concilier les mouvemens dufoleîl
& de la lune. Le bœuf Apis étoit confacré à ces deux aftres j fa vie étoic li-
mitée à 2 5^ ans ( e \ Lucain dit :
Hune genuii cuflos Nilf crefccntis in arva
Memphis vana facris y illo cultore deorum
Luftra fus. Pkœies , non unus vixerat Apis (/).
(a) Pages ji , ji. ^upra , Liv. VI, §. 19.
(A) Défenfc de la Cliroiiologie , p. 130 {d ) Proclus , hypotli. c. z, p. 58g,
^'^ ^U'v. {e) Plutarque, in. Ofiride , %. ij.
L ( aCenforin, c. 18. {J) Pharfak, Lib. Ylll, v. 47;-
ASTRONOMIQUES. 405
On en peut conclure, ce femble, qu'Apis vivoit un luilre de la lune.
Piiarnabe , dans fes notes fur Lucain , a entendu par luftre de la lune un in-
tervalle de 5 mois. Cette période n'a jamais été établie nulle part. Il faut
croire que Lucain parloir de quelqu'autre révolution de cette planète. Or il
fe trouve que 15 années vagues des Egyptiens, de 365 jours chacune, font
9125 jours , & font égales à 309 révolutions de la lune à l'égard du foleil;
car ces 309 révolutions font 9124' 22'' 51' 27". Au bout de 25 ans , la
lune recommence fon cours , à une heure près ou environ , au même
jour & à la même heure de l'année vague. Il ell: qaeftion de cette petite pé-
riode de 25 années dans un fragment de Théon {a); d'où il fuit, 1°. que
cette période ert le luftre dont parle Lucain ; 2°. que les Egyptiens , comme
tous les autres peuples , avoient tenté de concilier les mouvemens du foleil
& de la lune , & approprié à leur année vague une période lunaire qui n'ap-
partient qu'à eux.
On a été plus lom. Comme cette période ne ramené point les conjonétions
du foleil &; de la lune au même point du ciel , on a imaginé qu'ils avoient
multiplié leur période caniculaire de I461 ans par cette période de 25 , d'où
il étoit réfulté une période de 50)15 ans qui , félon eux , devoir ramener les
conjonctions du foleil & de la lune , non-feulemenr au même jour & à la
même heure de l'année vague, mais au même point du ciel. D'où on conclut
que le nombre des années de l'ancienne chronique n'eft que le nombre des
années de cette grande période. Sincelle (i^) paroit favorifer cette'expiication,
puifqu'il dit que la révolution de 36525 ans fe refout en 1461, en la divifant
par 25. Mais ce ne peut -être qu'une réflexion, cSi' nous obferverons, 1°. qu'une
période fi longue ne pouvoir être d'aucun ufage ni civil, ni aftronomique;
2°. que cette ancienne chronique , qui fe termme à Nectanebus , nous paroît
affez détaillée pour que ce foit une véritable chronologie, & non pas un calcul.
C'eft ce qui nous a déterminés à la réduire fuivanr la méthode que nous
avons propofée , & on a vu qu'elle s'accorde très-bien avec les autres chro-
nologies égypriennes.
§. XIV.
Nous avons cité les deux traditions rapporrées par Hérodote (c) fur les
changemens du lever Se du coucher du foleil, & fur l'écliptique, obfervée jadis
( <2 ) Mémoires de l'Académie des Infcrip- (l> ) Page j i.
lioHî, Toni. XXVII, p. itS. (c) Hérodote, irt Euur^c^
40(î É C L A I R C I S S E M E N S
perpendiculaire à l'équareur. U.i aftronôme Je ce fiede , le chevalier de Lou-
ville (tj) , qui tenta le premiei de prouver que l'obliquité de l'écliptique di-
rtiinuoit conftamment , d'une minute environ par fiecle, a imaginé que les
Égyptiens avoient eu connoiirance de cette diminution , & de fa quantité
dans un certain intervalle de tem»! ; qu'ils étoient partis de cette connoiflance
pour reculer en apparence leur origine , en fuppofant avoir vu un phénomène,
qui devoit avoir eu lieu autrefois- En effet , le fyftème du chevalier de Lou-
ville une fois admis, l'écllpcique avoir pu être jadis perpendiculaire à l'équa-
reur j mais ce fyftèine n'explique point les changemens du lever &: du coucher
du foleil. Ces phénomènes du mouvement diurne ne dépendent que de la
pofition de l'équareur &c du pôle à l'égard de l'horifon ; tant qu'elle ne change
point , les phénomènes demeurent les mêmes. 11 n'eft pas douteux que fi le
pôle du nord que nous voyons s'élevoit lur l'horifon , & palfoit au delà du
zénith , nous verrions le foleil pafler au méridien du côté du nord , fe lever
à l'occident, & fe coucher à l'orient, comme les peuples qui font à nos an-
tipodes. Mais la variation ds l'inclinaifon de l'écliptique, à l'égard de l'équa-
teur, ne peut produire ce changement fingulier. D'ailleurs la diminution de
l'obliquité de l'écUptique en 1 1 540 ans n'eft pas de 1°. Il paroît que les Egyp-
tiens ont réuni deux traditions qui n'avoient entr'elles aucune analogie. Nous
trouvons chez les Grecs {è) quelques indices qui font foupçonner que les
Egyptiens ont eu connoilEance de la diminution de l'obliquité de l'éclip-
tique. L'autre tradition reçoit aulîi une explication poflible , comme on le
verra tout-à-l'heure. Ainfi rien n'empêche que ces tradirions n'ayent quelque
fondement réel , quoiqu'flérodotc lui-même n'y ait pas grande confiance. Le
défaut des anciens hiftoriens n'eft pas de fe montrer incrédules , mais Hé-
rodote n'étoit pas en état d'apprécier ces traditions.
§. X V.
M.GoGUET (c) a remarqué que cette tradition fe retrouvoir chez pîufieurs
autres écrivains, toujours à la vérité d'une manière aflez confufe. " Platon
sj raconte dans un de fes dialogues que le mouvement du firmament avoit
3> changé, de manière que le foleil & tous les aftres avoient commencé à fe
SJ lever où ils fe couchoient auparavant , & à fe coucher où ils avoient cou-
(a) Aliaeru(iltor;im., 1719 JuiHet, pag. infra , Éclaire. Liv. VIII, %. x.
81. ( c ) Origine desloix & des fciences, &c,
(i) Supra, I.iv. IX , J 9. Tom. III, p. «04,
ASTRONOMIQUES. 407
!• tume de fe lever ; en un mot, que la machine du monde s'étoit mite tout
» d'un coup dans un fens contraire à celui dans lequel elle Tavoit fait juf-
» qu'alors. 11 accompagne ce récit d'un détail fi bifarre des effets de ce bou-
>5 ieverfement , Se d'explications phyfiques fi fingulieres , qu'il eft aifé de voir
!> qu'il neparloitque d'après une tradition extrêmement confufe &embrouil-
» lée (..■).On peut conclure aulTi d'un palfage de fon Timée, où il rappelle eu
» deux mors le même événement , que Solon , qui le premier en avoir donné
5' la connoiirance aux Athéniens , l'avoit puifée en Egypte , c'eft-à-dire , à la
» même fource qu'Hérodote. Pomponius Mêla parle aufiî de la même tra-
jj dition {h) , aiufi que Plutarque (c) , Diogenes-Laerce , Achilles-Tatius {d) ôc
» p'ufieurs aurres écrivains de l'anriquité ». Mais tous ces témoignages
multipliés nen compofent qu'un feul , celui des Egyptiens : ou bien ils
parleur , comme Plutarqne & Achilles-Tatius, d'un changement de la route
du folell y ce qui évidemment n'a été avancé par quelques philofophes que
pour expliquer le cercle lumineux , nommé voie ladée , qu'ils ont cru être
les rraces de cette ancienne route : ce n'eft donc pas une autorité.
§• V I.
M. GiBERT que nous avons déjà cité , a tenté d'expliquer ce paflTage
obfcur (e). L'année lunaire eft de 354' S** 48'. Ainfi le commencement
de l'année lunaire ne fe retrouve d'accord , avec le commencement de Pan-
née folaite, qu'au bout de 1835 années folaires tropiques , qui font précifé-
ment 1911 années lunaires (/). M. Giberr penfe que dans le palfage
d'Hérodote , le mot foleil doit être pris au figuré. En effet , fuivant le té-
moignage de Phavorinus [g) , on difoit H',\<cf , un. foleil, pour dire un jour
ou une année. Or M. Gibert obferve que dans 1 1 3 40 ans , la période dont
nous venons de parler s'eft accomplie quatre fois. Les 'quatre renouvele-
mens de cette période donneronr , pour ainfi dire , quatre levers du foleil ,
( j) 7n poiuico. 5: il on ne fuppofoic la révolurion de la lune
{^h ) Liv. I , c. 9. que de 19' 11'' 44' 3" comme elle eft 3
(c) De op. philof. Liv, III , c. i. peu près aujourd'hui, l'année tropique
(a) C. iA-Vrûno!ug. p. 147. en icfakcroit de jéj' j'' 4S' 15'', ce qui
(e) Mémoires de Trévoux, iy6i , p. prouveroit évidemnn.'n: que la djrée de
197. l'année n'a pas diminué. Mais on n'cft pas
(/") En fuppofanc 11 révolution de la plus fui de l'exiftcncc de cette période, que
lune de 17' 11' 4' 7"! co.mnie chez les de fon exaélirude ; ainiî on n'en peut tiret
Ciîaldéens , on trouve l.i longueur de l'an- aucune coHclufion.
née pat cette période de 365' j ' 49 11", ^g ) Piiavorinus , Lcsicon au mot h'\io?.
4o8 ÉCLAIRCISSE îvi E N S
ou quatre levers d'anncc; ou enfin quatre commenct'n ans d'année égyp-
tienne au commencement de l'anr.ce lunaire. Mais dans ces 11340 ans,
l'année avo'u commencé deux fois dans la faijon où elle firiiffoic au tems
d' Hérodote , & fini deux fois dans lu faifon où elle commencou. Voilà ,
félon M.Giberr, le fens emblématique de ce pafTage. Nous obferverons feu-
lement qu'il ne faut point di:e pour expliquer ce que l'on rapporte du
foleil , qu'il fe levoit où il s'étoit couché, que l'année avoit commencé où
elle finifloit : c'eft ce qui arrive à toutes les années quelconques. Le der-
nier inftanr de l'année qui finit, eft le même que le premier de l'année qui
commence, Ce feroit dire que le commencement de cette année n'avoit
point varié. Il faut entendre que les faifons oppofées avoient changé de
place ; c'eft en effet ce qui arrive dans la période fuppofée par M. Gibert.
Dans ces 1 1 340 ans , félon Hérodote, 341 rois avoient régné , ce qui feroit
un peu plus de 3 3 ans de règne pour chacun d'eux. Nous avons fait voir [a)
que ces 1 1 340 ans ne font que des années de trois mois. Ainfi pour admettre
la conjeéture de M. Gibert, il faut fuppofer que les Egyptiens n'avoient pas
vu s'écouler les quatre périodes entières qui compofent les 11340 ans, 6c
qu'ils en impofoient pour ajouter 1 leur antiquité.
§. X V I I.
Ce ST aux Egyptiens qu'on attribue l'idée de dédier chacun des Jours de
la femaine à une des planètes [b). On ne peut douter que la petite période
de 7 jours qu'on appelle femaine , n'ait été indiquée d'abord par les phafes
de la lune,& ne fût le quart de la révolution. En effet , plufieurs auteurs font
cette révolution de 18 jours ( c). Cette révolution étoit donc celle de la lune
dans le zodiaque de 11' 8'^ environ. Les anciens n'ont pu fe tromper d'un
jour & demi, & ceci démontre ce que nous avons établi plus haut [d) ,
qu'avant de faire ufage de la révolution fynodique de la lune , on s'eft fervi
très- anciennement de fa révolution zodiacale. Au refte , cet ufage de
compter par les femaines , n'appartient point particulièrement aux Egyp-
tiens , on le retrouve chez prefque tous les peuples Hébreux , AiTyriens ,
Egyptiens, Indiens , Arabes j on le retrouve encore chez les anciens habitans
4es Gaules, des llles Britanniques , de la Germanie , de l'Amérique (e)&c.
{a) Supra, Éclaire. Liv. I, §. 18. ( <f ) Éflaiiciflcraens , Liv. I, §. 11.
\b) Hérodote, Liv. II. {e) Scaliger , de cmend. temp.
( c ) Vitruve , Arcliitcft. Lib. IX , c. 4. Mcm. Acid. des IiiC. Tom. IV, pag. i$.
jfclacrobe , yômn. Sçip. Lib. I , c. 13. Hift. des Voyag. in-ii , T. LU , p. 19t.
On
ASTRONOMIQUES. 4^9
On appeloit ces fepc jours en Egypte, les jours des dieux , parce que les pla-
nètes portoient le nom des dieux. L'ordre des planètes qui y préfidoient , efl:
conftacé par le bronze {a) que nous avons déjà cité. On y voit d'abord
faturne, enfuite le foleil , la lune , mars , mercure , Jupiter & venus. Dion
Callîus {è) eft encré dans quelques détails à cet égard. 11 dit que cet
ufage des noms des planètes donnés aux jours de la feniaine , palFa
dss Egyptiens aux Grecs , enfuite aux Romains ; nous avons vu ( c ) qu'il
ctoic beaucoup plus anciens que les Égyptiens mêmes. 11 rapporte
deux raitons pour expliquer l'ordre qu'on a fuivi en impofanc ces noms.
La première fe tire de je ne fais quel rapport avec la mufique. On fui-
voit les planètes félon leur diltance , faturne , Jupiter , mars , le foleil ,
venus , mercure , la lune , en prenant la première , la quatrième , la fep-
tiemèj c'ell-à-dire , en en fupprimant toujours deux dans l'intervalle. On
recommençoit en fupprimant les deux premières , &c prenant la troi-
iîeme, lafix!eme,2c enfin la féconde & la cinquième. C'eft ainfi que le famedi
fut donné àfaturnejle dimanche au foleil ,1e lundi à la lune, le mardi à mars,
le mercredi à mercure , le jeudi à Jupiter , le vendredi à venus. Les Egyp-
tiens commençoient donc la femaine par le famedi , au contraire des Hé-
breux qui la fimlfoient par ce Jour là. Un peuple fou delà mufîque , comme
les Grecs , peut s'imaginer entendre l'harmonie des fpheres céleftes j il vou-
dra que les fept planètes repréfentçnt les fept tons de la mufique. Dans l'ar-
rangement dont il eft ici queftion, il trouvera l'intervalle de la quarte, compofé
de quatre fons , intervalle qu'il nommoit diaiejj'aron , & qui étoit pour lui
le premier de la mufique. Mais les Egyptiens méprifoient cette fcience :
ils la regardoient non-feulement comme inutile , mais comme contraire
aux mœurs , parceque fon effet eft d'amollir l'ame [d). Cette origine n'eft
4onc pas bien trouvée. Ce n'eft qu'une invention poftérieure des Grecs , qui,
ayant réfléchi fur ces noms impofés aux jours de la femaine , y ont vu des
rapports de mutique qu'ils voyoient partout. La féconde raifcn eft meilleure.
Les heures de la nuit & du jour étoient attribuées aux planètes , on fuivoic
l'ordre de leur dlftance en commençant par faturne, & recommençant par
lui à la huitième heure. La planète qui préfidoit à la première heure , pré-
fidoit au jour entier. Le premier jour fut donc confacré à faturne. La 14®
étant à mars , la première du jour fuivant appartenoit au foleil , & ce jour
(a) Suprà , Éclaire. Liv. lY ,§. l^. (c) Hift. Rom. Liv. XXXVII, pag. 58.
{b ) Suprli , Liv. III , §. 3. \d) Diodoïc , Tom. I . Liv. I , p. 174,
F f f
-4ld É C L A î R C 1 S S E M E N S
fut le jour diifoleil, &c. On demandera pourquoi les heures étoient dé-
diées aux planètes ? C'eft l'ouvrage de TArtrologie. On éioit perfuadé que le
monde écoit gouverne, remué par l'influence des planètes. La naiirance des
hommes y écoit aiïujetcie. Pour donner des règles à cet art chimérique, il
fallut bien attribuer à chaque planète , pour ainfi dire , fon département j
on leur donna à chacune un jour de la femaine , certaines heures de la jour-
née j afin qu'elles préfidaffent à la naiflance &: à la delHnée des hommes.
§. XVIII.
Les Thebains,&fousce nom il faut fouvent entendre les anciens Egyptiens
en général , calculoient fort exaclemtnt, félon le témoignage de Diodore de
Sicile {a) , les éclipfes de lune & de foleil donc ils donnoient d'avance un
détail très- jufte & très-conforme à l'obfervacion actuelle. Il y a apparence
que Diodore s'en eft rapporté à ce que lui en ont dit les prêtres Egyptiens.
Ce terme /ort exaclemeni, dit fans doute beaucoup plus qu'on n'en doit en-
tendre.
On croit communément aufll que les Egyptiens obferverent les éclipfes ,
■& voici les autorités fur lefquelles on fe fonde. Diogenes Laerce [b] , dic-
on , fait mention de 37? échpfes de foleil & de 83 1 éclipfes de lune , ob-
fervées en Ec^ypte. Diogenes ajoute qu'elles avoient été vues dans l'inter-
valle de 483^3 ans. On fe rappelle que cet intervalle eft celui de la durée
du monde jufqu a Alexandre , félon les Egyptiens j intervalle que nous avons
réduit à <î 1 3 8 ans ( c). Nous avons eftimé que ces éclipfes avoient pu arriver
dansl'efpace de 11 à 1300 ans , & que leur époque remontoir vers 15 ou
1^00 ans avant J. C. On pouvoit donc dire qu'en 488^5 ans , ou bien en
6138 ans, on n'avoir vu que ce nombre d'éclipfes. C'étoient les feules
qu'on eût obfervées & confervées. Seneque nous apprend encore que Conoft
<}ans fon voyage en Egypte, 300 ans avant J. C. , recueillit & ralTembla
toutes les éclipfes confervées par les Egyptiens. Ces deux témoignages paroif-
fent bien fufiifans pour établir ce fait \ mais ce qui doit étonner beaucoup,
c'eft le filence de Ptolémée fur ces obfervations , c'e.t le mépris qu'il paroît
en faire, ainfi qullypparque , en ne les employant pas dans fes recherches.
Si ces obfervations avoient péri , avant que ces deux aftronomes parulfent, &
(a)Tom. I, Liv. I, p. le?. (c) Supra ^ Éclaiici*reracns , Liv. I,
(i) Diogencs-Laerce , in Koem/o. §. 14,.
ASTRONOMIQUES. 411
depuis Conon , ils en auroient pailc du moins pour les regretter. Suppo-
fera-t-on que dans les annales on n'avoit marque que le jour où ces cclipfes
écoient arrivées? Maisranciennecé de ces obfervations peu détaillées, les au-
roir encore rendues utiles. Dira-t-on que les changemens de forme qu'avoit
fubis Tannée égyptienne confondirent tellement les dates, que les aftronomes
Grecs établis à Alexandrie j n'oferent fonder aucune détermination fur des
obfervations , qui , par cette raifon , même deviennent incertaines ? Mais ou
revient toujours à dire pourquoi Ptolémée n'en a-t-il pas parlé ? Pour nous ,
nous fommes portés à croire que les obfervations d'éclipfes dont il eft ici
queftion, avoient été faites par les Chaldéens , & portées & confervées en
Egypte. Car, 1°. Hvpparque & Ptolémée fe lont fervis en Egypte des ob-
fervations des Chaldéens , preuve qu'elles y avoient été tranfportées. 2°. Il
n'eft nullement vraifemblable que les obfervations égyptiennes aient pu être
recueillies par Conon , & qu'elles n'euflent plus exifté en E';^ypte du tems
d'Hypparque , c'eft- à-dire, 110 ou 150 ans après, j". Le recueil de Conon
périt donc avec lui dans la Grèce , car aucun aftronome n'a fait mention de
ces obfervations égyptiennes. 4**. Diogenes Laerce ne cire point les auteurs
de ces obfervations. Il eft vrai que les Egyptiens font nommés dans la phrafe
précédente 5 mais les deux phrafes ne paroiffent pas néceffairement liées.
5°. Senéque, en parlant de ces obfervations que Conon avoit recueillies, dit
confervées , & non ^zs faites en Egypte.
§. XIX.
Ce n'eft pas la feule contradidion que Ton rencontre dans la recherche
des connoilfances qui ont appartenu aux Egyptiens. Ariftote , après avoir
rapporté l'obfervation qu'il avoir faite d'une occultation de mars par la
lune , ajoute , " les Babyloniens & les Egyptiens qui ont été attentifs aux
« mouvemens céleftes depuis un grand nombre d'années , ont vu arriver
5> le même phénomène à d'autres étoiles , & l'on tient d'eux un grand
4> nombre d'obfervations dignes de foi (a ) ». Que font devenues ces ob-
fervations qu'Ariftote connoilToit , & qu'Hypparque n'a point connues? On
pourroit foupçonner qu'Ariftote n'avoit vu de femblables obfervations que
chez les Chaldéens , & qu'il ne nomme les Egyptiens qu'à raifon de leur
grande réputation dans la Grèce. Il fuppofoit peut-être que ceux-ci dévoient
avoir fait en aftronomie les mêmes chofes que les Chaldéens.
(a) Ariftote , de cœlo , Lib. II , c. ii. Hiftoixe des Mathémat. T. I, p. 6;,
Fff ij
5fi£ ÉCLAIRCISSEMENT
§. XX.
L E (îlence de Ptolemce fur le vrai mouvement de vémis Se de mercure J
n'eft pas moins étonnant. Le fyftême qui fait mouvoir ces planètes autour
du foleil , appartient aux Egyptiens. Tous les aftronomes fe lont accordes à
lui donner le nom de fyllême égyptien {a). Il eft vrai que les plus anciens
auteurs qui en ont parlé , Ciceron , Vitruve & Martianus Capella {l') , ne
di'^ent rien des inventeurs de ce fyftcme j mais Macrobe , dans fon com-
ment lire fur le fonge de Scipion {c) , nous en fournit la preuve en le
donnant aux Egyptiens ,' Se en l'expliquant d'après eux , comme il eft détaillé
dans Ciceron & dans Vitruve. Ciceron fait confidérer à Scipion le fpeftacle
du ciel & des aftres-, fon objet n'étoit point de déclarer les auteurs de l'ar-
rangement qu'il y développe & qu'il croyoit celui de la nature. Scipion eft
cenfé dire ce qu'il voit , 5c non comment 3c par qui le tout a été découvert.
Mais Macrobe ajoute dans fon commentaire , l'explication qui eût été dé-
placée dans le texte , & l'on ne peut douter qu'il ne fût fondé ou fur des
ouvrages qui ont péri , ou fur une tradition certaine Se non conteftée.
§. XXL
O N demandera s'il eft poflible qu'ayant connu le vrai mouvement de
mercure Se de venus autour du foleil , ils n'aient pas étendu cette règle à
toutes les autres planètes. On croit que les Pythagoriciens {d), comme nous
le dirons ailleurs , avoient pris en Egypte l'iciée de faire mouvoir les pla-
nètes & la terre elle-même autour du foleil. Mais pourquoi , ce qui con-
cerne venus & mercure , ce qui n'eft qu'un cas particulier d'une loi géné-
rale , s'eft-il confervé dans Ciceron , Vitruve Se Macrobe , tandis qu'ils ne
difent pas un mot de cette loi générale ? Faudroit-il penfer que les Egyp-
tiens , n'ayant point alFcz obfervé les planètes , connoilfoient cette loi gé-
nérale fans l'admettre , la regardant com.me peu vraifemblable, Se n'avoient
adopté que le mouvement de mercure Se de venus autour du foleil, qui leur
étoit rendu plus fenlîble par la circonftance d'accompagner toujours cet
aftte? Pythagore & Philolaiis, doués d'un meilleur tacl: pour les idées phi-
Ci;) Riccloli, T. I, p. lûi , T. II, Martianus CapcUa , ae nup:iis Phil.
p. 181 & 185. Lib. VIII, p. li,^.
■(b) Ciceron, fomn. Scip, \^c) Lib. I, c. ip.
Ardiitca. Lib. IX , c. 4. {d) Infrk , Éclaire. Liv. YII , §. j.
ASTRONOMIQUES. 41 J
lofophîqiics , auroient alors fenti que l'opinion du mouvement de la terre,
négligée chez les Egyptiens comme une opinion abfurde , ctoit l'idée du
vrai fyftême du monde.
Une très-grande preuve que ces opinions croient , ou dédaignées, ou du
moins enfevelies dans un profond myftere chez les Egyptiens , c'eft que
Platon qui y ht un long féjour , ne les a point connues. 11 rapporte l'ordre
des planètes, apparemment fuivant le fentiment le plus commun en Egypte,
ou du moins fuivant les inftructions qu'il avoir reçues.
Tout cela ne peut-il pas s'accorder , en difant que les Egyptiens n'ont
point eu du tout la connoifFance du mouvement de la terre. Pourquoi
Plaron ne l'auroir-il pas rrouvée chez eux comme Pythagore ? Pourquoi au-
roienr-ils été plus communicatifs avec le dernier? Pythagore qui a tant
voyagé dans l'Orienr , en aura rapporté cette connoilTance , 8c voilà pour-
quoi Platon & Pythagore différent fur l'ordre des planètes : l'un parle d'a-
près les Egyptiens, l'autre d'après les Orientaux quels qu'ils fulfent, Indiens,
Perfes ou Chaldéens.
Nous ne difconvenons pas que le filence d'Hypparque ^ de Ptolemée à
cet égard, n'ait beaucoup de force contre le témoignage de Macrobe j mais
ce iilence exclut également les Chaldéens. S'ils avoient fait cette découverte,
les aftronomes Grecs qui avoient puifé chez eux, l'auroient connue. A quel
autre peuple de la terre pourroit-on attribuer la connoifFance que Macrobe
attribue ici aux Eg)ptiens ? Quel peuple cultivoit aflez l'Aftronomie , pour
mériter la gloire d'en être feulement foupçonné ? Si cette connoilTance étoit
due aux Grecs , croit-on que dans le tems de Ciceron Se de Virruve , où
les Grecs étoient regardés à Rome comme les plus habiles dans les fciences
6c les arrs , on leur eûr enlevé ce qui leur appartenoit réellement pour en
tranfporter l'honneur aux Egvptiens ? Il eft donc démontré que cette décou-
verre finguliere e1 l'ouvrage del'antiquitCjiScalorsil n'y a point de motif pour
la refufer aux Egyptiens à qui ^lacrobe iattnbae. Nous dirons nos conjec-
tures fur le fdence de Prolemée , lorfque nous parlerons de cet aftronome.
M. Freret avance que les Egyptiens avoient une idée toute différente que les
Grecs fur le fyftême du monde. Ils plaçoienr , dit-il , à la vériré la terre au
centre de l'Univers 5 mais ils la faifoient tourner fur fon axe en 14 heures ,
& regardoient ce mouvement de rotation comme la caufe du jour Se
de la nuit [a). Voilà un fait dont nous n'avons trouvé nulle trace ailleur?.
(u) Mcmoiics à< l'Acadciiic des laicripiions, Toni. XV'l , fau. zii.
414 ÊCLAIRCISSEMF, NS
Comme M, Fr-itet ne cite poiiic fes autorités, on ne peut y avoir aucun
égard.
§. XXII.
Pour fuivre le détail des connoiflances aftronomiques des Egyptiens ,
nous apprenons de Diodore de Sicile « qu'ils avoient celle du mouvement
j» propre &c annuel du foleil , qui fe fait dans un cercle oblique à l'équateur ,
j> 8c dans un fens contraire au mouvement journalier du premier mo-
» bile (rt) )). Macrobe [b) leur attribue la divifion du zodiaque de la même
manière que Sextus Empiricus rapporte qu'elle a été faite par les Chal-
déens (c). Macrobe [d) dit ailleurs que les Egyptiens fixèrent le commen-
cement du zodiaque au premier degré d'arles , parce que cette conftellation
occupoit le milieu du ciel le jour de la création du monde. Il eft certain que
les anciens Egyptiens avoient confervé de prétendues traditions fur le com-
mencement du monde , & fur la deftruftion de toutes chofes , foit par l'eau ,
f oit par le feu. Origene ( e ) fait mention d'une cérémonie religieufe qui avoit
lieu chez eux à l'équinoxe du printems , en mémoire de ce que le monde
à cette époque avoit été détruit par le feu. Dans la fuite , pour fe conformer
aux traditions hébraïques rapportées par les Mahomérans , ils fubftituerent
un déluge à cet incendie , & ils difoient que ce déluge (/) étoit arrivé lorfque
le foleil étoit au premier degré d'aries , Regulus étant dans le colure des
folftices. C'eft au 45^ jour après le folftice que Petofiris 8c Nécepfos , deux
aftronômes égyptiens dont nous aurons occafion de parler bientôt, difoienc
que le monde s'étoit renouvelé en fortant de fes cendres {g). Toutes ces
traditions font des fables , mais il n'y a point de fable qui n'ait fon origine ;
origine qui feroit curieufe 2c fouvent inftruétive. Ce feroit un livre intéref-
{\int que celui où on donneroit la clef, ou l'explication des erreurs populaires.
On y retrouveroit bien des faits inconnus , 8c des idées philofophiqaes dé-
figurées.
Nous ne parlerons point des conftellations 8c de la fphere égyptiennes ,
parce que nous nous propofons d'en parler ailleurs , en réunilfant & en com-
parant enfemble les connoilTances qui nous relient fur les fpheres des difFé-
rens peuples (A).
(il) Tom. I, Liv. I, pag. 209. (/) Murtady , defcrip. des merveilles dç
( />) Commcn:. fomn. Scip. c. ii , p. 1^6. l'Egypte , tiadud:. de Vaticr, p. 35.
((.) Suprà , Eclaire. Liv. IV, §. 1. (^ ) Jiilius Firmiciis , Lib. III, c. i.
( if ) Ma.ciohe , fomn. Scip. Lib. I , c. m. Frcrec , défenfc de la Ciuon. p. 391.
( e ) Origene , contra Cdfum , Lib. V. { A ) Infra , Éclaire, Liv. IX.
ASTRONOMIQUES. 41^
§. XXIII.
Les Egyptiens connoifToient les planètes -, lorfqu'ils vouloient défigner le
nombre 5 dans leur langue hiérogliphique , ils peignoient une étoile , non
pas qu'ils ne fulTent que les étoiles font en très-grand nombre , mais parce
qu'il n'y en a que 5 qui ayent du mouvement {a). 11 paroît qu'ils avoient ,
finon approfondi , du moins obfervé avec quelque foin le cours des planètes ,
car « ils avoient apperçu leurs mouvemens direfts , ftationnaires & rétro-
» grades. Leurs prêtres avoient drefle des tables aftronomiques depuis un
•j tems immémorial ( ^ ) ». On ne peutgueres penfer que les tables aftrono-
miques , donc il eft ici queftion , fulfent femblables aux nôtres. Cette Aftro-
nomie perfectionnée n'a recommencé que lous Hiparque & Ptolemée. Ces
tables étoient peut-être fondées fur quelques règles , établies empyriquement
d'après les obfervations , & fans aucun fyftême. Peut-être encore ces règles ,
femblables à celles dont les Indiens font ufage aujourd'hui, étoient- elles
également les reftes d'une Aftronomie antérieure. Ces règles , traduites en
lajigue vulgaire par les Indiens , fe font confervées , randis que cachées en
Egvpte fous le voile hiérogHphique , elles ont péri dans le fecret des temples.
Ptolemée parle ( c ) aufli de quelques tables aftronomiques perpétuelles qu'on
tenta de drelfer avant lui , mais comme il ne dit point qu'elles fulfent très-
anciennes , nous croyons que ce ne font point celles que Diodore de Sicile
avoir en vue.
§. XXIV.
O N pourroir croire fur un paffage de Diodore de Sicile que les Egyptiens
ont connu 5c même annoncé le retour des comètes. Mais il fuffit de le lire
avec attention pour être détrompé. " Ils érudioient les influences des planètes
;? fur les êtres fublunaires , & décerminoient les biens de les maux que leurs
» difFérens afpeârs annonçoient aux hommes. Ils ont fouvent rencontré y «/Z^j
:■> dans les prédictions qu'ils ont faites àdiverfes perfonnes de ce qui devoir leur
55 arriver , aufii bien que des années d'abondance & de ftérilité , des maladies
» qui menaçoient les hommes ou les animaux , des tremblemens de rerre
« & des déluges, ou enfin de l' apparition, des comcccs [d). Ce paiTage prouve
{a) Horus ApoUo , Lib. I, c. 15. Macrobe , /Ôoth. Scip.'Lih. h
( à ) Diodore , Tome 1 , Liv. I , pag. ( c } Almag. Lib. IX , c, i.'
I7}> (,d) Tosa, l,Liv. I, p. !?>
4T<r É C L A I R C I S S E M I^ NT S
qu'en Egypte, comme ailleurs , le hafaid fervoic quelquefois les fripons aut
dépens des dupes. Mais il eft évident que les com. tes n'y font regardées que
comme des météores. Diodore les met dans la même clalTe que les trem-
blemens de terre & les déluges. En outre , il a dit en commençant que les
Egyptiens étudioient les influences des planètes fur les êtres fublunaires. Ce
mot détermine l'idée qu'on avoit des comètes , & fait voir qu'on les croyoit
foumifcs à linfl.ence des planètes , ce qui efl: bien loin de les croire elles-
mcmes des planètes. Séneque le philofophe décideroit d'ailleurs la queflion ;
il s'explique en termes clairs [a) >». Eudoxe , dit-il , porta le premier dans
» la Grèce la connoiirance du mouvement des planètes ; il n'a point parle
» des comètes : d'où il femble que les Egyptiens , quoique livrés à l'étiide
» du ciel , n'ont point cultivé cette partie de l'Aftronomie. Depuis ce tems
j^ Conon , obfervateur curieux &c diligent, ralTembla les éclipfes du foleil
» confervées en Egypte : il ne fait aucune mention des comètes. Si les Egyp-
i> tiens avoient fait quelques découvertes à cet égard, il n'auroit pas manqué
» de les rapporter «. On voit par ce paffage que les Egyptiens fe mèloient
de prédire l'avenir. Quoique moins célèbres dans ce genre que les Chal-
déens , ils avoient leur aftrologie & leur divination. Ces deux prétendues
fciences étoient même liées à la médecine. Les prêtres avoient un livre facré
d'après lequel ils jugeoient , par l'état du ciel & par certains fignes , quelle
feroit l'ilTue d'une maladie {i).
§. X X V.
PÉTOsiRis & Nécepfos , aftronômes égyptiens , font ceux à qui on at-
tribue l'eftimation de la diftance des corps céleftes que nous avons rapportée
plus haut (c). On préfume que Pétofiris étoit un prêtre , & Nécepfos un
roi de la balTe Egypte (c/). Ils étoient tous deux contemporains & très-
verfés dans l'aftrologie (e). Pétofiris avoit compofé quelques ouvrages qui
font cités par Vettius Valens (/). Les deux vers fuivans,qui font d'Au-
fone (g) , fixeront le tems où ces deux hommes ont vécu , s'il eft de la
compétence d'un poëte de décider un point de chronologie.
Quique Magos docuit mifteria vana Ncccpfos , ,
Et qui rcgnavh fine nomine mox Sefoojlris.
(a) Qu£jl. nat. Lib. VII, c. 13. (e) Pline, Lib. VII, c. 49.
( b ) Hoius Apollo , Liv. I , c. 3 8, (/) Scaliger, Cun. Ifag. Lib. III, pag.
{c ) Supra, Liv. VI, §. 1 3. 17 f.
( d ) Julius Firmicus , \-i\>- VIU , c, j. Fieiet , défcnrç de la Cluon. p. 408.
Vcidkr.p. ;8. { S ) ^P- XIX.
Si
ASTRONOMIQUES. 417^
Si Sifoftiis régna en 1 570 {a), Ncceplos aiiioit donc vécu dans le felziema
fiecle avant l'ère chrétienne. Cependant Manéchon {é) place Necepfcs dans
la 5(S^'"«dynaftie , qui précéda celle des Perfes, & le fait régner immédiare-
ment avant Pfammenitique \ ce qui rcpondroit environ au 7^""^ fiecle avant
J. C. Si ces mefures ne font pas plus anciennes , elles ne donnent pas une
grande idée de l'Allronomie égyptienne. Le défaut de ces déterminations
n'eft pas feulement de donner des quantités beaucoup trop petites , mais
encore des quantités qui ne font pas entr'elles dans le rapport convenable.
La diftance de la lune eft ici par exemple les deux tiers de la diftance du
foleil, tandis qu'elle n'en eft pas la 5 60^""= partie. Cela prouve que la méthode
qu'on employa, étoit aufll mauvaife & auflî faufle que les mefures étoient
groflleres.
§. X X V L
Nous ajouterons quelques détails fur les mefures du diamètre du foleil
par le moyen des cadrans Se des cleplîdres. Au jour de l'un des cquinoxes, on
marquoit fur un cadran le lieu de l'ombre du ftyle, au moment où le bord
fupérieur du foleil dardoit le premier rayon au delTus de l'horizon. On ob-
fervoit attentivement le foleil pendant qu'il s'élevoit , pour faifir le moment
où Ton appercevroir fon diamètre entier , & marquer le lieude l'ombre lorfque
l'extrémité de ce diamètre touchoit encore à l'horizon {c). L'intervalle de
ces deux points d'ombre , comparé au chemin que l'ombre devoir parcourir
dans une heure , donnoit le rapport du diamètre du foleil au cercle de fa ré-
volution diurne. Pour que cette méthode foit praticable , il faut fuppofer ,
ce que Macrobe , qui eft fort ignorant en Aftronomie , n'a point dit , que
le cadran étoit équinoxial , c'eft-à-dire , que le plan , où étoient marquées les
divifions des heures, étoit dans le plan de l'équateur célefte. Cette méthode
quoiqu'elle femble aftronomique , n'eft point bonne , parce qu'au moment
où le foleil fe levé , l'ombre eft foible & mal tranchée , mais fur- tout parce
que les réfraétions varient beaucoup à l'horizon, & peuvent altérer fcnfible-
ment le diamètre du foleil. Aullî les Egyptiens le trouverent-ils par ce moyen
de la 9«me partie d'une heure , ou de 1° 40', c'eft-à-dire ,un peu plus que
triple du véritable.
§. X X V I L
Ils mefurerent encore ce diamètre par leurs clepfidres (d). Ayant com-
(a) Supra , §. lo. ( c ) Macrobe , Com. fomn. Lib. I, c. lO.
{b) Siocelle, pag. 75, 7^. {d) Cléomede , i^ê Afunao , Lib. II , c.i,
Ggg
4i8 ÈCLAIRCISSEMENS
paré la quantité d'eau qui s'écouloit pendant le tems que le difque du foleil
employé à monter fur l'horizon , à celle qui s'ccoule pendant une révolution
diurne entière , ils trouvèrent qu'elle en étoit la 700*^™^ ou la 7 50^'"'^ partie ^ ce
quiéquivantài8'48", ou jo'j i". La première nes'éloigne du véritable diamètre
que de quelques minutes , & la féconde pourroit paiferpour exadte. La mé-
thode eft cependant mauvaife , mais fans doute que les erreurs fe font compen-
fées. Ce moyen de mefurer le tems par l'écoulement de l'eau eft dcfeélueux
à caufe des vîtelfes qui changent continuellement. En outre les réfrailions
horizontales varient à chaque inftant j mais le principal défaut vient de ce que
le foleil monte obliquement fur Ihorizonnleft donc plus longtems à monter,
& par cette raifon les Égyptiens auroient dû trouver un diamètre trop grand ,
fi les erreurs ne s'étoient pas compenfées. La méthode ne feroit bonne à cet
égard que le Jour de l'équinoxe , &: pour des peuples placés fous l'équateur,
parce qu'alors le foleil s'élève perpendiculairement. On ait bien qu'ils firent
l'obfervation le jour de l'équinoxe [a); mais l'Egypte eft aftez éloignée de
l'équateur , pour que la différence y foit fenfible.
§. X X V I 1 L
Nous avons parlé de la diredion des faces des pyramides aux quatre
points cardinaux. Cette direction fuppofe que les Egyptiens favoient tracer
une ligne méridienne ; opération qui a fes difficultés , lorfque l'on vife à une
certaine exaditude. Nous verrons (/') que le célèbre Ticho s'étoit trompé
de iS' fur la pofîtion de la fienne. Il ne faut pourtant pas imaginer que les
anciens Egyptiens ayent furpaffé cette exaditude ; il ne faut pas mettre du
merveilleux dans ce récit. Voici ce qu'en dit M. l'Abbé de la Caille , chargé
par l'académie des fciences de la rédadion des manufcrits de M. de Cha-
zelles qui font dans la bibliothèque de cette académie. " M. de Chazelles ,
,-, ayant appliqué labouiTole graduée , dont l'aiguille étoit longue de quatre
3> pouces , fur les faces de la pyramide où il avoir obfervé , trouva , ayant
» égard à la déclinaifon de l'aimant, que ces faces étoient nord & fud , eft &
» oueft, autant qu'il ejî pojfibk de le déterminer avec une pareille houjfoli ; ce
» qui lui paroît une belle preuve de l'immobilité de la ligne méridienne ,
» puifque les pyramides , ayant été bâîies longtems avant l'mvention de la
3> boulfole , ne peuvent avoir été ainfi orientées que par des obfervations
\a) Produs , in hypothip, c. 3. ( i ) Hift. de lAftion. moderne.
ASTRONOMIQUES. 41-,
>» 'afti'onomiquas , iiuiépeiidantes de la déclinaifon de l'aimant ( i?).M. Def-
vigiioles penfe que les pyramides , ainfi dirigées dans le fcns du méridien ,
poiivoient avoir fervi aux Egyptiens à déterminer le tems des équinox;s ,
lorfque le foleil commençoit à éclairer la face boréale , ou lorfqa'il celfoit
d'y porter fa lumière ( h ). Mais il eft vifible que cela ne pouvoit être exadt
que dans les années où l'équinoxc arrivoit au foleil levant ou couchant. Dans
tout autre cas l'obfervation ctoit alîujettie à l'incerticade d'un demi jour.
Homère , qui parle de l'Egypte , de Thebes , de fes cent portes , garde le
filence fur ces pyramides. M'' Goguet ( c) a pente qu'elles n'étoient point
cenfcruites, ou du moins achevées du tems de ce pocte , c'eft-à-dire , environ
900 ans avant J. C. ; ce qui s'accorde affsz avec la dernière date que leur
aliî^ne Dso Jore de Sicile ( d). Nous avons dit que ces deux date; pouvoient
fubfiller enlemble , en fuppofant que celle de 1000 ans marque l'établifle-
ment des pyramides de Memphis ou du Caire , & celle de 5400 ans l'an-
cienneté des pyramides qui étoient près de Thebes dans la haute Egypte. Si
Homère ne s'eft pas avancé jufques-H , il n'a pu avoir connoilTance des py-
ramides , puifque dans cette fuppolîtion celles de Memphis n'exirtoient pas
de ion tems.
(a) M 'ni Acii. 1761 , p. : 60. ( c ) Tom. III , p. éo.
{b) Mjce.iun. HcrouT. IV, p. 10. {d) Tom. I, Liv. I , p. 154.
GggiJ
4io É C L A I R C î s s E M E N s
LIVRE SIXIEME.
.5^ ~vj.j^.
De l' Ajironomie des Grecs Ù des Romains ^ dans les tcms
anciens , Ù dans la Secie Ionienne.
§. Premier.
Slia chronologie,rhiftoire de la Grèce n'otFrent des dates certaines que depuis
l'établifTement des olympiadeSj77^ ansavant J. C. Nous pouvons cependant
remonter plus haut, à l'aide de quelques calendriers anciens qui contiennent
des obfervations , & que le tems a refpedés. Nous allons expliquer l'nfage
que nous en pouvons faire , & fur quels principes cet ufagc eft appuyé.
Nous ignorons fi les Grecs eurent des années d'un jour , mais ils en eurent
de trois mois , & on cite les peuples d'Arcadie (a). Plutarque [b) dit que
ces années des habirans de l'Arcadie étoient de 4 mois. On cite auflE les
Acarnaniens qui en avoient de fix mois ( c) , d'un équinoxe à l'autre , de-
forte que les jours croilïoient une année & décroifloient toute l'année fui-
vante. Quand ils s'aviferent d'employer la révolution du foleil à la mefure
du tems , ils ne connoifToient pas exadement la durée de cette révolution j
ils entrevovoient feulement qu'elle étoit plus longue que douze lunaifons ;
ils firent ufage d'une année lunaire , vague , qui n'avoit d'abord que douze
lunaifons. Comme il ne fallait pas beaucoup de tems pour voir combien
cette année s'écartoit du cours du foleil , ils ajoutèrent de tems en tems
un treizième mois ùitercalaire. Les obfervations du lever & du coucher
des étoiles étoient la règle des travaux de la campagne. On en avoir formé
des calendriers dont quelques uns nous ont été confervés prefque entiers
dans les anciens auteurs. On en retrouve aufîl des fragmens \ mais les uns
& les autres fe contredilent le plus fouvent j d'où il rcfulte que ces frag-
mens appartiennent à ditFérens calendriers & à différentes époques,
{a) Cenforin, c. ij. {b) Plutarque^ /••: Numa, %. 16.
Pline, Lib. YII , c. 48. (O Solin. Polyhiftor. c. i.
ASTRONOMIQUES. 411
§• II.
En effet , celui qui avoir feivi pendant un certain efpace de tems, à la
longue ne pouvoir plus fervir. Le mouvement progreilîf des ctoilcs en lon-
gitude fait continuellement retarder les levers & les couchers de ces étoiles.
Suppofons qu'une belle étoile puiire erre apperçue le matin un peu avant le
lever du foleil, lorfqu'elle eft éloignée de 10° en longitude de cet aftre , &
que dans un certain rems ce phénomène de fa première apparition ait été
apperçu le jour même de léqûinoxe du printems , l'étoile étant moins
avancée dans l'écliptique de 10°: au bout de 71 ans fon mouvement en
longitude l'aura fait avancer d'un degré; au bout de trois fois 72 ans, elle
ne fera plus qu'à fept degrés de l'équinoxe ; ce jour là elle ne fera oas
vifible le marin , parce qu'elle fera rrop près du fobil , & ce ne fera que
lorfque cer aftre aura fair encore trois degrés , c'eft à-dire , trois jours de
pliis après l'équinoxe , qu'elle pourra être apperçue. Il a donc fallu changer
les calendriers pour que les pronoftics des changemens de la température
de l'air fulfenr conformes à la vériré , pour que le labourage Se les autres
travaux champêtres fe filTent dans le tems convenable. En outre les points
cardinaux , c'efc-à-dire , les points des équinoxes & des folftices étoient dé-;
fignés par le lever & le coucher de certaines étoiles , comme nous l'avons
déjà obfervé. On difoir firius fe levé héliaquement quatre jours après le
folftice d'été ; & c'eft ainfi qu'on favoit chaque année que le foleil commen-
çoir à redefcendre vers l'équateur , quoique fon mouvement à cet égard
fut pendant quelques jçurs infenfible. Les calendriers ne cadroient donc
plus , quant aux équinoxes & aux folftices , avec l'état du ciel. Il .fallut les
réformer : de là font nés fucceffivement les calendriers qui femblent fe
contredire. Se qui différent d'autant plus, qu'ils ont été dreiîés dans des
tems plus éloignés.
§. III.
Depuis Hypparque qui a obfervé l'équinoxe du printems, dans le 1°
du figne du bélier, les aftronomes y ont fixé cetéquinoxe. Les quatre points
cardinaux ont été également fixés , puifqu'ils ne peuvent l'être l'un fans
l'autre. Les aftronomes ont féparé les fignes des conftellations , ils ont lailTé
celles-ci s'avancer le loiTg de l'écliptique , &c ils onr donné le nom de la
conftellation à l'efpace de ce cercle que la conftellation même occupoit au
iiecle d'Hypparque. Avant lui les aftronomes établilfoient chacun pour leur
j,ii E C L A I R C I s s E M E N S
tems le Ilea Je i'écliptiqae , c'cft-à-dire , le degié de chaque co:ifidIation
où répondoienc les quatre points caidinaux ^ Se comme ces points changent
de place par le mouvement des étoiles , on trouve plufieurs déterminations
l'rès-difFérentes dans ces anciens calendriers. Les points cardinaux y font
placés aux i, i, 4, 6, 8, lo, 11 & 15^ degrés des conftellations. Ces
diîrérentss pofitions indiquent un nombre égal de calendriers , reétifiés les
uns après les autres. Nous chercherons bientôt à ranger ces pofftions fui-
vant les époques convenables. Elles ont toutes été recueillies par les com-
pilateurs ^ foit que ces écrivains aient attribué les différences qu'on y re-
marque à des erreurs d'obfervation , & qu'ils ayent mieux aimé donner
plufieurs déterminations que de faire un choix incertain ; foit qu'attribuant
ces changemens à quelque caufe inconnue , ils aient voulu les conferver
comme des moyens propres à découvrir la caufe dont ils font les effets.
§. I V.
Le plus ancien de ces calendriers eft celui qui place ces points au 15"^
degré des conftellations ( <0 j & puifque Chiron paflTe pour l'inventeur de
rAftronomie dans la Grèce , & fur-tout des figures des conftellations , il
eft jufte de lui attribuer cette détermination qui , comme on le verra , a été
faite à peu près de fon tems (è).
ïly a bien quelque doute fur ces connoiftances aftronomiques attribuées
à Chiron. Elles ne font appuyées que fur un paffage de St. Clément d'A-
lexandrie , qui n'eft pas bien clair (c) ;' mais ce fera Mufée , Ci l'on veut,
i qui ce calendrier doit être rapporté. La chofe n'eft pas bien importante.
Il paroît que Mufée (li) plaça la génération des dieux (e.) , c'eft-à-dire , les
héros de la Grèce , fur la repréfentation du ciel , ainfi il feroit l'auteur du
globe célefte. Quoi qu'il en foit , les paroles d'Eudoxe font formelles à
l'égard de cette fixation des équinoxes & des folftices. « Stcunius circulas
i> in quo convcrjlones nfliv & fiunt ; in eo fitum efi médium cancri. Tercius ejl
n circulas in quo fiant equinoxia ; in eo poficum efi arieùs & chelarum médium.
w Quarcus in quo convcrfinnes hiberne, accidunt , in eo capricornt médium
» efi M (/). Ces trois cercles dont il eft ici queftion , font les deux tropiques
(j ) Acliillcs Tatius, ci?. ( a") Z-i/rJ , Liv. IX , §. 48.
Hyppar'.iue, Comm. furAracu":, L.I, c. 10. (c) Veidlcr , p. S.
(b) Ii/rà, Éclaire. Liv. IX, §. 38. (/) Hypparquc , Comment, fur Aratus,
(c ) Gogjet, Tora. II, pag. i8«. Jn UrunoL tib. II , p. n*.
ASTRONOMIQUES. 413
6c l'cquateur ^ & fi l'en imaginoit qu'Eiidoxe entend qu'ils pr.iïenc par la
milieu des figues , relativement à leur largeur & non pas à leur longueur,
on trouvera d'autres pallages (ci) où en parlant des colures , il dit que ces
cercles pafTent par le milieu des quatre fignSs du bélier, de l'ccrevilTe , des
ferres du fcorpion & du capricorne -, ce qui détruit l'objeclrion.
M.Freeet [l>] a. remarque que c'efc en confcquence de cette déter-
mination des points tropiques au milieu des fignes , que l'on a imaginé
une maniera de les combiner , en joignant enfemble ceux dans lefquels
l'amplitude ortive du foieil 5c la durée des jours étoit la même , c'eft-à-dire,
les fignes, qui, étant également éloignés de l'équateur , fe couchoient & fe
levoient aux mêmes points de l'horizon. On les accouploit ainii :
Lé
Les gémeaux.
Le taureau.
Le bélier.
Les poifiTons.
Le verfeau.
ilfe.
Le lion.
La vierge.
La balance.
Le fcorpion.
Le fa^irtaire.
Le capricorne.
L'écrevifTe 6c le capricorne étoient nommés a'^lgos , c'eft-à-dire, 'mac-
couplables ; il faut faire attention que , s'ils étoient inaccouplabks de figne à
figne , ils ne l'étoient cependant pas en eux-mêmes ^ car la première moitié
s'accouploit très-bien avec la féconde , puifque le folftice partageoit le figne
en deux parties égales. Lorfqu'on eut placé & fixé les colures au commen-
cement des fignes , il n'y eut plus de fignes folirairesou azigos j mais ou les
accoupla différemment & comme on pourroi: le faire aujourd'hui.
Les gémeaux.
Le taureau.
Le bélier.
Les poi(fons.
Le verfeau.
Le capricorne.
L'écrevilfe.
Le lion.
La vierge.
La balance.
Le fcorpion.
Le fagittaire.
( û) Hipparque , Comment, fur Ararus.
In Uranolog. Lib, II , pag. 107 , xo8.
( b) Défcnfe de la Chron. pag. 463.
Petau , Vranol. differr. p. 84.
414 E C L vV I R C I S S E M E N S
Ces différentes combinaifons fervoient aux règles de l'aftiologle judi-
ciaire. Mais il eft évident qu'on y retrouve la tradition confervée de la
fixation des équinoxes & des folftices au quinzième degré des fignes. C'eft
ainfi que des préjugés abfurdes ont confacré certaines découvertes des aftro-
nômes , & les ont fait refpeiber par le tems.
§. V I.
L A fphere que décrit Eudoxe dans les fragmens qui nous ont été tranf-
mis par Hypparque {a), c'eft- à-dire , la pofition des confteilations à l'é-
gard des cercles de la fphere , eft telle qu'elle devoit être 1550 ans avant
J. C. M. Newton , qui attribue cette fphere à Mufée , contemporain de
Chiron , remarque qu'elle doit avoir été réglée après l'expédition des Ar-
gonautes & avant la deftrudion de Troye {/') , puifque les Grecs qui ont
donné aux confteilations des noms tirés de leur hiftoire & de leurs fables,
&; fur-tout qui ont voulu y coufacrer la mémoire de ces fameux aventu-
riers , connus fous le nom d'Argonautes , n'auroient pas manqué d'y placer
les héros qui fe fignalerent devant Ilion , & de leur donner d'avance l'im-
mortalité qu'ils dévoient recevoir d'Homère,
La chronologie d'Hérodote & de Thucydide place la prife de Troye en-
viron 1 1^4 ans , (Se le P. Pezron 1109 ans (c) avant l'ère chrétienne, Ainfi
cette fphere eft du 13^ ou 14^ hecle avant J. C. Nous verrons qu'elle a du
être réglée vers l'an 1553, & non en ^^6 , comme le prétend M. Newton ,
qui diminuoit de 4 ou 5 fiecles la durée des anciens tems de la Grèce,
Ceci fera difcuté parla fuite {d).
§. VIL
E N fuppofant que Chiron ou Muféc eulfent contribué à répandre cette
defcription dans 11 Grèce , ni l'un ni l'autre n'en étoient l'auteur. La po-
fition des étoiles dans les cercles de cette fphere eft établie avec tant d'exac-
titude , qu'elle ne peut être l'ouvrage d'une Aftronomie naiflante. Tant de
luftwlfe annonce une fcience très-anciennement cultivée , fans doute dans
l'Orient^ puifqu'il eft certain qu'elle n'avoit pu l'être alors dans la Grèce.
La fphere d'Eudoxe a été réglée dans la Chaldce ou dans la Perfe , & cette
(,a) Corameiu. fur Aratus. (c) Défenfe de la Chron. pag. 71.
( é> ) Cluoii. des anciens royaumes réfor- Antiquité rétablie,
œée. Paris, 171S, pag. 87, 88. (</) Irifrà , Liv. IX, à- 37-
connoilTance
astronomiques: 415
connoiirince fut le fruit des premières communications de la Grèce avec
TAfie. Les Grecs dont le cara(ftere étoit de s'approprier tout, qui av-oient
l'arc de déguifer leurs larcins , par la teinture nationale qu'ils donnoient à
ce qui ne leur appartenoit pas j ont feulement changé les noms des couf-
tellacions de la fphcre étrangère.
§. VII I.
L'H E R. c u L E , Grec , naquit 900 ans avant Hérodote , vers l'an 1 3 S 5 (a).
Il étoit à-peu-près contemporain de Clairon. Il étoit fils d'Aicmene & fe
nommoit Alcée. Comme il choifit un genre dévie, femblable à celui de
l'ancien Hercule , les Grecs l'ont revêtu du nom Se de la gloire de ce pre-
mier Hercule ( />). En conféquence la fable rapporte qu'Hercule, dans le
douzième &: le dernier des travaux qu'Eurifthée lui avoir impofcs , paiïa en
Afrique pour y chercher les pommes d'or du jardin des Hefpérides^ il y
délivra les tilles d'Atlas enlevées par des pirates. Ce prince en reconnoif-
fance de ce fervice , lui enfeigna l'Aftronomie , il lui communiqua l'in-
vention de la fphere ; « & comme Hercule fut le premier qui apporta en
s> Grèce l'invention de la fphere , on feignit à ce propos qu'Atlas s'étoit
» repofé fur lui du fardeau du monde , les hommes racontant d'une manière
» fabuleufe un fait véritablement arrivé (c) , Voflius {d) cite un fragment
» du Palamede de Sophocle , où le poëte loue Hercule d'avoir fait con-
!> noître le premier les mouvemens des aftres >». Mais comme cela fe ren-
contre dans les fables , où l'hiftoire eft défigurée par la tradition , les tems
ne s'accordent pas. Atlas eft beaucoup plus ancien (e ) , & l'on ne peut
douter qu'il ne foit queftion ici de l'Hercule oriental , que les Grecs auront
dépouillé pour honorer le fils d'Aicmene. D'ailleurs fi Hercule apporta la
fphere dans la Grèce , ce ne fut point en Afrique qu'il fut la chercher j
elle y eft venue évidemment del'Afie (/). Hercule n'acheva cependanr pas le
voyage dans la Colchide : il fut abandonné par les Argonautes dans la
Troade , où il prit & faccagea Troye. Ce fut là fans doute qu'il connut la
fphere.
§. I X.
On cite quelques autres perfonnages de ce tems. Orphée à qui on at-»
(a) Dcf. delà Chron. pag. 65. . (d) De Scien. Mathemat. c. }i , ç, 4).
{b ) Diodore , Liv. 1 , p. 49. ( e) Supra , Éclaire. Liv. I , j. 10.
(c) Diodore , T, II . Liv.IY, p. 6i. (/) /n/rj^Éc!airc. L.IX , S. 16, 18, j-;,
Hhh
é,xë ÊCLAIRCISSEMENS
tribue plufieius ouvrages , une Aftronomie Se une Théogonie [a). Ciceron
prétend que les vers orphiques ont été compofés par Cercops , pythago-
ricien [h). Ces connoillances n'en feroient pas moins orientales ; elles au-
loient été recueillies par Pythagore, au lieu de l'avoir été par Orphée j mais
nous les croyons beaucoup plus anciennes. Elles étoient la bafe des connoif-
fances grecques. C'eftlà qu'Héfiode & Homère avoient puifé. Ciceron pou-
voit erre mal inftruit , & nous penfons qu'elles appartiennent réellement à
Orphée , ou du moins à fon tems.
Nous ne décidons point il ces connoilTances vinrent direétement de
l'Orient dans la Grèce. Une partie avoit pafle anparavant par l'Egypte où
elle fut recueillie par les Grecs qui y voyagèrent. Diodore de Sicile en
nomme un grand nombre \ Orphée , Mufée , Melampe , Dédale , Homère ,
Licurgue , Solon , Platon , Pythagore , Eudoxe , Dcmocrite. // nejl aucun
d'eux , dit-il, du pnjfage ou du fe jour duquel on ne montre quelques marques ,
comme leurs portraits , ou quelque ouvrage , ou menu quelque lieu qui porte
leur nom, Orphée y a prisfes orgies ,fes myjleres j la fable de l'enfer {c ) , &c.
5. X.
D È s le tems de la guerre de Troye , les Grecs navigeoient , en obfevvant
les étoiles voifines du pôle. UlyfFe s'en fervit pour diriger la courfe d&
fon vaifTeau; & quand on diroit qu'Hgmere a fait un anachronifme , en
donnant à Ulyffê un art qui n'ctoit pas connu de fon tems , il s'enfuivroic
toujours que l'art eft antérieur au pocte qui en parle. Ces étoiles étoient
fans doute celles de I2 grande ourfe.
M. Pluche a penfé que cet ufage pour la navigation étoit l'origine du
nom d'ourfe donné à cette conftellation j 8c fon étymologie , qui peut n'être
pas vraie, eft alfez ingénieufe pour trouver place ici. Il remarque {d) que
les Phéniciens nommoient dans leur langue cette conftellation qui leur in-
diquoit leur route , dohehe , ou doubé , conftellation parlante. Or ce mot
douhe fignihoit aufîî une ourfe dans la même langue , & les Grecs dans la
leur, lui en ont donné le nom. 11 eft certain qu'en arabe elle s'appelle encore
dubbeh y l'ourfe (e). Elle s'appeloit aullî c<j//i/?o , qui en phénicien fignihoit
(a) Veidler,pag. 8. {d) Spectacle de la Nature, Tom. IV,
( i> ) Ciceron , de nat. Deorum, L. I , n. 38. part. 1 , entrer, i.
(c ) Diodore de Sicile, Lib. I , Icdt. z, ( <•• ) Riccioli, Almagcfle , Tome I,
ASTRONOMIQUES. ^t^
falui. Tous ces noms , félon lui, écoient relatifs aux ferviëes que rendoieiic
aux gens de mer ces étoiles boréales. Nous pènfons & nous croyons avoir
prouvé que cetre conftellation a porté très-anciennemeutle nom d'ourfe { o).
De ces deux fignifications confondues , les Grecs ont compofé l'iiiltoire
d'une nymphe aimée de Jupiter, que la colère de Junon changea en ourfe ,
mais que l'amour de Jupiter plaça dans le ciel. On a dit encore qu'elle ne
fe couchoir jamais , parceque la jaloufie de la décfle lui avoit ôté le privi-
lège des autres étoiles , d'aller palfer la nuit dans l'Océan , & n'avoit pas
voulu qu'en fe plongeant fous l'horifon , elle fe dérobât à fes regards. Quoi
qu'il en foit de ces fables, le pri/ilége ou le malheur qu'avoient les der.x
©urfes de ne fe point couche:: dans la mer , a fait donner leur nom , ou celui
d'Ardique , au cercle qui, ayant le pôle pour centre, touche l'horifon^ parce
qu'il renferme toutes les étoiles qui ne fe couchent pas.
Les deux ourfes onr fervi également dans la Grèce à navlger. En tout les
Grecs n'avoient pas grand befoin des étoiles, parce qu'ils ne faifoienc que
le cabotage. Us ne connurent même , ou du moins ne firent ufage de la
petite ourfe que beaucoup plus tard, & vers le tems de Talés. Ovide dit ;
EJfe duas ArBos , quarum ktc Cynofra vocacur ,
Sidoniis , hsiicen graia carina notât.
2dagna minorque ferd , quarum régit altéra graîas ,
Aîtera fidonias , utraquc ficca -, ruies (5).
Le p. Riccioli (c) penfe que les Sydoniens , les Phéniciens &: les Car-
thaginois fe fervoient de la petite ourfe , parceque dans leurs navigations
plus étendues & plus méridionales que celles des Grecs , la grande ourfe
fe couchoit quelquefois , & pouvoir leur manquer au befoin ; mais cette
conftellation fuffifoit aux Grecs dont les courfes fe bornoient à rArchipel&
«LU Pont Euxin. L'étoile que nous nommons polaire , qui en efFer eft très-près
du pôle aujourd'hui , & s'en approchera encore davantage dans quelques
fiecles , en étoit alors éloignée de plus de 1 5°. Vers le tems de Chiron ,
la véritable étoile polaire étoit l'étoile x du dragon , qui n'en étoit diftante
que de 5". M. Freret (c/) veut confirmer ceci par un paffage d'Hygm que
voici. J'^idemus in excremu caudâ draconis fîeUum e[fe , qud in fe verfatur , &
in eodcm l co conjlat. Ce palTage ne fe trouve point dans le 3' livre d'Hygin
{u ) Supra , Éclaire. Liv. I, 4. 10. ( c ) Riccioli, loco citdto.
( b ) Ovide, f aft. 3. Riccioli , loc. cit. ( d ) Déf. de la Cluon. p. 448,
Hlihij
4i8 ÉCLAIRCISSEMENS
que nous avons parcouru. Hygin dit au contraire en parlant de la petite ourfe :
fcd in prioribus caudâ. Jïdlïs una ejl infima , quét. polus appellacur y ut Eratof-
thenes dieu , per qucm locum ipfe mundus exijlimatur verfari {a).
§. X I.
L A fphere décrite du tems de Chiron ne parut défeûueufe , ou dix
moins on n'eut de nouvelles connoiffances à cet égard que vers le tems
d'Hcfiode; c'eft l'époque d'un nouveau calendrier. Mais avant d'aflïgner une
date aux différens calendriers , aux différentes déterminations des colures de
des points cardinaux,il eftbon d'obferver que les anciens rapportoient à l'é-
quateur la pofition de tous les aftres. Il y a apparence que cette manie^
de compter les longitudes a été générale. On la retrouve chez les Chinois,
& les Grecs qui ont copié les Egyptiens &: les Chaldéens , l'ont fort long-
tems confervée. En voici quelques preuves.
Geminus , qui écrivoit environ un fiecle après Hypparque , dit dans fon
calendrier ( i ) qu'Eudoxe plaçoit l'équinoxe du printeras au 6° du bélier ,
& le folftice d'hiver au 4° du capricorne. Eudoxe ni Geminus nignor.oient
pas que la diftance de ces deux pouits fur l'écliptique eft de 170? j il ne s'en
trouve cependant que ziîS; c'eft une preuve démonftratlve que ces déter-
minations étoient prifes fur l'équateur & non fur l'écliptique. En effet, félon
M. Fréter (c), 604 ans avant J. C. la première étoile à'aries avoit 355°
52' 50" d'afcenfion droite, & précédoit par conféquent le colure équi-
noxial de 6^. Cette même année l'étoile ^ du capricorne avoit 166° 1 8' 19" ,
& l'étoile /5 t66° 37' 57" d'afcenfion droite. Ces deux étoiles étoient par
conféquent au 4° environ avant le folftice d'hiver. Eudoxe , dans cette dé-
termination de l'équinoxe du printems Se du folftice d'hiver , les rapporte
donc à l'équateur.
Ammien Marcellin (d) dit que, félon Archimede , l'équinoxe du tems
de ce grand géomètre fe faifoit au 2° du bélier. Archimede avoit drelfé un
planifphere fur fes obfervations (e); Ptolemée en parle (/). 11 mourut l'an
214, âgé de 75 ans ^ il étoit donc né l'an 289 , lorfque la première étoile du
"bélier étoit par fon afcenfion droite au 27° 5 2' 50" des poilTons , c'eft-à-dire,
environ à 2° du colure équinoxial.
( û ) Poetkon aftronomicum , pag. 49 j , {d) Lib. XXXVI.
édit. 1741. ' \e) Voyei l'Hiftoire de rAftronoœiç
aeine
(,b) Uranolog. pag. 67, 69. mode
( ' ) Défçufe de la Cluoii. p. 465 . (/) Almag. Lib. III , c. 1.
ASTRONOMIQUES. 419
Enfin aiitems d'Hypparque la première étoile à'aries fe trouva dans le co-
lure même de l'équinoxe , c'eft-à-dire , qu'elle eut 0° o' o" d'afceufion droite ,
enforte que la conftellation conmiençoit avec le ligne.
Columelle (a) nous apprend qu'Hypparque mettoit cette étoile au i"d'<i-
ries. Or il eft certain que cette étoile ne pouvoit être alors au commencement
des fignes par fa longitude , elle ne pouvoit y erre que par fon afcenlion
droite. Elle n'a eu 0° de longitude que 588 ans avant J. C. , & au tems
d'Hypparque, 150 ans avant l'ère chrétienne, elle avoit déjà environ 5° zo'.
L'ufage étoit donc alors de rapporter les étoiles à l'équateur , Se c'efl: ainfi
qu'on doit entendre les expredions d'Eudoxe & d'Hiparcjue. Le P. Petau en
donne encore quelques autres preuves {/>).
§. XII.
Ce principe une fois établi, il fera aifé de trouver le tems où l'étoile >
c'eft-à-dire , la première étoile remarquable du bélier , précédoit en afcen-
lion droite fcquinoxe de 15, li, \o , S , 6 , ^ [c] , 1 &c o degrés. Les
longitudes qui y répondent font i is 16° 44', 1 1' 10° 2', 1 1^ zi° 1 j , 1 is
24° 25', 1 1' 26° 4^', o' 1° o', o' î° 12'. On trouvera que 5 du bélier,
qui en 1750 étoit dans o' 29" 41' ((f), à raifon du mouvement d'un degié
en 72 ans, a dû avoir ces différentes longitudes. Succeflivement 1 541 ,
IIS5 , 948 , 789 , 63 1 , 515 , 11S7 ans avant J. C. ces différentes
déterminations indiquent un pareil nombre de calendriers qui ont été
réglés , ou apportés dans la Grèce. Elles nous fourniffent un fil pouf
nous guider dans les progrès de l'Aftronomie grecque , & pour en connoître
quelquefois les auteurs ; car en fixant la date de ces décerminarions , il eft
naturel de les attribuer aux aftronômes, qui ont été célèbres dans le même
tems. La première eft donc celle de Chiron ou de Mufée \ la féconde en
1105 eft d'un auteur inconnu ; la troifieme en 948 eft du tems d'Héfiode ,
quifuivant M. Freret (e), vivoit en ^16 ou 920 ; la quatrième en 789 pré-
cède l'époque de Nabonaffar ^ la cinquième en 6} i appartient au hecle de
Thaïes j la fixieme eft due à Archimede; enfin la feptieme eft l'époque des
premiers travaux aftronomiques d'Hypparque.
(a) De rc rufiica , Lib. IX , c. 14. ccdentc : on vient de le voir tout a l'heure,
Ib) Ur^nol. Dill'erc. Lib. II, c. z. (a) Fund. Jftr. de M. delà Caille.
( c ) Nous fupprimons cette détermina- ( e ) ïrersc , défenle de la Chrouolo^is j
tien , parce qu'elle eft la nisme que la ^ré- page 453.
430 É C L A I R C I S S E M E N S
§. XIII.
Il paroît que les anciens s'étoientfort exercés aux obfervations du lever
de du coucher des étoiles, y apportoient beaucoup d'attention, & obtenoient
une certaine exadirude. En voici la preuve. Héfiode dans fon fécond livre
donne les préceptes d'agriculture relatifs aux Pléiades.
Pleiadibus Atlante natis ortentibus
Incipe mejfem ; arationtm. verb occidcntihus,
Qas. quidem noBes ^ & dies quadraginta
Occultantur : rursiim verb , circumvolvente fe anno
Apparent^ primum ut acuhur fcrrum.
Cette circonftance de l'occultation des Pléiades enveloppées, pendant qua-
rante jours &: quarante nuits, dans les rayons du foleil eft remarquable. Le
p. Petau [a) 2. calculé qu'au tems d'Héfiode la première étoile des Pléiades
fe couchoit le foirlorfque le foleil croit dans o° 5 1' du bélier , la dernière
lorfqu'il étoit dans 4° 8'. Cette dernière fe levoit le matin lorfqae le foleil
fe trouvoit dans 1 1 ° 4' du taureau. Quand il eft queftion de l'apparition ou
de la difparition des Pléiades , c'eft de leur amas ^ ou de la petite conftel-
lation entière que cela doit s'entendre -, ainfi pour trouver l'intervalle entre
l'un & l'autre de ces phénomènes , il faut prendre celui qui a lieu entre le
moment où la première étoile difparoilfoit , & celui où la conftellation en-
tière fe remontroit , c'eft-à-dire , où la dernière étoile fe levoit héliaquement.
Le foleil parcouroit donc 40° i 5' pendant cet intervalle qui eft par confé-
quent de 40 jours environ. On ne peut demander une plus grande pré-
cifion , d'autant que ces étoiles ne font pas des plus brillantes. Le palTage
d'Héfiode eft authentique & démonftrarif. Il prouve que 910 ans avant
J. C. ces levers &: ces couchers étoient obfervés avec une grande exacbrtude.
Il eft donc démontré que les jours de ces obfervations peuvent fervir à dé-
terminer les tems où elles ont été laites , & que les calculs de ce genre , que
nous avons déjà établis , ne portent point à faux.
§. XIV.
Le trolfieme calendrier, où les colures font fixés au 10° des fignes , fut
réglé vers 948 & vers le tems d'Héfiode. Ce poète nous indique lui-même
fon âge , fuivant la remarque de M. Freret ( é ) , en nous apprenant dans fon
{a ) Uranolog. dijfcrtat. Livre II, page ( l> ) Dcfenfcde la Cliron. pag. 45^.
54. Hefiode , op. éf dies , v. j*4.
ASTRONOMIQUES. 431
poc'me fur les travaux de la campagne , que de fou tems ardurus fe levoic
60 jours après le folllico d'iiivev. Riccioli a calculé le rems où ce phéno-
mène a dû arriver {a) , & il trouve que c'eft vers 95 3 ans avant J. C Les
obfervations des étoiles ont été réellement multipliées dans le tems d'Hé-
fiode. On en trouve beaucoup dans les calendriers de Ptolemée & de Ge-
minus qui fe rapportent à ce fiecle ( A ). M. Freret regarde Hcfiode comme
beaucoup plus inftruit qu'Homère. Le premier connoilfoit la ditiérence des
j> climats , Se remarque que pendant l'hiver le foleil fe levé plus tard dans
» la Grèce qu'il ne fait pendant le même tems dans le pays des Noirs Se
» des Ethiopiens. Les divers préceptes d'agriculture aftronomique qui faut
» répandus dans ce poc'me cadrent tous exadlement avec le tems auquel
ij vivûit Hcfiode , &: on peut les regarder comme des lambeaux du caleu-
>• drier publié alors [c] ».
Il paroît cependant qu'Homère connoilfoit la différence de longueur des
jours fuivant les latitudes. 11 femble avoir en vue les pays où le foleil ne
fe couche point lorfqu'il fait dire à Ulylfe :
Altiponam Liftrigoniam , ubi paftorem paftor
Kociit adducens : ille vero educens exaudit.
Ubi etiam infomnis vir duplices excipit mercedes ,
Unam boves pafcens , altérant argenteas oves pafcens.
Propl- c'tim & noâis 6' dici funt vit.
It lorfcp'il dit des Cimmériens :
Kic vcro Cimmerionun virorum populique urbefque
Aère & nebula teiii. Neque unquam cos
Sol fplendens afpicit radiis j
Neque cum afcendit ad cœlum ftcHiferum ;
Neque cum rursiis coelitus ad terram convertitur.
Sed nox trifiis extenfa ii fuper miferos komines {d).
Les connoiiïances renfermées dans ces vers d'Homère font confufes Se
mêlées d'abfurdités. Il croyoit que les régions glacées dévoient être toujours
couvertes de nuages , & qu'on n'y pouvoit jouir des rayons du foleil. Il
imaginoit que le foleil ne montoit au ciel étoile que lorfqu'il s'élevoit lur
l'horizon. On ne favoit donc point alors dans la Grèce qu'il y eût des étoiles,
deflous comme au delTus. Homère femble parler des éclipfes j on foup-
( a ) Almag. Tom. I , pag. 4e 3 .
l b ) Défeafe de la Chronologie, p. 473
«c fuiv.
( t ) Ibidem, pag. 460.
(a) Homère.
Gcminus , in Uranol. c. 5 , p- ij»
451 É C L A I R C I S S E M E N 5
çonne même qu'il a défigné les comètes : mais cette fuppoficion nous paroîc
très-gratuite. Les expreffions d'Homère ne fignifient peut-être que ces globes
de feu 5 ces météores ignées qui attirent ratctnûon des navigateurs & du
peuple id).
§. X V.
L A quatrième détermination des colures fixés au 8° des fignes , qui tombe
à l'an 789 , fe trouve dans un intervalle de tems compris entre Héfiode &
Thaïes , fur lequel l'hiftoire grecque ne donne aucune lumière. On ne peut
en aflîgner l'auteur. Ces diftérentes corredions faites à la fphere ne font
point l'ouvrage des Grecs. Nous traçons ici les progrès de leurs connoilfances
& non de leurs inventions. On verra , par ce que nous allons dire de l'année
grecque , que des peuples qui en connoifToient fi mal la durée , ne pouvoient
p^s bien déterminer la pohtion des points cardinaux.
§. XVI.
HÉSIODE nous apprend que de fon "tems la forme de l'année grecque
étoit de 1 1 mois & de 5 60 jours ( ^ ). Les Grecs qui , comme la plupart des
autres peuples , comptèrent d'abord par des révolutions lunaires , formèrent
enfulte une année de t i de ces révolutions. La révolution de la lune elt à-
peu-près de 19' { , ils firent en confcquence leurs mois de 30 jours en
nombres ronds , & leur année de ^60 jours. Cette ari/iée civile n'étoit ni
folaire ni lunaire. Elle étoit plus courte de 5 jours que la révolution du
foleil , & plus longue de 6 que la durée de 1 1 lunaifons. Cependant l'agri-
culture demandoit que l'année fut réglée fur le cours du foleil. Les anciennes
annales de la Grèce difoient que ceLi leur avoir été prefctit par l'oracle de
Delphes , qui leurenjoignoit dans les facrifices & dans les fêtes folemnelles ,
non-feulement d'avoir égard aux ufages de la patrie, mais encore d'y obferver
trois chofes (c). Rien n'étoit moins clair que cet oracle ] il leur plut d'en-
tendre que ces trois chofes étoient les jours , les mois &.les années , & de
penfer qu'il falloir faire accorder les années au cours du foleil , les mois Sc
les jours à celui de la lune. Nous laiflbns cette fable pour ce qu'elle eft : nous
(a ) Sol ex cxlo periit , mu.'a autem in- lato populorum. Il parle fans doute des raé-
Ceffic caliao. téores , ou des écoiles tombantes.
Odyiréc r V. 3;Ê, & au V. 7î A de {b) Héfiode , in op. 6' dicb. Lib. IL
t'IUade. Le Poëte parle de ces étoiles écla- Veidier, p. 67.
fiimei : QuA natif pûrce/i:um j v£l excrciiui (c) Ccminus , c. 6, p. 31.
çhçrcherioHS
ASTRONOMIQUES. 43?
chercherions plus volontiers la caiife de leurs efforts à cet égard dans le pré-
juge, qui a régné parmi les anciens , que l'intervalle, quirameae les houvelles
lunes aux mêmes jours & aux mêmes heures de l'année folaire , ramenoit
aullî tous les aftres , c'cft-à-dire , les'planctes au même afpeét ( j ). Mais, fans
en chercher d'autre railon , les tentatives des Grecs pour régler leur année
fur le cours du foleil , font aflez fondées par les befoins de l'agriculture. En
conféqucnce , comme ils s'étaient apperçus qu'à-peu-près de deux ans en
deux ans il arrivo.it i la lune de recommencer i j fois fon cours avant, que
le foleil eût achevé le fien , ils s'imaginèrent que l'année folaire comprenoic
exaftement n révolutions 7 de la lune, ils ajoutèrent de deux en deux ans
un mois intercalaire de 30 jours , &c cette période de deux ans fut leur dis»
tcride {è) -, mais elle les jeta dans de très-grandes erreurs.
En efFit comme l'année folaire ne furpalTe l'année lunaire que d'environ
1 1 jours , le mois intercalaire de jo jours qu'ils ajoutoient au bout de deux
ans, lesécartoit de 8 jours à chaque période de deux années, il fallut bientôt
retrancher les jours qu'on avoir mis de trop. Cette forme d'.mnée eft Ci ab-
furde , qu'elle n'a pu naître que dans des tems de barbarie. Celaefl: cepen-
dant attelle par un pafiTage d'Hérodote qui introduit Solon parlant ainfi à
Crcfus (t). «' J'apprécie à 70 ans la durée de la vie humaine. Ces 70 ans
>j font 2. 5 zoo jours , en omettant les mois intercalaires. Si pour faire répondre
« les faifons aux années , vous ajoutez un mois de deux en deux ans , vous
5> au.2z 3 5 mois intercalaires , qui font encore 1050 jours 5 ainfî la durée de
» la vie humaine eft de 70 ans ou de 2.61 50 jours , dont il n'y en a pas un
j» qui relfemble à un autre par les m-èmes événemens «. Nous ne concevons
pas comment ils entendoienr la chofe ^ mais ces 70 années en valoient près
de 7i , ou faifoient 70 ans de 375 jours environ.
Solon [d) remédia en partie à ce défaut , en introduifant l'ufage des mois
pleins Se caves , c'eft à dire , des mois alternativement de 25 & de 30 jours ,
parce qu'effeétivement deux révolutions lunaires font à-peu-près 59 jours.
Alors l'année fut parement lunaire , mais cette correétion ne s'établit d'abord
qu'à Athènes j l'ancienne ferme prévalut plus ou moins de tems dans les
différentes villes de la Grèce. On voit par les écrits d'Hipocrate (e) qu'il
faifoit encore les mois de 30 jours.
( j ) Scaligcr , de Entendit, temp. Lib. II, ( c ) Hérodote , Lib. I , fub. init.
paa;. 71. Foye^ aallî Geminus , Lib, II , c. 6,
biodorc , Liv. XII. ( d ) Urunolog. Diflert. Lib. IV, p. 157,
( é ) Ccnforiu. ( e ) Uidcm.
lii
^54 t C L A I R C I S S E M E N S
§. XVII.
M. Veidler remarque que ti6 ans avant l'ère chrétienne les Grecs
dévoient connoîrre la véritable durée de l'année folaire , puifqu'Iphitus , roi
d'Elide , qui établit ou renouvela les jeux olympiques , voulut que ces jeus
fuflenr célébrés chaque 4^™^ année , au milieu du premier mois , & à la pleine
lune qui fuit le folftice d'été (c). Cette connoilTance du folftice femble
fuppofer la longueur de l'année. Il ne faut cependant pas croire que les Grecs
fulTent alors en état d'obferver , ou même de connoître direftement le tems
du folftice. Nous imaginons qu'il étoit annoncé par le lever héliaque de
quelqu'étoile. La pleine lune, qui fuivoit cette apparition, déterminoit le pre-
mier mois de l'année olympique Scia célébration des Jeux, indiqués à la
pleine lune du premier mois , & toujours après le folftice. Cette forme
d'année renfermoit une intercalation tacite d'un mois , que Cléoftrate déve-r
lopa par la fuite.
Pour s'en convaincre , il fuffit d'examiner la forme de l'année ( b ) olym-
pique. Elle étoit réglée de manière que le premier mois devoir commencer
avec la néoménie, afin que la pleine lune tombât le 1 5. Quatre ans de 160
jours font 1440 jours. 48 lunaifons complètes font 1417' 1 1*^ 14'. On ajou-
toit donc une 49'''"'= lunaifon à la qur.trieme année, ce qui faifoit 1447 jours
environ. Au bout de 4 ans la nouvelle lune , au lieu d'arriver le ' du mois,
feroit arrivée le 8 ; pour remédier à cet inconvénient , on ajoutoit chaque
année deux jours à la fin du dernier mois , excepté la quatrième où on n'a-
joutoit qu'un jour. Ces jours n'étoient point cenfés faire partie de l'année,
ils étoient employés à faire l'éleétion des magiftrats de l'année fuivante. Telle
fut l'année olympique & la tétraétéride. Mais tous les 4 ans les j«ux otyra-
piques autoient rétrogradé de 14 jours, & au bout de 50 ans ils auroient
été trsnfportés au folftice d'hiver, fi les Grecs n'avoient pas eu quelque figne
célefte qui les avertît du moment du folftice , & qui leur fit, de tems en tems^
ajouter tacitement le mois, que l'on vint après à ajouter régulievemenr par
interc.dation. Ce figne ne pouvoir être que l'apparition d'une étoile. Voila,
fuivant nous le feul moyen d'accorder le témoignage formel d'Hérodote >
avec la période olympique , ou la célébration de ces jeux , fixés à la pleine
iune après le folftice d'été , dans le premier mois de leur année. Il faut même
( a ) Pyndarc, Ode m. {b) Scaliger , de Emendat, tcmp. Lib. I,
Ycidki , f . iy, pag. 15.
Î.STRONÔMIQUES, %^^
t«narquer que fi l'année olympique commençoit ainfi un peu avant le folftice
d'éré, leur année civile jufqu'au tems de Méton a commencé au folftice
d'hiver ( a ). Ciceron ( />) die , d'après Héraclide de Pont , que les habicans
de l'Ule de Zca , près de l'Eubée , avoient coutume chaque année d'obferver
le lever de la canicule , & d'en tirer des connoiirances fi l'année feroit fa-
lubre ou peftilentielle. Ils commençoient donc leur année au lever de la
canicule. Ariftée , fils d'Apollon & de la nymphe Cirene , établit un autel
dans cette ifie , & régla qu'on y teroit des facrifices à firius {c) , pour que
les vents étéhens foufllalfent pendant les 40 jours des ardeurs de cet aftre. Le
lever de firius apportoit une efpece de pefte : Ariftée obtint des dieux que
ces vents fouffleroient pour emporter ce que l'air avoir de dangereux. Les
habitans de Calabre offroient auffi des facrihces à Sirius ( d). Tous ces faits
prouvent que les Grecs fe fervoient du lever héliaque des étoiles pouc régleç
Se réformer leur calendrier.
§. X V I I L
Les Romains étoient beaucoup plus avancés pour la règle du calc'idr'er
que ne l'étoient les Grecs à l'époque où nous fommes. Les habitans de La-
vinie avoient des années de 15 mois (e), ce qui fembleroit fuppofer une
mtercalation. Cependant comme ces anciens peuples de l'Italie avo'.ent des
mois inégaux , qui n'étoient point réglés fur la lune , ils pouvoient en avoir
plus de 12 fans intercalation. En effet , à Albe le mois de Mars avoir }(j
jours , Mai 1 1 , Août 1 8 , Septembre 1 6. A Tufculum , Juillet avoit 3 6 jours ,
Oclobre 31. A Rizza , ville du Latium , Octobre avoit 39 jours (/ ). Les
Romains eux-mêmes avoient des rhois de zo & de 35 jours & plus (g),
C'eft une queftion de favoir fi les Romains ont eu primitivement une
année de i o mois , comme quelques écrivains le rapportent , ou de i 2 ,
comme il eft plus naturel de le fuppofer. Les Romains éroient partagés entre
ces deux opinions {h). Scaliger, qui nie que leur année ait jamais été de 10
mois , donne de fon opinion des preuves qui ne font pas concluantes (i). Nous
ne fommes pas plus portés que lui à le croire. Nous penfons qu'en général
(^) Vide infra , %. 16, {d) Ibidem, p. j 4.
Liv. VII, §.7. le) Solin , Polyliiftor , c. i.
(À ) De Divinat. Lib. I, §. jS. (/) Cenforin , de die natali , c. ir,
{ c) G^zm. Céfar , Comment, fur Aracus, ( g ) Pluiarque , in Numa.
ffl aquarlo, ( ^ ) lôidem.
^caliger. Notes fur Maniiius , pag. }6*, (i) De Emend, temp. Lib. II, p. 16^,
lii i;
4}(î É C L A I R C I S S E M E N S
toutes les mefures du tems fe rapportent au mouvement des aftre'; ; no'tra
ji'en trouvons point , ce femble , qui puiffe produire une période de lo mois ,
mais cette raifon n'eft pas fuôîfante pour contrebalancer le témoignage de
Solin & de Macrobe. 11 eft vrai que Plutarque dit que leur année étoit de
3<jo jours , leurs mois depuis lo jufqu'à J 5 , & plus , fans autre règle , finon
que les 1 2 mois fiffent ^60 jours. Mais cette année arbitraire, qui n'eft réglée
ni fur le foleil , ni fur la lune , tant pour l'année même , que pour les mois
qui la divifent , nous paroît abfolument chimérique. Il paroît plus naturel
de s'en rapporter au témoignage de Macrobe {a) qui dit que Romulus donna
304 jours 5 & 10 mois à l'année ; à Solin ( l> ) qui parle de la chofe avec alTez
de détail. Il dit , comme Macrobe , que l'année des Romains fut d'abord de
304 jours & de 10 mois , commençant à Mars , & finilTant à Décembre j les
6 premiers de 3 o jours , & les 4 deniers de 3 i . Cet ordre fut changé , parce
qu'on réfolut de fe régler fur la révolution de la lune j Se comme on reconnut
que 1 2. lunaifons faifoient 354 jours, on ajouta 5 1 jours à l'année , foit qu'ils
culTent apperçu que l'année lunaire excédoit un peu 354 jours , foit feule-
ment par la dévotion qu'ils avoient au nombre impair. Cette même dévotion
leur fit retrancher un jour à chacua des 6 premiers mois j cela fit 57 jours ,
dont ils compoferent deux nouveauxmoisj Janvier de 29 , & Février de 28 ,
qui , parce qu'il étoit le feul qui fût pair , devint un mois malheureux , on le
dédia aux morts j il fut le mois des expiations (c).
§. XIX.
Nous ajouterons peu fle chofes à ce que nous avons dit de l'année de
Kuma. Nous remarquerons feulement que Macrobe fe trompe , lorfqu'il dit
que Numa tenoit des Grecs cette forme d'année. Les Grecs n'eurent leur oc-
taétéride que longtems après. Quant à la connoiffance du vrai fyftcme du
inonde, que l'on attribue à ce prince , on fe fonde fur un palfage de Plu-
tarque. Ce philofophe ( d) , en parlant du temple rond que Numa avoir dédié
à la déelTe Vefta , au milieu duquel étoit co«fervé le feu facré , infère qu'il
penfoit que le feu , c'eft-à-dire , le foleil étoit au centre du monde. Mais
Plutarquç cite les Pythagoriciens , dont en effet c'étoit l'opinion , & il efV
plus que vraifemblable que cette allufion leur appartient. Us font venus après
(a) Saturnal, Lib. I , c. 11, 13, 14. rapporté diiféremment par Ccnforin , c. 10.
( i ) Solin , loco citato. { d) Irifrà , Éclaire. Liv. YIH , §• I j ou
^ c ) Lç nombre des jours, des mois eft le paiîage eft rapporté,
ASTRONOMIQUES. 437
Numa , & ont donné à fon édifice des vues favantes & cachées , auxquelles
il n'avoir pas fans doute fongé. D'où lui étoient venues fes connoiifaiices fur
le mouvement des aflres? Apparemment de l'Egypte. On ne croira point que
la nymphe Egérie les lui ait révélées, ainiî que fes loix.Mais comment eut-il
communication avec l'Egypte ? C'eft ce qu'on ne fait point.
§. XX.
Nous avons dit que Numa eft plus ancien que Pythagore & fesdifciples.
Quelques auteurs ont écrit que Numa étoit Pythagoricien : rien n'eft plus
faux. Pythagore vint en ItaUe à-peu-près dans le tems que Brutus délivra fa
patrie de la tyrannie de Tarquin (a). Quand on prétendit avoir trouvé le
tombeau de Numa , & fes livres qui y étoient renfermés , on publia qu'ils con-
cernoientia philofophie pythagoricienne (/■) j mais fi ce préjugé eut quelque
faveur chez les Romains , il fut fondé fur le refpecl qu'ils avoient pour Py-
thagore , & comme le génie de Numa paroiiïbit prefque divin , eu égard au
fiecle barbare où il vivoit , ils crurent que ce prince avoit puifé fa fao-effe
dans les écrits du philofophe (c). Cette anecdote prouve la modération des
Romains ; il eft vrai que leurs prétentions n'étoient pas tournées de ce côté.
Les Grecs n'auroient pas été h modeftes , Se n'auroient pas attribué à yn
étranger la gloire qui eût appartenu à un de leurs grands hommes.
§. X X I.
Numa chargea les prêtres du foin de faire les intercalations qu'il avoit
prefcrites ] il leur enjoignit même de confulter par l'obfervation lesmou-
vemens du foleil & de la lune, pour être sûrs de ne point s'écarter de leurs
cours. Mais le zèle &: les tonnoilTances s'éteignirent avec lui. Les interca-
lations mêmes furent négligées, le calendrier tomba dans la plus grande con-
fufion , foit par ignorance Se par inattention , foit même aulîî par la fraude
des prêtres qui abrégeoient l'année , pour avancer la magiftrature des fens
qui les payoient,ou pour faire durer moins celle des hommes en place qu'ils
n'aimoient pas. Ils avoient encore en vue de favorifer les marchés des pii-
blicains {d)- Ce défordre fubfifta tant que dura la république romaine , &
jufqu' à Jules Céfar. Les Romanis n'étoient pas plus avancés fur la connoif-
( <2 ) Ciccroa , Tufcul. Quîfi, Lib. lY , Bayle , Pythagore , remar. B.
§■ I. ( O Ciceron , Tufcul. Quift. L lYJ. i,
(é) Pline, Lib. XIII, c. ij. \d) Ccafciin , c. lo.
4î8 ÉCLAIRCISSEMENT
fance des heures \ la divifion du jour & de la nuit en i x parties , fut connurf
chez eux plus tard que dans la Grèce. Les loix des douze tables ne diftinguenc
que deux tems du jour , le lever &c le coucher du foie 1. Peu de tems après
on y ajouta le midi , l'huilfier des confuls l'annonçoit , lorfquele foleilparoif-
foit entre la tribune & le quartier des Grecs. Papirius fit connoître à Rome le
premier cadran folaire , 1 1 ans avant la guerre de Pyrrhus, environ 300 ans
avant l'ère chrétienne. Maccus Varron en expofa nn en public fur une co-
lonne près de la tribune. Ce cadran qui avoir été trouvé dans Catane , ville
de Sicile , prife par les Romains , n'étoit point réglé pour la latitude de
Rome : il devoit indiquer l'heure afTez mal ( û ) j mais les Romains n'en fa-
voient pas davantage alors. Ce ne fut que lorfque Q. M. Philippe fut cen-
feur , qu'il en fit conftruire un exprès , &C avec plus de foin. Malgré tout cela
le peuple romain , le maître du monde , ne favoit l'heure que le jour , &
quand il faifoit beau. Ce fut Scipion Nafica qui introduiht l'ufage de divifer
le jour & la nuit par la chute de l'eau , c'eft-à-dire , par des clepfidres {b),
§. XXII.
Nous avons dit que Thaïes avoit enfeigné aux prêtres égyptiens à me-
furer la hauteiu des pyramides par la longueur de l'ombre. On a remarqué
qu'il falloir préalablement avoir mefuré un côté de la pyramide, pour con-
noître la diftance du centre, où tombe la perpendiculaire abailTée du fommet,
à l'un des côtés de la pyramide ; cette diftance s'ajoute à la longueur de
l'ombre mefurée au dehors. Cela eft vrai, mais on ne peut douter que cette
opération n'ait été faite ; elle eft h fimple , fi facile , que Pline &: Plutarque ont
pu ne la pas rapporter. Ils ont pu même ignorer qu'elle ait été faite , fans
qu'on pullfe les taxer de menfonge. Si on révoquoit les faits en doute fut
de pareilles raifons , nous deman Jons ce qu'on croiroit de l'antiquité ?
§. X X I I L
T H A L È s étudia le cours du foleil , connut le zodiaque & fon obliquité 1
l'égard del'équateur. Il connut, dit-on, la longueur de l'année de 3 ^5 ' (c) • mais
cette connoiftance rcfta fans ufage dans la Grèce, jufqu'.i Cléoftrate qui l'ap-
pliqua au calendrier. Si Thaïes mefura lui-même la longueur de l'année , ou
(a) Catane eft plus mâidionale que Cenrorin , ç. zj.
B.onic , de 4"|. ( c ) Diogcncs-Laetcs , in Vud Thot,
( b ) riiuc , Lib. VII , pag. 60, let,
ASTRONOMIQUES. 439
peut dire qu'il y parvint par robfervation des folftices , fans cloute au moyen
des ombres méridiennes; car Laerce dit de lui poùtivement ^ri/naj & folii
curfum à converjlone in convctjîoncm reperit.
§. XXI V.
ThalÈs obferva les éclipfes , ou du moins en expliqua les caufes dans
la Grèce, & alla jufqu'à les pn':dire. Hérodote (a) rapporte qu'il annonça
aux Ioniens l'éclipfe de foleil qui arriva dans le tems de la guerre des Lldiens
& des Medes. Il y a apparence , comme le remarque M. Veidler {!>) , que
s'il fit cette prédiétionjce fut fur quelque cycle lunaire qu'il tenoitdes Egyp-
tiens , ou fur quelques règles qu'ils lui avoient apprifes , car fa vie entière
n'auroit pas fuffi pour obferver & connoître les mouvemens du foleil & de
la lune dans la précilion nécefTaire au calcul des éclipfes.
Eudeme , dans fon hiftoire de l'Allronomie ,{c) difoit pofitivement que
Thaïes avoit trouvé les périodes des éclipfes ,ce qui fignifie feulement qu'ils
les avoit rapportées d'Egypte. Nous ne Savons fi l'on p;ut s'en rapporter au
paiïar^e tronqué de cet hiftorien , dont nous parlerons par la fuite. Car fi
Thaïes eût eu en effet les périodes des éclipfes , il femble qu'il auroit dû
faire fa prédidion un peu plus détaillée & plus précife. Au refte Clément
d'Alexandrie , d'après cette hiftoire , place l'éclipfe de Thaïes dans la 50="*
olympiade ( d ). Pline ( ^ ) la rapporte à la quatrième année de la 48^™^ olym-
piade , c'eft-à-dire , vers 5 % 5 ans avant J. C. On trouve effeétivement dans
cette année une éclipfe de foleil qui fut totale vers l'Hellefpont & les pays
voifins.La même éclipfe fut d'environ 10 doigts à Alexandrie ( f). Quelques
auteurs ont reculé cette éclipfe malgré le témoignage de Pline & de faint
Clément d'Alexandrie. M. George Coftard & M. William Stuckeley [g) prou-
vent qu'elle n'a pu être que celle qui arriva V3.n6oi avant J. C, la deuxième
année de la 44''"^ olympiade. L'éclipfe fut totale vers le midi dans la partie
de l'Afie qui fut probablement le théâtre de la guerre entre les Lidiens &
les Medes. Thaïes eft très-fameux par la prédittion de cette éclipfe , M. le
Gentil fait obferver que la prédidlion qu'il hafarda étoit bien éloignée
de toute précifion (/^).Voiciles paroles d'Hérodote." Le combat étantengagé,
(a) Lib. I, p. 16. (/) Gléomcde, de Mundo ,'Lih.ll , c. 3.
(é) Paçe 71. Riccioli , Tom. I, pag. 365.
(c) Ir.frà , Éclaire Llv. Vin,§. li, (^ ) Tranfaftions Philosophiques, 1753.
( li ) Siioma:. Lib. L (A) Mémoires de l'Académie des Scien-
{e) Lib. II, c, II. ces, 17; S, pag. 78 & 81.
4fn ÉCLAIRCISSE M F. N S
o la nuit prît tout- à-coup la place du jour. Ce changeaient au joat en naît
» avoit été prédit aux Ioniens par Thaïes qui avoit fixé pour terme à ce phé-
« nomène l'année où il arriva effefbivement [a] ». On voit que fi le récit
d'Hérodote eft exaét , il n'y avoit rien de merveilleux à annoncer qu'une
éclipfe devoir arriver dans l'année. Cette prédiétlon, renfermée dans de pa-
reilles bornes, ne fuppofe que des connoilTances gvoflieres. M. le Gentil re-
marque fur ce palfage que le mot éclipfe au tems d'Hérodote étoit inconn-a
comme le mot écliptique. Nous avons vu que tous les anciens rapportoient
les mouvemens des aftres à l'équateur. M. le Gentil cite un fécond palfage
d'Hérodote qui prouve encore que le mot éclipfe n'étoitpas en ufage. " L'armée
1» de Xercès étant en marche , le foleil abandonna la place qu'il occupoit
)> dans le ciel, & difparut • & quoiqu'il n'y eut point de nuage dans l'air ,
,5 qui au contraire étoit alors très-ferein, la nuit prit la place du jour {b) «.
Ces deux partages fembleroient prouver que les cclipfes mêmes n'éroient
pas mieux connues que le mot. Il eft certain que dans un tems où les principes
desfci«nces ne pou voient pas ètregénéralement répandus , les hliloriens pou-
voièht en, ignoter même les termes ; cependant il eft fingulier que Thaïes
ayant .prédit une éclipfe d'une manière quelconque , en ayant enfeigné la
caufe , Hérodote 1 5 o ans après lui parle d'une éclipfe , en dlfant que le foleil
abandonna fa place & difpatut , quoique le ciel fut ferein. Les caufes que
TKalès avoient développées étoient-elles donc reftées inconnues à l'un des
plus beaux efprits de la Grèce , ou doit-on enlèvera Thaïes la gloire d'avoir
connu la caufe des éclipfes , S.< de les avoir prédites? M. Defvignoles [c] pour
«uftiher Hérodote , a penfé que l'éclipfe de foleil , dont patle cet hiftorien ,
n'arriva point dans la nouvelle lune , & que cette circonftance a fait qu'Hé-
rodote crut y voir un phénomène différent. M. Defvignoles veut l'expliquer
par le paftage d'une comète qui éclipfa le foleil. Mais il faudroit qu'une
comète paftat bieniprcs de la terre pour c]us fon diamètre égalât celui du
foleil. Juftin {d) nous dit bien qu'à la naiftance de Mithridate , il parut
une comète dont la grandeur occupoit le quart du ciel , dont l'éclat fur-
paffoit l'éclat du foleil, mais il n'en faut rien cioire. Au refte ce n'eft
-pas la feule éclipfe atteftée par les hiftoriens , qui ne fe trouve pas poftible
. -parle -calcul ( ê ). Le calcul ne donne point d'éciipfe pour le tems où l'hiftoite
{a) Hcrodote, Lib. I. (<f)Tiiftin, Ub. XXXVIL
. {b ) Idem, Lib. VII. i c) Riccioli , AIraageftc, Tom. I, p.
^ c) Bibl. Germ. Vol. XII,art. j,p. ijy. 364.
ASTRONOMIQUES. 441
en marque une peu de jours avant la mort d'Augufte. M. Freret (a) , con-
formément à l'idce de M. Defvignoles , l'attribue à la comète qui parut la
même année, fuivant Séneque , témoin oculaire {l>).
§. XXV.
O N a prétendu que la petite ourfe avoit reçu le furnom de phénicienne ,
parce que Thaïes , qui étoit Phénicien , l'avoit obfervée avec foin. Il eft
vrai qu'Achilles Tatius (c) rapporte des vers de Callimaque qui font croire
que Thaïes avoit en effet obfervé les étoiles du petit chariot j mais ce n'efl:
point la ralfon du nom de Phénicienne que portoit cette conftellation. Il eft
plus qu'incertain que Thaïes fut Phénicien. Laerce {d) le dit d'après Hé-
rodote : mais Plutarque ( e) met cette aflertion au nombre des fautes d'Hé-
rodote. On fait d'ailleurs que les Phéniciens ont longtems navigé au moyen
des étoiles circompolaires j il ne faut pas aller chercher d'autre origine : il étoic
naturel que ces étoiles portaffent le nom de Phéniciennes. Riccioli (/) fait
honneur à Thaïes d'avenir mefuré les diamètres du foleil Se de la lune , Se
de les avoir trouvés de la 710^""^ partie du cercle que ces aftres décrivent ,
c'eft-à dire , d'un demi degré. Cette mefure feroit fort exafte pour le tems.
Riccioli ne cite point fes autorités. Apulée dit à la vérité [g) que Thaïes
mefura combien de fois le diamètre du foleil étoit contenu dans le cercle
qu'il décrit , mais il n'en dit pas davantage. On trouve encore dans Diogenes
Laerce ( h ) que Thaïes avoit connu le premier la courfe du foleil , & que
la lune , comparée à la grandeur de cet aftre , n'en eft que la 710-1"= partie :
mais il y a grande apparence que ceci eft une faute de Laerce. Nous n'objec-
terons point que cette évaluation eft trop petite de moitié ; mais nous demande-
rons comment il feroit poffiblequedanscefiecledelaGrece, oùl'Aftronomie
n'avoir encore que des commencemens groiliers , Thaïes eut une affez jufte
idée des diftances vraies , pour démentir le témoignage de fes yeux qui lui
montroient la lune auffi grande que le foleil ? Les Egyptiens, fes maîtres ,
n'avoient jamais été fi loin. Il faut croire que Laerce , en auteur peu inftruit
de r Aftronomie , s'eft mépris , & qu'il a voulu dire que la lune étoit la 7 z o^'"*
( iî ) Mcmoires de l'Académie des Inf- (, e ) D>; la malignité d'Hérodote,
criptions , Tom. X , pag. 374. (/) Almag. T. I , p. xlv.
( />) Qu/ijl. nat. L. I, c. I, L. VII, c. 17. { g ) In Flondis , pag. jij.
(c) C. I. Uranolog. Vcidler , pag. 71.
{d) Jn VitaThulctis, (h) Laerce, loc, cit.
Kkk
441 ÉCLAIRCISSEMENS
partie dix cercle que décrit le foleil , c'eft-à-dire , de l'écliptique. Ainfl en
réunifTanc le pafTage d'Apulée , &c celui de Laerce , on fondera ce qu'a avancé
Riccioli. Au refte cette connoilTance feroit encore afTez fmguliere pour le
fiecle deThalès , lî l'on ne devoir pas penfer que ce philofophe la renoit des
Egyptiens {a).
Diogenes Laerce nous apprend que Tlialès avoir drelfé un calendrier fur
les apparences de fon tems , c'eft-à-dire , des levers & des couchers des étoiles.
On peut le regarder comme le quatrième qui fut public dans la Grèce. La
détermination, que Geminus attribue à Eudoxe, de l'cquinoxe duprintems
au 6° du bélier , & du folftice d'hiver au 4° du capricorne appartient à l'an
<Jo4 avant J. C. , comme nous l'avons fait voir {!>),&: fans doute à Thaïes
qui vi voit alors. C'eft donc une obfervation qu'Eudoxe avoit copiée dans les
faftes de Thaïes.
Veidler attribue à Thaïes deux ouvrages, l'un de l'Aftronomie des marins,
l'autre fur les folftices & les équinoxes. Laerce dit formellement que l'Af-
tronomie des marins éroit de Phocus de Samos , & non de Thaïes. Ce
philofophe mourut à 90 ansj de la fatigue & de la foif exceflîve qu'il avoic
contraélées aux jeux olympiques, où il refta trop longtems (c).
§. X X V L
AnAximandre enfeignoit la pluralité des mondes , mais il difoit que
ces mondes étoient tous à une égale diftance de la terre {d). Parloit-il des
planètes, ou des étoiles ? G'eft ce que nous ignorons, quoiqu'il paroiffe plus
vraifemblable que cefoitdes étoiles, puifqu'ilpenfoit que le foleil étoitplus
grand que la lune. Il paroît égal à la vue \ il eft donc plus éloigné. Anaxi-
mandre eftima que le globe du foleil étoit 27 fois , & celui de la lune 19
fois plus grand que celui de la terre {e). Diogenes Laerce dit qu'il regardoit
le foleil feulement comme auflî grand que la terre. L'invention du gnomon
eft attribuée aulli à Anaximene qui le fuivit immédiatement dans la fe6te
ionienne. Ueftvifible que c'eft une erreur de copifte , caufée parla reftem-
blance des noms , qui a produit cette incertitude. C'eft fans doute depuis l'é-
reâiion de ce gnomon que les Grecs commencèrent à compter du folftice
d'hiver. Ils préféroient de commencer l'année par ce folftice , parce que
(a)Suprà, Liv. V , §. i7. ( <f ) M. Bonami, Mém. Ac. In. T. IX, p. r i.
(6) Suprà , §. II. ( t ) Plutarque , de Flu.it, Phil. Lib. II ,
(<r) Diogcnes-Lacrce, c. 10, ij , i6.
ASTRONOMIQUES. 445
l'ombre étant plus allongée, les petites variations deviennent plus fenfibles,
& l'obfervation plus facile {a). M. Fréter croit qu Anaximandre (A) enfeigni
aux Grecs à dilHnguer la longitude de l'afcenfion droite , & que c'eft le fens
de ces patoles de Pline yjîgntfen obliquitatem intelUxiJfe. Mais cette manière
d'interpréter tient de la divination , & nous ne voyons rien dans le palTage
de Pline qui puilfe autorifer cette idée.
§. XXVII.
Quoi qu'il en foit, Anaximandre palTe pour l'inventeur du gnomon,
&c d'un autre inftrument , nommé horofcope j dont l'ufage n'eft point dé-
terminé (c).
On peut mettre , je crois , au nombre des contes populaires, ce que Pline
raconte ( ^ ) du tremblement de terre , prédit par Anaximandre j prédidion
d'autant plus malheureufement confirmée parl'événementjqueLacédémone
fut renverfée par la chute d'une partie du mont Taygete. Indépendamment de
ce qu'une pareille prédidion eft difficile , fi elle n'eft pas impolîîble, c'eft que
ce défaftre arriva la 4""^ année de la 77^"= olympiade ; Anaximandre auroic
eu alors 141 ans ( e).
Nous avons dit que les Egyptiens paroifToient avoir drelTé des cartes géo-
graphiques longtems avant Anaximandre. C'eft Apollonius Rhodien qui nous
fournit ce fait dans fon pocme fur les Argonautes (/), où il dit que la di-
reélion des chemins', les limites de la terre & de la mer avoient été mar-
quées fur des colonnes, dans la ville d'Œa en Colchide , par un conquérant
égyptien. Ce conquérant étoit Séfoftris , qui dans fa grande expédition avoir
en effet foumis la Colchide. Cette date feroic donc remonter l'invention Sc
l'ufage des cartes vers l'an 1 570 avant J. C. [g]-
Homère fut le premier des Grecs qui fe diftingua par la connoiirance des
peuples de la terre , & des pays qu'ils habitoient. Anaximandre drelTa la
première carte géographique ] mais il s'agit de favoir fi c'eft réellement une
invention qui appartienne à Anaximandre , ou s'il eut connoiftance des copies
des cartes de Séfoftris, que ce monarque avoir fait répandre dans toutes les
parties du monde connu alors , & jufques dans la Scythie {h). Hécatée de
{a) ScSiVig^r, de Emendatione lemporum^ (e) Encyclopédie, art. Tûygete.
Lib. II , p. 71. (/) J.ib. IV , V, 17Î.
{b) Dcfenfc de la Clironol. p. ^66. Goj;uet , Tom. II , pag. léo , x6i.
(c) Pline, Lib. VII, c. jé , ou Dio- {g) Suprà, Liv. V, §, lo.
gencs-Laerce. {h) Eullatc.
{d) Pline, Lib. II, c. 8i. Goguec, Tom. II, pag. i^o, i6i.
K k k ij
444 ÉCLAIRCISSEMENS
Milet fut encore un géographe contemporain crAn^ximancire. Il marqua
fur les cartes la fituation des fleuves & des montagnes. Depuis les cartes fe
multiplièrent j on fit des mappemondes , ou du moins des cartes générales
de la petite partie du monde où les voyageurs avoient pénétré. La repré-
fentation du monde étoit deux fois plus longue que large j on ne connoiiToit
alors que la zone tempérée, & non encore dans fon entier. On peut voit
dans Geminus ( ^ ) ce qu'il appelle la terre habitable.
§. X X V 1 I I.
No u s avons dit qu'Anaximene paroifiToit être le premier des Grecs qui ,
peut-être à l'exemple des Orientaux , avoir enfeigné la folidité des cieux.
Cette opinion paroît très- ancienne , car le mot hébreux , qui dans la Genefe
répond à firmament , fignifie quelque chofe d'étendu &c de folide. Il falloit
en effet quelque chofe de folide poutenttainer les étoiles en confervantleur
ordre de leur diftance. C'étoit le 8^ ciel , le ciel des étoiles. Les anciens
croyoient que ce ciel étoit en mouvement , non-feulement parce qu'ils voyoient
ce mouvement de leurs yeux , mais parce qu'ils croyoient ce ciel animé , &
qu'ils regardoienc le mouvement comme l'effence de la vie [è). Les anciens
jugeoient de la rapidité du mouvement du 8* ciel par des moyens affez in-
génieux. Ils fentoient qu'elle étoit plus grande que la vîteffe d'un cheval ,
d'un oifeau , d'une flèche , & même de la voix. Cléomede (c) remarque
que lorfque le roi de Perfe porta la guerre dans la Grèce, on avoir placé des
hommes de diftance en diftance , qui pouvoient entendre leurs voix , 8c fai-
foient pafler des nouvelles d'Athènes à Suze. Or ces nouvelles étoientdeux
jours & deux nuits à y parvenir. La voix ne parcouroit donc dans cet inter-
valle de tems qu'une petite partie de ce que la fphere du premier mobile
parcouroit deux fois.
§. X X I X.
Il paroît qu'Anaximene fut l'inventeur du cadran folaire. Cette invention
tenoit à celle du gnomon , qui efl: due à Anaximandre.
On a prétendu ( d ) qu'Anaximene ne pouvoit être l'auteur des cadrans
folaires , parce que long-tems après lui , dit-on , les Grecs ne connoilfoient
■point encore les heures comme divifions du jour. Saumaife obferve que
(a) C. 13. Uranologion. (c) De Mundo , Lib. II , c. i.
{,i>) i^aciobç , fomn, Scip. Lib. Ij c. 1 7. {d) Salmafius , ad Solinum j p, j^a6.
ASTRONOMIQUES. 4 h
!es anciens tîrammairiens , les écrivains même , poftcrieurs à AlexAudre,
irânr point emploie le mot heure , ou ne lui ont point donné la lignitîca-
tion que nous lui donnons aujourd'hui. Il eft vrai que chez les anciens les
heures fîgnitîoient les faifons de l'année. ( <î ) H n'y en eut d'abord que
trois , le printems , l'été, l'hiver. L'automne ht la quatrième ; & quand on
s'avifa de partager le jour en 1 1 intervalles égaux , on du moins quand on
en adopta l'ufage , ces intervalles furent appelés heures, c'eft-à-dire , les
faifons du jour. Mais Saumaife n'a pas fait attention qu'il y a des écrivains
antérieurs à Alexandre, tels qu'Hérodote (1^), Anacréon 5c Xénophon (c),
qui parlent de la divifion du jour en iz heures. Ce dernier étoit prefque
contemporain d'Anaximene. Il ne parle même pas de cette divifion comme
d'une chofe nouvelle , mais comme d'une chofe univerfellement connue.
Il eft donc probable qu'elle l'étoit au tems d'Anaximene. Nous avons même
foupçonné que Bérofe , 15 ou 16 fiecles avant J. C. , porta dans la Grèce
les cadrans qui y furent oubliés , & depuis réinventés ou renouvelés par Ana-
ximene. Avant l'ufage des cadrans , les Grecs avoient déjà la divifion du
jour en 1 2 parties par l'ombre du foleil. On voit par les palîages de ditïe-
rens auteurs, que l'heure du dîner étoit fixée lorfque l'ombre étoit de 10
pieds , de li pieds , &c. Il faut croire que l'on avoir alors des tables de la
longueur de l'ombre , relatives à chaque heure dans chaque faifon , fem-
blibles à celles que Palladius a inférées à la fin de fes livres de re rujlica [d).
(û) Supra , Éclaire. Liv. V, §. 3. Mémoires de l'Académie des Infcriptions,
{h) In Euterpe. Tom. X , pag. 15.
( c ) Chofes mémorables de Socraces , {d) Mémoires de l'Académie des Inf-
Liy. lY. cripdons, Tom. IV, pag. ijé.
44^ É C L A I R C I S S E M E N S
LIVRE SEPTIEME-
De l'Ajlronomie des Grecs dans la fecle de Pythagorc , &
dans la ftcle éUadque y & des opinions de quelques autres
Philofopkes.
§. P R E M I E R.
^'e s t du féjour que Pythagore fit à Samos qu'il reçut le nom de Satnieia
qu'on lui a toujours donné. On penfe qu'il doit être rangé à la tète des phi-
lofophes qui ont mis le foleil au centre du monde. Ariftote ( a ) rapporte
que les Pythagoriciens plaçoient le feu dans le milieu du monde , ou , fui-
vant l'explication de Stobée [b) , dans le milieu des quatre élémens étoit le
globe de feu , qu'ils nommèrent vejla , unitas , ce qui fignifie le feu & l'u-
nité , peut-être parce que ce globe étoit le feul de fon efpece. On a jugé
encore qu'ils pouvoient avoir eu en vue un feu central dans l'intérieur de la.
terre. L'expreffion d'Ariftote & l'explication de Stobée ne répugnent pointa
cette idée. Diogenes-Laerce dirpoùiivement que Pythagore avoir mis la terre
au centre du monde. On peut cependant concilier tout cela , en difant que
cette dernieie opinion étoit celle qu'il enfeignoit publiquement j mais celle
du mouvement de la terre & de l'immobilité du foleil , étoit réfervée pour
fes difciples de choix. C'ell cette opinion que Philolaiis révéla.
M. Veidler (c) penfe que les Pythagoriciens avoient quelque hypothefe,
par laquelle ils expliquoient les inégalités des planètes vues de la terre,
au moyen des principes de l'optique; Mais l'optique n'eft née dans la Grèce
qu'au tems de Platon & d'Ariftote , qui en jetèrent les fondemens. Ces
hypothefes fuppofent de la géométrie , qui n'étoit pas alors fort avancée.
Dailleurs il faut des obfervations fuivies pour en démontrer la nécellité j
tout cela eft l'ouvrage du tems , & la vie de Pythagore n'eut pas fuffi. II
faudroit donc dire que Pythagore apporta de l'Egypte ces hypothefes
{a) Ariftote, de Cuelo , Libio II , (ô ) Veidler, pag. 87,
p. 1 4. {c) Ibidem,
ASTRONOMIQUES. 447
toutes faites. Mais nous avons des raifons de croire qu'elles n'y ont été con-
nues que depuis.
§• II.
Les Pythagoriciens penfoient encore que chacun des aftres étoit un
monde , qui contenoit la terre , l'eau , l'air , le ciel , dans un efpace éthcré
& infini. L'auteur de l'hifloire critique de la Philofophie développe cette
penfée. 11 rapporte que quelques Pythagoriciens alTuroient que chaque étoile
fixe eft le centre d'un fyftème femblable à celui du foleil , fyftême compofé
ce planètes pareilles aux nôtres , & également habitées. Cet auteur cite un
père de l'églife , Théodorct , mais comme il n'a point indiqué l'ouvrage
nous n'avons pu vérifier la citation {a). Cette opinion eft précifément celle
que les philofophes ont aujourd'hui des étoiles j mais il faut remarquer que ,
félon Plutarqae ( ^ ) , l'idée de la pluralité des mondes étoit beaucoup plus
ancienne que les Pythagoriciens , puifqu'elle étoit conrenue dans les vers
orphiques , ce qui remonte au moins au tems de Chiron ( c ).
Ajouterons-nous que les Pythagoriciens penfoient que la voie lactée étoit
la trace d'une étoile enflammée , au tems de l'incendie de Phaëton , laquelle
avûit tout brûlé fur fon palTage ; félon quelques-uns , ce cercle fut autrefois
la route du foleil : enfin , félon d'autres, la voie lactée eft produite par une
réflexion des rayons du foleil , à peu près pareille à celle qui produit l'arc-
en-ciel , ou les couleurs des nuées. ( d).
§. 111.
Nous avons parlé de la mufique des aftres de Pythagore. Macrobe penfe
que l'ufage antique de mêler de la mufique aux facrifices , & de chanter les
hymnes confacrés aux dieux , vient du préjugé de l'harmonie des fpheres.
Car les anciens imaginoicnt que le goût des hommes pour la mufique, &
l'influence de l'harmonie fur eux, tenoient à l'eflence de l'ame, qui, venue
du ciel , cherche à imiter fur la terre l'harmonie divine dont elle a con-
fervé le fentiment. Macrobe va plus loin; il ajoute que la ftrophe, l'anti-
ftrophe & le mouvement contraire du -chœur, en chantant ces deux hymnes,
exprimoient , la première , le mouvement dired & digrne du ciel étoile ; la
féconde , le mouvement des planètes qui lui eft contraire ( e ). Telle étoit la
(a) Hiftnire de la Philof. T. II ^ p. 90. (c) Vcidler, patr. g.
( h ) Pluurque , ds Pluck. Philof. L. Il, [d) Plutarque, de P lac. Phil. L. III, c. r.
c- 1 5 • ( <■ ) iNîacrobs , fomn. Scip. Lib. II , c. j .
448 É C L A I R C I S S E M E N S
manie des Giecs : il falloir qu'ils donnallent, à leurs ufages les plus fîmples
& les plus naturels , une origine merveilleufe, & même quelquefois célefte.
On lit dans l'Encyclopcdie (a) que Pythagore établiiroit ainfi les révolutions
des planètes : celle de faturne 30 ans , de Jupiter 20 ans , de Mars 2 ans , du
foleil un an; celles de venus, de mercure, de la lune, un mois. Mais
comment concevoir que l'on ait cru la révolution de Jupiter de 20 ans ?
Tandis qu'elle n'eft pas de 1 2 ans entiers. C'eft la période du retour des
conjonâiions de faturne & de Jupiter. Il en eft de même des révolutions de
venus Se de mercure. 11 eft impolîible qu'on ait jamais ctu qu'elles étoient
d'un mois. Les anciens fuppofoient qu'elles étoient d'un an comme celle du
foleil ( i ). Stobée ( c ) croit que Pythagore & fes difciples ont perfedionné
la fphere j mais nous ne voyons rien qui puilfe autoiifer cette idée.
§. I V.
Nous avons parlé de la grande année de Philolaiis de 5 9 .ans , dans laquelle
il y avoir 21 mois intercalaires. S'il avoir connu comme nous la longueur
de l'année de ^6^' 5*^ 48' 43", on en déduiroit qu'il croyoit la révolution
de la lune de 29' 13'' 26' environ; ou s'il avoir connu la vérirable révo-
lution de 29', 12'', 44.', 3", on en conclueroit la longueur de l'année de
3(Î4) 11'' 4'. Mais comme il n'efl: pas naturel qu'il ait connu avec ranr de
précilîon l'une de ces révolurions, randis qu'il fe feroir rrompé Ci grolîicre-
ment fur l'autre , nous préfumons que Philolaiis faifoit la longueur de
l'année de 365' précifément, & la révolution de la lune de 29' 13''. Nous
jie fa.vons fur quel fondement Cenforin penfe {d) que Philolaiis donnoic
29' ^ au mois lunaire & 3 6^i j à l'année. Aucun peuple n'a jamais fixé l'année
à cette longueur bizarre. Pythagore de fon difciple auroient donc oublié ce
qu'ils avoient appris des Egyptiens , chez qui , de tems immémorial, l'année
étoit de 3(^5 jours. 11 eft bien plus naturel de fuppofer que Philolaiis favoic
que la révolution de la lune excédoit 29' 12"^, Se étoit prefque de 29' 1^^.
Scaliger ( e ) & M. Veidler (/) ont adopté l'erreur de Cenforin.
(d) Art. Pythagorirmc. (d) Cenforin, c. 19,
Ib) V\m3Lt<luc y aePlac. Pkil.L. Il, c. 51. { e ) De Emend. temp. Lib. II, p. ijj.
(c) Édog phyfic]. c. 15, pag. 49 & fuiv. (/) Veidkr, p. 53.
astronomiques: 445,
§. V.
Quant aux hlftoriens qui fcnc honneur à Philolaiis , d'avoir mis U
terre en mouvement & d'avoir connu le véritable fyftème du monde, ils
accompagnent leurs récits de circonftances qui les rendent fufpects , mais
nous tâcherons de reconnoître la vérité qu'ils ont altérée. Selon PIu-
tarque (a) Philolaiis penfoit que la terre fe meut en rond dans l'îdiptique ,ainjt
que U folcil & la lune. L'opinion ordinaire fur le mouvement de la terre fixe
le foleil au centre du monde. Philolaiis penfoit-il que le mouvement ap-
parent du foleil étoit compofé du mouvement réel de la terre, & d'un autre
mouvement propre au foleil ? Nous ne le croyons pas. Il eft plus naturel
d'imaginer que Plutarque s'eft mal exprimé , & qu'il a voulu dire que la
terre fe meut réellement dans l'écliptique comme le foleil paroît le faire.
Ariftote dit exprelfément ( b ) que cette opinion fut propre & familière à
l'école de Pythagore.
M. V^idler croit que Philolaiis a pu être conduit à cette idée , par la
connoilfance du vrai mouvement de mercure & de venus , qui eft dîic aux
anciens Egyptiens , & qu'il paroît que Pythagore avoir prife chez eux , puif-
qu'il enfeigna à l'Italie que les deux étoiles du matin & du foir ccoient la
même planète. U faut cependant faire attention que c'eft la circonllance
d'accompagner toujours le foleil, & de ne s'en écarter que très-peu , qui a
fait découvrir le vrai mouvement de venus & de mercure. Cette circonf-
tance n'a pas lieu à l'égard des autres planètes : c'ell la difficulté d'expliquer
leurs ftations & leurs rétrogradations qui a fixé le foleil au centre du monde,
c: cpi a .nis la terre en mouvement autour de lui. Mais, comme nous l'a-
vons d;jà remarqué, ce fyftême contredit d'une manière fi forte le témoi-
gnage des fens, qu'il faut avoir épuifé les combinaifons & les fyftèmes avant
de s'y arrêter , qu'il faut avoir fait beaucoup d'obfervations qui en démon-
trent la nécedité. Tout cela fuppofe une aftronomie déjà fort avancée qui
ne fut point celle de Philolaiis , de Pythagore , ni même des anciens Egyp-
tiens.
M. Bûulllaud (c) a imaginé que les Pythagoriciens avoient été conduits
à l'hypothefe de la mobilité de la terre , par leur principe de la régularité
• du mouvement des planètes dans des orbes circulaires. Comme ce mouve-
( a ) Plutarque , di Pliicic. Philof. L. III , ( û ) Ariflote , de cœlo ^ Lib. II , c. 1 4.
C. ij. (f) Altton, Philolaique , Pioleg. p. u»
LU
45* É C L A I R C I s s E M E K s
ment vu de la terre eft prefque toujours inégal , fouvent ftationnaire Si
rétrograde, ils ont penfé que la terre n'en étoit point le centre; & alors ils
ont dû placer dans ce centre le foleil , le feu, on, comme ils difoient, la
plus digne fubftance. Si ce foupçon de M. Bouillaud étoit fondé, il ferolt
arrivé affez fingulierement que Platon, &c furtout Ariftote, par attachement
pour le principe des Pythagoriciens , auroient rejeté le fyftênie où ce principe
même avoir conduit les Pythagoriciens.
Hippocrate de Chio avoir adopté le fyftème Pythagoricien. Il expliquoit
la queue & la chevelure des comètes , par la réflexion des rayons du foleil
fur la colonne de vapeurs que les comètes traînent après elles {a). C'eit
encore une des deux explications adoptées aujourd'hui.
§. V I.
Pline (h) rapporte que Cléoftrate obferva les fignes du zodiaque, Se
furtout les fignes du bélier & du fagittaire. D'où Milichius(c) a fonpçonné
que Cléoftrate avoit remarqué que les conftellation<; dri zodiaque n'occu-
poient pas toujours la même place , & qu'elles avoient un mouvement par-
ticulier. Mais il n'y avoit point abrs d'obfervations affez précifes , tant fur
l'étendue que fur le lieu de ces conftelLitlons pour appercevoir ces change»-
mens. Cette remarque eflrtrop précoce pour le rems. Hypparque lui-même a
balancé long-tems avant d'admettre un mouvement, qui ferabloit contraire
aux idées reçues fur l'immobilité des étoiles.
Cléoftrate fut l'inventeur de l'oftaétéride. Nous en avons parlé. Cette
période avoit trois mois intercalaires de 30 jours. On intercaloit à la fin de
la troifieme , de la cinquième & de la huitième année (a'). Quelques auteurs
prétendent (e) que les Grecs référvoient ces trois mois pour les intercaler
tous trois à la huitième année, qui avoir par conféquent 444 jours. Mais>
quoi qu'ils en difent , cet arrangement n'auroit pas eu de fens , & il eft peu
croyable qu'il ait jamais eu lieu. On imagine que cette période a été connus
dès le tems'de Cadnius'(/) & de Minos, à caufede certains ufages pieux
qui alors éroient périodiques. Minos , dit-on , après huit ans révolus , la
neuvi-eme année defcendoit à Delphes dans l'antre de Jupiter pour le con-
(«) Ariftote , Mét<fores, Lib. 1 , c. 6, (d) Gcminus , c. 6 , p. j.
Mcm. Acad. des Inf. Tom. Xj pag. léo. (c) Polyliiftor j c. i.
(A) Pline, Lib. Il, c. 8. Macrobe, Sat. Lib. I , c. 13.
( c ) Commentaire fur le fecoud livre de Suidas,
îliue, , , . (/) Apolloi!o;e, Lib. III, p. 137-, i}<r.
ASTRONOMIQUES. i^p
fuîter, &: rapporter fes rcponfes far la terre (.2). Ces autorités font bien
vagues pour reculer aind la connoiiraiice de l'oclactéride , dont on attribue
formellement l'invention à Cléoilrate. M. Newton penfe que les Grecs
s'étant apperçus qu'en intercalant un mois tous les deux ans , il en réfultoit
un mois de trop au bout de huit ans , ils omenoient le dernier mois inter-
calaire. Au refte il imagine que cette odactéride a été introduite par les
Phéniciens lorfqu'ils vinrent dans la Grèce avec Cadmus Ôc Europe (/■).
Mais elle feroit donc reftée bien long-tems fans ufage ! D'ailleurs quoique
nous fâchions que les Grecs ont tour emprunté d'Afie &c d'Egypte , nous
voyons ici dans leurs diétérides , tétraétérides & oftaétérides, une fucceffion
d'idées qui prouve que ces changemens leur appartiennent , & qu'ils cnr
été faits à mefure qu'on recevoir des notions étrangères plus exaéles du
mouvement des aftres. La règle de leur calendrier n'eft pas aflez bonne pour
la leur .difputer. Quoi qu'il «n foir , cette période fuppofe la révolution de la
lune d.e 29' lii* u' 49", plus petire de 22' 14", qu'eLe n'eft réellement^ au
bout de 8 ans l'erreur étoit d'environ 3(3 heures.
Harpalus , en donnant deux jours de plus à l'odtaétéride , fuppofoit la
révolution de la lune de 29' iz** yo' 54", plus grande feulement de 6'
5 i", qu'elle n'eft réellement. Cette période s'accordoit mieux aux mouve-
mens de la lune , mais elle s'éloignoit des mouvemens du foleil de deux
jours & plus.
$• V I I.
Le premier cycle (c)de Méron commença l'an 45 1 avant J.C. le i ^Juillet,
I9 jours après le folftice d'été , & la nouvelle lune qui arriva ce jour là même
à 7*^ 45' du foir, en fut le commencement , le premier jour de la période
étant compté du coucher du foleil arrivé la veille. Méton choifit à delTein
cett« nouvelle lune, quoique plus éloignée du folftice d'été que la précé-
dente , afin de n'être pas obligé d'intercaler dès la première année : car
nous avons {d) vu que l'année olympique étoit telle que la pleine lune de
fon premier mois devoir fuivre le folftice d'été , à caufe des jeux olympi-
ques qui étoient fixés à cette époque. Meton y plaça aufll le commencement
(de l'année civile.
Nous penfons que Zvléton n'eft point l'inventeur de ce cycle. Nous avons
(a) Strabon, Lib. XVI, pag. 7^1, SaVigcr , de emend. cemp. L'ih. \ ,^. ^i)^
Ci ) Ciironol. réformée, pag. 78. Riccioli, Almag. T. I , p. 141.
i() Diodore de Sicik, LiV. Xll, Id) Su^rk , Éclaire. Liv. VI, §. 1 »
^5^ ÊCLAIRCISSEMENS
vu qu'il étoit connu très-anciennement aux Indes , à la Chine & chez les
peuples nommés Hyperboréens. Si l'on ne peut fuppofer que Meton ait
pouffé fes voyages fi loin , on peut croire du moins qu'il a été à Babylone, où
étoit connue la période des éclipfes de i8 ans Se quelques jours. Abulpha-
rage nous apprend qu'il avoir été en Egypte. 11 peut avoir été également
dans la Chaldée.
Hoctempore , dit Abulpharage, floruerunt Meton & Ephtlmon (Eudemon)
hïni anùjîhes in fdeniiis JJlronomicis , qui Jkxandria convenientes ad confi-
cienda injimmcnta ohfervationibus faciendis , obfervaverunt quarumcumque libuit
Jlellarum curfus. Fertur autem inter illorum Ataum & Ptolemeum almagefli
autorem intercejjijfe annos quingintos & /eptiiaginta {a).\\ faut penfer qu'il a
mis Alexandrie pour l'Egypte ^ car Meton n'a pu aller à Alexandrie qui
n'exiftoit pas de fon tems. Ce témoignage auroit befoin d'être appuyé par
quelqu'autre plus ancien; mais enfin Abulpharage ne dit point que Méton
avoit voyagé fans quelque raifon , & il le dit au moins fur une tradition.
D'ailleurs ces voyages étoient familiers aux Philofophes Grecs du tems de
Méton.
Au refte nous devons dire que Geminus {h), en parlant de la période de
1 9 ans , l'attribue à Euftémon , à Calippe Sz à Philippe Menedeme ; il ne
dit pas un mot de Méton. Ce filence eft extraordinaire , nous ne tenterons
point de l'expliquer. Mais cette période a porté le nom de Méton , elle le
porte encore. Il y auroit de l'injuftice à lui en refufer la gloire , ou même à
la partager , puifque le fuffrage des fiecles eft pour lui feul.
§. V 1 I I.
S A u M A I s E (c) a voulu auflî attribuer l'invention de ce cycle à Phainus , le
maître de Méton, en ne laiffant à] celui-ci que l'avantage de l'avoir publié;
mais c'eft une erreur de Saumaife ; il cite en vain Théophrafte 8c Aratus*
Théophrafte {d) dit au contraire que Phainus enfeigna les converfions du
foleil , & que Méton, inftruit par lui, compofa fon cycle de 19 années. Le
nom de Phainus ne fe trouve point dans Aratus. Une chofe qui mérite bien
d'être remarquée , c'eft; que malgré l'admiration que la Grèce avoit conçue
pour le cycle de Méton , on continua , fans doute dans l'ufage civil , à faire
l'année de ^60 jours. On en eft affuré par le pafTage d'Hérodote ( e ) , écri-
(û ) Hift. dynaft. V, p. 57. (d) In libella de fgnis tempcfijtum ,
(i) C. 6. Uranologion. fui init.
^i) riinian , Excrcit. p. JI5. (f ) Supra, Éclaire. Liv. VI, §. i6-
I
ASTRONOMIQUES. 453
vain poftcrieur à Mécon. Bien plus , au tems de Démécrius de Phalere ,
c'eft-à-dire , fous le règne d'Alexandre, ils comptoient encore ainfi. Nous
apprenons de Pline [a] que les Athéniens élevèrent à Démctrius }6o
ftatues , c'efl:-à-dire , autant qu'il y avoit de jours en l'an. On ne peut con-
cevoir l'obftination des Grecs à garder une forme d'année il vicieufe. S'ils
n'avoient pas eu la célébration des jeux olympiques, qui étoit fuffifam-
ment bien réglée , leur chronologie , même dans les tems les plus moder-
nes, n'oifriroit que la plus grande confufion. Hérodote [é) , en parlant d^s
Egyptiens , avoue que leur méthode étoit beaucoup plus fage que celle des
Grecs. Nous dirons encore que tandis que chez les Orientaux l'ufage ds
compter par des femaines, partagées en 7 jours , étoit de tems imm.érnorial;
les Grecs, à cette époque , avoient confervé l'ufage de compter par dbcaines.
Ils y trouvoient fans doute l'avantage de divifer leurs mois de 30 jours en
trois intervalles égaux. Ces intervalles s'appeloient le mois commençant , le
mois qui eji au milieu, le mois finijjant. On difoit le premier du mois com-
mençant, &c. jufqu'au dixième, & on recommençoir. Solon (c) chanr^ea
quelque chofe dans la dénomination des jours ; mais ils n'adoptèrent l'ufage
des femaines que fort [d] tard.
§• I X.
CotUMELLE (e), qui vivoit au commencement de l'ère chrétienne,
déclare que , quoiqu'il fâche qu'Hypparque a placé les points cardinaux au
premier degré des figues , & non au huitième , il fe conformera cependant ,
pour fes préceptes d'agriculture , aux faftes de Méton, d'Eudoxe & des an-
ciens aftronômes. Il y avoit donc réellement au tems de Columelle des
faftes ou des calendriers qui portoient le nom de Méton, mais il y eu
avoit aufîî qui portoient le nom d'Eudoxe, & nous ferons voir (/) que
les defcriptions de cet aftronôme appartenoient non à fon tems , mais à
celui de Chiron. Ainfi le pafTage de Columelle ne prouve rien de plus
en faveur de Méton que d'Eudoxe. En outre cette prétendue détermination
dçs colures , au huitième degré des fignes , fur laquelle Newton a bâti fa
chronologie, n'appartient pas à Meton.' Si on la prend en afcenfion droite ,
comme nous avons prouvé qu'on devoir le faire [g) elle remonte à l'an
789(^)5 à 20 ou ^c ans près , car il ne faut pas donner à ces calculs plus de
( a ) Lib. XXXIV , c. 6. {e) De re rufti^a.
(b) Lib. II, Sub. ir.itio. (/) Infru , Liv. IX, ^. 37.
(c) Plutarque, in Solon. ^. 18. {g) Supra, Liv. VI , §, n.
(û')DionCairias,K;rt.roin.L. XXXyiI. {k ) Ibidem, §. iz.
454 É C L A I R C I S S E M E N S
précifion qu'ils n'en comportent ; fi on la prend en longitude, elle remon-
tera beaucoup plus haut , & jufque vers 963. Méton a donc copié des ca-
lendriers plus anciens que lui , &c c'eft ce que n'auroit point fait un aftronôm.e
qui auroit fondé la découverte de fon cycle fur fes propres obfervationSjOU
du moins fur des connoiirances exades qu'il auroic trouvé établies dans fon
pays.
§. X.
Mais ce n'eft pas tout. Les levers & les couchers'des étoiles que Colu-
melle rapporte , d'après lesfaftes attribués à Méton, n'appartiennent pas non
plus au fiecle où vivoit cet aftronônie. Nous n'en citerons que deux exemples,
dans le nombre de ceux que M. Freret a recueillis {a}.
Columelle nous apprend {i) qu'atétuius fe levé 50 jours après firius.
Cette dernière étoile fe levé félon lui jo jours après le folftice d'été j donc le
lever d'arfturus tombe 80 jours après le folftice. Au tems de Colimielle ce
lever arrivoit au î.6° i 5' de la vierge, &c le t^^"'^ jour après le folftice. Donc
il mettoit le lev^r d'aréturus 8 ou 9 jours plutôt qu'il ne fe faifoit. Le calen-
drier de Méton , qu'il avoir copié , étoit conforme à ce qui arrivoit du tems
d'Héfiode , car fuivant le calcul de Kepler (c) , ardurus fêle voit au fiecle de
ce pccte , le foleil étant au 19° 50' de la vierge , 81 ou Si jours après le
folftice.
Le lever héliaque de la dernière des Pléiades au tems de Méton arrivoit
fuivant le P. Petau ( d) , au 24° 5 }' du taureau , ou le 5 ^eme jour après l'é-
quinoxe. Columelle le rapporte au 48^"^= , c'eft-à-dire , 8 jours plutôt j & la
preuve qu'il parle de cette étoile , c'eft qu'il dit formellement vergi/U tot£
apparent. Cette obfervation paroît antérieure au fiecle même d Héfiode.
§. X L
Il eft donc clair que le calendrier de Columelle , qui porte le nom de
Méton , eft relatif au tems d'Héfiode , ou peut-être à des tems plus reculés.
Il eft remarquable que Méton, fous le nom duquel étoient donnés ces faftes,
n'eft nommé qu'une feule fois, dans le calendrier qui eft dans l'uranologion
du P. Petau , à la faite de l'ouvrage de Gemlnus [e ). On lui attribue cette
( a ) Déf. de la Chronologie , pag. 479 , {c) Kepler, Epit. Aft. Cop. L. III^p. 357,
481. (,d) Vranol. -var. d'i£in.\.'iO,\\ , p. J()^
i^b)Di rc rufiica , Lib. IX , c, i -|. ( e ) Page 6j^.
ASTRONOMIQUES. 455
obrervation quefirius fe levoi: 15 jours après le folftice. Dans cette obfer-
vation , Méton s'éloignoit de l'état du ciel qui avoir lieu de fon tem^ : car
Kepler (.:) ayant calculé le tems du bver de firius dans la Grèce , pour le
fiecle d'Hippocrate , qui ell: le même que celui de Méton , trouve qu'il a du
arriver le 29^"" jour après le folftice : Méton le plaçoit donc quatre jours
trop tôt. Il ne l'avoit pas obfervé lui même , mais il rapportoit une obferva-
tion antérieure de trois à quatre fiecles. Calipae, dans le même (p) calendrier,
donne ce lever au 50="'^ jour , ce qui eft aifez exadt , parce que Calippj flo-
rilToit environ 100 ans après Méton Nous n'avons point eu delTein d'enle/er
à cetaftronôme la gloire donril a joui depuis 1000 ans , mais feulement de
la réduire à fes juftes bornes, &c de dire la vérité. La conjeflure que nous
avons formée lui en lailTe encore fuffifaniment, & l'application de !a période
chaldéenne au cycle de 19 ans eft aflez heureufe pour rendre Méton jufte-
ment célèbre.
§. X I L
EucTEMOM , Athénien , contemporain de Méton , qui l'aida dans plu-
fieurs obfervations aftronomiques, fuivant le témoignage de Ptolemée (c), eft
le pr.-mier des aftronômes grecs dont il nous foit refté quelqu'obfervation ,
autre que celles des leveis Se des couchers des étoiles. Ptolemée ( d) nous-
a confervé celle qu'il a faite , conjoiruementavec Méton , du folftice d'été,
le i7 juin de l'an 452 avant J. C. On peut croire même que c'eftla première
obfervation de ce genre qui ait été faite ; car à moins de fuppofer qu'on n'eût
perdu les plus anciennes , Hipparque & Pcolem.ée en auroient fait ufao-e
pour déterminer la longueur de l'année. On ne fait rien d'EuCtemon, finon
qu'il obferva non-feulement à Athènes , mais dans la Grèce & dans les Ci-
clades ( e ).
M. Freret(/) remarque que dans le calendrier de Geminus {g) , Eudlemon
& Calippe oat placé les quatre point»; cardinaux au jour même de l'entrée
du foleil dans les figiies ; ce qui étoit aflez exactement vrai de l'entrée du
foleildins les confte''a!:;ons, eu égard à leur lo.igitudj dans l'écliptique au
tems d Euctemon & dt Ca.lippe ; voilà des obf;.rvaribns qui paroifTent bonnes^
on pei t croire quEiurtemon c mnoilToic l'frr.t du ciel ; cer^e idaiit àxns le
( a ) Kej.icr, £f>ico/ju AÙroa. Copcraic ( a ) laldem,
Lib. III, pag. 397. (e) Vjidler, pag. ici.
(è) l'acre 64. (/) Dcfenfe de la Chronologie, p. 4^4.
(^c) Almag. Lib, III, ci. (g) Uranoi. pag. 6^ & fuiv,^
45^ É C L A ï R C I s s E M E N S
mânï calendrier il y a beaucoup d'obfervations qai lui font attiibuces, &
qui ne lui appartiennent pas plus que celle qui elT: atcribuce à Métoii , n'ap-
partient à cet aftronôme.
§. XIII.
En voici la preuve. Geminus dit , d'après Euclemon , que le coucher des
pléiades arrive le matin lorfque le foleil eft au 5° de la balance , fuivant
Eudemon , & au 1 9 , fuivant Eudoxe. Le P. Petau ( ^ ) a calculé que les
pléiades fe couchoient le matin pour le climat de la Grèce au rems d'Hé-
fiûde , lorfque le foleil étoit dans le 10° de la balance , au tems de Thaïes
lorfqu'il étoit dans le 16°; enfin .au tems de Mcton & d'Eudtemon lorfqu'il
étoit dans le 19° de la même conftellation. C'eft donc au tems d'Héfiode
que fe rapporte l'obfervation d'Eudoxe j mais celle d'Euttemon remonte plus
haut , &c atteint oupafle peut-être le fiecle de la guerre de Troye.
Geminus (A) nous apprend encore que le coucher des pléiades fe faifoitle
foir, félon Eudemon dans le 10° du beUer , de félon Eudoxe Se Dcmocrite
dans le 13°. Le P. Petau (c) trouve par le calcul que le premier de ces
couchers répond au fiecle de Thaïes , & le fécond au fiecle de Méton. L'ob-
fervation de Démocrite étoit donc exacte , puifqu'étant à-peu-près contem-
porain de Mcton , elle répond réellement aux apparences du ciel. Il feroità
fouhaiter que l'on calculât tous les levers &c couchers héliaques des étoiles
qui font rapportés dans les anciens calendriers , en fuppofant différentes la-
titudes comme celles de Thebes ou de Memphis en Egypte , de Babylone ,
ôcc. , afin de .déterminer dans quel fiecle Se dans quel pays ces obfervations
ont été taites.
§. XIV.
XENOTHANEsa eufeigué la pluralité des mondes ( </) ; opinion qui lui
eft commune avec Démocrite , & avec plufieurs autres philofophes grecs.
Mais quant à la pluralité des foleils , on ne peut psnfer qu'il regardât les
étoiles comme des foleils, & il y a lieu de croire que ne pouvant imaginer
que le même aftre éclairât toute la terre, & ne croyant pas qu'il pût faire
nuit fur une partie , & jour fur l'autre , il a multiplié les foleils pour que
chaque climat pût être éclairé en mêrae tems. A-peu-p'-è' comme Virgile
( a ) Ur^nol. var. dijfen. p. p8. ( c ) Loco citato.
{b) Gemiaus, c. 16. {d) Stobce , pag. jt.
donne
A s T II O N O M I Q tJ E s. 457
donne un folell Se des étoiles aux champs élifces ( a ) ^ c'efl: ce qui nous piioîc
clair pai- un partage de Plurarque (A). « Xenophanes tient qu'il y a plufieurs
>i foleils , Se plufieurs lunes , félon la diveiTitc des climats de la terre ; & à
» quelque révolution de teriis le rond du foleil vient à donner en quelqu'ap-
5> partementdela terre qui n'eft pas habité , Se qu'ainfi marchant par un pays
3> vide , il vient à foufFiir cclipfe ». Y a-t-il rien de h ridicule que cette
opinion fur les éclipfes ? Mais on n'eft pas bien sûr fi Tineprie de ce raifon-
nement appartient à Thiftorien ou au philofophe. On entrevoit feulement
que celui ci créa plufieurs foleils , à caufe de la diverfité des climats de la terre j
les étoiles n'y font pour rien.
§. X V.
Parmenides , quoique difciple de Xenophanes, paroît avoir pris des
leçons d'Anaximandre. On lui fait honneur, ainfi qu'à Pythagare, d'avoir dit
le premier que lucifer & hefper, c'eft-à-dire , l'étoile du matin & celle du
foir, éioient le même aftre j mais Diogenes-Laerce ne dit point s'il fut que
c'étoit venus. Son maître Anaximandre lui donna fans doute quelque con-
noiiïance de la géographie Se des cartes qu'il avoir inventées , car Parmenides
divifa la terra en zones ( c). On rie dit point s'il en avoit établi fix , comme
Pûfidonius Se Polybe qui partageoient la zone torride en deux , ou s'il n'en
fit que cinq , comme l'a fait depuis Eratofthenes j Se comme nous le faifons
aujourd'hui.
§. X V I.
L E u CI p E eft l'auteur de la philofophie corpufculaire , ou des atomes , du
moins dans la Grèce , Strabon croit qu'elle venoit de Phénicie , Se que Mof-
chus en étVn le véritable inventeur [d] j on en p3Ut cependant douter. C'eft:
d'après Pon Jonius que Strabon en attribue l'invention à Mofchu?. Bayle re-
marque que Strabon rapporte le fenriment de Pofidonius, avec une certaine
défiance qui ne lui eft pas ordinaire j Se il préfume que le philofophe Stoïcien
aurait pu être atteint de la maladie, commune à tous les fiecles , de dépouiller
les gensquinefonrpasdenotreparti, pour enrichir les anciens Se les étrangers
à qui l'on ne porte point d'envie (e). Quoi qu'il en folt , Leucipe établllToir
que le monde avoit été formé par une infinité d'atomes de toutes fortes de
(a) Virgule , j£ )side , Lib. VI, v. 654. ( a) Strabon, Lib. XVI , p. 757.
(o) Opm. des Philof. Lib. II, c, 14. Sex:;is Emp:r:;us, aàv. Mdtkcm.
( c ) Achilks Tatius , c. 3 1. ( «■ ) gayk 3 ait. Leucipe , renj. Ai
M ni Ut
5^5» ÉCtAIRCISSÇMENS
ligures, qui s'étant rencontrés dans le vide de l'efpace , & accrocliés en-
iemble , formèrent des tourbillons. Le mouvement des tourbillons agitant
en tout fens , & heurtant toutes les parties de la matière les un;s contre les
autres , en fit la féparation. Les plus légères s'élevèrent à la circonférence ,
^ les plus pefantes s'approchèrent du centre , où leur amas forma des con-
crétions fphéiiques , qui font les planètes. Il difoit que le foleil étoit de tous
les aftres le plus éloigné , & la lune la plus proche de la terre ^ que la rapidité
du mouvement du tourbillon avoir enflammé tous les aftres , il entendoit
apparemment les étoiles j que ce feu s'étoit communiqué au foleil ,' auquel
la lune en avoit dérobé une partie. Selon lui les éclipfes de lune & de foleil
naifToient de ce que la terre penche vers le midi. On rend mal l'idée du
philofophe, ou il ne s'entendoit pas lui-même. Il ajoutoit que fi les éclipfes
de lune font plus fréquentes que celles du foleil , il en faut chercher la caufe
dans la différence de leurs orbites {a). Tout ceci n'eft pas clair j mais nous
ne tenterons point de l'expliquer, car il faut fe garder d'expliquer ce qu'on
n'entend pas.
§. XVII.
Dans le cycle de 81 ans deDémocritc on Intercaloit iS fois , d'où Sca-
iiger a conclu qu'il faifoit l'année folaire de 5^5' î-, & l'année lunaire de
355' (^ ) ) niais le calcul de Scaliger manque des données nécefiaires : car on
nous dit bien que ce cycle étoit de 8i ans , mais on ne nous dit point com-
îiient les mois de cette année étoient arrangés, & de combien de jours ils
étoient compofés. Ainfi on n'en peut rien conclure. 11 refte à expliquer com-
ment Démocrite a ofé propofer ce cycle après le fuccès éclatant du cycle de
Méton , ou comment il a pu le propofer avant , étant fon contemporain , Sc
n'ayant peut-être que 24 ans lors de l'établiflement du cycle d'or.
§. XVIII.
Dans les calendriers de Geminus & de Ptolemée , on trouve plufieurs
bbfervations du lever & du coucher des étoiles fous le nom de Démocrite j
mais il faudroit employer le calcul pour décider fi elles appartiennent au
tems de Démocrite, ou fi , comme tant d'autres , il avoit feulement recueilli
quelques-unes de celles qui avoient été faites avant lui. Nous en avons cité
«ne (c) qui porte fon nom , &c qui eft réellement de fon tems.
( 1 ) Laerce. {h) De Emend. tcmp. Lib. II, p. léo.
Plutavç^ue, Opin. des Philof. L. I c. 4, [c) Suvrà , Éclaire. Lib. VII, §.13.
Astronomiques. 45
>
LIVRE HUITIEME.
De Platon j d'EudoxCj ù des Philofophes qui les ont fulvis.
§. Premier.
i.^' ou s avons die que Platon avoir changé de fenciment dans fa vieillefre.
Se placé le foleil au centre du monde. C'eft d'après le témoignage de Plu-
tarque , dont voici le paflage [a) dans le François d'Amiot. <' L'on tient que
j> Numa , qui fit bâtir le temple rond de la déelTe Vefta, auquel eft gardé le
» feu éternel , voulant repréfenter, non la terre que l'on dit Vefta, mais la
j» figure du monde univerfel , au milieu duquel les Pythagoriciens veulent
» que ce foit le fiége & le féjour propre du feu, lequel ils appellent Vefta
» &.' difent être l'unité -, car il ne tient point que la ivrre foit immobile , ni
» fituée au milieu du monde , ni que le ciel tourne à. l'environ , ams au
" contraire , difent qu elle eft fufpendue à l'entour du feu comme du centre
)> du monde , & fi ne veulent point que ce foit l'une des premières & prin-
>» cipales parties de l'univers. Laquelle opinion l'on dit que Platon même
:> tint en fa vieillelTe , que la terre étoit en autre place que celle du milieu,
« & que le centre du monde , comme le plus honorable fiége , appartenoit
» à quelque autre plus digne fubftance. »
Un autre pafiage de Plutarque peut faire croire que Platon ne regardoir
pas la terre comme immobile.
" Comment eft-ce que Timeus dit que les âmes font femées parmi la
5» terre , parmi la lune , &: parmi les autres injlrumens du tems ? Eft-ce poni
•>■> ce qu'il avoit opinion que la terre fe remuoic auffi bien comme le foleil
« & la lune & les autres cinq planètes, qu'il appelle inftrumens du tems à
>j caufe de leurs converfions j & tenoit qu'il ne falloir pas imaginer, ne
3> fabriquîr la terre comme fi elle fût ferme & immobile fur l'effieu qui
» paffe à travers tout le monde , ains l'imagine mouvante & tournante à
» l'entour {de cet ejfieu fans doute) , comme depuis Ariftarque & Seleucus
( û ) Plutarque , in Numa.
M m m il
^fSo ÉCLAIRCISSEMENT
,i l'ont démontré : l'un en le fiippofant feulement , l'autre en l'affirmant à
î» certes. Outre que Théophrafte écrit que Platon , fur C.i vieillelîe , fe
j> repentit d'ayoir donné à la terre le milieu du monde , place qui ne lui
»•> étoit pas convenable (a). » i°. Le témoignage de Théophrafte nous
apprend que Platon ne croyoit pas que la terre fût au centre du monde.
1°. Les paroles de Timée , ou de Platon lui-même , qui range la terre au
nombre des inftrumens du tems , prouvent que Platon croyoit qu'elle avoit
un mouvement j mais ce mouvement étoit-il diurne ou annuel ? C'eft ce que
nous ne pouvons décider.
Timée, en regardant la terre comme im inftrument du tems, déclare
qu'elle a au moins un mouvement, un mouvement autour d'un effieu. C'eft
bien le mouvement diurne. Mais en difant que la terre fe remue comme le
foleil , la lune & les cinq planètes , a-t-il voulu dire que la terre tournoie
comme elles autour du centre du monde ? Alors , comment concevo!t-il que
le foleil qui y étoit placé , avoit un mouvement ? Ces paroles font obfcures j
elles le paroilfoient déjà du tems de Ciceron {è) j nous ne hafarderons pas de
rien décider de plus. Nous nous fommes viermis cette difcuflion , parce qu'il
feroit intéreffant de ^j-voir ce qu'un homme de génie comme Platon, pen-
foit lut une auffi grande queftion que celle du mouvement de la terre^
■ §. I I.
Nous avons dît que dans les mouvemens qu'Èudoxe âttribuoit au foleil,
il y en avoit un qui pouvoit faire croire que cet aftronôme avoit eu con-
noifTance de la diminluion de l'obliquité de l'écliptique. Voici le palTage de
Simplicius fur lequel nous nous fondons.' ( ^o/) tertio motu fuper eum {clr-
culum) qui per média animalia adlatera defluxus (c).
Quant au mouvement des nu:uds de la lune, voici les palTages de Simpli-'
dus, où il rapporte les opinions & les hypothefes d'Eudoxe. Suppofuit ter^
tiam [fphiîram ) autem propterea quod nuliibi eifdem. punclis "[odiaci borealijji-
ma aut auflralijjima videtur facla , fed tranfgreditur talia puncîa animalium
fimper ad pracedentia [ d ).
Plus haut il a dit que cette fphere tourne clrca axem ad reclum ad planum
(irculi qui intelligitur utique à centra luntt defcriptus j indinatus ad eum qui
il) Plutarque, Qui.fi. plat. 8. ( c) Simplicius, de ccùo , Comment. ^i>
iO Q^I/7. A(a4, IV, )y. {d) Ibiacrtu
ASTRONOMIQUES. ^6i
per médium animalium tantum ejl , quantum plurima fccundùmlaùcudinem lun»
fcceffiafit.
§. III.
On pourrcit croire qu'Eiuloxe ctoir obiervatear. Pétrone (ij) dit fîgurc-
ment qu'il avoit vieilli fur le fommet d'une nio'na^ne élevée, où II étudioit
le cours des aftres. On voyoit encore à Cnide du tems de Strabon {b^ l'ob-
fervatoire dEudoxe , d'où il obfervoit l'étoile canope qui brille dans la
conftellation du navire , ou plutôt la conftellation même : car l'étoile canope
la plus auftrale du navire , ne devoir pas être ailémenr apperçue à Cnide \ elle
ne s'élevoit pas aflez fur l'horifon pour fe dégager des vapeurs (c) • au lieu
que la conftellation s'y élevoit prefque en entier. II eft naturel de croire
que les Egyptiens pouvoient nommer quelquefois le navire par l'étoile qui
s'y faifoit le plus diftinguer. Les Grecs, leurs difciples, auront employé
comme eux cette dénomination.
§. I V.
Cependant malgré les témoignages que nous venons de réunir, quoi-
qu'il y ait des obfervations d'Eudoxe rapportées dans les ditférens calendriers
qui nous reftent de l'antiquité , nous ne croyons "pas qu'Eudoxe fut obfer-
vateur , & nous puifons ce doute dans les ouvrages même d'Eudoxe.
Si Eudoxe avoit été obfervateur , comment ne fe feroit-il pas apperçu
que la fphere qu'il décrit , n'étoit pas celle qui avoit lieu de fon tems [d). Les
points folfticiaux -qu'il place au 15° des fîgnes (e), étoient alors environ au
j°. Dans le calendrier de Gemlnus (/) on trouve encore qu'Eudoxe pla-
çoit l'Equinoxe du printems au (>° du bélier , & le folftice d'hiver au 4° du
capricorne. Au tems d'Eudoxe, les conftellations répondoienr exactement
aux fignes par leur longitude. L'obfervation dont il s'agit ici concerne l'af-
cenfion droite j mais elle a eu lieu (Î04 avant J. C. comme nous l'avons
fait voir (o). Ainfi ce qu'Eudoxe établilToitétoitfaux de fon tems, quant à la
longitude & quant à l'afcenfion droite. Il eft donc certain qu'il n'y a rien
de lui dans cet ouvrage , & qu'il n'a fait que publier la defcription de la,
fphere qui avoit été apportée dans la Grèce du tems de Cliiron ou de Mufée.
(û) laSatyrico, p. 15. s'clever fur l'horifon que d'environ 1'.
( i ) Géog. Lib. II , p. irp. ( i^ ) Sufrà^ Éclaire. Liv. VI, §. 4. & ir,
(c) Cnide étoit par 56" zo' de latirude bo- ( f ) Hyp. Com. fur Aratus, L. II, p. iit-^
rtale ; rétoile canope a environ ji" de dé- (/) Vranolog. pag. 67, 69.
diaailbn auitrale ; elle ne pouvoic donc (^} i'^^rràj Éclaire. Liv. YI, §. n.-
46i É C L A I R C I s s E M E N s
Vers le rems d'Eudoxe, c'eft-à-dire, vers 372 avanr J. C. , on vir dans
la Grèce , pendaiir pliifieiirs nuits de fuite , une grande comète qui étoit
alFez lumineufe pour faire des ombres comme la lune. Les philofophes
grecs, fuivant Diodore de Sicile, difoient que ces phénomènes avoientdes
retours réglés, Se que les aftronômes de Babylone lavoient les prédire {a).
Ce pafTage indique clairement lafource des idées philofphiques des Grecs.
Ils avoient tout puifc à Babylone , c'eft-à-dire , en Afie.
§. V.
Parmi les ouvrages qui nous reftent d'Ariftote , il y en a trois , les livres
de Mando , de Cœlo y de Meteorologicis , dans lefquels plufieurs chofes appar-
tiennent à Tartronomie. On doute que lelivre t/e^Wi^/2</ofoitdelui. (/>). Ariftote
regarde le mouvement du ciel comme éternel; le ciel lui- même eft incorruptible
& immuable (c) ; chaque planète a une intelligence immortelle qui préfide à
fa marche [d). II établit que toutes leurs révolutions font homocentriques ,
parce qu'il penfoit que toutes chofes dévoient fe mouvoir autour du cenrre
de l'univers. Il s'obftina à conferver l'hypothefe des fpheres concentriques ,
quoiqu'il eût reconnu que les planètes n'étant pas toujours de la même gran-
deur , on en devoir inférer qu'elles n'étoient pas toujours à la même dif-
rance {e). Mais nous ignorons fur quel fondemenr M. Veidler dit qu'Ariftote
rejeta les excentriques d'Eudoxe , car nous ne favons ce que c'eft que les ex-
centriques d'Eudoxe, & nous ne trouvons rien , dans Ariftote ni dans Sim--
plicius , qui puifTe y avoir donné lieu. Les Pythagoriciens font les feuls dans
l'antiquité qui , en étabUlfanc le mouvement de la terre , ont pu pafTer pour
admettre le fyftême des excentriques. Simplicius le dit formellement.
Ariftote naquit la première année de la 59™^ olympiade, Se il mourut la
troifieme de la 1 14"^^, âgé de 6} ans.
§. V L
Dans la fede ftoïque , nous Trouverons d'abord Zenon qui en fut le
fondateur. Il penfoit, comme tous les anciens, que les étoiles fixes étoient
entraînées par le mouvement général du ciel (/) , tandis que les planètes
( a ) Diodore , Lib. XV , §. 1 5. ( a ) De Mct^phyf. Lib. XII , c. 7.
( b ) Bouillaud , de vero fyftemate mundi , (e) Simplicius , de exlo , Lib. II , Coiu-
pag. 4. ment. 46.
(c) Decxlo, Lib. II, c, 6, (/) Laerce.
ASTRONOMIQUES. -j^g^
avoierjt un mouvemeiu qui leur étoit propre [a). Le foleil étoir , félon lui, un
feu pur , d'un diamètre plus grand que la terre. C'eft pourquoi il rem.irque
avec beaucoup de julleire que l'ombre de la terre a une fiç^ure conique (h).
Cette remarque fuffit, & il eft inutile d'ajouter qu'il connut la caufe des
tclipfes.
Il paroîtrùit que Zenon avoir remarque, ou du moins connu l'inclinaifon
de l'orbite de la lune à l'égard de l'écliptique : car il difoit que fa latitude la
portoit tintôt au nord, tantôt au fud. Lackudinejuâ modo ai aujirakm, modo
ad feptentrionckm vergit pLigam. Movetur ejus lar.ltudo per ea qut média funt
in liera & fcorpione & ariete & tauro (c). Il fembleroit même que par cette
dernière phrafe il voulût indiquer quelque poluion des nœuds de la lune , ou
bien les fignes de l'écliptique où fe trouvoient de fon tems les plus grandes
latitudes.
§. VII.
E p I Cl? R E , ce philofophe fi fameux , n'avoit , dit-on , fur les aftres que
des opinions trcs-abfurdes , opinions que Lucrèce a confervées dans fon
poème. Il a été vivement cenfuré par Clcomede (i). Epicure penfoit encore,
comme les premiers hommes qui ont vu le foleil & la lune , que ces aftres
ne font pas plus grands qu'ils ne nous le paroilTent.
2iec nimio folis major rota , nec minor ardor
"EJfc pote fi, noftris quam fcr.fihus ejfc vldetur.
Lunaque five notko fertur loca lumlne luftrans ,
' Sive fuam proprio jaSat de corpore lucem ,
Quidquid id eft , nihilo fertur majore figura ,
Quam qui ocuiis nofiris , quam cernimus efie , videtur (e).
Il feroit encore plus étonnant que ces idées fufTent du tems de Lucrèce ,
il l'eft déjà beaucoup que Lucrèce les ait adoptées. On ajoute qu'Epicure
croyoit que le foleil s'allumoit le matin , & s'éteignoit le foir dans les eaux
de l'océan (/). Epicure , poftérieur à Platon & à Eudoxe , étoit refté dans
la première enfance de raftronomie. On fait que c'eft: lui qui a confervé Se
rendu célèbre le fyftème des arômes de Leucipe & de Dimocrite.
(a) Srobée. (d) De Mundo , Lib. II, p. i.
{ i ) Laerce. ( e ) Lucrct. de rerum nat. Lib. V, V. J 6j,
Veidier, p. io6. 575.
( c ) Stobée. . (/) Vortius, de fe^is pkil. c. 8 , §. 14.
4^4 Ë C L A I R C I S S E M EN S
§. VIII.
Philippe Medmsus , ne à Medeme , ville de Calabre , fut difciple as
Platon. Il obferva dans la Locride' & dans le Peloponefe (12). Il y a apparence
qu'il avoit dreffé un calendiier pour (on tems j il eft certain du moins qu'il
efl: cite par Hipparque, Genùnus & Ptolémée [b). On peut croire nicme
qu'il avoit indiqué particulièrement les changemens des faifons , & les intem-
péries de l'air qui accompagnoient les levers & les couchers des étoiles (c).
§. I X.
Hipparque dit {d) que Philippe, ainfi qu'Eudoxe, avoit établi que la
partie du tropique qui eft au-defTus de l'horifon , eft à celle qui eft au deflous ,
dans le rapport de 12 à 7. Ce rapport fuppofe que la longueur du plus long
jour d'été étoit de 15'^ 9', ce qui ne convient qu'à une latitude de 41", &C
non à une latitude de 37 ou 38° comme celle de la Locride & du Pelopo-
nefe , où le plus long jour ne pouvoir être que d'environ 14'' 40'. D'où il
paroîtroit s'enfuivre que ces deux aftronômes ont fait l'obfervation fous le
parallèle de 41°, fi l'on pouvoir penfer qu'elle a été faite avec exaétitude ,
c'eft-à-dire , qu'ils aient eu des moyens de mefurer d'une manière précife
l'intervalle du lever du foleil à fon coucher. Mais les clepfidres , quoique
plus anciennes en Egypte , n'étoient pas à peine connues dans la Grèce ; on
voit que Platon palfoit pour en être l'inventeur. Il eft difficile de croire que
l'ufage en fut fort étendu, &: il eft encore plus douteux qu'elles fuftent affez
exades pour mefurer la longueur d'un jour. Les cadrans folaires n'étoient
pas plus propres à cette mefure ; parce qu'ils ne marquent pas bien aux en-
virons du lever ôC du coucher du foleil. C'eft fans doute pour n'avoir em-
ployé que l'un de ces moyens , que les deux aftronômes fe font trompés
d'une demi-heure fur la durée du plus long jour , 5c par conféquenr d.ans la
proportion qu'ils ont allignée. La durée du jour de 14^ 40' leur auroit donné
ia proportion de 11 à 7 , & non pas celle de 1 1 à 7.
pline remarque que Philippe a été d'accord avec un grand nombre d'aftro-
nômes, tels que Dofithée, Dcmocrite , Eudoxe , &c. à fixer le lever de la
chèvre au 4""-* des calendes d'Ocliobre, c'eft-à-dire, au 18 Septembre (c).
{a) Ptolémée , de afpareraiis , p. 93. (d) Comment, fur Aratus , Lib. I. §. j.
( i ) V. les anciens calendtiers , in Unzn. ( c ) Pline , Lib. XYIH , p.ig. 3 1 .
( c j Ptolémée , ibidem, pa;j. 71, 73. VciJkr, p. m.
11
ASTRONOMIQUES. 4^5
Il faut obferver que c'eft par erreur fi Pline & Veùller ont marqué ce lever
au matin , c'eft le lever achronique ou du foir dont il doit erre ici queftion.
Ecienne de Byfance (a) rapporte que Philippe avoir compofé un ouvra<Te
fur les vents. Vûflîus {/>) conjecShire avec affcz de vraifemblance qu'il y prc-
difoit les vents par l'ctat du ciel, c'eft à-dire, par les levers & les couchera
des étoiles.
§. X.
CALiprE , dont nous avons parlé à l'occafion de la période qui porte fou
nom, obferva aux environs de rHellefpont les apparences, c'eft-à-dire, les
levers & les couchers des étoiles , comme on le voit p'ar les calendriers de
Geminus & de Ptolémée (c). 11 étoit difciple de Polemarque, & ils allèrent
enfemble conférer avec Ariftote fur les hypothefes & les fpheres d'Eudoxe,
auxquelles ils firent quelques correélions. Nous en avons p^rlé plus haut [d).
La période de Calippe. de 76 ans répond précifément au cycle limaire
combiné avec les années juliennes : car y^î de ces années forment une pé-
riode calippique , & l'anricipaàon de la lune eft la même dans i'un & dans
l'autre calendrier.
§. XI.
AuToticus de Pitanée dans l'Eolie , aujourd'hui les îles de Lipari, fuC
en réputation vers la 1 10™* olympiade , c'eft-à-dire l'an 336 avant J. C. (c)
Il paroîr, par unpalfage deSimplicius (/), qu'il fit quelques fuppofuions pour
expliquer les mouvemens des aftres, ou qu'il ajouta quelque chofe aux
théories d'Eudoxe. Il nous refte de lui deux ouvrages , l'un intitulé : de la.
fphere en mouvement ^ l'autre , du lever & du coucher des étoiles fixes.
§. XII.
E u D E M E de Rhodes , difciple d'Ariftote , paroîr s'être appliqué particu-
lièrement à l'Aflronomie. On fait qu'il avoir prédit une éclipfe (5 ) ; c'étoic
alors une preuve d'habileté dans ce genre. Eudeme avoir fait une hiftoire de
l'Aftronomle que nous regrertons , quoique nous ayons lieu de croire que
cette hiftoire n'étoit qu'un abrégé (A ). Le paffage que nous tranfcrirons plus
{a) Dans Ton DicV. au mor Mî^V», {f)S\m-(Y\c\MS,L.\l,decœlo:,Comm..^6,
{b) De fcient. Mathemat. p. 5 53» {g) Ibidem.
( c ) 7/2 V ranologion. (A ) Simplicius , en parlant de cet Hifto-
(if) Supra , Liv. IX , §. 8. rien, dit plulîeurs fois : Euaimus brcviter
le) Diogencs-Laerce , Lib. IV , p- î?. narrayit , &c, de cœlo ^ L. II , Comm. 46.
N n n
4^<f ÉCLAIRCISSEMENS
bas n'en donne pas une grande idée. Il avoic auffi fait une Iiiftoire de la géo-
inétrie {a) j elle eft également perdue. On croit que Proclus en a confervé
beaucoup de chofes dans fes commenraires fur le premier livre d'Euclide [b).
Voici le partage de riiiftoire de rAfbronomie d'Eudeme que l'évtque A na-
tolius (c) nous a confervé , & que Fabricius a inféré dans fa bibliodieque
grecque {d).
j5 Qui eft-ce qui a fait des découvertes dans les mathématiques ?Eudeme
>j raconte dans fon aftrologie qu'(Snopides trouva le premier la bande du
s> zodiaque & la durée de la grande année. Thaïes trouva les périodes des
i> écllpfes , qui n'arrivent pas toujours à des intervalles égaux. Anaximandre
» trouva que la terre eft un météore , & fe meut autour du centre du
» monde y Anaximenes , que la lune eft éclairée par le foleil , Se qu'elle s'é-
)> clipfe quand cette lumière lui manque. Les autres y ont aiouté d'autres
>j découvertes. Les étoiles fixes fe meuvent à l'entour de l'axe qui va
)5 d'un pôle à l'autre , les planètes p.utour de l'axe qui eft perpendiculaire
» au zodiaque. Ces deux axes des étoiles & des planètes font éloignés en-,
j> tr'eux de la 1 5^"^' partie d'un cercle , ou de 14 parties («) ».
Si l'hiftoire d'Eudeme étoit de ce goût, elle étoit fort mal digérée. Il rap-
porte dans quelques lignes les progrès de l'Artronomie grecque depuis Thaïes
iufqu'à fon tems. On peut croire à la vérité que ce paflage n'eft qu'une réca-
pitulation , un fommaire. Mais les découvertes font- elles bien attribuées à
leurs véritables auteurs ? Quelle apparence, pour ne pas difcuter tout le refte ,
que celui qui a connu l^s périodes des retours des écllpfes , en ait ignoré la
caufe ? Cette invention , ou du moins cette connoiirance a donc appartenu
primitivement à Thaïes , & enfuite à Anaximenes. Il faut convenir que
l'hiftoire des progrès d'une fcience devoir être bien difficile à faire dans un
tems où les livres étoient rares ; il falloir entendre les auteurs mêmes des
découvertes , ou écrire fur des oui-dire. Nous avons rapporté ce morceau à
caufe de fon antiquité , Se comme appartenant à l'hiftoire de l'Aftronomie.
§. X I I L
Apollonius-Mindien & Epigenes furent des aftronômes furlefquels les
(a) Commentarium Eutocii in Arcki- bus hiftorit, pkiiofopk. Lib. I , c. 15.
mcd. Dimenf. cîrcul. Wallis , Tome III , {c) Evcque de Laodicce dans \i V lîecle.
pag. 547. {d) Lib. III , c. 11 , pag. 17S.
( ô ) Diogenes-Lacrce , in Vita Thalctis. ( c ) Le paflage grec orij^inal j fc trouve
foye:^ auffi Jo. Jonfius , de Scriptori- aufli dans Ycidler, p. iij.
ASTRONOMIQUES. 4(^7
hifloricns ne nous on: lallfc aucun dctail. Scneque les cite avec cloge [a). Il
die qu'ils avoient appris l'AiIronomie des Chaldcens , Se il dit en particulier
d'Apollonius qu'il étoic très-habile dans l'art d'obferver les phénomènes de
la nature. Scneque rapporte d'après eu:i les opinions des Chaldéens fur la
nature -des conietes j opinions que nous avons données dans l'Aftronomie
des Chaldéens {t). Pline (c) cite Epigenes comme un auteur grave , en difant
qu'il avoit trouvé à Eabylone une fuite d'obfervations gravées fur des briques
faites pendant yzo ans, c'eft-à-dire, pendant yzoooo anaécs, fuivant la vé-
ritable leçon de i-line. Voilà tout ce qu'on en fait ; on ignore en quel tems
ils ont vécu l'un &c l'autre. Comme Séneque les cite enfemble , on les a cru
du même fiecle ; ce qui ne nous paroît pas une conclufion bien certaine.
Flamileed place Epigenes {d) au nombre des aRronômes du premier fiecle
de l'ère chrétienne : mais les preuves ne font pas fuffifantes. M. Giberc
penfoit qu'Epigenes avoit vécu fous Ptolemée Philadelphe , & par le calcul
que nous avons rapporté ( e ) , calcul qui eft très-probable , on peut croire qu'il
a vécu 60 ans environ après la prife de Babylone par Alexandre , & par con-
féquent 2.6} ans avant J. C.
y. XIV.
M. Veildcr fait mention de plufieurs aftronômes defquels on ne connoîc
gueres que les noms. Nous les placerons comme lui à cette époque , c'eft-à-
dire , vers 1 ou 3 fiecles avant J. C. Aphrodifius qui faifoit l'année folaire de
5*^5' 3" (/)• Charimander qui avoit compoféun ouvrage fur les comètes, où
il en cite une , qui ayant la forme d'une longue poutre , brilla plufieurs jours ,
Se fut vue par Anaxagore {g). On défignoit alors les comètes à longue
queue , par la forme d'une poutre. Artémidore qui eft cité par Séneque {h). Le
philofophe rapporte d'après l'aftronôme que les cinq planètes ne font pas les
feules étoiles qui ayent du mouvement , mais les feules qui ayent été ob-
fervées ; qu'il y en avoit un grand nombre qui nous écoient inconnues, ou pat
le peu d'intenfité de leur lumière , ou parce que leur orbite étoit tellement
placée qu'elles ne pouvoient être vifibles que lorqu'elles fe trouvoient dans
l'extrémité de cette orbite. D'où il arrive que des étoiles , nouvelles pour
( a ) Quift. nat. Lib. VII, c. 3. ( e ) Supra , Éclair. Llv. IV, §. 11.
(i) Sz/^rà , Éclair. Liv. IV, §. 43. (/) Cciiforin, c.jis.
(c)Lib. II, c. y6. (^ ) Sencc. Qu*^. rnjr. VII , c. j.
( </ ) Flamftecdj in proleg. hijl. c«l. p. (f. \k) Idem , c, 15.
Nn n
4(îS ÉCLAIRCISSEMENS
nous , paroiiïent fe mouvoir à travers les étoiles fixes , & bt iller d'uiie lu-*
miere plus grande que les étoiles mêmes. Ce feroit abfoUiment la même
opinion qu'Apollonius - Mindien avoit puifée chez les Chaldéens , fi l'on
pouvoit croire qu'Artemidore parloir des comètes 5 mais il paroît par le
piiïage de Séneque que cet aftronôme , pour favorifer l'opinion de quelques
anciens qui faifoient naîtte les comètes de la rencontre de deux planètes ,
fuppofoit que le nombre des planètes étoit beaucoup plus grand qu'on ne
pcnfoit, qu'il y en avoit d'invifibles qui nous fon: cachées dans la plus longue
partie de leurs cours. Cela relfemble beaucoup aux comètes , & il eût cte
beaucoup plus fimple de leur appliquer cette idée , que de créer exprès des
planètes chimériques pour les produire.
L'objet d'Artémidore étoit de répondre à ceux qui difoient que les co-
mètes n'étoient pas produites par la rencontre des planètes , puifque le
nombre de ces planètes ne fuffiroit pas aux apparitions fréquentes des co-
mètes , puifque d'ailleurs toures les planètes onr été vues , &: dans des
parties du ciel fort éloignées , dans le tems même de l'apparition d'une co-
mète. Séneque fe mocque avec raifon de la phyfique d'Artémidore qui fa-
briquoit les cieux d'atomes raflemblés , & durcis en forme de tou. 11 y
faifoir des fenêtres par où le feu extérieur fe répandoit fur la terre.
M. Veidler (a) parle encore a'un certain Hélicon auquel Suidas (/■) attribue
deux ouvrages , l'un des figues des changemens de tems , & l'autre intitulé
Arrêtés Dyrrachinus , cité par Cenforin , ne fut connu que pour avoir
établi la grande année de 5551 ans (c).
§. X V,
Nous allons réunir ici les grandes années dont les anciens auteurs ont
fait mention, en omettant celles des Chaldéens & des Grecs dont nous avons
fufl-ifamment p.irlé. Cenforin (d) cite la grnnde année d'Ariftarque de 2484
ans. Nous croyons avoir deviné l'objet de cette grande année , nous dirons
nos conjedures à cet égard dans la première partie de notre hiftoire mo-
derne de l'Aftronomie. Nous n'avons pu deviner quelles écoient les révolu-
tions contenues dans la grande année dArretès Dyrrachinus de 5552 ans.
{u) Pag. 118. (t) CcuCoriii, c. iS.
( ^ ) Au moi Hdicon, ^u) liidcm.
ASTRONOMIQUES. ^60
Celle d'Heraclite Se de Liiius de 1 0800 ans ( a ) paroît évidemment un mul-
tiple de la période orientale de 3600 ans. On cire la grande année d'Orphée
de 910 ou de 1 10 ans ( i) : cette dernière eft la période de l'intercalacioii
des Perfesjcelle de Dion de 99S4 (c), enfin celle de Cafïlrndrede ^6oco3.ns.
Cenforin ajoute que d'autres ont penfc que cette grande année étoit infinie ,
& ne revenoit jamais. Ainfi dès-lors on foupçonnoit l'incommenfurabilitc
des mouvcmens céleftes.
Plutarque [a] cite une grande année de Diogenes de 5(^5 ans, qui eft évi-
demment la même que celle d'Aphrodifuis de 5^5 ans 3 mois.Saumaifs (e) a.
fûupçonné que la période de J4.61 ans des Egyptiens étoit partagée en 4 par-
ties j & alors la grande année de 55^ ans 3 mois éroit une efpece de pé-
riode qui marquoit l'intervalle où une faifon avoir pris la place d'une antre,
où le premier jour de l'année vague d'abord au commencement de l'été,
avoit palféau commencement du printems , & fuccelîîvement.
Plutarque cite encore deux autres grandes années, l'une de 77<j7 ans donc
l'objet nous eft inconnu , l'autre de 1 8000 ans attribuée à Heraclite qui pour-
roit bien être une période du mouvement des fixes où ce mouvement feroic
fuppofé d'un degré en 50 ans. Riccioli (/) fait mention de quelques autres
grandes années , l'une de 3 000 ans qui pourroit bien être luni-folaire & com-
poféede cinqpériodesde 600 ans ; les deux autres de 1 5 oqo {§) Se de 18000
ans , qui pourroient bien appartenir à la révolution des fixes. La première
fuppoferoit le mouvement des étoiles d'un degré en 41 ans environ : la fé-
conde également d'un degré en 77 ou 78 ans. On en trouve encore une de
11954 années folftiriales ((^) , dont nous ne foupçonnons point l'origine. M.
de la Nauze (/) dans les mémoires de l'académ.ie des infcriptions Se belles-
lettres , rapporre quelques autres grandes années que nous allons tranfcrire
ici. Dion 10SS4, Diogenes 6570000 , Plaron i loco qui font évidemment
la révolution des 1000 ans que les Perfes aîtribuoient à chaque figne du zo-
diaque; Sextus Empiricus , 9977 ^ Nicetas Choniate ,175 5100.
(a) E.iccioli die 9987- (d) De placit. philof. Lib. II, c. 31.
(â) Il eft rn?ic;iié en chiffre romain (s) Exerch. PlL-iians.. ^. 350.
CMXX , & dans les notes grammaticales (/} Tora. I, pag. i;o.
cxx Ciceron , de ait. Deorum.
Riccioli dit liOGO ans. ( g ) Macrobe , fom,i. Sciplon. Lib, II»
(c ) En cbitfre romain xmccïixxciv, c. ii.
& dans les notes on trouve x 1 1 1, («J Susià^ , ad ^neid. !il.
DCcccLxxxiv & xMCDxxciv, Excrcit. piiniar.s. , ^. 190.
Riccioli ditj^94. (i) Tome XXIII, p. 90.
47'3 É C L A I R C I S S E M E N S
, §. X V I.
On trouve dans Achilles Tatias (a) trois grandes périodes relatives à fa-
nirne , à jupirer & à mars , qui font bien fmgulieres. Il établit à l'égard de ces
planètes deux efpeces de révolutions. L'une qui ramené la planète au même
figue , l'autre au même point. La première eft pour faturne , en nombres
ronds ,de 30 ans ; pour Jupiter, de 1 1 ans ; pour mars , de 1 ans. Mais la
féconde eft pour faturne , de j 50(^3 5 ans; pour Jupiter, de i - 06 lo -^ enfin ,
pour mars , de i zocoo ans. Quand Achilles Tatius nous dit qu'il faut 3 o ans
pour que faturne revienne au inême figne , il entend très-certainement fa
révolution à l'égard du même degré de l'écliptique. Quand il dit enfuite
qu'il lui faut 3 5 06} 5 ans pour revenir au même point , il entend fans doute
au même point d'un autre cercle que l'écliptique , & peut-être eft-ce au même
point de l'orbite de faturne. Alors les 3 5 0(^3 5 années feroient le produit de
la révokuion de faturne par la révolution de fon aphélie , & on en pourroic
déduire que dans le tems où cette période fut établie , on croyoit que l'a-
phelie de faturne avoit un mouvement de 3° 4' 37" en 100 ans (^). On
trouveroit de même ce mouvement pour Jupiter , de 2° 3 2.' 7" j & pour
mars , de 34' zo" feulement. Mais il ne nous paroît nullement croyable ques
le mouvement de l'aphélie des planètes ait été découvert avant l'école d'A-<
lexandrie , dont les aftronômes mêmes n'ont point connu cette efpece do
mouvement , fi ce n'eft celui de l'apogée de la lune. Ce mouvement ne pou-^
voit être apperçu des anciens qui n'àvoient point débrouillé la théorie des
planètes , laquelle a été fi longtems affeétée des faulfes apparences de leurs
mouvemens , à moins qu'on ne fuppofe que cette connoiiTance appartienne
à cette Aftronomie ancienne dont il ne nous refte que des vertiges. Mais , en
fuppofant qu'il n'eft pas queftion ici du mouvement de l'aphélie , que
fignifieront ces trois longues révolutions , dont Achilles Tatius fait men-
tion ? C'eft un problême que nous laifTons à réfoadre aux aftronômes ,
dont aucun jufqu'ici n'a , ce femble , fait attention à ces fingulieres pério-
des.
(a) Voici le texte : Rursùs prima om- (i) 5Jo6j5 divifés par 19 années ju-
nium faturni ftella ah uno ftgno ad idem , lienncs , & 174 jours , donnent 1 1740 ans.
ut minus accuraù dicam & ■platice , in. pour la révolution de l'aphélie , qui feroic
annis triginta revertitur : ah eodcm vero par conféquent de 3*4' 37" en cent ans.
puncioad idem punâum , in annis jjofijj , Mais le mouvement de cet aphélie eft plus
ifç, ç. 18. p. 157. lent, 5c n'eft que d'un peu plus de %°.
ASTRONOMIQUES. 471
§. X-V 1 I.
Nous avons dit que Pithéas , aftronôme grec , de MarfelUe , fat obfer-
rateur. En effet Hipparque le cite pour l'oppofer à Eudoxe, qui avoit dit que
l'on voyoit au pôle du monde une étoile immobile. Hipparque croyoit que
c'étoit une erreur d'Eudoxe , parce qu'il ighoroit alors que les étoiles chan-
geoient de place ; l'étoile qui étoit près du pôle , 1400 ans avant J. C. , n'y
ttoit plus du tems de Pitliéas , ni du rems d'Hypparque. Pithéas remarque
qu'il n'y en a point au pôle même , mais que le lieu du pôle fait un carré avec
trois étoiles voilînes {n),
M. Freret imagine que ces trois étoiles font a & « du dragon & /S de
la pente ourfe {i). 11 y avoit cependant alors l'éroile placée au mufle de la
girafte, qui devoir être fort près du pôle {c) ; mais elle n'eft: que de la cin-
quième grandeur.
§. X V I I I.
A l'égard de l'obfervation de l'obliquité de l'écllptique de Pithéas , nous
ftvons dit qu'on avoit établi entre la longueur de l'ombre & la hauteur du
gnomon la même proportion à Marfeille qu'à Byfance , celle de 1 20 à 41 |.
En conféquence on trouve par le calcul que la hauteur du centre du foleil
étoit donc alors de 70" 31', d'où retranchant la hauteur de l'équateur à Mar-
feille 46° 41' , connue par les obfervations modernes , reftent 25° 50' pour
la diftance du foleil à l'équateur, c'eft-à-dire, pour l'obliquité de l'écliptique.
Cette obfervation paroît fort exaéte, mais il y a une circonftance qui la rend
doureufe , c'eft d'avoir dit que la proportion de l'ombre , à la hauteur du
gnomon, éroit la même à Marfeille qu'à Byfance j ce qui eft faux. Il y a une
différence fi fenfible , que , fi l'obfervation avoit été faite à Byfance , on n'en
déduiroit l'obliquité de l'écliptique que de 2 i°y environ. Cette circonftance
ôte à l'obfervation toute fon authenticité j fur-tout en examinant la manière
donr Strabon la rapporte. Il dit d'abord que , félon Eratofthenes ( d) & félon
Hypparque qui a fuivi Pithéas (e) , la proportion de l'ombre à la hauteur du
(a) Hypparque, Comment, fur Ara- velias. Cette étoile avoir en i<!6o 3' 14*
tus, Lib. I, p. 179. 4;' de longitude, & 64° 1 2. ' de latitude
(i) Freret, détecfe delà Chronologie, boréale,
pag. 448. (d) Strabon, Géogr. Lib. I,p. (îj.
( c ) Plamfteed , Tom. III , Caial. dHc- ( e ) Idem , Lib. II ', p. 7 1 .
47i É C L A î R C I S S E M E N S
gnomon eft la même à Marfeille qu'à Byfance. 11 di: ailleiiis (a) qu'au folftîce
d'été cette proportion à Byfance efl: celle de izo à 41 *• Ilfemble réfulter de
là que l'obfervation a été faite à Byfance, & par conféquenc très-mal , puif-
qu elle donne une obliquité de l'écliptique fi éloignée de la véritable. C'eft
pourquoi les partifans de la diminution de l'obliquité de l'écliptique n'en
peuvent pas tirer un grand avantage. Cependant cette obfervation paroît
faite avec tant de foin Se de précifion , qu'il eft difficile de croire qu'elle foie
fî défeétueufe. Car en fuppofant l'obliquité de 13° 30', la hauteur de l'é-
quateur à Byfance de 4 8° 59', la hauteur du bord fupérieur du foleil, dévoie
être de 72° 44' , &; par conféquent la proportion de l'ombre à la hauteur du
gnomon , celle de 3 7 7'- à i zo. Il eft peu probable qu'un obfervateur , capable
de fe tromper de 4 parties { , eût tenu compte du cinquième d'une de ces
parties. Il eft donc difficile de croire qu'elle ait été faite à Byfance j maisaufli
on n'a point de preuve qu'elle ait été faite à Marfeille , Se par Pithéas. Nous
fommes portés à le croire j cependant des préfomptions ne fuffifent pas
pour une conclufion auffi délicate que celle de la diminution de l'obliquité de
l'écliptique. Les partifans de cette diminution ont affez de preuves , en
faveur de leur fentiment , pour fe paffer de celle qui réfulteroit de l'obferva-i
tion de Pithéas.
(a) Lib. II, pag. 134. 'Lo\xm\\z, Dljfenaùo de mutabilitate edip'*
Voyc^^xn Pidiéas. tics, Aciis erud'u. 171 9.
GalIcuJi , Tom. IV, png, 513 & 531, Boui;iiainvilli; , Mémoires de l'Acadéraic
J.a viia Peireskii, à~s Inicriptiojis , Ton), XIX,
LIVRE
ASTRONOMIQUES. -^i^
ofy^juj^
LIVRE NEUVIEME-
— -1»
Des conjitllations t du y^odiaque ^ ù des planifplieres anciens,
§. Premier,
JLii o u s nous fommes propofé de réunir dans ce livre tout ce qui nous refis
de connoiirance des divifîons du ciel &C du zodiaque par les anciens.
La nature elle-même a enfeigné à clafler les étoiles. Dans le nombre d'é-
toiles, donc le ciel eft parfemé , il y a certains amas qui font plus rcv.ar-
quables , & qui ont été les premières conftellations. De là il eft arrivé que
ces conftellations ont été reconnues & diftinguées par tous les peuples , igno-
rans & éclaités , comme elles le font encore aujourd'hui par les gens de la
campagne \ telles font la grande Se la petite ourfes , connues depuis les Egyp-
tiens jufqu'à nous fous le nom d'ourfes , de grand & de petit chariot ^ les
pléiades , les étoiles de la tête du taureau , celles de la conftellation d'Orion ,
les deux étoiles des gémeaux , &c. Différens peuples ont donné différens
noms à ces conftellations. On a remarqué que les Iroquois {a ) ont nommé les
fept étoiles de la grande ourfe Okouari , c'eft-à-dire , l'ourfe , comme on avoic
fait anciennement dans le nord de l'Afie. Les nations qui peuplent les bords
du fleuve des Amazones , appellent auffi les hiades , ou les étoiles de la tête
du taureau , M/j/ira rayouba , du nom qui fignihe aujourd'hui dans leur langue
mâchoire de i>ceuf[l>). Ces faits fembleroient indiquer une ancienne commu-
nication avec les peuples de l'orient. Le P. Laiîiceau alTure que ces noms
font antérieurs à l'arrivée des Européens en Amérique. Certains noms ont
eu leur fource dans une relfemblance remarquable. Cette longue traînée
blanche , qui partage le ciel , a eu chez prefque tous les peuples des noms
analogues aux idées qu'elle a fait naître j mais toutes ces idées fe réunifTent
à celle de chemin j partout ce grand cercle eft défigné par cette figure. Les
Grecs l'ont nommé voie ladée ( c ) • les Chinois , le fleuve célefte ( a* ) • plu-
(a) Mœurs des Sauvages, par k P. (c) AtiHote , de Meteoro/og. L.l, c. Jj.'
Lafficeau , Tome II , page 1 3 tf (d) Soucier , T. III , p. 5 1 , Manufc. de
{b) M. de la Condaminc , Mémoires ds M. de Lifle , n°. 149, z. 10. Ils appelleas
fAcadémie des Sciences, 174;, p. 447. ré.<juateur, k chemin rouge, iùid.
O 00
474 É C L A I R C I S S E M E N S
fleurs nations l'ont nommé le grand chemin ( i? ) ^ les faavages de l'Amérique
Septentrionale , le chemin des âmes {i ) '■, dans la langue arabe (c) & dans la
langue [d) copte ou égyptienne , chemin de paille ou de chaume (e) j no$
payfans l'appellent le chemin de faint Jacques.
§. I I.
M. GoGUET (/) penfe que les étoiles les plus voifines du pôle , celles qui
ne fe couchent jamais en Europe & en Chaidée,ont dû être les premières re-
marquées à caufe de la perpétuité de leur apparition. Nous en avons un
exemple à la Chine, où Yu-chi remarqua d'abord l'étoile polaire & les conf-
tellations qui l'environnent [g), On aura ainfi diftingué fucceffivement la
grande ourfe par fes fept étoiles remarquables j le bouvier , par l'étoile arc-
turus , la première , qui brille dans le crépufcule du foir -, le grand chien , par
firius , l'étoile la plus brillante du ciel ; Orion , fi frappant par fon étendue
& par le nombre des belles étoiles qu'il renferme , les pléiades, aldebaran ôC
les étoiles de la têre du taureau , le fcorpion , Sec. Prefque toutes ces conf-
tellations font connues des fauvages & des gens de la campagne.
§. III.
Les étoiles de la première grandeur, répandues dans les différentes parties
du ciel , attirèrent enfuite principalement l'attention. On regarda toutes les
petites étoiles voifines comme un peuple qui les environne , ou comme un
Troupeau qui leur eft foumis , & on les nomma rois jchets oupafteurs (/;). Dans
le livre de Job il eft dit : conduire^-vous l'étoile polaire avec les ajires qui font
comme fa famille (/) ? Les, Chinois appellent encore l'étoile polaire le roi.
Virgile repréfente le pôle fous l'emblème d'un pafteur j polus dùm fidera
pafcei [k ). Un certain nombre d'étoiles plus petites , réunies à une ou à plu-
fleurs étoiles de la première grandeur , ont fait ainfi les premières conftella-
tions. On peut même croire qu'on n'a point commencé par defllner des
figures d'hommes , d'animaux ou d'autres chofes , pour renfermer ces amas
( a ) Commwit. de Hyde fur les tables de {e) Kirker, (Sd'ip. JEgypt T. II, p. 142
Uluii-Bcg , page 13. (/) Tom. I, pag. 3511.
( b ) Mœurs des Sauvages , T. I, p. 406. ( g ) Martini , Tom. I , pag. 3 8,
[c) M. Niebulir , defcription de l'A- Supra, Liv. IV, §. il.
labie , page 1 00. ( li ) Hyde , de relig. vet. Pcrfarum , C. J<
(d) L'ancien copte eft l'ancien égyptien. pag. iz8.
Les Coptes l'appellent la langue de Pharaon. ( / ) Job. c. XXXVIII, v. 51.
M. Nkbuhr, defcription de l'Arabie, p. 7?- ( *•■ ) iEncïd, Lib. I, v. 61:.
A s T Ft 0 N O M I Q U E s. 1^75
"d'étoiles. En traçant fur le papier l'arrangement des étoiles qui compofoienc
une conftellarion , on aura lié ces étoiles par des lignes tirées de l'une à
l'autre. C'efl: ainfi que les Indiens deflinent leurs conftellations ( a ). Nous
avons vu fur le manufcrit de M. le Gentil les figures des 28 conftellations in-
diennes, tracées de la main même du Brame interprète j les étoiles v font
jomtes par cits lignes. C'eft encore l'ufage des Chinois. Us ont donné des
ïioms & des figures aux conftellations ; mais ces figuresjie font point tracées
fur leurs planifpheres ; on n'y voit que des lignes qui fervent à joindre les
étoiles les unes aux autres [b ). M. Goguet penfe même que l'on aura placé
a côté des conftellations , ainfi deflînées par des lignes , le nom de ces conf-
tellations écrit en caraéleres hiérogliphiques ; il eft vraifemblable qu'on aura
fini par deflîner fur la conftellation même le caractère liiérogliphique,ou la
figure qu'il reptéfentoit , & les lignes auront été fupprimées. C'eft ainfi qu'on
vint à attribuer aux conftellations différens noms & différentes figures qui
furent arbitraires , mais toujours tirés ou des produélions & des animaux du
pays , ou des inftrumens de la chafte , du labourage & de la vie domeftique-
Nous croyons , comme nous l'avons dit , que l'on n'y a placé des hommes
que quand l'altrologie a prétendu que leur deftinée étoit écrite dans le ciel.
§• I V.
Quand on eut reconnu que la lune & les autres planètes ne fortoienf
jamais d'une zone aftez étroite, que les Grecs ont nommée le zodiaque , 5'
que les Chinois appellent le chemin jaune, on voulut approfondir , mefurec
le mouvement des aftres , & on fentit qu'il feroit commode de partager cette
zone en intervalles égaux. Le mouvement rapide de la lune offrit un moyen
siftez facile de parvenir à cette divifion. Mais comme la lune décrit le zo-
diaque en i-î 8'' environ, il en réfulta une difficulté pour ces divifions. Les
uns en firent 18 , & les autres felement 27. On donna à,ces divifions le nom
de maifons , demeures (c) , hôielkries {i) , parce qu'en effet la lune habitoit, lo-
geoit dans chacune de fes divifions pendant un jour, & que , dans le voyage
entier du zodiaque , ces différentes demeures ou hôtelleries étoient fes habi-
tations fucceifives. On les défigna par les belles étoiles qui y brilloient j
mais comme il ne s'y en rencontre pas toujours , on fut obligé d'en aller
(<î)M. le Gentil, Méra. Acad. Se. 1771. (<;) Hyde , furies Tables dUlug-Beg,
(b) Goguet, Tom. II, pag. 40. pag. j &: 30.
BiaQchiui, la5:or:<iun/vfr. p. 4i3,fig. 30, (a) Gcguec, Tom. II , p. 407.
G 0 o ij
jjyè ÊCLAIRCISSEMENS
chercher hors du zodiaque, & de choifir les pkis voifines pour nommer les
divifions qui y répondoient j on fu: même quelquefois cliercher ces étoiles
aiïcz loin , carlafeizieme conftellation des Indiens , qu'ils appellent wV/jaci? ,
eft défignée par la couronne boréale qui a plus de 40° de Ltitude (j) ; mais
il faut obferver que la clarté de la lune fait difparoître un grand nombre d e-
toiles j & fur-tout celles qui font dans le voifinage de Técliptique.
§. V.
Cette divifîon du zodiaque a été très- généralement répandue , S: fut
commune à prefque tous les peuples anciens. Les Chinois ont iS conftella-
tions {l>) 'y mais le mot Chinois ,fou , ue préfente point l'idée d'un groupe
d'étoiles , nous le traduifons par le mot conftellation j il ne fignifij réellement
que demeure , hôcelxrie (t). Dans la langue copte , ou dans l'ancien égyptien
altéré, le mot par lequel on défigne les conRellarions a la même fignilîcation.
Les coptes comptent également 28 de ces conftellations [d]: on retrouve la
même divifion chez les Arabes ( e) , les Perfes (/) , les Chinois {g) Se les
Indiens {h). Il ne paroît pas qu'elle ait été en ufage chez les Chaldéens qui
partageoient le zodi.iqne en 1 1 fignes,& qui avoient d'ailleurs douze conftel-
lations auftrales & amant de boréales , à l'égard du zodiique ( i ) ; mais aux
Chaldéens près , la divifion du zodin.que en 27 ou 28 parties femble avoif
été connue de tous les peuples de la haute antiquité..
§■ V I.
' Les Siamois & les Indiens n'en comptent que 27 (^). Cependant qitel-
ques-uns ont fait mention d'une 28^™^ nommée aUgitten [/) ,ce mot leu?
fert à exprimer la lune intercalaire j mais on pourroitxroire auffi qu'il dé-
/Igne une 28*^'"^ conftellation , parce que ces 27 conftellations font divifées
en quatre parties , qui ont chacune des noms difFérens , & que cette abioicten
eft également divifée en quatre parties. De plus, ils fe fervent des conftel-
lations pour connoîcre l'heure la nuit, par leur place dans le ciel, vers le mé-
ridien ou l'horifon (/;/) , & leur méthode fuppofe qu'ils ont 2S conft;ellations.
{a) Souciet , Tom. I, p 144. (/) Ztnd Avcfta , Tom. II, pag. 549.
( i ) Ibidem, p. 14? {g ) M(fmoitcs de l'Académie des Scicn»
Mémoires d: l'Académie des Sciences, ces , Tora. VI.'I , pag. j 5 5.
Tom VIII , ; a;, f f 5 , (^ ) M. le Gentil , Mém. Acad. Se. lyyt;
( c ) Gogiiec, loco citato. ( / ) Supra , Eclair. Liv. IV, ^. l 5 & 14»
( Il ) Kirkcr , (Ea'ip. JEgyp. T. II, p. 141, ( k ) M'' Caffini & k Gentil , loc, cil,
{ «) Hyde, fur ks Tabks d'Ulug-Beg , ( / ) Souciet , Tom. I , p. 145;.
fage;, \,m) lindm.
ASTRONOMIQUE! 4-7
ils (^Ivifentle joureiKÎo gurrhces ou heures j la gurrhcs, en (?o pulls j le pull,
en 60 mimick ou clins-d'œil ( * J. Chaque conftellation parTe',, dit-on (c.-) , au
méridien en 1 1 gurhées 7 pulls & demi : or 27 fois ce nombre ne font que 57
gurrhces 2 1 pul'.s & demi ^ il faut donc une conRellarion de plus , qui n'achevé
inênie pas entièrement le jour : il s'en faut encore de 30 pulls. Cette raifon
nous paroît dccifi ve , quoique nous ne fâchions à quoi attribuer cette ditFcrence
<1e 30 pul's, ou de 12 de nos minutes, entre la révolution du zodiaque 6cla
durée du jour.
§. VII.
D E toutes les conflellations , les plus anciennement obfervées , font celles
des pléiades Se du taureau. Les pléiades fur-tout furent d'un grand ufage dans
l'antiquité. On remarqu.- qu'au tems d'Hcfiode elles divifoienr l'année rurale
en deux parties. Leur coucher le matin marquoit le commencement de
l'hiver , Se leur lever le marin marquoit le commencement de l'été (b). On
trouve dans les calendriers quele feprieme jour après l'équinoxe de l'automne
les pléiades fe montroient !e matin & le foir ( c]. Le P. Petau a calculé que ce
phénomène a dû arriver vers l'an 2200 avant J.C. {J). Selon Pline (e) il y avoir
une ancienne Aftronomie publiée fous le nom d Héfiode , dans laquelle le
coucher vifible des pléiades , au lever du foleil , étoit marqué le jour même
de réquinox5 d'automne. Le P. Petau montre que cela n'a eu lieu que l'an
2278 (/). La claire des pléiades étoit alors dans o" 32' du bélier, Ptolemée
dans fon calendrier latin [g] marque le lever des pléiades le foir, fept jours
avant l'éqainoxe d'automne j il falloir que cette conflellation précédât l'équi-
noxe du printems d'environ 10°, Se répondît par conféquent au lo* des
poilTon";. La claire des pléiades avoir en 1750 (h) 5 ^° 5 5' de longitude j pour
qu'elle ait avancé de 65° 55', il faut qu'il fe foit écoulé 474^ ans , & par
conféquent que cette obfervation altéré faite 2997 ans avant J. C. Il eft donc
évident que dans ces tcius Ci reculés les pléiades étoient une conftellation
( * ) Événemcns hiftoriquc; relatifs au (a) Souciet, Tom. I, pae. 14 j.
■Bengale, ou traduftion du Shaftah , par (i ) Dcfenfc de la Chronologie , p, 4S1.
Holvïel , 1768, page ijy. Les noms que Gerni. Céfar. Commune fur Aratus.
donnent les Miffionnaires Jétaites , font (c) Ptoléméc, de apfarendis in UranoL
différens ; mais cela vient fans doute des page 100
difRrens id ômes des peuples qui portent (d) Uranol. var. dijfert. Lib. Il , p |{»,
tous le nom d'Indiens. La diviûon eft la ( f ) Lib. XVIII, c. ij.
nséme. Vcye[ encore Souciet. (/) Uranol. var. aijfen. Lib. II, p. /z.
M. le Gentil , Mémoiies de l'Académie ig) Ptolémce , de appanntiis , p. jj.
^s Scieccss, 1771, ( A ) La Caille , fundam. Afiranortu
■47S ÉCLAIRCISSEMENT
bien connue , Se aux levers Se aux couchers de laquelle on faifoic granùa
attention.
Nous avons dans les anciens plufieurs témoignages qui prouvent que le
lever des pléiad-^s le matin , avant le lever du foieil , annonçoit le retour du
printems. D'abord leur nom Imtî vergiiia ,qui certainement fait allufion au
printems (^). D'ailleurs Cenforin {h) nous apprend qu'il y avoir des peuples
qui commençoient leur année au lever des pléiades , comme les Egyptiens
au lever de la canicule: on cite les Béotiens. Les Egyptiens avoient une raifon
particulière , qui étoit le débordement du Nil , dont cette étoile étoit l'indi-
.cation : mais quelle raifon avoient ces autres peuples de commencer leuç
année au lever des pléiades , fi ce n'eft qut ces étoiles commençoient auflt
le zodiaque , ou du moins indiquoient que le foieil étoit dans l'cquinoxe.
§. VIII.
O N retrouve cette tradition dans le livre de Job. M. Goguet ( c ) prouva
d'après les meilleurs inrerpièces , que dans ce livre le mot kimah fignifiej
les pléiades , ou aldébaran & les hindes qui n'en font pas fort éloignés {d). Ers
effet Dieu dit à Job ( e ) : pourre^-vous lier les délices ou les voluptés de kimah ,
& ouvrir les liens de kejil ? Etes -vous capable de faire paraître les ma\aroth
chacun dans leur tems t kefil eft le fcorpion (/). Kiinah & kefil fonr par coiw
féquent deux conftellarions qui produifent des effets oppofés. Kimah an-i
jioncoit le renouvelement de la nature , & kefil foii engourdilfement. L:;
lacine du mot mazaroth ûgmÛQ ceindre , environner. Aucune dénomination ,
dit M. Goguet , ne convient mieux aux lignes du zodiaque qui forment
comme une ceinture dont la terre paroît environnée. C'efc même le non»
par lequel on a défigné originairement ce cercle de la fphere. Ce paffaga»
prouve donc que les pléiades & les fignes du zodiaque étoient connus du
.tems de Job. Mais lorfque Dieu dit : pouvi-ez - vous lier les délices ou les
voluptés de kimah ? Cela veut dire , fuivant l'explication de M. Goguet ,
pourrez - vous , lorfque kimah paroît , lier , arrêter la fécondité de la terre ,
empêcher qu'elle ne produife alors des fleurs Se des fruits ? Du tems de Job,,
(a) Riccioli, Almag. T. I , pag. 399. la langue Arabe.- Kyde j Tables d'Ulug-
Setvius, Comment. Virg. Beg. M. Niebulir , Defciiption de l'Arabie,
(è) De die nacali , c. XXI. P^S^ ï°''
(c) D;Jm..III,Tora. I, pag, 39e. (c) C. XXXVIII. v. 31, 31.
( <f) Elles s'appellent encore Kimodans la (/") Aben-Ezra , Comment, fur Job ^*
gangue des Pcifes, $c Kimech ou Kiraa dans c. 38 , v. 31 , 3t.
ASTRONOMIQUES. 47^
kimah ou les pléiades annonçoient donc le retour duprintems, il falloir par
confcciuent qu'elles précédairent l'cquinoxe de quelques degrés.
Le rems de Job n'eft pas détermhic. On fait feulement que le livre qu'il
a écrit efl trcs-ancien. M. Goguet, appuyé fur quelques conjedures , le fixe
à l'an 1730 avant J. C. j mais alors la claire des pléiades étoit dans 7" 55',
Se aldebaran dans 1 ;° 58' du bélier. Les anciens avoient à choifir dans le
nombre des étoiles dont le lever devoit annoncer certains phénomènes ; il
n'eft nullement probable qu'ils ayent été choifir des -étoiles qui fuivoient l'é-
quinoxe & le printems. Se qui ne l'auroient annoncé que quand il auroit été
commencé. Les Egyptiens indiquoient le débordement du Nil parfyrius qui
fe levoit avant ce débordement, & comme nous avons une obfervation qui
nous apprend que le coucher des pléiades , vifible le matin , fe faiioic 7 jours
avant l'équinoxe d'automne j il faut fuppofer au moins que quand fon lever
du matin annonçoit le printems , c'étoitauflî 7 Jours avant cette équinoxe ,
lorfqu'elle étoit au 20° des poifl'ons , c'cft-à dire , 3000 ans avant J. C. :
c'eft , fuivant nous , l'âge de Job.
Si l'on nous permet encore une conjecture , nous dirons que dans l'an-
cienne langue des Perfes les pléiades étoient appcllées/5£rv/- (a ) qui hgnifie
poiflbn. La forme longue de cette conftellation peut avoir en effet quelque
reffemblance avec la figure d'un poiffon. Or les Indiens dan: leur zodiaque
très - ancien n'ont qu'un poilfon, au lieu des deux que nous y pl.-içons; ne
pourroit-on pas croire que les pléiades répondoient à ce figne lorfqu'il reçut
{on nom.
§. I X.
Nous avons fait voir que la première divlfion du zodiaque doit avoir
placé l'équinoxe au commencement d'une conftellation , & en fuppofant que
ce commencement fût celui du taureau, le zodiaque ne peut pas être plus
moderne que l'an 2^00 . mais ,'1 paroît^ par le livre de Job, que les fignes
du zodiaque éroient connus , & par conféqaent établis dans le tems où les
pléiades annonçoient le retour du printems , ce qui donne aux fignes du
zodiaque une antiquité de 3000 ans avant J. C. j & fi par le mot kimah
on entendoit aldebaran au lieu des pléiades , on reculeroit cett^ époque de
700 ans environ. Nous avons donc été oien fondés à avancer que la divifion
du zodiaque établie primitivement à l'cquinoxe & au commencement d'une
^1) Herbelot , Bibliothèque oricnrale, pages ^^7, 5^8.
J^,io ÉCtAîRCiSSEMENS
conftellation , eft antérieure au 'ems oii cet cquinoxe concouroît avec le i*
di\ nureau, & a dû répondre , lors de cette première divifion , au i° de la
conftellation des gémeaux, ou au dernier degré du taureau, ,
§. X.
L'antiquité que la divifion du zodiaque p.iroît avoir chez les Perfesi
contribuera peut être à rendre tout à fait vraifeniblable celle que nous ve-
nons de foupçonner. M. Anquetil, dans fa tradudiun du Zend-Avefta,
nous donne quelques détails fur les idées des anciens Perfes à l'égard des
étoiles {û). Us les regardent comme une multitude de foldats ; expreffion qui
répond à celle de l'arrnée célefte , dont il eft Ci fouvent mention dans l'é-
criture. Us difent ( fans doute pour donner l'idée du grand nombre des petites
étoiles ) qu'il yen a 48 (Tooo. Quatre gi-andes étoiles font , félon eux, les furveil-
lantes des autres ; ces étoiles font tafckter, qui garde l'eft ; fatevis , l'oueft,
venandje midi , hûfiorang jle nord. Nous penfons que par ces étoiles les Perfes
ont voulu partager le ciel , & qu'ils les ont défignées comme répondant aux
quatre points cardinaux. Or la dtviiion des quatre points cardinaux naît de
celle du zodiaque pat les points équinoxiaux ôc foifticiaux, 8c par conféquent
les étoiles qui défignent l'efl; i l'oueft , le nord & le midi déiignoient alors
les équinoxes Se les folftices. Cela nous paroît évident. En conféquence ,
nous remarquons que vers l'an 3000 avant J. C. , les étoiles étant moins
avancées de 66^ , aldebar:>n étoit précifément dans l'équinoxe du printems.
Cette belle étoile a donc pu être regardée comme la gardienne de l'équinox»
ou de l'eft. Antarès , ou le cœur du feorpion , fe trouvoit auiîî précifémenc
dans l'équinoxe d'automne : voilà le gardien de l'oueft. Regulus n'étoit qu'a
10" du folftice d'été & phomalhaut à 6" du folftice d'hiver. Ces quatre
étoiles de la première grandeur, toutes très -brillantes Se très-remarqua-
bles , forment une divifion du ciel en qunrre parties prefque égales , qui a
trop de rapport avec celle des Perfes pour n'y pas reconnoître une identité
parfaite , Se pour ne pas déterminer à 5000 ans avant J. C. la date de cette
divifion du zodiaque au moins en quatre parties. En outre, comme il efl;
queftion dans le même ouvrage delà divifion du zodiaque en iz & en z8
parties, il y a tout lieu de croire qu'elles font de la même antiquité. Remar-
quons que les Chinois ont aufti quatre anges ou efprits qui préfidenr aux
quatre quarts de l'année , c'eft- à-dire fans doute , aux quatre quarts du
j[ a ) Tonic II , page 34^,
zodiaque
I
A .<5 T R 0 N 0 M I Q U E s. ^Sr
zodi-.qae (<?). Tafcluer eft Ci bien l'écoile aldebaran , qu'il efl: chez les Perfes
le gciiie qui prclîde à la pluie (/'). On fait que chez les Grecs aldebaran ou
les hiades croient des aftres pluvieux , c'eft de là même qu'eft venu le noni
d'hiades. Les Perfes (c) le repréfentent avec un corps de taureau & des
cornes d'or, comme a fait Virgile. Remarquons qu'un ou deux fiecles de
différence ne changent rien à ces apparences. Quand aldebaran auroit été à
3" de l'cquinoxe , ils n'auroientpas été moins fondés à l'appeler le ^ardien de
l'efl: ; 6c fi l'on fe rappelle (d) que la période de l'incercalation des Perfes ,
l'anticipyion du commencement de leur année , leur chronologie donnent
la même époque de jooo ou de jioo ans, tout ce que nous avons dit juf-
^u'ici deviendra plus que probable.
§. X I.
Il naît de tout ceci, c'eft-à-dire de cette antiquité une fois admife, une
explication très-n.atureUe de plufieurs chofes , que M. le Gentil nous a .ap-
prifes du zodiaque des Indiens. Ces conjectures appuyées l'une par l'autre
fe prêtent mutuellement de la vraifemblance , 5z toutes enfemble font fuivre
la trace des inventions' , qui concernent le zodiaque , depuis les tems avant
le déluge jufqu'à nous.
Nous avons dit {c) que l'époque kaliyougan des Brames, qui paroît une
époque véritable o; chronologique,remonte à l'an 5 loi. Ils admettent comme
nous deux zodiaques ; l'un mobile qui commence à la première étoile du
bélier , l'autre qui a fon origine à un point fixe du zodiaque. Ces deux
zodiaques ont commencé enfemble l'an 20400 avant l'époque kaliyougan j
mais comme la révolution des étoiles eft, félon les Indiens , de 24000 ans,
les deux zodiaques ont du fe retrouver enfemble l'an 3^00 de cette époque
qui répond à%an 499 de notre ère. A raifon de 54" par an, il y avoir en
17^2, fuivanr le calcul des brames, 18" 57' 9" de différence entre les
■deux zodi.aques ; mais en 1761, > du bélier étoit par fa longitude dans
29" 5 1' 56" du bélier •, donc le commencement du zodiaque fixe répond au
10° 54' 27" du bélier. Mais pourquoi n'ont-ils pas établi , comme nous , l'ori-
gine de leur zodiaque fixe à l'équinoxe du printems, & l'ont-ils placé à un
( a ) Hyde , de religior.e vetcrum Per/w ( c) Ibidem , Tom. I , part. 1 , p. 415,
rum , plan;he pag. 117. (,d) Supra, Éclair. Liv*. IV, §. 2.
( ô ) Zciid-Avefta , Tonj. II , p. ro , note. ( e ) Supra , Liv. IV, §. 1 3 .
PPP
48z É C L A I R C I S S E M E N S
point qui n'eft d'aucune remarque dans le ciel ? Pourquoi d'ailleurs ont-ils
établi que la révolution des lîxes feconimenceroit l'an 499 de notre ère?
Voici ce que nous imaginons. Les brames auront commencé la divifion du
zodiaque par l'équinoxe du printems , comme il eft aiTez naturel de le faire,
fc comme prefc]ue toutes les nations l'ont fait. L'an 310Z aldebaran étoit
«ians le 29° des poilTons , il ne s'en falloitoue d'-jn degré qu'il fût dans l'é-
quinoxe j ils auront établi à cette étoile le con:'Viencement de leur zodiaque.
Alors les pléiades qui étoient dans le 18° | des poifTons annonroient, par
leur lever héliaque , le retour du printems. Les étoiles s'érant avanc4es peu a
peu le long de l'écliptique , ils fe font apperçus , vers l'an 2150, que le lever
des pléiades ne précédoit plus l'équinoxe , & qu' aldebaran , d'où ils com-
iTîençoient leur zodiaque, étoit éloigné de cet équinoxe d'environ 11°.
Ils auront donc conclu que les points des équinoxes &*des folftices ne ré-
pondoient pas toujours aux mêmes conftellations, & que ces conftellations
avoient, à l'égard de ces points , une révolution de 14000 ans j ils auront
commencé à diftinguer deux zodiaques , l'un fixe , dont ils auront lailTé le
commencement au 11° du bélier, l'autre mobile, & qui s'éloignoit di*
premier de 54" par an. Mais ils ont établi pour la première de leurs 17
conftellations , celle où fe trouve l'étoile >, ou la première étoile du bélier.
Pourquoi ce choix? De plus, ils ont établi que la révolution des étoiles
recommenceroit l'an 3 (îoo de l'âge kaliyougan , ou l'an 499 de notre ère.^
H nous paroît clair qu'ils ont imaginé qu'à cette époque le commencemenc
de leur première conftellation répondroit au commencement de leur zodia-
que fixe, c'eft-à-dire au 11° du bélier. Il n'eft pas néceffaire de beaucoup
forcer les circonftances pour qu'elles fe prêtent à cette fuppofition •, car l'an
1250 avant J. C. j du bélier étoit éloigné de l'équinoxe du printems de
25'' 53'^ elle répondoit par conféquent au 4° 7' des poifloiis : elle étoit
éloignée du 11° du bélier , ou du commencement de leur z^aque fixe de
3(5" 53'j ils auront trouvé cette diftance de 41° 14', foit parce que leurs
conftellations étant toutes égales, & de 13° 20', elles ne commencent pas
précifément aux étoiles qui les défignent , foit parce qu'ils n'auront pas
mefuré bien exactement cette diftance , Se ils auront conclu qu'à raifon de
54" par an, -, du bélier, cfù le com.mencement delà première conftellation
devoir répendre au premier point de leur zodiaque fixe vers l'an 499 de
notre ère. Mais pourquoi ont-ils choifî cette conftellation pour la première?
11 eft évident' que c'eft une affaire de préjugé & de fupetftition ; le choix
, du premier point dans un cercle eft arbitraire. Ils auront été décidés pal
ASTRONOMIQUES. 4S5
i^uelque ancienne tradicion , telle par exemple que celle que Murtadi (•?) rap-
port2 d'après Albumaiiar &c deux anciens livres égypciens , où on lifoic
que le monde avoir été renouvelé aprè» le déluj^e lorfqae le foleil écoit au
1° du bélier , régulas étant dans le cclure des folftices. D'Herbelot ne parle
point de régulas ; mais il dit (/') que félon Albumaflar les fept planètes
étoient en conjonélion au premier point du bélier lors de la création du
monde. Cette tradition , fans doute fabuleufe , qui venoit des mêmes pré-
jugés que celle de Bérofe (c) , étoit afiatique. Elle a pu fufEre , ou telle autre
du même genre^ pour fonder la préférence que les brames, ou les anciens
en général, ont donnée à la conftellation du bélier, en l'établifiTant la pre-;
miere de leur rodiaque. Ils ont cru que ce point du zodiaque étoit une
fource de renouvç!em:nt, & ils ont dit que le zodiaque &c Tannée fe re-:
nouveloient au même point où le monde s'étoit régénéré. Car nous avons
dit (d) que, fuivant les anciennes idée? philofophiques , le monde périf-
foit & renailîoit tcur à tour, & que la création n'avoir été qu'un renouvelé-
xiient de toutes chofes,
§. X I L
QuAKT à la circonilance de rcgulus qui s'efl: trouvé dans le colure des
folftices au teras du déluge,, perfonne ne demandera il elle appartient réel-,
lement à cecte époque. On n'eut point alors le rems de fonger aux obferva-
tions aftronomiques , ni de remarquer la pofition de rcgulus dans le ciel-
Mais nous dirons que les Asiatiques qui fe font toujours exprimés métapho-
riquement, ont pu défigner fous l'emblème de la deftruétion Se du renou-
vêlement du monde , la fondation de quelque grand empire ou l'époque
de quelque événeiV.ent mémorable. C'eft peut être la fondation de l'empire
desPerfes , ou celle de l'empire de Eabylone que la tradition regarde. Le récic
d'Alburaaiïarpeut recevoir deux interprétations. Ou il a connu la date de la
tradition qu'il rapporte , ôc au moyen du catalogue des étoiles de Ptolémée,
£c de la connoilfance du mouvement des fixes d'un degré en 100 ans , il a
pu remonter à ce tems , <?; il a cru pouvoir dire que regulus étoit dans le
colure des folftices 5 ou bien la tradition même portoit cette circonftance.
Dans le ptemier cas , h l'on prend la pofition de regulus dans l'.almageftc ,
(12) Murtadi, Defcription liss merveil- ( 6 ) Biblo:h. orie:;-. p. i? &i 18.
les de l'Égypce , traduction de Vatier, (c) Su-r'^, Liv. V , ? 7.
P'^S^ JJ- ( û ) 6'Kf/-.i j Éclair. Liv. V,$. îi.
P p p i j
'4«4 ÉCLAIRCISSEMENS
on la trouvera éloignée du coliire de 31" 30', ce qui répond à un inter-
valle de 3150 ans j & comme les obfervations de Ptolemée font de l'.in '59,
cela indique une date de 3 1 1 1 ans avant notre èie, &: fort fingulierenient
prefque la même que celle de lage kaliyougan, ou de l'époque aftronomi-
que des Indiens , date qui n'eft éloignée aufli que d'un fiecle de l'établifle-
jnent du Neuruz chez les Perfes [a). Dans le fécond cas où régulas fe feroic
réellement trouvé dans le colure des folftices , on verra , par le vrai mouve-
Tnent des fixes d'un degré en ji ans, que cela a du arriver vers 1300 ans
avant J. C. Ces deux dates font remarquables dans l'Afie. La première eft
celle de la fondation de Perfepolis & de Babylone (A) , de l'établiirementdu
Neuruz , de l'âge kaliyougan chez les Indiens. A l'égard de la féconde ,
nous avons vu qu'il y avoir apparence que les brames dans ce tems avoient
changé le commencement de leur zodiaque, avoient connu le mouvement
<les fixes, 5c établi la diftindion des deux zodiaques. C'ell: auffi vers ce tems
c[ue les premières obfervations chaldéennes ont commencé , Se qu'Yao , à
la Chine , établit , ou du moins renouvela l'Aftronoraie.
Nous nous faifons un principe de rapprocher les traditions , pour peu
qu'elles paroiflent avoir d'analogie, parce qu'un jour viendra où , connoif-
l'ant mieux l'hilloire orientale , on en pourra tirer quelque lumière.
§. X II I.
Nous allons rendre compte maintenant de la première méthode que lesf
anciens ont fuivie dans la divifion du zodiaque [c). Sextus Empiricus l'ac-
tribue aux Chaldéens , & Macrobe {ti) aux Egyptiens , d'où l'on peut con-
clure qu'elle appartient à un peuple antérieur , de qui ces peuples la tenoienr
également.
11 eft indubitable que les plus fréquentes obfervations ont été celles du
lever Se du coucher des étoiles (e). On y fit d'autant plus d'attention que
dans la fuite ces obfervations fondèrent l'Aftrologie. Il y avoir à Babylone
au haut de l'obfervatoire , un aftronôme en faction , qui obfervoit à'chaque
inftant le lever Se le coucher de tous les aftres (/). Ce qui s'eft palfc à Ea-
(û) Suftà, Liv. V , §1.. mens, Liv. IV, §. 4J. Liv. Vî , j. 1.
{ b ) Ibidem , Éclair. Liv. IV. §. j, (/) Il n'eft pas ici qDcftion du lever &
(c ) Adverf. Math. Lib. V, p. 1 1 }. du coucher licliaciucs , mais du lever «Se du
< i^ ) Comni. in fomnium Scipion.c , 11. coucher Ordinaires qui arrivent tous la
^ç) Supra, Liv. II, §,8, Édairciirs- jours,
A 5 T R O N O M I Q U E S. 48^
bylone doit être une imitation d'un ulage plus ancien. Ceux qui veiUoient
amfi fur le lever des étoiles, imaginèrent de mefurer, à l'aide de l'eau qui
s ccouloit d'un vafe , l'intervalle de deux levers confécutifs de la même
ctoile , pour connoître le tems de la révolution du ciel. La divillon du
cercle en douze parties devint par-là très- facile en apparence. Remarquons
qu'il ne s'agilToic que de diviier l'ijucrvalle des folllices & des éqainoxes ,
chacun en trois parties (j). On crut qu'il fuffifoit de partager en i 2 portions
égales l'eau qui s'écouloit pendant une révolution du ciel, & ou fe crut
alFarc que la partie du cercle , qui fe levoit pendant qu'une de ces portions
s'ccouloit, étoit la douzième partie du zodiaque. On a fait à cette méthode
plufieurs objeétions. La vîtelfe de l'eau eft d'autant plus grande quej'eau
ceftend de plus haut j ainll le mouvement continuellement retardé ne pou-
voir donner des mefures égales. Il y a fans doute des moyens pour fe pro-
curer ces mefures égales j mais on ne peut fuppofer aux anciens affez de
connoilTances en ce genre pour croire qu'ils y étoient parvenus.
On objecle encore que par cette méthode c'eft l'équateur , & non le zo-
diaque , que Ton divife en 12 parties égales. La révolution diurne fe fait
autour des pôles de l'équateur , &c en tems égaux il s'élève fur l'horifon des
portions égales de ce cercle j mais le zodiaque , qui eft incliné à l'équateur,
ne participe point à cette égalité. Voilà ce qu'on a répété dans rous les ou-
vrages, où il a été queflion de cette divifion du zodiaque par les anciens j mais
on n'a pas fait attention qu'ils ont tous commencé par rapporter lei mouve-
ment des aftres à l'équateur, &non pas à l'écliptique (i). Ainfi i! y a lieu de
croire que quand ils ont divifé le zodiaque , c'eft relativement à l'équateur , Se
qu'ils ne fe font pas embarraiTés que le s divifions du zodiaque fuffent inégales ,
pourvu qu'elles répondifTent à des parties égales de l'équateur. C'eft fans
doute une des raifons pourquoi l'étendue des conftellations eft fi inégale fut
l'écliptique (c). A l'égard des erreurs qui nailTent de la chute de l'eau, elles
font fi monftrueufes , qu'elles ont Jù frapper les obfervateurs les plus groftîers.
M. Goguer , qui doute que le partage des conftellations ait été fait ainfi , dit
lui même {^) que la première divifion auroir été de 15° 30', tandis que la
dernière auroit excédé 103° ^9'. Ceux qui étoient capables d'imaginer cette
jnéthode , n'auroienr pu méconnoître ces erreurs.
( il) Supra, Liv. II, §. itf. (t ).Riccioli-, Almag. Tom. l , p, 4Q2rj
( h ) Supra, Éîlair, Liv. YI , $. 1 1. C ''■) Tora. I, p. zj 5.
4iS H C L A I R C I S S E M E N *
§. XIV.
I L y a des moyens de remédier à cette inégalité qui n'ont peut - ctre pas
éceinconnusaux anciens. On voit par lesclepfidres que décrit Vicruve {a) que
ces machines étoient très-perfedionnées criez les Romains. On fe convaincra
par le dérail que nous en donnerons , dans la première partie de l'Artronomie
moderne , qu'au tems de ce célèbre architeéle l'art des clepûdre: n'étoit pas
nouveau. Ainfi rien ne prouve que les Romains n'avoit pas pris en Egypte,
ou dans l'Orient , les principes & la perfedbion de ces machines. Mais comme
nous donnons une très-grande antiquité au zodiaque , S: conféqaemment à
la méthode par laquelle il a été divifé , voici un mcren bien fimple dont les
hommes les plus grolîlers ont pu Se ont dû aifément i'avifer •, c'eft de re-*!
verfer l'eau dans le vafe aufli - tôt cju'eile en écoir fortie. Dès qu'on avoit
tiiefuré la première douzième parrie, dès que la féconde commençoit à s'é-
couler, on reverick la première , &rûa étoit sûr d'avoir des intervalles à-
peu - près égaux ; car les anciens n'ont pu fe piquer d'une grande précifion.
Quand l'opération a été finie , on aura trouvé 14 divifions au lieu de iz , &:
ils les auront réunies deux à deux pour en compofer les 1 2 divifions qu'on
vouloir établir. Ce que nous fuppofcns ici ell fi naturel Se G. vraifemblabte ,
que l'on trouve des traces de.cette divifion en £4 pardes.Les mois de i 5 jours
des Indiens , cités par Quinte - Curfe , & confirmés par les voyageurs mo^
flernes qui témoignent que réellement les Indiens partagent le mois en deux:
parties (^) , nous paroiiTent avoir beaucoup d'analogie avec cette première
divifion du zodiaque. Chardin nous apprend également que chez les anciens
Perfes l'année folaire étoit parragée en Z4 mois {c). Mais ce qui eft plus
fort & plus décifif , c'eft que les Chinois ont confervé cette divifion même.
Chez eux , chaque figue eft partagé en 2 parties qu'ils appellent Tfieki , & donc
le zodiaque entier en conrient 24 ( d). Il ne faut donc point dire, comme M.
Goguet , que cette divifion eft bizarre , ni croire qu'elle n'a pas été exécutée.
S'il ny a parmi les anciens auteurs que Sextus Empiricus , Macrobe de Hyp-
f arque [e] qui en ayent pirlé, c'eft bien afiez , ce femble , de ces trois auteurs
peur conftater qu'une chofe pofllole a pu être exécutée. Les reftes de l'an-
(a) Vitruvc , Lib. IX , c. 9. ( c ) M. Goguet, loco citato.
(b) 5aprà , Hclaiic. Liv. III, §. 17. Je n'ai pu trouver le lieu où Hyppar»
ic) Chardin, '1 om. V, p. 115. que en parle cl.ins fon Commentaire fuc
(<^) Soucict, Obferv.T. III,p. li&Sj. Aratus.
ASTRONOMIQUES. 4S7
tkiiiicc font rares Se prccieiix , il ne faut pas qu'un fcepticifme déplacé les
relègue au rang des fables j il tau: bien plutôt regarder les fables comme
des traditions hiftoiiques & dchgurées par le tems , d'où Ton peut , avec un
peu d'art, faire fortir la vérité.
§. X V.
O M trouve dans une lettre de M. John Call à M. Maskeline , célèbre af-
tronôme d'Angleterre , inférée dans les tranfaifclons philofophiques ( c) , une-
figure gravée du zodiaque des Indiens. Les 1 1 lignes font prefque femblables
aux nôtres. Nous ferons cependant les remarques fuivantes , autant que la p.'anche I.Fie.I,
periteire des figures nous a permis de diftinguer les objets. Au lieu des cre-
nicaux , ce zodi.îoue ne préfente qu'une feule figure , un homme debout ;
nous croyons lui voir un bouclier à chaque bras. Il y a dans la fphere indienne
de Scaliger(^') un homme qui tientun bouclier. La vierge dans ce zodiaque eft
lUie jeune nile nue , affife les jambes croifées , elle porte la main à fa tête : on
ne fait h on n'y voit pas une efpece d'aiguille. Il y a dans la fphere de Scalicrer
une fille , mais elle eft vêtue j elle a dans la main une verge ( veclis ) (c). La
balance eft fembkble à la nôtre j mais on avemt que dans quelques autres de
C5S peintures on voit une femme tenant une balance. Scaliger dans la fphere
indienne indique un homme qui tient une romaine {d). Al. le Gentil dit que
le motqal déngne !a balance , fignifie plutôt une romaine qu'une balance (e ). La
figure , qui tient ici la place du fcorpicn , ne_reiremble guère à cet animal.
ÎVlais nous l'avons fait exadement copier. Au lieu du fagittaire , on ne voit
qu'un arc &: une flèche. Dans la fphere indienne de Scr.!iger il n'y a point de
fcorpion , & la figure dufagittaireyeftabfolumentfemblableàlanôtre(/). A
la place du capricorne on trouve dans ce zodiaque un bélier & un poilTon ,
dont on n'a fiiit qu'un animal , pour compofer notre capricorne. Au lieu du
verfeau , c'eft une cruche ; au lieu de deux poiflons , il n'v en a au'un. Dans la
Iphere indienne il y a un pécheur (ç) qui peut avoir quelqu'analogie .avec notre
verfeau , ou du moins avec le fleuve qui fort de fon urne. Les fio-nes &c les
noms des fignes du zodiaque font-à-peu-près femblables chez les Perfes , les
Arabes , les Syriens , les Hébreux, &c. Chez tous ces peuples, le capricorne
(a) Tom. LXil, année 1771, p. 3^- C'^) laem , p. 341.
( b) S.aiiger, Notes fur Manilius, p. [e) Misa. Acad. Scien. 1772
?'9- (/)Scaiiger,p. 344.
(<:) Icem,^. 341. (,^)Idemj^. 34;.
^^" É C L A ! R C I 5; s E M E M s
cfc vJ'cs la iorme a'iin bélier-poiffon ; le fagictaire eft feulement un arc ; le
verfeau , un feau ou une urne j au lieu de deux poilTons , il n'y en a (a) qu'un.
Aînû toutes ces dénominations -font analogues au zodiaque indien.
Il faut bien obferver cy.ie quelque reflemblance qu'il y ait entre ce zo-
diaque & celui des Grecs d'Alexandrie , c'eft-à-dire , celui dont nous nous
fervons aujourd'hui , on n'en peut pas conclure que le zodiaque des Grecs
ait été porté dans Tlnde; celui que nous venons de décrire n'en eft point une
copie altérée. Les Brames , comme nous l'avons remarqué d'après M. le
Gentil {i>) , ont trop d'orgueil pour adopter rien de ce qui eft étranger;
d'ailleurs leur caradere n'eft point de rien changer ; ils l'auroient adopté tout
entier , & puifqu'il y a des différences très-fenfibles , telles que celles que
l'on remarque dans les gémeaux , le fcorpion , le fagittaire , le capricorne ,
il faut le regarder comme original. Il eft bien plus probable que ce zodiaque
eft, comme nous l'avons dit, le modèle d-; celid des Egyptiens.
§. XVI.
ScALiGER dans fes notes fur Manilius nous a confervé trois fpheres ,
tirées d'un manufcrit d'Aben-ezra qu'il avoir entre les mains ( c ). Il nomme
la première , fphere perfienne j la féconde , fphere indienne ; c'eft celle donc
nous venons de parler 5 la dernière , fphere barbarlque. Cette dernière eft
abfùlument la même que celle des aftrojiômes d'Alexandrie , c'eft-à-dire,
d'Hypparque Se de Ptolemée.
En examinant ces trois fpheres , on trouve que la fphere indienne n'a aucun
rapport avec les deux autres ; mais ces deux - ci ont entr 'elles des reflem-
blances qui ne permettent point de douter que l'une n'ait été conftruite d'a-
près l'autre , avec les changemens qui réfultent néceffairement de la différence
des ufages & ries idées des peuples. On voit dans la fphere perfienne une
femme, qui eft Cafilopée ou Andromède j le triangle j les poiil'ons j un homme
aflls fur un trône , qui peut être Cephée j l'hidre j la tête du diable , dont on
a fait fans doute. la tête de Médufe j la petite & la grande ourfe ^ la coupe ;
le cheval j le cofbeau j le navire j la vierge j le lion j le dragon j le lîeuve j le
taureau j le lièvre j le cigne j Hercule . ou l'homme à genoux j la moitié d'un
cheval ailé, c'eft-à-dire , pegafe.
( a ) Hyde, Tables d'Ulug-Beg , f 4» (^) ^"f^ ' L*- IV, $. 19.
fc fuivantes. (c) Scaliger , p. 33J & fuiv.
§. XVIÎ,
ASTRONOMIQUES. ' 4S5.
§. XVII.
Nous croyons que de ces trois fpheres la plus ancienne doit être la fphere
indienne , parce que ce peuple n'a jamais rien pris des autres peuples, qu'il
eft lui-même très-ancien , Se que par confcquent fes connoifTances doivent
avoir été priles à la fource première. Ainh nous croirions volontiers que cette
fphere eft la fphere primitive, qui a la même date à-peu-près que les conftel-
lations du zodiaque. Nous ne diffimulerons cependant pas que les mifllon-
naires nous ont rapporté quelques noms des conftellations indiennes qui ne
reflemblent point à cette fphere. On voit dans le ciel, difent-ils ( <z) , la tête
d'un élcph.int , fa trompe, un harpon, un cor de chalfejUn jougde palanquin,
un parafol , un palmier fauvage , des rets à prendre du poilfon , un cadre de
lit, une trompette , des rubis , des triangles ; en un mot , les producfbions ,
les inventions du pays , des figures fimples & dénuées de toute fiétion. Il eft
poflible que dans le grand nombre de peuples , renfermés fous le nom d'In-
diens , il y en ait qui ne fortent pas de la même origine , & qui ayent un pla-
nifphere différent. D'ailleurs ces noms font peut - être les anciens noms des
27 conftellations du zodiaque dont M. le Gentil n'a pu avoir l'explication {è).
Ils font aflez fimples povr être très-anciens , & ils font peut-être encorejan-
tcrieurs à la fphere de Scaliger.
Nous pouvons remarquer des variations dans les repréfentations du zo-
oiaque qui ont été trouvées dans l'Inde 5 celle du zodiaque des Indiens de
hl. John Call en offre quelques - unes dans les lignes de la balance Sz du
verfeau {c). Au lieu des deux usures des gémeaux , on n'y voit qu'une feule
figure: mais un millionnaire nous dit que le figne des gémeaux eftrepréfenté
chez eux par deux femmes , l'une defquelles tient un bâton dans fa main.
Se l'autre une efpece de harpe {d),
§. XVIII.
Quant à la fphere perfienne , nous croyons qu'elle fut réglée ou adoptée
par les Perfes du rems de Diemschid , du tems oii les quatre étoiles Alde-
baran , Antarès , Regulus & Phomalhaut , inarquoient les quatre points car-
dinaux 5C30 ou 5100 ans avant J. C. Elle pafta de la Perfe chez les Chal-
(a) Soucier , Obfervations faites aux In- (c) Suprci , §. ly.
des & à la Chine. Tom. I , p. 147. ( d ) Grammaire du P. Confiance Befchi ,
{b) Mém, Acaj. des Stiea. 1771. . p. ifié.
^90 É C L A I R C I- S S E M E N S
dcens. Diodore de Sicile nous dic(^) que leur zodiaque étoit diviré en
1 i fignes , & qu'outre cela ils avoient 1 1 conftellations au noid , &" autant
au midi ; & s'il nous eft permis de conjecturer, nous dirons que cette fphere
peut avoir été portée à Babylone avant le règne de Bélus , & avant les pre-
mières obfervations chaldéennes ( è ) par le premier Zoroaftre , vers 1430 ans
avant J. C.jlorfquel'équinoxe répondoit au i" du rameau. Il y a même cela
de fingulier que la fphere que décrit Eudoxe répondoit par fes apparences
à-peu- près à l'an 1 3 53(c),&fi l'on ajoute 1080 ans que les étoiles ontdûen>
ployer à rétrograder de 1 5 ° , on remontera à l'an 14} j , tandis qu'un autre
calcul nous a donné l'an 2449 pour l'âge de Zoroaftre (c/).Delà cette fphere
a été apportée dans la Grèce lorfque cet equinoxe avoir rétrogradé au 1 5^"*^
degré du bélier. Suivant le témoignage de Cofmas Indico-Pleuftes , elle fuc
é<»alement portée en Egypte. 11 dit formellement que les Egyptiens reçurenc
la fphere des peuples de Babylone ( e ). Il eft remarquable que dans cette fphere
chaldéenne ou perfienne, toutes les figures d'hommes Se de femmes y fonc
fans nom. Si elle avoir pafle d'Alexandrie dans la Perfe , les noms,impofés
par les Grecs , fe feroient confetvés*. On les eût peut-être défigurés dans une
langue différente , mais ils exifteroient ; au heu que les Grecs qui fe font
emparés de ces conftellations formées par les Ghaldéens , ayant trouvé dans
le ciel des figures d'hommes 8c de femmes fans nom , leur ont donné les noms
des héros de leurs fables & de leur hiftoire. Voilà tout ce qui leur appartient
dans cette difpcficion du ciel.C'eft ainfi que l'agenouillé eft devenu Hercule;
l'homme qui porte la tête du diable, Perfée ; celui qui eft aftîs fur un trône ,
Cephée , &c. Cette fphere perfienne fe retrouve décrite en partie dans ce'
que le P. Kirker a extrait d'Avcnar dans fon (Edipe égyptien (/).
§. X I X.
A l'égard de la fphere barbarique , comme elle eft évidemment la plus
mod:rne , nous en parlerons la dernière. Nous allons décrire auparavant le
zodiaque des Arabes , des Perfes , des Siamois , des Chinois & des Egyptiens.
(a) 5uf rà. Éclair. Liv. IV, §. 13&14. pag. ij^. Nous ne citerions point le té-
(à) Belus fut en 15 47- Les piemiet^s mojgnage de Cofmas, auteur peu digne
obfecvacions chaldéennes en 1134. de foi , s'il n'étoit d'accord avec des con-
( c ) Supra , Éclaire. Liv. VI , §. i, jeftuves bien fondées. H n'cft pas iinpoUîble
Infr'a , ^. 37, que dans fes voyages, il ait recueilli quel-
{ d ) Supra, Éclair. Liv. IV , §. 7. que tradition vraie & autlieiitique.
(«) Nuva coUccUq Patrum. Tom. II, (/) Toai. II,pau, 4, p. lox.
ASTRONOMIQUES. 491
Les Arabes ont très -anciennement la divifion du zodiaque en 18 par-
ties (cj ). Us donnent à chacune de ces divifions des noms relatifs aux noms
des lignes du zodiaque , de manière que le premier s'appelle les cornes , le
fécond , le ventre du bdicr ^ Sec. Nous ne croyons pas qu'on puiiïe en conclure
qu'ils ayent reçu ces noms du bélier , du taureau , &c. , des Grecs d'Alexan-
drie, parce que tous les témoignages réunis ici , dépofent que ces noms font
originaires d Ahe , & y ont été connus de la plus haute antiquité : ainlî il n'y
a point de témérité à croire que les Arabes les auront pris à la fource com-
mune. Pourquoi auroient -ils adopté les noms du zodiaque d'Alexandrie,
& n'auroient-ils pas pris également ceux des autres conftellations ? Or ils
nomment l'étoile qui eft à l'extrémité de la queue de la petite ourfe , l'étoile
polaire d'aujourd'hui, le chevreau ; les deux plus belles étoiles de la grande
ourfe , les veaux ; les pléiades , nagman ; ce qui , félon M. de Montucla {/>) , a
rapporta la fércnité qu'elles annoncent quand on commence à les appcrcevoir.
Canope , l'étalon ou le chameau mâle ; l'œil du taureau , ferJc ou L' chameau.
Une dénomination finguliere eft celle de la grande Se de la petite ourfe qu'ils
n'appellent point, commelesE:;yptiens,le chariot, mai? le grand & le petit cer-
cueils , reptéfentés par quatre étoiles j les trois autres étoiles font les pleureufes
quifuiventle convoi. Les Arabes chrétiens en ont fait le cercueil du Lazare, &
les trois pleureufes font Marie , Marthe fes deux fœurs & leurfervante (c). C'eft
ainfi qu'en Italie ces trois étoiles étoient nommées les trois cavaliers. On les
a nommées auffi les gardes de l'ourfe. Les Iroquois avec raifon fe moquoienc
de la figure de cette conftellation , où nous donnons une queue à un animal
qui n'en a prefque point {d). Les Arabes donnent aufll le nom de dubbech oa
d'ourfe à cette conftellation , & il eft vifible que fon autre nom eft ancien.
Cela eft d'autant plus certain que l'on retrouve cette même dénomination
dans le livre de Job ( e). Ils ont donc mêlé les connoiiTances de rx\iie Sc
celles de l'Egypte \ il feroit difficile de les féparer : mats auffi on ne peut rien
conclure pour ou contre l'antiquité des noms aétuels des figues du zodiaque ,
ni rien décider fur leur origine chez les Arabes.
(d) Alfergau , c. lo. Hiftoire des Mathématiques, Tome I,
{b) Hyde, Tables d'Ulug-Beg , p. il, p. J}?-
Hift. des Machéraat. Tom. I , p. 339. ( i) Le P. LafEteau , Mceurs des Sau-
(c) Riccioli, Tom. I , p. 403. vages , Tom. II , p. 15 S.
Kirker, (Edsp. Mgyp: (e ) Hift. des Math. Tam. I, p. 340,
Qqq'J
>^9a ÉCLAIRCISSEMENS
§. XX.
Les anciens Perfes avoientauiTi divifé le zodiaque en 18 condellations j
nous ignorons ce que fignifient les nonw de ces conftellations : mais on re-
marque que la féconde , appelée perv'i\ , font les pléiades , chez les Indiens
& chez les Arabes elle eft la troifieme (a). Les Perfes ont aufll la divifion en
1 1 figues , dont le figne de l'agneau ou du bélier eft le premier 5 ils les nommenc
l'agneau, le taureau, les gémeaux, le lion , l'épi , la balance, le fcorpidn,
l'arc , le capricorne , le feau & les poifTons ( b ). Ces déterminations font con-
fignées dans les ouvrages de Zoroaftre , & ne peuvent être par conféquent
moins anciennes que lui. Nous avons déjà du qu'elles paroiiroient devok
remonter ai/fiecle de Diemschid (t).
Les Siamois ont également deux divifions du zodiaque , l'une en i i fignes,
l'autre en tj conftellations [d). Ils ont même cela de particulier, comme les
Indiens , cp'il femble que leur zodiaque ne commence pas au point équi-
noxial. M. CalUni foupçonne que le point d'où ils partent, pour coinpter les
fignes & les degrés , eft vers 1 7 ou 1 8° du bélier ( e ). Ce 'qui doit étonner,
c'eft qu'il n'y a point d'étoiles remarquables dans ce lieu du zodiaque j on n'y
trouve que quelques étoiles , petites & obfcures , de la conftellation des poilTons.
Cela paroît (ingulier, parce cifu'enfin on ne peur prendre pour l'origine du zo-
diaque que l'équinoxe ou quelquétoile remarquabi e. M. Cailini n'a point deviné
cette énigme , nous allons propofer une conje£bure , ou plutôt la foumettre
au jugement des leifteurs. Nous fuppofonrqueles Siamois ont voulu fixer le
commencement de leur année au printems, c'eft-à-dlre , à l'équinoxe. Or
nous remarquons qu'au tems de leur époque aftronomique, vers l'an «53 8 de
notre ère (_/ ) , l'épi de la vierge , qui eft une étoile de la première grandeur ,
fe couchoit le matin pour la latitude de Siam , au moment du lever du foleil,
le jour de léquinoxe du printems , ou tour au plus un ou deux jours après»'
Cette étoile avoir tous les carafteres qu'ils pouvoient demander ; elle eft belle
& remarquable j elle eft d'ailleurs très-peu éloignée de l'écliptique , n'ayant
qu'un peu plus d'un degré de latitude méridionale j elle eft par conféquent
très-propre à commencer la divifion du zodiaque. Ils auront donc réglé que
l'année commenceroit au coucher du matin de cette étoile. C'eft-'de cette ob-
ia) Hydc , Tables d*UIug-Bcg, f . ;. ( ^) M. Cafllui , Mém. Acad, dss Scisn,
Souciet, Tom. I, p. 144. Torn. Vlii , p. 3C0.
(è) 2cnd-Avc(la , Tom. ÏJ,p. 345. («) Idtm , p. 197.
{( ) Supra t 5, 10. {flJdcm:, p. z'ii.
ï
ASTRONOMIQUES. 495
fervation qu'ils auront déduit la durée de leur année qui eft fidérale. Enfuite
pour faire commencer le zodiaque par le figne , où le fol&ilfe trouve lors del'é-
quinoxe du printems , ils auront réglé que cette étoile commenceroit le fep-
tieme. Le commencement du zodiaque & de chaque divifion chemine donc
dans le ciel ; ils font aujourd'hui au 10'™* degré des lignes, & ces Indiens
font ufage , fans le favoir , d'un zodiaque mobile. Nous ne favons tien de
plus fur leurs confte Hâtions , ni fur leur zodiaque.
§. X X I.
Les Chinois ont auffi la divifion en 12 figues; mais l'autre divilîon
eft en 18 conftellations Se non pas en 27. La première de ces conftella-
tions qu'ils nomment kio, commence aujourd'hui au 29^^ degré de la ba-
lance & à l'épi de la vierge. Cette conformité des Siamois avec les Chinois
eft une efpece de preuve de la poflibilicé , & peut-être de la réalité de la
conjedure que nous avons formée. Il ne faut pas oublier d'obferver qu'où- '
tre le nom qui diftingue chaque conftellation , ils y ajoutent le caradrere
d'une des planètes , en commençant par Jupiter Se recommençant par lui
lorfque le nombre des fept planètes eft épuifé {a). Nous ignorons ce que
fignifîent les vingt-huit noms de ces conftellations. On croira que les douze
figues du zodiaque portent les mêmes noms que les nôtres , fi l'on s'en rap-
porte à M. Hyde {-') j cependant la chofe n'eft pas claire : car le P. Martini (c)
dit expreffément qu'ils ont des noms difFérens. Il eft d'autant plus probable
que ces noms font ou ont été difFérens , qu'il eft aflez naturel de croire
que les fignes du zodiaque ont eu autrefois les mêmes noms que ceux
des années de la période de 1 1 ans , qui a été en ufage dans toute l'Afie.
Nous en donnerons une preuve plus bas , en décrivant l'ancien zodia-
que trouvé à Rome. Cela eft confirmé d'ailleurs par l'ufage des Japo-
nois , fi voifins de la Chine , qui donnent aux 1 1 fignes les noms fuivans ,
ia fouris , le taureau , le tigre , le lièvre , le dragon , le ferpent , le cheval , le
mouton , le finge , le coq , le chieji & le cochon (i). Ces noms (ont ceux
qu3 les années de la période de 1 2 ans ont portés dans toute l'Alîe. On
verra ailleurs (c) que les Japonnois , dont l'antiquité ne remonte qu'à l'an
660 avant J. C. , ont emprunté de la Chine tout ce qu'ds favent d'AC*
tronc mie.
(u) Martini, 7um. I , p. 54. (c ) iviarci"i, HiU. d^ iaChii;c i.i.p.jj.
Mcin Acad Scitn. T. Vlll , p. n3, î J-f- {ii) HilK des Voy./--i2.. T. XL, p. ij|.
{l) Hydc , de rel. vet. Perj. p. 1 2.4, c, i X. {e) Voyc^ Hift, de i'Allton. moderne.
454 ÉCLAIRCISSEAIENS
Les Chinois ont eu des catalogues d'étoiles aiïez nombreux. Le plus ancien
paioît remonter vers l'an looo avant J. C. , fous la dynaftie des Hia. Il y
en a un autre attribué à Vou-hiene vers l'an 1530 avant J. C. Ces cartes ne
fubfiflent plus. Les plus anciennes font celles qui ont été drelTées à la fin du
C^ fiecle de notre ère. M. Freret {a) avoir une copie figurée de ces cartes dans
Icfquelles, quoique grojjî ères , la fituaùon des étoiles ejl en général ajfe\ facile à
reconnaître. Elles en conticnnmt plus de 14(^0. Le père Gaubil avoir promis
des détails fur cqs catalogues chinois \ nous ne favons poinr qu'il ait tenu
parole. Ainfi nous fommes difpenfés d'entrer dans plus de détail. Voici ce
qu'on lit dans l'hiftoire des mathématiques {b). " Les Chinois, comme tous
» les autres peuples , ont divifé le ciel en conftellations , & ils leur ont donné
» des noms à-peu-près comme nous avons fait. On voit dans leur fphere
,j quelques hommes célèbres parmi eux , des animaux , des inftrumens &
,> des uftenfiles d'agriculture ou de ménage , &c. Ils ont fur-tout tranfporté
]> en quelque forte toute la Chine dans le ciel , en plaçant du côté du nord
J» ce qui a plus de rapporta la cour & à la perfonne de l'empereur ■ on y voit
» l'impératrice , l'héritier prcfomptif de la couronne , les miniftres de l'em-
j> pereur , fes gardes , &c. En général ces noms paroiflent plutôt donnés à
» des étoiles feules qu'à des grouppes confidérables , comme ceux qui forment
51 nos conftellations. M. Freret ajoute que '< les noms des conftellations
» chinoifes font en général relatifs aux dignités , aux emplois & aux magif-
» tratures de l'empire. Quelques-unes portent les noms des provinces , des
3> montagnes , des rivières & des villes de la Chine j d'autres , mais en petit
j> nombre, portent celui de divers meubles ou inftrumens des arts. Il y en a
5> fort peu qui ayent rapport aux fables des Tao - fle &: des mythologues ,
jj parce que la fefte dominante a toujours regardé avec mépris ces fortes de
» fables , &: qu'elle auroit cru profaner les fciences , fi elle les avoir mêlées
j> avec les conuoiflances férieules & folides (c) ».
§. X X I I.
Nous palfons aux Egyptiens. On nous a tranfmis plufieurs zodiaques qui
paroiflent leur appartenir , mais dont l'authenticité peut être fujette à quelques
difficultés. Une des premières chofes que nous avons à faire , c'eft de réfuter
une erreur où font tombés la plupart de ceux qui ont écrit fur cette matière.
{a) Mémoires d^' l'Académie des Inùiip- (i) Hift. des Math. Tom. I, p. 393.
dons, Tom, XYllI, p. Z7I. ( c ) Màu. Acad. luf. T. XVIII, p. 171.
ASTRONOMIQUES. 495
On repère parcour que le zodiaque des Egyptiens étoic le même que celui des
Grecs , parce que Lucien l'a dit (j) j parce qu'il dit qu'on y voyoit le bélier
le taureau , &c. Lucien a fleuri longtems après Hypparque j il ne devoit pas
connoîcre d'autre zodiaque que celui des aftronômes d'Alexandrie. C'eft
à-peu-près comme fi on difoit que le zodiaque des Grecs d'Alexandrie, étoic
le mcme que celui des Grecs d'Europe & d'Afie. Le témoignage de Lucien
ne prouve que cela 5 mais avant Hypparque , Ariftille & Timocharis , avant
ce zodiaque , n'y en avoit-il pas un plus ancien ? C'cft ce qu'il faut examiner ,
& ce que Lucien ne contredit point.
§. X X I I L
Le P. Montfaucon (A) nous a confervé une efpece de zodiaque qui femble
vraiment égyptien. Il ne refTemble en rien à celui des Grecs. Nous ne pouvons "'"'^■'^^ ^^'
rien dire de fon antiquité j nous le croyons feulement très-ancien, 1°. parce
les figures font très-fimples , comme on peut le voir par la planche aue nous
en avons fait graver , & que d'ailleurs la mémoire de ce qu'elles repréfentenc
eft abfolument perdue j 2°. parce que nous avons d'autres zodiaques qui ont
des reflemblances avec celui des Grecs , & qui par conféquent doivent être
plus modernes. Nous ne devons pas dillîmuler qu'onn'eft point certain que la
figure , dont le P. Montfaucon donne l'explication , foit réellement un zo-
diaque. Mais cette figure eft partagée en i x colonnes chargées de caraderes
hiérogliphiques. Au haut de chacune de ces colonnes font repréfentées les
figures que nous avons réunies dans une feule planche \ il eft naturel de fun-
pofer que ces colonnes , remplies d'hiérogliphes , contiennent des chofes re-
latives aux douze mois de l'année , & que les figures qui les accompa^nenc
font celles des fignes du zodiaque qui répondoient à ces mois. Il faudroit,
pour en être afluré , pouvoir déchifter les caraderes contenus dans cette
table.
§. XXIV.
On rapporte communément l'origine des 12 fignes du zodiaque aux li
grands dieux de l'Egypte. C'eft le fentiment de M. Freret (c) , & plus ré-
cemment de M. Schmidt [d). Cette idée eft confirmée par le zodiaque dont
{a) De Afirologia. ^ { d) Dans une dllfcrcation adrelTée à
( b ) Anci^uité expliquée, Suplém. T. II, la fo;iété d;s Antiquaires de Londres, in-
P ^^^- féree dans le tome deuxième d'un Journal
{c) Dcfenfe de la Chronologie , p. ;cp. imprimé à Berne en 1760 , pai^e 70.
4-T ÉCLAîRCISSEMENS
le P. Kiikar nous donne la figure de l'explication. Ce pera l'a conftrult d'après
les fragmens hiérogliphiques , copiés en Egypte fur les anciens monumeus
par un Copte , avec lequel il avoir eu des relations à Rome , & qui s'étoic
chargé de cette commiffion {a)..
M. Freret ajoute que fous chacune de ces 1 2. divinités , les Egyptiens en
plaçoient trois autres qui préhdoient à lo degrés, & qu'ils nommoient inf-
pedeurs. Ce font les decuni des aftrologues antérieurs à Ptolemée. On trouve
dans la table ifiaque 5 6 figures ( b ) qui répondent aux douze mois de l'année,
8c qui étoient fans doute les hiérogliphes ou les emblèmes de ces divinités.
Les Egyptiens attribuoient à Hermès ou Mercure la divifion du ciel en i , 4,
I z & 36 parties j cette divifion en ^6 decani feroit donc très ancienne. Il eft
fin"ulier que Ptolemée n'en fafle point mention.
Sous chaque decani il y avoit trois aflelTeurs ou miniftres ; ce qui faifoit en
tout 1 5 (î divinités , & 108 conftellations. On a dans les anciens les noms de
ces 36 decani (c) j & comme on trouve ces rhêmes noms fur plufieurs pierres
gravées, avec des figures égyptiennes, il eft: fort probable que ces figures font
celles fous lefquelles les Egyptiens les repréfentoient. Chacune de ces conf-
tellations avoit une étendue de j° zo'. En en réuniffant quatre enfemble,
on avoit donc un efpace de i 3° 20' , qui eft précifément la lycme p^rtig (^^
zodiaque, & l'étendue d'une des 17 conftellations lunaires , ou manfions de
la lune , d'où on peut conclure que par ces fubdivifions ils avoient voulu
établir un certain rapport entre les deux divifions relatives au foleil & à la
lune. Remarquons une analogie finguliere entre le zodiaque indien & le
zodiaque égyptien. Les Indiens fubdivifent leurs z8 conftellations en quatre
parties , & les Egyptiens partagent leurs decani en trois ; de forte qu'il y a
en tout 108 fubdivifions dans l'im & dans l'autre zodiaque. 11 eft impoftîble
de ne pas croire que l'un a été copié fur l'autre , ou que tous les deux ont U
même fource, -
§. XXV.
Le p. Kirker commence le détail qu'il nous donne du zodiaque égyptien
par le capricorne (c/). Ce figne , félon lui , étoit dédié à Anubis , confervateur
de la chaleur & de l'humidité , dont le fymbole étoic un animal , belier-
(a) 0:<iz>../Egyff. T. II, parc, i,p. 104. ( <; ) Scaliger, Notes fur Manilius, page
( b ) Ibidem , Tom. III. 44^ ^ fuivantes.
f ignorius , Menfa ijiaca. ( 'i ) (Eaip. Mgyp.T.ll , part, i, p. i; ) .
poiiron.
ASTRONOMIQUES. ■^c.y
poîlTon. Nous avons vu qiic ce figne fe retrouve exaftement dans îe zodiaque
indien ( a). Le fécond croit confacrc à Canope , à la divinité qui mettoit en
action l'humidirc foucerraine, pour difpofer la terre à la fécondité. Comme
les Egyptiens repréfentoient Canope fous la forme d'une cruche , les Grec»
ont mis une urne dans les mains du verfeau ; cette cruche fe trouve auflî
dans le zodiaque indien. Le troifieme appartenoir à Ichton , idée ou modèle
de toutes les chofes qui doivent être produites dans le monde. Le nombre
infini de toutes ces chofes eft défigné par l'emblème des poilTons , dont la
fécondité eft immenfe. On donnoit le quatrième à Ammon, reprefenté pac
un homme dont la tète porroit des cornes de bélier. Le cinquième étoit dédié
à Apis , fous le fymbole d'un bœuf. Le fixieme à Hercule & à Apollon , ou
félon Plutarque ( ^) , à Harpocrate & à Hclitoménion , enfans jumeaux d'ifis
^ d'Ofiris. Le feptieme à Hermanubis , c'eft- à-dire , à Mercure qu'ils dé-
peignoient fous la forme d'un Ibis. Ce fymbole a été changé dans celui de
récrevilfe , à caufe du mouvement rétrograde , par lequel le foleil , lorfqu'il
eft parvenu à ce (îgne , commence à fe rapprocher de l'équateur. Le huitième
étoit confacré à Momphra , génie qui piéfldoit à l'accroiirement du Nil ; ou
le peignoir fous diverfes formes , d'un homme ou d.'un lion couché. Le
neuvième étoit dédié à Ifis que l'on reprcfentoit par un fphinx , ou par une
femme qui tient des épis. Le débordement du Nil, qui commençoit dans le
figne précédent , finifToit dans celui-ci : aufll tous les hiérogliphes , qui onc
trait à ce débordement , font accompagnés d'un lion ou d'un fphinx. On dit
même que les Egyptiens repréfentoient le débordement du Nil par un fphinx,
xnonftre compofé d'une femme & d'un lion , parce que ce débordement
<3uroit pendant tout le tems que le foleil employoit à parcourir les fignes du
lion &: de la vierge (c). Le dixième étoit donné à Omphta, qui étoit cenfé
le jufte diftributeur de la fécondité apportée par le Nil. On le peignoir fous
la forme d'un homme qui tient à la main une règle ou bâton divifé , & qui
porte fur la têre un boiffeau. Dans le zodiaque indien il y a une femme qui
p3rre une balance. L'onzième éroit dédié à Typhon , l'ennemi de la nature ,"
qui venoit arrêter les productions de la terre , en détraire , ou du moins en
fufpendre la fécondité; ce qui étoit dcfigné par l'emblcme d'un taureau dont
un fcorpion mord les tefticules. Le douzième étoit confacré à Nephtis , génie
<jui prélidoit à la chaleur fouterr.iine ; il avoir , dit - on, le dépôt des armes
( a ) Supra, §.15. { c) Hyde , fur ks Tables d'Ulug-Bcj^
( y ) De Ifidi ^ OJiriiîi, P^gc J i .
Rrc
^^8 Ê C L A I R C I S S E M E N S
d'Ofirls ou du foleihc'efl: pourquoi il eft repréfenté par nn homme qui lance
une flèche. On voit fur les fra^raens d'un ancien ôbélifque égyptien , le fa-
glttaire & les poiflons tels qu'ils fonr repréfentés dans notre zo.liaque (<'). On
trouve dans lnjlo'ia univirfale de Blanchini les figures des 1 1 figues du zo-
diaque ; mais elles four tirées des médailles des empereurs Commode Sc
Trajan (/') , 3c par conféquenr ne fout pas alfez anciennes pour fervir d'aucune
preuve ici.
§. X X V I.
Selon M. Schmidt le capricorne ctoit dédié à Pan ou à Mendès. La cruche
idu verfeau faifoit allufion à une fête anniverfaire de la mort d'Ofiris. Les
poiflfons étoienrconfacrés à Nephtis j le bélier, à Jupiter Ammon; le taureau,
au dieu Apis ; les gémeaux , à Horus & à Harpocrate ; l"écreviire , à Anubis ;
le lion , à Ofiris j la vierge , à Ifis •, le fcorpion , qui comprenoit alors deux
iignes , à Typhon j enfin , le fagitraire , à Hercule.
§. X X V I L
Nous avouonsque nous avons peine à imaginer que les premiers inventeurs
du zodiaque fefoient fait le fyftème de faire aiufi préfiderune divinité à chacun
des figues du zodiaque. Nous penfons que l'on n'y a placé des dieux ou des
hommes que lorfque les erreurs de l'aftrologie ont corrompu les principes de
l'Aflronomie. Nous penfons que dans ces premiers commencemensles idées
étoient plus fimples , & nous fommes afiez de l'avis de M. Pluche qui rap-
porte l'origine des fignes du zodiaque à la vie paftorale des premiers hommes.
Il s'eft fondé d'ailleurs fur un palfage de Macrobe , dont nous devons faire
mention ici (c). Macrobe, cherchant la raifon de la dénomination impofée
aux fignes de l'écrevifle & du capricorne, prétend qu'on a défigné le figne du
ïblftice d'été, par l'écrevifle qui marche à reculons, parce que dans ce figne
le foleil rétrograde & revient fur fes pas pour defcendre vers l'équateur \ que
le figne du folftice d'hiver fut nommé le capricorne , parce que , femblable
à la chèvre qui iv.onte toujours en broutant, le foleil parvenu à ce figne re-
commence à s'élever. Sur ce plan d'analogie M. Pluche , aureur de l'hiftoire
du ciel (./) , imagine à fon tour les dénominations des autres fignes. Il prétend
( c)Pocokc, defcript. Cf thecaft. T. II, ( c ) Saturrj. Lib. I,c. 17.
yart. i, pag xoy. {a) Hiftoice du Ciel, Tome prcmiei^
(A) rag.'é7 , 196, 5o<, FS^ '7-
ASTRONOMIQUES. 49^
que les iiiftîtuteurs du zodiaque ont réellement voulu marquer la faifon des
agneaux par le bélier à l'équinoxe du printems ; l'égalité des jours &c des nuits
par la balance à l'équinoxe d'automne j le tems de la moiffon par la vierge
tenant des épis j le tems des pluies d'hiver par le verfeau, &c. Or , comme
il n'y a point de pluie en Egypte ,que la moifTon ne s'y fait pas dans le mois
où le foleil entre au figne de la vierge, Se qu'en un mot l'ordre que les fignes
expriment n'efl: pas celui du climat égyptien , il infère que le zodiaque n'a
point pris naiflance en Egypte , qu'il y a été porté d'ailleurs , que ce font les
premiers habitans de la Chaldée , qui avant leur dilperfion ont donné aux
m^.lfons du foleil le nom qu'elles portent , & que les fignes du printems furent
dès -lors , comme ils l'ont été depuis le bélier , le taureau Se les gémeaux , la
balance , le figne de l'automne , &c.
§. XXVIII.
Nous fommes bien de l'avis de M. Pluclie , quant au pays où il place î»
première divifion du zodiaque , c'eft en Afie fans doute qu'elle dût être pri-
mitivement exécutée. Les noms des animaux qu'on y a placés font dûs à la
vie paltor^le des premiers hommes j ils y ont mis des agneaux j un taureau ,
des chevreaux , parce que ces beftiaux , qui faifoient toutes leurs richeflTes ^
étoient fort intéreffans pour eux. Mais il n'y a nulle apparence qu'on ait donné
le nom du bélier au figne, ou le foleil fe trouve lorfque les brebis mettent
bas. Le mouvement des étoiles en longitude détruit tout ce beau fyftcmà.
Les étoiles du bélier écoient dans les fignes d'hiver à l'époque dont parle M.
Pluche , & la balance précédoit l'équinoxe peut-!;tre de deux fignes entiers. Au
refte il ne faut pointobjeéteràM.Pluche d'avoir faitentrer dans fon zodiaque
lahalancej qui ne fe trouve point dans celui des Grecs d'j\lexandrie. Ou
fait que le fcorpionoccupoit deux fignes, & que les ferres de cet animal te-
noient la place de la balance j mais une partie de ce figne pouvoit être
nommée la balance , & il feroit difficile de prouver qu'elle a été inconnue a
Pfolemée même. Il eft certain du moins que Vitruve ( a ) , Geminus ( 3 ) ,
Ciceron (c) , écrivains antérieurs à Ptolemée , en ont fait mention. D'ailleurs
il eft évident qu'elle exiftoit dans le zodiaque des Indiens , comme le prouve
(a) Vitruve , Lib. IX , c. 6 & 7. Se qui iîgnlfie un pefon , une balance à la
( i ) Geminus, c. i. romaine, femblabk à celle que les Indiens
(c ) Ciceron fe fcrt du mot jugum. Ce- ont dans leur zodiaque , félon M. le Geil-
jfiinus du r.iot Zvjcî qui y répond eu grec, til. Supra , §. i/.
R r r ij
500 E C L A I R C I S S E M E II S
Ia ligure qne nous en avons fait graver. L'explication de Macrobe ne peut
fubfifter , 1°. parce que les étoiles de l'écreviffe étoienc fort éloignées du
folftice , lorfque le zodiaque a été réglé : i°. parce que le capricorne n'eft
point une chèvre , mais une chèvre de un poiflon réunis (12) j à moins qu'on
ne fuppofe que le folftice d'hiver , ayant été primitivement dans le figne des
poifTons , lorfqu'on voulut le déligner par une chèvre, on y joignit un poifont
pour conferver la mémoire du lieu où il avoir été jadis. Le fphinx pourroic
bien être un exemple du même genre ; on auroit joint une femme de un lien ,
pour marquer que le folftice d'été s'étoit trouvé fuccelîivement dans ces deux
figues.
§. X X I X.
Il faut donc s'en tenir à l'explication de M. Freret , de M. Schmidt, Se du
P. Kirker qui ne différent pas eflentiellement. Ce n'eft pas que noxis ima-
ginions que fi le zodiaque a été réellement inventé en Egypte, les premiers
auteurs y ayent entendu tant de finefle.Ces noms auront été d'abord tout fim-
plemenr des noms d'animaux ; les prêtres dans la fuite des tems , pour con'-
iacrer davantage les objets du culte, auront cherché à retrouver dans les fignes
dn zodiaque les dieux que l'Egypte honoroit : on aura prétendu que ces animaux
en ctoientles emblèmes ;& peut-être, comme l'aconjeâruré M.Pluche,eftce
là l'origine du culte iingulier que l'Egvpte rendoit aux animaux. Le livre de
Jvl- Pluche eft rempli d'idées ingénieufes j fon défaut eft de croire coût en-
tendre , & de vouloir tout expliquer.
XXX.
A l'égard du P. Kirker , nous n'ignorons pas que fon zodiaque & fon pla-
îiifphere égyptien , dont nous parlerons bientôt, font fort fufpeéls aux favans 5
nous ne prétendons point non plus les garantir. Cependant nous avons déji
«lit qu'il ne faut par rejeter les monumens de l'anticjuité fans de fortes raifons ,
& nous ne trouvons point les obje6tions que l'on fait à ce père fuffifamment
fondées (/>). On voir , dit- on , dans fon planifphere des conftellations que
l'on fait n'avoir pas été comprifes dans le planifphere égyptien , telles que
ïes deux ourfes , le dragon , la balance Se les gémeaux. Achilles Tatius té-
jnoigne ( c) que les deux ourfes , céphée , ni le dragon ne s'y trouvoienr pas j
(a) Suprh. , §. I y & 1 y. Aft-ron. àz M. de la Lanck , T. I , p. 14*.
( b ) Goguet , Tom. li , pag, 41 S, C^) Achilles Taciiif,c. 35,/;; Uran. f . 16^.
ASTRONOMIQUES. 501
mais il ne dit point comment il l'enrendoit. Hérodore dit auffi (a) <|iie les
Egyptiens ne connoiiroient point les diofcures , ou les jumeaux, Caftof &
PoUiix : mais H :rodote ne parle que des frères d'Hélène , & non pas de la conf-
tellation à laquelle les Grecs ont donné ces noms. Nous voyons que les orien-
taux plaçoient dans le zodiaque deux veaux , deux agneaux ou deux che-
vreaux, enfin deux jumeaux (/') : cette défignation n'étoitdonc pas inconnue
à l'antiquité. On en peut dire autant de Céphée. Quant à la balance , il eC:
incertain Ci elle n'a pas été connue en Egypte. Il eft sûr quî dans la fphere
d'Alexandrie le fcorpion occupoit ce figue par fes ferres , mais le figne de la
balance étoit connu alors , & bien longtems auparavant dans l'Afie (c). A
l'égard des deux ourfes il femble que le P. Kirker a dû avoir des autorités
particulières pour les y placer. Le paiïage d'Achilles Tatius ne lui étoit p?.s
inconnu puifqu'il le cite {d). Il reconnoît ailleurs {e) que les étoiles de l'ourfe
étoient appelées par les Egyptiens, le chariot. Selon toutes les apparences
Achilles Tatius s'eft trompé dans ce qu'il a avancé; car Plutarque (/) a parlé
de l'ourfe comme d'une conftellation éç^yptienne. Il eft vrai que Plutarque
eft poftcrieur à Hypparquejmais un témoignage plus ancien & plus décifif,
c'eft l'infcriptionque nous avons rapportée dans le livre I {g) , où la conftel-
l:.tion de l'ourfe eft nommée. Cette infcription , drefTée du tems dOliris , a,
plus de 3000 ans d'antiquité avant J. C.
§. X X X ï.
D'AîLLîuas nous avons déjà dit , en faveur du zodiaque du P. Kirker,
qu'indépendamment de ce qu'il paroît appuyé fur des monumens égyptiens ,
certaine rclTemblance , que l'on peut aifément remarquer entre ce zodiaque
& celui des Indiens, dépofe pour fon authenticité. Le P, Kirker n'a point
connu le zodiaque qui eft gravé récemment dans les tranfadiions philofo-
phiques ; & il eft évident que le figne indien , où l'on voit un bélier & un
poiflon , eft l'origine du monftre moitié bélier & moitié poifton , qui fait au-
jourd'hui le capricorne. En outre le figne du verfeau eft reprefenté dans l'un
& l'autre zodiaque par une cruche.
(a) In Euterpe. (d) (Edip.^ J£gyP- Tom. II , part, a ,'
(A) Hydc , de relig. vet, Perf. c. 51, p. xoj.
pag- 3 97- ( « ) Ii>:d:7n , p. îio.
Zend-Avefta, T. II , p. ;49. (f) De IfiJe & Ojlnde.
(c ) 6'«/'rii,$. 15 SiÉclaix.LiV. r/', 5. 44. (^) 5/ifr,î , Éclaire. Liv. I, §. îo.
501 É CL A I R C I S S E M E N S ^
Reaiarqtions que ce zodiaque, comme celui uçs Indiens, n'a qu'uiipoiltoit
au lieu de deux. Le nom égyptien de ce fîgne eft un fingulier qui figniiîe le
poilTon d'Horus {a).
Ces conformités femblenr établir qu'il y a eu très-anciennement quelque
communication entre les Egyptiens & les Indiens. Le pa.Tage étoit plus facile,
& le détour moins long , lorfque le détroit de Babel-Mandel étoit fermé ,
comme nous apprenons de Strabon {h) qu'il l'étoit jadis. Le golfe perfique
l'étoit peut-être également (*). Tout nous porte à croire qu'Ofiris regnoit
plus de 3000 ans avant l'ère chrétienne (c). Il a pouffe fes voyages & fes
conquêtes fort loin dans l'Afie. On ne doute point qu'il ne foit le même que
Bacchus qui fut le légiflateur de l'Inde. Il a donc pii porter le zodiaque d'E«
gypte ou d'Ethiopie dans l'Inde , ou bien rapporter le zodiaque indien eii
Egypte. Un indice affez fort, que nous avons déjà remarqué , peut même
décider la chofe en faveur des Indiens : c'eft celui que nous tirons du capri-
corne , repréfenté chez les Indiens par un bélier Se un poilfon féparés , & chez
les Egyptiens par un monftre formé de ces deux animaux. Nous 'avons die
que le peuple, q^ui a confondu ces deux animaux en un feul, fut le peuple
imitateur.
§. XXXII.
Nous ne devons pas oublier de parler d'un zodiaque que Scallgec
nous a confervé , & qu'il dit avoir tiré des antiquités de l'Egypte ( d). Il
ef: d'abord divifé par fignes , & enfuite de dix en dix degrés , c'eft- à-,
dire, en decani fuivantla méthode des aftrologues. Chacun de ces dccani,
oUtre le nom qui lui eft attribué, eft encore diftingué par le caradtere
d'une des planètes, comme les conftellations des Chinois {e). Nous ob^
ferverons que chez les Chinois, ces noms des planètes font impofés ,
fans doute comme noms des jours de la femaine : l'ordre qu'ils fuivenc
eft celui-ci, fùrurne, îe foleil, la lune, mars, mercure, Jupiter, venus.
(^) «Il n'cft pas douteux qu'il y a eu " avant que Zoroaftre & Pythagore liaf»
51 autrefois une communication entre la 33 f.nc commerce avec eux ".
» Pcrfe , l'Egypte & l'Indofban. La pre- Trad. duSliafta'î , par M. Holwel, p. i>^f
•5 miîre confine avec celui-ci , & quoique (a) Riccioli, Almag. T. I, p. 401.
>= l'Egypte en foit plus éloign<;e, cela n'em- Ktrker, Tom. II, part. z. p. itfy.
V pschoit pas qu'on ne pût aifémcnt aller (i ) Sciabon , cité dans le livre intitulé :
'3 ])ar mer de la mer ro'jge dans l'Inde. de la Population de l'Amérique , pag. 451*
»5 J'ofe donc avancer, faas crainte de me ( c ) Supra , Éclaire. Liv. I, §. 10.
« ttompér, que les Mages de ces deux na- {à) Notes fur Maniiius, page 441.
»r tions ont connu les Bramiucs long-tems \i) Supra , §. ii.
A s T R O K O M 1 Q U E S. je.
Nous ignorons pourquoi leur pLeitiiere conitelhcion commence par Ju-
piter. Il eft-viUble qu'ici on a eu égard à la ruppofition que chacune
de ces conftellarions e(V décrite par la lune dans un jour ; on leur a donné le
nom des Jours de la feraiine, & les femaines défignent alors les quatre
quartiers de la luno. Chez les Egyptiens, ou du moins dans le zodiaque
dont il eft ici quellion , on fuit les planètes félon l'ordre de la diftance
en plaçant venus &c tiiercure entre le foleil &c la lune. Le premier decani
du b:lier porte le cara£lere de mars; nous en ignorons la raifon, puif-
qu'on fuit l'ordre des planètes , on devoir commencer par la plus proche ,
ou p.ir la plus éloignée j cela paroît évident. Le caractère de faturne ne
fe trouve qu'iu troi(i;me decani du taureau. Seroit-ce que l'équinoxe étoic
placé entre le zo & le jo" de cette conftellation , lorfqae ce zodiaque a
été réglé, &c qi'on en a feulement changé le commencement, lorfqn'au
tems des Aftronômes d'Alexandrie l'équinoxe avoir rétrogradé & fe rrou-
voit dans 'e premier decani du bélier. Cette feco^jjde conjeélure fortihe celle
que nous avons propofée plus haut ( '^ ) , par laquelle nous avons fait voie
que l'équinoxe avoir du répondre à la fin delaconftellp.ciond i taureau; & l'une
6 l'autre tranfporte également l'origine du zoJtaqae au- delà du déluge.
§. X X X I 1 L
Ce qui eft très-remarquable dans ce zodiaque , c'eft que chaque degré
7 eft délîgné par une figure particulière d'animaux , de différentes chofes ,
mais furtout d'hommes & de femmes , dont le nombre eft plus des deux
tiers da nombre des djgrés. Ce zodiaque nous paroît l'ouvrage de l'af-
trologie ; ces figures attachées à chaque degré particularifent bien d'a-
v.antage les prédiélions , qui font trop générales , & appartiennent à trop
d'individus , quand le zodiaque n'eft partagé qu'en 1 1 conftellations. Cette
circonftance du grand nombre d'hommes & de femmes qui y font placés eft
une preuve ce ce que nous avançons ; c'eft précifément , parce que ces degrés
de l'écliprique influoient fur îa deftinée des homme; qu'on y a placé ces
figures , qui , par les marques qui !cs diilinguenr , & par les cliofes dont
elles paroiffent occupées, étoient p:us propres que d'aurres fignes à dé-
{îgner les inchnations faaires des irtdividus naiffans. Ceci eft même un
jnd -e que l'afage A\ -.tro-l'.i'.re d;s fi^'i es 'T.mi'.n?s dais le ci?' p:ut
{a) oui^ra i-aV. III, 5. ly, ÉcUirc. Lr. . II, 5. lli
504 ÊCLAIRCISSEMENS
devoir Toil origine à l'afti-ologie : cela eft d'auranc plus probable qile les
prédirions font écrites à coté des figures , Se qu'il eft vifible que les figures
ont été imaginées relativement aux prédirions , & pour exprimer l'in-
fluence qu'on attribuoit à chaque degré de l'écliptique.
Scaliger donne ce zodiaque aux Egyptiens : nous croirions plus volon-
tiers qu'il a été inventé dans l'AfTyrie , parce qu'on y voit en plufieurs en-
droits des vierges, & des femmes qui s'offrent à l'homme, ou qui l'atten-
dent (^z). On fait que dans l'Aflyrie il y avoitdes temples de Vénus oii
les femmes alloient fe proftituer par dévotion [è). On ne dit point qu'il
fe foit jamais rien pafle de pareil en Egypte. 11 femble que plufieurs degré*
de ce zodiaque, cités à la marge, fartent allufion à cet ufage.
D'ailleurs dans les caractères qui défignent les decani. Se où on fuit
l'ordre des planètes , cet ordre indique que les peuples qui ont réglé ce
zodiaque rangeoient venus Se mercure au delTous du foleil. On fait que
les Chaldéens feuls & Pythagore plaçoient ainfi ces petites planètes ( c). Les
Egyptiens les plaçoient au delTus {d)y du moins c'eft l'ordre que fuivoit'
Platon, qui, fans doute le tenoit des Egyptiens (ej.
§. X X X I V.
Un planifphere très-curieux, mais que malheureufement le tems ne
nous a confervé qu'altéré , eft celui qui fut trouvé à Rome fur un fragment
Planche ÎIL de marbre Se qui eft gravé dans les mémoires de l'académie des fciences
pour 1708. M. de Fontenelle dit que ce planifphere eft égyptien & grec;
pour nous, nous le croyons purement égyptien, & nous y reconnoîtrons
des traces de fon origine indienne. Au centre eft un ferpent , emblème du
tems , dans fes replis font renfermés deux animaux qui paroiffent être les
deux ourfes j ainfi ce font les trois conftellation s du pôle boréal. On trouvé
enfuite trois ^ones circulaires où l'on voit i i figures , qui font évidemment
les 1 1 fignes du zodiaque. Les deux extérieures de ces trois zones renferment
(a) Au quatrième degré de l'ccreviire. (.b) Valere Maxime, Lib. II, c. 6.
yjypQ flans otiofa virum expeclando. Hcrodote, Lio. ! ,
Au cinauienie: Mu/iir flans vif-um .ex- ^ Srrabon , Lib. XVI, pag. 745.
vcBando. ' Hiftoire Univcrfclte , Tome III, page
Au onzième degré du lion : Malier flans %;;.
rcnf.'.m denucans. ( c ) Suprj , Liv. VIII , §. 4.
<■ Au premier degré de la vierge: Mulicr R-iccioii , Almag. Toni. I , pag. loi.
hene ornata, cxpeiians fpeitacuiumviri, {d) Ibidem, pag. 493.
;Sç.i)iger, /oci>mato., (^c) Supra, Uy. l'S, ,%. i.
A <; T R O N O M I Q U E s. '505
en e(Tct nos figues tels que nous les connoiflons. On y voit entiers , ou
à peu près entiers , le bélier , le taureau , les gémeaux , TccrevilTe , la
balance , le fcorplon & le fagittaire. La balance eft portée par un homme
comme elle l'ell par une femme dans le zodiaque indic-u. Mais ce qui
eft plus remarquable , ce font les gémeaux reprcfentcs par un honime Se
une femme. L'Iiomme tient une malfue ou un bâton , & la femme une
efpece de lyre, précifément comme dans la defcription de ce figne que
nous a donnée le P. Eefclii (a) : ce qui démontre que ce planifphere eft
d'ongine indienne. Dans la zone intérieure font repréfentés des animaux
au nombre de 1 1 , il n'y en a que 5 qui foient confervés. On y diftingue un
cochon, un ferpent, une écreviire,& deux animaux qu'on peut prendre
pour un lièvre & une brebis. On voit la tcte d'un 6' animal qui pourroit
être celle d'un coq. Ces animaux doivent être ceux qu'on a placés primiti-
vement dans !e zodiaque , ceux qui délignent encore la pciiodè de 1 2 ans.
Il eft clair qu'on a voulu placer les anciennes figures à côté des nouvelles. Au
delà de la troifieme zone extérieure , ou en trouve une quatrième qui montre
trois figures égyptiennes pour chaque figue: ce font celles quidéfignoientles
dtcani. Cela eft d'autant plus évident qu'an deftîas de chacune de ces figures
il y en a une autre qui repréfente une planète , & précilément celle qui
prcfide à chaque decani , dans la fphere de Scaliger dont nous avons parlé.
Au delFus des trois decani du bélier , on voit ici mars , le foleil , venus.
Au delfus des dccanï du taureau, font mercure, la lune & faturne. Ce
font prccifément & dans le mcme ordre ceux qui préfident aux decani de
ces deux figues dans la fphere de Scaliger {b). Il y a donc la plus grande
analogie entre ce planifphere de marbre & la fphere dont Scaliger nous
a donné la defcription.
R. Pocoke a trouvé en Egypte , dans la ville d'Acmin , qui eft l'an-
cienne Panopolis , une efpece de zodiaque fculpté fur une pierre ; voici
la defcription qu'il en donne. 11 y a quatre cercles. Dans le cercle in-
térieur eft une figure, qui, félon lui , repréfente le foLnl. Les efpaces
entre les cercles font divifcs en douze parties. Dans le premier efpace
font douze oifeaux, dans le fécond, douze figures effacées que R. Pocoke
conjedure avoir repréfente les figues du zodiaque; dans le troifieme il
y a le même nombre de figures d'homm.es. Au dehors de ces cerclis.
i^a) Surra , V 17. (5) Notes furManilius, p. 441 & fuiv.
Sff
5o<î Ê C L A I R CI S S E M E K S
dans les angles de la pierre , il y a quatre figures qui peuvent être les:
faifons ( a ). Ce planifphere n'a rien de commun avec celui qui a été
trouvé à Rome , & que nous venons de décrire. Nous préfumons que
ces 12 figures d'hommes repréfenroient les difFérens âges du foleil , qui
comme nous l'avons die {i) , changeoit de vifage A chaque figne du
zodiaque.
§. XXXV.
Voila tout ce que nous avons pu recueillir de connoiiTIinces fur
les zodiaques des anciens. Nous en avons encore moins fur leurs pla-
nifpheres. Nous favons feulement que les Chaldéens avoient 14 conf-
tellations, i 2 au nord de l'écliptique , & autant au midi. A l'égard des
Egyptiens nous avons le planifphere que le P. Kircker a donné dans fon
œdipe égyptien. On penfe cpe l'aftronôme Pétofiris étoit l'auteur de
cette fphere ( c). On y retrouve le triangle, le dragon, l'autel & quel-
ques autres qui peuvent avoir fervi à former les conftellations grecques.
Nous devons regarder ces dernières comme un mélange de celles qui
fe trouvoient dans les planifpheres chaldéen Se égyptien. On voit dans
celui-ci, au defTus des pléiades, une poule dont cet amas d'étoiles repré-
fente la couvée. Nos payfans conduits par le même efprit d'analogie ,
ou par quelque rradition, le nomment la poujjînieie. L'orus eft devenu
le bootes ou le bouvier des Grecs j la principale étoile étoit nommée
arclouros , ou i'crus voifcn de l'ourfc , pour le diftinguer de la conf' J
tellation méridionale d'Orion ( d). Les anciens Grecs nommoient la conf- M
tcllation de la petite ourfe kunos-oura ; on traduit ce mot par la queue
du chien [e). Mais félon M. Freret (/), il efl: clair que ce nom fignifie
le chien d'Orus. On trouve dans Firmicus plufieurs conftellations qui ne
font pas marquées dans Ptolemée, & qui appartiennent fans doure à la
fphere égyptienne. Il place le renard au nord du fcorpion avec Ophiu-
cus,& le cynocéphale au midi avec l'autel. Aquarius fe levé, félon lui ,
avec une autre conftellation qu'il nomme aquarius minor , avec la faux,
le loup, le lièvre & l'autel. Au nord des poiflons , il place le cerf & une
( 12 ) R. Pocoke, Voyage de l'Orient, (i) S-iumaife , de ann. cumaB. p. 59 .
Tom.l, pa^. 77. {e) Germ. Céfar. Commen:. ad Aratt
( A ) Sufrà, Liv. IV, §. 4. in min. arci.
( c ) Juliu'<; Firmicus. (/") Déf. de la Chron. pag. joi,
ïrecc:, Déf. dç la Chron. pag. jci. {,£) J^lius rirmicu».
ASTRONOMIQUES. 507
autre conftellacloii du lièvre. Ces différentes conftelbtlons ne fe trouvent
point toutes dans le planifphere du P. Kirker, mais fi l'on conferve quel-
que doute fur fon authenticité , ces différences ne doivent pas faire con-
clure qu'il foit taux. Il n'y a point de nation chez qui les figures de la
fphere n'ayant fubi quelque variation , jufqu'à ce que l'Aftronomie perfec-
tionnée les ait fixées. Nous en avons vu an exemple chez les Indiens {a). Ric-
cius (h) témoigne qu'il y avoit beaucoup de différence entre les confr
tellations fuivant les Indiens , les Egyptiens Se les Grecs , & qu'elles
ont fubi les plus grands changemens, tant dans leur nombre que dans
leur forme. Ajoutons que chez les Egyptiens il paroît que ces conftella-
tions étoient au nombre de 48 ; fur chacune des quatre faces de l'obé-
lifque barberin à Rome : obélifque qui fut conftruit en Egypte par Ra-
menés, fuivant Pline au tems de la guerre de Troye : on voit douze étoiles
qui repréfentent les condellations : les Egyptiens en avoient donc alors
48(0.
§. X X X V I.
La troifieme fphere , que Seal iger nomme d'après Aben-ezra, fphere
barbarique , eft la même que la fphere d'Eudoxe , d'Hypparque &c de Pto-
lemée. Lorfque dans les anciens auteurs Nigidius (*) & Firmicus, ellç
eft appelée barbarique , ils n'entendoient pas que les conftellations en
fuffent différentes de celles qui compofoient la fphere grecque \ mais dans
les ouvrages où ils traitoient de l'ordre, fuivant lequel fe levoient &
fe couchoient les conftellations , ce qu'on appelle l'état de la fphere pour
un climat déterminé, les Grecs d'Eurjpe appeloient fphere grecque, celle
qui décrivoit les levers &c les couchers des étoiles pour la Grèce , celle qui
■étoit accommodée à leur climat^ & fphere barbarique , celle qui étoit re-
lative au climat, ou à l'horizon d'Alexandrie {d).
L'époque de cette fphere eft très-facile à déterminer par les figures
des conftellations qui la décorent. Suivant la remarque de Newton , on
ne peut la placer qu'entre l'expédition des Argonautes & la guerre de
( * ) Firmicus cite Navigius , & non pas ( a ) Supra , §. 17.
Nigidius ( Firmicus pr&f. fecund. libri. ) { b) De motu oàav. fpheri , page 41
Mais M. Vcidlcr penfe avec raifon qu'il & 43.
f?-\t lire Nigidius. C'cfl: une erreur de Co- ( c ) Kirker , (Ed'ip. JEsypc. Tora. III ,
pifte : on ne voit ciic nulle part d'Aftro- pag. 174 & jco.
nome , ni d'Aftrologue , nommé Navigius, {à) Scaliger , Notes fur Manilius ,
VciJlet, Hift. Aftron, pag. ij^. pag. 355.
Sff
5o8 Ê C L A I R C I S S E Kî E N S
Troye. On s'sn convaincra aifcment en fuivant ce j^rancl homme {a) danî
Je coup d'œil qu'il jerte fur ces coiiftellatioii5. On voyou, dit-il, " fur
j> la fpliere de Mufée le lelier d'or qui écoit le pavillon du navire dans
»j lequel Phryxus fe fauva dans la Colchide. Le tiiureau aux pieds d'airain
j> dompté par Jafon. Les geimaux Caftor & Pollux , tous deux Argo-
>j nautes, auprès du ao'/îe de Leda leur mère. Là étoient reprélenrcs le
>y navhe argo & l'hidre, ce dragon fi vigilant. Enfuite la coi'fe de Me-
» dée & un corbeau attaché à des cadavres , qui eft le fymbole de la mort.
5> D'un autre côté on remarquoit Chiron , le maître de Jafon , avec fon
» autel &c fon facrifice. Hercule l'argonaute avec fa fiJche , & avec le vau-
» tour tombant j le dragon , le cancer & le /hn qu'il tua ; la lyre d'Or-
» phée l'argonaute. C'eft aux Argonautes que toutes ces chofes ont rap-
» port. On y avoir encore repréfenté Orion, fils dj Neptune , ou félon
» d'autres , petit fils de Minos , avec ùs chiens , fon îuvre , fa ùviere &c
»j fon fcorpion. L'hiftoire de Perfée eft défignée par les conftellations de
w Perj:e ^ ^è^ Andromède , de Céphce , àe Cojfiopee & de la baleine. QqWq
zi de Calliftho & de fon fils Arcas par la grande ourfe &: par le gardien
3i de l'ourfe. Celle d'Icare & de fa fille Erigone eft marquée par le bou-
j> vier , le ckarint & la vierge. La petite ourfe fait allufion à une des nour-
5> rices de Jupiter; le ckartier, à Erichtonius ; le ferpentaire , à Phorbos ;
j> le Jagitaire , à Crolus , fils de la nourrice des Mufes ; le capricorne, à
jj Pan; le verfeau, à Ganimede. On y voyoit la couronne d'Ariane, le
n cheval allé de Bellérophon ; le dauphin de Neptune , Paigle de GanL-
jj mede ; la chtvre de Jupiter , & fes chivreaux. Les ânons de Bacchus ,
» les poijf^ns de Vénus &; de Cupidon , & le p' ijjon aujlral leur parent.
j> Ces conftellations & le fiangk font les anciennes dont parle Aratus, &font
,) toutes allufion aux Argonautes, à leurs contemporains, & à des Grecs
5j plus anciens d'une ou de deux gént'rations. De tout ce qui étoit originai-
3} rement marqué fur cette fphere , il n'y avoir rien de plus moderne
,5 que cette expédition ( /• ) ». Les Grecs n'auroient pas manqué d'y faire
mention du. fiége de Troye, &c des combats fameux qui y ont été li-
vrés , fi cette d'.fcription de la fphere n'eût pas été entièrement faite lors
{a) Clircn. Réf. p. 87. confulter Hygin, Ajironcmicon Poctlcam.
(0) Si Ton vei:c plus de détails fur Riccloli , Lib. VI, c. 3.
les fables grecques qui ont éié appli- M. de la Lande , Ailronomie , Tora. I ,
ijuées aux conftellations cékftes , ou feue pag. iji & fuiv.
ASTRONOMIQUES. 509
«Je ce ficge mémorable dans la Grèce. Rien n'eft plus évldenr ni mieux
démontre que cette alTcrtion. Mais en étant d'accord avec Newton pour
placer la fphere des Grecs entre l'expédition des Argonautes , & la def-
truition de Troye , nous ne pouvons être de fon avis fur le fiecle qu'il
allign^ à ces deux faits hiftoriques. Nous ne dlfcuterons point ici les preuves
différentes que Nev/ton emploie pour établir fon fyftème; elles ont été
combattues Se détruites par le P. Soucier (a) , & par M. Freret (^). Nous
parlerons feulement de la preuve aftronomique que M. Haliey (c) appe-
loit ihe mojl quejiionablç part of thc rrhoU fyjlème.
§. XXXVII.
L'idée de régler la chronologie par la détermination ancienne des
points équinoxiaux & folftitiaux étoit belle, grande , & digne d'un homme
de génie \ mais M. Nev/ton s'eft trompé dans l'application qu'il en a
faite, &: le fyftème qui en réfulte eft tombé, parce qu'il eft contraire
aux faits. M. Newton [d) veut que cette fphere ait été réglée, lorfque
les colures coupoient l'écliprique au 6° 20' du taureau, du lion, du
fcorpion & du verfeau, à 56° 19' du lieu que ces colures occupoient en
ï(>8i). Cette différence 56° 29' répond à un intervalle de 21S25 ^"^5 ^'^
par conféquent fixeroit l'époque de Chiron à l'an 036 avant J. C. Il
veut (t) que toutes les déterminations des points équinoxiaux, au 1 5=™^,
aux 12-™=, 10™^, 8^"^, i^'' degré des fiiines rentrent les unes dans les
autres & ne différent que par une différente manière de compter. Ainfi
le 8«'^"= & le 15^™= font les mêmes, parce que le 15='"^ degré du fi'-Tie
croit alors , félon lui , le même que le 8^""^ degré de la conftelîation , puifque
la conftelîation commençoit au 7-'"= degré du figne. Voilà la différence
du fyftême de Newton, aux autres inrerprérations des portions délî-
gnées par les anciens aftronomes. M. Newton entend par les degrés ceux
des conftellations. Quand Eudoxe dit formellement (_/ ) que les colures
paffoient par le milieu du bélier , de l'écreviffe , de la balance & du
capricorne , M. Newton entend le milieu des conftellations , & non le
milieu des fi^nes. Mais, comme le remarque M. Whifton [g] , les
( <j) Differt. contre la Chron.de Nevrton. (e) Uidem , pa^. 85 & fuiv.
(i)Dcten<"c de la Cliron. (f) Comment, ad Arat. in Uranolog,
-^ c ) TranT. philcf. n°. 597 , pag. zoj. pag. 2.07, zoS.iij.
( <i } Chion. icf. pag. ji. ( ^^ Déf. de laChtoo. p. 41J.
j,, È C L A I R C I s s E M E N s
points où les cplures coupent l'écliptique, doivent être éloignés de 90*.
iSo°, &c. c'efl: ce qui n'arrive point dans le fyftême de M. Newton.
Pour la première année de l'ère chrétienne , par exemple , félon Ric-
cioli, la première étoile èîar'us étoit dans 5° 23' du bélier ^a)\ l'éten-
due de cette conll:ellation eft de zo° 13'j fon milieu étoit donc dans
15° 19'. La première étoile de la balance étoit dans le \G° 28' de la
balance; l'étendue de cette conftellation eft de iS° 37' j fon milieu étoit
donc dans 25° 46', & ne répondoit pas par conféquent au milieu de
la conftellation d'rfriej , dont il auroit été éloigné de 191° 17'. H eft re-
marquable que le colure , établi au 15° 29' de la balance, n'auroit pas
mcme paflé par cette conftellation. Outre beaucoup de difficultés qu'il
feroit trop long de détailler ici , c'eft que les anciens ont donné routes
ces déterminations des points- équinoxiaux comme différentes. Par la
fnppofition de Newton rien ne devient plus obfcur que les paftages où il eft
queftion de ces points. Il eft évident qu'Eudoxe par la délignation générale
du milieu du bélier , de l'écrevilfe , de la balance & du capricorne , a voulu,
marquer précifément le 1 5^™= degré des fignes, ou dodécatéraorics. De là il
fuit que les points équinoxiaux, au lieu d'avoir rétrogradé de ^6° 29',
comme le prétend M. Newron , en ont réellement parcouru 42° 15', comme
la démontré M. Whifton : 41° 15', à raifon d'un degré en 72 ans font
3042 ans, écoulés depuis FétabliiTement de ces points aux ijemes degrés
des fignes, jufqu'en 1(^89. Cette fphere avoir donc été réglée vers l'an
1353 avant J. C. C'eft auffi l'époque de Çliiron. M. Freret ajoute en-
core avec raifon {b) qu'Hypp^rque en plaçant la première étoile du bélier
dans le colure de l'équinoxe du printems , conformément aux obfer-
vations de l'an i<î2 avant J. C. éloignoit ce même colure, ainfi que celui
des folftiçes de plus de is° des étoiles, par lefquelles la fphere d'Eu-
doxe marquoit leur paffagej que ce même Hypparqu? donnant le lieu
de beaucoup d'autres étoiles , en afcenfion droite daiis fa propre fohere ,
5c le comparant avec celui de la fjîhere d'Eudoxe, marque conftammenE
une différence de i j à 1 6°. L'intervalle de 1191 ans entre l'an 1353 & l'an
i6'2 , époque des obfervations d'Hypparque , demande une diftérence de
\G° \-^ mais les obfervations de ce tems n'étoient pas alfez précifes pour
qu'il ne fe commît pas des erreurs de cette efpece. Le fyftême ingénieux
( a ) Tome I , page 402. ( b ) Dcfcr.fe d; 13 Chron. p. 4+4 £c fuiv.
ASTRONOMIQUES. pi
de M. Ne^vton manque donc par les fondemens , £c le grand homme
s'eft mépris une fois.
§. XXXVIII.
La fphere a donc été réglée dans des tems antérieurs à l'an 935 avant
J. C. , Se autant que les erreurs inévitables dans la détermination ancienne
des colures permettent de hxer ces tems antérieurs , on peut dire que leur
époque remonte à l'an 1355. Les anciens chronologues fixoient cette année
1553 poiur l'époque de l'expédition des Argonautes (;z); le tems de la
prife de Troye eft félon la chronologie d'Hérodote & de Thucydide vers
l'an 1185 (f). En fuppofant que Chiron le précepteur d'Achille , foi:
l'auteur de cette fphere , il doit être antérieur au fiége de Troye au moins
de 70 ans, & cette confidération donne encore 1545 ^"^* Ce n'eft pas
tout. Hypparque (c) cite un pafTage de la fphere d'Eudoxe; ejl virbficHcL
quzdam , in eodem conjîjlens loco , qud. quidem polus ejl mundi. Il eft donc cer-
tain , que du tems où a été réglée la fphere décrite par Eudoxe , il y avoic
une étoi'e placée au pôle même, ou du moins trcs-près du pôle. On n'a
jamais pu défigner le pôle par les petites étoiles de la fixieme grandeur.
Or, celles-là exceptées & l'étoile de l'extrémiré de la queue de la petite
ourfe , l'étoile polaire d'aujourd'hui qui en étoit alors très-loin , on ne
trouve que l'étoile x du dragon qui ait pu être regardée comme polaire. Cette
étoile en 1689 ctoit par fa longitude dans 11° 51' 40" du lion [d).\\
s'eft donc écoulé 5014 ans depuis que cette étoile a quitté le colure des
folftices, & elle étoit dans ce cercle l'an i^iC avant J. C. , elle a 6\^
45' de latitude feptentrionale; elle étoit donc à plus de 4° du pôle •
mais dans ces premiers tems cette différence n'empêchoit pas qu'on ne
la regardât comme immobile. Cette époque de la defcription de la fphere
vers l'an 1516 , ou 1355 , eft d'accord avec Seneque , qui difoit vers le
milieu du premier fiecle de l'ère chrétienne, nondum. funt anni mille quin-
gir-.ti , ex quo Grœcia Jlellis numéros & nomina fecit (g). U n'y a pas encore
quinze cens ans que la Grèce a connu le nombre des étoiles Se leur 3 im-
pofé des noms. 80 ou 90 ans de différence, ne doivent faire aucune peine
ici ; il eft évident que Seneque n'a pu , ni voulir donner qu'un à peu-près.
(fl ) DéFrnfedela Chron. pag. 65. {d) Catalogue BritaDiquc, To;n. III ,
(6 ) Ibidem , pag. 63 & 71. pag. 47.
(c) Commen:. !urAracus,Lib. I,p. 17^. {e) Quîfi. nef. Lib. YH , c. 15.
511 ÉCLAIRCISSEMENS
§. X X X I X. **
Il eft donc évident que la fphere grecque a été établie dans le milieu
ou vers la fin du quatorzième liecle avant l'ère chrétienne. Newton donne
Chiron pour l'inventeur de cette fphere {a). M. Freret n'eft pas tout-
à-fait de cet avis (A). Il remarque qu'Aratus , qui emploie quinze vers (c) à
parler de celui qui a diftiibué les étoiles en différentes conftellations, ne
fait aucune mention de Clairon, & qu'il fuppofe même que ces conflella-
tions avoient été imaginées fuccefllvement. Se par divers aftronômes dont
le plus ancien n'étoit pas connu. M. Newton ne cite qu'un vers d'un
ancien pocte grec, qui dit que Chiron a deffiné les conftellations & qu'il
a partagé les étoiles en divers afterifmes (<f). L'invention de la fphere
eft attribuée auffi à Mufée (e ).
§. X L.
Pour conferver , &c en même tems concilier ces ditférentes traditions,
nous oenfons que la fphere perfienne , ou plutôt la Iphere chaldéenna
fut apportée dans la Grèce, Se que Chiron la démontra le premier, c'eft-
à-dire, en fit connoître aux Grecs les conllellations. Nous penfons que
ces conftellations repréfenroient des figures d'hommes fans nom , àes
animaux , Sec. que les Grecs y firent quelques changemens pour fe les
rendre propres , & que Mufée imagina de donner aux figures d'hommes
^ de femmes qui y éroient placés , des noms tirés de l'hiftoire vraie, ou fa-
buleufe de la Grèce. Remarquons que cette idée d'apothéofe n'a pu venir à
ceux qui ont les premiers partagé & défigné les conftellations. Elles ne l'ont
été que fucceflivement , Se cette apothéofe n'a pu être faire que tout à la fois.
On fent qu'elle a dû être exécutée d'un feul jet. La magnificence du projet
eft dans fon étendue ; c'eft fou enfemble qui frappe & qui fcduit. Le génie
du pocte aftronôme , fans cet enfemble Se cette étendue , n'eut point em-
braiTé cette idée , ou du moins elle eût mal pris chez des contemporains
jaloux. Celui qui auroit défigné une confteHacion par le nom d'un homme
célèbre auroit éveillé l'envie. Vn peuple libre eût fouftert difiicilement
(fl)Chron. reformée, pag. 87. (d) Clément d'Alexandrie, Strom. I.
(é) Défenfe de la Chronologie, page Yeidler , pag. ;.
41*. (f ) Suidas.
( c ) Aracus , de phenomenis, VeiJlcr , png. 8.
^■etî^
ASTRONOMIQUES. 515
cetre efpece de fortune d'un particulier. Nous venons que la flatterie,
rcuiru mal en confaccant la chevelure de Bérénice & la mémoire d'An-
tinous. Mais en fuppofant que ces honneurs fullent accordes par la juf-
tice & non par la flatterie, on fait comment les Athéniens traitoient fur
la terre les grands hommes qui les avoient le mieux fervis , &: l'on. peut
juger s'ils auroient fouffert qu'on les plaçât dans le ciel les uns après les
autres ; l'Oftracifme les en eût bientôt bannis. Mais quand il s'agit de
les y placer tous enfemble , quand il s'agit d'hommes célèbres , morts de-
puis longrems, qui ont celle de payer leur tribut à l'envie, ce n'eft plus
la gloire d'un homme , c'eft la gloire 8c l'intérêt de la nation. Le peuple
applaudit à l'idée du poète. Eib élevé tous les efprits , elle s'y grave , &
la mémoire s'en conferve jufqu'aux lîecles à venir. Coni.laons que cette
aporhéûfe n'a pu être imaginée, exécutée que fur une fphere toute faite,
qui n'attendoit que les noms & les événemens qu'on y vouloit conferver ;
fphere apportée de l'AGe vers le 14= fiecle avant l'ère chrétienne. Il n'a
pas été difficile d'y trouver toutes les reflemblances qu'on a voulu avec
l'hiftoire grecque. On a vu fur cette fphere un navire , ce ne pouvoir être
que le navire Argo y le cigne étoit Jupiter transformé pour jouir de Leda ;
la lyre étoit celle d'Orphée , l'aigle étoit celui qui enleva Ganimede j
lourfe , la nymphe Calliftho , &c.
Il y a apparence que les Grecs , appelés à Alexandrie par les Ptolemée , y
apportèrent leur fphere , & que ce fut cette fphere dont Ariftille , Timo-
charis , Hypparque & Ptolemée l'aftronôme , perfedionnerent la connoif-
fance. Ils en détaillèrent les différentes parties ; ils firent le premier dénom-
brement des étoiles. C'eft cette fphere que Ptolemée nous a tranfmife , 8C
à laquelle nous ajouterons fucccOivement les différentes conftellations ima-
ginées par les modernes.
Te
<i4 É C L A I R C I S S E M E N S
SUPPLEMENT
AU LIVRE NEUVIEME.
Des caractères par lefquels ont été déjîgnés les fignes du
■^odiaque & les planètes.
§. X L I.
■5-
•*-'ES carn£teres par lefqiiels nous défignons aujourd'hui les fignes du zo-
diaque , doivent leur origine aux caradteres hiérogliphiques, que l'on a réduits
&: abrégés , autant qu'il a été poflîble pour la facilité de l'ufage [a).y , vient
des cornes du bélier. V , eft une tète de taureau avec les cornes. H , font les
deux gemeauxunis & accouplés. Quant au caractère de récreviife , Ç5 , nous
Plancte I, Jig. 1. avons (/■) dit que ce figue étoit dédié à Hermanubis . repréfenté par un ibis.
On y a fubftitué depuis une écrevilTe , & pour conferver la tradition de ces
deux formes , on a pris la tête & le bec de l'ibis , avec la queue de récrevilfe.
Cette origine eft ingénieufe. Q^ , eft la queue du lion, np , peut venir de trois
épis aifemblés par un lien ( c ). Saumaife croit que cette marque a fon origine
dans la corne d'abondance, qu'on avoir placée dans la main de la vierge , qui
en Egypte étoit Ifis , & Cérès en Grèce. On a peint feulement la corne d'a-
bondance pour repréfenter le figne , comme on deiîine un arc , ou même feu-
lement une flèche pour le fagittaire [d). Il eft vrai qu'il y a loin de la figure
d'une corne d'abondance , au caraélere qui défigne aujourd'hui la vierge ,
mais cela n'embarralfe point les étimologiftes. :Gr , eft le fléau de la balance.
HT, , font les pattes &: la queue du fcorpion. -H, la flèche du fagittaire. ';fc> , les
replis de la queue du capricorne. ïsï , les ondes de l'eau du verfeau. Eniùj
X j font deux poilTons accouplés.
§. X L I î.
Lts anciens aftronômes ont nommé tète & queue du dragon les deuz
points d'interfefHon de l'écliptique & de l'orbite de la lune , ce que nous ap-
pelons auj 3urd'hui les nœuds. Ils nommoient ventre du dragon les points de
( a ) Klrkcr, (i£aip. JF.gypt. T. II, pan. 1, {c) (Edlp. JE^ypt. Tom. II , part. 1 ,
pag. Kîj. - pag i(5y.
\b) Supra t §. 15. • \à) PîinianA exenit. pag. 871,
ASTRONOMIQUES. 515
fo'; cercles où fe trouve la plus grande latitude. M. Goguet (a) trouve avec
beaucoup de vraifemblance l'origine de ces noms dans les hiérogliphes. Les
Egyptiens dcllgnoient le tems , le liecle ^& fans doute toute efpece de révo-
lution , par l'emblème d'un ferpent , qui en fe mordant la queue , formoit un
cercle {i>). De même pour reprcfenter le monde , les Egyptiens peignoient
un ferpent, couvert d'écaillés de différentes couleurs, roulé fur lui-même.
Nous favons , par l'interprétation qu'Horus Apollo donne des hiérogliphes
égyptiens , que dans ce ftyle les écailles du ferpent défignoient les étoiles du
ciel (c). On apprend encore, par Clément Alexandrin, que ces peuples repré-
fentoientla marche oblique des aftres par les replis tortueux d'un ferpent (i).
Les Egyptiens, les Perfes peignoient un homme nud, entortillé d'un ferpent;
fur les contours du ferpent étoient dellincs les figues du zodiaque. C'eft ce
qu'on voit fur différens monumens antiques, & en particulier fur une repré-
fenration de Mithras , expliquée par l'abbé Bannier (s), & fur un tronçon de
ftatue trouvé à Arles en 1 698 (/). Il n'eft pas douteux qu'on a voulu repré-
fenter par cet emblème la route du foleil dans les 1 1 fignes , & fon double
mouvement annuel &z diurne qui, en fe combinant , font qu'il femble s'a-
vancer d'un tropique à l'autre par des lignes fpirales. On retrouve cet hié-
rogliphe jufque chez les Mexicains. Ils ont leur cycle de 51 ans repréfenté
par une roue. Cette roue eft environnée d'un ferpenr qui fe mord la queue ,
& par fes nœuds marque les- quatre divi"fions du cycle (^).T*fous fommes en-
tièrement de l'avis de AI. Goguet. Il eft évident que les figures des conftel-
lacions , les caractères qui défignent les fignes du zodiaque, & tour ce qu'on
peut appeler la notation aftronomique , font les reftes des anciens hiéro-
gliphes. Il eft remarquable que les Chinois appellent les nœuds de la lune,
la tète &c la queue du ciel , comme les Arabes difent la tête & la queue du
dragon. Le dragon eft chez les Chinois un animal célefte 5 ils ont apparem-
ment confondu ces deux idées Le P. Lafiteau [h) demande fi ce font ces noms
qui ont fondé la croyance des Indiens , des Chinois & des Mexicains , que
les éclipfes font caufées par un dragon, qui veut dévorer la lune. Il eft bien
plus vraifemblable que cette ridicule fuperftidon a donné le nom aux nœuds
de la lune , pr.rce que c'cft-à-peu-près dans ces points qu'elle eft menacée de
( a ) Çoguec.Tom. Il, Diffère, i, p. 410. (e) Explication des Fables, T. I , p. 6}i.
(i) Hqrjs ApoUo, Lib, I , ci. (/) 1'. Monfaucon , Antiquité expliquée.
( c ) Ibiàem. (g) Hift. des Voy ag. T. XLVIII ,ç.i6.
( a) Stromac, Lib. V , p. S57. ( /i ) Mœurs des Sauvages , T. I, p. 14S.
Ttr ij
^is FCLAIRCÎSS E.M E N S
cet accident. L'Edda donne également au foleil & à la lune un loup pouf
les dfvorer. Le foleil & la lune fuient les deux loups , Se voilà pourquoi ces
deux afties courent fi vite. Il y eft encore fait mention d'un grand ferpent qui
environne la terre {a). Tout cela a quelqu'analogie avec le ferpent qui par
tout repréfente le tems , &: avec le dragon dont la tète Se la queue marquent
les nœuds de l'orbite de la lune , tandis que ce dragon caufe les éclipfes. Mais
cette fuperftition , ce préjugé univerfei qui fe retrouve en Amérique comme
en Afie , n'indique-t-il pas une fource commune , & ne place- t-il pas même
plus naturellement cette fource au nord, où peut exifter la feule communi-
cation poflible entre l'Afie & l'Amérique , & d'oiz les hommes ont pu def-
cendre facilement de toutes parts vers le midi , pour habiter l'Amérique, 1«
Chine , les Indes , &c. ?
§. X L I I I.
Nous parlerons ici tout de fuite de l'origine des noms des planètes. Les
noms qu'elles portent aujourd'hui ne font pas de la première antiquité. Us ne
remontent qu'au tems, où les peuples , fiifint Tapothévjfe de leurs héros , ima-
ginèrent de les placer dans le ciel, en leur donnant le gouvernement des pla-
nètes. On ne peut gueres fuppofer qu'on fût refté jufqu'à ce moment fans
donner des noms aux planètes. Ils ont été changés alors , & tout nous porte
àcroire que les premiers obfervateurs défignerent les planètes par des noms^
qui avoient quelque rapport avec les qualités les plus fenfibles de ces aftres (/'),
Il eft; aifé de s'en convaincre par les noms que quelques peuples leur onc
donnés.
Les noms égyptiens des planètes furent Nemefis pour faturne , Odris pour
Jupiter , Hercule pour mars , Horus ou Apollon pour mercure (c). Jablonski
penfe avec alTez de vraif-iiiblance que venus , dont le nom égyptien n'eft
point rapporté ici par Achilles Tatius , étoit dédiée à Mendès ou à Pan , &
nommée de fon nom : parce que cette planète étoit regardée comme fé-
conde [d) , & que Pan étoit le dieu ou l'emblème de la fécondité ; mais fur-
tout parce que cette marque Ç a été reconnue pour être le phallum confacré
à Pan, & que cette marque eft depuis longtems , Se eft encore aujourd'hui
le caradere par lequel nous défignons la planète de venus (f). Outre ces noms
(a) M. Mallet, introduftion à l'Hif- ( f ) Achilles TacJus, c. 17.
ïoite de Dannemarck. Edda , pages zj {d) llins, Lib. II, c. S.
Se 91. ( i) JMofiski, Pai:rh.eoii Mgyptîorum ,■
( b ) Goguec , Tom. II , pag. 417. Lib. II , c. 7 » §. 6 , & Lib, III , c. 6 , §. i^.
ASTRONOMIQUES. 517
tirés des Jleux qui prclîdoient aux planètes , elles en avoient de deux autres
efpeces ; favoir ceux qui ctoient dérivés de leurs vertus , & ceux qui éroient
tirés de leur couleur. Selon VettiusValens, mars qui avoit une vertu nuifible
Se mortelle , étoit appelé arcen (<j). C'elt le feul des noms de cette efpece qui
nous foit parvenu. Les Orientaux le nommoient a^er (/>) , Se les Grecs ares.
Ces noms font viliblement les mêmes. Les plus anciennement impofés fans
doute font ceux qui font dérivés de LH couleur & des apparences des planètes.
-^ £nfuite vinrent ceux des dieux qui leur furent attribués. Enfin les derniers
font ceux qui font relatifs aux vertus des planètes. Ils ne font nés qu'avec
l'allrologie. C'eft pourquoi les plus anciens de ces noms font peut-être ceux
qu'on trouve dans l'écriture Se dans les langues orientales.
Le foleil eft nommé fckémèr , qui fignifie briller , ou bien» /i e(i le feu , la
chaleur, lu lumicre. La lune eft nommée Uhanah à caufe de fa blancheut. Les
Alfyriens & les Babyloniens nommèrent le foleil adai, c'eilà-dire , V unique ^
les Phrygiens l'adoroient fous le même nom. Les Phéniciens appelèrent dans
les commencemens X^ioX^Abeel famen ,\q feigneur du ciel, & la \anzaftarté,
la reine des cieux. Les Egyptiens avoient donné à venus un nom que les
Grecs ont rendu dans leur langue par celui de callijli très-belle , ou , pouE
mieux dire la plus belle. Us donnoient à Mars un nom qui fignifie embrafé ^
à caufe de la couleur rouge de cette planète. Ils appeloient mercure Xéiin-
Cilant , & Jupiter Xéclatant (c). Le nom qu'ils donnoient à faturne eft plus
Singulier , & ne découvre pas aufll facilement fon origine \ ils l'appeloient
V apparent , ce que les Grecs ont rendu par le mot pkainon , celui qui fe montre^
Gril eft certain que faturne eft la moins brillante des planètes, & celle qui
frappe le moins les yeux. Mais Riccioli [d] conjecture avec alTez de vraifem--
blance que les Egyptiens lui ont donné ce nom , parce que fon mouvement'
étant très-lent, le foleil s'éloigne promptement de cet aftre , qui dans le tems
des conjoncT:ions fe trouve plutôt dégagé des rayons du foleil : bien différent
en cela de mars qui le fuit alFez longtems. Les Grecs , pour déligner le foleil
empruntèrent de la langue phénicienne le mot helojo , qui fignifie haut, dont"
ils firent helios. Ils appelèrent la lune felené d'un mot phénicien qui fignifie'
pajjer la nuit. Les fauvages de l'Amérique feptenrrionale ont imaginé des-
dénominations à-peu-près femblables. Ils appellent le foleil ouerttekka , il
porte le jour ; la lur.e afontckha , elle porte la nuit ; venus teouenter.haovithj , el!e
{ a) ]ih\on%k'\, ibidem, t. \\l, c. 6. §.4. {c) Goguer, Tom. II , pag. 417.
{i )Hydc, derel.vct. Perf. c, i, p. 6i,, ( tf ) Almag. Tom. I, p.ig- +80,
5i8 èCLAlRCISSEMENj;
cnr.onci le jour (ci). Ce nom caractérife paifaitement l'apparition de cet aftr.tf
le matin , qui, comme on voit , n'a pas échappé à l'attention de ces peuples
fauva^es. Les Chinois comptent 5 élémens , & donnent leurs noms aux
5 planètes , le foleil & la lune exceptés [b\ 11 y a apparence que ce ne font
pas les noms primitifs des planètes chez les Chinois. On voit que lorfque ces
noms ont été impofés, il y avoit déjà un fyftcme de connoiflances. On avoic
bien ou mal fait le dénombrement des' élémens , ce qui fuppofe un peuple
déjà avancé dans les fciences. On avoit fait la remarque que les élémens &:
les petites planètes étoient en nombre égal. Comme il eft alfez naturel de
nommer les objets à mefure qu'on enacquiert la connollfance , on peut croire
que les planètes ont eu d'autres noms , auxquels on a fubftitué ceux-ci , lorf-
qu'on a voulu y mettre une forte de méthode. En effet on voit que fans doute
dans des tems antérieurs , ils avoient nommé venus taipé qui veut dire
blanche (c),
§. X L I V.
Quant aux caraéleres par lefquels nous défignons aujourd'hui les planètes,
ils font, dit-on, fort anciens. Sciliger [i) affiire qu'on les trouve fur de très-
anciennes pierres gravées. Quoi qu'il en foit, on prétend que "b eft !?. faux
du tems ou de faturne ; Tp , la foudre de Jupiter , ou la première lettre de fora
nom en grec, c/" , la lance de mars avec fon bouclier. 0, le difque du foleil.
^ le croilfant de la lune. % , le miroir de venus. "^ , le caducée de mercure. Il
eft évident , fi cette origine eft bien fondée, que ces caraderes viennent des
Grecs , puifqu'ils naiflent de leurs fables , & qu'ils font dérivés des attributs
de leurs dieux. Remarquons que les Chinois , de toute antiquité , ont dé-
■ficîné le foleil {^) par un petit cercle avec un point dans le milieu. Ce ca-
raftere hiérogliphique eft exactement le même que celui dont les anciens
Grecs fe font fervis , & dont nous faifons ufage aujourd'hui. M. Goguet {J )
eft d'avis que nous tenons des Arabes la forme de ces carafteres , parce qu'ils
font les mêmes que ceux de la chimie qui eft certainement née chez ces
p;uplesj mais les Arabes peuvent les avoir fait palfer aux Grecs d'Alexandrie.
( a ) LafRteau , T I , p. i ; 5 , T. II. p. 1 ; 5 . ( c ) HyJe , de lelig. vettrum Perfarum ,
( ff)Marcini, HilLdeiaChine,T. I,p. 15. c. 18, p. 119.
La terre Sarurae. (d ) Scaliger, Notes fur Manilius, pag.
Le bois. ....... Jupiter. 460.
Le fcu Mars. (e) M.ivtini , Hiftoire de la Chine,
Lcô -Tii-îaux Vénus Tom. I, pag. îo.
L'eau Mercure. (/) Tome il , pag, 437.
ASTRONOMIQUES. 519
Snumaife (a) psnfe , ce femble , avec alfez de vraifemblance , que les ca-
ractères du foleil &i de la lune onc été tirés de leurs apparences , mais que
quand un a voulu défigner les autres planètes qui font toutes femblables entre
elles , 6c qui à la vue ne différent pas fenfiblement des étoiles , on les a défi-
gnces par la première lettre de leur nom. 11 montre alfez bien comment ces
marques , en fubilTant quelques changemens, ont pu devenir telles qu'elles
font aujourd'hui.
(u ) Pliniana txerçit. pag. S74,
F I H,
-.. ■■! .... i 'I ^^vi.î=y^.mxt .,.,, ...^
ADDITIONS.
Addition a la Note _, /^^i^ -Z-f •
C^ETTE opinion de la terre plate, & femblable à une table , eft certainement
fort ancienne , & a été fouvent rappelée dans dès tems d'ignorance. Cofmas
Indico-Pleuftes, inoine du 6^ fiecle , l'a renouvelée dans fa topographie chré-
tienne , &C s'eft efforcé de prouver que la terre li'étoit pas ronde. Ses paroles
font remarquables. " Les Chaldéens , dit -il, voyant alternativement les
,5 étoiles s'élever & defcendre vers l'horizon , s'imaginèrent qu'elles étoient
» emportées par le mouvement du ciel , & jugèrent qu'il étoit fphériqua.
,j Car ils ne connolifoient pas la figure de la terre , & ils ne favoient pas que
» les étoiles font conduites par les anges. ( CoUeclio nova Patrum, Tom. 1 1.
» page \6i).
Son opinion , & celle des anciens , étoit que la terre eft plate , environnée
de toutes parts de murs fort élevés , qui fe terminent en voûte. Au delfus de
cette voûte fe meuvent le foleil , la lune & les antres aftres. Au milieu da
la terre s'élève une très-haute montagne qui dérobe la vue du foleil dans une
partie de fa révolution. C'eft fon opacité qui forme la nuit. Cette montagne
eft de figure conique , & félon que le loleil eft plus ou moins élevé , il en
eft caché plus ou moins longtems , ce qui produit la différence de la durée
des nuits. C'èft ce que l'onpeutvoirdans l'ouvrage cité, à la page 1 88 , & dans
la planche qui y eft jointe. Il ajoute que la terre où nous fommes eft envi-
ronnée de l'océan, mais qu'au delà de cet océan eft un autre terre qui touche
aux murs du ciel \ c'eft dans cette terre où l'homme a été créé , où fut le pa-
radis terreftre. Au tems du déluge , Noë fut porté par l'arche dans la terre
que fa poftérité habite maintenant. Cette terre au delà de l'océan reiïemble
affez à r Adantique des anciens. Cette philofophie étoit celle de tous les peuples
de l'Orient. Selon les Indiens la montagne de Someirah eft au milieu de la
terre , & le foleil , lorfqu'il paroît fe coucher , fe cache derrière cçtte mon-
tagne. ( Herbelot. Bibl. Or. p. Szy ). Les Mahométans & les Orientaux j en
général , difent que la terre eft environnée d'une haute montagne , ( ce font
les murs de Cofmas ) derrière laquelle les aftres vont fe cacher. ( Herbelot ,
pag. 150 ). Ils ajoutent qu'au delà de cette montagne eft un autre continent,
yoilà encore, comme le remarque Herbelot, la tradition denjle Atlantique.
Paijs.
ASTRONOMIQUES. yi,'
U.ins ces idées abfiirdes & trcs-aiicieniies,on retrouve avec plaifir la première
philofophie des hommes , & les erreurs par lefqiielles ils ontpafTc pour arriver
à la vérité.
Note qui répond a la page 6 j , & au ^. / du Livre III.
Les Japonois ont le cycle de 19 ans avec 7 lunes intercalaires. Hifl. gin,
des Foy. T. XL , pag. 117.
Note qui répond a la page p^ f ^ & au %. 1 1 du Livre III.
Le figne du verfeau s'appelle dans la langue chmoiCs refurreclion du prin-^
cems. Comme l'équinoxe n'a jamais pu être placé dans ce fîgne , & qu'au
contraire il y a lieu de croire que le follTiice y étoit dans les anciens tems de
la Chine , on peut conclure qu'ils entendoient par la réfurreclion , ou le com-,
mencement du printems , l'inftant où le foleil , ceiXant de defcendre , com-
mence à fe rapprocher de leur climat , S; à leurrendre la chaleur j en un mot,
le follHce.
Les Japonois ont confervé cet ancien ufage de commencer l'année par le
1 5 ° du verfeau ; voici ce qu'on lit dans l'hiftoire des voyages ,in i 2 , T. XL ,
pag. iï6. Le commencement de leur tinnée tombe entre le Jolfilce d'hiver & /'e-
quinoxe du printems , vers le 5 Février, Le foleil eft alors précifément dans le
i6° du verfeau. On voit ici une conformité des Japonois avec les Chinois
qui commencent toujours leur année au folftice d'hiver, placé jadis au 1 5°
du verfeau. ( Éclaircljf. Liv. III , §. 28.) La chronologie certaine des Japo-
nois ne remonte qu'à l'an 66a avant J. C ( Hijl. ginér. des Voy, Tom. XL ,
pag. 54. ) Mais comme le folftice n'a pu être dans le 1 5° du verfeau que vers
l'an 3513 avant J. C. , il s'enfuit que les Japonois ont confervé la tradition
d'un tems beaucoup plus ancien que l'époque certaine de leur chronologie.
Note qui répond a la page 8 ^ , & au ^. i / du Livre III.
Les habitans des Philippines ont la tradition d'une ancienne querelle da
la lune avec le foleil. La lune, frappée dans le combat, accoucha de la terre
qui fe brifa en morceaux en tombant. Les habitans de l'Indoftan en ont una
autre qui porte que les montagnes fe révoltèrent autrefois contre les dieux j
alors elles volèrent en l'air , cachèrent le foleil , écraferent les villes j un dieu
accourut pour leur faire la guerre ^ il parvint à leur couper les aîles : elles
turent précipitées de coutesparts, & la cerre ébranlée en fut couverte. Ou
■V uu
jit É C L A I R C I s s E M E N s
trouve dans ces tradicions les idées & les fables de la guerre des géans , qui,
félon les Grecs , lancèrent des moncagnes contre le ciel. ( Lettres curkufes &
édif. T. XIII.) L'hiftoire de l'ile anciennement abîmée dans la mer chez les
Chinois , & celle de l'ifle Atlantique engloutie fous les eaux chez les Grecs j,
l'hiftoire de Peyrun ( Kempfer, hifl. du Japon. L. 111 , c. 3 ) aimé des dieux,
fauve de l'inondation dans une barque , celle du Belgemer des peuples du
nord , également fauve dans une barque avec fa femme, & celle du Xifuthtus
des Chaldéens , échappé au déluge avec route fa famille \ toutes ces copies
altérées de l'hiftoire de Noé font voir que ce font les traditions d'un feul
&: même peuple , confervées également chez ces nations fi différentes & 11
Soignées.
Note qui répond aux p. p ^ & p^ ^ ù au %. ^ du Liv. 11'^.
Les Japonois ont dans leur ancienne mythologie 12. dieux comme les
Egyptiens j mais ce qui eft très-remarquable c'eft que ces 1 2 dieux font par-
tagés en deux claffes , l'une de 7 qui font les premiers & les plus anciens ,
l'autre de 5 qui ont été ajoutés depuis. ( Hïii. des Voy. T. XL , p. 41 , 41 SC
130.) Le nombre de ces dieux, égal à celui des dieux égyptiens , eft déjà
une conformité finguliere. Mais fi l'on confidere que chez les Egyptiens,
même il y en avoir 7 plus anciens que les autres , cette conformité deviendra,
encore plus grande : & du partage de ces dieux , chez les Japonois , nous nous
croyons en droit de conclure que les 7 premiers font nés du culte des 7 pla-
nètes , & que les 5 autres font ceux qui ont été ajoutés pour la nature prife en
général , & pour les équinoxes &; les folftices. 11 en rcfulte une nouvelle con-
firmation du peuple antérieur , dont nous retrouvons la tradition chez les
Japonois \ tradition abfolument conforme à celle qui a été confervée chez les
Egyptiens d'une manière plus claire & plus détaillée.
Note qui répond a la page p j , ù au §. / du Livre IT'^.
Les Indiens vont en pèlerinage fur le Pyr-Pan-Jal , la plus haute des vnon^
tagnes du Caucafe. Aux fources du fleuve Songari eft la plus haute montagne-
de toute ta Tartarie orientale que l'on nomme Chang-Pe-Chan:les Chinois
& les Tartnres ont pour elle la plus grande vénération. Us débitent une infi-
nité de fables à fon fujet , & fe vantent d'en tirer leur origine.
Note qui répond a la page i ^^ ^ ù au %. 12 du Livre V^.
L E cardinal de Cufa dit que les Chaldéens ont eu des années de 3 mois»
ASTRONOMIQUES. 51J
Note qui répond a la page ip'S _, & au§. i p du Liv. VI.
Ricii. PocoKE , qui a vificé l'Egypte , décrit le tombeau du roi Ofimandué
qui exifte encore. IL a retrouvé plufieurs des cliofes dont Diodore de Sicile
a donné la defcription , ce qui prouve qu'elle eft exade. Defcripùon of the
eajl. T. 1. p. 107.
Note qui répond a la page 2./^.
Les vapeurs qui s'élèvent de la terre peuvent annoncer les variations du
tems , la pluie , la fécherefle , les orages •, on a conclu que ceux qui avoienc
plus d'occafions de faire des obfervations de ce genre , qui habitoient des
lieux plus abondans en exhalaifons , dévoient avoir connoifTance de l'avenir.
La plupart des oracles célèbres de l'antiquité fe trouvent placés dans des lieux
remarquables par quelques phénomènes naturels.Unbergerjqui faifoit paître
fes chèvres dans le voifinage du Mont Parnafie , découvre une grotte dont,
les vapeurs étourdilTent ces animaux, il en profite pour prédire l'avenir. Tout
le monde accourt pour l'entendre. Voilà , félon Diodore, {Lih.'XMl, §. 11.)
l'origine du plus fameux des oracles de la Grèce. Efchyle a dit que la terre fut
la première qui rendit des oracles à Delphes , enfuite ce fut Apollon. La
terre , ce font les vapeurs \ Apollon , c'eft le foleil. Toutes ces traditions
porrent à croire que l'aftrologie naturelle eft la fource vraie & unique de l'af-
irologie judiciaire , & de tous les genres de divination.
V u u Ij
5^4
Jl -i-ÎL li JU H/
DES DIVISIONS PRINCIPALES
DE CETTE HISTOIRE-
HISTOIRE.
X-*^ ISCOU RS préliminaire.
Livre I. Des Inventeurs de l' Ajlronomie j & de fon antiquité.
page I,
Livre II. Du Développement des premières Découvertes aflro-
no mi que s. 23^
Livre III. De l' Ajlronomie antédiluvienne. 6 i-
Livre IV. Des premiers tems après le Déluge ^ & de l' Ajlro-
nomie des Indiens & des Chinois. 8 9^
Livre V. De l' Ajlronomie des anciens Perjes ù des Chaldéens^
129.
Livre VI. De l' Ajlronomie des Egyptiens. ^ M-
Livre VII. De l' Ajlronomie des Grecs , ù des Philofophes de
la Secle Ionienne. 183^
Livre VIII- De l' AjtronowJe des Grecs dans la Secle de Py-
thagore y dans la Secle Eléatique ,. ù des opinions de quelques
autres Philofophes. xo-j..
Livre IX. De Platon ^ d'Eudoxe^ & des Philofophes qui les ont
fulvis. 133..
Discours fur l'origine de V Ajlrologie, a 6 i -
TABLE. îi5
ÉCLAIRCISSEMENS,
DÉTAILS HISTORIQUES ET ASTRONOMIQUES.
^A^VERTISSEMEÎ^T. page 2 8 I .
Livre I. EdairciJJemens fur le Livre I de l'Hifloire. 283.
Livre II. Ed. fur le Livre III de l'HiJioire. 307.
Livre III E cl. fur le Livre If^ de l'HiJioire. ^"^ j-
LivKE IV. Ed. fur le Livre V de l'HiJioire. 3 53-
Livre V. Ed. fur le VI de l'HiJioire. 3 9 5-
Livre VI. Ed. fur le Livre VII de l'Hifloire. 410.
Livre VIL Ed. fur le Livre VIII de l'HiJioire. 44 6.
Li V R E \'II I. Ed. fr le Livre IX de l'HiJioire. 459.
Livre IX. Des Conjlellations ydu Zodiaque ,& des Planifpheres
des anciens. 47 3-
Supplément au Livre IX fur les noms des Planètes & des Signes
du Zodiaque. 5 i 4.
Additions. 510
Extrait DES Registres de l'Académie Royale des Sciences ,
du 7 Avril I // j.
M.
-EssiEURs Cassini DE Thury , LE RoY & LE Gentil , qiù avoient été
nommés pour examiner un Ouvrage de M. B a i l l y , intitulé : Hijtoire
de V Aftronomit andenne , c'eft-à dire , l'Hiftoire de cette Science , depuis fon
Origine jufqu'à la Fondation de l'Ecole d'Alexandrie , en ayant fait leur
Rapport, l'Académie a jugé cet Ouvrage digne de l'impreflion : En foi de
quoi j'ai ligné le préfenc Certitîcat. A Paris, le 12 Octobre 1775.
GRANDJEAN DE FOUCHY,
Secret, perpét. de l'Acad. R. des Sciences.
Le Privilège cjt aux Mémoires de l'Acaîimie Royale des Sciences.
y.6
FAUTES A CORRIGER.
HISTOIRE.
-L'iscouRs préliminaire , page xix, ligne 3 , enfeignoit, life^ ^ enfeignoit.
Page 7 , ligne 25 , don: la chronologie , life-[ , dans la chronologie.
— • 8 , 21 , riiïu de faufleté , lifei , faulfecés.
■ — II, 1 7 , de Nil , /{/êç j du Nil.
— 18, I , d'un contre commun , lîfe^ , centre.
— il, 2 1 , qui veut s'y plonger , Ilfe^ , qui vont s'y plonger.
85, 15, inéfable , life^ , inéfaçable.
— 120, 1 8 , de du a dragon , lifei , de « du dragon.
i6% y 25 , rétrogadoient , /ife:^ , rétrogradoient.
— 184, 3 , nom d'Hercule , /ifei , le nom d'Hercule.
214, 15, pour la fouroe , nfe:^ , fource.
274, 4 , hecc£ decacleride , lifez , hecct decaetcrlde,
■■ — 2i4 > 1 o , il en réfulta , life-[ j il en réfultoit.
— 24(j , 14, ces corps, ///êç , les corps.
— i.61 , 19 , fa lumière , Hfc-:^^ , la lumière.
ÉCLAIRCISSEMENS,
Pagf 3 04, ligne 10, 2832 , life\, 3832.
— 3 2- 5 > 7 j fur l'horizon , Hfe:^ , fous l'horizon.
3^5. ij, 3"^ I7°,&c.///e^,3' I70,&c.
408, 25 , 2ii 8'',/i/e:{ , 271 8''.
— 4^3 . 7 , FREEET , nfei , FRERET.
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